Actes éducatifs et de soins, entre éthique et gouvernance |  Actes du colloque international (Felix C., Tardif J., éd.), Nice 4-5 juin 2009 |  Introduction générale 

Claude Vigna  : 

L’usager dans le dispositif : une présence silencieuse

Texte intégral

1Tout au long de ma pratique professionnelle d’éducateur puis de chef de service j’ai été confronté à l’antagonisme existant entre les logiques gestionnaires et nos interventions sur le terrain. Il s’agissait alors d’un « mano-a-mano » qui était fait de concessions plus ou moins satisfaisantes en termes de moyens de travail, concessions que les divers syndicats s’évertuaient à faire respecter.

2N’existerait-il pas une autre alternative plus constructive ? Fruit d’expériences vécues, elle consisterait à recentrer toute notre motivation sur la personne en souffrance et sur son droit à une existence digne.

3Il sera alors question du respect, établi sur des faits – et non sur des mots mille fois claironnés – des besoins réels de la personne, de sa spécificité, de sa différence comme interpellant nos logiques, qu’elles soient financières pour les uns ou relevant pour l’essentiel de notre bien être de salariés pour les autres.

4Mon parcours professionnel et ma proximité du terrain en tant qu’éducateur spécialisé, puis de chef de service auprès d’enfants et d’adolescents souffrant de troubles graves de la personnalité et du comportement ont été jalonnés de tentatives pour désamorcer cette mainmise du pouvoir de décision qui se réalise au détriment de la parole de « l’usager » réduit en toute logique à ce terme dépourvu de toute humanité. Cette personne dont on devrait entendre « le silence absolu »…

5Le bénéficiaire devient l’objet qui nous « préoccupe » et non pas le sujet évoluant à nos côtés. Dans un souci de classification et de repérage, propre à nous rassurer, nous l’affublons de diverses et savantes étiquettes, renvoyant alors à une Ethique très réduite du respect que nous lui devons.

6La personne accueillie se situe au plus bas de l’échelle institutionnelle.

7A nous donc, qui consacrons une partie de notre vie à nous trouver à ses côtés, de reconsidérer notre vraie place et l’importance de notre rôle en tant qu’intermédiaires efficaces de sa « parole » d’être humain.

8La nôtre n’en sera que plus crédible auprès de ceux qui détiennent les « rênes de la finance ».

9Il est dommage de constater la pénurie d’initiatives venant du terrain et allant vers cet objectif, dans un souci éventuel de recherche, pourquoi pas ?

10Ces initiatives, à un coût tout à fait raisonnable, pourraient modifier la dérive pyramidale et sécuritaire de nos institutions. Car celles-ci, dans l’ambition de se modeler sur le comportement des entreprises concurrentielles, se détournent de leur mission première et induisent fatalement les exécutants à se « fonctionnariser », les éducateurs devenant ou redevenant alors peu à peu les gardiens de « l’anormal ».

Pour citer cet article

Claude Vigna, « L’usager dans le dispositif : une présence silencieuse », paru dans Actes éducatifs et de soins, entre éthique et gouvernance, Actes du colloque international (Felix C., Tardif J., éd.), Nice 4-5 juin 2009, Introduction générale, L’usager dans le dispositif : une présence silencieuse, mis en ligne le 29 octobre 2010, URL : http://revel.unice.fr/symposia/actedusoin/index.html?id=789.


Auteurs

Claude Vigna

Claude Vigna a été éducateur spécialisé dans une institution accueillant des enfants et adolescents souffrant de troubles graves de la personnalité et du comportement. Il a été à l’origine de la mise en place de la prise en charge pour un groupe particulier d’enfants et d’adolescents, dénommé « vivre avec ». Ce groupe bénéficiait d’un cadre de vie similaire à un foyer familial que l’équipe d’éducateurs prenait en charge 24h sur 24.
Claude Vigna collabore ensuite activement au projet et à la création de deux services « hors les murs » dont l’un d’entre eux poursuivra le projet de « vivre avec ». Devenu responsable de ces deux services, il participera à tisser des liens durables avec l’environnement, ce qui permettra aux jeunes accueillis de se confronter à la réalité sociale. En 2003 il travaille au projet du Sessad de l’institution mère, dont il prendra en charge le destin jusqu’à son départ à la retraite en 2007.
Il est l’auteur en 2006 d’un ouvrage : « la Bombe » aux éditions Pietra Liuzzo et travaille actuellement à un nouveau livre intitulé « lyric » dans lequel, sa connaissance sensible des terrains de l’intervention medico éducative et sa proximité avec les jeunes accueillis lui ont inspiré le récit du parcours d’un autiste intelligent écoutant les travailleurs sociaux s’entretenir autour de lui.