Ci-Dit | Communications du IVe Ci-dit Colloque international, Nice 11-13 juin 2009 

Alain Rabatel  : 

Analyse énonciative des s/citations du site d’Arrêt sur images

Résumé

Cet article analyse différentes formes de citations dans les sites de presse sur le WEB, en prenant comme exemple le site d’Arrêt sur images. Il propose d’appeler discours rapporté/montré direct (DR/MD) les discours auxquels le lecteur accède après avoir cliqué sur le lien, qui correspondent à des enregistrements audio ou vidéos et discours d’escorte (DE) le discours qui entoure le lien et qui résume/reformule/interprète le DR/MD en donnant des instructions sur la bonne façon de l’interpréter. Après avoir analysé les deux grandes catégories d’enchâssements énonciatifs à l’œuvre sur le site et dégagé les marques du DR/MD et du DE, il montre que le DE joue un rôle argumentatif majeur dans la mesure où il fait plus qu’inciter le lecteur à faire apparaître les citations, il les présente comme des éléments de preuve, bref, comme des citations à faire comparaître, tout en nouant des relations complexes et asymétriques avec les destinataires des documents, par-dessus la tête des locuteurs/énonciateurs enchâssés.

Abstract

This article analyses different forms of quotation on Web press sites, using the site Arrêt sur images as an example. It proposes to name direct reported/shown discourse (DR/SD) the discourse  which the reader accesses after clicking on a link, which corresponds to audio and video recordings, and accompanying discourse (AD) the discourse which surrounds the link and which summarizes/reformulates/interprets the DR/SD by giving instructions on the right way to interpret it. After analysing the two large categories of enunciative embeddings at work on the site and identifying the marks of DR/SD and AD, it shows that AD plays a major argumentative role in so far as it does more than incite the reader to reveal the quotations, it presents them as elements of proof, in short, as quotations to be summoned, while establishing complex and asymetrical relations with the addressees of the documents, over the heads of the embedded speakers/enunciators.

Index

Mots-clés : citation à faire comparaître , dialogisme, discours d’escorte, discours rapporté/montré direct, discours représenté, justification, médiacritique, montage, preuve

Keywords : accompanying discourse , dialogism, direct reported/shown discours, editing, justification, mediacritical, proof, quotations to be summoned, represented discourse

Plan

Texte intégral

1La multiplication des sites de presse sur le WEB, avec leurs liens et leur structure hypertextuelle, pose de nouvelles questions à la problématique des discours rapportés ou représentés (au sens générique où nous entendons cette notion dans Rabatel 2008c) et, au-delà, à celle du dialogisme, dans la mesure où coexistent, à côté des formes linguistiques bien répertoriées du rapport de discours, de nouvelles modalités de citation et de rapport d’espaces mentaux. Ces modalités relativement originales des discours rapportés correspondent ainsi à des formes inédites de citations en contexte pluri-sémiotique, telles qu’on les rencontre sur les sites du WEB, c’est pourquoi elles sont à ranger dans la catégorie des s/citations1, si l’on ose ce mot valise. En effet, à la différence de la télévision et de la radio qui enchâssent de nombreux rapports de paroles à l’oral, dans les sites WEB du type d’Arrêt sur images (@si)2, les enchâssements énonciatifs très complexes sont eux-mêmes enchâssés dans un texte englobant. Dans notre corpus, ce texte englobant qui présente la livraison hebdomadaire du site est nommé la Gazette ; ce texte comprend des liens qui ouvrent sur des discours audio-visuels − qu’on appellera discours rapporté/montré direct (désormais DR/MD) − et des commentaires qui entourent les liens et qui résument/reformulent/interprète le DR/MD − ce pourquoi on l’appellera discours d’escorte (DE) −, dont une des finalités est d’inciter le lecteur  à cliquer sur le lien des citations à faire apparaître.

2Aux fins de l’analyse, on distinguera le caractère multi-modal des discours oraux de la pluri-sémioticité. La multi-modalité concerne l’ensemble des modalités qui concourent de façon coordonnée à la communication et à son expressivité, c’est-à-dire l’ensemble des dimensions linguistiques, mimo-gestuelles, paraverbales, kinésiques. La pluri- (ou poly-)sémioticité renvoie aux situations de communication et d’expression qui font appel conjointement au langage et à d’autres formes de communication distinctes du langage humain, telles l’action et les gestes, le dessin, le schéma, l’image fixe ou mobile, les sons, etc.

3Dans cet article, il sera davantage traité de discours rapporté ou représenté que de citation. Cela tient au fait que la notion de citation est très instable : en tant que fragment de discours autre (celui d’un interlocuteur, d’un tiers, ou de soi-même dans un autre cadre spatio-temporel et cognitif), la citation est souvent définie comme étant accompagnée de guillemets et comme un équivalent du discours rapporté direct. Mais la citation déborde cette définition : ainsi des citations juridiques à comparaître, ou des citations/références culturelles auxquelles procèdent les artistes. Ces deux dernières acceptions sont loin d’être cantonnées à leur domaine : tout locuteur, lorsqu’il cite autrui, le convoque en vue de certaines fins et il y a bien, ainsi que le rappelle Ouellet, une dimension juridique métaphorique dans l’acte même de citer, en lien avec l’étymologie latine de citare :

Toute prise de voix est une authentique convocation, comme le dit le sens propre du verbe latin citare, « appeler à comparaître », « convoquer », littéralement inviter à « parler avec », à « prendre voix avec », à se réunir en une seule voix, parler en chœur ou à plusieurs. (Ouellet 2005 : 200)

4Et de même, tout locuteur truffe son discours de références à autrui, qui ne se matérialisent pas nécessairement, tant à l’oral qu’à l’écrit, par des marques intonatives ou typographiques spécifiques. C’est la raison pour laquelle nous ne nous focaliserons pas sur l’obligation, pour qu’il y ait citation, que celle-ci doive être reconnue par le récepteur, cette obligation ne valant que pour certains genres de l’écrit. Ce qui est capital, c’est l’effet citation, c’est-à-dire la dimension autre d’un discours dans son propre discours. Que ce discours soit matérialisé par des bornes ouvrantes et fermantes est assez secondaire, comme, d’ailleurs, la mention de la source de la citation. Certes, ces critères ne sont pas sans importance, mais leur absence n’empêche pas l’effet citation, et là est l’essentiel. Cet ensemble de considérations explique la mise en avant de la notion de discours rapporté ou représenté, tout au long des étapes de ce travail.

