PSEI | Numéro 3 Paix et Sécurité Européenne et Internationale |  Etudes de paix et de sécurité européenne et internationale 

Jacques Fontanel  : 

La sécurité économique et sociétale : pour une conceptualisation humaniste multidimensionnelle

Résumé

La sécurité économique, sociale et humaine exprime un sentiment collectif concernant les menaces qui pèsent sur le monde, les pays, les régions, les groupes sociaux et l’ensemble des citoyens. Elle n’est pas mesurable, elle dépend des conceptions philosophiques, religieuses ou situationnelle dans lesquelles les analyses des agents s’inscrivent ou se reconnaissent. Plusieurs questions méritent alors d’être évoquées. Quelle est la nature des conflits étatiques dans une situation de globalisation économique ? Existe-t-il un choix entre le beurre et le canon ? L’économie de marché est-elle une garantie de paix ? Quelle importance économique, politique et stratégique peut avoir la puissance des armes ? L’arme nucléaire est-elle une menace ou un élément de dissuasion ? Quelle est la place nouvelle de la cyber guerre et des cyber armes ? Quel est le poids des raretés relatives dans l’expression des conflits interétatiques, notamment dans le domaine énergétique ? Quelle est l’efficacité des sanctions économiques internationales à l’encontre d’un pays ? La recherche d’un leadership mondial dans une économie de marché est-elle un facteur de paix ? Le développement économique contemporain peut-il s’engager dans un développement soutenable sans conflits interétatiques et sociaux ? La sécurité internationale implique le respect d’un développement humain soutenable, l’éradication de l’extrême pauvreté et la mise en place d’institutions sociales stables rejetant toute discrimination. La recherche des inégalités politiques, sociales, économiques, religieuses et sociologiques est au cœur des conflits et des guerres.

Abstract

The economic and human security expresses a collective feeling concerning the threats that weigh on the world, the countries, regions, social groups and all the citizens. It is not measurable; it depends on philosophic and religious conceptions, but also on the violence of international, social or human conflicts. On this purpose, several questions must be evoked. What is the nature of the States conflicts in a situation of economic globalization? Is the market economy a guarantee of peace? What is the impact of the choice between butter and cannon? What is the economic, political and policy power of weapons? Is nuclear weapons threat or deterrent? What is the importance of “cyber weapons” and “cyber warfare” threats? What is the weight of the relative scarcities in the expression of interstate conflicts, particularly in the energy field? What is the effectiveness of international economic sanctions against a country? Is the research of world leadership for a State in a market economy a factor of peace? Can the contemporary economic development to engage in sustainable development without social and interstates conflicts? International security implies respect of sustainable human development, the eradication of extreme poverty and the establishment of stable institutions rejecting any discrimination. Search of growing political, social, religious, economic and sociological inequalities is at the heart of conflicts and war.

Index

Mots-clés : arme nucléaire , conflit, conflits étatiques, cyber-guerre, développement économique, developpement humain soutenable, économie de marché, globalisation, menaces, sanctions économiques internationales, Sécurité économique et sociétale, sécurité humaine, sécurité internationale

Keywords : conflict , cyber-warfare, Economic and human security, economic development, economic international sanctions, globalization, international security, market economy, nuclear weapons, states conflicts, sustainable and human development, threats

Plan

Texte intégral

I. Introduction

La notion de sécurité est polysémique. Dans une première acception, elle est limitée aux débats concernant les dépenses publiques militaires et le degré de respect du bon fonctionnement interne des lois nationales ou internationales. Elle est souvent réduite aux menaces des Etats étrangers, aux effets centrifuges des pouvoirs organisés et aux conflits directs entre les classes sociales ou entre les personnes. Cependant, cette analyse reste réductrice. La sécurité d’un pays exprime d’abord d’un sentiment collectif concernant le poids moral, économique et politique à accorder aux menaces qui pèsent sur l’Etat, ses composantes et ses citoyens face à des ennemis éventuels, internes ou externes. Elle n’est donc pas directement mesurable. Elle dépend des perceptions ontologiques, philosophiques ou religieuses des systèmes et structures collectifs en place, et d’un besoin plus ou moins justifié de sécurité exprimé par les citoyens (dans le cas de la démocratie) ou par les pouvoirs en place. Elle n’est donc pas réduite aux seuls secteurs militaires et civils (police et justice) de la sécurité nationale1.

L’économie de la sécurité étudie les risques des conflits internationaux, nationaux, régionaux, commerciaux ou interpersonnels relatifs aux relations économiques, sociales et sociétales qui affectent le bon fonctionnement des systèmes de production similaires ou non, alliés, concurrents ou antagonistes. Le concept de risque lui-même fait l’objet de nombreuses interprétations, le risque des uns étant souvent le bouclier contre le risque construit par les autres. Dans ce contexte, la sécurité économique a pu être pensée en termes de « business model »2. Pour les économistes, un risque décrit généralement la probabilité qu’un effet négatif non souhaité apparaisse à l’issue d’un ensemble de décisions, au regard d’une situation géoéconomique ou sociale particulière, mais évolutive. Dans ces conditions, les hypothèses de fonctionnement du système peuvent aussi être affectés par des « chocs exogènes », des phénomènes de spéculation incontrôlés, des effets pervers relatifs à des événements aléatoires ou à l’émergence de conflits publics ou privés, nationaux ou internationaux, aux conséquences graves au regard de la précarité de la condition humaine.

L’antagonisme systémique longtemps évoqué pour expliquer la guerre froide n’est plus à l’ordre du jour avec l’effondrement de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie. La fin de l’histoire, évoquée par Francis Fukuyama3, n’a vraiment pas été confirmée par les faits, malgré la séduction politique de ces propos dont nombre d’analystes auront été victimes. L’hypothèse selon laquelle la démocratie et le libéralisme économique étaient en mesure de s’imposer définitivement dans toutes les strates de la société internationale, en satisfaisant ainsi le désir de reconnaissance de chaque homme dans son action quotidienne4, ne semble toujours pas à l’ordre du jour. Les conditions de fonctionnement de la démocratie, souvent dominée par une ploutocratie ou une technocratie maîtrisant bien les codes démocratiques, sont aujourd’hui discutables, même dans les pays depuis longtemps favorables à ce régime politique. S’il s’agit sans doute du « moins pire des systèmes », les expressions démocratiques d’aujourd’hui sont trop souvent dominées par les forces de l’argent, le « trompe l’œil » de l’égalité devant l’information ou l’action d’influence des pouvoirs occultes ou, au contraire, des autorités en place. Enfin, la démocratie ne rechigne pas à s’engager dans des conflits armés, principalement à l’encontre des pays qui ne partagent pas ses idéaux et ses règles de fonctionnement5.

La sécurité internationale est nécessaire au fonctionnement optimal de l’économie mondiale. Or, les mesures de protection prises par les autorités publiques pour protéger leurs citoyens et leurs entreprises de la violence des actes internationaux ou nationaux inamicaux ont un coût, qui, le plus souvent, a été qualifié de fardeau. Pourtant, sans sécurité, sans protection par l’application de la loi face aux actions illégitimes des groupes ou Etats organisés, l’activité économique ne peut plus fonctionner correctement. La nature des hommes, des groupements et des structures étatiques n’est pas toujours aussi bonne que celle que Rousseau avait bien voulu décrire. Certes, certains Etats ou groupes peuvent tirer avantage, à court ou à long terme, d’une situation de crise économique ou de guerre militaire, mais du point de vue de la production et du bien-être global des populations, non seulement en termes de destructions humaines et physiques, mais aussi dans l’évolution d’un commerce international apaisant et apaisé6, les résultats collectifs expriment, pour tous les belligérants, un « jeu à somme négative ».

Dans les analyses économiques mercantilistes de la Renaissance, la puissance comparative des Etats était un facteur essentiel de leur comportement au regard des autres acteurs internationaux. L’émergence de conflits pérennes, itératifs ou récurrents, était une hypothèse à prendre en compte, en vue d’offrir la « toute puissance » au Prince, par la prédation, la colonisation, l’esclavage ou le contrôle de territoires rendus incapables ensuite de résister à la loi imposée7. Il faudra attendre Adam Smith pour que le caractère pacifique des règles de fonctionnement d’un capitalisme fondé sur l’intérêt personnel de chacun, dans l’intérêt mutuel des Nations et des hommes, soit énoncé. Cependant, si le philosophe écossais a incontestablement commis une erreur en développant le concept de la « main invisible », concept qui est pourtant souvent encore repris sous des formes diverses par les tenants de l’économie de marché, il n’en avait pas moins indiqué que celle-ci ne pourrait s’exprimer que si la guerre, l’esclavage, la colonisation et l’insécurité interne étaient définitivement éradiqués8. Cette condition préalable suggérait que l’Etat est le garant du bon fonctionnement du marché auquel il préexiste ; c’est même lui qui lui donne les moyens d’être libre et performant9.

Le bon fonctionnement de l’économie mondiale peut être un facteur de réduction des tensions guerrières, mais celles-ci dépendent non seulement de la permanence ou la récurrence des complexes militaro-industriels nationaux concurrents qui favorisent l’expression des tensions interétatiques10, mais aussi de nombreuses autres variables qui échappent parfois à la rationalité des comportements des acteurs11. La géoéconomie invite à une nouvelle réflexion sur les rapports entre les choix économiques, les situations géographiques productrices de conflits récurrents et les impératifs sécuritaires12.

Aujourd’hui, alors que le monde est toujours plus sensible au bruit des bottes, à la violence du terrorisme et à la crainte nucléaire, les économistes présentent des analyses qui n’intègrent pas les variables explicatives de la sécurité, comme si celles-ci étaient neutres quant au fonctionnement de l’économie nationale13. Les seules études économiques produites aujourd’hui mettent en équations les conséquences des actes du terrorisme, l’influence sur la croissance économique du complexe militaro-industriel ou le coût de la guerre en Irak14, en Afghanistan ou dans le Golfe Persique. Elles ne prennent toujours pas en compte l’importance de la sécurité (sous toutes ses formes), mais proposent a posteriori des estimations sur les coûts supposés des actions belliqueuses ou sur la production et la vente des armes. L’interrogation fondamentale qui n’a pas de solution évidente, est celle de la permanence des actes guerriers quelle que soit leur nature. Plusieurs questions doivent donc trouver des réponses.

Quels sont les fondements de l’insécurité économique et humaine ?

Le recours aux armes offensives ou défensives est-il nécessaire, mais insuffisant ?

Quelle est la nature des conflits étatiques dans un contexte de globalisation économique ?

Comment améliorer les conditions de la sécurité pour chaque Etat et pour chaque homme ?

II. Réflexion sur la notion de sécurité économique et humaine en situation de globalisation économique mondiale

Pour les théories libérales, la globalisation se caractérise aujourd’hui par la mise en place d’une organisation mondiale de l’économie de marché capable d’innovations technologiques, sociétales et sociales fondamentales pour la satisfaction des besoins croissants des hommes, grâce à la concentration de la matière grise, à l’essor des initiatives individuelles et collectives par la mise en place de réseaux de savoir théoriques et pratiques, et au développement d'opportunités d'apprentissage collectif. Cette conception est discutable, elle est plus fondée sur un a priori politique que sur une analyse multidimensionnelle soucieuse de ne pas s’en tenir aux variables économiques mesurables pour comprendre et orienter les décisions collectives.

Pour le PNUD15, la globalisation n’est pas un concept nouveau, mais la relance de ce processus a favorisé la réduction perçue du temps et de l’espace, elle a ouvert les barrières douanières et éliminé les obstacles aux transferts financiers. Cependant, si le marché est supposé produire à grande échelle avec efficience, il favorise aussi l’émergence d’inégalités sociales difficilement acceptables et il néglige les biens publics et environnementaux. Le long terme est sacrifié sur l’autel du profit à court terme. Dans ce contexte, les organismes publics se doivent de défendre les valeurs morales et éthiques constitutives des sociétés développées (notamment le respect des droits de l’homme), l’équité (par la réduction des disparités injustifiées), l’intégration (avec le rejet de la marginalité et de l’exclusion), la « soutenabilité » d’un développement économique « propre », la réduction des zones de pauvreté et la réduction de la précarité dans la vie des hommes. Ils ont en charge une politique de réduction des instabilités économiques et politiques récurrentes ou conflictuelles. Les valeurs défendues par la PNUD n’émergent guère d’un processus de mondialisation de l’économie plus soucieux de libéralisme radical que de protection des hommes, de tous les hommes, face à leurs besoins. Dans un contexte d’inégalités croissantes, la violence renaît, fondée d’une part sur des valeurs religieuses ou philosophiques écartées par le monde consumériste, et d’autre part sur la pauvreté qui concerne aujourd’hui encore près d’un milliard d’individus dans le monde.

La notion de sécurité ne se prête pas à la quantification. Les dépenses militaires et civiles consacrées à la sécurité ne constituent pas toujours un indicateur significatif de l’importance du sentiment d’insécurité. Lorsque l’effort militaire augmente, les Etats le justifient par l’accroissement des menaces des ennemis potentiels, alors qu’il est motivé par l’action intéressée du complexe militaro-industriel ou par une volonté de puissance. Au fond, le sentiment du degré d’invulnérabilité d’un pays devrait prendre sa source sur la base d’informations précises, comme la dissuasion nucléaire par exemple. Cependant, de nombreuses variables explicatives échappent à cette projection qualitative de la défense, comme le danger terroriste, la violence des griefs nationaux ou internationaux, la qualité de la solidarité nationale, la solidité des alliances ou la culture nationale et internationale de la paix. Dans un pays, la notion de sécurité fait référence au contrôle des forces naturelles (comme les tsunamis), des technologies à risque (énergie nucléaire, traitement de l’information), des crises économiques fondées sur des mouvements spéculatifs (avec les émeutes éventuelles qu’ils peuvent faire naître), des mouvements démographiques (migrations internationales), des questions environnementales (changement de climat), mais aussi des conflits stratégiques entre grandes puissances et des violences politiques et sociales (avec les guerres et violences civiles potentielles)16. La perception de la sécurité des hommes implique une analyse pluridisciplinaire, incluant notamment le respect des droits de l’homme, l’étendue des valeurs démocratiques, la nature des relations internationales, les évolutions stratégiques, le degré de contrôle des technologies, ou l’importance des financements de la recherche scientifique dans l’épanouissement des valeurs humanitaires. Il n’y a pas à proprement parler un niveau optimal de sécurité indiscutable, car l’économie et le politique ont des approches ayant chacune leurs propres contenus et dynamiques, avec des vitesses d’action et de réaction différentes17.

