Morgan Donot


Doctorante en science politique
Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle – IHEAL-CREDA
morgandonot@yahoo.fr

Articles de l'auteur


Rhétorique démocratique en temps de crise | Actes du colloque, NICE 20-21 janvier 2011 | Troisième partie - Rhétoriques des crises politiques, rhétoriques populistes : un regard comparatif

Rhétorique légitimant un nouveau modèle de société dans l’Argentine des années quatre-vingt-dix. De l’hyperinflation à la convertibilité

Si la rhétorique ressurgit toujours en tant de crise (Perelman, 1970), il convient de s’attacher aux stratégies argumentatives mises en place par Carlos Menem, en Argentine, dès son élection en tant que président en 1989. À cette date, l’Argentine se trouvait dans une situation de crise ; en effet, après la transition à la démocratie à partir de 1983, le premier gouvernement démocratique avait dû faire face à de nombreux problèmes : pression des militaires, paupérisation de larges couches de la population, mobilisation sociale, désenchantement citoyen, crise politique et surtout économique. En 1989, la crise hyperinflationniste parvient à son apogée, la hausse mensuelle des prix atteint 78,5 % en mai, 110 % en juin, 196 % en juillet (Sigal et Kessler, 1997). C’est dans ce contexte que Carlos Menem arrive à la présidence de l’Argentine et assume le pouvoir plusieurs mois avant la date prévue, son prédécesseur ne parvenant pas à gérer la situation. Dans ses allocutions, ce président, issu du Parti Justicialiste qui domine la scène politique argentine depuis le milieu du XXe siècle, a largement mobilisé les références au péronisme historique, et à son thème phare, la justice sociale, tout en faisant basculer son parti à la droite de l’échiquier politique. Carlos Menem a donné une orientation imprévue au péronisme, qu’il voulait moderniser de fond en comble, l’associant étroitement au néolibéralisme ; et c’est l’orthodoxie libérale qui fut appliquée après concertation avec les experts du Fonds Monétaire International (F.M.I.), sur un arrière-plan de corruption généralisée. Si l’espace public est constitué de mondes de représentations partagés par tous, structurant une vision des choses et des êtres propres à chaque société (Breton, 2005), comment Carlos Menem est-il parvenu à imposer un nouveau modèle de société au cours de la décennie quatre-vingt-dix ? Quelle fut la stratégie argumentative utilisée par ce dernier pour légitimer un régime aux antipodes de la tradition péroniste ? Pour répondre à ces interrogations, nous analyserons les stratégies argumentatives mises en place par Carlos Menem, mobilisant tant la raison que les passions, durant sa première année de gestion gouvernementale. Le corpus sera constitué de différents discours à partir de son entrée en fonction, le 8 juillet 1989, jusqu’au 1er décembre 1991 qui correspond aux élections de mi-mandat largement remportées par le Parti Justicialiste. La première date du corpus correspond à l’apogée du choc hyperinflationniste et la dernière à une apparente résolution de la crise après l’adoption de la loi de convertibilité (un peso = un dollar) le 1er avril 1991, dont les effets se font sentir dès les élections de mi-mandat, où le Parti Justicialiste sort largement vainqueur avec plus de 40 % des suffrages, soulignant ainsi le soutien de la population envers ses mesures politiques. Assuming that rhetoric is always resurging in times of crisis (Perleman 1970), the argumentative strategies used by Carlos Menem in Argentina since its election as President in 1989 are a striking example After its democratic transition starting in 1983, Argentina was going through a political and economic crisis. The first democratically elected government had to face numerous problems: pressure from the army, pauperisation of large stratums of the population, social mobilisation, disenchantment of the citizens, and a political and economic crisis. The crisis of hyperinflation reached its climax in 1989 with a monthly price increase of 78.5% in May, 110% in June, 196% in July (Sigal and Kessler, 1997). In this context Carlos Menem was elected President of Argentina. He had to assume leadership several months earlier than planned after the failure of his predecessor to manage the situation. President Menem is a member of the Justicialist Party (Partido Justicialista) which dominates the political scene in Argentina since the middle of the XX century. In his speeches he increasingly included references to the historical peronism and to his flagship topic “social justice” while at the same time shifting the Party’s direction towards the right-wing. Carlos Menem wanted to renew completely peronsim and gave an unexpected orientation to this ideology by associating it closely to neoliberalism. In coordination with the International Monetary Fund (IMF) the liberal doctrine was applied against the background of generalised corruption. Considering that public space consists of different worlds of representations common to everyone, it shapes a vision of things and beings particular to each society (Breton, 2005). If this is to be true, how could Carlos Menem impose a new societal model in the 1980s? What was the argumentative strategy he followed to legitimise a regime at the antipodes of the Peronist tradition? To address these questions, we examine the argumentative strategies used by Carlos Menem during his first year in office. This strategy mobilised likewise reasoning and passion. The analysis focuses on different speeches held during the period starting with his inauguration speech of July 8th, 1989, and ending with the mid-term election on December 1st, 1991. This period covers the climax of the hyperinflation shock and the resolution of the crisis after the adoption of the convertibility law (fixed pegging of one-to-one parity from peso to U.S. dollar) on April 1st, 1991. The law had an impact on the outcome of the mid-term elections. Indeed, the Justicialist Party received more than 40% of the votes which confirmed the population’s support of the political measures.

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