Loxias-Colloques | Collection d'actes de colloques du CTEL

La nouvelle série Loxias-Colloques complète désormais la revue Loxias pour la publication des actes de colloques, journées d’études ou séminaires. Selon le thème de ces rencontres, le comité scientifique de la revue peut varier mais est constitué d’un noyau de membres du CTEL travaillant sur la littérature française et francophone, la littérature générale et comparée, les littératures anciennes, les littératures dans d’autres langues (anglais, italien, portugais, grec, russe, allemand, langue d’oc …).

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18. Tolérance(s) II : Comment définir la tolérance?

Sous la direction de Véronique Montagne et Anna Carlstedt

11 octobre 2021

Colloque international des 11-12 octobre 2019, Nice, Université Côte d'Azur, MSHS-SE

Depuis 1996, chaque année, l’ONU organise une Journée internationale de la tolérance. En 2015, dans un contexte particulier qui est celui où la France a subi des attaques terroristes, le Traité sur la tolérance de Voltaire a manifestement connu un véritable regain d’intérêt. La progression remarquable des ventes de ce texte, signalée par ses éditeurs, comme l’existence de cette Journée internationale attestent des interrogations (politiques, religieuses, sociales, juridiques, éducatives…) qui sont celles de nos contemporains sur la définition de la « tolérance » et donc la compréhension de cette notion. Or le Manuel éducatif « La tolérance, porte ouverte sur la paix » – qui est une pièce importante dans l’éducation à la tolérance préconisée par les Nations Unies – fait état « des définitions capricieuses et variables » de ce terme, dont les contours changent – par exemple – selon les langues.

Cette (relative) instabilité dans la définition du mot, qui fait que d’aucuns parlent de « vacillations du concept », est également sensible pour une même sphère linguistique, en l’occurrence la langue vernaculaire, tant en synchronie qu’en diachronie. À partir de l’étymon tolerantia, désignant en latin classique une « constance à supporter », une « endurance », le Trésor de la Langue française identifie ainsi deux sens principaux au mot « tolérance », l’un orienté vers une polarité axiologiquement négative, le terme désignant alors une forme d’indulgence coupable, de laxisme dommageable ; dans l’autre sens, le mot désigne une « disposition à admettre chez les autres une manière d’être, de penser, d’agir différente de la sienne ». La première attestation de ce dernier sens date significativement de 1567, c’est-à-dire d’une époque où la France traverse la longue et douloureuse période des guerres de religion, ce qui s’accompagne évidemment de réflexions politico-religieuses sur un hypothétique « vivre ensemble ». Dans son Histoire européenne de la tolérance (XVIe-XXe siècles), Thierry Wanegfellen nuance le sens du terme et précise que la tolérance désigne alors plutôt l’« acceptation d’un mal qu’on ne peut pas empêcher », ce qui rappelle l’étymologie du mot et dit assez combien la compréhension de la notion est liée à son contexte, varie selon les époques et engage des postures énonciatives différentes. C’est donc à une véritable interrogation sur la définition de ce mot, sur les emplois qui en sont faits, leur portée pragmatique et, naturellement, sur la posture énonciative que ce principe (et l’utilisation de celui-ci) requiert que les chercheurs (d’horizons divers) sont ici invités. Le but de cette réflexion pluridisciplinaire, qui constitue un véritable enjeu sociétal, est de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents au choix ou au refus de la tolérance, de circonscrire des zones de résistance où les valeurs prônées par un groupe empêchent l’intégration des altérités ou, a contrario, d’identifier les espaces, les choix, les positionnements qui rendent possible cette intégration.
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Le projet TOLERANCE(S) (voir lien) soutenu par la MSHS-Sud Est (axe 3 : « Mondialisations, Circulations, Altérités », associe les quatre laboratoires de l'Université Côte d'Azur:BCL(axe «Approches pragma-énonciatives de la définition» de l’équipe « Linguistique de l’énonciation», CMMC, CTEL (thème 3 : «Écritures de la singularité et de l’altérité»), URMIS. Il se décline en quatre temps, dont la Journée d'études, qui a eu lieu à Nice, le28  juin 2019, est le premier volet : les actes de cette Journée constituent le numéro « Regards croisés sur la Tolérance » (voir lien).

Les communications rassemblées dans le présent numéros concernent les deuxième et troisième étapes de ce projet, à savoir : d’une part, le colloque international et pluridisciplinaire(organisé à l'Université Côte d'Azur les 11-12 octobre 2019 (MSHS-Sud Est : Tolérance(s): comment définir la tolérance?) (voir lien) ,qui réunissait des chercheurs de toutes origines, en particulier de l'Université de Stockholm et l’Université Sorbonne-Paris ; d’autre part, une journée d'études, qui s’est tenue à Paris, en décembre 2019, et qui associait le laboratoire BCL, l’Atelier Renaissance de l’Université Sorbonne-Paris et l’Université de Stockholm autour de la notion de tolérance telle qu’elle a été pensée aux XVIe et XVIIe siècles).

 

 

Porteurs du projet: Véronique MONTAGNE (Université Côte d'Azur, BCL), Anne BROGINI (Université Côte d'Azur, CMMC), Odile GANNIER (Université Côte d'Azur, CTEL), Yvan GASTAUT (Université Côte d'Azur, URMIS), Anna CARLSTEDT (Université de Stockholm), Anne-Pascale POUEY-MOUNOU (Atelier XVIe siècle, Sorbonne-Université).