intertextualité dans Loxias


Articles


Loxias | Loxias 26 | Doctoriales VI

La Damnation de Faust : une oeuvre d'inspiration anglaise ?

La plupart des introductions au livret de La Damnation de Faust se contente de souligner que l’œuvre fut inspirée à Berlioz par la lecture qu’il fit en 1828 du Faust de Goethe dans la traduction de Nerval. Mais en réalité, le tissu intertextuel de cette légende dramatique est bien plus dense qu’il n’y paraît et comprend de nombreux emprunts à des œuvres d’origine anglaise (de Shakespeare, Byron ou encore Milton), emprunts dont les réécritures dramatiques françaises du Faust de Goethe antérieures à 1846 se font l’écho. Cependant, La Damnation de Faust ne se résume pas à la synthèse de différentes œuvres en vogue au début du siècle. En effet, plus qu’une simple réécriture du drame goethéen, cette légende dramatique se révèle être une nouvelle version du mythe de Faust et une « réponse » (dans le sens jaussien du terme) à la pièce de Goethe, réponse selon laquelle l’Homme court à sa perte en refusant de s’inscrire dans la société à laquelle, malgré lui, il appartient. Most introductions to the libretto of La Damnation de Faust only emphasize that the work was inspired to Berlioz in 1828 by his reading of Goethe’s Faust in Nerval’s translation. In fact, this dramatic legend contains much more intertextuality than expected, especially from English works (by Shakespeare, Byron or Milton) and French rewritings of Goethe’s Faust prior to 1846. These rewritings also incorporate features from the English works. But La Damnation de Faust does not come down to a simple synthesis of works that were fashionable at the beginning of the century. Indeed, more than a remake of Goethe’s work, this dramatic legend turns out to be a new version of the myth of Faust. It is a response (in Jauss’s acceptation of the term) to the German drama in which Man is on his way to ruin because he refuses to be part of the society he unwillingly belongs to.

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Loxias | Loxias 34 | Doctoriales VIII

« Travailler fatigue », mais flâner est impossible : échos whitmaniens dans la poésie de Cesare Pavese

Nous étudions dans cet article l’empreinte laissée par le poète américain Walt Whitman et son recueil Feuilles d’herbe (Leaves of Grass) sur l’écriture poétique de Cesare Pavese, notamment dans le premier cycle de poèmes de Travailler fatigue (Lavorare stanca), écrits de 1930 à 1935. Il s’agit d’examiner non pas tant la présence de certains thèmes whitmaniens chez Pavese ou l’influence stylistique de Whitman sur sa poésie, que la façon dont Pavese s’éloigne du modèle des Feuilles d’herbe – ou, plus exactement, y renonce, admet l’impossibilité de le suivre. Si Whitman est au fondement de l’écriture poétique de Pavese, c’est moins comme une présence que comme une absence : Pavese poète échoue, en toute conscience, à être whitmanien, et c’est sur cet échec que se construit son écriture poétique. Là où la poésie de Whitman est flânerie exaltante, celle de Pavese est ainsi condamnée à rester fatigue du travail. Our goal in this article is to study the trace that American poet Walt Whitman and his collection Leaves of Grass has left on the poetic writing of Cesare Pavese, especially on the first-period poems of Hard Labor (Lavorare stanca) from 1930-1935. We will examine not so much the presence of certain Whitmanian themes in Pavese, or the stylistic influence of the American writer on the Italian one, as the way Pavese veers away from his American model – or rather renounces him as he understands the impossibility of following him. We can certainly find Whitman at the foundations of Pavese’s poetic writing, but more as an absence than a presence: Pavese as a poet fails, in complete awareness, to be Whitmanian, and builds his poetic style on this failure. If Whitman’s poetry is a magnificent idleness, Pavese’s then is condemned to remain a “hard labor”.