La sécurité économique vise à assurer le maintien harmonieux de l'activité économique d’un pays face aux multiples attaques extérieures, par exemple en matière de préservation des actifs stratégiques nationaux (notamment dans les secteurs d'activité tels que l'énergie, les industries militaires, les technologies de l'information), de lutte contre la cybercriminalité, la cyberguerre ou l'espionnage industriel, de respect des alliances civiles et militaires, d’essor de la recherche, mais aussi de lutte contre l’évasion fiscale et les fraudes financières, lesquelles fragilisent l’Etat dans son pouvoir d’action. Pour un territoire, il s’agit de préserver l'emploi sur son sol, en bénéficiant d’une ouverture économique riche en opportunités, et en se préservant des prédations de toutes sortes. Pour parler de sécurité, il est souvent fait état des moyens, alors même que les causes de l’insécurité sont rarement abordées18.

L’économie politique a toujours pris en compte les questions de rapport de puissance. Elle considérait autrefois la guerre comme un instrument de richesse, par la prédation, la colonisation ou l’esclavage. Elle admettait les rapports de force entre les Etats, et la violence collective était parfois analysée comme une œuvre de civilisation (dans le cas du colonialisme, par exemple). Pour les mercantilistes, la « guerre économique » était clairement revendiquée, car elle était susceptible de fragiliser les pays ennemis, tout en conférant à son instigateur une puissance accrue. Les forces militaires étaient alors considérées comme un instrument nécessaire à l’économie d’un pays, à la fois pour défendre ses richesses et pour s’approprier éventuellement celles des autres19.

Les comparaisons des dépenses militaires n’offrent pas vraiment d’informations suffisamment précises pour définir la sécurité qu’offre la défense nationale. D’abord, parce que les définitions de base ne sont pas homogènes, les hypothèses nécessaires à l’homogénéité des informations sont souvent discutables et les données fournies par les Etats ne sont pas toujours disponibles, précises ou sincères20. Aujourd’hui, le budget militaire ne prend pas en compte le poids et le coût des armes économiques ou l’importance stratégique des réseaux d’information numérique. Ensuite, les techniques de comparaisons internationales et intertemporelles donnent des informations significatives intéressantes, mais leur interprétation n’est pas toujours satisfaisante. Les mesures en dollars constants ou selon la méthode de parité de pouvoirs d’achat répondent à des procédures méthodologiques qui ne satisfont sans doute pas tous les modes d’interprétation de ces données. Elles permettent des comparaisons dont on mesure mal la valeur économique, politique ou stratégique. Lorsqu’un pays dépense excessivement, il réduit, en termes de coûts d’opportunité, son potentiel d’innovations civiles et d’infrastructures, ce qui est susceptible de fragiliser son développement économique, et donc sa sécurité future. Enfin, la comparaison de la sécurité des pays doit prendre en compte non seulement les facteurs militaires, mais aussi la puissance de leur économie, leur capacité d’innovation, la force collective de leur population, la capacité de dissuasion de leur arme nucléaire (réservée à quelques pays du fait du Traité TNP) ou leur maîtrise des réseaux d’information numérique. Au fond, l’information la plus intéressante d’un point de vue économique et politique, c’est le poids accordé à la sécurité militaire par un pays. Les informations concernant l’importance des dépenses militaires au regard de la richesse nationale produite chaque année donnent des indications intéressantes sur l’évolution des conflits régionaux et mondiaux, ainsi que sur le sentiment de sécurité ou d’insécurité exprimée par l’Etat (Tableau 1).

Aujourd’hui, la science économique est obsédée par la recherche de la rationalité économique, laquelle est une des conditions favorables à la mise en place d’études rigoureuses, fondées à la fois sur des mathématiques plus ou moins puissantes et des statistiques jugées suffisamment exactes pour servir de support empirique aux « lois » ou « règles » micro ou macroéconomiques observées ou calculées. Quand les astrophysiciens sont capables d’envoyer avec une grande précision des hommes sur la lune, les chercheurs en économie présentent à la fois une grande hétérogénéité dans leurs analyses et leurs solutions font l’objet de débats, notamment dans la comparaison entre les prévisions calculées sur la base d’une réflexion économique approfondie et les résultats concrets obtenus. Certes, la lecture d’une économie nationale est complexe, mais cette observation ne justifie pas pour autant que la plupart des variables non économiques, même les plus importantes, soient réduites à la portion congrue. Il en résulte un raisonnement de type  ceteris paribus, (toutes choses égales par ailleurs) parfois utile mais souvent aussi réducteur. Les questions de sécurité, notamment, sont souvent négligées, alors même qu’elles hantent les Etats dans les moments de fortes tensions économiques, politiques, militaires, démographiques ou éthiques nationales et internationales21.

Tableau 1 – Dépenses militaires en pourcentage du PIB en 2011 et 2014 (taux les plus importants au monde, ainsi que ceux des grandes puissances)

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Les modèles économiques ne peuvent pas définir les politiques économiques optimales à suivre, car le problème n’est évidemment pas seulement du ressort économique. Il est aussi éminemment politique, notamment dans un contexte caractérisé par des décisions à la rationalité fluctuante prises par un roi, des émirs ou des chefs religieux qui prennent en considération des intérêts qui leur sont propres, sans contrôle réel de leur population. Les économistes doivent donc se rappeler que l’économie est d’abord politique, et que toutes les réflexions de type ceteris paribus qui dominent in fine les modèles économiques, ne peuvent ignorer les informations produites par les autres domaines scientifiques sur le comportement des hommes et des structures qu’ils ont créées.

Les économistes n’incluent jamais le « sentiment de sécurité » dans leurs modèles. Dans ce contexte, la préparation des politiques économiques fondée sur une recherche d’optimum n’est pas satisfaisante, car les risques de conflits, dans le meilleur des cas, ne sont que partiellement pris en compte, souvent sous la forme de « chocs exogènes ». Cependant, les actions de sécurité ont pour objectifs de protéger le développement économique confronté aux « cyber attaques », aux menaces stratégiques ou au terrorisme. De manière plus générale, dans une économie ouverte au potentiel accru, la sécurité économique et sociale d’un territoire est d’une importance déterminante pour son potentiel de développement, face aux risques de prédation des actifs stratégiques de ses secteurs clefs22. Si l’objectif de l’Etat est de protéger les citoyens d’ennemis extérieurs réels ou imaginaires, il prend part à la mise en place d’une force militaire suffisante au regard des moyens disponibles en vue d’assurer son service public de protection ou, pour les grandes puissances, de rechercher une hégémonie mondiale ou régionale. Les armes et la loi constituent les deux bases fondamentales de la fondation des Etats, selon Machiavel.

Il existe aujourd’hui un contraste étonnant entre des unités étatiques structurées (même si elles ne sont pas toujours cohérentes) et un système international invertébré, au comportement parfois anarchique, avec des règles définies collectivement, mais peu respectées dans les cas de grande intensité de conflit. Dans un monde qui n’a jamais connu un développement aussi important, il n’existe pas vraiment de gouvernance centralisée capable de contrôler les actes d’insécurité et d’incivilité collectives. L’ONU a failli plus souvent qu’à son tour à cette tâche, et l’OTAN se maintient dans une action « partisane » en faveur de ses membres, ce qui peut être perçu comme une menace pour les autres acteurs internationaux23.

Les Alliances24 sont nombreuses dans le domaine militaire, elles s’accompagnent souvent aussi d’échanges commerciaux et d’un soutien réciproque des Etats dans les instances internationales. Sur la base des engagements d’assistance mutuelle, la liste comprend huit alliances collectives, l’OTAN et l’Alliance Atlantique étant la plus importante et la plus puissante du monde. Elles comprennent la plupart des pays de l’Union européenne, pour laquelle il s’agit de sa première instance de défense. L’Europe dispose aussi de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). L’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) comprend 6 pays, après de nombreuses évolutions, situés dans l’ancienne URSS (Arménie, Kazakhstan, Kirghizstan, Russie, Tadjikistan et Biélorussie), concurrencé dans le domaine politique (et non militaire) par le GUAM, proche de l’OTAN, une organisation pour la démocratie et le développement économique (2006), rassemblant la Géorgie, l’Ukraine, la Moldavie et l’Azerbaïdjan. D’autres alliances coexistent comme le Traité de Rio qui ne comprend plus aujourd’hui que 17 Etats membres (Argentine, Bahamas, Brésil, Chili, Colombie Costa Rica, Etats-Unis, Guatemala, Haïti, Honduras, Panama, Paraguay, Pérou, Salvador, St Domingue, Trinidad et Tobago et l’Uruguay), l’ANZUS (Etats-Unis, Australie et Nouvelle Zélande, cette dernière avec des réticences), la Ligue arabe (Arabie Saoudite, Égypte, Irak, Liban, Syrie, Jordanie, Yémen, Algérie, Bahreïn, les Comores, Djibouti, Émirats arabes unis, le Koweït, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Palestine, Qatar, Somalie, Soudan et Tunisie), le Conseil du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Oman) et les Five Powers Defense Arrangements  (Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande, Malaisie et Singapour).

Les alliances politiques, militaires et financière comme l’ONU, l’OTAN ou le FMI ont pour fonction de réduire l’incertitude dans le système international. Elles établissent des standards et des règles en vue d’améliorer la cohésion et l’efficience des relations entre les Etats. L’ONU s’engage dans les opérations de paix, en vue de limiter les effets désastreux des conflits entre les communautés ou les pays, elle organise les opérations de maintien de la paix, souvent dangereuses et onéreuses. Cependant, son action est limitée à la fois par ses moyens politiques réduits au regard du poids des grandes puissances et par ses moyens financiers limités, notamment dans le domaine militaire25. L’ONU et les alliances agissent pour que les Etats membres rejettent la force militaire comme mécanisme privilégié pour trouver une solution à leurs conflits territoriaux ou économiques. Cependant, la guerre n’a pas pour autant été éradiquée. Elle touche la plupart des systèmes politiques. Ainsi, pour Thibaud Richard, les systèmes démocratiques ne sont pas particulièrement pacifiques, sauf à l’égard des pays adoptant les mêmes règles de gouvernement26.

En 2016, l’insécurité face aux armes est toujours aussi établie. Il est difficile de lister tous les conflits armés qui existent dans le monde. La situation est clairement plus grave qu’en 1990, lorsque l’antagonisme entre le capitalisme et le socialisme a pris fin. Si l’on se réfère aux cartes diplomatiques, pas moins de 50 pays (24 en Afrique, 1 en Europe, 12 dans le Golfe persique, 8 en Asie et 5 en Amérique) seraient en état réel et potentiel de guerre ou en situation de violence latente ou extrême. Certes, les pays de l’OTAN cherchent à se retirer aujourd’hui des zones auparavant jugées dangereuses pour l’équilibre international dominé par l’hégémonie militaire américaine, mais ils laissent derrière eux des Etats en situation de guerre civile permanente. L’attaque est moins onéreuse que la défense. Les politiques de dissuasion contre le terrorisme sont d’autant plus difficiles à conduire que le coût marginal des opérations est particulièrement faible. L’attaque du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers à New York et celle du Bataclan à Paris ont coûté respectivement moins de 500.000 dollars à Al Qaïda27 et 200.000 dollars à Daech. L’armée américaine a vite gagné sa guerre d’attaque contre l’Irak, mais elle n’a pas su gérer la défense de ce pays : les coûts auraient été trop considérables pour maintenir l’ordre dans un pays alors bouleversé par son histoire et ses conflits frontaliers, son refus de l’occupation étrangère, la permanence des conflits entre Kurdes, chiites et sunnites et les nombreux griefs d’une population civile « oubliée » et malheureuse après tant d’années de privation et de violence.

L’insécurité s’est accrue, car le « choc des civilisations » n’est pas encore complètement digéré, dans un monde économique globalisé en déficit de valeurs de tolérance et de respect de l’autre28. Elle est inscrite dans les gènes d’une société moderne fondée sur les relations de pouvoir et la compétition. Le marché n’est pas un facteur de stabilité, il produit des situations de paupérisme et de précarité extrêmes, que les biens publics cherchent à réduire. Cette constatation met en évidence la nécessité de prendre en compte les risques élevés affectant la vie courante des hommes. La guerre, le terrorisme, la criminalité, la menace écologique et l’application des armes économiques et cybernétiques justifient des dépenses globales, militaires et civiles, de près de 2.000 milliards de dollars chaque année. La sécurité concerne les individus, les entreprises, les Etats, les accords civils et militaires régionaux, les relations transnationales et mondiales. Des dépenses privées de sécurité se développent (systèmes d’alarme, coffres forts, systèmes de sécurité, sociétés de protection des personnes et des biens), pour dépasser un chiffre d’affaires de 100 milliards de dollars aux Etats-Unis. Il en résulte un double effet sur l’économie, un effet de substitution (en faveur des instruments de sécurité et au détriment d’autres choix de consommation ou d’investissement) et un effet de revenu (qui réduit l’activité économique elle-même du fait des risques perçus, justifiés ou non). L’insécurité concerne alors l’ensemble des agents économiques, de l’individu (vol, fraude, santé, aversion aux risques, protection des personnes) à l’Etat (règlements des conflits).

