Figures du discours et contextualisation |  Actes du colloque 

Emmanuelle Prak-Derrington  : 

Anaphore, épiphore & Co. La répétition réticulaire

Résumé

Au sein du champ figural, la répétition a souffert du primat des tropes, d’une définition de la figure comme écart, comme substitution. Une approche contextualisée des figures permet de redéfinir la répétition, et de l’appréhender comme un phénomène réticulaire, en mettant à jour ses capacités de structuration textuelle, qui étaient restées sous-estimées dans une approche décontextualisée. Après avoir relevé les présupposés qui ont influé de manière négative sur le développement d’une problématique spécifique de la répétition, cet article propose de distinguer strictement entre « répétition-substitution » et « répétition », cette dernière seule impliquant la reprise des signifiants. Dans un second temps il critique les taxinomies traditionnelles des figures de répétition, pour leur préférer une conception qui privilégie leur déploiement en réseau, l’émergence d’une « macro-figure » composée de répétitions figurales, elles-mêmes portées par des répétitions non figurales. Cette approche de la répétition est illustrée par l’étude d’un passage du célèbre discours de Martin Luther King (1963) qui contient la formule « I have a dream ». Le jeu complexe des répétitions joue un rôle décisif dans l’accès de ce texte au statut de « discours-monument », en lui permettant de transcender son contexte historique original.

Abstract

Among figures of speech, repetition has suffered from the pre-eminence of tropes and the definition of the figure as a substitution, furthermore its function in lending structure to text has been largely under-estimated. Contextualization allows an evolution of the definition of repetition as a reticulated phenomenon that is tightly bound to its capacity to structure text. Here we elucidate the concept of repetition and distinguish ‘substitutive repetition’ from ‘repetition’ in which signifiers are reiterated. The traditional taxonomy of repetitive figures is criticized and an alternative is proposed to allow the understanding of repetition as a network, leading to the emergence of a ‘macro-figure’ comprising figural repetitions which are in turn supported by non-figural repetitions. This approach is illustrated by the analysis of repetition in a passage of the famous ‘I have a dream’ speech of Martin Luther King (1963). The complex play of repetitions has a decisive role in allowing this text to become a ‘monumental speech’ that transcends its original historical context.

Plan

Texte intégral

La répétition est la plus forte des figures de rhétorique
Napoléon, Maximes et pensées1

Introduction : de la problématique des figures à la problématique de la répétition

1Le renouvellement de la problématique des figures est récent. Il s’inscrit dans le renouvellement plus vaste de l’ensemble des études rhétoriques, initié il y a plus d’un demi-siècle par les ouvrages de Chaïm Perelman (Perelman-Tyteca 1988/1958) et Stephen Toulmin (Toulmin 1958). En trois décennies, on est passé d’une approche statique et taxinomique des figures (l’approche-inventaire, portée à son plus haut degré dans les deux manuels de Fontanier, que Genette pouvait encore, en 1968, saluer comme « l’aboutissement de toute la rhétorique française, [leur] monument le plus représentatif et le plus achevé »), à une approche dynamique et relationnelle (Bonhomme 1998), pragmatique (Bonhomme 2005) et enfin à une approche polyphonique des figures (Rabatel 2008 ; Calas et al. 2012).

2Désormais, les figures sont analysées par les linguistes dans le rapport qu’elles entretiennent avec la situation de communication. Exit la rhétorique « herbier »2, où les figures sont autant d’espèces rares aux noms savants, détachées de leur environnement, décontextualisées, place aux figures contextualisées  (Salvan 2013) : aux figures vivantes, prises dans le mouvement du discours, lui-même inscrit dans la relation entre locuteur, interlocuteur et monde. Les figures sont sorties de l’exception stylistique où elles étaient restées longtemps cantonnées. En tant que schèmes discursifs, qui assument un rôle mémoriel, régulateur et signalétique (Bonhomme 2005 : 41), elles ont acquis en linguistique droit de cité. Le mouvement de la pragmatique a permis de dépasser le cloisonnement qui avait progressivement restreint la rhétorique à l’art de bien parler et à l’ornemental, puis au seul espace des tropes, et finalement aux seules figures de la métaphore et la métonymie3.

3Je voudrais dans cet exposé dresser un parallèle, avec un décalage dans le temps de plus de trente années, entre l’évolution de la problématique des figures au sein de la rhétorique, et plus spécialement de la métaphore, et l’évolution de la problématique de la répétition. Une description de la répétition en termes d’insistance ou de gradation (Lausberg 2008 : 310 ; Morier 19985 : 114, 459, 460), ou bien d’ornement et de passion (Fontanier 1977 : 329 ; Morier ibid.) apparaît aujourd’hui très insuffisante. Les registres et genres discursifs où la répétition est omniprésente (poétique, mais aussi religieux, politique, publicitaire, didactique…4) sont trop nombreux pour être réduits à des cas exceptionnels. Cette prise de conscience permet aujourd’hui de renouveler la description de la répétition, de la sortir de l’approche taxinomique pour l’ouvrir à une approche linguistique.