5Après avoir analysé globalement l’originalité des deux grandes catégories d’enchâssements énonciatifs à l’œuvre sur @si)3 [1], on discutera les arguments qui plaident en faveur de l’analyse de ces situations énonciatives originales en tant qu’elles renvoient à des formes originales de rapport des citations, le DR/MD et le DE [2]. On montrera ensuite que le DE joue un rôle argumentatif majeur dans l’analyse du DR/MD en tant que citation, dans la mesure où il fait plus qu’inciter à faire apparaître les citations, il les présente comme des preuves, bref, comme des citations à faire comparaître, en un sens que l’on précisera [3], tout en nouant des relations complexes et asymétriques avec les destinataires des documents, par-dessus la tête des locuteurs/énonciateurs enchâssés [4].

 [1.] Analyse globale du cadre sémiotique

6Avant de procéder à une analyse linguistique, commençons par caractériser globalement, d’un point de vue sémiotique, la structure de la scénographie énonciative en dégageant les caractéristiques énonciatives des deux situations représentatives du site.

1.1. Scénographie de la Gazette

7La Gazette se compose d’un texte d’une vingtaine de lignes environ, organisé autour de deux ou trois paragraphes centrés sur les émissions en lien avec l’actualité de la semaine, ces dernières faisant l’objet sous une forme alléchante de rapides commentaires de façon à inciter le lecteur à cliquer sur le lien. Cette présentation ne passe quasiment jamais par du discours rapporté direct ou indirect, néanmoins certaines formulations s’approchent d’une sorte de discours narrativisé ou à tout le moins d’une sorte de discours reformulé/interprété, ces deux formes tendant à se confondre dès que la mention de l’acte de parole est qualifiée. Nous illustrons rapidement ce phénomène dans les exemples (1) à (3), sans entrer dans le détail de l’analyse − ce sera l’objet des deux parties suivantes −, pour permettre au lecteur de se représenter la spécificité du corpus :

(1) Le débat qui fait rage oppose un Alain Minc à un Bernard-Henri Lévy. (@si Gazette 34)4

(2) La couverture du Nouvel Obs montrant Simone de Beauvoir nue traduit-elle un sexisme inconscient ? Regardez le débat enflammé entre David Abiker, notre chroniqueur, et Violaine Lucas, militante de l’association Choisir, La cause des femmes. (@si Gazette 2)

(3) Pendant ce temps, sur le WEB, la base militaire fulmine contre le manque de moyens, et l’impréparation des soldats envoyés en Afghanistan. Mais on ne l’entend pas à la télévision (@si Gazette 34)

8Dans ces trois exemples, il n’y a pas de discours rapporté à proprement parler, mais un lien qui invite à cliquer sur une citation à faire apparaître. Ce lien est entouré par un DE qui incite fortement à cliquer sur ce lien en soulignant l’intérêt d’accéder aux pages du site et aux s/citations.

1.2. Scénographie de la page des émissions

9Cette deuxième scénographie concerne les situations où le lecteur, ayant cliqué sur un des liens, voit s’ouvrir une nouvelle fenêtre donnant accès à la rubrique émissions, une des rubriques du site, avec les rubriques dossiers et contenus, chroniques, vite dit et forum. Toutes sont conçues sur le même modèle : un texte résume le contenu et le déroulé des échanges et renvoie à des captures d’écran qui permettent d’accéder soit à la totalité de l’incursion, soit à des temps forts sur lesquels on attire l’attention du lecteur. Les émissions, d’une durée d’une demi-heure à une heure, comprennent donc des documents pluri-modaux dans la mesure où ils correspondent la plupart du temps à des débats oraux (trilogaux ou quadrilogaux) entre D. Schneidermann (éventuellement associé à un ou deux collaborateurs d’@si) et un (ou deux) invité(s) – plus rarement à des interviews. Le site est également caractérisé par sa pluri-sémioticité, dans la mesure où les enregistrements sur le plateau commentent des évènements de l’actualité, en s’appuyant sur des documents graphiques, iconiques ou audio-visuels antérieurs, en faisant appel à des documents (également graphiques, iconiques ou audio-visuels) réalisés postérieurement à l’évènement, pour les besoins de l’analyse, le tout construisant un vaste ensemble méta-énonciatif et méta-critique. À titre d’exemple, le dossier sur la photo de Simone de Beauvoir nue, à l’époque où elle vivait avec Nelson Algreen, apparaît de temps à autre à l’écran, le plus souvent telle qu’elle figure sur la une du Nouvel Observateur − avec ses retouches grâce à Photoshop : suppression des vergetures de S. de Beauvoir, recadrage de façon à mettre hors cadre cuvette des WC et rouleau de papier de toilettes. Cette photo est par moment juxtaposée avec la photo originale prise par Art Shay. Apparaissent aussi des reproductions de nus de Bonnard ou de Maillol. Le dossier complet convoque 8 documents supplémentaires (enquêtes, chroniques, débats) qui font écho aux controverses entre médias eux-mêmes, par exemple entre Le Monde diplomatique et Le Nouvel Observateur, des analyses de Korkos, etc.

10Ce genre de dispositif est également bien illustré par les exemples (4) et (5) : les extraits présentent un des moments forts d’une émission, en citant les documents ou les journalistes, le plus souvent par le biais du discours direct, le tout étant suivi par une invitation à cliquer sur le passage présenté/rapporté, avec un écran plus petit, qui sélectionne les débats en question :

(4) Dan Israël, qui s’est plongé dans les reportages des guerres d’Algérie et d’Afghanistan, a repéré une première similitude : les scènes de distribution du courrier. Babey [chargé des questions de défense sur France 3] tente d’expliquer : « Dans une premier temps, lorsque vous êtes envoyé spécial, vous traitez les thèmes d’actualité », raconte-t-il. « Mais au bout d’un moment, c’est d’un intérêt décroissant. » Les angles possibles pour le reporter sont souvent les mêmes : courrier, restauration des soldats… […]
Daniel [Schneidermann] ne résiste pas à mettre les pieds dans le plat : « Quand on interviewe des transfuges, c’est du journalisme ou de la propagande ? »

Regardez les débuts de réponses de nos deux invités CAPTURE D’image
(@si, débat du 29-8-2008 : « A la guerre, il y a des images propres et des images sales »)

11Le dispositif peut être parfois dédoublé, comme les cas de montage, où le texte accompagne, en les surplombant, deux documents différents :

(5) Une autre spécificité de l’armée française, en Algérie comme en Afghanistan, est qu’elle tient à montrer qu’elle n’est pas seulement là pour faire la guerre. En 1959, elle s’occupait aussi de l’éducation des enfants algériens proches de ses bases. En 2008, elle forme les militaires afghans, pour qu’ils soient capables de se défendre seuls contre les Talibans.
Mais « mission pacificatrice » ou non, les soldats ne sont guère enclins à critiquer leur « mission ». Et hier comme aujourd’hui, de Bigeard aux officiers postés en Afghanistan, les discours justifiant « leur » guerre ont à peine changé.
CAPTURE D’IMAGE CAPTURE D’IMAGE
(@si, Gazette 35)

12Même si le dispositif se distingue par l’absence d’image sur la Gazette et leur abondance dans l’autre, dans les deux cas, il y a un texte premier qui renvoie aux discours (et aux images). La différence est que, dans notre corpus tout au moins, si on peut trouver des formes traditionnelles de DD dans les textes de présentation des émissions, comme le montre (4), ou des citations (ou encore des îlots textuels) en (5), on n’en trouve pas dans la Gazette.