Tableau 2 – Les facteurs de sécurité ou d’insécurité économique

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Le Tableau 2 propose une synthèse de l’ensemble des facteurs de sécurité ou d’insécurité29. Les coûts de la sécurité peuvent être réduits sur le plan militaire, mais ils augmenteront progressivement dans le secteur civil de la défense. Les Etats doivent trouver de nouveaux instruments de protection et d’information. Dans le cadre du complexe militaro-industriel, le secret est souvent revendiqué. Pour la sécurité des personnes contre le terrorisme, il en va différemment. L’action positive du public peut être sollicitée, notamment par le recueil des informations utiles et leur transmission aux organismes compétents. Aujourd’hui, le secteur privé est plus préoccupé par la compétition économique instable que par les comportements illégaux. Un renforcement des contrôles aux frontières conduit à des délais et à des coûts supplémentaires. Le coût de la lutte contre le terrorisme est important, sans doute aujourd’hui supérieur à 100 milliards de dollars par an, en plus d’une restriction importante de liberté des individus dans leur mobilité à l’international.

Le concept de sécurité ne peut pas être cantonné à la simple défense passive, il dépend aussi des contextes politiques, militaires, environnementaux, démographiques et sociétaux du moment ou à venir. Aujourd’hui, avec le poids croissant du chômage, des dettes publiques et privées, de la crise des systèmes sociaux et de la précarité élargie, le sentiment d’insécurité se développe, après quelques années d’amélioration. La globalisation modifie la perception des facteurs de sécurité, en accordant une importance plus grande aux facteurs non militaires. Avec l’utilisation de la « guerre économique », l’importance de la base industrielle de défense, le rôle des ressources naturelles ou les processus d’intégration régionale modifient l’idée banalisée de la sécurité. Celle-ci n’est pas obligatoirement située sur le territoire national, elle est parfois dépendante de décisions prises dans un autre espace géographique. Le terrorisme sera bientôt en état d’exploiter les dépendances critiques des sociétés modernes concernant l’énergie, les transports, les services financiers ou les systèmes d’information. Les dépenses de sécurité vont sans doute moins se spécialiser dans le secteur militaire, pour se porter progressivement sur les faiblesses sécuritaires d’un système d’économie de marché globalisé trop focalisé sur les profits immédiats.

III. Le sentiment de sécurité par le recours aux armes offensives et défensives

La question de l’armement soulève quatre interrogations principales :

Le choix du « beurre ou du canon » est particulièrement important, notamment pour les pays en développement30. Il renvoie à la fois à la question du niveau optimal des dépenses de défense et à celle du désarmement.

La détermination de la force obtenue pour un euro dépensé (Bang for a buck) est une question économique impossible à résoudre.

L’arme nucléaire est monopolisée par cinq puissances militaires, qui empêchent les autres pays d’en disposer, sans vouloir elles-mêmes y renoncer.

L’émergence des cyber armes et de la « cyber guerre », souvent hors du champ particulier du secteur militaire, constitue une menace dont l’importance n’est pas encore bien estimée.

III.1.Les dépenses militaires, fardeau ou facteur de sécurité et de développement économique ?

Pendant presque toute l’histoire de l’humanité, la question « du beurre ou du canon » n’a pas été posée en termes d’effets d’éviction réciproques, contrairement à cette proposition à laquelle adhèrent de nombreux individus ou groupes organisés. La guerre avait d’ailleurs une fonction sociale, la prédation, celle des butins, celle des hommes réduits à l’esclavage, celle des occupations de sols qui permettaient de disposer de matières premières à bon marché, celle des langues interdites ou celles des citoyennetés disparues ou englouties. Aujourd’hui, l’armée n’appartient plus à un Ministère de la guerre, mais à un Ministère de la Défense nationale. Il s’agit donc de se protéger face à des voisins envieux ou guerriers pour de multiples raisons, lesquelles ne se conjuguent pas toujours directement avec les valeurs économiques. La disponibilité d’une force militaire aux ordres d’une stratégie bien établie a normalement pour objectif de dissuader les autres Etats d’engager des actions violentes à l’encontre du pays qui l’a construite. Les guerres entre Etats ont des effets macroéconomiques considérables, non seulement par les destructions d’hommes et de matériels qu’elles supposent, mais aussi par les coûts d’opportunité qu’elles infligent aux belligérants en termes de ressources humaines, d’investissement ou de welfare  : si la construction, la permanence et l’utilisation des forces armées engendrent parfois, selon les propos de Schumpeter, des destructions positives, elles représentent toujours un coût, lequel est aussi susceptible de réduire le potentiel de développement d’un pays.

En 2016, les dépenses militaires des Etats-Unis sont plus élevées en dollars constants que les dépenses moyennes annuelles engagées pendant la guerre froide31. Elles ont de nouveau baissé depuis le départ des troupes américaines d’Afghanistan et d’Irak de 741 à 585 milliards de dollars de 2010 à 2015. Pourquoi les démocraties s’engagent-elles dans des guerres qu’elles ne gagnent pourtant jamais à long terme, et pourquoi, à chaque période électorale, une demande d’augmentation des dépenses militaires réapparaît-elle ? Les Etats-Unis croient fondamentalement dans la puissance des armes, ce pays veut la primauté dans ce domaine, de façon à renforcer son rôle de leadership économique, technologique et culturel mondial. Dans ce contexte, face aux BRICS en devenir, aux extrémismes, à l’existence de rogue states et à l’instabilité de nombreux Etats fragilisés, l’escalade de l’armement reste une constante du système politique et économique américain32. Le Pentagone achète des systèmes d’armes de plus en plus coûteux, l’avion de combat F-35 coûtera 400 milliards de dollars en 20 ans, et plus de 1400 milliards de dollars durant toute sa vie pour la maintenance. Les 12 sous-marins lanceurs de missiles balistiques coûteront 60 milliards de dollars. L’armée souhaiterait disposer de 490.000 hommes, mais elle doit travailler avec 420.000 personnes. Les ventes internationales d’armes (70 milliards de dollars en 2014) permettent de rentabiliser une partie de l’armement, mais celles-ci se retournent bien souvent contre ceux qui les ont produites.

En règle générale, l’évolution des dépenses militaires met en évidence l’essor ou la réduction des tensions entre les pays. Cependant, la disponibilité des armes a un double sens, c’est à la fois un moyen de défense et de dissuasion face à une attaque d’un ou de plusieurs autres pays, mais c’est aussi, entre autres, un facteur de pouvoir destiné à contraindre, par la menace ou la force, un adversaire. Les chiffres fournis par les Etats concernant leurs dépenses relatives à la sécurité internationale ne sont pas toujours homogènes et les comparaisons font l’objet de nombreuses hypothèses restrictives33. Cependant, la détermination publique des dépenses militaires dépend de nombreux autres facteurs, comme l’existence d’un complexe militaro-industriel, le renforcement des forces militaires pour contrôler les forces internes de l’opposition politique, l’essor ou le maintien d’une recherche-développement publique, la mise en place déguisée d’une politique industrielle par le canal du financement d’une recherche-développement à intérêt dual (civil et militaire) ou encore l’existence d’effets d’inertie touchant à l’action territoriale ou sectorielle de l’économie34. Les dépenses militaires ont aussi des effets contrastés sur l’économie nationale35. Les dépenses militaires d’investissement pour les pays producteurs d’armement ont plutôt des effets positifs à court terme, contrairement aux autres coûts opérationnels des dépenses militaires36.

La sécurité n’est pas mesurable, elle dépend de la perception nationale des menaces, de l’évolution du processus de globalisation, des négociations et de la nature des alliances internationales, du niveau de solidarité économique et social, mais aussi des tensions politiques, religieuses et idéologiques37. Trop de recherche de sécurité par les dépenses adaptées peut conduire à une crise économique interne. La coopération est nécessaire pour les groupes humains et les modèles de théorie des jeux prouvent que les systèmes coopératifs sont généralement plus efficaces que ceux qui valorisent la seule compétition, notamment parce que les accords internationaux réduisent l’autonomie des Etats.

L’URSS a considérablement fragilisé son économie nationale en considérant que la protection de son territoire et de son système d’économie planifiée impliquait une priorité indiscutable, quel qu’en soit le coût. Le système socialiste a sans doute au moins autant souffert de cette militarisation excessive que du fonctionnement normal de son économie. Cette course aux armements s’est apparentée, dès le début des années 1980, à une guerre économique d’épuisement de l’adversaire38. L’excès de dépenses peut réduire à terme le potentiel économique attendu du développement de la richesse nationale. Jusqu’au milieu des années 1970, les experts américains estimaient les dépenses militaires de l’URSS à 7 ou 8 % de son PIB. Lorsqu’ils ont revu leurs calculs et ont affirmé que cette somme était largement sous-évaluée, en les estimant à 14 ou 15 % du PIB, l’ensemble des pays non affiliés à l’OTAN ont considéré qu’il s’agissait d’une manœuvre politique. Lorsque l’URSS a connu sa crise mortelle, il a pu être démontré qu’en prenant des mesures de prix comparables à celles des pays occidentaux, l’URSS dépensait plus de 25 % de son PIB à des fins militaires, en accordant toutes les priorités à son complexe militaro-industriel, lequel disposait notamment de près de 90 % du financement de la recherche-développement du pays pour satisfaire ses objectifs.

Dans ces conditions, le choix entre le « beurre et le canon » au profit des armes a été un élément essentiel de l’effondrement de l’URSS. Les coûts d’opportunité se sont alors avérés très élevés par rapport à ceux des Etats-Unis, pays qui disposait alors d’un système économique bien plus efficace et développé. En 1983, le Président Reagan, a lancé l’opération SDI (Strategic Defence Initiative), appelée communément la « guerre des étoiles », l’effort en matière de recherche-développement était si élevé que de nombreux instituts de recherche universitaires ont participé à cet élan, attirés par l’importance de cette manne financière. Il remettait ainsi en cause le contenu du Traité antibalistique signé par les deux grandes puissances. L’URSS ne pouvait alors plus suivre ni économiquement, ni en termes de chercheurs disponibles. Soit elle engageait un conflit immédiatement, soit elle devait abandonner le leadership militaire, son dernier atout dans les rapports de puissance entre les deux Grands. L’effondrement de son image auprès des Etats et auprès des populations a dès lors été vite consommé.

Dans les années 1990, avec les réductions de dépenses militaires, le concept de « dividendes de la paix » a de nouveau été avancé, pour considérer que l’économie de tous les pays allait en bénéficier. En réalité, tous les pays producteurs d’armes qui s’engagent dans un désarmement souffrent d’abord de crises économiques régionales et sectorielles liées à l’arrêt de certaines productions militaires. Une réduction des dépenses militaires non compensée peut avoir des effets négatifs sur l’emploi et la demande globale. Certaines installations industrielles deviennent obsolètes et leur transformation pour la production civile s’avère coûteuse, ce qui rend les produits civils reconvertis peu concurrentiels. C’est pourquoi, il est plutôt fait état aujourd’hui « d’investissements de la paix », plutôt que de dividendes, car l’arrêt des chaînes de production n’engendre directement aucun profit, mais plutôt des pertes. Dans ce contexte, il faut investir dans d’autres productions pour retrouver un niveau satisfaisant de reconversion des personnes et des capitaux39.

Il existe un paradoxe qui n’est pas toujours évoqué dans la littérature économique, plutôt séduite par le dilemme du « beurre ou du canon ». Certaines économies nationales ont de fortes dépenses militaires et un taux de croissance satisfaisant. Inversement, d’autres pays ont peu de dépenses militaires et n’ont pas suffisamment de croissance (Afrique subsaharienne). Par contre le Japon et l’Allemagne d’après-Deuxième guerre mondiale ont réussi un développement économique spectaculaire, sans se préoccuper de leurs dépenses de défense. Dominés militairement, ils n’en ont pas moins profité indirectement de leur situation de « passager clandestin » des sommes affectées à leur défense. Sous certaines conditions, les dépenses militaires exercent parfois des effets positifs. Au niveau macroéconomique, une augmentation de l’effort de défense peut conduire au « militarisme keynésien », par une relance de l’activité économique nationale. Cette politique n’a pas été soutenue par Keynes qui pensait que d’autres dépenses publiques seraient bien plus intéressantes pour soutenir la croissance et le développement économique. Par ailleurs, les investissements des produits militaires ont des retombées parfois positives (en termes de recherche-développement ou de structure industrielle, notamment), ou négatives (notamment parce que l’augmentation des dépenses publiques en situation d’endettement produit une augmentation des taux d’intérêt, lesquels réduisent ainsi la rentabilité et le niveau d’engagement des investissements civils). L’analyse des effets des dépenses militaires sur les économies développées souligne le caractère neutre, mais parfois positif aussi, de leur impact sur l’économie, au contraire de leurs effets négatifs sur les pays en développement40.

L’importance des dépenses militaires aux Etats-Unis est parfois perçue comme la volonté du gouvernement de mener une politique industrielle, interdite dans le domaine civil par l’Organisation Mondiale du Commerce. Cependant, les produits militaires échappent au système de concurrence internationale appliquée aux produits civils, sous couvert du rôle intangible de chaque Etat à assurer sa propre défense nationale. La recherche-développement du secteur militaire a souvent inspiré les entreprises qui produisaient aussi des biens duaux, à la fois publics et privés. Aujourd’hui, face aux nouvelles menaces, les retombées des dépenses de recherche-développement civiles semblent supérieures à celles, de plus long terme il est vrai, de la recherche-développement militaire41. L’ouverture des frontières est alors importante pour de nombreux pays, car elle fournit aussi l’acquisition des techniques de sécurité modernes, celles qui échappent partiellement au secret revendiqué par le secteur militaire. Le développement de « l’intelligence service », la restriction de diffusion des informations sensibles et le contrôle de l’exercice de la manipulation sont aujourd’hui des armes dont l’efficacité, à fort potentiel, est sans doute élevée, mais encore mal estimée.