4L’organisation de journées d’étude à Nice en décembre 2013, la parution prochaine de deux numéros de revue entièrement consacrées à la répétition (« Pragmatique et répétition », Semen et « Répétition et genres», Le Discours et la langue) attestent de l’essor de cette problématique en dehors des études littéraires5 ou des études de lexicométrie6, et marque donc un tournant décisif dans sa réception en France. C’est donc un champ particulièrement vaste, ouvert, de décloisonnement disciplinaire, entre rhétorique et linguistique, que la répétition permet d’explorer.

5Dans une première partie, je reviendrai sur les « idées reçues » sur la répétition. Je montrerai ensuite la nécessité de passer d’une l’acception étroite de la répétition à une acception étendue de la répétition. Dans certains types de textes, la répétition ne peut être réduite à des figures isolées, car elle est, fondamentalement, plurielle, portée par une multitude de formes, tant figurales que non-figurales. On parle de métaphore filée. Je parlerai de répétition réticulaire. La troisième partie illustre ce constat par l’analyse formelle d’un extrait de discours politique.

1. De la répétition restreinte à la répétition réticulaire

6De la même façon qu’on a pu parler de rhétorique restreinte, on peut parler d’une répétition restreinte, et il existe un certain nombre de présupposés négatifs qui ont longtemps freiné le passage d’une appréhension étroite à une appréhension étendue de la répétition. En outre, le terme même de répétition pose problème, dans son ambiguïté. Il renvoie en effet, sur le plan linguistique, à deux modes de reprise : la répétition comme reprise du sens et la répétition comme reprise du matériau formel. Répéter, c’est soit redire autrement (avec d’autres mots), soit ne pas redire autrement, mais au contraire à l’identique (avec les mêmes mots). Cette opposition excède l’opposition entre reformulation et répétition. Tous les phénomènes de pronominalisation et, plus largement, d’anaphorisation, peuvent être subsumés dans le premier type de répétition. Ni la langue courante, ni la linguistique ne disposent de vocables distincts pour désigner ces deux opérations. Je propose de désigner par le mot composé de « répétition-substitution » les reprises sémantiques (cf. définition en 2.) et de réserver le mot simple de « répétition » à la seule répétition des signifiants. L’indifférenciation terminologique a de fait favorisé une indifférenciation dans l’étude des deux types de reprise, tant en rhétorique7 qu’en linguistique8, et a longtemps fait obstacle à la reconnaissance de la spécificité de la répétition, qui s’est trouvée reléguée au second plan, derrière la répétition-substitution9. J’énumère ci-après les présupposés qui ont influé négativement sur la réception de la répétition, et qui doivent être abandonnés.

1.1. Les idées reçues sur la répétition

La répétition est inutile

7Dans le champ figural, par rapport à la métaphore, unanimement considérée comme un plus par rapport au langage commun, la répétition souffre d’un discrédit : elle semble ne rien apporter de plus sur le plan du sens. La répétition enfreint en effet, de manière manifeste, deux des maximes conversationnelles de Grice : la loi d’informativité, qui exclut qu’on parle pour ne rien dire, et la loi d’exhaustivité, qui exige du locuteur, non pas qu’il dise tout, mais qu’il fournisse l’information pertinente maximale. De là on a hâtivement conclu que le dire en plus était un dire en trop. De là aussi, sans doute, la proscription stylistique de la répétition, présente dans tous les manuels scolaires : « Toute répétition est en principe faute de style » (Prak-Derrington 2014).

8Dans l’édition revue et augmentée du dictionnaire de Henri Morier, à l’entrée « répétition » (1998 : 1017) le lecteur est simplement renvoyé à différentes figures, sans qu’aucun article de synthèse ne lui soit consacré10. Les auteurs qui reconnaissent en elles une figure capitale sont des exceptions (Frédéric 1985, Mazaleyrat et Molinié 1989, Molinié 1994). Les figures de sens intéressent plus que les autres figures, et le primat des tropes sur les non-tropes perdure11. Plus que toutes les figures, la répétition a donc pâti de la définition de la figure comme écart, comme substitution. Or, la répétition ne remplace rien, bien au contraire, elle se définit justement par sa non-substituabilité. Répéter, c’est ne pas vouloir et ne pas pouvoir dire autrement. Répéter, ce n’est pas ne rien dire de plus. C’est re-dire, pour produire certains effets.

La répétition est trop simple pour être intéressante

9C’est ce que j’appelle le syndrome de la Lettre volée, en écho à la célèbre nouvelle d’Edgar Allan Poe (Prak-Derrington 2012, 2013). C’est parce que la répétition est par trop visible qu’elle est restée longtemps ignorée. Comment élaborer une démarche d’interprétation, là où il semble n’y avoir rien de caché ? Or, l’absence visible de différence (hors l’écart temporel) de la répétition ne laisse pas de questionner. Ce qui est perçu comme Même est en fait Presque-Même ou Presque-Autre par le seul écoulement du temps. La répétition nous transporte au cœur d’une énigme qui laisse au seul destinataire le soin de la déchiffrer : celle de l’Autre du Même, de l’altérité dans l’identité. Contrairement aux figures de sens, à la reformulation, et contrairement à la répétition sémantique, perçues d’emblée comme formes interprétatives, parce que la différence est d’emblée portée par des signifiants autres, la différence dans l’identique de la répétition est invisible, non pas absente, mais à chercher12.

