Anna Carlstedt


Anna Carlstedt a soutenu sa thèse en littérature française au Département des études romanes et classiques à l’Université de Stockholm en Suède, où elle est aujourd’hui responsable des programmes de formation des futurs enseignants. Elle continue (lentement !) ses recherches et s’est spécialisée dans l’étude de la poésie poético-oraculaire en France au XVIe siècle. Elle s’intéresse particulièrement aux notions de tolérance et de concorde à l’ombre des guerres de religion. Elle est l’auteur de plusieurs livres et membre de l’Atelier XVIe de recherche rattaché à l’équipe d’accueil « Sens, Texte, Histoire » de l’Université Paris IV-Sorbonne. Elle a été Présidente de la Croix-Rouge Suédoise (2015-2017) et la Présidente du Forum Suédois des Associations non gouvernementales (2008-2014).

Articles de l'auteur


Loxias-Colloques | 18. Tolérance(s) II : Comment définir la tolérance?

“Paroles de tolérance” – stratagèmes poético-subversifs face aux controverses religieuses du XVIe siècle (ou comment relire Agrippa et Ronsard en Syrie)

Cet article vise à examiner le défi de pratiquer de la tolérance dans un contexte de guerre civile, lorsque le monde contemporain se transforme en « théâtre de cruauté » et que les gens sont constamment forcés à témoigner des violences décrites comme inouïes, barbares et inhumaines (Crouzet 2017). Quelques liens seront cherchés entre, d’une part, les descriptions des massacres de la France du XVIe siècle et, d’autre part, de ceux commis dans la Syrie d’aujourd’hui. Face aux discours dominateurs et oppressifs menant à des paroxysmes de rage, les écrits des poètes de la Renaissance ont radicalement changé : des stratégies littéraires comprenant des éléments subversifs ont pris forme, rendant visibles les afflictions et les calamités de leur temps, évoluant parfois même en critique subtile mais furieuse du régime en vigueur. L’article discute s’il serait possible, dans notre lutte d’aujourd’hui pour la tolérance, d’apprendre quelque chose des humanistes du XVIe siècle, qui ont souvent préféré la plume au glaive, malgré le fait que dans plusieurs cas, comme celui d’Agrippa d’Aubigné (1552-1630), ils étaient des soldats eux-mêmes… This article aims to examine the challenge of practicing tolerance in a context of religious war, when the world turns into a “theater of cruelty” and people constantly have to witness violence described as “unheard of”, “barbaric” and “inhuman” (Crouzet 2017). Comparisons will be made between, on the one hand, the descriptions of massacres in 16th century France and, on the other, those committed in today’s Syria. Discussing the dominating, oppressive discourses leading up to paroxysms of rage, the paper wants to underline how the writings of Early Modern poets changed radically in the context of religious controversy and war in France. Literary strategies including subversive elements took shape, making visible the afflictions and calamities of their time and gradually evolving into a subtle yet furious critique of the prevailing regime. The article discusses if it could be possible, in our struggle today to embrace tolerance, to learn something from 16th century humanists, who often preferred the pen to the sword, although in several cases, like the one of Agrippa d’Aubigné (1552-1630), they were soldiers themselves.

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