Loxias-Colloques |  9. Entre Haïti et ailleurs. Louis-Philippe Dalembert 

Odile Gannier  : 

Retour au « pays-temps » de Grannie
(Louis-Philippe Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, L’Autre Face de la mer, Les dieux voyagent la nuit)

Résumé

L’œuvre de Louis-Philippe Dalembert est pour une grande part narratologiquement orientée vers la réactivation d’un « pays-temps » (Les dieux voyagent la nuit, 29) qui donne vie à un lieu en partie réel, en partie fictionnel, Port-aux-Crasses ou Salbounda (alternant dans Le Songe d’une photo d’enfance), hanté par la présence de la grand-mère. Ce n’est pas pour autant toujours le lieu de l’enfance puisqu’il s’agit, pour le narrateur, d’y retrouver son être propre dans un autre contexte. Comme pour l’enfant dans Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, l’histoire est dans le rétroviseur – comme un souvenir est derrière soi, sans doute ; mais seule l’attention que l’on y porte permet de continuer à se conduire dans le présent et aller de l’avant. Grannie est restée sur place (le narrateur lui tient compagnie jusqu’à la fin dans L’Autre Face de la mer), elle fait toujours partie de l’univers du narrateur dans Les dieux voyagent la nuit et ce n’est qu’en la ressuscitant que le héros peut expliquer sa personnalité présente. Les récits ne sont donc pas des souvenirs d’enfance, au sens d’un passé révolu, mais l’enrichissement de la personne des multiples histoires qui le composent.

Index

Mots-clés : Dalembert (Louis-Philippe) , enfance, vagabondage

Géographique : Haïti

Chronologique : Période contemporaine

Plan

Texte intégral

Sterne choisit de faire consigner le début du Voyage sentimental par son héros en l’installant dans une curieuse voiture, la « Désobligeante », ainsi nommée parce qu’elle est trop exiguë pour accepter un vis-à-vis. Seul, assis dans un véhicule immobilisé au fond d’une cour d’auberge, il est aussi parfaitement installé pour écrire que l’est l’enfant dépeint par Louis-Philippe Dalembert dans Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, et qui joue à conduire une vieille Peugeot 304 hors d’usage – divertissement interdit par la redoutable grand-mère. Belle métaphore du temps qui passe irrémédiablement, la conduite imaginaire de la guimbarde définitivement à l’arrêt s’accompagne de grands coups de volant, de changements de vitesse – comme si on pouvait réellement changer le cours de sa vie ! Mais la condition n’est pas tant de savoir ce qu’il y a devant soi – ce qui est impossible –, ou d’accepter l’illusion d’optique du progrès en mesurant la vitesse des vraies voitures qui passent à côté de lui ; le seul geste possible est paradoxal.

Le petit garçon regarde derrière lui. Grâce au rétroviseur incliné vers le siège du chauffeur. En périodes de congé et de vacances, il passe des journées entières les yeux rivés à ce bout de miroir d’où il observe les menus faits et gestes de la faune un peu spéciale qui s’agglutine devant la véranda de sa grand-mère1.

Toute sa vie est résumée dans ce regard rétrospectif. Pour avancer, il faut savoir regarder derrière soi. La vie s’organise et prend sens autour de l’aïeule à la personnalité affirmée, Pont-d’Avignon, déjà redoutablement présente dans Le Songe d’une photo d’enfance2, et qui semble faire danser au martinet l’enfant du Crayon du bon Dieu ; ou Grannie dans L’Autre Face de la mer3, Vodou ! Un tambour pour les anges4 et sa réécriture Les dieux voyagent la nuit5, la même « grannie fatiguée / des vivants de leur petitesse / à moins que ce ne soit de l’absurdité de la vie6 » du Poème pour accompagner l’absence. Elle est le pivot de ses retours dans le temps de l’enfance, celle que l’on ne peut abandonner sur l’île, celle qui part discrètement rejoindre la Guinée, l’au-delà des croyances. Même alors, elle semble encore habiter tout l’espace de Salbounda. Retour d’exil ? Errance ? Ce ne sont pas des termes que revendique Louis-Philippe Dalembert. Vagabondages, certes : départ d’Haïti, retour en Haïti, au moins par le souvenir. La grand-mère du narrateur, dans les dernières pages de L’Île du bout des rêves, a encore la même silhouette :

cette édition fatiguée du Livre des livres est l’unique héritage qu’elle m’ait légué. Hormis, bien sûr, le vagabondage. Je l’ai toujours connue en partance. […] Que de fois n’a-t-elle traîné mon enfance dans son sillage ! Comme si la vie n’était qu’une pérenne partance. Un éternel recommencement…7

Le mot de diaspora doit sans doute être aussi interrogé. L’écrivain d’origine haïtienne ne serait-il pas sommé d’écrire sur Haïti, de revenir en Haïti, de ne chanter continûment que le cordon ombilical ? Ce que Louis-Philippe Dalembert écrivait en 1998 à propos de Jean-Claude Fignolé dans Notre Librairie :

Dans Vœu de voyage et intention romanesque, paru en 1978, Jean-Claude Fignolé souligne déjà l’impact du phénomène migratoire sur la littérature haïtienne. Il met ainsi en exergue la valse de départs et de retours qui caractérisent les personnages dans les romans haïtiens. C’est comme s’ils étaient condamnés à une errance perpétuelle, incapables de trouver un point d’ancrage8.