La répétition est un phénomène marginal

10On sait que la métaphore ne concerne pas seulement un usage particulier, « figuratif » du langage, mais qu’elle est partout présente dans la vie de tous les jours. Elle est indispensable dans la cognition et la construction de nos représentations : notre langage tout entier, dans son usage le plus quotidien et le plus terre à terre, est traversé par la métaphore (Lakoff & Johnson 1980). C’est la même chose pour la répétition, qui ne peut être réduite à un emploi figuratif — plus encore que la métaphore d’ailleurs, puisqu’elle renvoie à des phénomènes très hétérogènes, qui vont bien au-delà du langage13. La répétition est la condition préalable de toute organisation en système sémiotique. Il n’est pas de langage sans répétition : c’est par la répétition d’un nombre fini de phonèmes, de morphèmes, de lexèmes, que naît le discours, virtuellement infini. À partir de quel moment, de quel seuil, dans quels contextes, les formes linguistiques de la répétition passent-elles de la transparente omniprésence à la saillance figurale ? Pour sortir de sa transparence, la répétition doit être perçue comme intentionnelle, il faut présumer que le locuteur choisit de répéter.

La répétition est réduite à la figure de l’anaphore rhétorique

11Lorsque c’est le cas, lorsque le locuteur choisit de répéter, on s’aperçoit alors que la répétition n’apparaît pas de manière isolée, concentrée en une seule figure, mais qu’elle se déploie sur de multiples figures, qui fonctionnent en réseau. À l’instar des trains, toute répétition peut en cacher une autre. C’est ce que je nomme la répétition réticulaire.

12Je souhaite montrer la diversité et la richesse de la répétition, trop souvent éclipsée par une seule figure : celle de l’anaphore rhétorique14. L’anaphore est à la répétition ce que la métaphore est aux tropes, leur figure de proue, en même temps que l’arbre qui cache la forêt. De la même façon qu’on ne retient généralement, au sein des tropes, que la métaphore, et pour la métaphore, que ses formes nominales (alors qu’elle peut être verbale, adjectivale, adverbale… en fonction de sa configuration syntaxique), de la même façon ne retient-on de la répétition que l’anaphore rhétorique, au détriment de toutes les autres figures, pourtant aussi nombreuses que variées15. Les figures de la répétition forment un véritable continent au sein des figures, continent que je ne ferai ici qu’évoquer. Toutes ces figures mettent en œuvre un mode de textualisation spécifique, qui n’est plus celui de la cohérence sémantique, ou de la pertinence pragmatique, mais celui des formes-sens16 de la répétition : j’en viens donc maintenant à la définition de ce mode de textualisation.

1.2. Délimitation et définition : « répétition-substitution » vs « répétition »

13Il est nécessaire de ne plus confondre en un seul mode indifférencié les deux types de reprise.

14Elles s’opposent par une propriété distinctive : celle de la possible ou impossible substitution.

15La reformulation (répéter autrement), la pronominalisation – on parlait d’ailleurs autrefois de « pronoms-substituts » — et l’anaphorisation relèvent de la répétition-substitution. On sait que pour la reformulation, l’équivalence entre reformulé et reformulant(s) n’est pas forcément d’ordre sémantique, mais peut être pragmatique (Fuchs 1994). De la même façon, on sait que les pronoms et les anaphores ne sont pas de simples reprises mécaniques, mais un mode particulier de donation du référent, le résultat d’un processus mental de représentation (Kleiber 1994, 2001). Il demeure que ce mode de reprise pose une équivalence entre les signes. En d’autres termes : il autorise leur substitution. Un (des) signes s’efface(nt) pour faire place à un (des) autre(s) signes : crever vaut pour mourir ; elle vaut pour la rhétorique.

16Le terme simple de répétition ne doit renvoyer qu’à la répétition des signifiants. La répétition suspend le principe d’équivalence des signes entre eux, puisqu’elle maintient, intégralement ou partiellement, les signes en tant que « corps » singuliers et non-substituables : « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir » ; « c’est un mystère, un mystère qui peut s’exporter, comme le jazz [le flamenco] »17 ; « 1) la rhétorique est une manipulation de l’auditoire (Platon) ; 2) la rhétorique est l’art de bien parler (ars bene dicendi de Quintilien) ; 3) la rhétorique est l’exposé d’arguments ou de discours qui doivent ou qui visent à persuader »(Meyer 2011 : 5). La répétition n’exclut pas la variation, et, bien souvent, répétition et reformulation se rejoignent pour former des formes hybrides, répétitions reformulantes ou reformulations répétitives (Rabatel 2007, Prak-Derrington 2008).

