Loxias-Colloques |  3. D’une île du monde aux mondes de l’île : dynamiques littéraires et explorations critiques des écritures mauriciennes 

Kumari Issur  : 

Nationalisme, transnationalisme et postnationalisme dans Made in Mauritius d’Amal Sewtohul

Résumé

La formation d’une identité nationale est un processus long et complexe qui obéit à de nombreuses conditions et contraintes. Nous connaissons sans conteste la difficulté de définir une identité nationale à Maurice. La nécessité de toujours qualifier le Mauricien par Indo-, Sino-, Franco-, etc. nous révèle bien l’absence de cristallisation d’une identité homogène. Le discours idéologique consistant à vouloir composer une nation uniforme et égalitaire n’est pas près de se réaliser car le Mauricien n’est pas disposé à desserrer sa prise sur les éléments d’identification ethniques, traces de ses origines ancestrales. Rivé en amont, le Mauricien est aussi interpellé en aval puisqu’il est aujourd’hui souvent pris dans le mouvement de l’émigration. Il s’inscrit alors dans le processus que Homi Bhabha nomme la « dissémiNation », une notion contraire à celle de la nation, une forme de déploiement transnational qui lui fait affronter d’autres défis identitaires. Dans cet article, j’étudierai en particulier Made in Mauritius d’Amal Sewtohul, qui soulève un grand nombre de réflexions sur l’identité et son articulation au territoire. Successivement voire simultanément traversé par les problématiques du nationalisme, du transnationalisme et du postnationalisme, ce roman nous donne des clés pour penser tout à la fois la continuité et le changement dans le parcours de ceux qui, pris dans les flux globalisants, se retrouvent à un moment de leur existence rattachés à Maurice, avant de se redéployer ailleurs.

Abstract

The construction of a national identity is a long and complex process, conditioned by various imperatives and requirements. National identity is problematic in the island-state of Mauritius as Mauritians feel the need to hold on to ethnic or ancestral identifiers and think of themselves as Indo-, Sino-, Franco- Mauritians, etc. In parallel though, they are increasingly engaged in what Homi Bhabha terms “dissemiNation” – a dynamic process which challenges the linear concept of Nation –, as they are swept into migrating and transnational flows which raise further complex and multimodal identity challenges. My study focuses on Made in Mauritius, a francophone novel of the Mauritian writer Amal Sewtohul, which questions the link between identity and territory. Concepts such as nationalism, transnationalism and postnationalism will be discussed as essential keys which help explore and understand the dynamics of identity in an age of global migration, as represented by Sewtohul.

Index

Mots-clés : littérature mauricienne , Made in Mauritius, nationalisme, postnationalisme, Sewtohul (Amal), transnationalisme

Géographique : Maurice

Chronologique : Période contemporaine

Plan

Texte intégral

Benedict Anderson affirme l’émergence d’une conscience nationale précoce dans les espaces créoles1. Pourtant, à Maurice, nous connaissons la difficulté de définir une identité nationale. La nécessité de toujours qualifier le Mauricien par Indo-, Sino-, Franco-, etc. nous révèle bien l’absence de cristallisation d’une identité homogène. Le discours idéologique consistant à vouloir abolir ces marques de différence en vue de composer une nation uniforme et égalitaire n’est pas près de se réaliser car le Mauricien n’est pas disposé à desserrer sa prise sur les éléments d’identification ethniques, traces de ses origines ancestrales. C’est néanmoins avec raison qu’Anderson souligne que « Nationalism has to be understood, by aligning it not with self-consciously held political ideologies, but with large cultural systems that preceded it, out of which – as well as against which – it came into being2 ». Rivé en amont, le Mauricien est aussi interpellé en aval puisqu’il est aujourd’hui souvent pris dans le mouvement de l’émigration. Il s’inscrit alors dans le processus que Homi Bhabha nomme la « dissémiNation3 », une notion contraire à celle de la nation, une forme de déploiement transnational qui lui fait affronter d’autres défis identitaires.

De nombreux romans mauriciens contemporains abordent ces considérations de manière directe ou indirecte. L’œuvre de Nathacha Appanah notamment présente un discours très perspicace sur les stratégies de négociation de l’identité transnationale. J’ai écrit ailleurs qu’

[o]n serait tenté de lire les trois [premiers] romans de Nathacha Appanah comme un triptyque, un itinéraire à trois volets qui amène l’engagé indien à Maurice et sa descendance, après une tentative stérile pour s’y enraciner, à mettre les voiles pour l’Europe (parcours qui n’est pas sans rappeler celui de l’écrivain et de ses ancêtres)4.

Dans cette communication, j’étudierai en particulier Made in Mauritius d’Amal Sewtohul, premier roman traitant de l’immigration chinoise à Maurice, qui soulève un grand nombre de réflexions sur l’identité et son articulation au territoire. Successivement voire simultanément traversé par les problématiques du nationalisme, du transnationalisme et du postnationalisme, ce roman nous donne des clés pour penser tout à la fois la continuité et le changement dans le parcours de ceux qui, pris dans les flux globalisants, se retrouvent à un moment de leur existence rattachés à Maurice, avant de se redéployer ailleurs.

