Ci-Dit | Communications du IVe Ci-dit Colloque international, Nice 11-13 juin 2009 

Elena Meteva-Rousseva  : 

Les nouvelles formes de positionnement par rapport au dit repris dans le cyberespace journalistique

Résumé

Sont analysées les modifications qui interviennent dans la prise de position par rapport aux paroles relatées dans le cyberespace journalistique conditionnées par 1/ la possibilité qu’offre le Net en tant que support multimédia de replacer le dit dans son contexte d’origine et, avec la video, dans sa situation d’énonciation d’origine en réduisant de la sorte au minimum ses éventuelles manipulations ; 2/ la liberté d’expression, dont jouit le cyberjournaliste, qui lui permet de dire ouvertement ce qu’il pense du dit et de son auteur en visualisant parfois son opinion par des images, des caricatures ou des émoticônes, etc. ; 3/ l’interactivité, le grand avantage de la Toile qui permet à chacun de se transformer en journaliste improvisé, de participer à l’élaboration du contenu, de le compléter, de le corriger, de dénoncer des abus, d’apporter ses propres témoignages.

Abstract

NEW FACTORS SUGGESTING THE POSITIONING ABOUT REPORTED SPEECH IN JOURNALISTIC CYBERSPACE
The paper analyzes the modifications of the factors suggesting the positioning about the words reported in the journalistic cyberspace. These factors are conditioned by: 1/ the possibility offered by Internet as a multimedia to replace reported words in their original context, and, with the video recording, in their original utterance situation, reducing to a minimum their eventual manipulations ; 2/ the freedom of expression in cyberspace, which allows thee-journalist to say openly what he/she thinks about what is said and about its author, visualizing sometimes his/her opinion by images, caricatures, emoticons, etc. ; 3/ the Internet’s interactivity, an important advantage over other media, which allows everyone to become an acting journalist, to participate in the elaboration of the content, to complete, to correct, to draw attention to abuses, to give his/her own account.

Index

Mots-clés : blogs journalistiques , cyberjournalisme, discours rapporté, e-journalisme

Keywords : cyberjournalism , e-journalism, journalistic blogs, reported speech

Texte intégral

1Dans son article « Culture des médias », Claude Abastado apparente la lecture d'un journal au travail du psychanalyste. Elle demande, dit-il, une « interprétation symptomale »: déchiffrer « ce qui est dit comme "symptôme" de ce qui n’est pas dit »1. Quels sont ces « symptômes » concernant la lecture des discours que le journal rapporte, discours qui appartiennent soit à des actants de la vie publique, soit à la source d’une information – témoins, agences de presse, experts, autres médias, etc. L’éventail de ces symptômes est assez large. Chacun des choix que le journaliste fait dans ce domaine est significatif :

  • la sélection même de la parole à rapporter la désigne déjà comme digne d’être apprise ;

  • la longueur de l’extrait cité est signe de l’importance que le journaliste accorde au dit ;

  • la présentation de l’auteur peut ajouter ou ôter du poids à sa personne et, de là, à sa parole ;

  • la description de la situation d’énonciation d’origine qui devrait révéler le vrai sens du dit, mais qui, comme le signale Jacqueline Authier-Revuz, ne pourrait être que « partielle, donc partiale »2 ;

  • le rôle que vont jouer les propos rapportés dans son propre discours ;

  • la forme choisie de discours rapporté qui met en avant différents aspects de l’énoncé d’origine, met en jeu différents facteurs verbaux ou paraverbaux, susceptibles de signaler le positionnement du journaliste ;

  • les marques paraverbales, spécifiquespour les journaux – mise en page, présence ou absence de guillemets, mise en relief par les titres, la taille des caractères, le gras, le cadrage, etc. ;

  • les marques verbales :les introducteurs du DR, le mode, la forme verbale, choisis pour la reformulation d’un discours ;

  • l’emplacement du dit dans la mise en scène entière de la page et dans l’aire scripturale du journal ;

  • le péritexte, c'est-à-dire tous les autres textes, les photos ou les caricatures, en tant que messages visuels, qui accompagnent ou entourent un texte, peut aussi intervenir dans l’interprétation du discours rapporté.

