France dans Loxias


Articles


Loxias | Loxias 3 (févr. 2004) | Doctoriales

Littérature et interculturalité : exemples de scénarii initiatiques (romans de Le Clézio et de A. Brink)

Ce travail se propose de mettre en résonance deux textes littéraires dont les auteurs appartiennent à deux univers géo-culturels distincts : Jean-Marie Gustave Le Clézio, auteur français et André Brink, écrivain sud-africain. Nous avons choisi de nous intéresser au thème du parcours initiatique, rassemblant ces deux récits autour de cet invariant commun : préparation, épreuves, mort initiatique, renaissance sont les grandes phases de l’initiation.

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Résurgence de la figure du bouc émissaire : série policière de Daniel Pennac

“Selon W. H. Auden, l’attrait du roman policier, comme celui de la tragédie grecque, « provient de la dialectique de l’innocence et de la culpabilité »1. À partir du jeu sur les péripéties et reconnaissances défini par Aristote dans La Poétique, le critique met en écho les structures dramaturgique et policière. Il définit ainsi six étapes inhérentes au roman policier : l’état de paix antérieur au meurtre, l’homicide qui rompt cet équilibre, les faux indices et crimes secondaires, la solution, l’arrestation du meurtrier et l’état de paix qui s’ensuit. Par conséquent, le châtiment du coupable apparaît comme la condition sine qua non de la restau...”

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Loxias | Loxias 15 | I. | 2.

Contribution à l'étude de la prose moliéresque : l’exemple de L'Amour médecin (1665)

“Malgré l’ouvrage fondateur de Maurice Pellisson paru dès 1914 et intitulé Comédies-ballets de Molière1, la critique moliéresque consacrée aux pièces avec musique s’est longtemps complu dans un texto-centrisme dévastateur, comme le montre de façon exemplaire l’introduction de L’Amour Médecin dans l’édition de 1965 destinée à l’enseignement secondaire : Un fait est à retenir, c’est que Molière, en dépit des allégations de son Avis au Lecteur, a supprimé dès qu’il l’a pu la partie musicale de l’œuvre, et qu’elle n’a presque jamais été reprise depuis. Cette suppression est significative. Dans ...”

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Loxias | Loxias 19 | Programme d'agrégation

Le monologue dans le théâtre sérieux de Rotrou. L'exemple d'Antigone, Le Véritable Saint Genest et Venceslas

Affirmer que Rotrou n’aime pas le monologue dans le théâtre sérieux serait inexact car la forme monologuée y acquiert la valeur irremplaçable d’une trace ou d’un rêve. Trace d’un temps d’avant la faute, où la raison humaine était le lumineux reflet du divin ; et rêve nostalgique, à la fois d’un possible dialogue avec soi-même et d’une volonté conduisant l’impulsion héroïque, mais rêve que le dramaturge sait transformer en espoir. Le monologue dans le théâtre de Rotrou inscrit, grâce à l’ironie subtile qui l’habite, en même temps que les vains efforts de la raison corrompue, la clarté et la plénitude que lui apporte la transcendance.

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Loxias | Loxias 26 | Travaux et publications

Huysmans : politique et religion

“Paris, Éditions Classiques Garnier Coll. "Études romantiques et dix-neuviémistes", 4, 2009, 440 p. ISBN : 978-2-8124-0053-7 - Prix : 68 € « La démocratie fait croire en Dieu » (Huysmans, Carnet vert, p. 32, vers 1890) « On est vraiment mieux sous le régime républicain, tout de même ! 89 et 93 ont servi à quelque chose !… » (Huysmans, interview à la Petite République, 31 janvier 1905) ...”

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Serge Pey et l’Internationale du rythme

“L’Atelier des Brisants / Dumerchez, 2009 ISBN : L’Atelier des Brisants 978-2-84623-098-6, Éditions Dumerchez 978-2-84791-122-0 35 € Serge Pey figure parmi les plus grands inclassables de l’art contemporain. Plasticien, installateur, poète, théoricien de la performance, ingénieur de pièges à infini, inventeur des marches de la poésie et de chantiers d’art provisoire, rythmeur, oralien de situation, dialecticien du chaos et anartchiste : il est le fondateur de l’Internationale de la philosophie directe. ...”

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Loxias | Loxias 26 | Doctoriales VI

La femme scandale dans le théâtre français du XXe siècle : représentations d’une sexualité féminine transgressive

La multiplicité des crises traversées par la France des années 1940 à 1960 entraîne un durcissement de la morale ; le besoin de stabilité ressenti a pour conséquence la mise en avant de valeurs telles que la famille. La sexualité féminine doit donc se limiter au cadre du mariage et à la procréation ; tout écart est alors considéré comme une transgression, et est réprouvé. Le théâtre, reflet de la société, s’empare de ce sujet délicat et le traite de diverses manières : la sexualité de la femme est tour à tour ridiculisée, condamnée ou au contraire libérée. Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre, Marcel Aymé et Jean Genet, quatre dramaturges illustres, dont les pièces firent régulièrement scandale, ont mis en scène des personnages féminins à la sexualité jugée déviante : nous verrons pourquoi, à rebours du jugement sévère de la société, ces auteurs sont fascinés par ces femmes qui incarnent une forme de marginalité et de liberté.

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Stratégies d’écriture et émergence d’un écrivain africain dans le système littéraire francophone. Le cas d’Alain Mabanckou

La théorie du champ, telle que systématisée par Pierre Bourdieu, ne permet pas de définir objectivement l’approche des littératures francophones émergentes. À la place de la notion de « champ », la critique actuelle a préféré « système littéraire francophone ». L’objectif du présent article est de montrer comment un écrivain francophone, en l’occurrence Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006, se positionne dans ce système littéraire francophone. Il s’agit de s’interroger sur les stratégies d’écriture et auctoriale adoptées par l’auteur pour obtenir et asseoir son capital. Si, pour une bonne part, la réception d'un auteur résulte de la dynamique du champ intellectuel où son œuvre prend place et des luttes symboliques qui s'y livrent, la position que ses livres peut avoir dépend aussi des réservoirs sémiologiques dans lesquels il puise sa poétique.

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Fatou Diome : la déconstruction des mythes identitaires

La prise de parole des écrivains africains s’explique, du moins dans les œuvres pionnières, par le souci de rétablir la vérité historique. Toutefois, bien que cette mission ait contribué à la reconnaissance d’écrivains et d’œuvres désormais classiques, la marche des sociétés africaines vers la modernité suscite des interrogations sur les enjeux pertinents du discours littéraire africain francophone qui désormais se développe en deux tendances ; d’une part la production élaborée sur le continent, d’autre part, les textes produits par des écrivains migrants installés dans les anciennes métropoles. Fatou Diome fait partie de la seconde catégorie d’écrivains. De son premier recueil de nouvelles La Préférence nationale (2001) à sa plus récente publication, Inassouvies, nos vies (2008), Fatou Diome articule son œuvre sur la question de l’immigré en situation de redéfinition de soi. Il s’agit, dans cet article, d’interroger l’œuvre de notre romancière du point de vue de la « scénographie », entendue comme situation d’énonciation que s’assigne l’œuvre, celle qu’elle présuppose et qu’elle valide en retour. À travers les catégories du personnage, de l’espace et du temps, il s’agira de positionner le discours de Fatou Diome dans le champ des lettres africaines francophones comme un discours de déconstruction des conceptions identitaires en tant qu’enracinement et différence.

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L’Orestie d’Eschyle à travers le prisme d’Olivier Py

Le travail que nous proposons est une analyse du spectacle de l’Orestie d’Olivier Py. Regardant le tableau complexe de la mise en scène, nous allons tenter de décrypter les signes visuels et dire comment le metteur en scène a interprété le texte d’Eschyle. Il s’agit de faire converger le texte ancien et la mise en scène contemporaine pour dévoiler la vision qu’Olivier Py porte sur l’œuvre. La mise en scène d’Olivier Py constitue un axe de lecture particulièrement intéressant de l’Orestie étant donné que l’artiste est réputé pour son univers surthéâtralisé.

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Loxias | Loxias 27 | I.

Images idiotes de Rimbaud

Il s’agit ici, à titre « récréatif » et sous forme de lettre à une jeune lectrice, de feuilleter l’album rimbaldien. De nous arrêter sur quelques unes des images (littéraires, picturales, photographiques, cinématographiques) que le « mythe de Rimbaud » a suscitées en abondance. À l’origine de toutes sans doute, cette « mandorle » – le mot est de Pierre Michon – qu’est le fameux « portrait ovale » d’Étienne Carjat, lequel a sans doute puissamment aidé à la séduction que n’a cessé d’exercer, sur les lecteurs et sur les artistes, le génie adolescent.

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Poésie et genre littéraire: une application aux Poésies de Rimbaud

A partir d'une réflexion classique sur la notion de genre littéraire, et sur sa vérification en poésie, ce travail prend pour cible la poésie métrique de Rimbaud, et particulièrement le groupe des sonnets qui constitue un ensemble homogène dans toutes les éditions de ses Poésies. Ces textes ont des traits de fonctionnement communs, notamment mais pas seulement pour ce qui est du traitement du vers et de la strophe. Pour concrétiser ces observations, le travail proposé aboutit à l'étude détaillée du premier de ces sonnets « Vénus anadyomène ».

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Loxias | Loxias 27 | II.

De l’usage des notes dans le Discours sur l’inégalité de Rousseau : récits de voyages et ethnographie

Le Discours sur l’inégalité a jeté les bases d’un système qui devait comprendre aussi l’Essai sur l’origine des langues et le Contrat social. Il repose sur un raisonnement de type anthropologique, qui prend en particulier pour exemple et pour hypothèse l’homme sauvage dont il a découvert les descriptions dans les récits de voyage qui circulent largement à son époque. Ces relations fournissent ainsi le matériau initial et la légitimation de ses spéculations. Mais il faut observer plus précisément l’usage que Rousseau fait de ces observations ethnographiques, et en particulier comment il les utilise dans son Discours : souvent en note, ces références anthropologiques affectent d’être secondaires alors qu’elles conditionnent l’équilibre de tout l’édifice.

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Loxias | Loxias 27 | I. | Beckett

Préface

La revue Loxias reprend, dans la publication présente, une journée d’études consacrée à Beckett en 1999. Quatre communications avaient alors été prononcées (Michel Lioure, Jean Émelina, François Thierry, Marie-Claude Hubert), auxquelles s’ajoutent aujourd’hui les articles d’Arnaud Beaujeu et de Geneviève Chevallier.

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Les objets dans En attendant Godot et Fin de partie

“ Comme dans les toiles de certains vieux peintres les objets se mettent eux-mêmes à parler. A. Artaud, « Lettres sur le langage », dans Le Théâtre et son double Le théâtre de Beckett est-il, par certains aspects, fidèle aux idées d’Artaud ? L’amoindrissement et le délabrement du discours, la part croissante accordée à la gestuelle et à la mise en scène, entièrement substituées au langage dans les Acte(s) sans paroles, autoriseraient le rapprochement. Conformément à la pensée et selon les expres...”

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Samuel Beckett et le tragique (En attendant Godot, Fin de Partie)

“ Il s’en faut de beaucoup que le tragique soit mort avec la tragédie. Du XIXe au XXe siècle, sous la poussée des révolutions politiques et esthétiques, celui-ci se transforme, s’embourgeoise, se démocratise, s’intensifie et irrigue tous les genres. Le drame romantique, l’opéra, la poésie, la peinture, le roman, le cinéma disent jusqu’à nos jours, dans une multitude d’œuvres et sous des formes multiples, les malheurs exceptionnels et extrêmes, réels ou imaginaires, de personnages ou de peuples : Atala, Aïda, Les Fleurs du mal ou Madame Bovary, Le Massacre de Scio et Guernica, Pas d&#...”

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La perception du temps dans En attendant Godot et Fin de partie

“Quand Hamm s’inquiète de savoir si Clov et lui ne sont pas en train de signifier quelque chose, Clov ricane : Clov – Signifier ? Nous signifier ! (rire bref) Ah elle est bonne !Hamm – Je me demande (Un temps) Une intelligence revenue sur terre ne serait-elle pas tentée de se faire des idées à force de nous observer ? (Prenant la voix de l’intelligence) Ah, bon, je vois ce que c’est, oui, je vois ce qu’ils font (Clov sursaute, lâche la lunette et commence à se gratter le bas-ventre des deux mains. Voix normale) Et même sans aller jusque là, nous-mêmes... (avec é...”

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Jeux clownesques

“ Le corps parle, au théâtre, depuis les années cinquante. Sa mise en scène semble hanter bon nombre d’auteurs dramatiques européens. Ce corps, qui n’était antérieurement qu’un médiateur, émetteur d’une voix, support d’un costume, est devenu le sujet même de la pièce. Telle est la révolution dramaturgique qui s’est opérée sur la scène française, en ces années cinquante, comme nous l’avons longuement montré dans nos travaux antérieurs, notamment dans Langage et corps fantasmé dans le théâtre des années cinquante : Beckett, Ionesco, Adamov (Corti, 1987), grâce aux auteurs dramatiques de l’Avant-Garde, et qui s’est répercutée ensuite sur les s...”

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Corps beckettiens

Les corps beckettiens, dans En attendant Godot et Oh les Beaux jours, offrent le spectacle d’une souffrance et quelquefois d’une violence triviales et cathartiques. Corps grotesques exposés au réel le plus cru, morcelés, mutilés, jusqu’au creux de leur chair, ils témoignent à vif d’un trauma plus profond, dont l’auteur montre les vertiges, à l’envers de la forme évidée. Car c’est par un travail de défiguration du corps comme de la langue que Beckett fait voler en éclats le carcan des frontières organiques pour qu’en porosité s’invente une nouvelle corporéité, dans laquelle c’est l’informe et c’est l’inachevé qui libèrent un souffle mourant, originel.

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Le gai savoir de Winnie

Winnie, personnage central de Oh les beaux jours, s’enfonce peu à peu dans un tas de sable, et n’occupe plus guère ses journées qu’avec les quelques objets qui lui restent et les histoires qu’elle raconte à son mari guère plus mobile qu’elle et qui reste caché derrière le mamelon. Bavarde pour rester en vie, Winnie ne cesse de répéter que le jour est beau et qu’elle n’a guère de raisons de se plaindre, et termine en chantant. Nous nous interrogeons sur cette allégresse déroutante en analysant le rapport de Winnie au « réel » et la fonction des histoires qu’elle raconte. Winnie is probably the happiest character of Beckett’s work. While we see her progressively buried deeper in her mound of sand, she keeps talking, smiling, singing, and repeating that things are wonderful and the day happy. We will analyse the elements that sustain her happiness, looking closely at the stories she tells and the way she relates to “reality”.  

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Loxias | Loxias 29 | II.

André Mareschal, Tragi-comédies, La Généreuse Allemande (tome 1)

“La présente édition donne accès à une œuvre importante de l’âge baroque, publiée une seule fois en 1631 et jamais rééditée depuis, La Généreuse Allemande d’André Mareschal. Tragi-comédie pleine de fantaisie, elle présente un personnage principal toujours en mouvement, à mi-chemin entre Francion et Don Juan, qui accumule conquêtes et combats au cœur d'une scénographie complexe. À l’image de sa célébrissime préface, la pièce constitue un véritable manifeste en faveur de la dramaturgie irrégulière. ...”

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Loxias | Loxias 30 | Doctoriales VII

Ut pictura poesis ou du symbolisme chromatique dans l’œuvre de Jean Giono

La démarche de cherchant de l’auteur repose sur une intuition, celle qui voit dans l’œuvre de Jean Giono les traces d’un ésotérisme aux sources multiples. La critique s’est déjà penchée sur une lecture du texte gionien comme une œuvre picturale. Il s’agit de comprendre dans cette étude comment Giono utilise ses propres convictions et croyances pour faire de son champ d’écriture un atelier où il va éprouver ses personnages, tester leurs aptitudes à évoluer et surmonter les épreuves (soigneusement pensées par Giono lui-même d’ailleurs) et de montrer comment l’utilisation des couleurs se met au service de cette recherche. La dynamique des couleurs chez Giono est loin d’être fortuite, elle est la manifestation de sa conception du monde qui l’entoure. Représentation onirique et vertu magique, la coloration du monde gionien, est finalement un indice que l’auteur offre aux profanes pour tenter de percer ses mystères. Sa Provence devient le décor flamboyant et coloré de ce processus de transformation qui agit sur les personnages mais aussi sur le lecteur et sur Giono lui-même. C’est dans une perceptive alchimique qu’il faut appréhender l’utilisation de la palette de couleurs qui va suivre. L’idée d’une influence alchimique dans l’œuvre de Jean Giono est apparue à la lecture de celui qui, comme en témoignent les ouvrages présents dans sa bibliothèque du Paraïs, connaissait parfaitement le sujet. Il ne s’agit pas de faire de Giono un apprenti-sorcier veillant sur sa marmite-athanor dans l’attente de la Pierre Philosophale. C’est une vision quasi junguienned’une transmutation subjective qui est présentée ici. Jean Giono is known for being such on extraordinary story taler able to create an imaginary writing universe. He knows how to develop characters into an over symbolizing Provence where colors are used as a painter would do. As far as the colors are concern we have chose an alchemical point of view to show an initiatory artistic and writing creation.

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Entendre ou lire un récit dans La Paysanne parvenue du Chevalier de Mouhy

Dans le contexte des attaques portées contre le roman dans les années 1730, Mouhy, romancier prolifique à succès, dans son roman-mémoires La Paysanne parvenue (1735-1737), met en scène à plusieurs reprises la réception de récits. Il propose de la lecture des représentations contradictoires. Ces représentations dialoguent avec trois champs discursifs : les discours sur le roman, les traités pédagogiques et le langage de la sensibilité. Nous voudrions montrer ici que ces représentations, qui récupèrent l’ensemble des conceptions de la lecture disponibles dans la tradition littéraire comme dans les discours contemporains du roman, ne construisent pas un modèle ou une conception cohérente de la lecture, mais s’inscrivent dans une perspective à la fois apologétique, séductrice et romanesque : coexiste chez Mouhy la volonté d’inscrire les images de lecture dans un dialogue avec les débats contemporains, de séduire ses différents lecteurs et de tirer un parti romanesque des images de lecteurs qui circulent à son époque.

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Le son du sonnet au XVIIe siècle

Face à l’extraordinaire essor que la poésie en musique connaît au XVIIe siècle, le statut du sonnet pose problème : en tant que forme originellement musicale, il devrait bénéficier de l’intérêt dont le siècle se prévaut pour la poésie lyrique. Toutefois, les contraintes morphologiques qui le rigidifient ne permettent plus de tirer partie de ses potentialités sonores. Quelques pratiques isolées nous rappellent néanmoins qu’il est avant tout son.