13Le DE évoque/convoque dans le texte de la Gazette des discours à venir, et ces DR/MD sont ensuite montrés à l’écran − non au sens linguistique, hérité de Wittgenstein, même si cette monstration linguistique peut évidemment être présente dans les discours − parce que les locuteurs sont représentés avec un grand nombre de marques relevant de la pluri-modalité du discours et de la pluri-sémioticité des situations de parole. Plus, ces discours sont rapportés/montrés parce qu’ils reposent sur une situation d’énonciation distincte de celle du locuteur citant, avec au minimum deux systèmes d’actualisation différents, reposant sur au moins deux énonciations distinctes et une discordance énonciative complexe, sans subordination : la juxtaposition des espaces énonciatifs plaide donc bien en faveur de l’hypothèse du discours rapporté/représenté pour les s/citations.

14Structure hiérarchique des énonciateurs :
Situation n° 1 : Gazette
- Énonciation citante de la Gazette : le locuteur/énonciateur premier (L1/E1) renvoie à tel évènement de parole, fait brut de l’actualité, tout en le commentant dans l’éditorial de façon à inciter le lecteur à cliquer sur le lien. Ce rôle est dévolu à D. Schneidermann, en tant que responsable éditorial du site d’@si.
- L’énonciation rapportée/montrée n’apparaît que sous la forme d’un discours narrativisé/reformulé/interprété de L1/E1 (voir infra, [2.]), et n’existe qu’en puissance d’« actualisation », au sens où l’énoncé n’est audible/visible qu’à la condition d’ouvrir la page de l’émission.
Situation n° 2 : page des émissions :
- Énonciation citante n° 2 (L1’/E1’) : le texte de présentation n’est pas signé, il met en scène les principaux acteurs de l’émission qui relèvent de l’énonciation citée. Il est loisible de voir en lui un double de L1/E1, dans la mesure où il s’agit des mêmes référents, et des mêmes sources autorisées, c’est pourquoi nous caractérisons ce deuxième énonciateur citant comme L1’/E1’, sans utiliser un rang hiérarchique inférieur : ces L1’/E1’ ne sont pas des l2/e2, car ils jouent le même rôle de garant que celui qui à écrit la Gazette, puisqu’ils tiennent le même point de vue, en l’expansant. C’est ce qu’on voit en (5), particulièrement représentatif du corpus.
- Énonciation citée : elle apparaît lorsque le lecteur visionne l’évènement de parole, que cet évènement soit unique ((6), (7)) ou dédoublé par une opération de montage comme en (5) et (8). Les journalistes d’@si ou les invités (journalistes extérieurs au site ou acteurs de l’événement) sont donc des l2/e2.
Ce niveau des locuteurs/énonciateurs cités est lui-même fortement pluri-modal et pluri-sémiotique, dans la mesure où d’une part les locuteurs commentent des documents, d’autre part citent par récursivité d’autres locuteurs cités de rang inférieur, soit les l3/e35, voire des l4/e4. Ainsi, lors des émissions évoquées en (3) et en (5).
Selon le nombre de renvois, ce deuxième niveau peut donner naissance à un troisième niveau énonciatif, avec des l3/e3, voire à un quatrième niveau, quasiment à l’infini. Certes, la récursivité trouve très vite ses limites, au plan syntagmatique, car elle est très coûteuse à gérer sur le plan cognitif. Elle est en revanche théoriquement illimitée au plan « paradigmatique », dans la mesure où les enchâssements n’ont pas lieu sur le fil du discours, et acquièrent de ce fait une autonomie qui facilite le traitement de l’information en se focalisant sur le message, et en faisant relativement abstraction des hiérarchies énonciatives. On verra que cette possibilité offerte par le WEB engendre d’autres problèmes, notamment une logique centrifuge de l’information, qui de proche en proche (et de page en page) éloigne du but communicatif initial. C’est sans doute une des raisons qui explique le poids du DE, qui fonctionne comme une réponse anticipée aux dérives centrifuges (voir infra, [4]).

(6) Quand on peut écouter pendant une heure un Monsieur qui a mordu dans cinquante ans d’Histoire de France [Siné], et qu’on s’appelle @rrêt sur images, on n’hésite pas. A vous de juger ! Notre émission est ici. (@si Gazette 36)

(7) L’ex-première dame, qui a tenté la semaine dernière de faire interdire un livre, est-elle victime de journalistes sans scrupules, ou une redoutable manipulatrice ? Sur notre plateau, un témoignage de première main : celui de Valérie Domain, journaliste à Gala, auteur d’un livre (interdit) en 2005, sur Cécilia Sarkozy. (@si Gazette 2)

(8) Tout à fait autre chose. Annonces, démentis : les couacs gouvernementaux se succèdent. « Je n’ai jamais dit ça ! » a ainsi rassuré la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, à l’Assemblée nationale, à propos du dé-remboursement des lunettes par la Sécurité sociale. Dans un cas comme celui-ci, tout décryptage est superflu. Place donc au montage vidéo, qui permet de juxtaposer le démenti de la ministre à l’extrait de son intervention, deux jours plus tôt, où elle proposait bien… ce qu’elle jura ensuite n’avoir jamais proposé. Allez regarder notre petit montage et, s’il vous convainc, n’hésitez pas à l’envoyer à vos amis. (@si Gazette 16)

[2.] Analyse énonciative des énoncés présentant l’évènement de parole incrémenté dans le discours d’escorte et arguments en faveur de l’existence du discours rapporté/montré direct dans les liens hypertextuels