Made in Mauritius évoque la dernière vague d’immigration qu’a connue Maurice, à savoir l’immigration chinoise, à travers le parcours d’un immigrant chinois, Lee Kim Chan, qui fuit la Chine après l’avènement du communisme pour atterrir à Maurice en passant par Hong Kong. Le récit explore les enjeux d’appartenance et de désappartenance pour lui et sa famille. Son fils Laval naît et grandit à Maurice avant d’aller poursuivre des études en Australie, où il finit par s’installer jusqu’à sa mort. Laval a pour amis d’enfance Feisal, qui est aussi son alter ego, et Ayesha, qu’il finit par épouser. De cette union naît un fils qui épousera une Australienne blanche et aura à son tour un fils. Il est à souligner que ce roman met en scène deux communautés minoritaires à Maurice, les Sino-Mauriciens, et les Musulmans ; c’est également le premier à avoir un protagoniste Sino-Mauricien. Jusqu’à présent, le Sino-Mauricien était surtout cantonné dans le rôle, souvent caricatural, de l’épicier.

Nationalité et nationalisme

Le roman pose une interrogation constante sur ce qui constitue une nation. Le discours ambiant à Maurice, visiblement influencé par les modèles européens, visant à promouvoir l’homogénéité d’une nation ne peut être entretenu. La réalité mauricienne ne s’articule nullement autour de l’‘homogénéité’ (étymologiquement signifiant ‘gènes semblables’). Lorsque Laval quitte Port Louis pour la première fois et découvre l’intérieur de l’île, il est confronté à cette question :

« Alors comme ça, ceci est mon pays, me suis-je dit, à un moment. Mais personne ne me ressemble. » À Port Louis, il y avait plein de Chinois. Mais, à la campagne, on était bien chez les Indiens. On voyait des vieillards à la démarche cassée, avec sur la tête un foulard et autour des reins leurs drôles de pantalons bouffants, les dhotis, comme ils les appelaient. Beaucoup de femmes étaient en sari5.

Il se retrouve, bien plus qu’à Port Louis, en présence de la diversité génétique et culturelle du pays et est dans l’impossibilité de s’identifier de façon simple et primaire à ses compatriotes.

Une autre facette dans la construction d’une nation est l’identification émotive. L’État-nation fraîchement indépendant ouvre des possibilités à Laval en lui octroyant la ‘petite bourse’, bourse de fin d’études du cycle primaire, pour qu’il puisse poursuivre ses études dans l’établissement supérieur le plus prestigieux de l’île, d’où l’embryon de sentiment nationaliste car il se sent redevable. Ce sentiment s’accroît lorsqu’il découvre l’article du Time Magazine portant sur l’indépendance de l’île. Il se sent offusqué par l’ironie méprisante qui en irradie étant donné qu’il s’identifie au gouvernement et au pays : « Je faisais une équation nébuleuse entre le "gouvernement", le pays et moi6 ». Cette identification n’est cependant pas du tout générée par un sentiment de fraternité partagée avec les autres habitants de l’île ou des préoccupations communes. Laval cultive bien au contraire l’individualisme ; son sentiment d’appartenance est motivé par l’intérêt, par le profit que le pays/gouvernement peut lui apporter. « On le voit, j’étais loin de m’intéresser à toutes ces histoires de lutte des masses, d’effort commun, et tout ça. Ma vision du monde était foncièrement cynique et individualiste7 », dit-il.

Sewtohul nous amène aussi à repenser le lien qui existe entre la nationalité et le nationalisme. Laval, qui est né de parents chinois, qui a vécu à Maurice avant d’émigrer en Australie à l’âge de vingt ans, se conçoit-il comme Chinois, Mauricien ou Australien ? Après trente ans passés en Australie, et ayant acquis la nationalité australienne, il a toujours beaucoup de mal à s’identifier en tant qu’Australien. S’adressant à sa compagne australienne, Frances, il s’emmêle dans ses pronoms : « "Ben, enfin, c’est un peu comme beaucoup d’Australiens, non ? Ils sont venus, enfin vous êtes venus chercher de l’or…" dit-il, et se rappela que lui aussi était australien8 ». La question pourrait être posée à partir d’un angle différent : à son arrivée en Australie, Laval fait-il partie de la diaspora chinoise ou mauricienne ? Lorsqu’il se met à raconter sa vie à Frances, il ressent bien le besoin de démarrer son histoire par celle de son père issu d’un petit village de la Chine profonde. Conçu à Hong Kong et né à Maurice, il n’a pas eu d’acte de naissance vu que ses parents n’avaient jamais régularisé leur situation à Maurice. Le texte laisse entendre qu’il n’aura une identité officielle qu’au moment où il réussira le concours de la petite bourse. Laval Lee sera donc un Mauricien d’origine chinoise ou un Sino-Mauricien catholique qui obtiendra la nationalité australienne. Son fils, Sultan Lee, né de son mariage à Ayesha la Musulmane, sera lui aussi un collage de fragments, un « [A]ustralien musulman d’origine indienne chinoise mauricienne » et son petit-fils Nur Mohammad Walker sera « chinois, indien, blanc et musulman9 ». On notera que le métissage et la déterritorialisation se présentent comme des faits concomitants mais surtout que chez le petit-fils, Nur, symbole de l’avenir, s’estompent certains éléments de qualification dont justement les appellations de nationalité – « australien » et « d’origine mauricienne » – alors que perdurent les données raciales et religieuse. Accessoirement, à travers l’élément ‘indien’, le texte revient très précisément sur une dérive représentationnelle courante à Maurice pour la rectifier. Les Musulmans à Maurice proviennent du contingent des engagés indiens qu’on a trop souvent tendance à réduire aux hindous… Pour en revenir à la description du fils et du petit-fils de Laval, on peut avancer que les individus fonctionnent comme des atomes libres qui se combinent à d’autres selon les affinités et les circonstances pour créer des entités singulières. Tout est mouvement et mutation, fluidité géographique et identitaire ; l’ancrage territorial disparaît aussi bien que l’identité nationale essentialiste pour donner lieu alors pleinement à l’identité postnationale. La « communauté imaginée » n’est plus celle de la nation mais bien celle d’un monde élargi qui tient compte des multiples héritages génétiques, culturels et religieux de l’individu. Le personnage de Mariko vient renforcer cette réflexion sur les éléments accessoires/inaliénables de l’identité. Alors que la famille de Mariko, d’origine japonaise, est installée en Australie depuis 1883, et que son grand-père a même fait la guerre aux côtés des Australiens contre les Japonais, Mariko est toujours considérée comme une étrangère. Son origine ethnique, révélée par son apparence, l’emporte sur sa nationalité.