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Le Doyen de Killerine : entre hasard et providence ?

Au XVIIIe siècle, où la matière romanesque expose une collusion privilégiée entre le hasard et le démiurge, l’œuvre prévostienne loin de déroger à la tendance, regorge de ces signes organisateurs du destin. Dans le Doyen de Killerine (1735-1740), le partage qui s’impose entre hasard malheureux et Providence met singulièrement en exergue l’existence des personnages, tributaire du caractère exceptionnel de la destinée romanesque. Dans une architecture du roman qui tend à organiser les apparitions du hasard comme une menace essentielle pour les personnages, le brouillage des repères tant actantiels que spatio-temporels la systématise. Dès lors, les opérateurs optiques et les occasions qui se font les alliés de l’arbitraire et du sort, la force des contradictions qui contraint les existences à envisager le retournement funeste d’un bonheur assuré rendent a priori toute prévention caduque. À travers l’intrusion répétitive du hasard, qui entre dans la composition d’épisodes parallèles, l’auteur nous éclaire sur la démarche de personnages soumis à l’imminence du destin.

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Le schème du désordre à l’épreuve des textes romanesques de Marie Darrieussecq

Cet article se propose d’analyser le mode selon lequel opère le schème du désordre dans le régime de la fiction de Marie Darrieussecq. Dans la pratique textuelle de cette romancière, la discontinuité régit tous les éléments de la narration, notamment à travers la complexification de la voix narrative mais aussi, et surtout, dans l’hétérogénéité compositionnelle d’une écriture mêlant des matériaux de toutes sortes. La mobilisation de toutes ces ressources auxquelles s’ajoutent une ponctuation excessive et une gestion anarchique de l’espace textuel créent une prose haletante dont les contours restent flous et indéterminés. L’objectif d’une telle turbulence est de contester les grands récits fondateurs et d’ouvrir les romans pour en libérer des potentialités insoupçonnées. This article is an analysis of the way disorder view is presented in Darrieussecq fictious regime. In this novelist’s textual practice, there is a kind of discontinuity in all the narrative items, particularly through the complex of the narrative voice as well as the assorted handwriting using together devices of every sorts. The mobilization of all these resources combined with an excessive punctuation and the textual space mismanagement cause a panting prose with blurred and undetermined outlines. The aim of such a turbulence is to contest the great founding writings, to open novels and set the unsuspected potentialities free.

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Les répercussions du voyage de retour sur la représentation du Nouveau Monde entre 1890 et 1945, ou Comment un non-lieu déréalise un lieu

En 1890, le front de colonisation s’achève et le visage de l’Amérique se métamorphose. À partir de cette date-là jusqu’en 1945, les écrivains européens en profitent pour redécouvrir l’Amérique. Ce nouvel exotisme est fortement influencé par le retour sur l’océan Atlantique en paquebot qui les pousse à évoquer ce « nouveau » Nouveau Monde et à le symboliser avant même de l’écrire. Cette sublimation est primordiale pour mieux comprendre la vision qu’imposeront ensuite ces voyageurs lettrés. In 1890, the frontier had been tamed and the face of America was transforming. From this date on, up to 1945, European writers took advantage of the phenomenon to rediscover America. This new exoticism was heightened by the return to the Atlantic in Ocean liner; a crossing which urged them to evoke this “new” New World and to symbolise it before writing. This sublimation is of primary importance to better understand the vision which these well-read travellers will then imposed.

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La ponctuation dans quelques manuscrits de David Aubert

La ponctuation médiévale est un champ de recherche longtemps dédaigné, mais depuis plus de trente ans en plein essor grâce aux travaux pionniers de C. Marchello-Nizia, et à de nombreuses contributions des médiévistes. Toutes ces études pourraient laisser penser que la caractéristique de la ponctuation des textes anciens réside dans la singularité de chaque version manuscrite, car les signes de ponctuation de plusieurs versions d’un même texte ne sont jamais complètement identiques. D’ailleurs, les signes de ponctuation sont, au Moyen Âge, plus polyvalents que monovalents. C’est sans doute cette polyvalence qui donne l’impression que la ponctuation médiévale est incohérente. En conséquence, face à la plurifonctionnalité et au caractère irréductible de la ponctuation médiévale, la plupart des philologues éditeurs de textes, qui ne peuvent avoir recours à aucun manuel de grammaire, ni à aucun manuel de ponctuation spécifique, préfèrent la remplacer par la ponctuation contemporaine ou modifier la place et le nombre des paragraphes du texte original afin de faciliter la lecture. Basée sur trois manuscrits de David Aubert, notre étude a pour objet de dégager des tendances homogènes et hétérogènes ou même de mettre en évidence le sous-système propre à David Aubert, copiste de Philippe le Bon.

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Le rôle politique des femmes dans Aliscans

Au XIIe siècle, le royaume de France est une société qui cherche un nouvel équilibre ; peu à peu, les règles féodales se codifient et contribuent à la lente formation d’un nouveau corps qui ne sera pleinement constitué qu’au XIIIe siècle : la noblesse. Tandis que le droit gagne progressivement la France depuis son berceau italien, où l’on redécouvre et l’on glose les textes du droit romain, la théologie politique – notamment à travers le Policraticus de Jean de Salisbury – accroît son influence et fait du roi le « ministre de Dieu ». L’épopée constituant un terrain très propice à la célébration des valeurs et idées collectives, elle s’enrichit de ces thèmes et de leurs problématiques inhérentes. C’est ainsi que des chansons de geste telles qu’Aliscans présentent, en plus de leurs intérêts proprement littéraires, des enjeux juridiques en lien avec les préoccupations de l’époque qui les a vu naître. Le poète ne se contente évidemment pas, dans sa chanson, d’une simple transposition du droit en vigueur ; il va plus loin en plaçant les femmes au centre de la scène juridique et politique du récit qu’il développe. Ainsi, de La Chanson de Guillaume à Aliscans, le personnage féminin acquiert une autonomie, une consistance et une influence que l’on peine à retrouver dans d’autres genres littéraires du XIIe siècle et qui sont très largement absentes de la littérature renaissante.

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De l’espace à l’étendue. L’évolution de l’imaginaire spatial dans l’œuvre de Saint-Exupéry

L’espace chez Saint-Exupéry refuse la définition de « décor » et plus encore celle de « paysage », tout en gardant un lien fort avec les lieux concrets qui sont des repères pour l’homme. L’espace parcouru, connu dans sa matière, se révèle surtout à travers le dynamisme de l’imaginaire de l’auteur. D’après Bachelard, l’intérêt pour Saint-Exupéry « résidait dans la poétique des matières et des dynamismes ». L’espace devient le leitmotiv de son œuvre entière, ce qui nous a guidés dans la tentative d’illustrer l’évolution que celui-ci subit. Il s’agit d’un parcours pour ainsi dire « en spirale », soutenu par un tissu d’images qui s’alimente du contact avec les éléments du réel et au même temps qui tend vers une dimension transcendante, voire symbolique. Space is the privileged topic in the works of Saint-Exupery; it provides the material of the text, gives it its vitality and mobility. While speaking in spatial terms, the poetic of Saint-Exupéry feeds this foundational element that is far from being a mere decoration, much less a middle of action. The space here is filled with elements of increasingly personal and emotional, so we could define it a device key that opens access to meaning. Amorphous material space invites to give it a mark by transforming it into genuine human space.

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L’Ève Future ou le manifeste symbolique du mythe de l’éternel retour

Dans la fabrication de l’Andréïde, une Ève nouvelle décalque de la vivante Alicia Clary dont la perfection n’égale que la bêtise, Thomas Edison s’emploie à rectifier et même à surpasser la Nature. Ce désir de reproduction des apparences du modèle vivant pour atteindre l’œuvre idéale ancre au cœur du roman une réflexion sur les problèmes éthiques et artistiques liés à l’imitation. En croisant le sujet de l’œuvre et le projet artistique recherché par Villiers de l’Isle-Adam, l’analyse se donne pour objectif d’offrir une relecture de L’Ève Future en tant que manifeste symbolique du mythe de l’éternel retour tel qu’il est défini par Mircea Eliade. Avec comme thèmes abordés, la problématique du double et de l’unité rompue, de l’imitation au sens de pure reproduction de la Nature, de l’illusion qu’elle engendre comme du châtiment qu’elle appelle, cet article se propose d’étudier comment, à travers la création d’une Ève nouvelle, Villiers de l’Isle-Adam s’interroge sur la réelle possibilité d’une œuvre nouvelle.

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À propos du film Éclipse totale (Rimbaud Verlaine) : auctor in fabula

Le présent article est issu d’un exposé préparé à l’occasion du séminaire de Master 2 de M. Paul Léon, à l’Université de Nice Sophia Antiplois, autour du film d’Agnieszka Holland : Éclipse Totale (Rimbaud-Verlaine). Autour de trois lieux communs : le poète vagabond, le poète « génial » et le poète prophète, cette étude tente d’approcher la complexité des connexions entre les « mythographèmes » semés plus ou moins consciemment dans l’œuvre et la biographie des deux poètes, subjectivement relayés par les lecteurs, et ici par l’écriture cinématographique.

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Duras à l’écran dans Cet amour-là : « Lost in translation »

Contribution au séminaire de Paul Léon (CTEL) sur « la représentation de l’écrivain à l’écran », dans le cadre du master de Lettres de l’Université de Nice, cette étude de l’adaptation cinématographique par Josée Dayan du livre de Yann Andréa, Cet amour-là, crédite le film de ne pas masquer ses propres limites : à travers la vision lénifiante d’un couple déchiré qu’il propose, et la personnalité éclatante que Jeanne Moreau prête à l’écrivain, le film manque l’essentiel et ne le cache pas, nous laissant devant le seuil de la chambre noire où l’œuvre s’élabore. Yann Andréa lui-même administre la preuve vivante des sortilèges d’une écriture hantée par la passion : lecteur fasciné, privé de nom propre, habité jusqu’à l’osmose et la ventriloquie par les personnages durassiens, il représente un cas limite de déréliction littéraire dont son livre porte témoignage avec sincérité.

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Sartre, l’âge des passions, le couple Sartre-Beauvoir à l’épreuve du petit écran

Sartre, l’âge des passions : le téléfilm de Claude Goretta, étudié dans le cadre du séminaire de Master 2 de M. Paul Léon (CTEL) « Mythographies de l’écrivain », à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, donne à suivre dans les années charnière 1958-1964, et plus de vingt ans après la mort de chacun des partenaires, le couple d’intellectuels français le plus célèbre de son siècle. Le film oscille entre réalité et mythe, nourri tout à la fois des témoignages autobiographiques des deux auteurs et des souvenirs des scénaristes qui les ont fréquentés, de documents d’archives, mais aussi des fantasmes – et désir de voyeurisme – de l’imaginaire public. Peut-il en aller autrement dans le cadre d’un cinéma populaire ?

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Loxias | Loxias 31. | I. | Montaigne: livre I des Essais

Montaigne et les prières : sur le chapitre 56 du premier livre des Essais

Ce chapitre 56, intitulé « Des Prières », est l’avant-dernier du premier livre des Essais. Il traite d’un sujet important : la religion. Généralement, lorsqu’on parle de religion ou de croyance dans les Essais, on examine plutôt, non sans raison, le chapitre 12 du livre II, « Apologie de Raymond Sebon ». Mais, outre que le programme d’Agrégation ne retient cette année que le livre I, ce chapitre 56 évoque un aspect particulier de la vie religieuse : ses pratiques, et notamment celle de Montaigne lui-même, ce qui ne revient pas toujours au même que de traiter des croyances et des idées.

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Le pourceau de Pyrrhon et le cardinal Borromée. De la douleur, à partir de l’Essai I, 14

L’Essai I, 14 « Que le goust des biens et des maux depend en bonne partie de l’opinion que nous en avons » est consacré à trois thèmes qu’il annonce : douleur, mort, argent, et qu’il traite dans un ordre différent : mort, douleur, argent. Je n’aborderai ici que le second, la douleur, comprise dans ses aspects corporels et non psychiques (excluons les deuils et souffrances affectives).

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De quelques effets de deixis dans le livre I des Essais

“C’est un exercice périlleux de prétendre s’intéresser à l’écriture des Essais. Il est bien connu que Montaigne a découragé d’avance les meilleures volontés du monde : Je sçay bien [dit-il] quand j’oy quelqu’un qui s’arreste au langage des Essais, que j’aimeroye mieux qu’il s’en teust. (40, p. 251) Peut-être ferais-je donc mieux de ne pas m’aventurer dans cette voie interdite. Pourtant, au risque de « déprimer le sens » des Essais, je m’attacherai à l’une des caractéristiques les plus frappantes de l’écriture de l’œuvre, celle qui consiste ...”

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Les Grands Hommes dans le livre I des Essais

Qu’est-ce qu’un grand homme ? Cet article analyse le modèle des « grands hommes » dont la tradition remonte à l’Antiquité et à l’usage des exempla. Le Livre I dessine une conception de ces figures, qui pourra être différente dans la suite des Essais, et qui repose sur des qualités emblématiques parfois définies par défaut.

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Loxias | Loxias 33 | I.

« Être c’est dire », le silence dans l’œuvre dramatique d’Edmond Rostand

Dans l’œuvre d’Edmond Rostand, comme dans celle de ses contemporains, la mise en scène du silence est remarquable. Afin de comprendre le rôle que cette thématique y revêt, la présente étude remonte aux sources du silence dans l’imaginaire rostandien. À la base, le silence présent dans l’œuvre évoque les peurs secrètes d’un jeune auteur dramatique. Le mutisme revêt alors un aspect peu rassurant chez Edmond Rostand. Il semble être la preuve d’une montée de l’aveuglement et de l’ignorance chez les personnages. Le goût de l’auteur pour le théâtre, médium de l’éloquence, s’explique lorsque l’on comprend que, pour Edmond Rostand, le fait de dire permet d’appréhender l’univers et d’exister. In Edmond Rostand’s work, like that of his contemporaries, the staging of silence is remarkable. In order to understand the role this theme takes on in his work, the present article goes back to the origins of silence in Rostand’s imagination. The notion of silence present in his theatre, is reminiscent of the secret fears of a young playwright. It is thus not a very reassuring theme and seems to represent blindness and ignorance in the part of the characters. The author’s natural taste for the stage, medium of eloquence, can be explained when understanding that, for Edmond Rostand, speech enables man to comprehend the internal mechanism of the universe and to exist.

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Les paroles perdues de Vie secrète de Pascal Quignard

Comment musique, langage et silence se croisent dans Vie secrète de Pascal Quignard ? Le lien intrinsèque se manifeste lorsque la littérature pousse ses limites jusqu’à exprimer ce qu’elle ne peut dire. À cet effet, l’écrivain devient un « phonoclaste » rompant la voix immuable d’une longue tradition orale et le livre un « déserté de la voix » du collectif.

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Poésie de l’éloge et éloge du silence : l’exemple de Du Bartas et du Saint-John Perse

Si la louange du monde s’accompagne d’un éloge du langage poétique et du poète magnifié, la hauteur du sujet interroge l’aptum de la rhétorique et met en péril l’élocution poétique. La poésie de l’éloge est en tension entre l’emphase du discours et le désir de n’être qu’une parole effacée devant son objet. La poésie devient alors une parole qui résiste au désir de se taire face à l’ineffable, une parole capable de se faire silence plein, notamment par un retour à l’immanence des choses terrestres. Du Bartas et Saint-John Perse, malgré les siècles qui les séparent, et des esthétiques si différentes se retrouvent sur ce point, et que leurs œuvres posent les mêmes questions et opèrent des choix similaires est symptomatique du caractère essentiel de leur questionnement. The world’s encomium is also a eulogy of the poetic language and of the magnified poet. Nevertheless, the importance of the subject questions the rhetoric’s aptum and jeopardizes the poetic elocution. Encomiastic poetry is in tension between the words emphasis and the temptation to be a silent speech in front of its object. Poetry becomes a speech which resists to the desire to dry up about the unutterable, a speech able to become a full silence, especially by a return to earthly things. Du Bartas and Saint-John Perse, despite the centuries between and also the different poetics, meet in this point, and the fact that both of their works question in the same way and find the same answers, reveals the essential dimension of this problem.

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Le Silence du faune – note sur L’Après-midi d’un faune

Cet article cherche à analyser l’itinéraire d’écriture de L’Après-midi d’un faune, de Stéphane Mallarmé, de 1865 à 1876. Il s’agit en particulier de s’interroger sur la disparition de la scène qui, dans la première version de 1865, faisait paraître les deux nymphes poursuivies par les assiduités du faune – et qui finissent par lui échapper puisqu’il s’interroge sur leur existence. Cette disparition a une double conséquence : la première est la radicalisation du doute du faune quant à l’existence des nymphes (puisqu’elles ne font littéralement plus partie du texte, du moins comme personnages), la seconde est la transformation du monologue faunesque originel en un discours accueillant des séquences dialogiques. Notre hypothèse est que cette transformation affecte le genre même dans lequel le poème se produit, en altérant la forme classique de la parole lyrique, en direction, peut-être, de ce qu’il faudrait appeler (avec Alain Badiou, mais aussi avec Mallarmé lui-même) une « prose » incluse au poème. The aim of this article is to analyse the literary itinerary of L'Après-midi d'un faune, by Stéphane Mallarmé, between 1865 and 1876. It involves, among other things, discussing the disappearance of the scene in which, in the first version of 1865, the faun forces his attentions on the two nymphs – and they eventually escape from him. He's left alone, questioning their existence. This disappearance has a double consequence: the first one is the radicalization of the faun's uncertainty about the existence of the nymphs (since they literally no longer belong to the text, at least as characters), the second one is the transformation of the original monologue of the faun into a discourse that includes dialogical sequences. Our hypothesis is that this transformation affects the very genre in which the poem is written by altering the classical formal aspects of the lyric speech, thus maybe leading towards what should be called (with Alain Badiou but also with Mallarmé himself) a "prose" included in the poem.

