Anna Jaubert


UMR Bases, Corpus, Langage (CNRS – Université Nice Sophia Antipolis)
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Figures du discours et contextualisation | Actes du colloque

Le contexte faiseur et défaiseur de figures, ou la conditionnalité de la reconnaissance figurale

« On ne peut comprendre le langage si l’on ne comprend pas le discours et l’on ne peut comprendre le discours si l’on ne prend pas en considération le but de la communication » : cet axiome de Strawson qui sous-tend l’analyse pragmatique de nos productions verbales s’applique évidemment au langage figuré. S’agissant des figures dites « de pensée » dans la rhétorique classique, ou figures macrostructurales (Molinié 1992), on sait depuis longtemps qu’elles ne se signalent pas de soi, mais qu’elles exigent la confrontation d’une forme linguistique et d’un contexte. Pour une approche pragmatique, ces figures sont des comportements énonciatifs et leur identification ne s’achève qu’à la faveur de l’acte de langage qu’elles réalisent. L’ironie n’est reconnue comme telle que si l’on perçoit l’intention moqueuse qui la motive, et, le parler intensif ne produit pas toujours une hyperbole. Les conditions de production et de réception qui déterminent l’interprétation d’un discours, décident de sa figuralité. C’est donc le contexte qui au final fait les figures, ou les défait. On verra avec la litote que la lecture figurale n’est pas la plus coûteuse, que le contexte au sens large peut entrer en conflit avec le cotexte immédiat, et qu’il faut alors une contrainte précise dans l’environnement discursif pour « déprogrammer » une figure qui, décantée dans notre imaginaire discursif, déclenche un réflexe d’interprétation de soi. “Language cannot be understood unless discourse is understood and discourse cannot be understood unless the aim of communication is taken into account”. This axiom, which was formulated by P. F. Strawson, underlies the necessity for a pragmatic analysis of our verbal productions and can obviously be applied to figurative language. If one takes for instance the so-called “figures of thought” of classical rhetoric (what Georges Molinié (1992) calls “macrostructural figures”), it is well known that they are not meant to attract attention to themselves, since they depend upon a specific relationship between a signifying unit and its context. Seen from a pragmatic perspective, those figures appear to be so many enunciative types of behaviour that can only be identified if one takes the speech act which they realize into consideration. Irony is not recognized as such if one does not perceive the mocking intention that motivates it, and speaking vehemently does not always imply the use of hyperboles. The conditions of production and reception that determine the interpretation of discourse also determine its potential for figurative interpretation. Thus, all things considered, it is context that produces or prevents the emergence of figurative speech. I shall study a few occurrences of understatements, in order to demonstrate that it is easier to interpret them from a figurative point of view than in a literal manner, and also that context lato sensu may be incompatible with its immediate cotext. Finally, specific constraints in the verbal environment are needed to do away with a figure of speech which, once it has taken shape in our discursive imagination, triggers a reflex response of self-interpretation.

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