Le cas de la lignée des Lee illustre le processus de créolisation dorénavant pris en conjonction avec des déterritorialisations renouvelées et la suppression des frontières étatiques. Ce dernier point nous amène à la question de l’immigration illégale. Les parents de Laval à Maurice, tout comme Feisal en Australie, sont des immigrés clandestins qui vivent toute une vie dans cette situation précaire du point de vue administratif. Feisal aménage même une communauté accueillant d’autres sans-papiers provenant de divers pays. Le soutien dont ils bénéficient de la part des Aborigènes, Australiens autochtones s’il en est, ne fait que renforcer l’absurdité des frontières nationales. Les relations privilégiées que Feisal entretient avec les Aborigènes l’amènent même à être traité comme un des leurs, invité comme il l’est à participer à leurs cérémonies d’apaisement des esprits des ancêtres, des cérémonies rarement ouvertes aux étrangers. Le père de Laval, quant à lui, montre un vif intérêt pour les événements politiques de Maurice, et il lui arrive de jouer le rôle de mentor vis-à-vis de la jeune génération de révolutionnaires. Ces deux personnages deviennent de facto des membres à part entière de leurs nouveaux pays et leurs situations invitent à repenser les frontières comme des formalités sans grande importance.

Petites leçons de géographie

À Maurice, Feisal, qui se présente comme l’alter ego de Laval, est celui qui sert de guide à son ami pour le quadrillage-découverte de Port Louis et son appropriation symbolique. Plus tard il renouvelle l’expérience à l’échelle de l’île lorsqu’il l’entraîne à la traverser de part en part, de Port Louis à Belle Mare. Cependant, les deux garçons ne comprennent pas la question de Feroz, le cousin venu d’Angleterre : « So, if you keep moving on East from here [Belle Mare], what’s there, off the coast ?10 » Feisal avait ouvert l’atlas sur la carte de Maurice couvrant toute la page. Son monde est centré sur son île et il ne peut concevoir ce qui se trouve au-delà, d’où sa réponse à la question de Feroz : « Ben y a rien, y a que la flotte11 ». Ayesha, elle, reprendra l’atlas pour l’ouvrir sur la carte du monde, où Maurice cette fois n’est qu’un minuscule point et elle explore l’océan jusqu’à rallier la côte ouest de l’Australie. L’espace est en conséquence conçu comme continu, fluide, sans rupture ou frontières, même naturelles. L’océan ne se présente plus comme une barrière infranchissable mais comme un espace qui met en relation, au sens glissantien du terme, deux terres. Le pays n’est plus pensé comme une entité en soi, mais le monde comme un tout.

En découvrant que la terre la plus proche à l’est de Maurice se trouve à 400 kms, Feroz, railleur, se compare à Robinson Crusoé échoué sur une île au milieu de nulle part. À la moquerie de Feroz répond le désir de découverte d’Ayesha. À l’insularité, synonyme d’isolement dans l’évocation de Robinson Crusoé, se substitue le paysage transnational. Ayesha découvre des horizons plus grands et pose dorénavant un nouveau regard sur son espace local. Cette situation donne naissance à son rêve de voyager et de voir le monde au-delà des rives mauriciennes et, partant, à son travail acharné à l’école pour décrocher une bourse pour des études supérieures à l’étranger.

Sewtohul trace des parcours transnationaux tout en contournant les lieux hégémoniques. Ainsi, il choisit de faire évoluer les jeunes vers l’Australie, qui en plus d’être une destination privilégiée pour des études supérieures pour les Mauriciens, correspond dans leur imaginaire depuis des décennies à une terre d’émigration. On concèdera que l’Australie représente malgré tout l’Occident mais elle se trouve quelque peu en marge et pas seulement géographiquement. Le concept de transnationalisme mineur développé par Françoise Lionnet et Shu-mei Shih12 se révèle ici très pertinent pour rendre compte du parcours de la lignée de Laval, allant de la Chine à l’Australie, en passant par Hong Kong et Maurice. Les déplacements se font en marge des centres reconnus ou d’espaces habituellement évoqués. Ce choix de la part de Sewtohul contribue en soi à décentrer les convergences traditionnellement établies.