Il fut un temps où la situation politique était telle que l’exil des écrivains et des intellectuels, nécessairement suspects, était d’abord un exil intérieur ; en cas d’expatriation, il était exclu de revenir au pays. La perspective de ces voyages presque impossibles, dans les deux sens, a aiguisé ce sentiment de déréliction des écrivains haïtiens et la constitution d’un imaginaire de la diaspora, retissant une communauté réconfortante à défaut peut-être de reconstituer une parenté véritable.

Pour Gabriel Marcel, repris par Joël des Rosiers, « Peut-être un ordre terrestre stable ne peut-il être instauré que si l’homme garde une conscience aiguë de sa condition itinérante. » […] L’idée de voyage, qui n’est pas habituellement considérée comme offrant une valeur ou une portée spécifiquement philosophique, présente cependant l’inestimable avantage de rassembler en soi des déterminations qui appartiennent à la fois au temps et à l’espace… C’est ici que l’espérance trouve à s’exercer dans sa plénitude9.

Le retour au « pays-temps10 » de Grannie – appelons ainsi la figure de grand-mère dans L’Autre Face de la mer et Les dieux voyagent la nuit, qu’elle se confonde, ou non, avec la propre aïeule de l’auteur – est une forme de retour sans être une marche arrière, un recul et non un repli. Si le temps de l’enfance est assurément important, ce n’est pas par simple nostalgie d’un passé perdu, et avec lui des êtres chers, mais parce que l’individu est constitué de plusieurs parts, ou de plusieurs couches qui le composent.

La voie de l’exil ? Aller et venir : le retour

Si l’on en croit par exemple J. Michael Dash, la littérature haïtienne serait marquée par le thème de l’exil et du retour, « un rapport compliqué entre l’écrivain et le pays natal » caractérisé par « la quête inquiète de la terre natale et […] l’impuissance qu’éprouve l’écrivain à la traduire en narration11 » : cette tension s’est illustrée d’abord par le retour de Manuel dans Gouverneurs de la rosée (1944). L’espace haïtien, déshérité et encore desservi par des rivalités entre habitants, est transformé par le regard de Manuel qui tente de réconcilier les forces de la nature et la bonne volonté des humains ; de dysphorique qu’il était, il redevient une terre de promesses grâce à ce paysan parti acquérir ailleurs (à Cuba) le savoir et l’expérience – mais son retour d’ordre messianique n’a pour lui rien de triomphal puisqu’il est assassiné avant de voir les fruits de ses efforts. Cette oblation n’aura pas été vaine dans le monde de la diégèse, mais elle montre la difficulté de cette « révolution » (au sens propre). Il laisse derrière lui, en disparaissant, l’espoir d’une terre ressourcée et une femme enceinte de ses œuvres.

La floraison de textes de « retour au pays natal » des Antilles caractérise cependant, semble-t-il, un héritage de la période de la négritude, magnifiquement illustré aussi par Aimé Césaire (1939), avec un sens somme toute similaire, à ceci près que la fable romanesque de Roumain est ici un poème-brûlot : le retour est là un geste de maturité politique, puisque les expatriés revenus de métropole avaient pris le recul et l’assurance nécessaires à révolutionner les habitudes de soumission. Le retour au pays est le serment d’un renouveau solidaire.

Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit […]. Et la voix prononce que l’Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
car il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie
que nous n’avons rien à faire au monde
[…] l’œuvre de l’homme vient seulement de commencer12

L’engagement du retour, suivant une sorte de vocation supérieure, est une réappropriation de son pays. Le retour est une promesse de revanche sur un passé ingrat, une démonstration de force après l’empêchement de l’absence. Le passé ne se présente pas pour Césaire comme l’album photographique des bons souvenirs – comme Le Songe d’une photo d’enfance : la machine Singer de la mère (sans doute la même que celle de Maman Lorvanna dans L’Autre Face de la mer, ou celle de la grand-mère de L’Île du bout des rêves), la case de la rue Paille (peut-être similaire au quartier du Bel-Air ou de la cour Blain dans Les dieux voyagent la nuit), et le lit, « le lit de planches d’où s’est levée ma race, tout entière ma race de ce lit de planches, avec ses pattes de caisses de Kérosine, comme s’il avait l’éléphantiasis le lit […] une nostalgie de matelas le lit de ma grand-mère13 » ; il rappelle ainsi un certain temps, retrouvé par le retour en Martinique ; mais l’enfance de l’homme – à l’image de la domination d’un peuple « minoré » – n’est évoquée que comme repoussoir, comme tremplin pour d’autres avenirs à rendre radieux.

En Haïti, le projet de retour a aussi été marqué par la situation politique, historiquement difficile, qui a longtemps entravé la liberté d’écrire en restant dans l’île. Pour J. Michael Dash,

Peut-être cette crise s’est-elle précipitée à cause de l’effondrement de certains modèles de représentation de la réalité nationale pendant le dix-neuvième siècle et surtout sous l’Occupation Américaine qui avait mis en question la relation entre l’écrivain et le monde autour de lui14.