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Loxias | Loxias 39. | Autour des programmes de concours littéraires

« Je ne sais pas d’où vient Lola Valérie Stein » (Marguerite Duras). Une fiction détective en un prologue et deux épisodes

Les lecteurs de Marguerite Duras ont quelquefois repéré ses sources d’inspiration – comme les romans d’Erskine Caldwell pour l’écriture d’Un barrage contre le Pacifique. Mais bien d’autres sources semblent totalement ignorées. Ainsi il apparaît que la lecture d’un « poète culte », Henry J. M. Levet (réédité par Jean Paulhan en 1943), lui a permis de mettre en forme ses projets romanesques autour des figures de Lola Valérie Stein et du « Vice-consul » français, l’amoureux frustré d’Anne-Marie Stretter au sein de la colonie anglaise des Indes (Le Vice-Consul, India Song, etc.). Les Sonnets torrides (1900) et Les Cartes postales (1902) de Levet – en particulier : « Homewards » (pour la carrière de ses parents en Indochine), « British India » (pour le contexte de la colonisation anglaise aux Indes) et « La Plata » (pour le personnage du Vice-Consul) – lui ont fourni des thèmes romanesques, des mots et des images visuelles riches de virtualités. Ces brefs poèmes l’ont également encouragée à pratiquer une écriture basée sur l’ellipse. L’article est une enquête dans la fiction, principalement basée sur une lecture poétique comparée de Levet et de Duras, lecture basée sur l’examen attentif de « mots-symboles » et l’écoute de la musique des noms exotiques qui montrent que Marguerite Duras avait une oreille très fine, et un regard intérieur très précis, très sélectif. Quelques détours chez d’autres auteurs (François Mauriac, Jean Giraudoux, Pierre Benoît), et parfois par la chanson et le cinéma, prouvent que Marguerite Duras savait prendre son bien où il le fallait pour transposer son propre imaginaire (issue de sa vie privée et intime) en une œuvre romanesque qui, tout à la fois, exploite et refuse l’exotisme.

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Loxias | Loxias 44. | I.

« Adieu Gary Cooper adieu Che Guevara  »  : quelques exemples de la référence à Romain Gary dans l’œuvre de Hubert-Félix Thiéfaine

L’article retrace les modalités de réappropriation de séquences de l’œuvre de Romain Gary dans les chansons de Hubert-Félix Thiéfaine ainsi que leur intégration dans la dynamique du discours poétique, essentiellement caractérisée par un processus d’oxymorisation mis en œuvre sur tous les plans de l’écriture du texte. Le recours aux techniques du cut-up et de l’entrelacement des références permet la création d’un jeu de miroirs complexe confrontant les divers éléments constitutifs du «  puzzle  » textuel, ce qui permet de révéler l’affinité avec les positions de Gary notamment pour ce qui concerne le problème de l’idéalisme et la place de l’homme dans l’histoire et l’univers. The purpose of this article is the description of the integration process that makes it possible for the songwriter Hubert-Félix Thiéfaine to transform sequences from Romain Gary’s novels into constituents of his own poetical discourse. The way the quotations or allusions are recreated (especially by using the cut-up technique) and become part of a mirror game of great complexity based on the combination and implicit confrontation of many intertextual elements lets the songs appear like a "puzzle" (so the author) that reveals in this case the affinity with Gary’s positions especially concerning the problem of idealism and the place of man in history and the universe.

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Loxias | Loxias 46. | Doctoriales

Écrire, réécrire et subvertir : jeu et enjeux de l’intertexte dans La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils

La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils est marquée par l’abondance des allusions et des références à des écrivains (poètes, romanciers ou dramaturges), des peintres, des musiciens, des textes bibliques, etc. Le jeu de l’intertexte auquel se livre le romancier du XIXe siècle est très significatif et de ce fait, peut être le plus intéressant. Dumas fils s’approprie d’autres textes, il les utilise soit pour construire son texte soit pour déconstruire les textes auxquels il fait allusion. Ainsi d’un simple jeu d’intertexte, l’auteur arrive-t-il à faire une réécriture et mieux, il subvertit le récit réécrit. Mais au delà d’être un simple jeu de perturbation textuel, l’intertextualité s’inscrit dans une stratégie discursive et idéologique.

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Loxias | 59. | I.