2Qu’est-ce qui se passe avec ces « symptômes » quand le journalisme change de support, quand il change également d’acteurs car dans le cyberespace chacun peut se transformer en journaliste improvisé ?

3Pour répondre à cette question nous avons analysé le « media citoyen » en ligne Agoravox3, @rret sur images « qui fait le décryptage de l’actualité des médias »4, les versions électroniques de Libération, du Monde et du Figaro, ainsi que les blogs Plume-de-presse d’Olivier Bonnet5, Phare de Gilles Klein6, rédacteur en chef également du Monde du blog – « quotidien du blog, des réseaux sociaux et du web 2.0 »7, Murmures d’Éric Dupin8.

4Nous allons laisser de côté les textes destinés aux versions imprimées sur papier et tout simplement reproduits sur les plates-formes du blogging (tel est le cas de la plupart des blogs du Figaro, du Monde, de Libération, des textes d’Eric Dupin, etc.) et nous allons nous concentrer sur ceux qui sont adaptés aux exigences du nouveau support et profitent des nouvelles possibilités que leur offrela Toile.

5Ce nouveau support fait évidemment disparaître les marques extralinguistiques liées à la spécificité de la présentation sur papier : jeu avec le gras, la grosseur des caractères qui focalise le dit, emplacement du discours repris sur la page, dans l’aire scripturale du journal qui hiérarchise les informations, etc. Il offre en revanche trois grands avantages qui modifient à fond les pratiques citationnelles et la notion même de discours rapporté :

61/ En tant que support multimédia, englobant texte, image, photos, vidéo, son, animation, liens hypertexte, etc., Internet permet au cyberlecteur d’aller lire directement le texte, publié dans un journal ou quelque part dans le cyberespace, de voir des photos ou même la vidéo du discours auquel se réfère l’auteur. La longueur de l’extrait cité, la forme choisie de discours rapporté perdent leur importance et le fait que le dit repris puisse se voir replacé dans son contexte et même dans sa situation d’énonciation d’origine neutralise sa manipulation possible par la description que le rapporteur en fait qui serait, comme nous venons de le dire, inévitablement incomplète et subjective.

72/ Vu que son opinion n’engage que lui, le blogueur est beaucoup plus libre de prendre position, de s’impliquer dans ce qu’il écrit, que ses confrères des médias classiques, censés plutôt garder la neutralité et ne pas sortir du rôle de simples médiateurs.

83/ A la différence des medias traditionnels où la communication est à sens unique, Internet permet l’interactivité qui s’effectue en plus en temps réel.Le lecteur n’est plus passif, il devient acteur de l’information : il peut réagir, donner son opinion, participer à l’élaboration du contenu, le compléter, le corriger, le critiquer, dénoncer un abus, apporter des témoignages, générer des idées, etc. Les lecteurs, en fait, font, dans une certaine mesure, leur propre journal. Blogs, sites personnels, forums, journaux en ligne – autant de domaines où chacun est libre d’intervenir sur les problèmes qui le concernent, qu’il considère, lui, comme « brûlants ». Le cyberespace a finalement permis la réalisation de l’idéal du « bon journal », tel que l’avait formulé Arthur Miller : « une nation qui se parle à elle-même »9.

9Nous allons nous arrêter notamment sur les modifications que ces trois particularités du Net apportent par rapport à la reprise des mots d’autrui.

10Les marques linguistiques – verbes introducteurs, mode (indicatif, conditionnel), forme verbale (respect ou non respect de la concordance des temps), la façon dont est présenté l'auteur du dit – qui peuvent soit légitimer les propos relatés comme un fait, soit les laisser sur le compte de leur auteur, soit les mettre à distance –, subsistent sur le Net, mais elles se voient étoffées, motivées, argumentées dans une certaine mesure par les liens hypertextuels.

11En voilà un exemple, tiré d’un texte posté par William Castel10 sur Agoravox le 29.08.2008.