Pour Arjun Appadurai, les flux globaux consistent en des déterritorialisations suivies de reterritorialisations de groupe : « Les groupes migrent, se rassemblent dans des lieux nouveaux, reconstruisent leur histoire et reconfigurent leur projet ethnique13 ». Sewtohul s’évertue plutôt à démontrer que les flux humains sont aujourd’hui, comparés ne seraient-ce qu’à la génération précédente, caractérisés par des parcours individuels qui sont de plus en plus « rhizomatiques14 » (rhizomorphes), selon la terminologie de Deleuze et Guattari. Le cas de Laval vient conforter ce qui est déjà perceptible dans l’itinéraire unique et inédit de Sanjay, personnage du roman précédent de Sewtohul15, dont les ancêtres venant de l’Inde immigrent à Maurice, et qui à son tour se déplacera vers le Tibet en passant par l’Allemagne. L’expérience personnelle de déplacements transnationaux multiples vécus par Sewtohul, en tant que diplomate qui a effectué de nombreux longs séjours à l’étranger – notamment en Allemagne, en Chine, en Ethiopie, à Madagascar, etc. –, tout autant que la déterritorialisation vécue par ses antécédents, participe indubitablement à la conception de son imaginaire transnational.

Des trois jeunes qui partent en Australie à l’âge adulte, Feisal est sans doute le plus ‘Mauricien’. C’est lui qui entreprendra une certaine reproduction culturelle dans son nouvel environnement, assurant par là une continuité avec le passé et le pays d’avant. Après les premiers temps en compagnie de Laval, Feisal s’installe dans un coin retiré de ce nouveau pays, nomme cette commune ‘Port Louis’ comme la ville capitale de Maurice. Dans un passage qui oscille entre humour, ironie et dérision, le narrateur rappelle comment Feisal reprend tel quel le drapeau quadricolore de Maurice – symbole par excellence de la nation – pour représenter la commune du nouveau Port Louis ; les noms des quartiers (Allée Mangues, Roche Bois, Chinatown, Plaine Verte), leur découpage et leur organisation pour regrouper les immigrants – clandestins pour la plupart –, selon un classement ethnique/religieux, sont aussi calqués sur ceux du Port Louis de Maurice.

Il avait fait placer sur la petite colline surplombant la commune, le drapeau de la « commune de Port Louis » : un drapeau quadricolore à quatre bandes horizontales, qui représentaient chacune un des « quartiers » de la commune : le rouge, pour le quartier de l’Allée Mangues, où vivaient les gens du sous-continent indien – Indiens, Bangladais, Pakistanais, Sri Lankais ; le bleu, pour le quartier de Roche Bois, où vivaient les Africains – Kenyans, Nigérians, Zimbabwéens ; le jaune, pour le quartier de Chinatown, où étaient regroupés les Chinois, les Vietnamiens, les Cambodgiens, les Laotiens et les Birmans ; enfin le vert pour le quartier de Plaine Verte, qui rassemblait les Arabes, les Iraniens et les Afghans16.

Dans cette transposition de la toponymie et de l’agencement des espaces, ce qui ressort, c’est la manière dont des êtres humains s’agglomèrent en transcendant la question des nationalités pour privilégier les affinités raciales et culturelles. Il est intéressant de noter que les Pakistanais sont placés dans le camp rouge à Allée Mangues et non dans le camp vert à Plaine Verte, révélant par là qu’ils partagent davantage de caractéristiques ethniques/culturelles avec les Indiens, les Bangladais et les Sri Lankais qu’avec les Arabes, les Iraniens et les Afghans, malgré leur religion commune. Cette répartition dans/de l’espace constitue aussi une réflexion sur la manière dont Maurice – Port Louis étant son essence – s’est constituée. Comme l’historienne Megan Vaughan l’a bien démontré dans son ouvrage, Creating the Creole Island. Slavery in Eighteenth-Century Mauritius17, les différents quartiers de la capitale ont été organisés dès le départ comme des micro-sociétés basées sur le regroupement et la solidarité ethniques. Sewtohul réécrit ici l’histoire du peuplement de Port Louis, qui serait indicative d’un mode ‘naturel’ de peuplement.

La réflexion critique entreprise par l’écrivain mauricien transcende les frontières et s’applique tout autant au territoire australien. Lorsqu’il part dans l’Outback, Laval révise son point de vue sur les Aborigènes : 

Comme c’est bizarre, se dit Laval, nous pensons toujours aux Aborigènes comme à des marginaux, mais regardez l’étendue de la marge qu’ils habitent. Peut-être que c’est nous les marginaux, terrés dans nos petites villes sur la côte, pendant qu’ils se baladent dans ce que nous appelons des terrains vagues18

Sa remarque extrêmement judicieuse sur la superficie occupée par les catégories du centre et de la périphérie à l’intérieur du territoire australien accuse la complaisance hégémonique qui a conditionné jusqu’ici cette lecture de l’espace. Sa remise en question du regard dominant dans ce contexte précis appelle une réévaluation et une interversion de ce paradigme de lecture et de classification à l’échelle de la planète. La terminologie même est contestée puisque la ‘marge’ est et a toujours été plus vaste que le centre. Sewtohul semble nous dire qu’il est urgent de changer de grille d’appréciation pour que les représentations changent et que les notions de centres/marges soient réassignées à leur juste place.

Si Laval ne s’est jamais intéressé aux Aborigènes avant son périple, Feisal, qui est doublement marginal en tant que Mauricien et immigrant illégal, établit avec les Aborigènes une relation d’entraide : « Feisal prenait toujours grand soin de cultiver des liens d’amitié avec les Aborigènes de la région, qui les avertissaient de l’arrivée de la police19 », ce qui illustre ce que Lionnet et Shih nomment « interethnic solidarity and international minority alliances20 ». Cette situation d’entente et de coopération entre deux situations mineures est très rentable et fait de Feisal quelqu’un de plus intégré à la culture locale que, disons, Laval vis-à-vis de la communauté des bourgeois australiens à laquelle appartient sa bru, Victoria.