15Ce cadre sémiotique global étant rapidement présenté, passons à l’analyse du discours rapporté. Est-il légitime d’assigner un statut de discours rapporté (au sens générique du terme) à la façon dont la Gazette évoque/rapporte les discours auxquels renvoient les liens hypertextes ? Si la réponse est positive dans les situations telles celles de (4) et (5), il est en revanche plus difficile de parler de Discours Rapporté, au sens grammatical du terme, pour les reformulations des discours dans la Gazette, à l’instar des exemples (1) à (3). En effet, les discours annoncés par la Gazette et la page qui donne le sommaire de l’émission, sont juxtaposés de façon lâche : la succession syntagmatique, sans être absente, est le plus souvent remplacée par un saut sémiotique, avec le passage du discours à un plan pluri-sémiotique mixte (discours pluri-modal + présence de documents visuels ou sonores relevant d’autres sémiotiques). La juxtaposition suit un ordre linéaire vertical, sans que les espaces énonciatifs différents soient co-présents, puisque l’un est à convoquer en cliquant sur le lien, et que cette « actualisation » par le destinataire exclut de facto le discours citant : il y a donc, d’un point de vue cognitif abstrait, en structure profonde, deux espaces énonciatifs distincts, mais leur mode d’apparition ne correspond pas vraiment à la juxtaposition et à la coprésence des deux énonciations dans le discours rapporté écrit, où les évènements de parole sont présentés sur le même fil du discours. Pour caractériser ces discours rapportés en contexte pluri-sémiotique, nous commencerons par traiter d’abord du DR/MD, ensuite du DE, mais au fond, l’ordre d’exposition importe peu : ce qui est fondamental, c’est que les arguments en faveur de l’analyse s’appuient sur les relations entre ces deux domaines.

2.1. Caractérisation des discours auxquels renvoient les liens comme discours rapportés/montrés directs

16L’hypothèse que les discours auxquels renvoient les liens correspondent à du discours rapporté/montré direct peut sembler iconoclaste en l’absence quasi-totale de verba dicendi suivis de deux points et des guillemets, mais ces absences doivent être absolument relativisées, car elles sont compensées par d’autres marques pluri-sémiotiques. Le lien hypertextuel souligné joue le rôle d’ouverture d’un espace énonciatif autre, l’équivalent oralo-graphique et pluri-sémiotique d’un « c’est-ici-deux-points-ouvrez-les-guillemets », « regardez-deux-points-ouvrez-les-guillemets ». Qu’est-ce qui étaye cette hypothèse ?

  • Le discordanciel énonciatif personnel et temporel est marqué au plan linguistique : c’est là l’argument fondamental en faveur du DD. Certes, les guillemets sont absents, mais n’oublions pas que les guillemets relèvent plus d’un surmarquage que d’un marquage, à l’oral du moins, et dans certains écrits aussi, où ils sont remplacés par des italiques. Ici, l’absence de surmarquage par des guillemets est sans doute la trace de la nature oralo-graphique de ce genre de discours, et donc de la pluri-modalité et de la pluri-sémioticité du média. En fonction de ces critères, l’absence des guillemets est compensée par un autre surmarquage, consistant dans le passage de discours verbal à un langage sémiotique plus complexe, mêlant image et langage verbal total (c’est-à-dire avec l’ensemble des données paraverbales).

  • Le surmarquage écrit des guillemets est remplacé, d’un système sémiotique à l’autre, par des équivalences : la fonction cadrante d’ouverture et de fermeture est jouée par le cadre de l’écran et les signaux qui invitent à faire dérouler le document : le guillemet ouvrant est remplacé par l’icône de l’ouverture du défilement, c’est-à-dire une flèche sans hampe orientée vers la droite / ► / et le guillemet fermant est remplacé par l’icône de fin du déroulement / ◄ /, la flèche étant orientée vers la gauche, c’est-à-dire matérialisant la fin du discours autre.

  • Ces DD sont rapportés « complètement », non au sens syntaxique du terme, mais au sens pluri-modal. Ils ne passent pas par le prisme de la réécriture de l’oral et du toilettage, de la sélection des informations mimo-gestuelles ou para-verbales : ici, en dehors des choix de cadrage, de montage, les discours sont rapportés avec les inflexions de la voix, ses accents, son grain, avec son rythme (débit, pause), voire, dans le cas des vidéos, avec l’ensemble des indices mimo-posturo-gestuels. C’est au niveau de l’annonce du DD que L1/E1 opèrera une sélection dans ce riche matériau, en fonction de l’orientation qu’il veut donner à l’interprétation des discours.

  • Ces DD rapportés dans des images auxquelles renvoie un lien hypertexte peuvent être segmentés par le locuteur citant, comme le montre l’émission intitulée « Afghanistan-Algérie dans l’exemple (5) : deux guerres, un seul discours médiatique » avec 4 fois deux écrans précédés d’un commentaire en facteur commun du locuteur citant, surplombant les écrans. Mais la segmentation est aussi assurée par le destinataire, qui peut lui-même arrêter le déroulement de l’enregistrement.

  • Le système d’ouverture et de clôture du DR est à la fois théoriquement assuré/assumé par le locuteur citant, qui est responsable du choix initial du volume de DR, de son découpage. Mais il est pratiquement soumis aux aléas de la lecture du destinataire. Ce dernier n’a certes pas le pouvoir d’intervenir sur le volume global qui est rapporté. Mais il peut ne pas faire dérouler le DR (et se contenter de ce qu’en dit le locuteur citant), il peut aussi interrompre le déroulement du DR quand il le souhaite, revenir en arrière, grossir l’écran, etc. Cette intervention du destinataire est un élément très important de l’interaction permise par les nouveaux médias électroniques, et, bien sûr, elle bouscule les approches traditionnelles du DR, centrées sur l’émetteur, en remettant au cœur de la dynamique le destinataire, qui est un partenaire actif des échanges.

17En d’autres termes, ces indices pluri-sémiotiques construisent un cadre, qui est indispensable au site du discours autre et à sa citation, tant au plan verbal qu’au plan pictural, ainsi que le rappelle Vernant :

Dans le champ verbal, la citation directe possède une dimension iconique puisqu’il s’agit de présenter directement les paroles de l’autre (*). Son correspondant immédiat dans le champ pictural consiste à reproduire à titre d’élément le tableau d’un autre. L’exigence de cadre est satisfaite en représentant le tableau avec son encadrement ou en instaurant une rupture spatiale chargée de manifester son caractère de reproduction […]. Circonscrivant l’œuvre citée, le cadre possède la fonction méta de présentation directe, d’ostension de la représentation. Dès lors, l’œuvre reproduite, et présentée comme telle, s’avère référentiellement opaque dans la mesure où importe non ce qu’elle représente, mais cette représentation elle-même.
(*) « Une citation n’est pas une description, mais un hiéroglyphe. Elle désigne son objet […] en en faisant un tableau. » (Quine, 1947 : 26) [Note de Vernant] (Vernant 2005 : 192)

18De fait, toute citation, dans l’ordre du discours est une représentation iconique ou hiéroglyphique qui porte au-delà du contenu propositionnel du dit, qui est aussi une façon de dire. Le cadre est souvent marqué par les guillemets à l’écrit, à l’oral par des changements de débit, d’intonation, voire de timbre, sans compter les changement énonciatifs qui jouent un rôle fondamental. Cette iconicité est encore accrue sur la Toile avec les captures d’écran, en sorte que les structures hypertextuelles offrent une large palette de procédés linguistiques et sémiotiques qui permettent à la citation de se déployer.