12http://www.agoravox.fr/international/article/poutine-accuse-les-etats-unis-ont-43777

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13Le verbe accuser, qui laisse à l’auteur du dit endosser la vérité de sa parole, introduit un discours narrativisé, dont on ne pourrait restituer l'énonciation d'origine. Et comme l'accusation est assez sérieuse et pourrait éventuellement détériorer les relations entre les Etats-Unis et la Russie, son énonciation mérite une attention plus particulière. L’enregistrement de l’entretien accordé à CNN vient en aide.

14http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=20762

Accès à l’énonciation d’origine

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15On peut entendre les arguments allégués à l’appui de cette affirmation, le ton sur lequel Poutine a parlé, déchiffrer le langage de ses gestes pour se faire soi-même une idée, d’un côté, du bien-fondé de l'accusation et, de l’autre, du degré de la tension qu’elle serait en mesure de provoquer entre les deux pays.

16En ce qui concerne les liens hypertextuels, Internet offre vraiment des possibilités énormes. La richesse du parcours qu’il génère est bien illustré par le texte de Justine Brabant, posté sur @rrêt sur images et portant sur les accusations récentes de pédophilie, adressées par François Bayrou à Daniel Cohn-Bendit sur France 2 :

17(http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2022)

Faire le tour d’horizon d’un problème – figure 1

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Faire le tour d’horizon d’un problème – figure 2

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Faire le tour d’horizon d’un problème – figure 3

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Faire le tour d’horizon d’un problème – figure 4

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Faire le tour d’horizon d’un problème – figure 5

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18Justine Brabantfait un tour d’horizon de cette histoire vieille de trente-quatre ans. On peut voir l’entretien de l’ex soixante-huitard avec Bernard Pivot sur le plateau de l’émission Apostrophes en 1982, les passages de son livre, qui aujourd’hui paraissent choquants et lui ont valu les accusations de Bayrou, sont replacés dans le contexte de l’époque (les années 70). D’ailleurs à la sortie du livre ces passages n’avaient soulevé aucune réaction. On peut lire également l’article de Jacqueline Rémy qui, presque vingt ans après la sortie du livre, en 2001, avait relancé l’affaire en France suite à une publication en Allemagne ayant fait écho dans la presse européenne. Détail curieux : la journaliste allemande nourrissait une haine profonde envers la génération 68 allemande. On peut entendre l’interview de Cohn-Bendit accordée à TF1 après la publication, voir l’émission Arrêt sur images de 2001 qui avait fait ressortir les intérêts qui se cachaient derrière ces « révélations » tardives.

19La position de Justine Brabant dans cette polémique transparaît derrière l’adjectif « la supposée pédophilie de Cohn-Bendit », derrière les guillemets mis autour de révélations, de passé pédophile, la qualification de l’épisode, citée à la fin (« une vielle histoire que tout le monde a oubliée »). Les documents authentiques allégués permettent pourtant au lecteur de voir et d’entendre lui-même les différents points de vue sur cette histoire et de se faire sa propre idée.

20Le deuxième avantage dont bénéficie le e-journaliste, qu’il soit professionnel ou simple citoyen, est la liberté d’expression qui se traduit, dans notre cas, par des qualificatifs directs du dit repris et de son auteur, parfois même par des images, des photos, des émoticônes qui visualisent son opinion.

21Pour avoir une idée de cette liberté, il suffirait de voir sur le site de Libération les caricatures sonores de Polémix et la Voix Off qui « disent » ce qu’ils pensent des assertions des personnalités publiques en leur faisant prononcer, par des montages sonores, ce qui, pour eux, se cache derrière leurs mots.

« Dire » ce qu’on pense de la parole reprise par des images – figure 1

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22Stupeur à l’ONU: Nicolas Sarkozy en appelle aux « patrons voyous » pour sauver la planète du désastre financier.