Les procédures de désarmement sont intéressantes lorsqu’elles conduisent les grandes puissances à réduire leurs dépenses militaires42, leurs stocks d’armes et la méfiance qu’elles s’accordent mutuellement. Le processus négocié de désarmement a souvent été évoqué et analysé43, mais il n’a pas été pour autant été engagé, sauf dans le cadre des armes nucléaires et de l’interdiction des armes chimiques et bactériologiques. Dans les années 1980, il a été proposé des procédures de désarmement pour le développement, et même la création d’un Fonds international de Désarmement pour le développement44. Il a aussi été possible dans certains cas de développer des forces internationales de maintien de la paix, avec des succès et des échecs très relatifs45. Un désarmement pour un pays producteur d’armement constitue d’abord une perte de capital, puis une crise régionale et de l’emploi46. Dans ces conditions, les grandes puissances ont toujours hésité à s’engager dans une voie pacifique sans précautions extrêmes (sauf à la fin des guerres), car la conversion des industries d’armement est périlleuse dans un système de concurrence internationale47.

Si l’idée d’un désarmement pour le développement peut être mise en place, il est nécessaire de respecter certaines règles qui rendent la procédure complexe48. Le désarmement a cependant connu un début d’intérêt de la part des grandes puissances au début des années 1990, après la guerre froide.  Cependant, la course aux armements a repris assez rapidement, les progrès dans la conclusion d’accords nouveaux n’ont porté que sur des points mineurs et les négociations sur la convention d’interdiction des armes biologiques, les matières fissiles ou l’espace ont été interrompues. Le traité ABM (Anti Ballistic Missiles) est menacé par les nouvelles recherches engagées par le gouvernement américain concernant sa capacité à réduire les fenêtres de vulnérabilité par la mise en place de missiles capables de détruire les armes offensives de l’ennemi. En outre, l’érosion continuelle du respect du Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ne manque pas d’inquiéter la communauté internationale La guerre en Irak a marqué un temps d’arrêt brutal au processus de réduction des armements et a favorisé des conflits ouverts qui concernent aujourd’hui le monde entier49

III.2.Quelles armes, l’importance d’un bang for a buck ?

Quelle est l’importance des armes choisies dans le rapport complexe et souvent contradictoire entre l’efficacité économique et les exigences d’une sécurité nationale ? L’expression elle-même, bang for a buck , met en évidence la capacité destructrice d’une arme compte tenu de son coût. Si une arme est la plus destructrice, mais qu’elle est onéreuse, il peut alors être préférable de choisir d’autres armes dont la complémentarité permettra une destruction plus importante, avec la même enveloppe de dépense globale. Autrement dit, étant entendu que trop de dépenses en matière de défense peuvent fragiliser l’économie d’un pays, et donc, à plus ou moins long terme, sa propre sécurité, il s’agit d’optimiser économiquement la stratégie militaire. Cette présentation s’avère plutôt en faveur de la projection des forces vers l’extérieur. Cependant, même si la défense est plus onéreuse que l’attaque, certaines armes de dissuasion sont suffisamment dissuasives pour réduire les menaces venant de pays ennemis. Ainsi en est-il de l’arme nucléaire, dont le bang for a buck est puissant50, mais dont l’utilisation pose des problèmes moraux de survie de l’ensemble de l’humanité. Dans ce cas, le bang est trop fort pour être utilisé dans des conditions qui ne sont pas « extrêmes », et il ne peut l’être que par les pays qui disposent déjà de l’arme nucléaire, le Traité de non-prolifération interdisant de nouvelles productions par de nouveaux pays. De tout temps, le choix des armes dépend des circonstances. Les conflits prennent parfois des chemins qui n’étaient pas prévus et des moyens qui ne leur étaient pas destinés. D’autre part, la disponibilité d’une arme peut être contrôlée et réservée à quelques grandes puissances. Enfin, la guerre de l’information se développe et change le périmètre des contenus sécuritaires et militaires des dépenses publiques et privées.

D’abord, le choix des armes dépend de la nature du conflit et des moyens disponibles pour les belligérants. Il existe des objets « à utilisation civile » qui peuvent aussi bien détruire que les armes sophistiquées. Les bâtons de dynamite, l’usage du pétrole ou les fertilisants peuvent devenir des armes capables de détruire les personnes, mais aussi les réseaux d’information. Dans leurs effets destructeurs, ces armes sont susceptibles de provoquer une crise financière. Or, ces actions, facilement accessibles à un groupe de terroristes, sont difficiles à détecter. Au Rwanda, des outils comme les marteaux ou les machettes ont tué un million de personnes en trois mois.

La puissance de feu et de rétorsion est une expression plus juste à retenir concernant les dépenses engagées pour la sécurité d’un pays, au regard des engagements financiers qu’elle suppose. Plusieurs composantes de la défense d’un pays sont concernées, comme la base industrielle de production des armes, les coûts des consommations intermédiaires et leur disponibilité, les salaires nationaux des forces militaires ou de défense, la capacité de stockage d’armes efficaces ou l’achat d’armes à l’étranger à fort ratio force/prix. Se posent alors trois questions principales, d’abord la capacité à produire ses armes, notamment avec des alliés, ensuite, la détermination des processus d’achat et enfin le choix entre des équipements de qualité (souvent très performants, mais sophistiqués) ou en quantité (robustes, et simples d’utilisation). Les chars soviétiques étaient qualitativement inférieurs militairement aux tanks américains, mais plus nombreux et plus rustiques, ils n’étaient pas pour autant en situation d’infériorité.

La supériorité technologique n’est pas toujours une garantie de sécurité, ni de victoire en situation de guerre. La question de la configuration des diverses capacités militaires pour travailler ensemble en toute complémentarité au regard des objectifs définis fait référence aux stratégies mises en place. Lorsque la France s’engage dans la construction onéreuse de la Ligne Maginot pour se protéger de l’envahisseur allemand, elle commet une erreur stratégique qui rend les dépenses engagées inutiles, car elle n’empêche pas l’envahissement du territoire national. Les « jeux » stratégiques ne sont pas si faciles à déchiffrer. Quelle est la juste balance entre les armes (plus d’avions ou de sous-marins nucléaires) et les forces humaines engagées (plus de soldats ou plus d’ingénieurs ?). Un Ministère de la défense nationale doit faire des choix qui engagent le pays sur plusieurs décennies, parfois un demi-siècle. En outre, la transformation des forces militaires en moyens efficaces de défense du pays dépend des tactiques militaires, des vertus et des motivations des combattants, de l’adaptabilité des armes aux réponses de l’ennemi, de la volonté d’une armée centrée sur la défense ou sur l’attaque. S’il est toujours possible d’intégrer de nouvelles armes dans le dispositif, les stocks existants restent dominants dans la stratégie d’aujourd’hui, avec de trop lentes inflexions au regard de la rapidité des destructions.

La sécurité d’un pays ne dépend évidemment pas que de ses efforts militaires, lesquels dépendent normalement de la menace perçue. Les modèles de course aux armements ont mis en évidence les processus d’interaction dans les choix des armes et les dépenses engagées entre deux ou plusieurs pays en opposition. Dans le fameux modèle de Richardson, les dépenses militaires des ennemis, le fardeau économique de la défense nationale (effet de fatigabilité) et les griefs entre les Etats sont les trois facteurs fondamentaux présentés comme les déterminants principaux des dépenses militaires nationales, en lien d’ailleurs avec les efforts des pays alliés. Il faut ajouter aussi la puissance économique du pays pour assurer les dépenses nécessaires, sans remettre en cause le potentiel économique des pays.

Cette analyse évidente n’a pourtant pas été en mesure de représenter les situations concrètes d’un demi-siècle de course aux armements entre l’URSS et les Etats-Unis. D’abord, le processus d’action-réaction n’a pas été confirmé, sauf en situation de tension extrême. Les Etats-Unis et l’URSS n’ont pas souvent fait correspondre instantanément leurs efforts de dépenses militaires. Ensuite, les dépenses militaires des ennemis ne sont pas toujours bien connues, surtout quand les systèmes économiques ne sont pas similaires. Enfin, le modèle n’a pas prévu l’effondrement de l’Union soviétique. De manière claire, les forces politiques et militaires nationales sont plus influentes pour déterminer l’effort de défense d’un pays, car les intérêts industriels et politiques, les rivalités à l’intérieur même des forces armées et les influences de la bureaucratie d’Etat sont souvent les considérations les plus décisives dans les choix quantitatifs et qualitatifs des dépenses militaires. L’URSS en est l’exemple même, mais les choix américains ont aussi été dictés par des intérêts qui n’étaient pas en phase avec les nécessités militaires du moment.

Les choix stratégiques impliquent aussi des collaborations ou des ventes d’armes à l’étranger. Il existe des restrictions aux transferts51, des accords internationaux qui se proposent de respecter la souveraineté des Etats et leur droit inaliénable à la sécurité, tout en stipulant un contrôle dans le cadre du droit international qui s’impose à toutes les Parties. Quel type d’industrie de la défense doit être mis en place, pour quelles retombées sur l’économie civile ? Ces questions ont été posées, mais les réponses n’ont pas toujours été au rendez-vous. En 1990, un amendement auprès du Congrès américain proposait de rendre obligatoire la prise en compte par le Congrès de la dualité (militaire – civile) du développement de nouvelles armes (proposition qui a été, sans surprise, refusée). Il est vrai que le secteur militaire, longtemps impacté par des armes trop sophistiquées (« industries baroques ») pour être utiles à court terme à d’éventuelles productions civiles, exerce une influence à très long terme sur les technologies de demain, bien qu’elles s’avèrent trop onéreuses pour les applications d’aujourd’hui.

Personne n’est cependant à l’abri d’une mise en place de technologies militaires sophistiquées capables de modifier les stratégies des Etats adverses. Un Comité du MIT, critiquant les coupes budgétaires de l’Etat touchant à la recherche fondamentale, considère que les Etats-Unis risquent de passer au-delà d’un point critique en termes de capacités stratégiques, notamment dans les domaines des superordinateurs, des systèmes sécurisés d’information et de technologies de la défense52. Le leadership chinois sur les super ordinateurs depuis 3 ans lui semble inquiétant (quadrillions de calculs par seconde). Si les USA sont encore en avance concernant les applications commerciales des circuits intégrés, les mécanismes électroniques avancés et internet, ils n’ont plus beaucoup de marge concernant le domaine des circuits optiques intégrés (l’Europe et le Japon ont investi fortement dans ces technologies, mettant en situation de compétition l’industrie des semi-conducteurs américains de 300 milliards d’euros). Les Etats-Unis sont alors très vulnérables à une « cyber attaque », du type de celles qui ont touché Sony, des banques, des distributeurs et des grandes sociétés. Il en va de même dans les domaines de la photonique, de la « cyber sécurité » et du calcul quantique (dominé par les Chinois), un domaine qui assure le leadership en systèmes d’information sécurisés, pour la sécurité des communications à longue distance et l’usage du « super calcul » dans un monde où l’économie numérique tend à s’implanter.

III.3. Le cas spécifique de l’arme nucléaire

L’arme nucléaire n’est pas désarmée. Comme l’indique Jean-François Guilhaudis, « les principales puissances nucléaires ont fait le choix de le rester et sont en cours de modernisation de leur dispositif. Le club nucléaire devrait donc, pour l’essentiel, subsister, de même que la tentation nucléaire… Un Etat, les Etats-Unis, est toujours seul de son espèce, la seule vraie superpuissance… Les Etats-Unis sont premiers dans tous les classements et décidés à garder cette place… La Russie n’est plus ni une puissance mondiale, ni une puissance globale et le niveau de ses moyens fait qu’il lui sera difficile de le redevenir. La puissance chinoise, quoique clairement montante, reste encore nettement en retrait sur le plan stratégique comme conventionnel. Pour le moment, la Chine n’est ni une puissance globale ni une puissance complète »53

Tableau 3 : Nombre, type, capacité des armes nucléaires selon les pays54 en 2014.

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On distingue les puissances nucléaires de jure ou officielles (Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, Chine et France) qui ne peuvent les utiliser qu’en cas extrême de légitime défense, les Etats disposant d’armes nucléaires de facto (Israël, Inde, Pakistan), et ceux auxquels elles sont refusées (Iran et Corée du Nord). Il convient de signaler que les deux grandes puissances nucléaires maintiennent leurs forces nucléaires en mode opérationnel et qu’elles les modernisent, tout en améliorant encore les technologies avec l’avancée de la recherche scientifique. C’est aussi le cas de la Chine, de l’Inde, du Pakistan et de la Corée du Nord. En revanche, la France et le Royaume-Uni proposent aujourd’hui la simple modernisation de leurs forces, voire parfois de maintenir leurs conditions opérationnelles de fonctionnement. Cependant, si la France continue à la détenir en revendiquant la stratégie du « faible au fort », la plupart des autres pays n’ont jamais revendiqué la théorie du « no first use ».

Dans un contexte de plus en plus violent, il est légitime de s’interroger sur le maintien de telles forces, dont l’utilisation pourrait encore être rendue possible en cas de conflits frontaux dans les années à venir. L’insécurité, qui provient principalement des conditions économiques précaires, de la pauvreté, mais aussi des rapports de force, peut aussi naître de l’existence d’armes d’une capacité de destruction massive disponible terrifiante. Les Etats-Unis disposent d’un pouvoir nucléaire explosif de 2.400 mégatonnes, soit plus de 100.000 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima, pour un coût relativement faible au regard des avantages stratégiques et politiques que le gouvernement en retire. La question de la prolifération de cette arme est toujours aussi pertinente. La réduction partielle du nombre d’ogives nucléaire est plutôt un événement intéressant, mais les dangers de la prolifération, les avancées technologiques et le rôle réduit de la Conférence sur le désarmement laissent planer des doutes sur le non usage potentiel de cette arme.