19Mais on ne peut se satisfaire de ces seules marques pour caractériser ces discours comme des s/citations en DR/MD, il faut encore vérifier ce qu’il en est du point de vue du discours citant, tant il est vrai qu’il n’est d’abord de citation que pour son auteur, c’est-à-dire pour celui qui la rapporte.

2.2. Caractérisation du DE : des discours citants qui annoncent les discours rapportés/montrés directs comme des discours narrativisés/reformulés/interprétés

20Du côté de l’annonce de ces discours rapportés/montrés, dans le discours citant, il existe un certain nombre de similitudes avec le phénomène général du discours rapporté direct plutôt qu’avec le DI, du fait de la présence deux espaces énonciatifs distincts et de l’absence de subordination. Mais cette similitude avec le DD « classique » est tempérée par la nature pluri-sémiotique du corpus :

  • Les verbes du discours attributifs sont plutôt des verba sentiendi du fait de la nature complexe, icono-textuelle du corpus : ainsi, en (10) ou (11), annoncent-ils des discours.

  • Les verba dicendi sont rares (cf. (9)), et, le plus souvent, sont mêlés à des verba sentiendi, notamment des verbes de perception visuelle ou auditive comme en (2)-(7), (14), (15). Les verba dicendi caractérisent l’interaction langagière : « débattent » (9), « raconte », « revient » (10) ; les noms jouent un rôle identique : « enquête » (11), « interview » (12), « histoire » (14), tout comme les noms ou participes passés « invitée » (11), « invité » (13), qui sous-entendent un échange verbal :

(9) Marie-Jeanne Husset, directrice de la rédaction de 60 Millions de consommateurs, et Grégoire Biseau, chef du service économique de Libération, en débattent (vivement) sur le plateau d’@si. (@si Gazette 9)

(10) Notre second invité de la semaine, Jean-François Probst, ancien conseiller de Jacques Chirac et Charles Pasqua, raconte cette censure dont il a été victime. Il revient aussi sur ses liens avec Bakchich.info dont ce gaulliste est, de manière étonnante, un des fondateurs et animateurs. Pour l’écouter, c’est ici. (@si Gazette 6)

(11) Cette enquête, bizarrement, est tombée dans un trou noir médiatique (un de plus). Vous devez entendre notre première invitée de la semaine, Pascale Kremer, journaliste au Monde 2. (@si Gazette 7)

  • Les verba dicendi ou sentiendi sont souvent associés à des présentatifs, accompagnés des adverbes de lieu « ici » ou « là »6, comme en (10) et (12)-(14) :

(12) Alors que la crise se poursuit, Dumay répond à toutes ces questions avec une totale franchise. Son interview est ici. (@si Gazette 3)

(13) Fabius invité d’@si, c’est ici. (@si Gazette 3)

(14) Toute l’histoire de la loi bafouée est là. (@si Gazette 5)

  • Les verba dicendi et sentiendi sont enfin accompagnés de verba movendi dans les commentaires : ces verbes de mouvement sont assez fréquents, à l’instar de (8) : « Allez regarder », « n’hésitez pas à l’envoyer à vos amis ». On y reviendra en [3.].

21Comment caractériser les valeurs du DE ? La première hypothèse est que les commentaires condensifs qui résument l’évènement de parole tout en l’annonçant ne sont pas sans rappeler le discours narrativisé : la voix du locuteur citant résume tout un ensemble d’échanges, en spécifiant son genre (« interview », (12)), sa tonalité (« enflammé » (2)), le contenu (10), voire en spécifiant les dit et dire (12).

22Selon une deuxième hypothèse, ces commentaires peuvent aussi être considérés comme une reformulation à distance l’interaction de parole, mais sans marqueur de reformulation, puisque la reformulation, fidèle au texte cité, s’apparente à une reformulation paraphrastique pour laquelle le marqueur de reformulation n’est pas indispensable. Cette reformulation est peu canonique (ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas une reformulation) non seulement parce qu’elle opère à distance, mais encore parce qu’elle n’est pas incluse sur le fil du discours, et, qui plus est, parce qu’elle est une reformulation d’un ensemble d’énoncés, et non une reformulation de mots. D’une certaine façon, ces reformulations s’apparentent à celles qu’avait analysé M.-M. de Gaulmyn 1987, dans des interactions orales, et ce n’est pas pour nous surprendre, précisément compte tenu du caractère oralo-graphique du corpus.

23Dernière hypothèse : ces formes hybrides ne pourraient-elles pas se lire aussi comme du discours interprété (Rosier 2008 : 18-20) ? Le discours ne se contente pas de résumer/reformuler les discours des locuteurs/énonciateurs seconds, il sélectionne les formules ou arguments qui occupent le devant de la scène médiatique et sociale, bref, il participe à la dynamique des « discours en circulation », caractéristique de la sphère médiatique, et plus encore du dispositif médiatique média-critique adopté par @si, avec citations, phénomène de phénomènes de récursivité, de reformulation, d’allusion7 ?

24Faut-il voir dans cette hésitation entre discours narrativisé, discours reformulé etdiscours interprété un laxisme terminologique, ou la preuve de la complexité d’une forme hybride ? L’hybridité de ces formes exhibe le continuum dialogique qui va des formes grammaticalisées du rapport des dires et des dits aux reprises, reformulations, gloses, qui sont susceptibles d’ouvrir sur un espace énonciatif autre dans la voix du locuteur/énonciateur reformulant, dès lors que la reformulation n’exprime plus vraiment le point de vue initial. On verra plus loin que certaines reformulations s’éloignent du DR/MD, en raison des commentaires qui ne sont plus en lien direct avec le DR/MD, pour focaliser sur des idées circulantes, qui relèvent dès lors du discours en circulation, sous une forme de discours interprété. Mais dans les exemples ci-dessus, c’est bien d’une annonce de DR/MD par du discours narrativisé ou reformulé qu’il s’agit essentiellement.