23Il suffirait également d’ouvrir le blog d’Olivier Bonnet qui a une rubrique dédiée aux gaffes des personnalités publiques, intitulée Bonnet d’âne et illustrée d’une manière assez éloquente :

« Dire » ce qu’on pense de la parole reprise par des images – figure 2

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24Olivier Bonnet a dédié tout un dossier, Sarkoland,à Nicolas Sarkozy dont il est un critique virulent. Voilà un texte paru sous cette rubrique :

Se servir des mots qui « flottent » sur le Net – figure 1

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25La phrase appartient en fait à Sarkozy. Il s’agit d’une réaction malencontreuse à l’insulte d’un visiteur au Salon de l’agriculture à Paris fin février 2008. Sarkozy était venu l’inaugurer, c’était la bousculade, il faisait le tour des stands, serrait des mains tendues et quelqu’un lui a dit « ah, non, touche-moi pas, tu me salis ! » Et Sarkozy, dans son agacement, lui a répondu tout bas : « Casse-toi alors pauvre con ! ». Quelqu’un a pourtant filmé la scène, la vidéo, diffusée sur le site du Parisien,a fait fureur sur la toile et a déclenché une polémique qui a pris des proportions énormes. Bonnet a repris la phrase qui était brandie sur une pancarte à la manifestation de ce 1er mai 2009.

Se servir des mots qui « flottent » sur le Net – figure 2

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26Le titre joue sur le double fonctionnement des deux points. Ils séparent le discours citant du discours cité, mais dans un titre de presse ils séparent également le thème du rhème, ce/celui dont on parle de ce qu’on en dit.

27Le troisième grand atout de l’Internet  l’interactivité. « Les médias traditionnels diffusent des messages, les blogs démarrent des conversations », dit la phrase mise en exergue dans le blog de Loïc Le Meur. Le grand problème des médias classiques est que leur communication s’effectue à sens unique. Le journaliste ne peut jamais vraiment savoir si son papier a porté. Il en est réduit aux conjectures, fondées sur l’image, assez vague d’ailleurs, qu’il a de son public. Sur le Net, par contre, chaque site d’information, chaque blog, chaque journal en ligne propose des forums où le cyberlecteur peut s’exprimer, réagir, converser sur le sujet traité, dire son avis soit sur le texte lui-même, soit sur l’intervention d’un autre participant au forum. La cyberpresse permet l’interaction non seulement entre le lecteur et le journaliste en procurant à ce dernier les réactions du public qui lui sont tellement nécessaires, mais aussi entre les lecteurs eux-mêmes. Elle renforce les liens entre eux, fait naître le sentiment d’appartenance et d’adhésion à un groupe, à une communauté.

28La réplique est ciblée par à X, qui apparaît souvent sous forme d’arobase - @ X, le séparateur dans le libellé des adresses électroniques, devenu symbole de la communication sur la Toile. Quand un texte concret est visé, celui-ci est soit cité entre guillemets, soit apparaît dans un carré, dominé par la formule bien connue également des réponses aux e-mails : X a écrit :

Une coquille dans le texte ?
5 juin 21:17, par G_Remy
« Il faut avoir vu la fille de son père se ridiculiser en prétendant que la monnaie chinoise était surévaluée à cause de... l’euro, alors que c’est évidemment à cause du dollar »
ça serait pas plutôt "sous-évalué" à cause du dollar ? Comme quoi ça arrive même aux meilleurs de se tromper... Mais bon...disons que c’est sous le coups de la (légitime) colère.11

29La langue, bien qu’écrite, se rapproche de l’oral. Les gens sur la toile se parlent très librement, l’ambiance est détendue, conviviale, l’anonymat fait disparaître les barrières, les règles à respecter. Les internautes en principe se tutoient quels que soient leur âge, leur sexe ou leur statut social. Il y a une sorte de complicité, de solidarité qui les lie :

Sarkozy, multirécidiviste du racolage
22 avril 17:26, par tgb
« Il compte sur les voix de tout ce que compte le pays de beaufs franchouillards et racistes. Ce qui fait quand même, heureusement, une minorité. »
Je te trouve bien optimiste tout à coup Olivier
pas oublier par exemple que ceux qui brûlent aujourd’hui les préfectures votaient Sarko aux présidentielles (60% dans la commune de Clairoix).12

30Si les différents journaux, les différents médias sont en concurrence et s’arrachent la clientèle, les blogueurs, eux, cherchent plutôt à se complémenter. Sur le site du blogueur on peut souvent trouver des renvois à d’autres blogs, il y a des rubriques Les blogs que je lis, les blogs les plus lus, collaborations blogosphériques, favoris, etc. qui contribuent à l’élargissement de la communauté.