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Loxias | Loxias 34 | Doctoriales VIII

Le non-dit dans Point de Lendemain

Le « Non-dit dans Point de Lendemain de Vivant Denon » se propose d’étudier le jeu herméneutique auquel l’œuvre nous invite dès l’épigraphe empruntée à la Seconde épître aux Corinthiens de Saint Paul : « La lettre tue et l’esprit vivifie ». Cette épigraphe se présente comme le modèle interprétatif du texte, dont les significations multiples sont moins à rechercher dans ce que la « lettre » exprime que dans les silences qu’il appartient à « l’esprit » du lecteur de combler. Une énonciation subtile se met en place où le narrateur désolidarisé du personnage ingénu laisse des indices qu’il appartient au lecteur de retrouver. L’article étudiera tout particulièrement le rôle de la Comtesse de…, rôle voilé mais néanmoins central puisque son absence dans l’action du récit est contrebalancée par son omniprésence dans le discours des protagonistes, de sorte qu’elle apparaît comme le lien érotique indispensable entre eux. Et si le secret du jeu libertin était moins à rechercher dans le verbe séducteur que dans les silences du texte ? « The Unspoken in Point de Lendemain by Vivant Denon » examines the hermeneutic game that the story invites us to play from its very epigraph, taken from the Second Epistle of Paul to the Corinthians: « The letter kills, but the Spirit gives life ». This article advances the claim that the epigraph id a reader’s guide to the text, whose multiple meanings are to be sought not in what the text means, but rather in the textual silences the reader must interpret. By dissociating himself from the naïve protagonist, the narrator provides subtle clues that the reader must find. In particular, the article focuses on the role played by « la Comtesse de… » – a role at once veiled and nevertheless central – since her absence in the story’s action is counterbalanced by her omnipresence in the characters’ dialogues, in such a way that she becomes the necessary erotic link between them. What if the secret to the libertine game were to be sought not in its seductive discourse but rather in the silences of the text?

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La représentation de l’exil chez Calixthe Beyala

Calixthe Beyala fait partie des écrivains expatriés pour qui l’exil, loin d’être synonyme de bannissement, de séjour obligé et pénible, représente au contraire un véritable salut. « L’exil résout beaucoup de choses […]. L’exil me donne la liberté qui m’est refusée, l’exil me donne la parole qui m’est refusée, l’exil est ma survie », déclarait-elle dans une interview qu’elle accorda à Emmanuel Matateyou en 1994. L’article se propose de montrer que cette vision de l’exil qui fait de Beyala une « victime de l’aliénation culturelle » a une incidence sur son écriture notamment sur le regard que ses personnages féminins jettent sur leur pays d’origine et l’espace d’accueil. Ainsi la France, pays d’exil pour la plupart des figures féminines, apparaît aux yeux de ces dernières comme un espace de refuge, et d’épanouissement. Calixthe Beyala belongs to those expatriate writers whose exile, far from being synonymous with banishment, forced and painful stay, represents on the contrary a real salvation. “Exile deals with a lot of things […]. Exile gives me freedom I have been refused, exile offers me the speech I have been denied, exile is my survival”, she stated in an interview to Emmanuel Matateyou in 1994.The intention of this article is to show that this vision of exile which makes Beyala a “victim of cultural alienation” has a direct impact on her writing, namely on the expression of her female characters give on towards their homeland and countries of refuge. Thus, France, country of exile for most female figures, appears to them as a land of refuge and emancipation.

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Du tout au rien : impossibles désirs de Georges Bataille

Dans L’Expérience intérieure et Le Coupable, Georges Bataille tente d’échapper à deux impostures qui veulent faire passer la fragmentation essentielle à toute vie humaine pour une totalité : la religion et l’art. Après avoir révélé les affinités électives entre ces deux systèmes, il s’agit alors pour Bataille de trouver une expérience qui rende possible le passage de cette totalité illusoire à un rien analogue à une irrécupérable dépense. Malgré ses inévitables défaillances, l’écriture, qui déconstruit tout en construisant, semble permettre de vivre le paradoxe déchirant d’une totalité fragmentaire. In L’Expérience intérieure and Le Coupable, Georges Bataille attempts to escape two impostures that try to pass the fragmentation essential to all human life for a totality : religion and art. After having revealed the elective affinities between both systems, Bataille searches for an experience that would enable the passage from this illusory totality to a nothingness that would be analogous to an irretrievable expenditure. Despite its unavoidable failings, writing, which deconstructs while constructing, seems to enable the paradoxical experience of a fragmentary totality.

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Rabelais poète : prose et vers dans les « romans » rabelaisiens

Dans les « romans » de Rabelais, vers et prose se confondent, si bien que G. Steiner a qualifié de « prose poétique » l’œuvre de Rabelais, ainsi l’écriture rabelaisienne peut être caractérisée comme une écriture de l’entre-deux, de l’entr’ouvert. La poésie dans l’œuvre de Rabelais n’a jamais été traitée pour elle-même par la critique. Ainsi, il reste à faire le point sur le domaine, car s’il existe un aspect des « romans » rabelaisiens fort peu exploré, c’est bien celui-ci : la question de la poésie. Nous verrons que la poésie dans les « romans » de Rabelais se donne à lire à deux niveaux : 1) formel, car la poésie est une forme définie par les règles de versification ; 2) sémantique, car la poésie est un langage doté d’un sens par l’intermédiaire de l’allégorie et du symbole.

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Le port de Carthage dans l’Itinéraire de Chateaubriand et dans le Ragguaglio de Caronni

Une longue tradition attribue la découverte de l’emplacement exact de l’ancien port de Carthage, le Cothon, à M. de Chateaubriand qui en parle dans la dernière partie de son célèbre Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). Toutefois cette découverte est déjà présente dans le Ragguaglio del viaggio compendioso di un dilettante antiquario sorpreso da’ corsari condotto in Barberia e felicemente ripatriato (1805) œuvre, que Chateaubriand d’ailleurs connaissait, d’un abbé italien aujourd’hui presque oublié : Felice Caronni.

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Quel sublime chez Bataille ?

On retient souvent de la querelle entre Bataille et Breton dans les années 1929 et 1930 l’opposition du matérialiste à l’idéaliste, de la désublimation à la sublimation. Le but de cet article est de repenser cette polémique et plus largement le rapport de Bataille à la sublimation, mais surtout au sublime, deux notions à distinguer, en prenant en compte l’évolution de la pensée de Bataille et en considérant son esthétique à la lumière de l’histoire du sublime, notion plus complexe que le sens courant d’élévation et de grandeur spirituelle ou morale dans lequel Bataille emploie à cette époque l’adjectif qui lui correspond, et qui, comprise dans son rapport à la terreur et au mal, peut permettre de caractériser l’esthétique bataillienne. Il apparaîtra ainsi que, si l’esthétique de Breton et celle de Bataille prennent des chemins très divergents, la première étant positive et constructive, la seconde négative et tragique, elles se fondent toutes deux sur une quête partagée, celle d’un sublime originel qui échapperait justement à la sublimation. One often remembers in the argument between Bataille and Breton in the late 1920s the opposition of the materialist against the idealist, of desublimation against sublimation. This article aims at rethinking this controversy, and more largely the relation Bataille had to sublimation, and mostly to sublime, to distinct notions. One should also take into account the evolution of Bataille’s thought, and consider his aesthetics under the light of the history of sublime, a notion more complex than the usual meaning of elevation and spiritual and moral greatness in which Bataille uses in his days the adjective best suited and which, once understood in this link between terror and evil, may allow one to characterize Bataillienne aesthetics. One will therefore realize that if Breton and Bataille’s aesthetics follow two very different paths, the former being positive and constructive, the latter negative and tragic, they both come from a shared quest, a quest for an original sublime which would precisely differ from sublimation.

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Loxias | Loxias 34 | Travaux et publications

Casanova. L’écrivain en ses fictions

“Classiques Garnier, coll. L’Europe des Lumières, 2011. N° 9, 474 p., 58 € TTC ISBN: 978-2-8124-0288-3 L’écrivain rêvé de Casanova est une figure du dégagement. Le Vénitien veut communiquer ses idées, mais esquiver leur imputation ; écrire sa vie, mais éviter les conséquences de la reddition de compte et du dévoilement. L’écrivain en ses fictions, entre objet social, enjeu moral, instance imaginaire et figure impliquée par les textes, vise à comprendre la construction de cet écrivain éludant idéalement les identifications, son articulation avec une pensée et une éthique du « faire comme si », les relations entre l’...”

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Loxias | Loxias 35 | I.

Maupassant, La Maison Tellier et autres contes

Ce travail veut être une sorte d’introduction à la lecture des Contes de Maupassant, notamment des Contes de La Maison Tellier. Le parti choisi pour guider les étudiants dans la lecture de ces textes a été de mettre en valeur les traits dominants de l’écriture de Maupassant touchant les lieux et l’espace, les formes de la temporalité, et les formes de la parole. Récit de choses, récit d’événements, récit de paroles, tels sont les points essentiels abordés par ce travail de description et d’analyse, et traités dans un constant aller-retour entre les cadres de réflexion et l’examen des textes.

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Loxias | Loxias 35 | II.

Le Retour en avant. Michel Butor et le problème poïétique de la répétition

“L’Harmattan, 2011 ISBN : 978-2+296-56268-4 Ce livre a le mérite de vous faire vivre au rythme de ses idées. Après les phrases abruptes du début, devenues plus amples et plus explicatives par la suite, arrivent enfin les tournures virevoltantes et sereines d’une argumentation joueuse. Au fil des phrases, vous découvrez une pensée qui se cherche et se forme autour d’une affirmation paradoxale : la répétition peut être créatrice. Le faire artistique est un retour en avant. Le livre démontre la présence d’une importante composante répétitive dans le processus de création littéraire. Cette tentative s’appuie sur l’examen ...”

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Le Roman idéaliste dans le second XIXe siècle. Littérature ou « bouillon de veau » ?

“Garnier, collection « Études romantiques et dix-neuviémistes », 2012, 323 p.  ISBN : 978-2-8124-0353-8 Le naturalisme a assis son succès éditorial en combattant les romanciers idéalistes qui occupaient alors une solide position institutionnelle, et en les présentant comme des marchands de « bouillon de veau ». Curieux de juger sur pièces, l’auteur de ce livre s’est appliqué à relire les romans oubliés de Feuillet, de Cherbuliez ou de Delpit. Il définit leur place dans le champ littéraire, étudie la sociologie et les intrigues favorites de leurs fictions; il examine leurs positions morales, religieuses et politiques avant de s’interroger sur les contradict...”

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Loxias | Loxias 36 | I.

Jean-Pierre Millecam, ou la permanence de l’épopée

“Les créations ou productions d’un authentique écrivain peuvent être appréhendées sous les angles les plus divers, artistique, philosophique, historique, sociologique, politique etc. : à propos du modèle éventuel des personnages de l’œuvre de Jean-Pierre Millecam, on lit dans Tombeau de l’Archange : « le portrait exprime non le modèle dans son inaliénable vérité, mais l’une de ses dimensions possibles […] nous ne sommes finalement qu’un jeu de possibles dont Dieu seul possède la clé qui pourrait en fournir la synthèse1. » Ce qui est vrai des personnages l’est de l’œuvre entière, étant entendu que ses multiples dimensions se tiennent et se conditionnent...”

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Le « sens de l’humour » dans Les Aventures de Dassoucy 

Les Aventures des voyages du sieur Dassoucy, annoncées dès 1670 et publiées en 1677, constituent le testament d’un poète et musicien dont les œuvres ont été reléguées durant trois siècles au « cimetière des livres oubliés », et y sont demeurées ensevelies longtemps encore après l’éloge vibrant de sa prose par Louis Aragon : « Avez-vous lu Dassoucy ? ».

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Jean Cocteau et António Botto : de la difficulté à l’impossibilité d’être – ou l’homosexualité comme non-conformité tragique du désir

Comment connaître et reconnaître ce qui est différent ? Comment rendre reconnaissables des existences dites « différentes » du point de vue de la « doxa » propre à une société donnée ? Comment procéder à la relecture du « canon » littéraire face, en particulier, au défi des « gender studies » ? Sans oublier ce que les nouveaux paradigmes théoriques peuvent avoir d’hétérogène, les universitaires se doivent d’être attentifs à la notion de vulnérabilité qui semble inhérente à la reconnaissance ou à l’absence de reconnaissance littéraire d’un auteur. En donnant à voir ou à revoir des fragments de vie de deux « artistes maudits », Jean Cocteau et António Botto, elle s’efforcera de mettre en évidence la non-viabilité d’un modèle social et intellectuel inflexible. Elle témoignera de la manière dont la soi-disant « valeur d’un texte » peut servir d’argument sibyllin pour décourager toute recherche littéraire sur un auteur en dehors de la norme. Elle rappellera que la critique littéraire s’est souvent obstinée à faire écho à l’approche socio-politique dominante. Et que, comme cette dernière, la critique universitaire a souvent cherché à neutraliser le danger potentiel qui semblerait inscrit dans toute sorte de « marginalité ».

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Loxias | Loxias 36 | II.

Le nom, la mémoire et l’oubli …

Texte publié en hommage à Bernard Vargaftig, disparu le 27 janvier 2012. Dans la mise en abyme des quatre récits en étoilede Vargaftig et Modiano, apparaissent les mêmes troubles d’identité, éclats du traumatisme, qui portent à s’échapper dans une écriture attenant, presque, à la « désidentité ». Contre l’étau qui se resserre, celui des fiches d’état civil ou celui d’une catégorie où l’on voudrait vous enfermer, qu’une seule solution : fuir. À moins qu’il ne s’agisse davantage de produire un certain nombre de faux-papiers, afin de mieux dissimuler une origine. Le vertige anonyme ouvre un gouffre entre soi et soi, un vertige-panique entre le nom de soi – l’ignorance de soi. L’écriture permet-elle de refaire « la liaison » – plus tard – avec ce que le silence a rompu ? Si la langue peut se construire comme une ruine de noms, dans la lumière des noms, alors Patrick Modiano et Bernard Vargaftig sont frères en écriture.

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Loxias | Loxias 38. | Doctoriales IX

Rouge, blanc, noir dans La Fille Elisa : entre artifice architectural et mélancolie poétique

La Fille Elisa est le premier roman qu’Edmond de Goncourt rédige seul. L’on se propose de relire ici cette œuvre longtemps mise de côté par la critique, à travers le prisme des couleurs. Cet ouvrage souvent jugé mineur, où Edmond s’essaie seul à la fois comme architecte et coloriste, révèle une sémiotique des couleurs principalement organisée autour du rouge, du blanc et du noir. Ces trois couleurs participent pleinement à la composition poétique du roman et viennent à la fois confirmer et complexifier l’architecture binaire rigoureuse souvent soulignée par la critique, dans sa mise en regard symétrique de l’univers prostitutionnel et de l’univers carcéral. Nous montrerons comment le rouge, le noir et le blanc soutiennent la tentative de mise à mort du personnage romanesque opérée ici par l’aîné des Goncourt, en tant que romancier, mais aussi en tant qu’individu devant affronter la perte douloureuse de son cadet. La Fille Elisa is the first novel Edmond de Goncourt wrote alone. We intend to focus on the colours used in this novel criticism has kept aside for a long time. This book, often referred to as a minor piece of work and in which Edmond is for the first time both the architect and the colourist, reveals a colour semiotics mainly organized around red, white and black. The three colours greatly contribute to the poetical composition of the book. They confirm and at the same time enrich the rigorous binary architecture criticism often enhanced, by the symmetrical treatment of the prostitution and prison environments. Our analysis will focus on how red, black and white help with the attempt to kill the fictional character, that the elder of the Goncourt planned, as a novelist but also as a man who has just painfully lost his younger brother.

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Verne lecteur de Zola : entre dégoût, rivalité et admiration

Malgré un certain nombre de points communs, Verne et Zola ne se sont jamais fréquentés. Verne n’ayant jamais vraiment appartenu à la sphère littéraire, Zola n’avait aucune raison de le rencontrer ou, plus simplement, de le considérer. Si les jugements de Zola sur Verne dévoilent beaucoup de dédain, ceux de Verne sont beaucoup plus nuancés. Confessant être un lecteur régulier des Rougon-Macquart, Verne attaque Zola dans les Voyages extraordinaires pour sa vulgarité. Pourtant, il montre dans sa correspondance une admiration pour Zola et, plus particulièrement, pour ses qualités de romancier réaliste. L’opinion de Verne oscille entre une rivalité naturelle à l’encontre d’un auteur qui le concurrence dans les librairies voire pour l’Académie, un dégoût tout bourgeois pour cet auteur qui traite de sujets bas et une admiration littéraire pour les « photographies défendues » que révèlent les Rougon-Macquart.

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Le secret chez George Sand

Dans l’œuvre de George Sand figurent des secrets différents par leur nature individuelle ou collective, notamment dans le cadre d’une société secrète. Le secret est à analyser en fonction de plusieurs niveaux, celui du lecteur et celui des personnages, qui connaissent ou ignorent le secret. L’exemple du secret de Jeanne est un cas à part dans la mesure où le personnage est attaché à son secret. Ce dernier est par définition ce qui est caché. Le secret a son histoire dans Jeanne et Le Péché de monsieur Antoine. Selon la permanence du secret, par exemple dans La Comtesse de Rudolstadt, un personnage tel que Consuelo souffre. Par opposition, dans Gabriel, c’est le dévoilement de son secret individuel, à savoir son identité féminine, qui est facteur de souffrance. On saisira à quel point George Sand effectue des variations sur le thème du secret.

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Paroles d’attente – Les modalités du fragmentaire dans L’Attente l’oubli de Maurice Blanchot

On examinera ici les différentes modes d’apparition du fragmentaire à partir d’un récit particulier, L’attente l’oubli de Maurice Blanchot en se référant à ses divers ouvrages théoriques. L’analyse sera introduite par la définition du fragment suivie de son classement dans la philosophie de l’auteur. L’essentiel est de démontrer que le fragment n’est pas à interpréter uniquement au niveau littéraire-syntaxique, mais peut être impliqué au niveau philosophique pour ne citer qu’un seul nouvel horizon. On le liera ensuite aux phénomènes comme la reformulation, la (non-) présence de Dieu, ou bien l’indicibilité. Au récit étudié sont en fin du compte attribuées des corrélations bibliques.

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Littérature et paléontologie : une contribution double à la définition de l’Homme

Dans son roman intitulé Préhistoire, Éric Chevillard décrit la régression à l’état d’homme préhistorique d’un paléontologue déchu devenu gardien de musée. À l’opposé de cette métamorphose, Andrée Chedid, dans son œuvre intitulée Lucy, La femme verticale, imagine le récit de l’entrée en humanité d’un de nos tout premiers ancêtres. Le sens du voyage dans le temps auquel procède Éric Chevillard est à l’inverse de celui imaginé par Andrée Chedid. Pourtant, en confrontant l’homme moderne à la figure de l’homme ou de la femme des origines, les deux récits se rejoignent au sein d’un même questionnement sur le statut particulier du genre humain dans le monde et dans l’histoire de celui-ci.