17L’opposition entre répétition-substitution et répétition est une opposition distinctive, qui fait passer les signes d’une logique d’équivalence, ou de possible substitution, à une logique d’impossible substitution18. À quels effets, et pour quelles fins ? Cela dépend bien sûr des registres et des genres de discours. Nous nous intéresserons ici au discours politique.

2. Les figures de répétition

2.1. Les familles de figures de la répétition

18Dans son étude rhétorique de la répétition, Madeleine Frédéric ne recense pas moins de quarante-quatre procédés de répétition19. Elles constituent quantitativement le groupe le plus important au sein des figures. Certaines peuvent être regroupées en familles. On distingue communément entre les répétitions phoniques ou phonétiques (allitération, assonance, homéotéleute), et les répétitions syntaxiques (anaphore, épiphore, anadiplose, antépiphore, chiasme, symploque). On pourrait ajouter une autre famille, celle des répétitions lexicales (qui portent sur un mot) : antanaclase, polyptote, polysyndète. Je renvoie le lecteur aux divers traités de rhétoriques pour les définitions et les exemples illustrant ces figures. Ces subdivisions appellent cependant les remarques suivantes :

19— l’adjectif « phonique », réservé à la répétition de sons isolés (consonnes, voyelles ou syllabes), est en réalité adéquat pour n’importe quel type de répétition. C’est même leur propriété constitutive. Indépendamment des critères de nature, de position, de contact, de taille de l’unité répétée, toute répétition des signifiants est, nécessairement, phonique : que l’on répète une voyelle ou une consonne, un morphème, un mot ou groupe de mots ou une phrase entière, il s’agit toujours d’une mise en œuvre de la matérialité sonore des signes. Le mode des formes-sens de la répétition est le mode de la corporéité des signes : vocale pour celui qui parle, auditive pour ceux qui l’écoutent. C’est de cette matérialité sonore que découlent les effets pragmatiques de la répétition.

20— Au sein des figures de répétition, les figures syntaxiques sont les seules à être véritablement organisées en système (cf . Prak-Derrington, à paraître). Ce sont celles qui nous intéressent au premier chef. Le contexte a en effet plusieurs dimensions, dont celle de co-texte linguistique. Les répétitions co-textuelles se définissent par la position dans le cotexte du/des constituants répétés, qui sont autant de variations des deux positions saillantes du début et de la fin. Ou bien la position entre le segment répété et les segments répétants est identique : à l’initiale de la séquence répétée (anaphore : A… /A… / A… ), ou encore à la fin (épiphore : …A/…A/…A). Ou bien la position entre le répété et les répétants varie : que la fin se transforme en début (anadiplose : …A/A…), ou que le début soit repris à la fin (l’épanadiplose : A…/…A). À partir de ces figures simples peuvent se former des figures composées : la symploque est ainsi une figure duelle, qui réunit anaphore et épiphore (A…B/A…B/A…B) ; l’antimétabole, ou chiasme formel, allie la symétrie encadrante de l’épanadiplose et la réversion de l’anadiplose (ABBA).

21— La liste des figures de répétition est longue… et arbitraire. Pourquoi la répétition d’un connecteur porte-t-elle un nom, la polysyndète (« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime », Verlaine), mais pas la répétition d’une conjonction de subordination (« Parce que c’était lui, parce que c’était moi », Montaigne) ? Pourquoi parler de figures lorsque des voyelles ou des consonnes sont répétées et pas quand il s’agit de morphèmes ? Un morphème peut tout aussi bien faire figure, qu’il soit lexical ou grammatical : « charné, nervé, musclé, poulpé » (Ronsard)  « tout ce qui grouille, grenouille, scribouille (Groupe Mu, cité par Frédéric 1985 : 219). En réalité, la liste des figures de répétition est constitutivement ouverte. Dès lors que des signifiants (son, lettre, syllabe, morphème, affixe, mot, groupe de mots, phrase, paragraphe…) sont répétés, ils perdent leur transparence, ils sont opacifiés, ils deviennent des forme-sens. On arrive à ce constat extrême : toute répétition est susceptible, en contexte, de faire figure20 !

2.2. La répétition réticulaire 

En écartant les figures non-tropes, Dumarsais et la plupart de ses successeurs ont éludé la dimension textuelle où elles se déploient, et le problème fort délicat de la composition des figures. (Rastier 1994 : 7)

22Les figures de répétition sont donc, théoriquement, innombrables. Il s’agit de montrer qu’elles fonctionnent de concert. C’est cet aspect de la répétition, son déploiement en réseau, que je souhaite maintenant développer.