L’identité bric-à-brac

Lorsque Laval met en regard les Mauriciens et les Australiens, il ne se montre tendre ni avec les uns ni avec les autres. Il voit dans les Mauriciens un assemblage hétéroclite, un fatras comparable aux rejets d’usine entassés par son père dans le conteneur :

Parce que ces rejets, c’était le peuple mauricien. Car qu’étions-nous d’autre que des produits ratés de la grande usine de l’histoire ? Canaille venue des tripots de Bretagne, coolies du Bihar, prisonniers des guerres tribales du Mozambique et de Madagascar, hakkas fuyant les guerres et les impôts de l’empereur de Chine. Nous étions les rebuts de l’humanité, venus à Maurice dans des cales de bateau pour être achetés ou pour pourrir à tout jamais sur des étagères de boutiques misérables21.

Cette représentation, féroce on l’admet, privilégie cependant une idée non négligeable, celle de la cohabitation. Un ramassis d’humanité certes, mais logés à la même enseigne, ces immigrants provenant des quatre coins du globe ont dû inventer un certain vivre-ensemble. Ce qui les distingue radicalement des colons qui ont perpétré un véritable massacre sur les Aborigènes d’Australie. Rendu dans l’Outback australien après trente ans d’existence dans la ville d’Adelaïde, Laval est consterné par la vacuité et la futilité ambiantes, résultats de la colonisation :

Est-ce donc ça l’arrière-pays de l’Australie, se demanda-t-il, le terroir où est supposée résider l’âme d’une nation, avec ses légendes, ses vieilles recettes et ses remèdes de bonne femme, ses paysans roublards qui vous sortent un dicton cocasse pour toutes les occasions ? Mais l’Australie avait une histoire à l’envers, dans laquelle les colons s’étaient établis sur les côtes, et avaient ensuite pénétré à l’intérieur des terres, en exterminant les Aborigènes. Et cet intérieur lui semblait sans âme, un immense terrain vague dans lequel des types passaient leur temps à fouiller la terre pour en extraire des minéraux, et à se saouler le soir devant la télévision, dans un bar22

Cette scène présente un contraste total avec la découverte de l’intérieur de l’Île Maurice par Feisal et Laval qui avait été remplie d’aventures et d’émotions.

On aura relevé dans la description qu’on trouve plus haut du peuple mauricien l’idée d’assemblage et de bric-à-brac. Le terme ‘bric-à-brac’ revient délibérément dans le récit à de très nombreuses reprises. C’est une identité qui est mise en avant de manière récurrente par Sewtohul pour qualifier la mosaïque de fragments venus du monde entier. Le tableau de Laval est une « composition surchargée23 » qui reprend la technique de l’entassement d’éléments divers. Et même son installation artistique, une allégorie de la nation, est faite de bric-à-brac :

J’ai dessiné sur le sol une araignée […]. Sur elle, j’ai empilé des boîtes en carton et des sacs en toile de jute jusqu’à en faire comme une petite colline, aux pentes irrégulières. Près de son sommet, j’ai placé dos à dos la photo de Chacha et celle du mariage de mes parents. Sur le versant que dominait la photo de Chacha, j’ai dispersé de petites poupées, allongées sur le ventre comme des soldats prenant d’assaut la colline, avec dans leurs mains de petits drapeaux du MMM (mon père en avait tout un stock). Certaines des poupées se cachaient derrière de petites pagodes en porcelaine, de gros bouddhas joviaux et des bustes du père Laval. Les idées me venaient à l’esprit à mesure que je m’activais et, trouvant l’installation trop statique, j’ai alors vidé les boîtes et les sacs en toile de jute, puis je les ai agrafés ensemble. Ensuite, j’ai recouvert la colline de pages de chroniques de courses arrachées de Turf Magazine, de pages de La Chine se reconstruit, de photos de Hema Malini et de Zeenat Aman, et je l’ai de nouveau ornée de pagodes, de statuettes de bouddhas et du père Laval, derrière lesquelles s’abritaient les poupées MMM, et je l’ai coiffée des deux photos encadrées. Puis, j’ai délicatement placé toute la colline dans un baquet géant rempli d’eau. Autour de cette colline flottante, j’ai suspendu quatre dragons en papier, dont les gueules grandes ouvertes semblaient vouloir dévorer l’île. En haut, sur leurs queues, j’ai placé quatre réveille-matin rouges, sur les cadrans desquels on voyait des foules d’ouvriers brandissant le Petit Livre rouge pour saluer le camarade Mao, auréolé de rayons solaires. Chaque quart d’heure, les réveille-matin sonnaient les notes de l’hymne Dong Fang Hong, Tai Yang Shang, Zhong Guo Zhu le ge Mao Tse Tung (« L’Orient est rouge, le soleil se lève, en Chine est apparu Mao Tsé-toung »), et leurs vibrations faisaient dégringoler une pile de billes le long du corps des dragons, celles-ci tombaient dans l’eau, créant un bref tsunami qui ébranlait la colline flottante. J’ai aussi fabriqué de petites barques, à partir de gommes élastiques collées ensemble, et dans lesquelles j’avais percé des trous pour y placer des pinceaux chinois dont les brosses étaient couvertes de peinture rouge, bleue ou mauve, les couleurs des différents partis de l’île. Sur les poignées du baquet, j’ai installé de longues boîtes de volants de badminton, sur lesquelles j’ai collé, de chaque côté, une statuette de Guan Yin, le bodhisattva de la compassion, et une statuette de Guan Gong, le dieu de la Guerre, qui regardait d’un air furieux tout ce désordre24.