Si le père de Grannie, dans L’Autre Face de la mer, décide en effet de quitter Haïti pour échapper à l’emprise américaine, il doit s’estimer heureux de pouvoir rentrer au moment où la Républicaine dominicaine en expulse ou massacre ses travailleurs voisins avec la dernière violence. Mais après le départ des Américains, il y eut aussi les Duvalier père et fils, entre 1957 et 1986. Se soumettre et rester, s’exprimer et partir. Beaucoup ont payé de leur vie – ou de leur œuvre – le refus d’une telle alternative, comme Jacques Stephen Alexis en 1961, lors de son ultime retour, porteur d’un projet politique. Beaucoup se sont exilés dans l’urgence ou ont préféré s’éloigner ou faire leur vie ailleurs, comme René Depestre ou Jean Métellus, comme Dany Laferrière, Émile Ollivier, Edwidge Danticat… Le déchirement des intellectuels haïtiens était plutôt dû à la décision d’un départ sans retour, pour des raisons de liberté, d’études, de commodité de la vie, ou par goût personnel de l’ailleurs. L’histoire des Antillais est marquée par une tension entre désir d’évasion et attachement à la terre. Pour les Haïtiens, la plupart de leurs ancêtres sont arrivés contre leur gré, enchaînés à fond de cale – image qui revient par vagues narratives dans L’Autre Face de la mer –, et la mort permet dans l’imaginaire collectif de repartir en Guinée. Malgré l’indépendance, la misère pousse au départ. La triste aventure des « boat-people » est évoquée par Émile Ollivier dans Passages (1994), ou par Maryse Condé (1986) : Haïti chérie, sans doute, mais Haïti quittée, si possible. C’est le rêve de Grannie, dans L’Autre Face de la mer, de partir « lòtbodlò ». Son petit-fils Jonas hésitera jusqu’à la fin à partir, ne voulant pas abandonner Grannie seule sur place. Tous ont rêvé de sortir de leur espace clos.

Seul le voyage sans billet de retour
peut nous sauver de la famille, du sang
et de l’esprit de clocher.
Ceux qui n’ont jamais quitté leur village
s’installent dans un temps immobile
qui peut se révéler, à la longue,
nocif pour le caractère15.

Le héros de L’Énigme du retour de Laferrière y revient pourtant, avec, dans sa valise, le Cahier d’un retour au pays natal, ce qui prouve que l’idéologie n’est jamais bien loin – ne serait-ce que le goût dérangeant de la liberté.

Le narrateur des Dieux voyagent la nuit a quitté l’île depuis longtemps, pour adopter une vie nomade.

À Jérusalem. D’où tu ne pourras pas envoyer de carte postale à Grannie, déjà partie en Guinée. À Rome. À Ouidah. Dans l’île de Gorée. À Paris. Dans les échos sacrés de la vallée de Cuzco. Dans le long vagabondage en solitaire autour du monde. En attendant l’ultime traversée16.

Beaucoup d’écrivains aujourd’hui vivent et écrivent en Haïti, voyagent, vont et viennent. De sorte que la thématique du difficile retour en Haïti relève aujourd’hui plutôt de l’expérience individuelle. Jean-Claude Charles développe, lui, le concept d’« enracinerrance » :

Dans les années récentes, d’autres écrivains se sont mis à utiliser le matériau de leur vie pour écrire : je pense notamment à mon ami Dany Laferrière, il faudrait souligner la nouveauté de ce phénomène dans l’histoire littéraire haïtienne, traditionnellement adossée au seul sujet collectif. Il faudrait prendre la mesure du chemin parcouru. Et son sens profond dans un pays comme le nôtre17.

L’événement familial devient le prétexte du retour momentané, de la visite. Si Émile Ollivier place son personnage sur les traces de sa mère Hortense dans Mère-Solitude, Lyonel Trouillot met aussi en scène dans La Belle Amour humaine une jeune fille qui vient en Haïti pour retrouver les traces de sa famille. Laferrière revient, dans Pays sans chapeau, se réinstaller dans sa cour natale. L’Énigme du retour ramène son narrateur en Haïti à la mort de son père – lui ou son double romancé ; c’est en tout cas l’occasion d’une réflexion sur la partance et le pèlerinage, sur ce que l’on recherche et ce que l’on retrouve.

Le « pays-temps » de Grannie

Ces chemins de retour, des années après, ou après une génération, font relire le présent différemment. Le temps a emporté une partie de soi que l’on ne pourra plus recouvrer.

Et l’exil du temps est plus impitoyable
que celui de l’espace.
Mon enfance
me manque plus cruellement
que mon pays18.

Comme D. Laferrière, Louis-Philippe Dalembert place le personnage, au début du roman Le crayon du bon Dieu, dans une situation de retour. Avec un décalage toutefois : le protagoniste se remémore la vie de Faustin, qu’il côtoyait étant enfant, en revenant en Haïti.

Depuis, l’enfance s’était refermée derrière lui, moins brutalement toutefois que la porte d’un avion sur l’éternel exilé qu’il était devenu… […] Tous les gens qu’il connaissait avaient disparu de la circulation. Sa grand-mère avait elle aussi disparu, sans lui laisser le temps de la revoir, après tant d’années de séparation, ni de l’embrasser une dernière fois. Les proches de sa première vie étaient disséminés aux quatre coins de la planète. Et les rares fois où ils s’écrivaient, c’était dans des langues nouvelles qui s’essoufflaient bien avant d’atteindre des racines désormais lointaines19.

