Céline dans Loxias


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Loxias | Loxias 7 (déc. 2004) | Littérature comparée

« Dérive au bout de la nuit »

Le voyage suppose un désir de départ, un itinéraire ou, pour le moins, un but. Il donne au voyageur le loisir d’observer et de s’enrichir de ses expériences, ou le fait progresser dans la connaissance de lui-même. À son retour, sa vie est feuilletée de visions nouvelles.Or, le Voyage au bout de la nuit est révélateur : le voyage s’affiche dans le titre et dans la structure, et de nombreuses remarques rappellent la cohérence thématique du roman. Mais cela n’efface pas l’impression que dégage le texte : aussi l’idée de « dérive » est-elle plus adéquate, comme la déviation subie par un navire par rapport à la direction qu’il s’était fixée, sous l’effet de circonstances irrésistibles. Le lecteur ne saurait y trouver la texture particulière des récits de voyage, notamment leur liberté et leur ouverture : aucun des buts généralement assignés au voyage ne guide Bardamu : ni la curiosité (ce qui signifie ni tourisme, ni exploration) ; ni le désir de dépaysement ; ni la volonté de décrire ou de dénoncer. Ce voyage se trouve donc décalé par rapport aux autres types de voyages de son époque, par sa forme et par son allure désabusée.

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Loxias | Loxias 13 | I.

Céline dramaturge, ou comment narrer le théâtre

Le but de cette contribution est d’analyser la fonction et les « stratégies » du récit dans la production dramaturgique célinienne afin de mettre en évidence sa portée innovante dans la construction d’un ‘roman dans le théâtre’. Sa prose, ses dialogues, ses personnages partagent la complexité de ses romans, ainsi que le récit contribue à la définition du ‘moi’ et à l’expression des idées. Son souci est la vérité. La vérité est, pour lui, représentation. Le théâtre doit donc servir à la représentation du réel (= de la vérité). De plus, ses pièces théâtrales relèvent de la diègèsis en tant qu’objets de la mimèsis, tandis que le récit est diègèsis en tant que défini par la mimèsis. Pour en conclure que le récit n’est pas dans le théâtre, c’est le théâtre.

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Loxias | 59. | I.

L’aventure africaine de Conrad, Céline et Gide. Voyage au pays des ténèbres

Au début du XXe siècle, l’Afrique équatoriale attire de plus en plus d’aventuriers en quête de dépaysement ou de richesse facile. Les carnets et les récits de voyage de plusieurs auteurs, qui sont entrés en contact avec le monde colonial, en donnent une représentation peu flatteuse en contraste avec l’utopie officielle trompeuse. Derrière l’idée du progrès chère au discours colonialiste se profilent des douleurs immenses, des exactions de toutes sortes. Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres (1899), Ferdinand Céline, dans Voyage au bout de la nuit (1932), et André Gide, dans son Voyage au Congo (1927), constatent la cruauté du modèle colonial et dénoncent les pratiques commerciales malhonnêtes et corrompues des Compagnies commerciales européennes qui pillent et détruisent leurs concessions. Derrière l’imposture de la civilisation se cache une entreprise purement lucrative. Dans ces ouvrages, le voyage prend les allures d’une épreuve initiatique, d’une descente aux enfers qui mène au cœur d’une Afrique équatoriale encore peu explorée, mais aussi au cœur des ténèbres d’un système colonial inhumain et brutal.

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