23Marc Bonhomme est le premier à avoir opposé deux modes de configuration figurale : « l’émergence singulière » et la « co-émergence régulière », dont relève bien sûr la répétition. Chaque figure de co-émergence régulière se distingue par sa « nature séquentielle » et son « organisation multipolaire » :

Ce second type de configuration tire sa figuralité de sa nature séquentielle. […] Tranchant avec la dimension ponctuelle et microstructurale des figures par émergence singulière, les figures par co-émergence régulière mettent en jeu une organisation multipolaire (un tout fait figure) et une extension très diversifiée. (Bonhomme 2005 : 62)

24Il faut élargir ce constat : l’organisation multipolaire n’est pas concentrée sur une seule figure, mais distribuée sur plusieurs ! La répétition est plurielle, réticulaire, elle fait émerger une macro-figure, composée des multiples répétitions figurales, elles-mêmes portées par les répétitions non figurales (les marques formelles de redondance grammaticale et de cohésion textuelle). En contexte, toute répétition cesse d’être isolée. Entre elle et ses voisines se forme un réseau dont l’ensemble forme la charpente du texte. Tous les niveaux de la répétition (phonique, lexical, syntaxique, textuel), figural et non figural, interagissent pour nous faire entrer dans la matérialité des formes-sens.

25La répétition réticulaire fait accéder une succession d’énoncés, un passage, voire un texte entier, au statut de figuralité. (cf. infra : du figural au monumental). C’est ce que nous allons voir maintenant avec l’exemple d’un « grand discours » politique : un discours qui a marqué l’histoire du XXème siècle et s’est inscrit dans la mémoire collective.

3. Un exemple de grand discours politique. Répétition, « mémoralisation », monumentalisation

3.1. Du non-figural au figural

À l’encontre de leurs approches parcellaires, les figures s’ancrent sur la totalité des composantes et des sous-composantes du discours (Bonhomme 2005 : 52)

26Il s’agit du discours prononcé par Martin Luther King en 1963, à l’issue de la Marche sur Washington. Il est composé de trois parties, qui recoupent peu ou prou la division linéaire du temps : le passé, le présent et l’avenir. L’ensemble du discours abonde en métaphores et en répétitions, mais c’est dans la troisième et dernière partie, initiée par l'anaphore rhétorique « I have a dream », que les répétitions se déploient de manière spectaculaire. L’apogée du discours coïncide donc avec la mise en œuvre systématique de la répétition réticulaire. En voici l’extrait dans la langue originale21.

27Les répétitions figurales sont soulignées, les répétitions non figurales sont en italiques. Le nom des figures moins connues est indiqué entre crochets. Les figures dites phoniques, qui sont en général incluses dans d’autres répétitions, sont mises en gras pour pouvoir être distinguées.

(1) And so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream.
(2) It is a dream deeply rooted in the American dream. [épanode]
(3) I have a dream [anadiplose : conversion de l’épanode en anaphore] that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed:
(4) "We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal."(applaus)
(5) I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at a table of brotherhood.
(6) I have a dream (ovation) that one day even the state of Mississippi, a desert state, sweltering with the heat of injustice and oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.
(7) I have a dream (ovation) that my four children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.
(8) I have a dream today. (ovation)
(9) I have a dream that one day the state of Alabama, whose governor's lips are presently dripping with the words of interposition and nullification, will be transformed into a situation where little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls and walk together as sisters and brothers.
(10) I have a dream today. (ovation)
(11) I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together.
(12) This is our hope.
(13) This is the faith with which I go back to the South.
(14) With this faith [anadiplose] we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope.
(15) With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood.
(16) With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together [épiphore], knowing that we will be free one day. (ovation)
(17) This will be the day when all of God's children will be able to sing with a new meaning
(18) "My country, 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my fathers died, land of the pilgrim's pride, from every mountainside, let freedom ring."
(19) And if America is to be a great nation this must become true.
(20) So let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire. [début de la symploque, ouverture de l’antépiphore]
(21) Let freedom ring from the mighty mountains of New York.
(22) Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania!
(23) Let freedom ring from the snowcapped Rockies of Colorado!
(24) Let freedom ring from the curvaceous slopes of California!
(25) But not only that; let freedom ring from Stone Mountain of Georgia!
(26) Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee!
(27) Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi [fin de la symploque].
(28) From every mountainside, let freedom ring [fermeture de l’antépiphore]. (ovation)
(29) And when this happens, when we allow freedom to ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual, "
(30) Free at last!
(31) Free at last!
(32) Thank God Almighty, we are free at last! [réduplication]

Les répétitions non-figurales

28Ce soulignement est extrêmement schématique et imparfait, mais il révèle la nécessité d'appréhender la répétition comme un faisceau de traits convergents. La répétition est un continuum, qui va de la saillance figurale à l'invisibilité grammaticale. L’anaphore « I have a dream », la seule qui a été retenue, est en fait insérée dans un très dense réseau de répétitions, à tous les niveaux du discours. La répétition est, constitutivement, un ensemble de traits co-orientés, qui constituent alors un « patron » linguistique (Maingueneau, Philippe 2002), ce que j'ai appelé la répétition réticulaire.