Qu’est-ce donc qui peut « donner un sens à ce retour20 » ? Au moment où Le crayon du bon Dieu et Les dieux voyagent la nuit commencent, Grannie n’est plus, celle qui l’amarrait aux lieux du passé. Vient-on dans le pays natal pour constater l’évolution, les changements intrinsèques ? Pour Dany Laferrière, une ancienne connaissance explique la politique locale à celui qui, troublé par le temps interrompu d’un séjour ailleurs, a perdu le fil.

Il faut que je t’explique certaines choses que tu n’as pas l’air de comprendre, ce qui est normal, après plus de trente ans d’absence. Pour toi, on est en ce moment sous un autre régime puisque ceux que tu as connus ne sont plus sur le terrain. Mais ils ont été remplacés par leurs adversaires d’hier qui sont bien pires qu’eux. Ils sont frustrés, affamés et ils paniquent à l’idée de ne pas pouvoir tout rafler avant de crever. En fait, ils ne sont que des pantins que d’autres manipulent dans l’ombre. Les vrais maîtres de ce pays, on ne les voit jamais. Pour eux, c’est une histoire sans rupture. D’un seul tenant. […] L’argent existe, pas le temps21.

Le post-scriptum du Crayon du bon Dieu montre qu’« un lieu physique, Salbounda ou un autre, ne change guère. Ou si peu. » Ou plutôt « [t]out semble changé : les choses, les gens ; dans ce cas précis, le désastre écologique, l’architecture sauvage des bidonvilles, des nantis, l’arrogance sans bornes22 ». Installé dans une voiture, le héros superpose à son présent le souvenir de la vieille Peugeot de son enfance, à Port-aux-Crasses, la capitale de Salbounda – toponymes pour le moins péjoratifs, voire injurieux – le « trou du cul » du monde, ses bas-fonds malpropres. Mais il s’agit en réalité d’un malentendu car on ne recherche pas ce pays-là.

La définition du « pays-temps » est d’abord donnée par ce « post-scriptum ».

Assis dans l’avion qui te ramène vers d’autres errances, après avoir jeté un regard empreint de tristesse et de colère sur la mare fétide de Port-aux-Crasses, tu repenses à l’objet de ta visite à Salbounda. […] Et pourtant tu sens que tu n’as pas accompli pour rien cette tentative de pèlerinage en Temps natal. Certainement pas pour retrouver le quartier de ta prime enfance, désormais livré à la misère et aux crasses ? Ni l’envie de balancer une quelconque réussite à la face des autres23.

Si le dessein de retrouver son « image d’enfant24 » a été frustré, si la famille et les proches ne sont plus là pour réactiver le souvenir, « le pays réel, physique, cette terre qui t’a vu naître ne suscite plus d’attachement viscéral en toi25 », alors peut-être le voyage du grand retour est-il un échec. Sauf que précisément il s’aperçoit de ce que cherche le personnage :

En fait tu recherches un autre pays. Celui que dans tes pérégrinations en terre étrangère tu as nommé le pays-temps. Celui qu’on n’habite jamais qu’une seule fois. Comme le fleuve d’Héraclite. Cette terre d’au-delà des races et des nationalités. Deux notions vides de sens, deux hasards de l’aventure humaine. Donc absurdes… Le pays-temps. Le seul lieu auquel tu repenses toujours avec une profonde nostalgie26.

Il aura découvert là une nouvelle mesure du monde : « De l’errance, je suis passé à cette phase de l’humanité où l’homme n’a de pays que le temps qu’il habite27. » Ce sont les derniers mots du livre qui ne sont plus suivis que d’un autre port d’adoption : Rome et d’une date. L’histoire de Faustin qu’il écrit finalement est un double possible : celui dont il aurait pu vivre l’existence s’il n’avait pas déménagé. Une vie de misère et de débrouillardise, mais un rêve de vie dans le lieu choisi. Le risque du voyage est l’oubli : oubli de la glaise dont on est fait, oubli du sort de ceux qui sont restés – avec leur forme en creux : sa propre disparition, corps et âme, dans la maison et le souvenir des siens.

Dans Les dieux voyagent la nuit, le voyage de retour n’est qu’une visite dans les espaces perdus de sa mémoire, pour retrouver la raison de son ignorance des rites vaudous : comment peut-il se faire qu’il contredise le cliché qui fait de tout Haïtien un habitué du baron Samedi, comme toute Haïtienne – comme sa compagne Caroline – doit être une digne descendante d’Erzulie, chevauchée par les lwa ? Là encore, c’est Grannie le poto-mitan de cette visite virtuelle. La structure du roman est elle aussi un aller et retour entre cette chambre de New York où il rumine, non sa nostalgie du pays, mais sa double éviction du pays de Caroline : « Au corps de Caroline où tu es, cette nuit, interdit de séjour. […] Ce corps pareil au pays lointain28 » ; et le pays dont il est censé être originaire, le pays où « les tambours du vodou te furent, autrefois, prohibés29 ». Puisque son ignorance des rituels et des mystères a été publiquement dévoilée, son imposture manifestée, il est piteusement déchu de sa nationalité symbolique. Aussi doit-il, pour panser la blessure d’amour-propre et conjurer la frustration, fouiller ses souvenirs pour en exhumer les raisons. « Des histoires qui font un raffut pas possible et qu’on ramène de l’enfance pour mieux les affronter. Et dompter ses peurs d’homme30. » La mémoire revient par bribes, par scènes, et il lui faut recoller les morceaux éparpillés pour recomposer le tableau. « Tes yeux changent de territoire, passent de la lumière à l’ombre avec une égale acuité. Tes yeux hybrides31. » Alors l’évidence surgit : la faute en est à Grannie, qui lui a tout appris – sauf ce qu’elle considérait comme inutile ou nocif.