III.4. La cyberguerre, ou la nouvelle menace

La « guerre de l’information » s’invite dans les choix stratégiques des Etats. Elle définit l’importance de cette matière première que sont la connaissance et le renseignement dans les stratégies des acteurs internationaux ou nationaux. « Knowledge is power » disait Hobbes. La maîtrise de l’information permet de vendre à l’étranger ses propres technologies, ses standards, sa culture. La stratégie nationale d’information est une condition de la puissance, au même titre que l’industrie ou l’armée.

Pour le gouvernement américain, le système international a besoin d’un leadership fort. D’abord, les forces du marché ne garantissent pas la prospérité (les économies en transition en portent témoignage). Ensuite, la richesse sans intégration internationale ne produit pas une stabilité garantie, car les conflits peuvent être latents. Enfin, le processus d’intégration des économies nationales par la globalisation rend les conflits si onéreux au regard de l’importance des interdépendances sociales qu’ils apparaissent impossibles ; cependant, il doit lui-même être renforcé par un leadership politique puissant. Il s’agit alors pour les autorités publiques américaines de disposer d’un pouvoir de leader (ou de domination) sur l’information et les systèmes d’information et de contrôler instantanément les sources électroniques et humaines sous-jacentes qui nourrissent les systèmes de décision (économiques, politiques ou militaires). Cette connaissance implique aussi l’interprétation des signes donnés par les informations. Cependant les nations à forte intensité technologiques de l'information restent vulnérables, car les transactions d'un certain nombre de secteurs (santé, paie, commerce électronique) sont réalisées par le canal d’une architecture ouverte, largement distribuée et disponible55. Dans ce contexte, le renseignement est l’ami indispensable de l’intelligence économique et militaire.

Les Etats, les organisations internationales, les entreprises ou même les individus commencent à prendre conscience de l’ampleur et de la gravité des « cyber attaques ». Pour l’ONU, elles menacent la paix et la sécurité internationale, car elles préfigurent les guerres du futur. La « cyber guerre » définit l’usage des systèmes et réseaux informatiques pour nuire à un pays. Elle est le fait d’acteurs publics dont les relations sont régies par le droit international. Le « cyber terrorisme » et le « cyber espionnage » ont des activités duales, mi militaires, mi civiles, alors que la cybercriminalité dépend plutôt d’acteurs privés. La « cyber guerre » se présente alors comme un instrument stratégique virtuel et sophistiqué du soft power, elle intervient aussi bien dans la sphère militaire que dans la sphère civile, dans le secteur public et le domaine privé, en toute légalité ou illégalité. Le gouvernement cherche à contrôler l’information et internet, en vue de dominer le cyberespace, pour disposer d’un instrument nouveau de puissance.

La quête de l’hégémonie dans les réseaux d’information est à la fois une ambition secrète et prioritaire. Sur ce plan, les forces militaires s’avèrent inadaptées pour contrôler l’information, les outils et les réseaux de communication. L’interconnexion des ordinateurs réduit le potentiel de sécurité et d’invulnérabilité d’un pays et de ses habitants. Les Etats-Unis imposent les standards et les lois internationales du fait de leur puissance technologique, ce qui leur permet de gérer des données importantes susceptibles de favoriser sa défense, ses entreprises, ses objectifs. Le Pentagone dispose d’un Commandement cybernétique (Command Cyber), un organisme spécialisé, chargé de répondre aux attaques ou de mener une action offensive dans le « cyberspace ».

Les autres pays développés sont les plus menacés par ce risque de guerre, car ils sont tributaires, pour la plupart de leurs décisions, de l’aide des réseaux informatiques et des systèmes de communication. La complexité de la gestion des infrastructures civiles et militaires des Etats suppose un équipement d’ordinateurs sophistiqués, sans lesquels le stockage d’information et l’aide à la décision deviennent obsolètes. De même, les informations confidentielles des Etats n’échappent pas au risque de fuite, même si le réseau de ceux qui peuvent les connaître est particulièrement sécurisé. L’arme cybernétique a été utilisée par Moscou contre l’Estonie, puis la Géorgie, et les virus foisonnent avec des effets indéterminés au regard du silence qui entoure leurs réussites ou leurs échecs56. Les révélations d’Edward Snowden ont mis en évidence l’ampleur de la surveillance dans les démocraties concernant les données personnelles des responsables politiques et industriels.

La quête de l’information, ressource stratégique à voler ou à détruire, peut conduire à un conflit électronique. Les virus et infections créées sciemment pour contraindre un ennemi ou le rendre plus vulnérable sont des attaques sournoises qui bloquent les systèmes de commande et la transmission d’informations. Plusieurs méthodes d’attaque coexistent, de la propagande, à la désinformation, des données erronées au sabotage des infrastructures, de la panne programmée des ordinateurs au contrôle des références financières et bancaires, en passant par l’interception des commandes ou la neutralisation des infrastructures. Les maladies de l'intelligence économique sont l'espionnage industriel (illégalité dans la recherche de l'information, atteinte à la vie privée), les virus, le piratage informatique ou les écoutes téléphoniques. Les ordinateurs et autres systèmes d’information et de communication forment alors les premières cibles. « L’info guerre » met en évidence la lutte pour le contrôle de l’information, élément clé de pouvoir et de richesse dans le monde contemporain.

Pour échapper à ce type de conflit que l’on pressent très violent, les Etats commencent à réfléchir à l’élaboration d’un droit international, mais aujourd’hui le consensus est difficile à obtenir. La militarisation du cyberespace est susceptible d’être qualifiée d’agression selon son niveau d’intensité et ses effets sur les personnes et les biens, mais il n’y a pas de traité international sur la définition d’un acte de cyber agression. Néanmoins, plusieurs initiatives ont été mises en œuvre au niveau national et régional, mais également au niveau international au sein des Nations Unies, dans le domaine du cyber.

En 2013, l’Union européenne a mis en place le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité. Le Manuel de Tallinn (2013) sur le droit international applicable à la « cyber guerre » a été rédigé par un groupe d’experts du Centre d’excellence pour la « cyberdéfense » de l’OTAN, en vue de montrer comment les normes juridiques internationales existantes sont également applicables au cyberespace. Les experts internationaux mettent en avant les principes d’humanité, de nécessité, de proportionnalité et de discrimination [entre les combattants et les non-combattants), ainsi que des «normes de comportement» comme l’absence d’attaque contre les infrastructures critiques, la coopération entre les Etats pour renforcer la sécurité des systèmes essentiels ou la prévention de l’utilisation de fonctionnalités cachées malveillantes, notamment les backdoors  chers aux produits américains. Le Manuel de Tallinn, qui devrait connaître un prolongement en 2016, n’est pas contraignant, et aucun Etat accusé ne peut faire l’objet de sanctions sur cette base. Les Etats ne sont donc pas obligés d’appliquer ou de respecter les mesures définies dans le Manuel, par ailleurs contesté par l’Europe ou la Russie par son interprétation reflétant la vision américaine du droit international. Le problème c’est qu’il n’y a aucun consensus sur la notion de « cyber guerre ». En France, le Directoire Central de l’Intelligence Nationale dirige « l’intelligence service », il combat le terrorisme, il contrôle les mouvements sociaux, il conduit un service contre l’espionnage industriel. Il s’agit de protéger les industries nationales des actes délictueux des concurrents étrangers.

Les bombardements français en Syrie posent ainsi plusieurs problèmes, au regard de l’utilisation du combat numérique que le droit international ne semble guère avoir encore maîtrisé57. Il s’agit de combiner la cyber compétence avec les autres armes disponibles sur le théâtre d’opérations. Ensuite, comment aborder la « judiciarisation » croissante des conflits et l’adaptation du droit aux nouvelles menaces en provenance des « zones grises » ? Enfin, comment justifier et qui décide dans la lutte informatique intensive engagée par l’Etat-Major contre les ennemis ? Dans ce contexte, la France attaque, elle ne se limite plus aux tâches défensives dans l’utilisation de cette arme nouvelle, laquelle renforce les moyens de coercition non seulement sur les théâtres d’opération sur terre, en mer, dans l’air, ou dans l’espace extra atmosphérique, grâce à l’utilisation du cyberespace et du numérique. Elle suit dans cette démarche le gouvernement des Etats-Unis décidé à mener des « cyber attaques », accompagnant ou non, les moyens conventionnels d’action.

Le gouvernement américain a engagé une procédure contre Apple pour contraindre cette société à respecter une décision de justice lui demandant de l’aider à recueillir les informations disponibles dans l’iPhone d’un terroriste. C’est l’une des premières interventions publiques de ce type qui soit connu, notamment parce que le gouvernement a dû aller en justice pour obtenir ce droit face au refus du PDG, Timothy Cook, qui souhaite préserver la sécurité des consommateurs d’Apple. Le gouvernement américain a clairement demandé de construire une « porte d’accès cachée sur l’iPhone », disponible lorsque la sécurité de l’Etat est concernée. Ce n’est sans doute qu’un des premiers soubresauts des conflits à venir. Il est intéressant de constater que les autres fabricants américains n’ont jamais fait état d’une telle demande, ce qui peut laisser supposer soit que le combat vient seulement de s’engager, soit que celui-ci a déjà été remporté par l’Etat, dans le plus grand secret. Sur ce point Apple a été soutenu par Facebook et Twitter, alors que Bill Gates et McAfee soutiennent le FBI.

Les services nationaux responsables de la gestion de l’intelligence économique sont aussi concernés, car ils doivent à la fois protéger le pays contre la prédation de son héritage technologique ou économique, entreprendre une guerre de l’information pour gêner un rival, mais aussi savoir ce qui se fait dans les autres pays afin d’anticiper les sauts épistémologiques ou de prévoir l’émergence de nouveaux types de concurrence ou de forces de pays ennemis et même amis. La « cyber guerre » doit être préparée pour améliorer la défense nationale.

IV. Les conflits des Etats dans un contexte de globalisation

L’environnement économique contemporain est dominé par la primauté des marchés internationalisés (produits, finance, emploi), par la versatilité des crises, les prix « erratiques » des ressources énergétiques, la force économique du dollar et l’importance accordée par la communauté internationale au changement du climat. L’environnement stratégique est dominé par la persistance des guerres, l’existence paradoxale du TNP (Traité de Non-Prolifération) et de la prolifération nucléaire, le terrorisme et la faillite de plusieurs Etats. Le mercantilisme ou le Léninisme ont toujours considéré les conflits stratégiques comme la continuation logique de la concurrence économique exacerbée dans une économie de marché. Au contraire, la pensée libérale suppose que le système capitaliste est nécessairement producteur de paix. A la fin du XIXe siècle, la majorité des économistes « installés » considéraient que la généralisation du marché était un facteur de paix, alors même que le processus de colonisation était largement engagé. L’émigration était importante à la fin du XIXe siècle, comparable à celle que l’on dénigre au XXIe siècle. Ce processus de globalisation n’a pourtant pas évité l’occurrence de la première guerre mondiale. Cet exemple historique doit continuer à s’inscrire dans la mémoire de l’humanité. La globalisation n’est pas un processus définitif, souhaitable et nécessairement pacifique.

La recherche de sécurité implique des coûts et des bénéfices. Il faut alors choisir l’action optimale, car trop de dépenses de défense favorisent les tensions internationales et réduisent le potentiel économique civil. S’il est vrai que la libéralisation économique a permis de dégager 377 milliards de dollars en 200358, les interdépendances ont aussi favorisé le sentiment d’une insécurité croissante qui n’améliore par le bien-être ressenti des populations.

Dans le monde d’aujourd’hui, la globalisation est fortement influencée par les questions énergétiques, lesquelles n’ont pas toujours de réponses claires concernant à la fois les stratégies des pays exportateurs et importateurs, les évolutions technologiques, la lutte contre le changement climatique, les opérations géopolitiques destinées à modifier le prix mondial du pétrole ou les priorités relatives à un développement économique mondial « soutenable ». Par ailleurs, l’arme économique est toujours disponible, mais elle n’empêche pas des « effets boomerang » non désirés qui rendent son utilisation particulièrement délicate. Enfin, les résultats sécuritaires, économiques et sociaux de la globalisation favorisent aussi l’expression de nouveaux conflits potentiels sans solutions ou stratégies évidentes.

IV.1. L’arme énergétique au cœur de la sécurité internationale

Les nouvelles raretés favorisent les menaces ou l’expression des conflits armés. La globalisation produit des effets induits indésirables, notamment certaines formes de concentration qui provoquent une complexité organisationnelle difficile à maîtriser. La polarisation de la richesse peut conduire certains pays vers l’accès à l’arme nucléaire ou aux armes de la « cyber guerre ».