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Morales de la faim et stratégies d’écriture

La nourriture, vitale ou métaphorique, est un thème essentiel dans les Fables de La Fontaine, La Faim de Knut Hamsun, Si c’est un homme de Primo Levi, Mangeclous et Les Valeureux d’Albert Cohen. À travers ces œuvres, nous proposons de mettre au jour différentes problématiques du rapport entre faim, morale et écriture. Morals of hunger and writing strategies. Food, be it vital or metaphorical, is a key theme in the Fables of La Fontaine, Hunger by Knut Hamsun, Primo Levi’s If This is a Man, and Nailcruncher by Albert Cohen. Through these works, we shall bring to light various issues concerning the relationship between hunger, moral and writing.

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Quand Butor chante : Cantique de Matisse

L’ouvrage Cantique de Matisse pourrait se perdre aisément dans l’immensité de l’œuvre de Michel Butor tant il est mince. Il convient pourtant de le considérer comme une tentative aboutie de "décloisonnement" entre les arts ; littérature, peinture et musique composent en effet d’un même chœur un chant d’amour au peintre Matisse. La cohabitation du texte et de l’image plastique mérite d’être observée de près tant elle touche à l’harmonie, grâce à la douce mélodie du chant diphonique Butor-Matisse.

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Loxias | Loxias 38. | Travaux et publications

James Sacré

Le poème est-il cette chose étrange, déceptive, alliée au contentement, au mouvement général de la vie, naissance et mort conjointes ? L’écriture du poème est-elle, chez James Sacré, incessante interrogation de l’acte d’écrire, chahuté par une grammaire en mouvement dans une synchronie des contraires ? Ce sont ces questions que se pose cet ouvrage, actes du colloque de Cerisy-la-Salle de septembre 2010, dédié à l’étude de l’œuvre poétique de James Sacré. Is the poem that strange, deceptive thing, linked to contentment, the general movement of life, birth and death conjoined? Is the writing of a poem, in James Sacré’s work, a ceaseless questioning of the act of writing, buffeted by a shifting grammar in some synchrony of opposites? These are questions that the study devoted to the poetical work of Sacré asks.

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Loxias | Loxias 39. | Autour des programmes d'agrégation 2013

Étude littéraire des vers 126 à 466 du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris

Étude littéraire des vers 126 à 466 du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris, (éd. trad. Armand Strubel, Paris, 1992) proposée dans le cadre de la préparation à l’agrégation de Lettres 2013.

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De quelques préverbes dans le Roman de la Rose : re, par, entre et tres

La langue de Guillaume de Lorris illustre bien la tendance de l’ancien français à l’expression synthétique de l’aspectualité, en confiant cette fonction à une large variété de préverbes. Dans le présent article, nous traitons du sémantisme et du fonctionnement contextuel de quatre morphèmes préfixaux – re, par, entre et tres –, tels qu’ils se laissent analyser à partir du texte au programme. Les quatre morphèmes assument différentes fonctions morpho-syntaxiques, allant du statut lié de préfixe jusqu’à celui, indépendant, d’adverbe ou de particule. Le sémantisme de réitération caractérisant le préverbe re lui confère un pouvoir cohésif. Le sens de traversée sous-jacent à par amène ce morphème jusqu’à la fonction d’intensificateur. Le sémantisme spatial de entre aboutit, par subduction, à différentes significations abstraites telles que la réciprocité ou bien la temporarité, tandis que tres, dont l’évolution recoupe en partie celle de par, voit son sémantisme spatial basculer vers celui de complétude et d’intensification adverbiale. Toutes les acceptions et fonctions identifiées trouvent leur explication dans le signifié de puissance des différents morphèmes, unité abstraite que nous concevons conformément à la psychomécanique guillaumienne, tout en la matérialisant à l’aide de figures schématiques. L’évolution ultérieure se caractérise par une spécialisation progressive des quatre signes, conformément aux changements typologiques qui sous-tendent l’évolution du français.

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Ce que le roman libertin fait aux proverbes de Musset dans On ne badine pas avec l’amour, Il ne faut jurer de rien et Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

À la lecture des comédies de Musset, On ne badine pas avec l’amour,Il ne faut jurer de rien et Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, on constate qu’une synergie s’opère entre l’hypertextualité, le libertinage et la valeur du langage. Car à l’évidence, le libertinage est bien moins présent dans les mœurs des personnages que dans leurs références culturelles et leurs dialogues. Valentin et Perdican connaissent Clarisse Harlowe et Les Liaisons dangereuses par cœur, Camille et la marquise d’ll faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ont bien trop lu pour ne pas se fantasmer en marquise de Merteuil. Cependant, la fonction assignée à ces références issues du siècle précédent, quoiqu’omniprésentes, est mise à mal par une écriture qui n’a de cesse de miner les hypotextes comme le sémantisme des mots. Nous interrogerons au cours de cet article les rapports de renversements incessants qui bouleversent la valeur des hypotextes et du langage dans ces trois pièces de Musset.

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Le sentiment, fondement de l’écriture autobiographique de Jean-Jacques Rousseau

Ouvrage unique, Les Confessions postulent leur adéquation parfaite avec leur auteur, et justifient ainsi leur fonction de témoigner à l'avenir de l'innocence de Rousseau. Pourtant, cette adéquation proclamée entre l'homme et le texte est mise à mal par l'opacité du langage. Dès lors, ce qui permettra la manifestation de la vérité pour Rousseau, et ce vers quoi s'orientera de plus en plus sa pratique de l'écriture de soi, ce sera l'énonciation, non des faits, mais du sentiment. C'est donc autour de cette notion centrale que s'articule la genèse de l'écriture de soi chez Rousseau.

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Loxias | Loxias 39. | Autour des programmes de concours littéraires

« Je ne sais pas d’où vient Lola Valérie Stein » (Marguerite Duras). Une fiction détective en un prologue et deux épisodes

Les lecteurs de Marguerite Duras ont quelquefois repéré ses sources d’inspiration – comme les romans d’Erskine Caldwell pour l’écriture d’Un barrage contre le Pacifique. Mais bien d’autres sources semblent totalement ignorées. Ainsi il apparaît que la lecture d’un « poète culte », Henry J. M. Levet (réédité par Jean Paulhan en 1943), lui a permis de mettre en forme ses projets romanesques autour des figures de Lola Valérie Stein et du « Vice-consul » français, l’amoureux frustré d’Anne-Marie Stretter au sein de la colonie anglaise des Indes (Le Vice-Consul, India Song, etc.). Les Sonnets torrides (1900) et Les Cartes postales (1902) de Levet – en particulier : « Homewards » (pour la carrière de ses parents en Indochine), « British India » (pour le contexte de la colonisation anglaise aux Indes) et « La Plata » (pour le personnage du Vice-Consul) – lui ont fourni des thèmes romanesques, des mots et des images visuelles riches de virtualités. Ces brefs poèmes l’ont également encouragée à pratiquer une écriture basée sur l’ellipse. L’article est une enquête dans la fiction, principalement basée sur une lecture poétique comparée de Levet et de Duras, lecture basée sur l’examen attentif de « mots-symboles » et l’écoute de la musique des noms exotiques qui montrent que Marguerite Duras avait une oreille très fine, et un regard intérieur très précis, très sélectif. Quelques détours chez d’autres auteurs (François Mauriac, Jean Giraudoux, Pierre Benoît), et parfois par la chanson et le cinéma, prouvent que Marguerite Duras savait prendre son bien où il le fallait pour transposer son propre imaginaire (issue de sa vie privée et intime) en une œuvre romanesque qui, tout à la fois, exploite et refuse l’exotisme.

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Loxias | Loxias 39. | Travaux et publications

René-Charles Guilbert de Pixerécourt, Mélodrames

“Tome I – 1792-1800Classiques Garnier, 2012collection « Bibliothèque du théâtre français » dirigée par Charles Mazouer, 20 Qualifié par ses contemporains de « Corneille des boulevards », Guilbert de Pixerécourt apparaît pour beaucoup comme le fondateur du mélodrame moderne. Dramaturge fécond, directeur de théâtres, mais aussi premier « metteur en scène » au sens moderne, Shakespirécourt, comme le nommait Charles Nodier, demeure la figure la plus marquante du paysage théâtral des années 1792-1835. Cette édition rassemble l’intégralité de ses mélodrames. Le 1er tome, consacré à la période révolutionnaire, présente des pièces pour la plupart inédites et enrichies de...”

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Loxias | Loxias 40. | Panaït Istrati, « l’homme qui n’adhère à rien »

Les périodes suisses chez Panaït Istrati

Les « passages » en Suisse de Panaït Istrati de 1916 à 1930 ouvrent des perspectives qui auront de profondes répercussions sur le cours de sa vie. Le canton de Vaud et du Valais forment un étonnant creuset d’où émerge une combinaison de chemins qui sont autant d’étapes fondatrices. Si les recherches abordent souvent les périodes suisses d’Istrati, elles ne les traitent jamais dans leur intégralité. Il est temps de faire une rapide synthèse de ce que nous connaissons.

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Loxias | Loxias 41 | I.

Les Essais de littérature arrêtée de Denis Roche et « le Journal idéal » de Roland Barthes : « à la fois un rythme … et un leurre »

Écrits sous forme de journal intime, les « Essais de littérature arrêtée » de Denis Roche prennent en quelque sorte le relais de la « Délibération » de Roland Barthes : « Puis-je faire du journal une “œuvre” ? », suspendue par la mort de celui-ci en 1980. Loin de se livrer simplement à une naïve écriture confessionnelle ou de tenter une auto-construction fétichiste, Roche cherche plutôt dans ces textes à élaborer une écriture littéraire singulière, en exploitant les ressources du dispositif fragmentaire même du journal et en réalisant des « rythmes » spécifiques. Tout en se dérobant à la continuité, à la cohérence et à l’achèvement de l’œuvre dans sa conception traditionnelle, les « essais » semblent rapprocher de l’« œuvre » rêvée de Barthes, « qui dit son lien à la littérature d’une part et à la vie d’autre part ». Written in the form of private diaries, Denis Roche’s “essais de littérature arrêtée” seem to resume the “Deliberation” cut short by Roland Barthes’s sudden death in 1980: “Puis-je faire du journal une « œuvre » ?” (“Can I make a ‘work’ of the journal?”). Far from indulging in a naïve confessional writing or attempting to construct a fetishistic self, Roche tries instead in these texts to develop a singular form of literary writing, by exploiting the resources of the journal’s fragmentary form and by realizing specific forms of “rhythm.” Even as they eschew the continuity, coherence and completion of the work in its traditional conception, the “essais” seem to resemble the “work” Barthes dreamed of, “qui dit son lien à la littérature d’une part et à la vie d’autre part” (“which discloses its relation to literature on the one hand and to life on the other”).

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Une référence fragmentaire : la littérature seconde chez Pierre Senges et Mark Z. Danielewski

Dans House of Leaves et dans Fragments de Lichtenberg l’intrigue principale repose sur la tentative de recomposition d’un texte fragmentaire. Qu’il soit conçu comme reconstruction d’un ensemble ou restauration de reliquats du texte source, ce projet, à la fois ludique, érudit et métalittéraire, se réalise sous le régime de la prolifération narrative comme de la mise en abyme énonciative. La cohésion de ces romans au second degré se trouve menacée par des listes en expansion, mais aussi par l’hétérogène ou par le vide, qui atteignent jusqu’à la matérialité de la page. Moins enracinée dans le « réel » que dans un autre texte littéraire, la référence de ces romans se construit par conséquent à travers un regard qui ne perçoit que des bribes, qui se fonde sur les seules traces de l’œuvre première. “A fragmentary reference : Mark Z. Danielewski’s and Pierre Senges’s literature in the second degree”. The narratives attempt to gather a fragmented subtext in House of Leaves and in Fragments de Lichtenberg. Be it a reconstruction of the whole text or a restoration of its remains, it leads to proliferation and mise en abyme, with an erudite, reflexive or sometimes more playful purpose. In these second degree fictions, the poetics of lists threaten the narrative’s cohesion, in the same way as the void spreads on the sheet. As a result, these novels’ reference relies less on reality than on another literary work and the world is perceived by a stare focused on remnants of fictions.

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« Fragment de la nature des choses » et « inachèvement perpétuel » : l’écriture du monde selon Francis Ponge

Cet article tente de dégager des écrits de Ponge une poétique du fragment et de montrer en quoi celle-ci est liée à l’épicurisme qu’il revendique. Éprouvée au moment du « drame de l’expression » comme une menace, la fragmentation est ensuite choisie et assumée comme seul mode possible d’écriture du monde, en accord avec les lois de la combinaison atomique qui le régissent. Les métaphores récurrentes des écorces et des peaux montrent que le texte est perçu comme un fragment organiquement lié à celui qui l’a produit, tandis que la double signification du latin truncus, qui désigne à la fois le tronc et le tronçon, permet à Ponge de développer le paradoxe du « fragment intégral », selon la formulation de Gérard Farasse. Si la physique épicurienne explique que tout objet du monde offre un échantillon de sa texture, la poétique pongienne du fragment se pense aussi comme « pratique augurale », c’est-à-dire comme délimitation d’un fragment d’espace et valorisation de l’instant présent. En cela, elle peut rencontrer la conception barthésienne de l’écriture comme satori. This paper aims to show how Ponge’s writings reveal a poetics of the fragment and tries to explain how this poetics is related to Ponge’s epicureanism. First seen as a threat, at the time of the « drama of expression », fragmentation later becomes the only way to write the world, according to the laws of atomic combinations. Recurrent metaphors about trees shedding their bark and animals shedding their skin prove that the text is conceived as fragment organically related to who produced it. Likewise the two meanings of the Latin term truncus (trunk and broken piece) lead Ponge to work out the paradox of the « whole fragment » (Gérard Farasse). Whereas according to epicurean physics every object in the world proposes a sample of its texture, Ponge’s poetics of the fragment must be thought as an « augural practice », i. e. as a process that isolates a fragment of space and favours the present time. In that sense, this poetics is not so far from Barthes’ idea of writing as satori.

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Loxias | Loxias 41 | II.

Nu(e) : Entretiens sur la poésie

“À propos de La Revue Nu(e). Dix entretiens sur la poésie actuelleSous la direction de Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, La Lettre volée, 2012, collection Essais. Entretiens avec Henry Bauchau, Michel Collot, Michel Deguy, Antoine Emaz, Marie Étienne, Lorand Gaspar, Jacques Réda, Salah Stétié, James sacré, Esther Tellermann, Arnaud Villani. * Donner la parole à la poésie, la répercuter chaque fois qu’il est possible, discrètement et sans jamais forcer la main, retenant pour ligne de conduite à la fois l’ouverture comme disponibilité à évaluer la création présente, et la rigueur comme refus d’acquiescer au tout v...”

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Loxias | Loxias 42 | Doctoriales X

La quête du père absent chez Paul Auster et Albert Camus

Paul Auster et Albert Camus sont deux écrivains contemporains appartenant à deux contextes socioculturels différents. Cela dit, ils nous ont laissé deux romans dont l’écriture est propice à une étude comparatiste. En effet, Le Premier homme d’Albert Camus et L’Invention de la solitude de Paul Auster partagent la même problématique qui est la quête du père absent. Cette quête, dont l’origine est l’angoisse du présent se heurte, dans ces deux récits, à de nombreuses difficultés. La reconstitution de la figure paternelle, essentiellement caractérisée par l’anonymat et le mystère, s’avère pénible et parfois même désespérante. Outre cela, les deux romanciers ne disposent que de peu d’informations quant à leurs pères ce qui complique leur tâche. Conséquemment, le sujet du récit impose la forme de celui-ci : la figure parentale dont ils n’ont que des souvenirs fugaces et des idées floues ne peut être appréhendée qu’au moyen d’une écriture de fragmentation et de dépersonnalisation. Les deux auteurs ont, en fait, opté pour un style impersonnel dans le but d’accéder à la vérité dans toute son authenticité. L’écriture mime donc l’objet de la quête d’autant plus qu’elle bouleverse les schémas de l’autobiographie classique habituellement reconnue par la linéarité. Il s’agit donc d’étudier deux récits dont la structure est éclatée voire labyrinthique qui acquiert par là une dimension heuristique.

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Photo-fragments : L’Usage de la photo d’Annie Ernaux

L’écriture fragmentaire, l’écriture de discontinuité, contient des morceaux détachés entre lesquels ne se retrouvent pas la cohésion et la cohérence – surtout formelles – de l’ensemble. Annie Ernaux, dans L’Usage de la photo, défait la construction linéaire de l’autobiographie et sa représentation se fonde sur l’usage de la photographie. Comme l’indique le titre, elle a recours dans son œuvre aux images, au total quatorze photos choisies par elle-même et Marc Marie, son compagnon, parmi une quarantaine de photosprises de vêtements abandonnés par terre et d’objets renversées au moment de l’acte amoureux.Ce livreest conçu comme un montage de fragments de clichés, de manière à ce que les extraits du journal soient sélectionnés en fonction des photos choisies et constituent une sorte de photo-journal. Le journal intime sous forme fragmentaire, et la photo en tant que le fragment d’une réalité immatérielle, se rejoignent dans L’Usage de la photo pour donner une œuvre fragmentaire en suggérant à la fois ses moments de vie intense, avec, dans l’ombre, le cancer du sein et l’amour vécu par les deux auteurs du livre. En effet, les photos sont associées à la réalité matérielle éprouvée et sont comme des preuves irréfutables de l’histoire cachée derrière elles.

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Idylle, altérité et religion. Floire et Blanchefleur ou l’histoire d’une croisade pacifique

Le Conte de Floire et Blanchefleur, rimé, au milieu du XIIe siècle, met en scène un amour juvénile entre le fils d’un roi païen et une captive chrétienne. Deux grandes lignes thématiques structurent l’œuvre : l’idylle et la soumission de l’Orient. Dans Le Conte, le clerc romancier remplace le climat antagoniste des croisades par une conquête pacifique qui se réalise par la force de l’amour. L’assimilation de l’Orient sarrasin aux idéaux occidentaux, la conversion finale, à la fois individuelle et collective, ainsi que le mariage des enfants scellent à jamais la soumission religieuse et politique de l’Orient tout en marquant la réduction de l’Autre oriental à une figure du Même. The romance of Floire et Blanchefleur, a French idyllic poem of the Twelfth Century, recounts the childhood love of Floire, a heathen prince, for Blanchefleur, a Christian slave-girl. Two main themes structuring the romance are: the courtly love relation and the submissiveness of the Orient. The poet has replaced the antagonistic atmosphere and tension of the Crusades and forced conversion with a peaceful conquest which is achieved by the power of love. The assimilation of the Saracens to western and occidental culture, the final conversion ; both individual and collective, as well as the marriage between the two children sealing forever the religious and political yielding of the Orient, as a whole marking the diminution of the Other as a figure of the Same.