Tout individu sain d’esprit sait qu’il n’y a pas mieux qu’une bonne purée de blattes ou un bain de feuilles vertes à la naissance pour tenir éloignés, la vie durant, le guignon, le mauvais œil, les chrétiens-de-jour-bêtes-sans-nom-la-nuit et toutes qualités de déveines cordées. Grannie, elle, récuse de toute la sécheresse de son corps ces sataneries32.

Son refus porte sur les croyances les mieux partagées, et en particulier le vodou.

[E]lle n’a jamais aimé subir les choses. Rester à sa place, comme on dit. […] On ne l’achète pas, Grannie. Ni d’une façon ni d’une autre. Raison pour laquelle elle a décliné les offres de richesse des lwa si elle acceptait de les servir. Elle ne serait la monture de personne, ni esprit ni humain. Personne ne lui mettrait de bride ni de harnais. Encore moins des œillères. De toutes façons, s’il fallait chevaucher quelqu’un dans l’affaire, ç’aurait été elle la cavalière. Elle, à seller-brider les anges. À les caracoler à cru, si nécessaire. Ses deux mains agrippées à leurs ailes. Déjà que les hommes prennent les femmes pour des juments, faudrait en plus porter des esprits sur son dos. Alors un beau matin elle s’est levée et leur a fermé la porte au nez, au vu et au su de tous33.

Cet anticonformisme est le fond de son éducation. Elle est elle-même parcourue d’apparentes contradictions : revêche et aimante, solitaire et accueillante, menue et invincible, désireuse d’échappées et solidement enracinée. Ce refus de se conformer exactement aux impératifs du pays va s’imposer aussi à son petit-fils. Elle lui a ouvert la voie de la liberté.

Ainsi le territoire que l’on habite est celui de son esprit. « Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme », dit le proverbe, il faut donc accepter le destin. Mais si le bon Dieu a un crayon, pourquoi donc ne tracerait-il que des lignes droites ? Ou des points uniques ? Ne doit-il pas plutôt s’amuser à dessiner des courbes, des spirales et étoiles ? À l’image de Grannie devenue si vieille, avec « son visage fissuré, raviné, traversé de tant de rides qui y ont dessiné des arabesques de toutes sortes34. »

Identité multiple & diaspora

« Rien n’est vrai en dehors de cette connaissance : savoir que tu n’habiteras plus cet autre pays de toi-même35 » lit-on dans Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme. De fait, le « retour » peut être simplement une prise de conscience, le retour réel étant de toutes façons impossible dans un lieu qui, comme le fleuve d’Héraclite, vous a rarement attendu pour changer. Le retour n’est plus si utile si l’on cherche à trouver une configuration personnelle qui permette de faire exister des éléments disparates dans son itinéraire, comme un plat dont les ingrédients sont encore discernables alors même que leurs goûts se sont mariés. Alors le vagabondage est possible puisque l’on porte en soi la variété des lieux successifs – on ne voyage pas nécessairement léger en souvenirs.

Au fil du temps j’ai vu partir tant de monde. Très peu sont revenus à leur point de départ. Ceux qui ont essayé n’ont pas tardé à retrouver le mystère laissé là-bas. Qui a déjà vu l’eau retourner à sa source ? Aujourd’hui les gens s’en vont de plus en plus tôt. […] Et quand je regarde ainsi l’horizon, j’essaie seulement de me remémorer le nom, le visage, la voix, la démarche, l’histoire parfois de ceux qui sont partis. Ils ont été ou sont (est-ce qu’ils vivent encore ?) des pages, des chapitres inachevés de ma vie. Qui se souviendra d’eux, lorsque je ne serai plus là ? 36

Se pose ainsi la question d’une communauté de la diaspora, d’un réseau qui garde pour nœud central une mémoire commune originelle. Pont-D’Avignon a livré son passage, permis de traverser de lòtbodlò, baillé une roue libre vers sa propre vie. Grannie est « grenn » dans tous les sens du terme, celui de la diaspora en particulier, noyau d’un groupe qui essaime : elle est le centre à partir duquel on peut rayonner, elle est la graine à partir de laquelle la famille prend vie ; elle est celle qui centralise le souvenir des envolés et conserve une part de leur existence. Le sens de la vie de Jonas ou du narrateur en auto-psychanalyse newyorkaise ne se saisit qu’à partir de la grand-mère. « Il était ce petit garçon qui n’avait jamais prononcé le mot ‘père’37. » Ainsi ce n’est pas une « patrie » que le héros des Dieux voyagent la nuit est amené à quitter. Il est de facto libéré de cette attache, de cette obligation, mais les liens affectifs résistent plus élastiquement à l’éloignement.