31Parfois le blogueur publie in extenso un texte paru sur un autre blog, soit parce qu’il l’a aimé et veut le porter à la connaissance de son « groupe » de lecteurs, soit parce qu’il vient à l’appui de la thèse qu’il défend, soit parce que l’autre a mieux formulé ce qu’il voulait dire. Voilà un exemple tiré du Monde des blogs :

Citer l’autre

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32Les intervenants dans les forums font pareil.

Michel,
Je n'ai pas vu JFK récemment mais je crains qu'il ne soit pas très choqué par le toupet de Bayrou...
Rédigé par: Eric Dupin | 05 juin 2009 at 18h34
Eric, votre crainte semble infondée. J'ai entendu JFK à France Inter ce soir. Il a pris conscience, me semble-t-il, que Bayrou a fait une bourde. Bourde qui a déjà des conséquences:
http://dinersroom.eu/2653/elections-europeennes-jai-fait-mon-choix-merci-francois-bayrou/
Au passage, notez que Diner's room n'est plus ici
http://dinersroom.free.fr/index.php
comme vous l'indiquez, mais ici
http://dinersroom.eu/
que versac a changé d'adresse,
que paxablog n'existe plus,
et que votre orthographe d'Aphatie est fausse.
Rédigé par: Michel | 05 juin 2009 at 21h5913

33Il faut mentionner également qu’avec le Net l’éventail des sources d’information s’élargit énormément. Voilà comment Loïc Le Meur en décrit les conséquences pour les politiques14 :

  • Avec un téléphone ou un appareil photo capable de faire des vidéos n’importe qui peut publier en quelques instants sur le Web une vidéo d’un politique.

  • Le Web est beaucoup plus permanent que les grands médias tout ce qu’ils disent reste disponible à tout moment et est indexé par les moteurs de recherche.

  • Les vidéos amateurs peuvent atteindre des audiences de centaines de milliers, de millions de gens.

  • L’écrit peut déformer les propos des politiques, pas la vidéo. Ils ne peuvent pas dire : « Je ne l’ai pas dit ».

  • [On peut comparer] un politique qui prononce un discours face à ses militants et le même hors de ce contexte.

  • Partout, il y aura des amateurs capables de prendre une petite vidéo qui couvrira [les politiques] de ridicule si leur train de vie personnel est sans rapport avec leurs idées.

  • Par les millions de gens capables de diffuser tout ce qu’ils voient, l’argent public et l’action sur le terrain pourraient être placés sous surveillance.

  • Avec plus de transparence en permanence, peut-être allons-nous voir arriver progressivement unenouvelle génération de politiques qui ne fait pas que des fausses promesses mais les respecte aussi et reste « constant » quel que soit son auditoire.

34Toutes ces observations viennent confirmer la thèse qu’avec Internet la notion même de discours rapporté change, le discours n’est plus rapporté, il est plutôt « apporté », mis en entier à la portée du cyberlecteur. Cette possibilité de renvoi direct au texte d’origine, qui replace le dit dans son contexte et, avec la video, dans sa situation d’énonciation d’origine, le recoupement possible de plusieurs sources d’information indépendantes réduisent au minimum les possibilités de ses éventuelles manipulations, voulues ou non.