Cette installation, décrite sur un ton des plus jouissifs tout en étant subversif à souhait, est un des summums du baroque contemporain dont l’authenticité provient du mélange insolite et stupéfiant où la profusion et la fantaisie le disputent à l’instabilité et où s’allient trivialité et splendeur. À noter que les deux compositions de Laval rappellent globalement la description de la boutique de l’épicier chinois dans À l’autre bout de moi de Marie-Thérèse Humbert que Lionnet commente en ces termes : « [un] topos récurrent du récit. […] Avec son bric-à-brac d’objets incongrus, la vitrine est […] un endroit magique et une source utopique de diversité culturelle25 ». Cependant, l’horizontalité et la fixité qui caractérisent les produits du commerce chinois26 sont supplantées par la verticalité, la densité, la perspective et l’animation de l’installation. À la cohabitation culturelle que manifeste la boutique, où les objets sont juxtaposés (les maîtres-mots de la description étant « côtoient », « tandis que »), et qui peut se révéler passive, se substitue la notion de superposition (les maîtres-mots étant « empilé », « recouvert », « en haut », etc.), dont l’équilibre demeure certes précaire27, mais qui ne peut par définition qu’être dynamique. La folle entreprise de l’installation, dont les éléments constituants pris séparément ou dans leur ensemble signifient à des niveaux multiples, se renouvelle sans cesse à chaque moment. Tout nouvel ajout souligne, transforme, estompe, en tout cas interagit voire interfère avec la structure préexistante. L’impermanence de l’installation est sa seule permanence. En contraste, le tableau que présentent les étagères de la boutique se révèle être (trop) sage, figé et, pour le coup, fade.

La vision de Laval, tout comme celle de l’auteur, est informée de la problématique postmoderne. La nation mauricienne – tout comme l’individu mauricien – est aujourd’hui définitivement postmoderne, composée d’éléments hétéroclites puisés au gré de son parcours et de ses penchants et qui se mélangent en permanence. Laval hésite sur le nom à donner à son installation et finit par s’arrêter sur Made in Mauritius/Made in China. Son installation est créée à Maurice alors que Laval, même s’il naît à Maurice, est conçu en amont à Hong Kong. Tout en fabriquant son installation, Laval murmure comme un mantra la formule suivante : « Au début du monde, il y eut mon père et ma mère. Puis vint le bric-à-brac. Et je fais partie de ce bric-à-brac28 ». Le récit postule que dès lors que l’on s’inscrit dans le déplacement, le bagage culturel que l’on transporte avec soi est une composition, d’ailleurs pas forcément harmonieuse, faite d’apports de tous genres.

L’identité-conteneur

Rien de mieux qu’un conteneur pour transporter les bribes qu’on a glanées sur son parcours. Le conteneur accompagne Laval dans son circuit transnational. Mieux, il est la matrice, le lieu même où ce dernier a été conçu à Hong Kong et où il est né à Maurice. Hong Kong, le pays de sa mère, est un lieu où ses parents n’envisagent pas de retourner étant donné la honte qui a été la leur lorsque Lee Ying, la mère de Laval, est tombée enceinte en dehors des liens du mariage, avant de se marier à la sauvette. Le conteneur, c’est le lieu auquel Laval appartient indubitablement. C’est son seul apanage, sa véritable patrie, son antre et son ancrage.

Le conteneur, tout comme l’identité de Laval, est loin d’être statique. Il voyage, change de couleur, traduit les sentiments les plus divers. L’allégorie est longuement dévidée. Ce conteneur qu’il habite et qui l’habite se veut une extension et une expression de Laval : « Mon imagination, je la contiens en moi, comme dans une boîte de métal, et je ne la laisse vagabonder qu’à l’intérieur du cadre d’une toile, qui est la version plate de mon esprit-conteneur29 ». C’est là qu’il conçoit son premier tableau, c’est là qu’il produit son installation artistique qui lui vaudra une bourse d’études en Australie. Pendant le temps où il demeure à Maurice, le conteneur est associé à tous les événements marquants de l’histoire de l’île et endosse d’une certaine manière une identité nationale. Il est impliqué de façon mystérieuse dans les affrontements ethniques pré-indépendance et joue un rôle clé dans le rétablissement de l’harmonie sur l’île. Il est également intimement mêlé à l’accession de l’île à l’indépendance ; en effet, la plate-forme sur laquelle se déroule la cérémonie officielle est installée sur le conteneur et le poteau du drapeau est fixé dans un trou s’y trouvant. Cependant, les enfants, au lieu d’éprouver au moment solennel un sentiment de libération magique, se retrouvent au cœur de l’île-conteneur comme dans une prison : « C’était le jour de l’indépendance, et nous nous sentions comme des prisonniers dans une petite cellule étouffante30 ».