Grannie est au centre de la diaspora, de l’éparpillement fécond de sa descendance. Mais l’expression « écrivain de la diaspora » a-t-il un sens ? Considérer que tout écrivain est bien né quelque part ne suffit pas – car alors son écriture serait nationale voire régionaliste. L’idée de diaspora implique la considération de liens particuliers et entre l’écrivain et le lieu dont il est issu, liens si essentiels qu’ils le caractérisent où qu’il aille et quoi qu’il écrive ; ce rapport filial se double d’une communauté plus ou moins informelle qui se reconnaît comme définie par cette ancestralité38 commune.

Il n’est pas évident que la littérature haïtienne relève de cette catégorie – même si les individus peuvent, en se rencontrant, manifester le plaisir des retrouvailles. Cette forme de culte de l’ancestralisme trouve une métaphore active dans l’image du rhizome (chère à Glissant, à Deleuze et Guattari). Un rhizome peut ressurgir très loin de son pied d’origine, après une longue ou lointaine disparition ; il n’en produit pas moins un plant identique au plant d’origine, simplement acclimaté au nouveau sol sur lequel il prospère, ou greffé sur d’autres gènes. En aucun cas il ne sera radicalement différent, ni soumis. Dans une épigraphe de L’Île du bout des rêves, L.-P. Dalembert cite Émile Ollivier : « …le monde est constitué de deux grandes races d’hommes : ceux qui prennent racine […] et ceux qui se prennent pour le pollen. […] Ils sautent dans des voiliers de hasard, empruntent d’aléatoires chemins, sans but, sans trajet préalablement déterminés39. » L’envol caractérise certes nombre de ses personnages, mais pas nécessairement l’oubli.

La diaspora reste encore pour l’écrivain un « fil à la patte », l’obligation de recréer ailleurs ce qu’il a laissé. C’est ainsi qu’il est difficilement admis qu’un auteur « de la diaspora haïtienne » écrive sur autre chose que sur Haïti : au mieux il fait des allers et retours, compose son récit newyorkais ou japonais en le feuilletant de retours sur l’île, ou dans l’« esprit » de l’île. Est-ce un trait récurrent de la diaspora haïtienne ? René Depestre écrivant sur ses bonnes fortunes de voyages autour du monde dans Éros dans un train chinois relie son recueil au centre antillais – avec un « comme il se doit » peut-être ironique –, dans une spirale qui se referme comme un maelström : « La fête de l’érotisme solaire se termine à perte de vie en Haïti, comme il se doit, par le “conte de sorcier”, feu d'artifice final40. » Mais que penser alors de la Ballade d’un amour inachevé ? Situé en Italie, dans les Abruzzes, ce roman a pour personnage principal un « immigré », qu’il soit croate, kosovar ou albanais, époux d’une Italienne qu’il perd, peut-être avec le bébé qu’elle porte, dans un tremblement de terre. Il n’y est nulle mention des Antilles – sauf si on lit ce récit dans son contexte contemporain, le séisme de 2010 en Haïti : alors le roman devient un chant universel à travers l’hommage muet à son île.

Continuer à clamer haut et fort son identité, sa communauté, engendre sans doute une satisfaction narcissique, mais elle est nécessairement exclusive : on en est, ou on n’en est pas. En effet, l’appartenance crée la ségrégation. C’est ce qui sépare le héros de la Ballade d’un amour inachevé des autres habitants du village, qui finissent par le lyncher, alors même qu’il vient de tout perdre sous les décombres de sa maison ; il n’était pas assez italien, voire pas assez des Abruzzes. C’est ce qui arrive aux Haïtiens sur la rivière Massacre en 1937 : le schibboleth que constitue pour un créolophone ou un francophone la prononciation du mot perejil trace une frontière sanglante entre peuples voisins41. Voici ce qu’affirme Jean-Claude Charles, auquel se réfère Louis-Philippe Dalembert, dans une épigraphe des Dieux voyagent la nuit :

Écrivain de la diaspora sûrement, à condition que l’on comprenne que ladite diaspora participe de la réalité même d’Haïti, qu’il ne s’agit pas d’une entité homogène, étrangère à ce qui serait « l’authentique Haïti », on connaît le blabla habituel de ceux que j’appelle les flics de l’identité. Je consentirais volontiers à croire que je suis un écrivain de la rue où je suis né à Port-au-Prince, et encore un pâté de maisons, la rue de l’Enterrement […].
C’est à partir de la rue de l’Enterrement que je me contente de soulever une de mes préoccupations fondamentales : la libre circulation des hommes, des idées et des créations. Le concept d’enracinerrance s’inscrit dans la logique d’une idée simple : laissez circuler le monde entier ! Cette idée ne semble pas simple pour ceux qui nous gouvernent, ni pour une part des peuples. Elle soulève des problèmes difficiles à résoudre, parfois apparemment impossibles. Je persiste à penser qu’elle existe dans le mouvement même du monde. En tant que créateur, je revendique le droit de n’exercer aucune police de l’identité42.

Ainsi le rétroviseur ne sert pas tant à regarder nostalgiquement derrière soi que de savoir quels dangers peuvent nous rattraper.