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L’éducation du lecteur à travers la figure de la métalepse chez Claude Ponti

Certains auteurs de littérature de jeunesse reconfigurent, pour de jeunes lecteurs, des thématiques présentes dans le champ de la littérature générale. C’est le cas de Claude Ponti, chez qui les représentations de livres, de lecteurs, de scènes de lecture et d’expériences de lecture sont omniprésentes. Cet aspect de son œuvre a déjà été étudié en partie, mais nous analysons ici plus spécifiquement son utilisation de la métalepse. Dès ses premiers albums, Ponti prend « au pied de la lettre » la figure de la métalepse, avec les personnages d’Adèle et des poussins qui franchissent des frontières entre plusieurs niveaux diégétiques. La nature iconotextuelle de l’album favorise le passage de la métalepse comme figure de discours à une figure de fiction, et des dispositifs sophistiqués invitent le jeune lecteur ou pré-lecteur à interpréter les transgressions métaleptiques comme une métaphore de l’activité de lecture de fiction. L’œuvre de Ponti peut alors se lire comme une initiation à la lecture de fiction car, sans jamais tomber dans le didactisme qui entache parfois la littérature de jeunesse, il rend sensibles et accessibles pour de jeunes lecteurs des processus cognitifs et psychologiques complexes. The education of the reader through Claude Ponti’s use of the figure of speech of metalepsis. A certain number of authors of child literature reconfigurate for their young readers some themes already present in more general literature. This is particularly true of Claude Ponti in whose work various representations of books, readers, reading scenes and experiences of reading are all pervading. This aspect of his work has already been partially studied. What we more specifically analyze here is his use of metalepsis. In his first albums, Ponti chooses to employ metalepsis literally through his characters, Adela and the chicks, who cross the boundaries separating several diegetic levels. The iconic-textual nature of the album makes for this passage from metalepsis as a figure of speech to a figure of fiction while various sophisticated devices invite the young reader, or pre-reader, to interpret metaleptic transgressions as a metaphor of the fiction-reading act. Ponti’s work may then be read as an initiation to the reading of fiction that never falls into the didacticism that sometimes spoils child literature. It thus makes cognitive and psychological processes sensible and accessible to young readers.

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La Carioca rencontre La Source : Pedro Américo dans l’atelier d’Ingres ?

Pedro Américo de Figueiredo e Mello a légué en tant que peintre et romancier brésilien du XIXe siècle une riche documentation qui témoigne de sa préoccupation à participer à la construction et au développement de la modernité de son pays. Enfant prodige, il est parti en Europe à l’âge de 16 ans pour y faire ses études. Élève de L’École des Beaux-Arts et de la Sorbonne, il va trouver au Brésil une forte résistance à son tableau nommé La Carioca peint à Paris. Cette œuvre chargée de mystère et de modernité serait-elle une sorte de personnage ingresque à la brésilienne ? Pedro Américo de Figueiredo e Mello is a Brazilian painter and novelist of the 19th century. He bequeathed rich documentation which demonstrates his concern for his participation in the construction and development of the modernity of his country. Child prodigy, he went to Europe at the age of 16 to study at the École des Beaux-Arts and the Sorbonne. Later in Brazil he encountered a strong resistance to his painting named The Carioca, painted in Paris. Could this work, loaded with mystery and modernity, be considered an Ingres-like character in a Brazilian style?

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Loxias | Loxias 42 | Travaux et publications

Finitude de la lumière : l’œuvre de Béatrice Bonhomme (compte rendu de Béatrice Bonhomme : le mot, la mort, l’amour)

Recension de l’hommage rendu à l’œuvre de Béatrice Bonhomme (2013), ouvrage collectif consacré à sa poésie, paru aux éditions Peter Lang, et dirigé par Peter Collier, et Ilda Tomas. Ce volume entend « fête[r] l’œuvre de Béatrice Bonhomme » — riche de nombreux recueils, mais aussi d’une pièce de théâtre — et en faire « l’analyse critique ». Il réunit près d’une trentaine d’articles critiques, mais aussi des textes inédits de la poète, des reproductions de dessins et d’images.

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Loxias | Loxias 43. | I. Questions de Littérature comparée à l'agrégation de Lettres modernes

Thalie au miroir : héroïsme féminin et métathéâtralité

Cet article fait l’hypothèse d’une métathéâtralité spécifique à la comédie dans laquelle la question du genre revêt une importance significative. Induite par les conditions concrètes de la représentation sur la scène antique et élisabéthaine où les rôles féminins sont joués par des hommes, la part de jeu inhérente à la comédie interfère avec le topos du théâtre du monde, dont les incidences sur la métathéâtralité ont été soulignées d’emblée par l’inventeur de la notion de métathéâtre. Lorsque des protagonistes féminins occupent le devant de la scène, l’interrogation sur le jeu de l’acteur semble l’emporter sur la lecture métaphysique de la métaphore qui privilégie les fonctions de l’auteur et du spectateur, confondues en Dieu dans la lecture chrétienne du topos. Sous le signe du féminin, la comédie semble plutôt interroger les rôles sociaux et remettre en question la naturalité du genre.

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Loxias | Loxias 43. | II.

Traversées poétiques des littératures et des langues

“Illustrations de Serge Popoff Paris, L’Harmattan, 2013, « Le Thyrse » n° 4, La collection du CTEL, Université Nice Sophia Antipolis, 567 p. ISBN : 978-2-343-00941-4 Réunis sous le titre de Traversées poétiques des littératures et des langues, les articles de ce volume issu du séminaire de recherche « Bilinguisme, double culture, littératures » (2009-2011) – qui s’est tenu conjointement à l’Université de Nice Sophia Antipolis et à l’Université « Lucian Blaga » de Sibiu – permettent de mettre en exergue une proposition théorique susceptible d’intéresser à la fois les disciplines de la poétique et de la littérature comp...”

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Variations du visage & de la rose

“Frontispice de Stello Bonhomme, L’Arrière-pays éditions, 2013, 48 p., 8 euros ISBN 978-2-910779-61-0  Tu te souviens quand nous l’avons retrouvé, posé sur la neige, alors qu’il serrait contre lui cette seule rose. Elle avait gardé du sang sur ses pétales et le cœur battait dans la rose. Mais, lui, son cœur avait cessé de battre, il avait confié son cœur à la rose. Le sang de la rose battait encore quand on a ouvert sa main et que l’on a déposé la rose sur la neige. * Gradiva, la vie. Quelques mots à propos des Variations du visa...”

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L’Émergence de la notion de mise en scène dans le paysage théâtral français (1789-1914)

“Classiques Garnier, 2013, coll. « Études sur le théâtre et les arts de la scène », n° 1, 257 p., ISBN 978-2-8124-2114-3, 32 € Cet ouvrage porte un éclairage sur le sens et les différentes expressions d’un art de la mise en scène dont l’historiographie actuelle situe la « naissance » avec l’ouverture du Théâtre-Libre d’André Antoine en 1887. Le terme « mise en scène » intègre pourtant le vocabulaire dramatique aux lendemains de la Révolution de 1789. Le « metteur en scène », occurrence déjà repérable dans le discours critique sous le Premier Empire, pénètre le personnel dramatique des théâtres dans les années 1820. En s’appuyant sur des sources à la fois littéraires, politiques et juri...”

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Loxias | Loxias 44. | I.

La Promesse de l’aube : Ode à la mère qui fut la France

Pour Romain Gary, deux personnes ont incarné la France : le général de Gaulle, qu’il célèbre dans Ode à l’homme qui fut la France, et sa mère, à qui il rend hommage dans La Promesse de l’aube. L’éducation qu’elle lui a donnée en Pologne a construit son identification à la France et, pendant la Seconde Guerre mondiale, Mina Kacew est représentée comme un double du Général qui appelle à poursuivre le combat. Ce rapprochement des deux figures tutélaires constitue une ascendance qui permet d’affirmer que c’est par ses origines étrangères et par son choix politique que Roman Kacew a réalisé le vieux rêve d’intégration de sa mère par son adhésion au gaullisme. According to Romain Gary, France has been embodied by two people: general de Gaulle, celebrated in Ode to the Man who was France, and his mother, praised in Promise at Dawn. The education she gave him in Poland built his identification to France and, during the second World War, Mina Kacew is portrayed as the alter ego of the General while calling for the fighting going on. Bringing together both tutelary characters forms an extraction allowing to say that Gary became French by a combination of his foreign origins and his political choice. Thus Roman Kacew made his mother’s old dream for integration come true.

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Les incorporations de Romain Gary : un pluriel stylistique

Romain Gary devient diplomate en 1945. Impliqué pendant une quinzaine d’années dans les négociations onusiennes et européennes, il ne cachera jamais dans son œuvre ses réticences concernant la construction de ces organisations internationales dont les fondations abstraites ne pouvaient pas être à la hauteur de l’idéalisme qui les présidait. L’ONU et l’Europe deviennent chez Gary des emblèmes symboliques d’une imagination abstraite et stérile s’apparentant à un fantôme de l’humanité. Si d’un point de vue politique ces organisations internationales s’imposent comme un miroir déformant de la fraternité dans lequel l’homme occidental désire se reconnaître, d’un point de vue littéraire, l’écrivain les réduit à des figures de style soulignant leur futilité et leur stérilité. Grâce à un jeu subtil de métaphores récurrentes dans plusieurs romans (principalement dans L’Homme à la colombe et Europa, mais aussi dans Tulipe et Le Grand Vestiaire), ces institutions peuvent être envisagées comme une écriture du corps. Romain Gary became a diplomat in 1945. With 15 years of involvement in United Nations and European negotiations, he never hided in his written works his reticence regarding the creation of these international organizations whose abstract foundations cannot meet the lofty idealism that preceded them. The UN and Europe became for Gary symbolic emblems of abstract and sterile imagination derived from a vain dream of humanity. From political point of view these organizations impose themselves as a distorting mirror of the brotherhood in which a western man would like recognize himself; from a literary point of view the writer reduce them to the figures underlining their futility and vanity. Thanks to their fine play of metaphors recurring in several novels (mainly in L’Homme à la colombe and Europa as well as Tulipe and Le Grand Vestiaire translated in English in 1950 as The Company of Men), these institutions can be considered as a writing of body.

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Formes et enjeux de l’équivoque dans Les Racines du ciel

La forme du témoignage, privilégiée par Gary dans Les Racines du ciel, favorise l’émergence d’une parole multiple qui s’émancipe de la seule narration pour se décliner aussi sur les modes de l’analyse et du commentaire et conduire à une certaine déconstruction du réel. L’entrecroisement des regards et la multiplicité des interprétations placent le lecteur face à un récit qui interroge plus qu’il ne raconte, et qui charge les faits comme les personnages d’un fort coefficient d’équivocité. On verra comment s’exprime dans le roman cette culture de l’équivoque et en quoi elle s’inscrit au cœur du projet romanesque de Romain Gary.

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Allégories du masculin chez Romain Gary

Les Études sur la masculinité sont une branche encore relativement jeune des Études du genre. Elles se penchent sur la question de la représentation et de l’identité masculines et, de la sorte, favorisent des approches résolument interdisciplinaires. Romain Gary interrogeait le fait masculin de diverses manières : dans ses textes fictionnels le masculin est étroitement lié à des figures allégoriques : ainsi dans La Promesse de l’Aube, Nina Kacew et Charles de Gaulle forment des parents symboliques permettant à Gary d’accéder à la francité. Dans La Danse de Gengis Cohn, Florian représente l’homme qui, dans sa recherche de l’absolu, tombe en proie aux idéologies fascistes, tandis que le roman Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable lie le déclin de la puissance à une certaine perte de vitesse de la France après les Trente Glorieuses. Masculinity Studies are a relatively new field within Gender Studies – they explore representations of maleness and male identities, thus fostering a radically interdisciplinary approach. Questions of masculinity are omnipresent in Romain Gary’s texts, frequently they are linked to allegorical figures. In La Promesse de l’Aube, Charles de Gaulle and Nina Kacew assure a symbolic parenthood allowing Russia-born Gary to access to his « certain idea of France ». In La Danse de Gengis Cohn, Florian, a mass murderer, embodies the man who, in his quest for the absolute, falls prey to a fascist ideology. The novel Au-delà de cette limite n’est plus valable links the decline of male sexual power to the decline of France after the years of unprecedented economic groth between 1947 and 1975.

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La défense de l’éléphant – ou quel idéal pour l’indépendance ? Les Racines du ciel de Romain Gary

Les Racines du ciel, prix Goncourt 1956, continue à faire date comme le premier roman « écologique » – et la critique s’est interrogée sur le sens de cet engagement : que cherche Morel, le protagoniste du roman ? protéger les éléphants ? défendre un idéal de liberté ? renverser le système colonial ? ou simplement assouvir des lubies personnelles ? Chaque personnage gravitant dans son orbite interprète son engagement différemment. Jusqu’à Romain Gary lui-même qui explicite son projet dans la « Lettre à l’éléphant ». Son expérience de l’Afrique lui fait présenter des portraits de colonisateurs et de colonisés, à la veille des mouvements d’indépendance : écologie et postcolonialisme peuvent-ils être conciliables ? The Roots of Heaven, which was awarded the prestigious Prix Goncourt in 1956, is known as the first “eco-novel”, and literary criticism is eager to analyse this environmental concern: what is really the aim of the main character, Morel? Does he intend to protect elephants? or ideal freedom? Does he endeavour to pull down the colonial system or is he just doing randomly whatever crosses his mind? Everyone has his own idea about it. Even Romain Gary himself explains the plot in a so-called letter to “Dear Elephant”. From his own experience he is very much capable of writing a novel on pre-Independence Africa. But are environmental protection and colonial/postcolonial system compatible or do they exclude each other?

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Romain Gary, si « JE est un autre » qui est-IL ?

Le IL vient définir la présence naissante dans le corps de l’écrit, qui hante la littérature de Gary. Il s’agit d’un rapport au temps et au corps qui dépasse la seule problématique de l’individu. Au-delà des pseudonymes, c’est dans la nature même de ses écrits que se déploie cette puissance. Dans l’épaisseur de la page se dissimule le pli entre auteur, personnage et signature. Dans un lien créatif, original et organique au phonème se loge un monstrueux rapport qui délie les lois de l’engendrement, de la naissance, à travers la création. Toutes ces implications vitales font participer son écriture à celles du danger, où l’engagement du sujet, auteur et lecteur, est inévitable. “Romain Gary, if "I is someone else", who is HE?” The HE just defines the emerging presence in the body of the writing, which haunts Gary’s literature. It is a relation to time and body that goes beyond the mere problem of the individual. Beyond pseudonyms, it is in the very nature of his writings that this power unfolds. In the thickness of the page, hides the fold between author, character and signature. In a creative, original and organic link to the phoneme fits a monstrous relationship which loosens the laws of procreation and birth through the creation. All these vital implications involve his writing to those of danger, where commitment of the subject, author, reader, is unavoidable.

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« Adieu Gary Cooper adieu Che Guevara  »  : quelques exemples de la référence à Romain Gary dans l’œuvre de Hubert-Félix Thiéfaine

L’article retrace les modalités de réappropriation de séquences de l’œuvre de Romain Gary dans les chansons de Hubert-Félix Thiéfaine ainsi que leur intégration dans la dynamique du discours poétique, essentiellement caractérisée par un processus d’oxymorisation mis en œuvre sur tous les plans de l’écriture du texte. Le recours aux techniques du cut-up et de l’entrelacement des références permet la création d’un jeu de miroirs complexe confrontant les divers éléments constitutifs du «  puzzle  » textuel, ce qui permet de révéler l’affinité avec les positions de Gary notamment pour ce qui concerne le problème de l’idéalisme et la place de l’homme dans l’histoire et l’univers. The purpose of this article is the description of the integration process that makes it possible for the songwriter Hubert-Félix Thiéfaine to transform sequences from Romain Gary’s novels into constituents of his own poetical discourse. The way the quotations or allusions are recreated (especially by using the cut-up technique) and become part of a mirror game of great complexity based on the combination and implicit confrontation of many intertextual elements lets the songs appear like a "puzzle" (so the author) that reveals in this case the affinity with Gary’s positions especially concerning the problem of idealism and the place of man in history and the universe.

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Loxias | Loxias 46. | Doctoriales

Le communisme comme alternative à Dieu : problématique de la sécularisation dans l’œuvre d’Henri Barbusse

Dès la fin de la Grande Guerre, Henri Barbusse devient l’une des grandes figures du communisme français. À partir des années 1920, la plupart de ses œuvres témoignent de la volonté de l’écrivain de séculariser les principes fondateurs du christianisme, afin de les intégrer dans sa réflexion sur le communisme. Il réinterprète alors les Évangiles selon une lecture matérialiste, jusqu’à forger la figure d’un Jésus marxiste, révolutionnaire, et athée. Dans une certaine mesure, cette réflexion de Barbusse fait écho à certaines théories mises au point au début du XXe siècle, au sein d’une intelligentsia russe désireuse de synthétiser religion et socialisme. Ainsi, cette étude a pour vocation de mettre en lumière les mécanismes de sécularisation du christianisme à travers le communisme, dans l’œuvre d’Henri Barbusse.

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Jeux de bouffons, jeux d’optique chez Sarraute et Dostoïevski

Bakhtine attribue à l’aspect carnavalesque du récit de Dostoïevski un pouvoir bouleversant sur le je et sa parole. La logique « de la parodie » à travers un je éclaté en mille morceaux chez Dostoïevski semble être en rapport avec le projet de la destruction de l’identité monolithique formulé par Nathalie Sarraute. En endossant le masque de bouffons, les sujets de ces deux auteurs, si différents au premier abord, saisissent et montrent aux autres la réalité dans son processus de transformation. Une métamorphose s’opère également entre les bouffonneries du diable d’Ivan dans Les Frères Karamazov (1880) et celles inscrites dans la parole du je diffus de Tu ne t’aimes pas (1989). According to Bakhtine, carnival is a creative opportunity for renewal of the hero’s identity and discourse in Dostoevsky’s work. By drawing an unreliable source of identity through carnival devices, Dostoevsky seems to lead Nathalie Sarraute to question the nature and the identity of her own characters. The court jester or the circus clown appears in the works of these two authors as an instrumental figure, which unmasks the truth and presents the reality as a continuous process of metamorphoses. Therefore, I try to establish a parallel between the clownish antics of Ivan’s devil in Brothers Karamazov (1880) and the textual strategies employed by Sarraute to renew, according to a carnivalesque principle, the traditional conception of the hero’s identity in her novel Tu ne t’aimes pas (1989).

