Carole Gayet-Viaud


Sociologue, chercheur associé au Centre d'Etude des Mouvements Sociaux, EHESS-CEMS (Institut Marcel Mauss) et maître-assistant associé Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris La Villette (ENSAPLV)

Articles de l'auteur


Actes éducatifs et de soins, entre éthique et gouvernance | Actes du colloque international (Felix C., Tardif J., éd.), Nice 4-5 juin 2009 | Plénière 3 : Les pratiques éducatives en urgence sociale

Du passant ordinaire au travailleur social : difficultés et exigences du don dans la rencontre avec les personnes à la rue

Il est aujourd’hui commun de décrire les rapports entre citadins sous les traits de « l’indifférence civile », qui jouxte à bien des égards, politiquement, l’apathie, et moralement, l’incurie. Si l’on renverse ce paradigme commun d’analyse, qui fait de l’indifférence l’état par défaut, et de l’intérêt porté à autrui le produit d’un effort toujours coûteux, on découvre les difficultés que rencontrent les meilleures intentions elles-mêmes pour se manifester. Dans le rapport aux sans-abri, l’enquête montre que c’est souvent une impossibilité de manifester le souci de l’autre et de la situation d’une manière juste, digne et faisable (et un sentiment corrélatif d’impuissance) qui conduisent à un repli sur l’indifférence, plutôt qu’une absence de concernement. La comparaison des conditions de la rencontre avec des sans-abri, pour de simples passants d’une part, et pour des travailleurs sociaux du Samu social d’autre part, met au jour l’importance cruciale des appuis pragmatiques du don, qui manquent aux premiers et dont jouissent les seconds, dans la possibilité même de son déploiement. L’institution y apparaît comme la médiation indispensable du souci d’autrui, en prenant en charge la justification du geste initial d’ouverture et simultanément, la nécessité (paradoxale) de clôture du don (requalifié en secours). Mais cette façon de borner ainsi les exigences du don, pour le rendre matériellement et moralement faisable, comporte son revers : les intervenants sociaux délèguent de manière parfois douloureuse l’appréciation (et la re-constitution) du sens moral de leur activité à l’échelon institutionnel dont ils ne sont que des maillons (voués à produire des gestes tronqués, découpés en séquence, rognés en inconditionnalité). Cette dimension indissociablement pratique et morale de l’activité des travailleurs sociaux mérite d’être prise en compte dans l’organisation du travail et dans les analyses de la souffrance au travail (les demandes de formation en sont une manifestation indirecte, où la soif est grande, d’échanges et de temps permettant la recomposition d’une unité de l’expérience). On ne peut la renvoyer aux seules dimensions psychologiques de fragilité émotionnelle, ou de compétences en termes de « réglage de la distance ».

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Actes éducatifs et de soins, entre éthique et gouvernance | Actes du colloque international (Felix C., Tardif J., éd.), Nice 4-5 juin 2009 | Les ateliers | L'agir créatif : la prescription de l'action en question. Le cas de l'aide à domicile

Discussion

“Malgré quelques acquis récents dans la reconnaissance institutionnelle des qualifications requises pour exercer leur métier, les aides à domicile peinent à voir leur activité reconnue dans l’intégralité et la spécificité des compétences qu’exige leur travail. Les deux textes qui suivent, issus d’enquêtes empiriques menées auprès de professionnels en activité, reviennent sur la définition des exigences intrinsèques à l’exercice de telles activités, en alertant, l’un et l’autre, sur les effets contreproductifs des mesures du plan Borloo de 2005 relatives au « développement des services à la personne ». Les deux textes proposent une analyse de la nature du travail réel mené à bien par les aides...”

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