29Au sein des répétitions non-figurales, on retrouve les constantes suivantes, que j'énumère ici rapidement : 1) l'appartenance à un même plan énonciatif (Benveniste 1966 : 237-250), ici le discours, et la distribution régulière, aux mêmes places dans les énoncés, des marqueurs énonciatifs que sont les temps verbaux (ici : présent, futur, futur accompli, passé composé) et les pronoms personnels. Parce qu'ils sont soumis à la même linéarisation, ces marqueurs apparaissent comme les premiers porteurs de la répétition ; 2) le choix de la répétition lexicale, non substitutive, au détriment de la substitution anaphorique (non pas « the sons of formers slaves and those of former slaves owners » mais bien « the sons of formers slaves and the sons of former slaves owners » etc.)  ; 3) au niveau phrastique, le choix de moules syntaxiques simples, réduits dans leur grande majorité aux compléments obligatoires, qui affichent, de manière transparente, le binarisme de la structuration informationnelle en thème et rhème ; 4) au niveau intraphrastique, une abondance de structures binaires (non pas « all men » mais « black men and white men », non pas « from every village » mais « from every village and every city »22) ; 5) enfin, l'abondance des répétitions phoniques 23.

30M. Bonhomme parle de la « multidimensionnalité constitutive » des figures (Bonhomme 2005 : 54). C'est sans doute encore plus vrai de la répétition, qui met en œuvre conjointement les niveaux phonique, lexical, syntaxique, énonciatif, rendant ainsi possible la co-émergence figurale de la répétition.

Une macro-figure de répétition

31On retrouve cette pluralité dans le déploiement figural de la répétition. J'ai montré le rôle de tout premier plan que jouent les répétitions syntaxiques dans la répétition réticulaire et posé leur cadre théorique dans un autre article24. Je souhaite ici montrer la concordance entre le choix des figures syntaxiques et leur propre position dans le texte, qui est réalisée de manière exemplaire dans notre extrait.

32On sait que les figures syntaxiques sont autant de variations sur les deux positions saillantes du début et de la fin. L’examen révèle que la distribution de ces figures de répétition n’est pas aléatoire, et qu’elles assument des fonctions différentes dans la textualisation. J’ai déjà proposé une analyse similaire pour un autre grand discours25, il faudrait bien sûr approfondir les pistes que je propose ci-dessous.

33Notre extrait se décompose comme suit :

A. De (1) à (2): Le présent (fin de la deuxième partie du discours)
B. De (3) à la fin : L'avenir (notre extrait, la troisième et dernière partie du discours)
1) Le rêve, de (3) à (11)
2) La foi en ce rêve, de (12) à (16)
3) La cloche de la liberté, de (17) à (28) : clausule
4) Clausule de la clausule, de (29) à (32)

34On observe les concordances suivantes :
1° Les transitions entre les séquences et sous-séquences du discours sont assurées par la figure de rebond de l'anadiplose, qui reconvertit le rhème en thème. Ainsi, dans le passage du présent (A) à l'avenir (B), au tout début de notre extrait : en (2) et (3), la phrase « I have a dream » passe du statut d'objet à celui de sujet. En (13) et (14), même conversion pour « This is the faith with which… », qui devient thématique dans « With this faith we will be able … »

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2° On constate que les anaphores, figures d’ouverture, sont uniquement distribuées sur la première moitié de notre extrait. Ce sont elles qui donnent aux séquences « I have a dream »26, de (3) à (11), et, « With this faith », de (14) à (16), leur unité.
3° Les figures de clôture sont distribuées à la fin, dans la deuxième moitié de notre extrait27. On observe une gradation. La figure centrifuge de l’anaphore fait place à la figure centripète de l’épiphore, qui répète cinq fois le rhème « together », en (16). Lui succède ensuite la figure de la symploque (A…B / A…B /A…B), de (20) à (27). La symploque est une figure composée extrêmement saillante, qui conjugue anaphore (« Let freedom ring ») et épanode (répétition à la fin, avec variation : « from … of… »), et cerne les énoncés tant à gauche qu’à droite, par des répétitions28. Cette symploque est elle-même encadrée par la figure de « la boucle bouclée » de l’antépiphore ou épanadiplose en (20) et (28) : la forme impérative « Let freedom ring », placée à l’ouverture au début de l’énumération, est déplacée en position finale, dans l’ordre rhème/ thème, lors de sa dernière apparition. Elle reprend ainsi à l’identique la citation (ou hétéro-répétition) de l’hymne patriotique donnée en (18), et ferme de manière parfaitement symétrique l’énumération donnée dans la symploque (« From every moutainside let freedom ring ! »).
4° Enfin, le discours dans sa totalité est clôturé par une ultime figure de répétition, la réduplication de (30) à (32), qui est une autre citation, cette fois d’un negro spiritual : « Free at last ! Free at last ! Thank God Almighty, we are free at last ! » Cette ultime figure de répétition, la clausule de la clausule, dépasse le binarisme entre thème et rhème, l'opposition entre début et fin, qu'avait, déjà, amorcé l'antépiphore, en renvoyant la fin de la séquence (28) à son commencement (19). Elle introduit, pour la première fois dans notre extrait, un rythme ternaire (le chiffre trois est celui de la Trinité, Dieu est Un en Trois !), en répétant un énoncé dans sa totalité. La « triplication »29 effectue ainsi la synthèse et le dépassement de toutes les précédentes figures de répétition.