[3.] Des discours directs/montrés en tension avec le discours représenté/interprété du discours d’escorte, qui transforme les s/citations à faire apparaître en s/citations à faire comparaître

25En fait, ces diverses valeurs du DE orientent le DR/MD comme citation à comparaître au service d’une analyse critique qui ne cesse de faire le procès des dysfonctionnements des pouvoirs politiques, économiques et financiers, mais aussi des pouvoirs médiatiques, et qui ne sont pas sans rappeler une certaine éthique de responsabilité (Rabatel et Chauvin 2006, Rabatel et Koren 2008). Cette visée est bien illustrée par les verbes qui accompagnent le DE : à la différence du prototype des verba dicendi, le verbe « dire », particulièrement neutre au plan sémantique, les verba sentiendi, du fait de leur forme injonctive, présentent la caractéristique de s’adresser directement au destinataire de l’énonciation rapportée/montrée, c’est-à-dire le lecteur d’@si. Plus, elles visent à l’impliquer, comme l’indiquent encore les verba movendi et les présentatifs, dont la dimension conative est forte, dès lors que le co(n)-texte incite fortement à « regarder » ou à « écouter », à l’instar de « Pour l’écouter, c’est ici », en (11). On verra plus loin que cette centration sur le destinataire est encore renforcée par les valeurs modales (cf. (11), (18)) et par le mode de donation de la référence qui présente de façon valorisée les reportages, sérieux et exhaustifs (cf. (2), (16)), les reporteurs, tenaces, etc. Ces formes du discours attributif focalisent moins sur l’énonciateur enchâssé que sur le destinataire, et, plus précisément, sur le couple L1/E1 - destinataire.

26Le point de vue de L1/E1 sur celui des l2/e2 ne se contente pas de caractériser l’interaction rapportée, il pointe en direction du sur-destinataire des messages, qui se trouve au même niveau hiérarchique que L1/E1. À cet égard, les exemples (11) et (15) à (20) sont très représentatifs :

(15) Le débat qui fait rage oppose un Alain Minc à un Bernard-Henri Lévy. Avec, en matière de propagande, un avantage à ce dernier, qui vient de publier une double page dans Le Monde, et dont on découvre qu’il n’est pas allé où il disait être allé, et qu’il n’a pas vu ce qu’il affirmait avoir vu (@si Gazette 34)

(16) Vous ne ressortirez pas de notre émission de cette semaine avec des certitudes. Ou, peut-être, la certitude que… dans l’incertitude, il est prudent de prendre des précautions. Notre émission est ici. Mais surtout, si le sujet vous préoccupe, ne vous en contentez pas. L’opération de David Servan-Schreiber, dont on n’a pas fini de parler, est décortiquée ici. (@asi Gazette 25)

(17) Et puis, @rrêt sur images n’est pas un site fermé. A vous, ensuite, de compléter votre information en surfant sur toutes les ressources de la Toile, qui n’en manque pas. Nous vous mettons seulement sur la piste. (@asi Gazette 25)

(18) Comme la semaine dernière, notre observatoire des « oublis » des 20 heures est fidèle au poste. Passez le lire ! (@asi Gazette 30).

(19) Nous avons créé cette semaine un dossier Claude Askolovitch. Pourquoi ? Parce que ce valeureux confrère vient de passer du Nouvel Obs au groupe Lagardère, où il sera notamment en charge d’un éditorial politique sur Europe 1. Coïncidence ? Au début de l’été, c’est lui qui avait déclenché « l’affaire Siné », en volant au secours de Jean Sarkozy, fils du président, malmené par le dessinateur de Charlie Hebdo. Il est désormais un des éditorialistes les plus influents de France. Nous écouterons attentivement cette nouvelle voix du grand orchestre du système. (@si Gazette 35)

(20) Guiral donne une explication cohérente. Convaincante ? A vous de le dire. (@si Gazette 10)

27Ces commentaires qui annoncent ou suivent le lien (parfois sans lien, comme en (17)), ne se contentent pas de résumer un discours, ils visent à faire dire ou à faire penser ((16), (20)), voire à faire agir (17, 18, 19). Très fréquemment, le texte comprend des verbes qui invitent à un parcours de lecture informatif, pédagogique, citoyen comme en (16)-(18). Ces verbes visent à caractériser, tout en la construisant, une posture critique, tant chez les journalistes d’@si que chez les destinataires du site : d’où les incitations à lire/écouter de telle ou telle façon le document, les invites à poursuivre les recherches, etc. Le lien entre L1/E1 et le sur-destinataire est d’autant plus fort qu’il est souvent marqué par des modalisations8 qui indiquent des conseils incitant à comprendre (16), et qui, le plus souvent, sont de nature impérative : elles évoquent ainsi un devoir (entendre, regarder) en direction du public, comme en (11), ou un falloir, une nécessité à laquelle les journalistes ne peuvent pas échapper.

28La réalité du discours du discours représenté repose également sur le phénomène du cumul de l’usage et de la mention, et sur la recatégorisation des dits/dires des l2/e2 comme un ensemble significatif d’une position personnelle, ou groupale, aux yeux de L1/E1, du fait des commentaires qui influent sur l’interprétation du DR. Nous avons analysé ces phénomènes à plusieurs reprises (Rabatel 2003a, 2004, 2007, 2008b, c) aussi ne nous y étendrons pas, nous nous bornerons à en rappeler le principe, et à souligner combien cette façon de faire tire le DR vers le discours représenté voire vers le discours interprété, et positionne L1/E1 en sur-énonciateur, dès lors que, paraissant citer et donc reprendre le point de vue cité, il en réoriente la lecture dans un sens qui ne correspond pas tout à fait (et parfois pas du tout) au vouloir dire de l2/e2, en sorte que le DR cumule deux signifiés pour une même expression (Rey-Debove 1997 : 251ss) :

Signe n° 1/Usage : Signifié 1 : dénotation du monde pour le locuteur/énonciateur cité (l2/e2)Signe n° 1/Usage : Signifiant 1:éthosde l2/e2 (idiolecte)
Signe n° 2/Mention : Signifié 2 : catégorisation par L1/E1 du contenu propositionnel du discours de l2/e2 comme PDV représentatif (idéolecte, sociolecte etc.)
Signe n° 2/Mention : Signifiant 2 : catégorisation par L1/E1 du dire de l2/e2 comme ethos idéolectal ou sociolectal qui vise la personne en tant que représentante d’une catégorie sociale ou d’une formation (socio)-discursive

29Cette pratique citationnelle revient à dire une chose et à en montrer un autre : en contexte pluri-sémiotique, alors que L1/E1 dispose de la totalité du matériau verbal, il est frappant de voir à quel point celui-ci est réduit tantôt à un dit significatif, tantôt à un dire – ou, ce qui revient au même, à une absence de dire – tout aussi parlant ((12)) : il y a ainsi une sorte de paradoxe entre la richesse des DR pluri-modaux et le réductionnisme auquel procède sa présentation résumée.