Lorsque, en 2014 et 2015, le prix du pétrole a dépassé les 80, puis les 110 dollars le baril, de nombreux économistes en étaient surpris au regard de calculs économiques fixant ce prix à 40 dollars. Ils s’interrogeaient, à juste titre, sur la montée de la précarité énergétique du fait de la hausse des prix de l’énergie59. Dès lors, la plupart des analystes ont considéré qu’il serait dorénavant impossible que les prix de cette énergie redescendent au niveau attendu par leurs calculs. Or, début 2016, le pétrole se situe à moins de 30 dollars le baril. Pour Patrick Criqui60, si les fluctuations du prix du pétrole déjouent tous les pronostics, elles ne sont qu’en « très petite partie » irrationnelles, soumises aux aléas de la géopolitique ou de la financiarisation des marchés. Il considère que ces évolutions des prix peuvent être expliquées par les fondamentaux des marchés et par les caractéristiques des ressources naturelles, même si les comportements du cartel de l’OPEP constituent le facteur dominant des ajustements, étant entendu que les autres producteurs exportent au maximum de leur capacités (en tenant compte cependant de leurs réserves connues et des investissements à engager ou à maintenir). Cette organisation, créée en 1960, avait initialement pour objectif une meilleure fiscalité à imposer aux compagnies étrangères. En 1973, à la suite de la guerre du Kippour (raison d’abord politique), l’OPEP obtint que le prix du pétrole soit alors, par étapes successives rapprochées, multiplié par quatre (4). Le second choc pétrolier de 1979 sera le résultat de la révolution islamique de l’Iran, avec un prix à nouveau multiplié par un coefficient proche de deux (2). L’Arabie saoudite exerce alors son rôle d’appoint afin de ne pas entrainer une baisse trop rapide et sensible du prix du pétrole, mais le gisement de pétrole offshore de la Grande-Bretagne relance les hostilités. En 1998, le baril de pétrole est au plus bas, à peine 20 dollars de baril. Avec la relance de la croissance économique mondiale, notamment des BRICS, le prix du pétrole recommence alors à « flamber », à près de 100 dollars le baril, accentué par l’arrivée sur le marché des capitaux spéculatifs. Si après la crise financière de 2008, le prix du baril de pétrole connaît un infléchissement certain, la relance économique de 2010 ramène les prix au-dessus de 100 dollars le baril.

Cependant, avec la nouvelle récession économique mondiale qui suit, l’Arabie Saoudite, le pays le plus influent de l’OPEP, ne souhaite plus devenir le « producteur d’appoint » pour faire correspondre l’offre et la demande. Début 2015, face à la production du gaz et du pétrole de schiste des Etats-Unis, l’Arabie saoudite n’était plus le premier producteur mondial de pétrole, menacé même, comme nouveau dauphin, par la Russie. Le marché a alors subi de nouveaux déséquilibres qui ont exercé une incidence immédiate à la baisse des prix. Mécontent de la position des Etats-Unis dans l’affaire iranienne, l’Arabie Saoudite décide de réagir et de montrer une forme d’indépendance à l’égard du protecteur américain.

Le prix du pétrole est passé de 50 dollars le baril à 110 dollars en un an, puis s’est effondré à moins de 30 dollars le 15 janvier 2015. Les prix du pétrole pour les consommateurs ont baissé, ainsi que les produits à forte consommation intermédiaire d’énergie. Cependant, l’impact de cette évolution est très différent selon les secteurs d’activité61. Les cours ont plongé après la levée des sanctions contre Téhéran et l’arrivée imminente de la production de pétrole de ce pays à l’exportation. Aujourd’hui, les prévisions de croissance et de développement économique mondiales sont très aléatoires, mais plutôt réservées. Les questions qui se posent ne sont pas seulement économiques :

- L’Arabie saoudite va-t-elle ou peut-elle diminuer son niveau de production ?

- Quelles sont les marges d’action de l’OPEP dans cette décision ?

- Quel sera l’accueil réservé au pétrole iranien, alors même que l’excès d’offre dépasse aujourd’hui 2 millions de barils par jour ?  

- Quelle est la réponse de la Chine et de son gouvernement à l’érosion de sa dynamique économique ?

Dans l’ordre économique, la baisse du prix du pétrole est due d’abord à l’essor rapide du pétrole de schiste américain qui remplace les importations et la dépendance des Etats-Unis à l’égard de leur consommation énergétique, ensuite à la chute de la demande consécutive au ralentissement de l’économie mondiale dans son ensemble et, enfin, à la politique monétaire américaine du dollar fort qui pèse sur les pays émergents (avec un poids accru de leur endettement exprimé en dollars). Il ne faut surtout pas oublier la nouvelle stratégie imposée par l’Arabie Saoudite au monde.

La guerre du pétrole est déclarée. Les pays de l’OPEP ne veulent pas perdre leurs parts de marché et ils se refusent, en conséquence, à réduire leur production. Cette stratégie a pour but d’évincer du marché les pays dont les coûts de production sont élevés, notamment les Etats-Unis. Or, le pétrole saoudien est encore rentable à 20 dollars le baril, ce qui n’est évidemment pas le cas pour le pétrole des autres Etats. Les pays du Golfe disposent de fonds souverains importants (plus de 650 milliards de dollars pour l’Arabie Saoudite) qui leur permettent d’échapper partiellement aux contraintes budgétaires relatives à l’accroissement des déficits publics (90 milliards de dollars en 2015 pour l’Arabie Saoudite). L’Iran pourra sans doute redevenir un compétiteur intéressant à court terme, mais ce pays devra réinvestir massivement dans les technologies modernes, ce qui devrait le conduire, à plus long terme, à supporter un coût du baril de pétrole de l’ordre de 60 dollars le baril de pétrole. L’Arabie Saoudite, dont le gouvernement est aujourd’hui réduit aux décisions de deux seuls hommes62, n’est pas motivée pour soutenir le prix du pétrole, au regard de ses réticences à l’égard de la politique américaine et ses griefs à l’encontre de l’Iran.

Pour de nombreux pays, notamment la Russie et les Etats-Unis, le baril de pétrole n’est rentable qu’à partir de 60 à 70 dollars le baril. Cette situation accable les autres pays, notamment l’Algérie ou le Nigéria, deux partenaires éminents de l’OPEP, dont les recettes publiques dépendent presque entièrement de leurs exportations de pétrole. De ce fait, l’OPEP est en crise, l’Iran, le Venezuela ou le Nigéria s’interrogent sur l’intérêt d’en rester membres. Sur ce marché si fondamental pour l’économie d’aujourd’hui, les Etats-Unis n’ont pas le pouvoir de changer le comportement des exportateurs de pétrole, sauf à engager un « bras de fer » avec l’Arabie Saoudite. En 2016, la faillite de nombreux producteurs de pétrole américains s’annonce, accompagnée d’une baisse des investissements, mais l’adaptation est encore possible compte tenu du soutien des collectivités publiques. Aujourd’hui, le pétrole n’est plus rentable, avec des coûts de forage de l’ordre de 40 à 60 dollars le baril, avec des réserves disponibles peu significatives au regard des réserves mondiales connues. De nouvelles normes environnementales rendent encore plus onéreuse l’exploitation du pétrole, et elles ne pourront plus être négligées à plus ou moins court terme. Les Etats-Unis ont baissé leur production de plus de 600.000 barils par jour, largement compensée sur le marché international, à terme, par le pétrole iranien.

L’Arabie saoudite choisit de produire en fonction de ses propres intérêts, lesquels consistent à rendre non profitables de nombreuses installations de production pétrolière dont les coûts d’extraction sont largement plus élevés que les siens, de rendre plus difficile l’accès au marché international de l’Iran et de l’Irak, d’accroître sa part sur un marché en stagnation (notamment du côté de la Chine) et de freiner l’offre alternative, notamment le nucléaire ou les énergies non renouvelables. L’instauration d’un prix du carbone conduira inexorablement à l’augmentation des prix des énergies fossiles et à réduire leur compétitivité. Dans un monde en profonde mutation, les perspectives de long terme sont de plus en plus négligées. Il s’agit pour les Etats et les producteurs d’extraire le plus possible de pétrole pour éviter le chômage, contourner les obligations relatives au coût du carbone, emmagasiner les ressources financières destinées aux placements ou aux investissements directs et nourrir leur croissance par la diversification rapide de leurs activités.

Les réacteurs nucléaires peuvent produire beaucoup d’énergie utile avec une faible consommation de ressources naturelles et peu d’émissions de gaz carbonique et autres polluants. Cependant, la maîtrise du nucléaire civil donne à ceux qui la détiennent les technologies et les matériaux nécessaires à la construction de l’arme nucléaire. En outre, le processus de la fission nucléaire produit des déchets radioactifs dont les effets, mal connus, ont une durée de vie de plusieurs milliers d’années. Comment gérer les risques de prolifération des armes nucléaires et ceux du pouvoir nucléaire, les bénéfices de son énergie civile valent-ils les risques pris63 ?.

Il est toujours possible de décrire les déséquilibres sous forme d’effets de cycles, mais les variations très brutales du prix de pétrole répondent à des facteurs quasi exogènes fondés sur des décisions politiques. On peut ainsi constater l’importance des effets de la stratégie de l’Etat Wahhabite ou de la décision des gouvernements de permettre dans leurs pays la production (ou même l’achat) de pétrole de schiste sur le prix du pétrole. Au fond, contrairement à l’idée selon laquelle les lois économiques s’appliquent librement, tous les renversements des prix naissent presque toujours d’une décision géopolitique ou géoéconomique, notamment dans le cadre d’un embargo, d’une offre « stratégique » d’appoint, d’une guerre, d’un conflit larvé avec un pays jugé ennemi ou adversaire, de décisions internationales environnementales et de choix « politiques » discutables de nouvelles technologies plus ou moins agréées (du nucléaire au gaz de schiste, en passant par l’utilisation des terres agricoles pour la production d’énergie au détriment des produits vivriers dans les pays en développement). C’est seulement dans le cas d’une crise économique, comme celle de 2008, que les facteurs économiques fondamentaux deviennent la cause principale de l’évolution des prix internationaux du pétrole (Tableau 4).

Les conditions politiques, les questions de sécurité et les rapports de puissance entre les Etats alliés ou ennemis redeviennent essentiels pour définir le prix d’une consommation intermédiaire d’une importance considérable pour le commerce extérieur des Etats, l’endettement public et privé, l’importance des fonds souverains, le réchauffement de la planète ou les technologies modernes de production.

Tableau 4 : L’évolution du prix du pétrole depuis 195064

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Au début de l’année 2016, les spécialistes s’interrogeaient sur le point de savoir si l’Arabie saoudite allait lâcher du lest en diminuant sa production pétrolière, au moment où l’Iran, abandonnant son rôle de rogue state nucléaire, revenait en grâce dans les échanges internationaux d’énergie. Avec la crise économique et la suroffre disponible, le pétrole à bas prix redevient la norme. Pour combien de temps ? La guerre du pétrole est « tous azimuts », mais avec un pays dominant qui dispose d’énormes fonds souverains et des réserves énergétiques considérables ; au départ, elle a été engagée pour contrecarrer la production du pétrole de schiste américain ; puis elle a eu aussi pour objet de contraindre les autres pays producteurs à réduire leurs exportations pour conserver, voire accroître les parts nationales de marché, dans le cadre d’un écart croissant entre une offre abondante et une demande déprimée par la crise économique ; enfin cette situation de conflit économique peut s’envenimer avec l’arrivée de l’Iran dans la lutte d’influence, parfois violente, entre les sunnites et les chiites, dans les lourds théâtres de combat de la Syrie, de Daech et du Yémen.

Dans ce contexte, les économies de la Russie, de l’Algérie ou du Venezuela (entre autres), subissent la violence du contrecoup d’une réduction considérable de la valeur de leurs exportations, créant ainsi des crises économiques aux conséquences douloureuses pour le bien-être de leurs populations. L’OPEP, qui avait pris un pouvoir très important depuis 197365 dans l’évolution du commerce international mondial, risque même d’exploser. Après une descente jusqu’à la fin de l’année 2015, le dollar remonte à nouveau, sans doute du fait de la réunion en février des membres de l’OPEP qui laisse supposer un accord imminent. L’Arabie saoudite a demandé à chaque pays membre de réduire de 5 % sa production pétrolière pour maintenir les prix, car elle ne veut plus rééquilibrer seule le marché. La Russie, membre observateur de l’OPEP, souhaite un accord, car pour maintenir ses revenus, elle a atteint une production quotidienne de près de 11 millions de baril. Une décision de réduction concertée de la production de pétrole pourrait la satisfaire, d’autant que ses recettes budgétaires dépendent pour plus de la moitié des exportations de pétrole. La Russie est en récession, avec un rouble qui n’a jamais été aussi bas au regard du dollar. Quand les monarchies du Golfe réduisaient leur production, Moscou profitait de la montée des cours sans réduire sa production, dans une stratégie de passager clandestin. Or, la Russie soutient le régime syrien de Bachar el Assad et l’Iran, les ennemis du royaume saoudien. Il n’est donc plus question pour l’Arabie Saoudite d’accepter la politique de Poutine, même si, avec le Qatar et le Venezuela, ces deux pays ont signé un accord de réduction de l’offre de pétrole, mais les résultats de celui-ci se font encore attendre66.

L’eau potable pourra devenir aussi une nouvelle ressource rare dans certaines régions, alors même que sa consommation est nécessaire à la survie des hommes. Le Moyen-Orient est directement concerné par cette mauvaise allocation des ressources. C’est une autre source d’insécurité67. Aujourd’hui, les « seigneurs de la guerre » et les « cercles mafieux » cherchent à prendre le contrôle des ressources rares. Il s’agit pour les Etats de lutter contre le terrorisme, la guerre civile, la production des armes de destruction massive et le contrôle des « rogue states ». L’insécurité politique et la crise économique développent les sentiments nationalistes et le fondamentalisme religieux, la faillite des Etats, les migrations illicites, les conflits ethniques et la réaction face à des inégalités devenues insupportables.