Adulte, Laval transporte ce conteneur avec lui lorsqu’il part pour l’Australie. À l’instar de l’escargot qui se déplace en portant sa coquille, Laval va se déplacer avec le conteneur, qui contient son bagage culturel minimal. Le conteneur est le symbole dit-il, de son « manque de racines31 », je dirai plutôt de sa mobilité, de son transnationalisme. L’image du conteneur vient remplacer en quelque sorte l’image traditionnelle de la valise, sachant que la valise sous-entend un voyage plutôt court alors qu’un conteneur prédit un déplacement plus conséquent. On apprend dès l’incipit que le conteneur porte l’inscription « TransAmerica line32 » mais son destin est tel qu’il aurait tout aussi bien pu porter l’inscription « TransMonde ». Le conteneur s’adapte à son environnement, se transfigure selon les lieux parcourus et les expériences vécues. Lorsque Laval retrouve par exemple le conteneur à la fin du roman, les parois extérieures et intérieures de ce dernier sont recouvertes de peintures aborigènes33. Le roman déjà s’ouvre sur une vision du déluge où le conteneur se présente comme une nouvelle arche de Noé sauvant les élus, ceux qui sont capables de cultiver la mobilité. Alors que les maisons-racines en béton de Port Louis sont prises au piège lors de l’inondation, le conteneur est doté du pouvoir de se transformer en bateau et de voguer tranquillement vers de nouveaux horizons. Le roman de Carl de Souza, La Maison qui marchait vers le large, publié en 1996, développe déjà la métaphore de la fuite-survie de l’habitation pendant de grosses pluies pour marquer la flexibilité identitaire34. Lors d’un glissement de terrain, la seule maison à survivre au désastre et aux démolitions qui s’ensuivent est celle dont les bases sont mobiles, dont le propriétaire est capable de penser la relation à l’autre.

Au moment critique où Laval apprend l’absence de traces visibles d’une forme de prolongement dans l’avenir – son petit-fils ne portera pas son patronyme –, qui est aussi celui du pressentiment de sa mort, il entreprendra de retrouver le conteneur, sa « matrice », auquel il appartient autant qu’il lui appartient : « Je veux retourner dans le conteneur. C’est la seule chose qui me reste35 ». En effet, Feisal était parti avec le conteneur s’installer dans l’arrière-pays australien alors que Laval a vécu de longues années dans la ville d’Adelaïde. Mais est-ce Feisal (comme annoncé) ou le conteneur que Laval recherche lors de son très long voyage ? La remarque de Feisal qui clôt le roman semble accréditer la deuxième option : « C’est bizarre, tout de même, au fond, ce type, je ne l’ai jamais vraiment connu36 ». Une fois le conteneur retrouvé, c’est au-dessus de celui-ci que Laval sera incinéré. D’ailleurs, le choix de la crémation pose problème puisque Laval est catholique. À moins qu’il ne faille y voir l’incorporation du rite funéraire propre à certains groupes aborigènes ? Interrogé, l’auteur avoue avoir été motivé par l’attrait de l’image. Le conteneur, qui aura servi longtemps à refléter les rayons d’un phare, se transformera avec le corps de Laval en flammes en un phare mythique, « un nouveau phare de Pharos37 », visant à éclairer la route de tous ceux qui sont en quête de leur identité multiple.

Les différentes déterritorialisations et transformations que subit le conteneur conduisent aussi à méditer sur des questions d’ordre existentiel. Les souvenirs « entremêlés et simultanés38 » de sa vie passée qui assaillent Laval au seuil de la mort lui dévoilent le sens mystique de la vie. La vie se présente comme une chaîne d’expériences uniques et irrévocables, un flux unidirectionnel qu’on ne peut envisager de remonter : « Chaque moment de la vie est irréversible. Les dieux l’ont voulu ainsi, afin que l’homme ne retourne pas éternellement sur ses propres traces39 ». Sewtohul explore le sens du karma, un concept qui est mentionné à plusieurs reprises dans le roman. Les déplacements dans l’espace, concomitants de ceux qui s’opèrent dans le temps, sont tout aussi irréversibles. S’ensuit une identité en mutation constante et inexorable. Chercher à la figer, tout comme chercher à figer l’existence, serait une entreprise totalement absurde.

Conclusion

Les Mauriciens ont tous des ancêtres qui ont immigré d’ailleurs ; leurs descendants deviennent à leur tour des émigrants après une ou quelques petites générations. Inévitablement, ces derniers se déplacent en laissant derrière eux quelques pans de leur identité et en en intégrant d’autres dans leurs nouveaux espaces. Le récit de Sewtohul nous amène à bien penser cette fluidité de mouvement et d’identité au fil du temps. Il nous installe dans la vision d’un temps transgénérationnel et d’un espace transnational et plaide pour une identité liée à la migration en chaîne. Maurice ne représente au final qu’un moment transitoire, une étape dans un parcours beaucoup plus vaste d’une « dissémiNation », d’une circulation humaine à multiples volets et non la destination finale de toutes les vagues d’immigration qu’a connues l’île depuis son peuplement premier. Pour filer la métaphore botanique bien connue de Gilles Deleuze et Félix Guattari40, je parlerai de l’attache mauricienne comme là où un nœud de rhizome pousse des racines adventives qui lui assurent une stabilité temporaire avant de continuer à étendre ses tiges souterraines horizontales dans des directions aléatoires.

Le label ‘Made in Mauritius’ est souvent exporté de par le monde. Les produits textiles et d’habillement auxquels est rattachée l’image de marque de Maurice sont néanmoins fabriqués à partir de matières premières ou semi-ouvrées qui proviennent de l’étranger. Ces dernières sont manufacturées/confectionnées c’est-à-dire transformées localement avant d’être réexpédiées en vue d’intégrer la mode et le commerce d’autres pays.