35Et si on reprenait la questionrhétorique posée par M. M. de Gaulmyn :

Mais existe-t-il des textes qui citent sans solliciter, qui transcrivent sans trahir, qui rapportent sans mentir, qui redisent sans insinuer, qui répètent sans omettre, et ceci d’autant plus efficacement qu’ils affectent – avec la meilleure foi du monde semble-t-il – de restituer authentiquement la parole dont ils se sont approprié les droits d’auteur, tout en la désignant comme le dire d’un autre ? M.-M. de Gaulmyn15

36On serait tenté de répondre qu’avec Internet on se rapproche peut-être du moment où on pourrait dire « OUI ».

Notes de bas de page numériques

1  Abastado, 1982 : 10.

2  Authier-Revuz, 1993 : 10-11.

3 http://www.agoravox.com

4 http://www.arretsurimages.net/

5 Ancien journaliste pigiste, orienté à gauche, il présente son blog (http://www.plumedepresse.info/) comme le « sabre-au-clair d’un journaliste engagé ».

6  (http://gklein.blog.lemonde.fr/) Le Phare, dit-il, « croit éclairer l'inconnu qui considère sa lueur comme inutile ». Gilles Klein est ancien collaborateur de Libération et du magazine Elle, rédacteur en chef également du Monde du blog - « quotidien du blog, des réseaux sociaux et du web 2.0 ».

7  http://www.lemondedublog.com/.

8  Maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris, journaliste, ayant travaillé, entre autres, pour France Soir, Libération, Le Monde et écrivant dernièrement pour Le Figaro. (http://ericdupin.blogs.com/).

9  London Observer - novembre 1961, http://www.evene.fr/celebre/biographie/arthur-miller-4890.php

10  C’est quelqu’un qui n’est évidemment pas journaliste professionnel : il se présente comme « pilote de course à ses heures perdues, passionné par l’aéronautique et la plongée sous-marine », qui s’intéresse « aux affaires du monde, à la politique, à l’écologie ». À en juger par le nombre des commentaires et les appréciations des internautes, ses analyses (une trentaine déjà) sont considérées comme assez pertinentes.

11  Olivier Bonnet, Débat de France 2 : le déshonneur de Bayrou et Bertrand.
http://www.plumedepresse.com/spip.php?article1145#forum9568#forum9568

12  http://www.plumedepresse.com/spip.php?article1117

13 http://ericdupin.blogs.com/murmures/2009/06/marchaisien-bayrou.html . Le blog d’Eric Dupin est un des rares blogs où c’est le vouvoiement qui est de rigueur.

14  Le Meur, 2006.

15 1981 : 151.

Bibliographie

Bibliographie et sitographie récapitulative

ABASTADO Claude, 1982, « Culture et médias », Le Français dans le monde, n°173, novembre–décembre, pp. 6–13.

AUTHIER-REVUZ Jacqueline (1992-1993), « Repères dans le champ du discours rapporté », L’information grammaticale, Paris, n°55, pp. 38–42, n°56, pp. 10–15.

DEJOND Aurélia, 2002, La cyber@ngue française, La Renaissance du livre, Tournay, Belgique.

GAULMYN Marie–Madeleine (de), 1981, « Citation et manipulation : manipulations des citations par le texte et du lecteur par les citations », in L`Argumentation, PUL, Lyon, pp. 139–151.

JOANNES Alain, 2008, « Les journalistes français bloguent moins que leurs confrères »

http://www.journalistiques.fr/post/2008/10/30/Les-journalistes-francais-bloguent-peu, 30/10/2008.

LE MEUR Loïc 2006, « La fin du off et les dix changements pour les politiques avec le vidéo blogging », 14.11.08, http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=15623

Pour citer cet article

Elena Meteva-Rousseva, « Les nouvelles formes de positionnement par rapport au dit repris dans le cyberespace journalistique », paru dans Ci-Dit, Communications du IVe Ci-dit, Les nouvelles formes de positionnement par rapport au dit repris dans le cyberespace journalistique, mis en ligne le 02 février 2010, URL : http://revel.unice.fr/symposia/cidit/index.html?id=560.


Auteurs

Elena Meteva-Rousseva

Université de Sofia, Département d’études romanes

Université de Sofia, Département d’études romanes