IV.2.La guerre économique stricto sensu

Le concept de guerre économique n’est pas clairement défini. Il décrit généralement l’application de politiques économiques des Etats en vue d’atteindre des objectifs politiques ou stratégiques, qui ne vont pas dans le sens d’une recherche d’un optimum. Cette présentation est sans doute trop large. Pour lui donner un sens plus précis, la guerre économique est une action déclarée des Etats de nuire à un autre Etat ou groupe d’Etats en vue d’atteindre des objectifs politiques68. L’utilisation de l’arme économique conduit souvent à un jeu à somme négative, puisqu’elle engendre des pertes pour le pays qui impose ses sanctions et pour celui contre lequel celles-ci sont dirigées. Depuis la dernière guerre mondiale, du fait de la terreur provoquée par l’arme nucléaire, des stratégies obliques complémentaires ont été mises en place par les deux grandes puissances de la « guerre froide », mais aussi par l’ONU ou des groupes d’Etat. Elles se sont appliquées contre l’ennemi, contre les amis récalcitrants ou au nom de principes universels (apartheid). Ainsi, les Etats-Unis ont exercé des sanctions économiques à l’encontre des pays en dehors de leur sphère d’influence (comme l’URSS, Cuba, le Nicaragua, Grenade, l’Irak, l’Afghanistan, l’Iran, la Corée du Nord), l’URSS à l’encontre des pays divergents du bloc (comme la Yougoslavie, l’Albanie ou la Chine de Mao) et l’ONU contre les régimes politiques de l’apartheid (Afrique du Sud et Rhodésie du Nord). Le manque de clarté et de cohérence dans les stratégies internationales des Etats, et notamment des grandes puissances, est une caractéristique des actions conflictuelles dans le monde. Pourtant, la menace de la guerre économique est omniprésente, appliquée encore contre les « rogue states », mais aussi, il est vrai de manière moins violente, par l’Union européenne contre la Russie en réponse aux actions politico-militaires de ce pays à l’encontre de l’Ukraine, dans les conflits de Crimée et du Donbass.

Les armes utilisées sont l’embargo69, le boycott, le blocus, le gel des avoirs, le désinvestissement, la suspension ou la réduction de l’aide financière, le refus de l’octroi de la nation la plus favorisée ou, dans les cas les plus frontaux, l’engagement dans une course aux armements qui affaiblit le pays qui n’a pas les ressources suffisantes pour accroître son effort militaire. Les sanctions peuvent être unilatérales (mais elles sont coûteuses et rarement efficaces) ou multilatérales.

Plusieurs stratégies70 ont été ou peuvent être mises en place, comme le contrôle des échanges commerciaux avec des sanctions spécifiques ou générales (notamment en contrôlant les échanges de produits jugés stratégiques), l’appauvrissement par la préparation à une éventuelle guerre militaire (en accroissant le fardeau de la course aux armements), la stratégie de la rupture plus violente (avec l’appui des pays alliés ou dépendants), l’enserrement (qui vise à jouer sur l’interdépendance économique d’un pays pour contenir ses griefs justifiés ou non), la violence économique (consistant à soutenir à la fois l’opposition au gouvernement des Etats et les syndicats revendicatifs), la punition internationale (soit par le canal de l’organisation des Nations Unies, soit par une grande puissance capable de se faire obéir au regard des intérêts économiques par les autres Etats) ou la domination par la puissance économique clairement exprimée.

L’interdépendance économique constitue toujours à la fois une situation de négociations sans cesse renouvelées, qui suppose une atmosphère favorable à la paix, et un facteur de conflits et de domination politique, technologique, stratégique. Les sanctions économiques sont politiquement des signes forts de conflit, elles ont des effets sur l’ensemble des économies concernées, mais aussi sur l’ensemble des échanges internationaux. Depuis 1996, la clause Droits de l’Homme a été invoquée en de nombreuses occasions comme base de consultation, de suspension de l’aide ou d’autres mesures (par exemple au Niger, en Guinée Bissau, en Sierra Leone, au Togo, au Cameroun, en Haïti, aux Comores, en Côte d’Ivoire, en Irak, au Zimbabwe ou en Syrie). Cela s’est avéré efficace dans de quelques cas.

La définition claire de la cible, des armes bien adaptées et la quasi universalité des pays disposés à en appliquer les règles constituent les conditions sine qua non pour que les mesures pénalisantes engagées atteignent leurs buts. Les sanctions n’obtiennent que rarement les résultats attendus, notamment lorsque ceux-ci étaient trop ambitieux ou de très court terme. L’arme économique utilisée contre Cuba pour favoriser le changement du régime castriste a échoué après six décennies de conflit entre le pays le plus puissant du monde et un pays très appauvri. En revanche, si les sanctions exercées contre l’Iran accusée d’apporter un soutien au terrorisme n’ont pas permis de modifier la position de ce pays, celles appliquées pour éviter la construction d’une arme nucléaire ont trouvé une solution après de nombreuses, difficiles et longues négociations.

En tout état de cause, ces stratégies ne permettent guère d’obtenir des résultats rapides. Elles mettent en évidence des décisions politiques fortes des Etats, soit celles de contraindre un autre pays à changer de politique, soit celles de refuser les ordres donnés par une puissance étrangère ou un groupe de pays opposé à un pan de son action. Même pour un pays hégémonique économiquement et militairement, les sanctions ne fonctionnent que lorsqu’elles sont acceptées ou respectées par les autres Etats.

Les sanctions économiques ont parfois des effets négatifs, car elles peuvent être impopulaires et créer un sentiment général de malaise ou de rejet de celui qui les engage. Quand une décision internationale est prise à l’encontre d’un dictateur rejeté par la communauté internationale, le pays fait souvent front derrière celui qui les opprime, notamment parce que la population ne souhaite pas se faire dicter son fonctionnement par des puissances étrangères.

Pour être vraiment utiles, les sanctions doivent exercer des effets très forts sur le pays « coupable ». Cependant, dans le cas de l’Irak après la guerre du Koweït, les sanctions ont surtout concerné une population qui s’est appauvrie, sans avoir pour autant les moyens de renverser le dictateur. Les sanctions ne doivent pas être mises en place sur la base d’objectifs trop exigeants. Les ambitions de démocratisation de Cuba étaient trop excessives au regard de la situation réelle du pays et de ses valeurs philosophiques. Dans ce cas, le manque de crédibilité de l’opération sur la scène internationale constitue un réel frein à une procédure négociée de transformation politique progressive. Les sanctions ont un coût pour l’ensemble des pays engagés, elles doivent cependant, pour celui qui décide des sanctions, avoir des effets inférieurs à ceux que subissent les pays cibles.

Enfin, les sanctions s’avèrent plus faciles à mettre en place qu’à supprimer, notamment parce qu’elles n’ont pas les effets attendus. Dans ces conditions, les gouvernements ne peuvent guère revenir sur une décision coûteuse qui n’a pas été suffisamment efficace. Il est en effet difficile de lever une sanction qui a failli, d’une part parce qu’elle engendre une perte de légitimité et donc de prestige sur la scène internationale et, d’autre part, parce qu’elle remet la crédibilité de l’opération en cause. L’efficacité des sanctions économiques est souvent contestée, notamment lorsque l’on se réfère aux exemples des embargos cubains et irakiens. L’un a été un échec car le changement politique attendu n’a pas été effectif, l’autre a produit des dégâts considérables, notamment sur les enfants de moins de cinq ans, sans pour autant éviter l’émergence d’une seconde guerre aux effets encore plus graves.

La Russie a des vues claires concernant le statut de la sécurité de ses voisins et elle s’engage dans les conflits sans révérence aux schémas de la stratégie américaine. Cependant, entre les sanctions qui frappent son pays, la violence de la baisse du prix du pétrole et la crise économique d’un pays qui souffre en outre de violentes inégalités sociales, le régime de Poutine est affaibli, même s’il pèse encore fortement (mais pour combien de temps ?) sur l’évolution des conflits méditerranéens. La guerre économique épuise les Nations qui l’engagent et ceux qui en sont victimes71. Actuellement, les sanctions cherchent à être plus « intelligentes », avec la mise en place de règles strictes et l’application de sanctions plus limitées, comme c’est le cas à l’encontre de la Russie depuis l’invasion de la Crimée et le conflit du Donbass. Cette tendance tend à s’accentuer du fait de l’interdépendance accrue des capitaux. La légitimité internationale des sanctions prises favorise leur efficacité.

Si la vraie « guerre économique » s’inscrit dans le cadre d’un conflit entre Etats et implique une déclaration de guerre, il existe cependant une course à la puissance qui s’applique à l’ensemble des autres acteurs étatiques. A ce titre, les Etats espionnent les autres Etats, amis comme ennemis, comme les événements récents ont pu le confirmer. Le gouvernement américain fait du concept de géoéconomie une réalité stratégique quotidienne. Du fait de sa puissance, il établit des boucliers de protection contre les dangers qui menacent ses intérêts nationaux, mais aussi ceux de ses alliés, pour éviter la déstabilisation de ses relations internationales. « L’OTAN distingue le contre-espionnage et la « contre ingérence ». Elle définit le contre-espionnage comme l'action ayant pour but de détecter l'espionnage et de s'y opposer et la « contre ingérence » comme l'opération visant à déceler et à neutraliser toute menace contre la sécurité résultant des activités de services de renseignement, d'organisations ou d'agents se livrant à l'espionnage, à la subversion ou au terrorisme.

Le renseignement de sécurité propose des informations sur la nature, les possibilités ou les intentions d'organisations ou d'individus hostiles, qui sont ou pourraient être engagés dans des activités d'espionnage, de sabotage, de subversion ou de terrorisme72. Il a plusieurs caractéristiques. D’un point de vue stratégique (concernant les domaines économique, sociologique, logistique, géographique ou technologique), il est très utile dans le cadre de la préparation des décisions gouvernementales ou internationales. Ensuite, opérationnellement, il permet de planifier la conduite des opérations selon les objectifs stratégiques définis, sur la base des moyens militaires des forces adverses, des équipements, des doctrines réelles et de l’estimation des forces en présence. Enfin, d’un point de vue tactique, il permet de mieux connaître les circonstances géographiques ou atmosphériques, le degré de résilience de la population civile et le moral des troupes adverses. Plusieurs stratégies de « dominance cognitive » sont possibles (Tableau 5).

Tableau 5 - Formes de stratégies de « dominance cognitive »73

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Le gouvernement des Etats-Unis élève des barrières douanières pour empêcher la vente de certains composants de ses matériels militaires, en application des règles définies par l’OMC. Cette démarche suppose aussi des sources de renseignement importantes, en vue prévenir les crises internationales et de se préparer aux actions militaires jugées nécessaires. Les résultats économiques jouent un rôle vital dans la sécurité internationale et il est impossible de distinguer les intérêts stratégiques des intérêts économiques. Il existe une corrélation inévitable entre les crises financières, les désordres politiques et les guerres.

L’intelligence économique peut être définie comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution de l’information en vue de son exploitation utile en faveur des acteurs économiques. C’est une arme redoutable qui révolutionne les conditions de la compétition mondialisée des échanges. Elle intéresse à la fois le développement des entreprises et la sécurité et la défense de la nation. En effet, une puissance militaire doit s’appuyer sur une économie forte, une technologie de pointe et un système d’information efficace en vue de comprendre les stratégies des autres acteurs. Si l’intelligence économique concerne les entreprises dans un premier temps, la faiblesse des unités de production nationales constitue aussi un facteur de réduction de l’indépendance et de la force d’une nation. Le Sénat a demandé la « criminalisation » de l’espionnage économique sur le sol américain.

La guerre économique est un concept souvent utilisé pour différentes situations. Un Etat peut chercher à utiliser tous ses moyens, notamment économiques, pour obliger un pays étranger à suivre ses propres objectifs, mais cette situation de « menace » et de « contrainte », réduit singulièrement la sécurité internationale. Les Etats cherchent à renforcer leurs propres économies de multiples façons, des subventions implicites à l’embargo, le boycott, le gel d’avoirs étrangers. La violence de la compétition menace les solidarités et les valeurs humanistes du développement économique et social. Le concept de « développement durable » reste théorique dans un monde dans lequel la morale développe des valeurs extensives et élastiques. Les flux illégaux de capitaux connaissent une croissance continue, apportant leur soutien au terrorisme, au crime (mafia sicilienne, triades chinoises, yakusa nippons, cartels de Medellin ou de Cali), à la pollution déguisée et aux fraudes transnationales (paradis fiscaux). Les estimations de ces flux sont aussi importantes que confidentielles, et leurs coûts entament le potentiel de développement des pays « vertueux ». Les dépenses pour combattre ces délits internationaux et nationaux sont considérables. Les estimations sont trop aléatoires (de 5 à 15 % du PNB mondial) pour en faire une référence, mais en cette période de crise elles augmentent inéluctablement.

V. Les causes modernes des conflits, de la recherche de puissance aux causes non économiques

Si avant 1990, l’antagonisme des systèmes était présenté comme un facteur de guerre potentielle inexorable, ce n’est plus le cas aujourd’hui. On peut légitimement s’interroger sur la pertinence de l’idée marxiste selon laquelle les modes de production à leur apogée créent en leur sein leurs ennemis, lesquels vont combattre pour la victoire d’un autre système, moins consumériste, comme le retour au califat. En fait, plusieurs facteurs de guerre coexistent, de la recherche de puissance aux inégalités, des styles de vie aux pratiques religieuses intolérantes, des violences par la force des armes à la violence quotidienne des conditions de vie.

V.1. Les grandes puissances, notamment les Etats-Unis, cherchent à contrôler, à leur profit, le système économique et politique international d’économie de marché74.