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L’idéal perdu à la fin du XIXe siècle : étude sur la colère dans Monsieur de Phocas (1900) de Jean Lorrain et Bruges-la-Morte (1892) de Georges Rodenbach

Infatigable chercheur d’idéal mais exténué par l’environnement délétère, l’esthète fin-de-siècle ne perçoit plus la beauté suprasensible. Certains dandys, comme Monsieur de Phocas, le héros éponyme du roman de Jean Lorrain (1900), se lancent alors dans la quête du beau qu’ils croient parfois déceler dans l’œil d’une femme, « car c’est le seul œil qui voit la grande beauté » (Plotin, Ennéades, I – IV). De même, Hugues Viane, dans Bruges-la-Morte (1892) de Rodenbach, pense reconnaître sous les traits d’une danseuse sa défunte épouse dont il est toujours religieusement épris. Mais l’un comme l’autre seront finalement déçus par ces trompeuses correspondances terrestres d’une beauté supérieure. L’idéal évanescent qu’ils poursuivent ne fait place, finalement, qu’à la laideur morale de ces femmes entraînant un sentiment mêlé de frustration et de colère. L’animosité soudaine dont ils font preuve rompt, dès lors, avec leur posture mélancolique et raffinée du début des deux romans. Et, par haine de ce succédané perverti de l’idéal amoureux, tous deux sombrent dans la violence grossière.

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Tout est bien qui ne finit pas (toujours) bien… Violence et désillusion dans les contes de fées de Madame de Murat

Participant de la vogue des contes de fées mondains de la fin du XVIIe siècle, les textes de Mme de Murat se distinguent dans ce vaste corpus éditorial, non par le style, les décors ou les personnages qui reprennent les topoï du genre, mais par une mise en scène singulièrement négative des intrigues héroïques. Si la plupart des contes de la période présentent des opposants nécessaires qui contrarient le parcours héroïque pour mieux en révéler la réussite, les récits merveilleux de la conteuse annoncent fréquemment l’échec des protagonistes et les adjuvants traditionnels que sont les fées ne parviennent pas systématiquement à (r)établir in fine une situation heureuse. Les dénouements et les commentaires auctoriaux volontiers pessimistes affichent alors la désillusion d’une femme sur le mariage et l’amour à son époque. Taking part in the popular fairy tales of the seventeenth century, the tales of Madame de Murat can be distinguished in this vast editorial corpus, not by the style, the scenery or the characters that take up again the topoï of the genre, but by a remarkably negative performance of the heroic plots. While most of the tales of that period show necessary opponents who impede the heroic route in order to reveal better the outcome, the wonderful accounts of the story-teller frequently herald the failures of the protagonists and the fairies, the traditional adjuvants, do not systematically manage in fine to establish a happy situation. The willingly pessimistic endings and comments of the author then display the disillusionment of a woman on marriage and love in her time.

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Marguerite Duras, Jean-Luc Lagarce : le dialogue troué, un geste théâtral contemporain

Il s’agira dans cet article de mettre au jour plusieurs thématiques communes aux œuvres théâtrales de ces deux auteurs contemporains. À travers la déconstruction du récit, la mise en ruine de l’espace scénique, du personnage et de la langue, nous pouvons observer un démantèlement du genre, d’où le sens va émerger. C’est un Théâtre rénové par son effacement qui apparaît, transposant les personnages de l’huis-clos familial vers l’archétype, et entraînant une remise en question, une redéfinition du genre et une réflexion sur la place du spectateur, sur son rapport intime à la langue, au signifiant comme au signe, et au final sur la communication entre les êtres. À travers l’effondrement et le silence, l’écriture conduit aux origines, aux retrouvailles entre l’homme et sa parole. Le théâtre de Lagarce et de Duras est un retour à la source, entrevue dans le refus des traditions et la recherche du mot à jamais égaré. This article aims to bring to light several themes common to the theatrical works of these two contemporary authors. Through the deconstruction of the story, the dissection of the performance area, the character and the language, we can observe a dismantling of the genre, from which meaning will emerge. From this deconstruction, a new Theatre arises, which transposes the characters from the family huis clos to the archetype and leads to questioning, to redefining the genre and rethinking the place of the audience, their intimate connection to language, to the meaning as well as to the word, and ultimately to communication between beings. Through the collapse and silence, writing leads back to the origins, to the reunion of man and his speech. The works of Lagarce and Duras are a return to the core, which lies somewhere between the refusal of traditions and the search of the forever-lost word.

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Loxias | 47. | I.

Relire les stances de Polyeucte. Du baptême à la confirmation

Hélène Baby propose une relecture des stances de Polyeucte, expliquant la présence de leurs cinq strophes hétérométriques dans une tragédie chrétienne. Renvoyant au mystère de la Pentecôte et à ses effets, elles achèvent et « confirment » à l’acte IV le sacrement du baptême reçu par Polyeucte au début de la pièce.

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Le « Je » et le Spleen dans Le Spleen de Paris de Charles Baudelaire

Le visage penché vers le sol, le regard perdu vers un lointain indéfinissable et vague, le sujet romantique emplit l’espace qui l’entoure d’une mélancolie qui s’épanche irrésistiblement. Posture devenue image d’Épinal sur laquelle éclot la poétique baudelairienne ? La question du lien entre le « je » et le spleen dans Les Petits poèmes en prose pose un problème majeur. Qu’est-ce que le « je » dans Le Spleen de Paris ? Ni Baudelaire ni le moi lyrique si l’on en croit le titre du recueil, mais une instance énonciatrice dont l’origine pose problème. Qu’est-ce que le spleen ? ni la mélancolie romantique ni l’épanchement du moi, si l’on en croit Baudelaire, mais un sentiment qui s’inscrit dans et par la ville moderne. Par conséquent, comment envisager le lien entre le « je » et le spleen ? Si le « je » poétique a été tout au long de la première partie du siècle fortement lié à l’épanchement lyrique, s’il était l’origine de la mélancolie, poser la question du lien entre le « Je » et le spleen suppose un déplacement du Romantisme vers la modernité.

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Le Spleen de Paris sous le masque de la pantomime

Dans De l’essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques, Baudelaire se souvient de la représentation d’une pantomime au théâtre des Variétés : au Pierrot français, discret et muet, s’oppose l’excentrique Pierrot anglais, dont le rire qui « ressemblait à un joyeux tonnerre », fit « trembler la salle ». Par sa gestuelle et son masque démesurément outrés, le Pierrot anglais provoque « une ivresse de rire, quelque chose de terrible et d’irrésistible ». D’emblée, la caricature est placée sous le signe de la violence. Violence de l’exagération, d’une part, qui vient déformer les traits des personnages ; violence de la réception, d’autre part, qui laisse le spectateur sous « le vertige de l’hyperbole ». C’est la violence de l’exagération qui vient faire grimacer la représentation à la fois du corps et du texte, qui nous intéressera dans cet article.

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Loxias | 49. | I.

L’invention de Charlot : corps politique, corps poétique

Le personnage de Charlot, mi-gentleman, mi-clochard, consacre à sa manière l’importance dérisoire du moi, un moi capricieux qui résiste à l’entreprise d’uniformisation que lui fait subir le réel. Tirant sa force des jeux de l’enfance et de la pantomime, son art du muet sert un humour « vagabond » qui procède d’un processus d’irréalisation poétique servi par le burlesque. Portée par une conjonction d’influences, la figure de Charlot est une figure mixte qui cristallise à la fois une spiritualité poétique proche du « Witz » romantique et la modernité de l’humour. Son jeu est une invite à préserver l’élan originel de la conscience, et par là-même, à échapper au conditionnement industriel, en particulier dans Les Temps modernes, où ses vagabondages cinématographiques sont autant de figurations poétiques de la résistance.

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« Quelle belle vie ! »
L’existence poétisée du Charlot de Philippe Soupault

Dans Charlot (1931), Philippe Soupault narre la vie imaginaire du célèbre vagabond, à partir des films qu’il a vus et des souvenirs qu’il en a gardés. Mais il la retrace en la poétisant : tenant Charlot pour un « poète au sens le plus pur et le plus fort du terme », l’écrivain accorde son récit à l’image qu’il se fait du personnage. La figuration poétique s’effectue ainsi de manière à la fois thématique et formelle : non seulement le parcours de Charlot voisine par intermittence avec ceux de modèles emblématiques (Orphée, Croniamantal, Rimbaud, Cendrars), mais son existence elle-même est perçue à l’image d’un poème, structurée selon un schéma cyclique. Dès lors, dans tous les sens du terme, le récit de Soupault peut être défini comme une biographie poétique – par l’existence qu’il restitue, par le style qu’il emploie, par l’émotion qu’il procure. In Charlot (1931), Philippe Soupault tells the imaginary life of the famous tramp, drawing from the memories he has of the films he saw. But he retraces it poetically: presenting Charlot as a “poet in the purest and strongest sense of the word”, the writer matches his story to his perception of the character. The poetic representation thus occurs both thematically and formally: not only is Charlot’s journey near to those of emblematic figures (such as Orphée, Croniamental, Rimbaud or Cendrars), but his existence itself is seen as a poem, structured according to a cyclic pattern. Therefore, in every sense of the word, Soupault’s story can be defined as a poetic biography – through the existence he recounts, through his style, through the emotion he stirs.

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« Chaplinades », Charlot et les avant-gardes : une réflexion sur le langage et la modernité

De la découverte des films de Chaplin en 1915 jusqu’aux années vingt, l’engouement porté à la figure de Charlot révèle des interrogations qui s’inscrivent dans une remise en question des valeurs de la représentation. Les artistes d’avant-garde s’interrogent sur l’image et le langage. Charlot incarne un regard porté sur la société et rejoint les préoccupations de jeunes poètes. Ensuite la mécanique de la gestuelle de Charlot est liée à l’intérêt que ces artistes portent au mouvement, à la décomposition des gestes et à la modernité technologique. Les poèmes montrent une tentative de transcription de cette technique. Enfin, les films de Chaplin trouvent un écho, par leur caractère expressif, dans une réflexion sur la représentation et ses moyens.

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Loxias | 50. | Doctoriales

Toujours migrants, mais désormais écrivains : stratégies identitaires et littérature africaine

La plupart des auteurs partis d’Afrique se sont posés comme migrants avant de s’insérer comme écrivains dans leur société d’accueil. Ils sont toujours reçus comme : migrants professionnels (Tahar ben Jelloun s’est installé en France pour enseigner et faire une thèse de doctorat en psychologie) ; comme étudiants (Max Lobé, Patrice Nganang, etc.) ; comme réfugiés (asile politique ou humanitaire) ; au titre de regroupement familial (Fatou Diome, sénégalaise, est allée en France en raison d’une histoire d’amour et d’un mariage avec un Français). Il existe aussi des cas d’immigrants illégaux comme Georges Yemy, ou comme Omar Bâ que le témoignage controversé de son expérience migratoire a justement fait connaître comme auteur. Ceux même qui sont nés en Occident de parents migrants ont d’abord connu la réalité de migrants avant de se distinguer comme écrivains. Il s’agit donc fondamentalement de sujets migrants, indépendamment de leurs stratégies. Contrairement à la femme de Lot, tous ont en commun de regarder sans cesse derrière eux, vers leurs origines, sans jamais être statufiés, c’est-à-dire que le matériau de l’origine est prégnant, mais leurs stratégies d’adaptation socioculturelle portent la marque à la fois des transformations identitaires qui ont cours dans leurs sociétés d’origine et des ressources multiculturelles mobilisées dans les sociétés d’accueil, ou ils créent et défendent de nouvelles identités hybrides, qu’il semble utile de catégoriser.

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Métaphore et poétisation du réel chez Apollinaire, Cendrars et Maïakovski

Apollinaire, Cendrars et Maïakovski ont inscrit la quête de leur identité de poète dans le monde en pleine mutation du début du vingtième siècle. La confrontation à une époque mouvante remet en question des certitudes et invite à un questionnement fondamental sur l’écriture poétique, ses enjeux, ses possibilités et ses expérimentations. Une partie de ma thèse s’est intéressée à la métaphore. Celle-ci pose des problèmes définitionnels qui révèlent la complexité d’un mécanisme qui s’appuie sur trois éléments : l’élément comparé, le comparant et le principe de l’analogie. La subjectivité s’inscrit dans ce mécanisme qui associe deux réalités dépourvues de liens. La métaphore implique la mise à l’œuvre d’une création volontaire et réfléchie tout en permettant un épanouissement du sens devenu pluriel. En tant que glissement ou encore passage à un second sens que Ricœur appelle « extension de sens », « epiphora », la métaphore n’est pas un ornement vain de rhétorique, elle implique un mouvement de sens et de création poétique. C’est cet aspect que je souhaiterais développer en examinant un corpus composé essentiellement de « Zone », la Prose du Transsibérien et Le Nuage en pantalon, trois poèmes qui posent des interrogations fondamentales sur l’écriture poétique et expérimentent des procédés novateurs.

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Du suicide et de la morale dans L’Orphelin de la maison de Tchao de Ji Junxiang, L’Orphelin de la Chine de Voltaire et The Orphan of China de Murphy

Cet article a pour objectif d’étudier la question du suicide dans le domaine théâtral à travers trois pièces emblématiques : L’Orphelin de la maison de Tchao de Ji Junxiang, L’Orphelin de la Chine de Voltaire et The Orphan of China de Murphy. Dans L’Orphelin de Ji Junxiang, les personnages commettent un suicide pour remplir leur obligation de moral. Dans L’Orphelin de Voltaire et The Orphan de Murphy, au moment où les personnages tentent de se tuer ou de se faire trucider, ils empruntent un ton déclamatoire, pour livrer des justificatifs philosophiques de leur acte. Pourtant, il s’agit d’une tentative de suicide, et non d’un suicide effectif. Cette étude essaie de mettre en lumière le phénomène moral dans ces trois tragédies et la situation à l’égard du suicide.

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Le motif des voyages de l’âme chez Baudelaire et Yavorov

La poésie bulgare du début du XXe siècle s’inspire largement des œuvres des poètes français du siècle précédent, parmi lesquels Baudelaire est l’un des plus cités et des plus admirés. Ainsi, l’une des figures emblématiques du « modernisme » bulgare, le poète Péio Yavorov, né en 1878 et mort en 1914, qui pratique le français et effectue plusieurs séjours en France, porte le projet, resté malheureusement irréalisé, de traduction des Fleurs du mal. De plus, Yavorov occupe, dans son pays, une place proche de celle qu’occupe Baudelaire en France. Tous les deux apportent « un frisson nouveau », celui de l’« âme », déchirée entre l’idéal et le dégoût, la beauté et l’ennui métaphysique. Cette proximité pourrait être illustrée par le commentaire comparé des poèmes « Les foules » et « Chanson à ma chanson » qui abordent le même thème, celui des pérégrinations de l’âme dans des intériorités étrangères. Sur ce point, les deux poètes se rencontrent de manière confondante car leurs textes expriment les mêmes entrelacements de contradictions éthiques, d’érotisme et de métaphysique. De cette proximité naissent également les nuances, dues à la spécificité de l’évolution de la poésie française et de la poésie bulgare, montrant à quel point la différente « éducation esthétique », reçue par les générations précédentes, peut éloigner des sensibilités originellement fraternelles.

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Loxias | 51 | I.

La présence et le réel dans Du mouvement et de l’immobilité de Douve

La notion de présence, à laquelle fait souvent référence Yves Bonnefoy, est fondamentale pour la lecture de son recueil Du mouvement et de l’immobilité de Douve. Toutefois, il semble qu’on ne puisse parler de présence sans parler de réel. Il s’agit donc ici de définir ces deux notions tout en envisageant comment elles cohabitent dans le poème. Développant notre argumentation à partir des propos du poète, nous entendrons ce signifiant « Douve » comme un mot qui représente la parole. En ce sens, Douve excède la seule référence féminine pour devenir la dynamique propre du poème. Elle serait proche de ce réel, insaisissable par nature, sauf en de certains moments que définit l’état de présence. Elle pourrait en être la voie d’accès. Être en présence, éprouver la présence, pourrait permettre enfin d’entrer en contact avec la beauté.

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« La mort de Saint-Loup » (Le Temps retrouvé)

L’épisode de la mort de Saint-Loup marque la fin de l’évocation de la guerre de 14 dans Le Temps retrouvé ; il entame également le mouvement qui conduira le narrateur à la décision de se consacrer à son œuvre littéraire. Pleurant son ami tué à la guerre, le narrateur se remémore leur relations passées : la personne de Saint-Loup devient personnage et sa vie un destin qu’il s’efforce de déchiffrer. Mais l’expérience du deuil contribue aussi à transformer l’histoire en mémoire.

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Et en librairie... Inspirations méditerranéennes

“Atlande, 2015, « Clefs Concours », Littérature comparée 284 p., ISBN : 978-2-35030-342-0 « L’intitulé de la nouvelle question de littérature comparée au programme de l’agrégation de lettres modernes 2016 met d’emblée en lumière l’intérêt épistémologique qui résulte du croisement d’une approche thématique et d’une perspective générique : “inspirations méditerranéennes” : aspects de l’essai au XXe siècle. […] La mesure de l’essai contre la démesure du système, le consentement au relatif contre l’absolu du dogmatisme, le choix du fragmentaire contre l’ambition totalisante de la somme, le plaisir de la flânerie contre la marche forcée du traité, telles sont quelques-unes des po...”

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Le souvenir d’un livre : François le Champi dans Le Temps retrouvé

La découverte de François le Champi dans la bibliothèque du prince de Guermantes s’inscrit dans la série des réminiscences qui révèlent finalement au narrateur le sens de sa vie et de sa vocation littéraire. Malgré une continuité évidente par rapport aux révélations précédentes, cette expérience marque une étape nouvelle et décisive, au seuil de l’épisode final du « Bal de têtes ».

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Loxias | 51 | II.

Poétiques du descriptif dans le roman français du XIXe siècle

Cet ouvrage envisage la description comme un discours muet qui parvient à inscrire dans un texte une éthique ou des récits sous-jacents que l’herméneute seul peut décrypter. Cette étude livre les résultats d’une enquête sur les enjeux éthiques et esthétiques qui se nouent au cœur des descriptions romanesques. This work considers description as a mute discourse which succeeds in inscribing an ethic or underling narrative into a text which can only be deciphered by the hermeneute. This study reveals the results of an enquiry into the ethical and aesthetic stakes which lie at the heart of novelistic description.

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Loxias | 52. | I.