« En remontant le fleuve » : autour de la réécriture de Au cœur des ténèbres dans une chanson de H.F. Thiéfaine

Dans sa chanson « En remontant le fleuve », Hubert Félix Thiéfaine recrée le récit de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres en évoquant le voyage symbolique d’un groupe d’individus sans nom – uniquement désignés comme « nous » – qui remontent un fleuve mystérieux plein de dangers et de beauté. La remontée du fleuve résume le chemin à travers la vie et la mort, la sexualité et les rêves, tandis que la succession des rencontres correspond aux scènes décrites par Marlow et concernant essentiellement la personne de Kurtz, dont le destin trouve un écho suggestif dans les tableaux influencés par la représentation antique de l’enfer, avec ses déités féminines démoniaques ou ses dieux cruels. L’atmosphère onirique atteint son sommet dans la séquence finale où les « furieux miroirs » intensifient la perception des ténèbres – le dernier mot du roman et l’impression visuelle dominante dans la réécriture poétique de Thiéfaine. In his song « En remontant le fleuve » (“Going Up the River”), Hubert Félix Thiéfaine recreates Joseph Conrad’s novel Heart of Darkness by evocing the symbolical journey of a group of nameless persons – only designated as “we” – going up a mysterious river full of dangers and of beauty. The way up the river resumes the way through life and death, sexuality and dreams, while the succession of encounters corresponds with the scenes described by Marlow and concerning essentially the person of Kurtz, whose destiny find a suggestive echo in the pictures influenced by the antique representation of hell, with daemonic female deitys or cruel gods. The onirical atmosphere comes to an acme in the final sequency where the “furious mirrors” intensify the perception of darkness – the last word of the novel and the dominant visual impression in Thiéfaine’s poetical rewriting.

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Loxias | 61. | I.

« est-ce ta première fin de millénaire ? » : « fin de partie » et « fin programmée » dans le discours poétique des chansons de H.F. Thiéfaine

La récurrence du motif de la « fin » dans le discours poétique des chansons de Hubert Félix Thiéfaine contribue largement à doter la strate explicite de sa polysémie énigmatique de la couleur apocalyptico-nihiliste souvent associée à son projet artistique, méconnaissant ainsi la dimension revendiquée de l’humour noir.

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Loxias | 64. | I.

Le deuil de l’original. Nerval, Celan et les traducteurs « im Flor »

Cet article porte sur la traduction du français et en français de Paul Celan, en amont et en aval de l’œuvre. Fait d’écart, de disjonction et de recréation, l’acte de traduire – pour Celan comme pour ses traducteurs – se pense comme une accentuation du deuil. L’attention portée à la traduction au sein du geste poétique permet de sortir le poème de sa solitude, de le lire en réseau avec d’autres écrivains (Nerval et Jean Paul) et dans la pluralité de ses traductions.

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Loxias | 67. | I. | Agrégation de Lettres

La condamnation de la navigation dans La Troade de Garnier : devenir d'un motif original de la poésie augustéenne

Nous montrons ici comment Garnier reprend le motif de la condamnation de la navigation élaboré par les poètes augustéens dans son chœur final de l’Acte III de La Troade. L’originalité de Garnier est d’intégrer au genre tragique et au cycle troyen des éléments étrangers : le motif de la cupidité des marins, la déploration de la première navigation et les métaphores élégiaques du feu et de la navigation amoureuse.

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Loxias | 69. | I.

« Une femme qui sait lire ce qui a été écrit avant l’écriture » : Illa d’Hélène Cixous

En 1975, Hélène Cixous publie, dans un numéro de revue consacré à Simone de Beauvoir un texte qui aura un retentissement international : « Le rire de la Méduse ». Elle y marque sa différence en défendant la spécificité de l’écriture féminine. Publié cinq ans plus tard, un texte au statut générique incertain, Illa, peut être lu comme une exploration des pistes ouvertes par « Le rire de la Méduse ». Brouillant la frontière entre théorie et fiction, entre récit et poésie, entre invention et commentaire, Illa est présenté par Cixous comme « une pomme de texte » dont l’enjeu est de rappeler que « l’écriture ne va pas de soi, pousse dans la constellation que forment les femmes donnantes ». Cet article s’attache à la dimension expérimentale de cette « histoire cherchante » qui fait un usage heuristique de la fiction, au croisement de la réécriture des mythes antiques, de l’autobiographie et de l’essai.

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