30Cette réinterprétation des DR est habile, car elle n’est pas très développée et tente ainsi d’échapper à la critique : de fait, elle opère en créant (comme en passant) un sens instructionnel propre à réinterpréter les DR dans « le bon sens ». Ce faisant, les discours rapportés sont à la fois transparents, réduits à une intention décodée (à défaut d’être toujours claire, mais la sagacité d’@si veille !), et opaques, dans la mesure où le DR dit toujours plus et autre chose que ce qu’il dit, moyennant quoi il appelle une lecture symptomale.

31Ce discours représenté/interprété est caractéristique de la Gazette, en tant qu’éditorial engagé, signé, permettant à l’éditorialiste de donner son point de vue sur les témoignages qu’il présente et dont il résume la substance. Cet éditorial est en fait multifonctionnel, car à côté de sa fonction éditoriale, coexiste une fonction de résumé des évènements saillants de la semaine et de texte de présentation des émissions. À ces titres, il s’agit d’une sorte d’hybride entre l’éditorial et le texte matriciel d’un hypertexte, sorte de tour de contrôle assumant la médiation entre l’équipe de journalistes d’@si et son lectorat, sorte de distributeur de la parole et de garant des analyses de la marque ou de l’esprit caractéristique d’@si. De ce point de vue, il est toujours possible au lecteur pressé, de considérer l’éditorial comme la trace résumée et autorisée de la vie des médias et de nos sociétés, éventuellement sans cliquer sur les liens, gardant ainsi en mémoire la substantifique moelle des débats. D’une certaine façon, le DE qui annonce les DR/MD est un des biais par lequel @si cherche à maintenir, à défaut de l’unité des prédications, une unité pragmatique argumentative à propos des informations et du travail sur les médias9, en compensant les dangers de la démultiplication des instances énonciatives, qui mettent en péril l’unité de la prédication (et, au-delà, la lisibilité du propos et de son orientation argumentative) : on se souvent que c’était une des raisons pour lesquelles les Messieurs de Port-Royal privilégiaient le DI sur le DD… Cette hiérarchisation se retrouve à de multiples niveaux.

[4.] Des discours asymétriques entre instances d’énonciation (et d’argumentation) au profit d’un sur-énonciateur dominant les sur-destinataires

32Cette asymétrie est double, toujours au profit du sur-énonciateur d’@si, responsable du discours d’escorte, des dires et des analyses autorisées, d’abord par rapport aux autres instances d’énonciation, ensuite par rapport aux destinataires.

4.1. Déséquilibre énonciatif entre l’instance éditoriale enchâssante et les énonciateurs enchâssés

33Ce n’est pas la même chose, sur un plan pragmatique, que de citer ou reproduire les paroles de quelqu’un avec qui on est en face à face, en interaction, et de le citer en le considérant comme un tiers, locuteur, certes, mais d’une interaction qui est enchâssée, de rang inférieur à l’interaction en cours. Ce genre de dénivelé énonciatif et interactif est particulièrement matérialisé par la technique des liens hypertextuels, lesquels renvoient à des hypotextes qui s’insèrent dans un discours dont ils ne sont pas des parties contractantes, même s’ils en sont des parties prenantes. Ainsi, en (2), l’ex-première dame, sur laquelle porte le dossier, n’est pas au niveau de l’énonciateur @si, qui a comme interlocuteur Valérie Domain, cette dernière ayant écrit un livre sur Cécilia Sarkozy. Valérie Domain elle-même est certes l’interlocutrice de D. Schneidermann dans l’enregistrement, mais elle ne l’est plus dans le texte de la gazette, elle devient un « témoin » au service d’une démonstration qui concerne C. Sarkozy et d’une thèse qui importe à @si :

(2) L’ex-première dame, qui a tenté la semaine dernière de faire interdire un livre, est-elle victime de journalistes sans scrupules, ou une redoutable manipulatrice ? Sur notre plateau, un témoignage de première main : celui de Valérie Domain, journaliste à Gala, auteur d’un livre (interdit) en 2005, sur Cécilia Sarkozy. (@si Gazette 2).

34Cette façon de citer, qui convoque (le terme est à interpréter y compris au sens juridique, ou argumentatif, en sorte que son contenu est à peine métaphorique) l’autre, souligne à quel point il faut distinguer les niveaux de communication et d’énonciation : X (@si) cite Y (V. Domain). Et si l’on clique sur le lien, on voit X parler avec Y de Z (C. Sarkozy) : dans ces conditions, Y est-il là pour justifier le discours de X sur Z ? Z est le véritable objet de l’information et l’on est fondé à s’interroger sur la place de Y par rapport à X et aussi par rapport à Z. Car il est dans une situation de communication d’égalité avec X, et de supériorité sur Z. Mais cette situation d’égalité (dans l’émission) est brouillée par la façon dont @asi utilise cette interaction dans la Gazette, en portant un jugement sur Z qui ne correspond pas totalement à celui qui se dégage de l’interaction princeps entre Y et Z. Ce genre de déséquilibre ne se produit pas toujours, et, parfois, il existe une remarquable co-énonciation qui se reproduit de bout en bout, comme dans la Gazette 35, consacrée aux similitudes des manières de filmer nos soldats, de la guerre d’Algérie aux combats en Afghanistan.

4.2. Déséquilibre entre le surénonciateur et le surdestinataire

35Le déséquilibre existe aussi du côté du lecteur/spectateur. Ce dernier n’est pas le destinataire direct (allocutaire) des échanges entre tel journaliste, par exemple David Abiker, ou Daniel Schneidermann, ni destinataire indirect (latéral) des échanges (ni spectateur des échanges sur la scène des échanges – bystander –, ni récepteur en surplus – overhearer –, ni épieur des échanges sur la scène des échanges – eavesdropper –), puisqu’il n’est jamais sur le plateau. Pour la même raison, la double énonciation est limitée, dans la mesure où elle opère ici (comme souvent, par exemple lorsqu’on lit une pièce de théâtre ou un roman) à distance, virtuellement. Mais il y a loin entre une double-énonciation virtuelle, pensée par l’émetteur, et une double énonciation réelle, en face à face, dans laquelle le véritable destinataire participe on line au déroulement des échanges. Seule la double énonciation avec co-présence de l’émetteur et du sur-destinaire est une véritable énonciation, qui prend en compte une situation d’énonciation authentique où le discours de l’un est concrètement orienté, réorienté en fonctions des réactions réelles de l’autre, et non pas seulement de celles qu’on lui prête en pensée. Par conséquent le déséquilibre des situations d’énonciation produit une situation qui s’apparente de loin à une véritable double énonciation, car du côté du lecteur, ses capacités de réactions durant le processus discursif sont nulles. Il ne peut que réagir à propos d’un évènement dont il n’est jamais en son pouvoir d’en modifier le cours10… Ainsi, en dépit de l’accent mis sur le sur-destinataire, celui-ci n’est cependant pas, sauf au moment du produit fini, partie prenante et surtout partie contractante de l’interaction en cours. Il peut néanmoins, selon la quantité et la qualité de ses réactions, influer sur @si en l’obligeant à revenir sur un dossier.