Rien de nouveau sous le soleil ? Camus et Le Clézio

À travers l’étude du roman L’Étranger d’Albert Camus et la nouvelle « Le jeu d’Anne » de Jean-Marie Gustave Le Clézio, l’objectif du présent article est de montrer comment la personnification de la nature, et avant tout du soleil, permet de tracer des liens intertextuels entre ces textes et la mythologie gréco-romaine tout en dégageant, grâce à une approche éco-critique, une inquiétude sur le rapport entre l’être humain et la nature qui l’entoure. Through analysis of the novel The Stranger by Albert Camus and the short story « Anne’s Game » by Jean-Marie Gustave Le Clézio, the aim of the present article is to show how the personification of nature, specifically the sun, helps tracing intertextual links between these texts and Greek and Roman mythology, while at the same time unveiling, thanks to an eco-critical approach, a certain uneasiness about the relationship between man and the nature surrounding him.

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Rousseau, la romance et la nature : ou la culture de la sensibilité devant la civilisation des Muses

Auteur de la première histoire verte du monde (selon J. Bate), Rousseau apparaît comme patron de la réflexion écocritique actuelle. Dans cet ordre, un de ses mérites est de percevoir les rapports entre le travail conceptuel et ses retombées sensibles – et d’en tirer des conséquences artistiques. Partant de ce constat, cet article met en lumière les soubassements de la réflexion rousseauiste sur le genre de la romance. Porteuse d’une anthropologie autant que d’une esthétique, celle-ci s’avère détenir un pouvoir performatif qui la propulse en moyen de promouvoir un espace culturel soustrait à la préséance du rationalisme et des représentations qu’il nourrit.

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Loxias | 53. | I.

Paris beur : mise en texte du sujet révolté. Une lecture sociocritique d’Éboueur sur échafaud d’Abdel Hafed Benotman

Le roman d’Abdel Hafed Benotman, Éboueur sur échafaud, raconte l’entrée précoce du jeune Faraht Bounoura, dit Fafa, dans le monde ingrat des adultes. Son comportement marginal est une réponse à l’abandon moral dans lequel il se trouve. Dans un roman marqué par une écriture de « banlieue », Fafa est une figure d’anti-héros.

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Loxias | 54 | I.

Marseille à l’avant-garde poétique (1925-1945) : le choix audacieux des Cahiers du Sud

Entre 1925 et 1966 paraît à Marseille une revue dont la renommée n’est plus à faire : Les Cahiers du Sud. Le choix de cette implantation géographique n’est pas banal, à tel point que la question du déménagement du siège reviendra à plusieurs reprises lors de moments-clés pour la revue (départ de Pagnol à Paris en 1925 et Libération). Pourtant, ils ne quitteront jamais leur ville natale, ce qui les rend atypiques dans un pays où la tendance à la centralisation a eu des conséquences importantes sur le plan culturel. Si l’industrie du livre se concentre majoritairement dans la capitale, la plupart des grandes revues littéraires aussi. Les Cahiers sont les seuls à s’être maintenus aussi longtemps sans être pour autant parisiens. Ce choix va se révéler capital dans la ligne éditoriale de la revue, et ce à plusieurs titres (ouverture sur la Méditerranée et apolitisme entre autres). Le volontarisme de Jean Ballard permet ainsi aux Cahiers de se singulariser et de mettre en avant une perspective différentielle vis-à-vis de ses concurrents immédiats. Cette localisation s’impose donc à la revue et devient, pour Jean Ballard, une affirmation idéologique permettant de faire de Marseille, durant l’entre-deux-guerres, un haut-lieu de l’avant-garde poétique. Between 1925 and 1966 a famous magazine comes out in Marseille : Les Cahiers du Sud. The choice of this geographical presence is not commonplace in the magazine’s world and the question of the moving of the office will repeatedly ask (at the time of Pagnol’s departure in 1925 and of the French Liberation). Nevertheless, Les Cahiers du Sud will never leave their home town, what makes this journal atypical in a centralist country. Most of the magazines are in the capital and Les Cahiers have an exceptional longevity for a non-Parisian magazine. This choice is major in his editorial policy : interest for the Mediterranean culture and apolitical literature for example. The magazine so differs from his competitors. This location becomes ideological and Marseille quickly became at the vanguard of this time.

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Combe et comble de l’abjection : le hameau de Prunde dans La Gloire des Pythre de Richard Millet

Le hameau s’impose comme un véritable défi pour qui tente de le représenter ; lieu à l’écart du monde, dépourvu d’institutions propres, ce groupement d’habitations semble réduit à l’insignifiant ; pourtant, écrivains et artistes se sont intéressés à cet espace hors-norme. La Gloire des Pythre de Richard Millet, paru en 1995, est un roman rural mettant en scène une communauté paysanne au mode de vie rude et archaïque. La première partie du récit, en ayant pour cadre « la combe de Prunde », associe le hameau à une sourde malédiction : la neige rendant l’inhumation des corps impossible, les habitants doivent attendre les beaux jours afin d’offrir une sépulture aux défunts qu’ils conservent, en voie de putréfaction, sur des pilotis de bois. La décomposition cadavérique questionne alors tout à la fois l’espace et le corps, perçus comme instables, peut-être insaisissables, aux confins du réel et du savoir.

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Suivre « le char d’une femme célèbre » : Benjamin Constant et Germaine de Staël face à la question du genre

S’appuyant sur les Journaux intimes de Benjamin Constant et la littérature critique à leur propos, le présent article se penche sur la façon dont cet adepte de l’introspection perçoit les conventions genrées de son temps et, à l’aune de cette norme, la lecture qu’il fait de son propre rôle dans sa relation avec Germaine de Staël, relation qu’il n’hésite pas à qualifier d’exceptionnelle. Le propos se centre sur la façon dont l’écrivain exprime cette perception dans l’intimité absolue de ses Journaux intimes, lieu privilégié d’une quête identitaire et d’une construction de soi qui culminent dans Amélie et Germaine, son premier journal, où Constant procède à une auto-analyse à la lumière de ses rapports avec les deux femmes. L’article cherche à montrer comment Constant, déchiré entre un désir d’émancipation qui est aussi une aspiration à la gloire et une peur du changement qui le paralyse, tente, dans cet espace de l’intime, de définir son identité et d’agir sur son être profond, afin de pouvoir envisager l’avenir.

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Engagement difficile. Les poèmes de croisade de Rutebeuf

Rutebeuf laisse onze poèmes de croisade qui conduisent leur auteur à entrer en contact avec l’Histoire, tout en le confrontant à une série de questions : la poésie a-t-elle un rôle dans le temps qui court ; quels moyens a-t-elle à sa disposition ; et ce rôle et ces moyens, s’ils existent, sont-ils légitimes ? Questions difficiles auxquelles le poète du XIIIe siècle a du mal à trouver une réponse irréfutable. Historiquement, son engagement semble finir en mésaventure. À nous d’y lire une aventure littéraire. Rutebeuf leaves eleven crusade poems that lead their author to enter into contact with the History, while confronting him with a series of questions : does the poetry have any role in the time passing ; which means does it have at its disposal ; and if this role and these means do existe, are they legitimate ? Hard questions, to which the poet of the thirteenth century has difficulty finding an irrefutable answer. Historically, his engagement seems to be a misadventure. It’s up to us to read there a literary adventure.

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Anglicismes et appauvrissement stylistique : la traduction de with

Le constat vient principalement de l’écoute des doublages de films et de séries télévisées : with est souvent traduit littéralement mais à tort. Est-ce se montrer trop puriste de trouver à y redire ? Sommes-nous les seuls à « avoir un problème avec cela », ou plutôt à qui cela pose un problème ? Moins qu’une erreur, cette maladresse stylistique peut paraître assez inoffensive ; par conséquent, s’agit-il d’observer simplement ce phénomène, ou convient-il d’enrayer sa progression ? It seems obvious, especially when watching films and TV series dubbed into French, that the preposition with is often translated literally, and wrongly so. Do only purists object to that? Am I the only one who has a problem with that – or rather, "to whom it poses a problem", as a French speaker might say? Seeing that it is not a mistake, this stylistic clumsiness may seem rather harmless. Thus, is it just something to observe, or to quell?

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Albert Camus et la poétique de Némésis

Après les cycles de l’absurde et la révolte, ayant Sisyphe et Prométhée comme mythes centraux, Albert Camus avait le projet d’écrire un cycle sur l’amour autour du mythe de Némésis. Dans ce contexte, l’amitié avec René Char se fait lieu fécond pour la redécouverte d’une poésie nourrie par un amour fraternel, des affinités philosophiques communes et par les paysages de la Provence, ce que l’on trouve surtout dans La Postérité du soleil, dans quelques notes des Carnets, dans l’essai « L’exil d’Hélène » et dans le chapitre « La pensée de midi », de L’Homme révolté. Par la lecture de ces textes, cet article a donc pour finalité de présenter la manière dont se construit une « Poétique de Némésis » dans la maturité de Camus. After the cycles of the absurd and of the revolt, with Sisyphus and Prometheus as central myths, Albert Camus planned to write a cycle about love, around the myth of Nemesis. In this context, his friendship with René Char became a fecund place for the rediscovery of a poetry nurtured by fraternal love, philosophical affinities and Provence’s landscape. We can see its results in works like The posterity of the sun, his last Notebooks, the essay “Helen’s exile” and in the last chapter of The Rebel. Through an analysis of these writings, this article aims to present the construction of a “Nemesis’ Poetics” in Camus’ maturity.

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Minimalisme de l’écriture concentrationnaire : les cas de Varlam Chalamov et de Jean Cayrol

Du point de vue du questionnement sur les modes de représentation conformes au vécu, les œuvres de Varlam Chalamov et de Jean Cayrol se rapprochent, malgré la distance géographique et culturelle qui sépare leurs expériences personnelles. La lecture transversale des œuvres de deux auteurs, russe et français, vise à étudier la transformation du romanesque dans la littérature d’après-guerre et à tracer les liens entre l’écriture minimaliste et l’expérience extrême prenant en considération les procédés stylistiques et les images récurrentes, aussi bien que les structures discursives qui marquent les positions des écrivains par rapport à l’expérience concentrationnaire. From the perspective of questioning on the modes of representation consistent with the living experience, the literary works of Varlam Chalamov and Jean Cayrol enter into a dialogue, despite the geographical and cultural distance between their personal backgrounds. The comparative reading of these writers, a Russian and a French, aims at studying the transformation of writing techniques in the post-war literature and at drawing the links between minimalist writing and experience of the extreme, taking into consideration some stylistic features, recurrent images and discursive structures that outline the writers’ positions in regard to the reality of the concentration camps they both witnessed.

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La figure de la fée électricité dans L’Ève Future de Villiers de L’Isle Adam : une illustration des utopies technologiques de la fin de siècle

Notre étude analyse la manière dont le merveilleux scientifique utilise les conventions du conte pour illustrer une utopie, celle du scientisme de la fin du dix-neuvième. La critique littéraire a jusqu’ici accordé peu d’importance au merveilleux scientifique, le confondant bien souvent avec la science-fiction. Ainsi, L’Ève Future de Villiers de l’Isle Adam (1886) est souvent considérée à tort comme un roman de science-fiction. Le récit traite en effet de la création d’une femme machine par le célèbre savant Edison. En tournant les pages, le lecteur s’évade pourtant à travers un récit peuplé de fées, d’esprits, de châteaux brumeux, et de magie, caractéristiques du registre merveilleux. Nous nous concentrerons sur la représentation, dans le roman, de la fée électricité. Nous examinerons la manière dont cette figure de la fée illustre la fonction magique souvent attribuée à la technique et analysée en philosophie par Ernst Bloch. This article points out the rupture that occurred at the end of the 19th century in the utopian tradition: no longer representing a new land, it is now science that creates enchantment and that can lead human beings to happiness in a perfect place. Paradoxically, this technological utopia is not described in the language of science, but in terms of its seeming contrary: the fairy tale. Relying on the work of Ernst Bloch, who established the relationship between utopia and fairy tales, this article examines the fairy tale elements in an overlooked novel by Villiers de l’Isle-Adam, L’Ève Future [The Future Eve], that I analyze as a techno-utopia in which a machine is to bring love and bliss to the protagonists. The story takes place in Edison’s laboratory, where, thanks to his experiments on electricity, he creates a machine-woman, an android, to replace his friend’s imperfect fiancée. On the first page, the author classifies the story as a “legend” in which the hero is considered “a magician” and “a sorcerer”. The reader then penetrates into a scientific fairy tale full of fairies, spirits, castles and magic. Rather than interpret the work as a science fiction novel, as most criticism does, I instead provide a close textual analysis showing how a new form of utopia is established through a curious union of science and magic.

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La querelle du romantisme vue par le prisme satirique (1820-1864)

En 1820, quand paraissent les Méditations poétiques, le succès est considérable. Depuis près de deux décennies, ceux qu’on nommait alors les réformateurs attendaient le chef-d’œuvre qui leur manquait pour légitimer le renouveau poétique qu’ils appelaient de leurs vœux : les Romantiques, avec Lamartine, avaient enfin trouvé leur champion. La résistance classique s’organisait cependant : depuis les premiers écrits de Mme de Staël et la popularisation en France des œuvres d’auteurs septentrionaux (anglais et allemands principalement), on n’avait cessé de dénoncer la détérioration des lettres, on n’avait cessé de porter des accusations douteuses sur le manque de patriotisme des thuriféraires de Staël et Schlegel, on n’avait cessé de fustiger la poétique de la nouvelle école. Mais après 1820, alors que les « régénérateurs » s’emparent progressivement du Pinde, la « querelle des classiques et des romantiques », ultime avatar de la querelle des Anciens et des Modernes inaugurée sous Louis XIV et promise à une longue postérité, s’intensifie. Le prisme satirique est un excellent biais pour en appréhender les enjeux.

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Loxias | 55 (déc. 2016). | I.

Étude littéraire : vers 1 à 471 du Livre du duc des vrais amants de Christine de Pizan

“  [Remarques préliminaires] Les notes à la traduction qui précèdent l’étude littéraire n’ôtent rien à la qualité de l’édition traduite mise au programme. Celle-ci offre notamment une introduction très claire et informée aux questions littéraires posées par le poème, une annotation souvent très suggestive, et des tableaux qui éclairent utilement les insertions lyriques. Les épreuves orales du concours supposant une traduction plus littérale de l’œuvre médiévale, on trouvera ci-dessous quelques éléments de réflexion qui permettront à chaque candidat de refaire sa propre traduction du passage. Les propositions formulées aux pages 1 à 6 s’adossent aux ouvrages de référence, soit princi...”

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« Qu’est-ce que le vide ? » L’ellipse dans Les Âmes fortes de Jean Giono

Avec Les Âmes fortes, Giono livre un roman particulièrement complexe, notamment en raison des versions contradictoires qu’il propose des mêmes événements, mais aussi à cause des silences du récit : des éléments essentiels à la compréhension sont livrés avec retard ou tout simplement tus. Nous nous penchons donc ici sur la figure structurante de l’ellipse, conçue comme le pendant formel d’une métaphysique du vide et de l’ennui. Alors que l’ellipse syntaxique, qui participe au travail de stylisation de l’oral, n’est que modérément remarquable, les types que nous appelons ellipse logique et ellipse informationnelle, ainsi que l’ellipse narrative et sa variante la paralipse, constituent d’authentiques béances qui mettent le lecteur en demeure de tenter de reconstituer, par une inlassable activité inférentielle, la cohérence locale et globale, parfois sans succès. De ce travail peut naître le sentiment du sublime – ou bien l’impression d’être sans cesse floué et moqué par un texte qui refléterait ironiquement le mystère des événements et des caractères. Enfin, l’ellipse progressive du focalisateur (le sujet du point de vue), dans un roman pourtant dialogué, signe une paradoxale vaporisation du sujet, qui compromet les chances de l’activité herméneutique même.

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Loxias | 57. | I.

Divertir et déranger : anatomie d’un théâtre de Boulevard dialectique – Vie et mort de H et Funérailles d’hiver de Hanokh Levin

Dans le théâtre de Hanokh Levin et ses mises en scène françaises, la dimension boulevardière déborde les limites du genre. Ce débordement rend compte d’un théâtre de Boulevard dialectique qui réactive et reconfigure l’héritage brechtien. Procédant par à-coups, le théâtre lévinien réinvente le Boulevard en jouant du détournement de contrat dans une perspective métaphysique et politique.

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La financiarisation des théâtres privés parisiens au tournant du XXIe siècle

Des groupes ainsi que des producteurs se sont engagés dans une appropriation multiple de théâtres privés parisiens. L’article situe d’abord les flux de capitalisation opérés depuis les années 2000 puis analyse les enjeux posés par la volonté de contrôler des entreprises situées aux différents segments de la chaîne de valeur du spectacle vivant. Le renforcement des logiques d’action et d’évaluation de l’industrie, du marché, de la renommée doit nécessairement s’imbriquer avec le maintien d’une logique d’inspiration artistique pour maintenir une attractivité des spectacles.

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Boeing-Boeing de Marc Camoletti : hypothèses sur un triomphe paradoxal

Afin d’expliquer le succès record de Boeing-Boeing sur les scènes internationales malgré une reconnaissance critique limitée, cet article l’analyse comme le résultat de plusieurs facteurs conjoints : une écriture qui réinvestit les codes du boulevard pour les porter à un degré de virtuosité extrême (« hyper-boulevard ») ; un conformisme moral et social combiné à un évitement de tout esprit polémique ; et une ossature dramaturgique solide, paradigmatique, qui se prête aisément à des réécritures et à des adaptations dans des contextes culturels très divers. In order to account for the record success of Boeing-Boeing on international stages, despite its poor critical recognition, this article proposes an analysis of the play that explains its success as a result of several combined and overlapping factors: the writing that subsumes the codes of traditional boulevard comedy and brings them to a level of extreme virtuosity (“hyper-boulevard”), the play’s moral and social conformism and its strict avoidance of all controversy, and finally its solid, paradigmatic "bone structure" that lends itself well to adaptations into very diverse cultural contexts.

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La valse des étiquettes : références, clichés, stéréotypes et dramaturgie boulevardière chez Françoise Dorin

Dans son Dictionnaire du théâtre, Michel Corvin affirme que « L’ambition – réalisée – de Dorin est de donner un second souffle au théâtre de Boulevard ». L’un des moyens privilégiés de cette refondation est la métathéâtralité. La dramaturgie de Françoise Dorin est en effet puissamment réflexive, à la fois brillante et consciente, même si le premier terme tend à l’emporter largement sur le second. Maîtrisant toutes les subtilités de la pièce bien faite, l’auteur exhibe et commente les ficelles et recettes du répertoire dans un dédoublement jouissif. Elle présente le genre à travers une collection de clichés – dramaturgiques et/ou critiques – et de stéréotypes qui contribuent à figer son image : au mieux, un genre clair, brillant, virtuose, qui requiert tout le savoir-faire de son auteur ; au pire, un théâtre digestif, convenu, périmé. Ce faisant, elle joue sur les deux tableaux de l’héritage et de l’ironie ; elle fait jouer les étiquettes autant qu’elle interroge leur pertinence. Elle embrasse le boulevard mais c’est pour le rafraîchir.