« Mais bon, je radote trop. Paix, bouche ! »

C’est ainsi que Grannie récuse son propre ressassement dans L’Autre face de la mer43. Elle fait toujours partie de l’univers intérieur du narrateur et ce n’est qu’en la ressuscitant que le héros peut expliquer sa personnalité présente, nourrie de sa force. Les récits ne sont donc pas des souvenirs d’enfance, au sens d’un passé révolu, mais l’enrichissement de l’individu par les multiples histoires qui le composent. Le retour au pays natal, le « pays-temps », est positif lorsqu’il permet de reconstituer son être particulier, sans autre désir que de faire le point de sa vie d’homme (ou de femme). Les retours évoqués dans les romans de Louis-Philippe Dalembert ne sont d’ailleurs pas définitifs : ils sont conçus comme des allers-venirs, des rappels utiles à chasser les incertitudes, à mieux aller de l’avant.

« On écrit l’histoire, mais on l’a toujours écrite du point de vue des sédentaires […]. Ce qui manque, c’est une Nomadologie, le contraire d’une histoire44 », affirmaient Deleuze et Guattari. L’exil impliquerait la douleur de l’arrachement, l’errance le manque de repères. La vagabondage désigne bien la libre circulation de celui qui a brisé ses entraves et va çà et là à sa guise. Louis-Philippe Dalembert professe aussi quelque chose du « chemineau », du routier qui trouve son bonheur dans le déplacement. « Surtout ne pas s’arrêter. En dépit des chausse-trappes du temps, toujours aux aguets. Et puis, où aurais-je jeté l’ancre ?45 ». De toutes façons, le « pays-temps » n’est pas le pays, mais une conjonction de planètes. On n’y retourne pas fortune faite. On en transporte en soi le chiffre comme une raison d’être propre, une tranquille assurance. « Bref, la notion de demeure m’est étrangère. Je ne m’en vante pas. C’est un constat, qui a son lot de liberté certes, mais aussi de mélancolie, parfois ; de solitude, par moments46. » Qui voudrait le brandir comme un unique étendard risque de tourner en rond, peut-être en cadence, ou d’en embrocher ses voisins. Pour Jean-Claude Charles encore,

Pour l’écrivain et le journaliste que je suis, il ne s’agit pas tant du mouvement du corps sur la planète que de la mise en mouvement, dans la langue, des lieux traversés, des cultures rencontrées, des langues données, apprises, acquises, reprises, et je pense également aux langues qu’on perd, aux langues qui se barrent, aux langues qui vous abandonnent, aux langues que vous laissez filer par la fenêtre et qui reviennent par la porte, la mise en mouvement, la mise en écriture du monde à partir du regard de l’enfant qui a grandi47.

Notes de bas de page numériques

1 Louis-Philippe Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, [Stock, 1996], Éd. Privat/Le Rocher, coll. « Motifs », 2004, p. 29.

2 Louis-Philippe Dalembert, Le Songe d’une photo d’enfance, [Paris, 1993], Le Serpent à plumes, « Motifs », 2005, p. 59.

3 Louis-Philippe Dalembert, L’Autre Face de la mer, [Paris, Stock, 1998], Le Serpent à plumes, « Motifs », 2005 ; [Port-au-Prince, Presses Nationales d’Haïti, 2007].

4 Louis-Philippe Dalembert, Vodou ! Un tambour pour les anges, préface Laënnec Hurbon, photographies David Damoison, Paris, Éditions Autrement, 2003.

5 Louis-Philippe Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, Monaco, Éd. Du Rocher, 2006.

6 Louis-Philippe Dalembert, Poème pour accompagner l’absence, Montréal, Mémoire d’encrier, 2005, p. 30.

7 Louis-Philippe Dalembert, L’Île du bout des rêves, [Bibliophane/Daniel Radford, 2003], Éd. Privat/Le Rocher, « Motifs », 2007, p. 301-302.

8 Louis-Philippe Dalembert, « Exil et diaspora : une littérature en migration », Notre Librairie, 1998-01, n° 133, p. 40-45, ici p. 43.

9 Gabriel Marcel, Homo Viator. Prolégomènes à une métaphysique de l’espérance, Aubier Montaigne, 1944, Avant-propos, p. 5-8, cité par Joël des Rosiers, Métaspora. Essai sur les patries intimes, Montréal, Triptyque, 2013, p. 9.

10 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p.29.

11 J. Michael Dash, « Haïti imaginaire : l’évolution de la littérature haïtienne moderne », Notre Librairie, 1998-01, n° 133, p.46-51, ici p. 46.

12 Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, [1939], Présence africaine, 1983, p. 57.

13 A. Césaire., Cahier d’un retour au pays natal, op. cit. p. 18-19.

14 J. M. Dash, « Haïti imaginaire : l’évolution de la littérature haïtienne moderne », op. cit., p. 46.

15 Dany Laferrière, L’Énigme du retour, Grasset, [2009], LGF, 2014, p. 39-40.

16 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 209.

17 Jean-Claude Charles, « L’enracinerrance », [2000], Boutures, 1.4, p. 37-41 ; en ligne sur le site Ile-en-île, http://ile-en-ile.org/jean-claude-charles-lenracinerrance/ (m.e.l. 2 oct. 2002, cons. 10 juin 2016), §3.

18 D. Laferrière, L’Énigme du retour, op. cit., p. 73.

19 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 16-17.

20 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 17.

21 D. Laferrière, L’Énigme du retour, op. cit., p. 218.

22 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 267.

23 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 263-265.

24 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 264.

25 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 264.

26 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 266.

27 L.-Ph. Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 268.

28 L.-Ph. Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 149.

29 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 149.

30 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 29.

31 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 149.

32 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 32-33.

33 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 32-34.