Notes de bas de page numériques

1  Benedict Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, [1983], London/New York, Verso, 1983, p. 67.

2  Benedict Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, p. 19. Ma traduction : « Le nationalisme doit être compris en l’alignant non sur des idéologies politiques conscientes mais sur les grands systèmes culturels qui l’ont précédé, desquels il a émergé – quelquefois en s’y opposant ».

3  Homi Bhabha, Nation and Narration, London/New York, Routledge, 1990, p. 291.

4  Kumari Issur, « Nathacha Appanah, l’île Maurice du dedans et du dehors », Cultures Sud, no 166, juillet-septembre 2007, p. 135.

5  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, Paris, Gallimard, 2012, « Continents Noirs », p. 159.

6  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 191.

7  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 191.

8  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 40.

9  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 301.

10  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 169. Ma traduction : « Et si vous continuez à avancer à l’est à partir d’ici [Belle Mare], qu’y a-t-il, au-delà de la côte ? »

11  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 169.

12  Françoise Lionnet et Shu-mei Shih (dir.), Minor Transnationalism, Durham/London, Duke University Press, 2005.

13  Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, [Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, 1996, The Regents of the University of Minnesota], trad. Françoise Bouillot, Paris, Payot, 2001, p. 89.

14  Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux, Paris, Minuit, 1980, p. 14.

15  Amal Sewtohul, Les Voyages et aventures de Sanjay, explorateur mauricien des Anciens Mondes, Paris, Gallimard, 2009, « Continents Noirs ».

16  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 294.

17  Megan Vaughan, Creating the Creole Island. Slavery in Eighteenth-Century Mauritius, Durham/London, Duke University Press, 2005, p. 237.

18  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 271.

19  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 294.

20  Françoise Lionnet et Shu-mei Shih, « Introduction », in Minor Transnationalism, p. 4. Ma traduction : « la solidarité interethnique et les alliances des minorités internationales ».

21  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 126.

22  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 37.

23  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 203.

24  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, pp. 223-224.

25  Françoise Lionnet, « Anamnèse et utopie : À l’autre bout de moi de Marie-Thérèse Humbert », in Écritures féminines et dialogues critiques. Subjectivité, genre et ironie, Trou d’Eau Douce (Maurice), L’Atelier d’écriture, 2012, « Essais et Critiques Littéraires », p. 52.

26  Marie-Thérèse Humbert, À l’autre bout de moi, Paris, Stock, 1979, p. 62 : « On y vend de molles pâtisseries chinoises, sirupeuses, gluantes et sucrées à outrance. De grosses olives du pays, mijotant au fond de pots douteux dans une eau saumâtre et vinaigrée. Des cahiers neufs, made in Japan, aux couvertures ornées d’étranges oiseaux ou d’éventails ouverts tenus par des figurines de porcelaine. Et des craies de toutes les couleurs dans des boîtes étalées aux vitrines. Des statuettes de la Vierge y côtoient de gros Bouddhas bienveillants. Çiva même, parfois, étend là ses multiples bras, comme s’essayant à la pose qui conviendrait le mieux à sa dignité, ou Vichnou, endormi sur son serpent, se prépare à l’un de ses incroyables avatars, tandis que saint Georges, cuirassé de cottes de mailles, terrasse un dragon dont la langue rouge et fourchue souffle le feu ».

27  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 225.

28  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 224.

29  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 84.

30  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, pp. 125-126.

31  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 260.

32  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 12.

33  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 275.

34  Carl de Souza, La Maison qui marchait vers le large, Paris, Le Serpent à plumes, 1996.

35  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 270.

36  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 307.

37  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 307.

38  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 305.

39  Amal Sewtohul, Made in Mauritius, p. 306.

40  Gilles Deleuze et Félix Guattari développent le concept philosophique du rhizome qui repose sur l’image de la plante acentrée qui croît dans des directions multiples et non-déterminées. Voir Mille Plateaux.

Bibliographie

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SOUZA Carl de, La Maison qui marchait vers le large, Paris, Le Serpent à plumes, 1996.

VAUGHAN Megan, Creating the Creole Island. Slavery in Eighteenth-Century Mauritius, Durham/London, Duke University Press, 2005.

Pour citer cet article

Kumari Issur, « Nationalisme, transnationalisme et postnationalisme dans Made in Mauritius d’Amal Sewtohul », paru dans Loxias-Colloques, 3. D’une île du monde aux mondes de l’île : dynamiques littéraires et explorations critiques des écritures mauriciennes, Nationalisme, transnationalisme et postnationalisme dans Made in Mauritius d’Amal Sewtohul, mis en ligne le 28 mai 2013, URL : http://revel.unice.fr/symposia/actel/index.html?id=449.

Auteurs

Kumari Issur

Enseignant-chercheur au département de français de l’Université de Maurice, Kumari Issur a soutenu une thèse sur les littératures francophones des îles créoles de l’Océan Indien et de la Caraïbe à l’Université Paris 13. Auteur de plusieurs articles sur ces littératures, elle a également co-édité L’Océan Indien dans les littératures francophones (Karthala, 2001) et Baudin-Flinders dans l’Océan Indien (L’Harmattan, 2006) et coordonné le n° 48 de la revue Francofonia sur « La littérature mauricienne de langue française » (Olschki, Bologne, septembre 2005). Ses recherches actuelles portent d’une part sur la mondialisation dans les littératures francophones et d’autre part sur les contes, mythes et traditions populaires de l’Océan Indien.