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Pierre Barillet : un théâtre de jouvence ?

Qu’il s’agisse des comédies que Pierre Barillet co-écrivit avec Jean-Pierre Grédy ou des pièces, beaucoup plus sombres, qu’il écrivit seul, la thématique du temps constelle son œuvre sous différentes formes : histoire – collective ou individuelle, nostalgie, regrets, communications intergénérationnelles plus ou moins aporétiques, vieillissement, recherche d’une nouvelle jeunesse, retour du premier amour... Ces voyages dans le temps, sous forme de quêtes égotistes, brouillent les temporalités. Certains personnages semblent mus dans un va-et-vient continuel entre le présent et le passé. Comment le théâtre, lieu de l’instantané, de l’événement, du présent, parvient-il à s’entendre avec le passé ?

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« Il n’y a pas de bon théâtre sans caractères ». Rencontre avec Pierre Barillet

“Entretien réalisé par Claire Poirson Pierre Barillet entame sa carrière d’auteur dramatique en 1945 avec Les Héritiers1, drame sombre d’inspiration mauriacienne, avant de co-signer, entre 1950 et 1994, une vingtaine de comédies avec Jean-Pierre Gredy. Certaines de leurs pièces connaissent un triomphe : Le Don d’Adèle, Folle Amanda, ou encore Potiche, adaptée au cinéma en 2010 par François Ozon, avec Catherine Deneuve en tête d’affiche. Pour ne citer que son théâtre2, Pierre Barillet écrit six pièces qu’il signe seul, entre 194...”

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Loxias | 58. | I.

L’amour et la souffrance dans les romans de Léon Bloy : un écrivain contre son temps

Dans les romans de Léon Bloy, la prostituée et la sainte femme (pauvre) sont les représentantes privilégiées de la doctrine hétérodoxe de l’auteur sur l’Amour chrétien. Ainsi que l’explique Léon Bloy dans une lettre à Georges Landry en 1873, « un cœur sans afflictions est comme un monde sans révélation ». Dans cet article, il s’agira d’étudier les deux personnages féminins majeurs présents dans l’œuvre bloyenne : Véronique Cheminot et Clotilde Maréchal. L’étude de ces figures féminines montrera que c’est à travers elles que l’auteur critique le rationalisme et le matérialisme (scientifique et littéraire) de la Troisième République naissante. Devenant grâce à leur souffrance consentie de véritables saintes, Véronique et Clotilde traduisent la pensée de la souffrance « féminine » chère à Léon Bloy. In the novels of Léon Bloy, the prostitute and the holy woman (who is poor) are privileged representatives of the author’s heterodox doctrine regarding Christian love. As Léon Bloy explains in his letter to Georges Landry in 1873, « a heart without affliction is like a world without revelation ». In this article, we shall study the two major female characters in the novels of Léon Bloy: Véronique Cheminot and Clotilde Maréchal. We will show that it is through them that the author criticizes the Third Republic’s rationalism and scientific and literary materialism.

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Aux portes de l’Entre-deux

La porte, motif privilégié du passage, prend une place centrale dans l’imaginaire transitionnel des récits d’expérience de mort imminente. Pour autant, les thanatonaufictions occupent-elles inversement un rôle au sein de cette symbolique ? Nous verrons que les portes permettent de penser la notion de transmission, affiliée à celle de l’initiation. Cet imaginaire transitionnel fait donc émerger une poétique de la transmission, d’abord contrainte, nécessaire ensuite ; et finalement impossible, lorsque les portes suggèrent l’intransmissible.

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À travers un verre, obscurément : Michaux ou l’opacité de la langue

Écrivant contre la nécessité de clarté et de transparence qui permettrait l’intelligibilité des productions écrites, garante de leur sens comme de leur valeur, Michaux revendique donc la pratique d’une langue opaque, volontairement « barbare », qui appelle une lecture authentique et désintéressée de toute élucidation, préservant ainsi l’individu de toute assimilation dans un universel fallacieux mais aussi et surtout des infiltrations d’Autrui par le biais de sa parole. Michaux ne cherche pas la confidence, l’aveu et l’exposition de soi-même ; s’il écrit pour se parcourir et s’exorciser, il accueille toutefois la possibilité qu’un lecteur-frère, aux épreuves communes, puisse l’entendre. Ainsi, l’éthique et l’esthétique de l’opacité qui le caractérisent n’en font pas pour autant un poète taciturne ou volontairement hermétique. Very early in his career, Henri Michaux has written against the necessity of transparency and clarity, both western traditional standards, supposed to convey intelligibility to writings as guarantee of their meaningfulness and value. The poet claims the opacity of his language, willingly barbaric. Such an opaque writing should guarantee the poet the authenticity and selflessness of the reading and averts any temptation of elucidation; here is the most efficient safety against the risk of alienation and assimilation of the individual into a fallacious universality, but also against any risk of the other’s intrusion into its consciousness, through the transparency of the word. Michaux does not seek confidence, avowal and self-exposure; he writes for self-exploration, exorcism, and yet he surely accepts the possibility of being understood and seen by some happy few, some fraternal reader, bound together by common scars. Despite his search for ethic and aesthetic opacity, surely the most significant trademark of his poetic, Michaux can’t be read as a hermetic poet.

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De quoi la philanthropie était-elle le nom ?

À quoi renvoie le terme de philanthropie si souvent utilisé par les romanciers du XIXe siècle ? Est-ce la même notion qui est invoquée sous la plume d’un Dumas, d’un Zola ou d’un Stendhal ? Cet article tentera de montrer la mutation du sens du mot philanthropie tout au long du XIXe siècle, de voir les deux âges qu’il a connus et qui correspondent à deux sensibilités du XIXe siècle : le temps des utopies aux élans révolutionnaires et l’âge de la rationalité scientifique, féru de statistique et d’enquête sociale.

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Écrire la peinture d’histoire : Jacques-Louis David dans la fiction de Pierre Michon

Cet article propose d’explorer la dimension intermédiale du roman Les Onze de Pierre Michon. Cette approche consistera non pas à comparer l’apport de l’image dans cette narration qui met en scène le peintre fictif François-Élie de Corentin représentant les onze pères de la Révolution française, mais plutôt à comprendre comment l’utilisation de références picturales réelles, comme celle à Jacques-Louis David, permettent de créer une œuvre d’art fictive dont le dialogue avec l’histoire de l’art propose d’explorer une dimension critique à travers la littérature. Michon, grâce au récit qu’il tisse autour des Onze, suggère cette relecture historique, cette exploration de l’autre côté de la narration, derrière ce qui est officiel, voire institutionnel en proposant une médiation culturelle qui sort du musée afin d’investir l’accessibilité que lui offre le médium littéraire. Dans cet article, on s’attardera à ce qui relève directement de la peinture, autant d’un point vue historique, que sociologique ou historiographique. This article will explore the intermedial dimension of Pierre Michon latest novel: The Eleven. Instead of comparing the contribution of the image on the narrative text, which is set around the fictional painter François-Élie de Corentin representing the eleven fathers of the French Revolution, our approach will rather try to understand the use of real pictural references. The allusion to Jacques-Louis David allows to create a fictional work of art inside the novel, where the dialogue with art history suggests to explore literature’s critical dimension. With the narrative he weaves around The Eleven, Michon offers an historical rereading, an exploration on the other side of the narrative, behind what is official, or even institutional, by proposing a cultural mediation that leaves the museum to invest the accessibility offered by literature. In this article, we will focus to what directly results from painting, from historical, sociological and historiographical perspectives.

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Loxias | 59. | I.

Réminiscences lucrétiennes chez André Chénier

Souvent mentionnée, l’importance de Lucrèce pour Chénier n’a guère été étudiée alors qu’elle peut ouvrir sur l’œuvre du poète une perspective féconde et unifiante car elle est perceptible dans tous les registres de son activité littéraire et pas seulement dans sa poésie scientifique. Le dialogue que Chénier engage avec le De rerum natura est peut-être plus profond que celui de nombre de ses contemporains, en raison d’une relation privilégiée avec la littérature antique mais aussi de réelles affinités avec la philosophie épicurienne.

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« roots & déroutes plus croisement » : présence de Nicolas Bouvier dans le discours poétique des chansons de H.F. Thiéfaine

L’écho apporté par le titre « roots & déroutes plus croisement » au recueil d’entretiens Routes et déroutes de Nicolas Bouvier invite à une exploration du dialogue implicite qui s’établit entre les chansons de H.F. Thiéfaine et la production de Nicolas Bouvier. Les correspondances décelables entre les livres de Bouvier (notamment L’Usage du monde et le Poisson-Scorpion) et de nombreux textes de Thiéfaine permettent de prendre conscience des modalités de réappropriation des textes de Bouvier mises en place au sein du discours énigmatique et multivoque, qui insère les réécritures d’une même formule de Bouvier dans plusieurs chansons sans véritable parenté thématique. L’étude comparative des positions théoriques des deux auteurs se révèle tout aussi fructueuse, puisqu’elle dévoile une communauté d’approche fondamentale reposant notamment sur une conception artisanale du travail sur la langue et un intérêt jamais démenti pour les mots. The correspondence between Thiéfaine’s song title roots & déroutes plus croisement and the volume Routes et déroutes containing interviews by Nicolas Bouvier invites to an investigation of the latent dialogue which takes place between the Thiéfainian corpus and Bouvier’s production. The parallel or echo-like formulations in the songtexts and in Bouvier’s relations of his worldwide journeys give us the possibility to recognize and analyze how Thiéfaine transforms the sequences found in Bouvier’s texts in the manner of a cut-up, which allows the reformulation of a particular statement in two or three different songtexts that have no kind of thematical affinity. The way both authors reflect about their artistic activity shows that they both conceive writing as an activity of genuine artisanal character, insisting on the importance of the sensibility for the single word and its place in the creation process.

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Loxias | 60. | I.

Les transformations silencieuses de l’écriture. Analyse poïétique/poétique d’une page de Michel Butor : Le Génie du lieu

Empruntant la notion de transformation silencieuse à la philosophie de François Jullien, nous proposons une interprétation poïétique/poétique d’une page de Michel Butor, basée sur la lecture génétique de la fin d’un manuscrit de jeunesse : Le Génie du lieu, premier volume, publié en 1958, de ce qui allait devenir la série homonyme qui s’achève, en 1996, avec la publication de Gyroscope, dit « Génie du lieu, 5 et dernier », mais qui continue à se mouvoir et à se transformer, plus ou moins silencieusement, à l’occasion de sa publication dans l’ensemble des Œuvres complètes, en 2007. Cette analyse permet de revisiter la notion poétique de page paysage proposée par Jean-Pierre Richard en 1984, mais aussi l’idée d’écriture en transformation que Michel Butor associait, en suivant une suggestion de ses collègues, à ses propres Improvisations sur Michel Butor (texte de 1993 issu de son dernier cours, tenu à l’Université de Genève en 1991). Entre les transformations silencieuses (imperceptibles et lentes, se produisant à notre insu) et les changements sonores voire bruyants (des événements), nous proposons la notion de transformations musicales, pour désigner ces formes d’intervention artistique qui se nourrissent de leur polarité. Les transformations musicales sont capables de se tenir à l’écoute des transformations silencieuses et de ne pas se laisser assourdir par leurs bruits, dans le but d’y pouvoir agir au mieux et de se servir de l’énergie de leur tension pour y laisser jaillir le nouveau : un son nouveau, qui n’ait pas l’effet de choc d’un bruit, mais l’arrivée discrète d’une fluidité musicale. Notre entreprise vise à donner à penser l’écriture comme fluidité. L’écriture y apparaît comme un exemple de transformation musicale, un faire humain attentif aux transformations silencieuses de la vie. Notre plongée analytique dans la matière des textes de Michel Butor est ainsi accompagnée par l’hypothèse d’une discipline poïétique/poétique qui puisse instaurer un dialogue fécond entre la philosophie et la critique génétique des textes.

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La contrainte d’écriture et la vie

La contrainte d’écriture, la matrice créatrice, que se donne Michel Butor ou qu’il perçoit dans les œuvres d’autrui, peut relever de la destination sociale du texte ou du choix d’une méthode de création, aussi bien pour les textes d’invention que pour les textes critiques accompagnant l’œuvre d’autres artistes. Mais ces taxinomies conduisant l’inspiration de Butor ne sont pas une simple amorce à l’inventivité et à la création : elles révèlent le désir de savoir exhaustif, ont pour objet le lieu d’un mystère, d’une repoétisation d’univers, mêlent la contrainte, dans son extériorité apparente, à la vie personnelle et sont aussi transposées et dépassées par l’affect. Elles sont aussi parfois censures et travestissements des désirs. Aussi s’agit-il d’envisager quelques formes différentes de contraintes créatives chez Michel Butor et de voir comment celles-ci deviennent une forme de vie pour lui et une force de savoir pour un état du monde. The constraint of writing, the creative matrix, that Michel Butor gives himself or that he perceives in the works of others, can be the social destination of the text or the choice of a method of creation, as well for the texts only for critical texts accompanying the work of other artists. But these taxinomies driving Butor’s inspiration are not just a primer to inventiveness and creation : they reveal the desire to know how to be exhaustive, their object is the place of a mystery, a « re-poetization » of a universe. They combine coercion, in its apparent externality, with personal life and are also transposed and overcome by affect. They are also sometimes censures and disguises of desires. The article is about considering different forms of creative constraints in Michel Butor and to see how they become a form of life for him and a force of knowledge for a state of the world.

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Cadrages du sensible : Michel Butor et la photographie

Photographe éclairé, auteur de textes sur la photographie, collaborateur de photographes, Michel Butor s’est très tôt intéressé au huitième art, qui l’a inspiré une soixantaine d’années. Sa propre pratique, sa réflexion théorique et son regard critique témoignent tout à la fois de son sens du cadrage, de son attrait complexe pour la lumière et de son esthétique à fleur de peau.

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Loxias | 61. | I.

La figure de l’enfant dans l'oeuvre de Thiéfaine

Particulièrement présente dans l’œuvre de Thiéfaine, la figure de l’enfant est très souvent associée à l’idée de la douleur et va s’exprimer soit à travers des personnages d’enfants qui souffrent, soit à travers des relations conflictuelles, voire violentes, entre le monde de l’enfance et celui des adultes. On la retrouve dans diverses situations de la vie, mais la conception (et la naissance), l’école et la guerre seront des moments privilégiés quant à l’expression de cette violence, tout comme le détournement des symboles enfantins. Néanmoins, si cette figure d’enfant blessé est omniprésente, elle finit toujours par se révolter et par permettre une sublimation de cette souffrance par l’art. The child figure, which is particularly represented in Thiéfaine’s entire work, is often associated with the idea of suffering and expresses itself through either suffering children characters or conflictual, sometimes violent, relationships between childhood and adulthood. We can find this violence in various life situations, but conception (and birth), school, war, and the misuse of childish symbols remain privileged mediums to express it. Nevertheless, this hurt kid figure might be ubiquitous, it always end up rebelling and thus allows the suffering to be sublimated through works of art.

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Loxias | 62. | I.

Pierre Gringore dans et hors de Notre-Dame de Paris

Dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo fait découvrir la fin du Moyen Âge à ses lecteurs. C’est en 1482, dernière année de règne de Louis XI, qu’ont lieu les aventures de la Esmeralda, de Quasimodo, mais aussi de Pierre Gringoire. Dans cette atmosphère de mutation historique et politique qui fait écho à celle des années 1830, Gringoire est le seul des protagonistes principaux à avoir un alter ego clairement identifiable dans la réalité. Pour créer ce poète ridicule mais talentueux, pauvre mais prétentieux, lâche mais ingénieux, Victor Hugo s’inspire librement de Pierre Gringore. Également actif durant une période de transition, entre Moyen Âge et Renaissance, il a de nombreux points communs avec son homologue fictionnel. Ainsi, le fait de s’intéresser aux activités, à la vie et aux textes du poète Gringore permet d’enrichir l’analyse du personnage Gringoire, analyse qui nourrit à son tour l’étude de l’œuvre du poète authentique. In « Notre-Dame de Paris », Victor Hugo helps his readers discover the end of the Middle Ages. In 1482, during the last year of Louis XI’s reign, la Esmeralda’s and Quasimodo’s adventures take place, but also those of Pierre Gringoire. In this atmosphere of historical and political changes – echoing that of the 1830s, Gringoire is the only one among the main characters, to have an alter ego, clearly identified in real life. To create this ridiculous but talented poet, poor but pretentious, coward but inventive, Victor Hugo freely drew his inspiration from Pierre Gringore. Active during a transition period, between the Middle Ages and the Renaissance, Pierre Gringore has a lot in common with his fictional double, so that the poet’s activities, life and literary works provide as much information on the character’s as the character does on the analysis of the author’s work.

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Loxias | 63. | Agrégation de Lettres

Les balances de toile d’araignée du moderne Marivaux : du stéréotype critique à la métaphore heuristique

L’image des balances de toile d’araignée de Marivaux fait partie des poncifs tenaces, inlassablement repris depuis le XVIIIe siècle et rarement interrogés. Un retour aux sources précises de l’image ainsi que la prise en compte de la symbolique qui lui est attachée dans le contexte de la querelle des Anciens et des Modernes permet de montrer qu’elle est susceptible d’être renversée, comme l’a été la figure de l’araignée, passant du statut d’anti-modèle à celui de modèle pour la création poétique. Elle pourrait dès lors cristalliser tout ce qui fait la modernité de l’écrivain dont témoigne l’intérêt constant que son théâtre a rencontré chez les metteurs en scène depuis le milieu du XXe siècle.

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Conscience et vérité dans Richard III de Shakespeare, Cinna de Corneille, Boris Godounov de Pouchkine, et La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht

Cet article traite des rapports entre la réalité, la vérité, et la conscience dans les œuvres au programme de littérature comparée intitulé « le pouvoir en scène ». Il commence par traiter de la question de la vérité au théâtre, pour passer ensuite en revue la question de la représentation sur la scène et en politique. La question du mensonge d’État est ensuite mise en relation avec celle de la conscience du souverain. On passe ensuite au rapport de la conscience avec la réalité, puis à celle de la maîtrise du monde par la conscience ainsi que de sa propre maîtrise. On aborde ensuite la question de la légitimité du pouvoir, et de la nature de son fondement, pour conclure sur l’importance dans l’ensemble des œuvres du programme du rôle de la conscience individuelle du chef d’État dans les développements de la réalité politique.

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