Conclusion sur les s/citations dans les sites WEB

36Au total, l’ensemble des marques sémio-linguistiques et des relations entre énonciateurs plaide en faveur de l’existence de pratiques s/citationnelles originales, le DR/MD, tant par sa nature intrinsèque que par les relations que ce dernier entretient avec son discours d’escorte. Le DR/MD est ainsi un discours convoqué par le DE, à l’instar des convocations au tribunal. Si l’on file la métaphore juridique, on voit qu’il s’agit de citation à comparaître. Le tribunal est ici celui de l’instance médiacritique, qui instruit les affaires médiatiques en un sens éthique (voir ici même C. Stolz) et politique.

37L’insertion des discours rapportés dans des situations pluri-sémiotiques oralo-graphiques de type hypertextuel invite, sur un plan énonciativo-pragmatique et discursif, à s’intéresser non seulement à de nouveaux marqueurs ou indicateurs vocaux, posturaux, gestiques de la parole de l’autre, mais encore invite à des approfondissements théoriques en matière d’énonciation, de polyphonie et de dialogisme, d’argumentation, enfin. On ne rapporte pas de la même façon des DR à l’écrit et à l’oral, comme l’ont bien montré Vincent et Dubois notamment. Et on ne rapporte non plus pas de la même façon des dires en situation oralo-graphique. Qui plus est, la variable générique est capitale. Les interactions de la vie quotidienne ne peuvent pas être comparées avec des interactions pré-construites, organisées, arrangées, et soumises à une visée forte. En ce sens, le corpus présenté est intéressant, par la façon dont il permet de mettre en relief la convergence d’un certain nombre de variables, autour des DE et des DR/MD, autour de l’asymétrie des échanges et de la centration sur le couple L1/E1 et destinataire.

38Ces relations n’ont été jusqu’à présent abordées que sous l’angle énonciatif, même si leur arrière-plan pragmatique a été évoqué ici ou là. Or il faudrait également s’attacher aux procédés discursifs, rhétorico-argumentatifs qui rendent compte de l’instrumentation du DR/MD au profit de l’auteur du DE. Le terme instrumentation est plus large et plus neutre que la visée instrumentalisante et, pour tout dire, manipulatrice. Il s’agit de montrer que la visée instrumentante est inévitable, mais qu’elle n’est jamais exempte de simplisme ou de mauvaise foi, sans pourtant se réduire à ce même simplisme, un peu comme le montage (Didi-Huberman 2009 : 69), oscille entre le démontage et la démonstration… La pluri-sémioticité du DR/MD est mise au service d’une image globale du journaliste et de l’utilisateur éclairé et critique des médias, montrant qu’être un utilisateur éclairé des médias implique une activité multiforme de recherche, de vérification, qui ne doit pas se contenter de faire confiance à des informateurs, fussent-ils eux-mêmes de grande qualité. Ce sera l’objet d’une publication complémentaire.

Notes de bas de page numériques

1  Merci à Laurence Rosier de nous avoir suggéré ce jeu de mots éclairant. Il faut toutefois prendre garde au fait que le DR/MD et le DE ne sont pas les seules formes de s/citations, comme le montre, ici même, la typologie des s/citations élaborée par Marcoccia, à propos des usages des citations sur les forums. Encore sa typologie, très riche, n’est-elle pas exhaustive.

2  Notre corpus se limite à l’examen des 52 premières Gazettes.

3  Notre corpus se limite à l’examen des 52 premières Gazettes.

4  Les fragments soulignés et grasseyés correspondent aux liens de la structure hypertextuelle. Les italiques sont de nous.

5  Par rapport à nos premières représentations (Rabatel 2005a) qui consistaient à numéroter les énonciateurs en fonction de leur nombre, et à marquer leur rôle hiérarchique par des majuscules et des minuscules, nous choisissons désormais de nous servir des n° pour indiquer des rangs hiérarchiques, et non plus les locuteurs différents de même niveau.

6  Ces marqueurs ont une valeur référentielle opaque : « ici », « là » visent un lieu virtuel qui n’est plus là où le destinataire est invité à pointer : voir Achard-Bayle 2004.

7  Il serait intéressant de regarder la façon dont les discours circulent, notamment à travers la récurrence d’un certain nombre de formules, au sens que donne Krieg-Planque (2009), c’est-à-dire d’énoncés caractérisés par un certain figement, par leur inscription dans une dimension discursive, leur fonctionnement comme référent social et leur polémicité.

8 La place manque pour relier la question des modalités qui entourent les verbes attributifs du dire et les commentaires aux phénomènes de sous-assertion et de sur-assertion (Rabatel 2006) ; ce serait pourtant une piste intéressante à investiguer…

9 Toutefois, @si ne saurait se réduire à cette lecture guidée (Madelon 2008 : 114), tant la richesse de matière offerte aux destinataires, leur choix de parcours de lecture soulignent, à l’inverse, le caractère interactif de ce type de média, puisque la technologie est ici potentiellement au service d’une posture active et, dans une réelle mesure, plus autonome du destinataire à l’égard de l’émetteur. C’est ainsi qu’on ne peut juger d’@si par sa seule page d’accueil/par l’éditorial : les renvois aux documents, le fait que le site garde la trace des dossiers antérieurs, des débats, est vraiment la preuve de cette richesse. Mais celle-ci est en tension avec la posture du journaliste de l’éditorial.

10  Yanoshevsky 2009 : 63 analyse un phénomène similaire à propos des interactions en différé des interventions des utilisateurs des sites internet des candidats à la présidentielle française de 2007 : ils ne peuvent ni interrompre ni intervenir dans le discours des candidats, qui ont le choix de répondre ou pas, et qui le font en différé…

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Pour citer cet article

Alain Rabatel, « Analyse énonciative des s/citations du site d’Arrêt sur images », paru dans Ci-Dit, Communications du IVe Ci-dit, Analyse énonciative des s/citations du site d’Arrêt sur images, mis en ligne le 02 février 2010, URL : http://revel.unice.fr/symposia/cidit/index.html?id=584.


Auteurs

Alain Rabatel

Université de Lyon 1-IUFM
ICAR, UMR 5191, CNRS, Université de Lyon 2, ENS-LSH