3.2. Du répété au répétable, du figural au monumental

36Le discours de Martin Luther King est aujourd’hui considéré comme l’un des discours les plus marquants du XXème siècle (Lisée et Matagne 2008, Labiausse 2011, Jelinek 2012). Aux Etats-Unis, il est même classé comme le plus grand discours du XXème siècle. Il a constitué le point d’orgue du mouvement des droits civiques des Noirs américains et peut être vu comme l'accélérateur de leur cheminement vers l'égalité : de la loi sur les droits civiques votée dès l’année suivante en 1964, à l’accession de Barak Obama à la Présidence des États-Unis en 2008.

37Sur le plan linguistique, c'est un discours qui allie avec une très grande maîtrise les deux figures les plus importantes de la rhétorique : la figure de la métaphore et celle des formes-sens de la répétition.

38L’ancrage mémoriel de ce discours peut être mis en relation avec le dense réseau de répétitions, tant sur l’axe paradigmatique (marqueurs de cohésion textuelle des temps verbaux et des pronoms personnels, répétition lexicale et non pas substitution pronominale), que syntagmatique (l’ensemble des figures et plus largement les moules syntaxiques de la répétition, l’organisation rythmique, répartie essentiellement en structures binaires, les répétitions phoniques).

39La répétition réticulaire (anaphore, épiphore, symploque, antépiphore, réduplication…) permet de créer une scène d’énonciation théâtrale. À l'oral, elle transforme la linéarité imprévisible du discours en autant d'unités mémorisables. Et c’est parce que tout segment répété est destiné à devenir répétable, que ce discours, à l’instar d’autres « grands discours » politiques où se déploie la répétition réticulaire, peut acquérir une dimension mémorable. Dans le discours politique, il est fréquent qu’on ne retienne que les mauvais effets de la répétition, confondant ainsi la fin et les moyens ; on la réduit alors à des fonctions de manipulation (Barry 2000), de propagande ou de sloganisation (Tournier 1985)… Dans les grands discours, dans lesquels « L’orateur cherche à créer une communion autour de certaines valeurs reconnues par l’auditoire » (Perelman Tyteca 1988 : 67, je souligne), plutôt que de parler de manipulation, on peut peut-être parler de « mémoralisation » par la répétition. Ce mot-valise que j’ai forgé me semble associer les deux propriétés qui sont au cœur du pouvoir pragmatique de la répétition : c’est par sa matérialité sonore qu’elle acquiert une telle saillance mémorielle. Le mot-valise peut, en outre, se décomposer de deux manières : ou bien, et c’est l’acception neutre, en : (mémoire + oralisation) ou bien, lorsqu’il s’agit, comme ici, de discours « patrimoniaux » qui affirment des valeurs universelles en : (mémoire + morale + oralisation).

Conclusion. La répétition réticulaire ou quand le tout fait figure

40Pas plus qu’un poème ne peut être réduit à la présence de rimes finales, la répétition ne peut être réduite à la figure d’ouverture qu’est l’anaphore. Les différents patrons syntaxiques de la répétition sont autant de mises en structure du rythme, autant de systématisations de la matérialité sonore des discours, qui serait sinon fortuite et aléatoire. L’enchevêtrement des figures de répétition, étroitement resserrées dans l’espace textuel, nous fait passer du mode de la cohérence sémantique au mode de textualisation des formes-sens. La répétition réticulaire suspend le principe de linéarité pour instaurer une textualité stratifiée et rythmée, qui confère aux mots-signes relief et profondeur et grave dans la mémoire, ineffaçables, les segments répétés.

41Dans les grands discours, tandis que les figures de répétition, prises isolément, se détachent sur le fond du co-texte, la répétition réticulaire détache l’ensemble du passage et/ou du texte sur le fond du con-texte : c’est à dire de l’Histoire ! La saillance co-textuelle de la répétition, transformée en saillance con-textuelle par la répétition réticulaire, peut alors transformer le discours en discours-monument.

Notes de bas de page numériques

1 http://www.proverbes-francais.fr/citations-proverbes/Napoleon-Bonaparte.php

2 «  une figure est détachée du contexte, mise dans un herbier » (Perelman, Tyteca, 1988 : 231)

3 C’est « la rhétorique restreinte » (Genette 1970).

4 Voir le numéro consacré à « Répétition et genres » dans Le discours et la langue.

5 En littérature, la répétition est valorisée, voire érigée en « principe » (Bardèche 1999, Pütz 2004).

6 Cf. Salem 1987 ; Tournier 1985.

7 Les dictionnaires ou manuels de rhétorique traitent de la répétition indifféremment comme reprise du signifiant ou du signifié, y compris ceux qui lui reconnaissent un statut particulier. Morier 1998  : 1017 ; Lausberg 2008 : 329, mais aussi Mazaleyrat & Molinié 1989 : 302 et Frédéric 1985.