34 L.-Ph. Dalembert, L’Autre Face de la mer, op. cit., p. 135.

35 L.-Ph., Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, op. cit., p. 268.

36 L.-Ph. Dalembert, L’Autre Face de la mer, op. cit., p. 103-104.

37 L.-Ph., Dalembert, Les dieux voyagent la nuit, op. cit., p. 71.

38 Christine Chivallon, « Revisiter l’ancestralité aux Antilles », Civilisations [En ligne], 63 | 2014, (cons. 15 oct 2015) : http://civilisations.revues.org/3698. L’article s’appuie entre autres sur le discours du prix Nobel Derek Walcott en 1992 : http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1992/walcott-lecture.html (cons. 15 mai 2016). « That is the basis of the Antillean experience, this shipwreck of fragments, these echoes, these shards of a huge tribal vocabulary, these partially remembered customs, and they are not decayed but strong. »

39 L.-Ph. Dalembert, L’Île du bout des rêves, op. cit., p. 15.

40 René Depestre, Éros dans un train chinois, [1990], Gallimard, « Folio », 1993, quatrième de couverture.

41 On nous permettra de renvoyer sur ce point à notre article « Lectures plurielles de L’Autre Face de la mer de Louis-Philippe Dalembert et The Farming of Bones d’Edwidge Danticat », Théorie littéraire et culturalisme sous la direction d’Alain Trouvé, La Lecture littéraire n° 10, Université de Reims, septembre 2009, pp. 83-97.

42 Jean-Claude Charles, « L’enracinerrance », § 6 ; cité en épigraphe, Les dieux voyagent la nuit, p. 9.

43 L.-Ph. Dalembert, L’Autre Face de la mer, op. cit., 32.

44 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux, Paris, Éditions de Minuit, 1980, p. 34.

45 L.-Ph. Dalembert, L’Île du bout des rêves, op. cit., p. 42.

46 L.-Ph. Dalembert, L’Île du bout des rêves, op. cit., p. 42-43.

47 Jean-Claude Charles, « L’enracinerrance », op. cit., § 7.

Bibliographie

Corpus

Dalembert Louis-Philippe,

- Le Songe d’une photo d’enfance [Paris, 1993], Le Serpent à plumes, « Motifs », 2005

- Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme [Paris, Stock, 1996], Éd. Privat/Le Rocher, « Motifs », 2004 ; [Port-au-Prince, Presses Nationales d’Haïti, 2006]

- L’Autre Face de la mer [Paris, Stock, 1998], Le Serpent à plumes, « Motifs », 2005 ; [Port-au-Prince, Presses Nationales d’Haïti, 2007]

- L’Île du bout des rêves, [Bibliophane/Daniel Radford, 2003], Paris, Éd. Privat/Le Rocher, « Motifs », 2007

- Vodou ! Un tambour pour les anges, préface Laënnec Hurbon, photographies David Damoison, Paris, Éditions Autrement, 2003

- Poème pour accompagner l’absence, Montréal, Mémoire d’encrier, 2005

- Les dieux voyagent la nuit, Monaco, Éd. Du Rocher, 2006 ; [Port-au-Prince, Éditions des Presses Nationales, 2010]

- Ballade d’un amour inachevé, Paris, Mercure de France, 2013 ; [Port-au-Prince, C3 Éditions, 2014]

- « Exil et diaspora : une littérature en migration », Notre Librairie, 1998-01, n°133, p. 40-45

Autres textes

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Études

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Gannier Odile, « Texte et contexte : les lectures plurielles de L’Autre Face de la mer de Louis-Philippe Dalembert et The Farming of Bones d’Edwidge Danticat », in Alain Trouvé (dir.), La Lecture littéraire, n° 10, 2009, « Théorie littéraire et culturalisme », Université de Reims, pp. 83-97

Gannier Odile, « Retour en Haïti : pays rêvé, pays réel. D. Laferrière (Pays sans chapeau, L’Énigme du retour), L.-P. Dalembert (L’Autre face de la mer, L’île du bout des rêves), E. Danticat (After the dance) », colloque « Vers une histoire littéraire transatlantique », dir. J.-M. Moura, J.-C. Laborie, S. Parizet, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, 28-30 mai 2015, à paraître.

Pour citer cet article

Odile Gannier, « Retour au « pays-temps » de Grannie
(Louis-Philippe Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, L’Autre Face de la mer, Les dieux voyagent la nuit)
 », paru dans Loxias-Colloques, 9. Entre Haïti et ailleurs. Louis-Philippe Dalembert, Retour au « pays-temps » de Grannie
(Louis-Philippe Dalembert, Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, L’Autre Face de la mer, Les dieux voyagent la nuit)
,
mis en ligne le 20 janvier 2018, URL : http://revel.unice.fr/symposia/actel/index.html?id=1022.

Auteurs

Odile Gannier

Professeur de littérature comparée à l’Université Nice Sophia Antipolis, membre du Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature et des arts vivants. Après avoir enseigné le FLE à l’Institut français de Port-au-Prince, elle a fait sa thèse sur les Indiens des Caraïbes (Les Derniers Indiens des Caraïbes, Ibis Rouge, 2003) ; elle poursuit ses recherches sur les littératures insulaires (antillaise et tout particulièrement haïtienne), les littératures des marginalités, ainsi que sur la littérature de voyage.

Université Côte d’Azur, CTEL