8 Adam 1990 ; Charolles 1978 ; Linke et al. 2004…

9 J’expose cette problématique dans un autre article, à paraître, qui pose en fait le cadre théorique de celui-ci : « Les figures de syntaxe de la répétition revisitées. Pour une textualisation stratifiée ». Les deux articles se complètent et se recoupent, je suis donc amenée à le citer souvent.

10 À titre de comparaison, les articles consacrés à la métonymie et la métaphore font respectivement 42 pages (763-805), et 72 pages (690-762).

11 Il suffit pour s’en convaincre de consulter la table des matières du récent numéro consacré aux « Figures et contexte(s) » (G. Salvan, éd., Le discours et la langue, t. 4.2, 2013) : pour cinq articles consacrés aux figures de sens, dont trois à la métaphore, on ne trouve qu’un seul article consacré à une figure de répétition (Watine).

12 On trouve dans Watine 2012 une analyse très subtile des mécanismes inférentiels complexes à l’œuvre dans une des figures de la répétition, la réduplication, dans une perspective de dialogisme énonciatif.

13 Qui dit temporalité dit répétition : il suffit de penser à l’alternance des jours et des saisons, aux battements du cœur, à la respiration pour le constater. La répétition est un principe ontologique universel.

14 Cf. V. Magri (à paraître) : « L’anaphore rhétorique dans le discours politique : l’exemple de Nicolas Sarkozy », et D. Mayaffre (dans ce numéro) : « L’anaphore rhétorique. Figure des figures dans le discours de Nicolas Sarkozy ».

15 V. Magri (art. cit.) et D. Mayaffre (art. cit.), qui analysent tous deux le discours politique de Nicolas Sazkozy, notent certes la présence d’autres figures de répétition, mais associent pourtant les effets pragmatiques de la répétition à la particularité de la position initiale.

16 J’emprunte le terme composé de « forme-sens » à Véronique Magri (art. cit), qui l’emploie pour qualifier l’anaphore rhétorique.

17 Carlos Saura, « Le flamenco est un mystère qui peut s’exporter », http://www.flamenco-culture.com/article.html?category=2&rubrique=5&id=473, consulté le 16 février 2013.

18 Dans le cas de la répétition reformulante, l’impossibilité n’est pas totale, mais partielle.

19 Elle inclut certes dans cet inventaire quelques figures de répétitions sémantiques (comme par exemple la tautologie et le pléonasme) mais ces dernières restent très minoritaires.

20 Un constat que faisait déjà Marc Bonhomme en 2005 : « A priori, n’importe quelle sériation est susceptible de produire un schème figural dans le discours » (p. 62).

21 Les répétitions de sons, très importantes dans la deuxième partie du discours, ne peuvent être maintenues dans une traduction.

22 Sur le plan sémantique, mais ce n’est pas ici notre propos, il faudrait bien sûr mettre en rapport la profusion des structures symétriques avec le rêve d’une société libérée de la ségrégation, le rêve d’une société fraternelle et égalitaire.

23 Ces phénomènes phoniques sont répertoriés comme figures, mais je les place ici en fin du continuum, parce qu’ils ne sont pas également présents dans tous les grands discours politiques. C’est en revanche une dimension très importante dans le discours de Martin Luther King.

24 Prak-Derrington, à par. , « Les figures syntaxiques de la répétition revisitées », art. cit.

25 Id. Je renvoie ici à celle que je donne du discours « Paris libéré », de Charles de Gaulle.

26 L’analyse de la séquence « I have a dream » pourrait constituer un article en soi, la répétition de phrases étant un phénomène extrêmement complexe, qui relève aussi de l’aphorisation (Maingueneau 2012), mais il n’est pas possible de le traiter ici. Sur la répétition d’une phrase, et ses effets pragmatiques voir aussi Prak-Derrington 2012.

27 C’est également la figure de l'épanode qu'on trouve à la fin de B, en (1) et (2) : « And so eventhough we face the difficulties of today and tomorrow I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the american dream ».

28 Sur le plan sémantique, c’est l’ensemble homogène des diverses montagnes des Etats-Unis, parcourus dans un mouvement qui va du Nord-Est, en passant par le Centre et l’Ouest, pour aboutir aux anciens états esclavagistes du Sud.

29 Le terme consacré est en fait celui de « réduplication », une figure dont M.-A. Watine a montré toute la complexité, en la décomposant en un schéma énonciatif tripartite (Watine 2012).

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Pour citer cet article

Emmanuelle Prak-Derrington, « Anaphore, épiphore & Co. La répétition réticulaire », paru dans Figures du discours et contextualisation, Actes du colloque, Anaphore, épiphore & Co. La répétition réticulaire, mis en ligne le 25 septembre 2014, URL : http://revel.unice.fr/symposia/figuresetcontextualisation/index.html?id=1505.


Auteurs

Emmanuelle Prak-Derrington

Maître de Conférences à l’École normale supérieure de Lyon
Laboratoire ICAR
emmanuelle.prak-derrington@ens-lyon.fr