Aujourd’hui, elles appliquent encore des instruments relativement conventionnels, à faible efficacité dans le temps, voire même à « effets boomerang » quasiment garantis75. Les menaces d’élargissement des guerres et du terrorisme n’ont jamais été aussi élevées depuis le début de ce siècle. Les effets « boomerang » des interventions militaires des grandes puissances ont souvent été au moins aussi dévastateurs que ceux qui précédaient leur action76. La France, elle-même77, souhaite maintenir une politique de grande puissance, qu’elle ne maîtrise pourtant pas vraiment. Pour le reste, la Chine inquiète les Etats occidentaux, lesquels sont cependant convaincus que les nouvelles valeurs économiques de ce pays constituent un témoignage de l’avancée des idées de paix sur celles du conflit. La recherche de puissance des Etats reste bien présente78, mais elle n’est sans doute pas nécessairement revendicatrice de conflits armés ou de menaces belliqueuses. Elle est souvent anesthésiée chez les petites puissances par les nécessaires alliances qu’elles doivent nouer avec les grandes puissances, sur la base d’une adhésion à des coalitions déjà constituées qui réduisent les degrés de liberté des négociations. Les BRICS se proposent de défendre une autre conception des relations internationales, mais les problèmes internes de chacun des membres rendent difficiles la mise en place nécessaire d’actions cohérentes communes à engager79. En outre, les gouvernements de ces pays ne sont pas historiquement des alliés et leurs relations ont même souvent été plutôt tendues, comme c’est encore le cas entre la Russie et la Chine, la Chine et l’Inde, mais aussi la Chine et le Brésil, ce dernier se plaignant du taux de change trop faible du renminbi chinois80 qui empêche les produits brésiliens d’être suffisamment compétitifs sur les marchés nationaux et internationaux.

V.2.Le style de vie,

Incompatible avec certaines visions religieuses extrémistes, le style de vie est la cible d’un terrorisme aveugle qui marque la volonté de détruire un système de consommation de masse haï, auquel la substitution d’une règle religieuse intolérante est proposée. Dans ce cas, le conflit est difficilement contrôlable, puisqu’il se développe à l’intérieur même des sociétés, les « combattants » de la foi agissent violemment sans pourtant être en mesure de remettre en cause l’existence du système économique et social lui-même. Cependant, l’existence de l’Etat islamique est sans doute le résultat de toutes les interventions militaires étrangères dans la région, dont les effets n’ont pas été ceux qui étaient attendus par les grandes puissances et notamment par les Etats-Unis81.

V.3.La globalisation ne profite pas également à tous les Etats.

Il en résulte des luttes sournoises ou ouvertes concernant l’appropriation des richesses qui ne manquent pas d’inquiéter à terme, surtout avec l’émergence récurrente de crises financières au coût social considérable82. Les aides des organisations économiques internationales ne sont pas très efficaces pour limiter les risques de conflits entre les pays ou de guerres civiles83. Les organisations non gouvernementales jouent aussi un rôle croissant dans le système économique mondial globalisé, mais leur influence, leurs méthodes et leurs actions ont parfois été contestées84.

V.4.Une société inégalitaire ne crée pas les solidarités nécessaires.

Elle provoque des tensions graves sur les marchés de l’emploi et sur la consommation de biens publics et privés85. En 20 ans, les salaires réels aux Etats-Unis ont baissé pour 90 % des citoyens86. La croissance profite aux actionnaires et aux « top managers », mais pas au pays dans son ensemble. Les frères Koch et la famille Walton, ont une fortune équivalente à celle de 45 % de la population américaine la plus pauvre. Or, ces familles ne souhaitent pas payer d’impôts pour tous les investissements publics nécessaires. Cela remet en cause la notion de démocratie, car il y a aujourd’hui une concentration du pouvoir politique et économique entre les mains de très peu de personnes. L’augmentation du chômage et de la pauvreté dans de nombreux pays constitue une menace intérieure dont le degré de violence, aujourd’hui bien contenue, pourrait soudain remettre en cause les règles économiques et financières qui règnent dans le capitalisme. En outre, du fait de la complexité du monde, il est aujourd’hui difficile de débattre correctement au Congrès des questions de politique étrangère et encore plus de sécurité87. Autrement dit, dans la masse d’information qui assaille l’ensemble des populations des pays développés, les plus importantes restent secrètes ou noyées dans un flux continu de données particulièrement difficiles à structurer, à synthétiser et à utiliser pour contester les pouvoirs en place.

V.5.La sécurité des personnes est offerte de manière inégale dans le monde.

Les infrastructures militaires, la surveillance automatique, les contrôles dans les voies d’accès aux aéroports, ports ou postes frontières ont été renforcés. L’accès à la sécurité pose le problème de l’équité. L’Etat se doit d’offrir à chaque citoyen une participation équitable à la sécurité personnelle, ce que le processus de libéralisation ne favorise guère. La globalisation produit des effets pervers qui facilitent les actes délictueux soit envers les personnes (activités criminelles) soit envers l’Etat (fiscalité). Les nouvelles technologies se développent comme la biométrie ou les satellites de surveillance. Le marché civil de la sécurité continue de croître, notamment en faveur des entreprises et des personnes aisées, mais aussi des groupes terroristes qui utilisent des instruments sophistiqués (comme les virus informatiques par exemple), pour réaliser leurs actes criminels.

V.6 Quelles formes de violence faut-il prioritairement contrôler ?

L’école de pensée Freedom from Fear considère que la sécurité humaine a pour objet la protection des individus devant le danger des conflits violents. Dans ce contexte, la pauvreté, les inégalités ou les pollutions n’entrent pas directement dans cette définition. Il convient d’abord d’éviter les conflits armés, d’assurer la protection de chaque citoyen face à la violence physique ou morale et de créer une assistance d’urgence pour combattre ces voies de faits réelles ou potentielles. L’école Freedom from Want défend une conception plus holistique de la sécurité. Elle souligne que la pauvreté est responsable de bien plus de décès et de blessures que l’utilisation des armes à feu ou des actes de violence proprement dits88. Elle considère que la sécurité implique à la fois un comportement non violent, le respect de la satisfaction des besoins essentiels et des droits de l’homme. Depuis 1990, les menaces n’ont pas diminué et les cycles économiques ont mis en évidence leurs conséquences en termes de précarité et d’injustice pour les populations souvent les plus démunies. Les crises financières ont touché les grandes puissances économiques, mais aussi le Mexique, la plupart des pays asiatiques, la Russie, l’Argentine, l’Irlande, la Grèce, l’Espagne ou la Chine. Aujourd’hui, la sécurité ne peut plus seulement être analysée sous l’angle rustique de la défense nationale ou de la puissance militaire. La sécurité économique et humaine inclut aussi l’application systématique du droit dans la résolution des conflits ethniques ou civils89, le fonctionnement négocié des organisations économiques, financières et environnementales mondialisées ou régionalisées90, et la loyauté de tous les Etats concernant le respect des droits de l’homme.

V.7.Le développement économique contemporain n’est plus compatible avec l’idée d’un développement durable (ou soutenable).

Une nouvelle ère s’ouvre. Les Etats restent les acteurs les plus importants dans l’organisation du système politique et économique international, mais ils sont souvent influencés par des forces économiques dont les intérêts ne correspondant pas souvent aux choix de l’ensemble de la collectivité. Ils définissent individuellement et collectivement des lois nationales et internationales qui permettent les échanges et qui réduisent les potentiels de conflits internes ou externes. L’efficacité des organisations internationales dépend de la volonté des Etats de soutenir leurs activités. Elle souffre du fait que les institutions qui s’occupent des marchés sont différentes de celles qui ont pour objet de faciliter les négociations sur la sécurité internationale. Si cette séparation peut être utile pour ne pas faire dépendre le progrès des négociations des unes à celles des autres, elle ne permet pas toujours d’éviter qu’une décision positive dans une sphère ne conduise aussi à des effets négatifs dans l’autre sphère. Si les Etats s’interdisent dans le monde moderne de s’engager dans la prédation guerrière ou colonialiste d’un autre pays, les grandes puissances souhaitent aussi avoir leur indépendance pour développer leurs ressources stratégiques de sécurité. Les inégalités de puissance produisent aussi des effets de domination volontaires. Elles sont caractérisées par une économie forte, une monnaie solide et internationalement acceptée, un contrôle de ses communications et de ses besoins en énergie, une politique diplomatique active, une vie culturelle attractive, mais aussi la disponibilité d’une force nucléaire et d’une capacité à agir en-dehors de ses frontières pour maintenir et assurer, par la force si nécessaire, les transferts des ressources vitales à leur économie.

Une approche élargie de la sécurité souligne l’importance de plusieurs strates, du niveau individuel au système mondial globalisé, en passant par les niveaux nationaux ou d’alliances formelles ou informelles entre les Etats. Elle implique la prise en compte des relations économiques, humaines et sociales des priorités portant sur le devenir de la planète dans le cadre des rapports de puissance militaires ou économiques, conscients ou non. La sécurité des hommes exige une réflexion multidisciplinaire concernant les droits de l’homme, l’organisation structurelle des collectivités étatiques et interétatiques, les stratégies des acteurs économiques, politiques et religieux ou encore la diversité relative des politiques « réalisables » disponibles à court ou plus long terme, sans engager de nouvelles tensions belligènes. Elle devrait être dépendante du concept de « développement durable », mais les tactiques des pays ou des firmes conduisent souvent à privilégier le court terme. Elle suppose enfin de développer en priorité la lutte contre l’extrême pauvreté, la mise en place de structures politiques respectant les principes des droits de l’homme, le refus des discriminations et la protection de l’environnement91.

VI. Pour une nouvelle conception de la sécurité économique et humaine

La sécurité est un concept à la fois subjectif, fondé sur des évolutions sociales, physiques et humaines qui rendent son besoin plus ou moins critique selon l’appréciation d’une multitude d’acteurs. Elle est directement concernée par les objectifs politiques et sociétaux des Etats, dans le cadre d’actions économiques et sociales alternatives ou complémentaires. Elle doit prendre en compte le degré de privation des besoins fondamentaux (liberté, nourriture, logement, etc..) et l’importance à accorder au futur (son taux d’actualisation) dans le cadre de sacrifices exigés en échange d’un espoir d’un avenir plus ensoleillé. Les courants de pensée sur le thème de la sécurité s’opposent parfois, entre ceux qui n’ont pas d’estime pour le futur et qui souhaitent une vie sans contraintes et sans égard pour l’avenir (le mouvement no future), et ceux qui souhaitent créer de meilleures conditions pour les générations à venir. Les choix entre le présent et l’avenir se posent par exemple pour les matières énergétiques non renouvelables ou pour les nouvelles technologies impliquant des destructions ou des pollutions irréversibles.

L’insécurité ne provient pas seulement des armes et des armées, lesquelles ont aussi vocation à assurer une sécurité à un pays ou à un groupe de pays, par la dissuasion face à tout prédateur ou par la force face à des ennemis qui souhaiteraient imposer un mode de vie, une civilisation, une religion que les citoyens ne souhaitent pas adopter. D’autres versants de l’insécurité existent, souvent négligés. Ainsi, la raréfaction des matières premières et, à plus long terme, des ressources énergétiques interroge sur la capacité de la Terre, dans la configuration inégalitaire économiquement et socialement qui est la sienne aujourd’hui, de réagir sans conflits majeurs. La désertification, l’utilisation des meilleures terres pour l’habitat, la pollution chimique, le changement de climat, l’aléa moral des firmes multinationales désireuses d’éviter de participer aux infrastructures collectives par l’évasion fiscale et soucieuses d’augmenter leurs profits sans prendre en considération les coûts des dommages environnementaux sur la santé des personnes s’invitent à la table du futur de l’humanité. Les cyclones, les dust storms, l’absence d’eau potable, la pollution, mais aussi la lutte violente pour l’appropriation des ressources rares sont autant de dangers qui s’annoncent sans une forte volonté des gouvernements et des organisations internationales d’y porter remède.

La sécurité internationale implique le respect d’un développement humain soutenable, soucieux de l’environnement (un bien collectif commun), de l’éradication de l’extrême pauvreté, de la mise en place d’institutions sociales stables rejetant toute discrimination92. La croissance des inégalités constitue un facteur de conflits nationaux et internationaux, elle provoque une réaction contre les systèmes dominants, avec tous les effets néfastes des crises violentes aux conclusions incontrôlables. L’internationalisation des systèmes de production conduit à une fragmentation des fonctions commerciales et productives (développement technologique, R & D, distribution, production, marketing). Cette dispersion géographique dans la chaine logistique n’a pas souvent des justifications économiques autres que celles de permettre à leurs utilisateurs de frauder le fisc ou d’exercer une pression à la baisse des salaires, par une mise en concurrence des Etats, des territoires et des hommes, destinée à favoriser les actionnaires.

VI.1. L’Indice de Sécurité de l’Homme

La construction d’un Indice de Sécurité humaine (Human Security Index), proposé en 2008 et 201093, utilise les composantes de l’Indice de Développement Humain, mais aussi des indices d’équité et d’égalité (tableau 6).

Tableau 6 : Construction de l’indice de Sécurité de l’homme94

Indices

économiques

- PIB par habitant (en PPA)

- Distribution des revenus (coefficient de Gini)

- Réserves de devises (en % des importations)

- Dette extérieure (en % du PIB)

- Balance courante (en % du PIB)

- Livraison/financement santé

- Taux d’épargne national (en % PIB)

Indices

environnementaux

- Indice de vulnérabilité environnementale

- Indice de performance environnementale

- Effet de serre des émissions de gaz

- Taux de croissance de la population (2010-2050)

Indices sociaux

et sociétaux

Education et pouvoir d’information

- Taux alphabétisation

- Indices de connections (téléphones fixes, mobiles, internet par habitant)

- Indice liberté de la presse

Diversité 

- Indice d’écarts liés au genre

Paix

- Indice global de Paix

- Population emprisonnée

- Echelle de terreur politique

Sécurité alimentaire

- % de personnes insuffisamment nourries

- % de personnes sous le niveau local de pauvreté

- % de personnes en situation d’insécurité alimentaire

- % de terres productives par habitant

- Changement de superficies des terres productives entre 1960 et 2000.

Santé

- Espérance de vie à la naissance

- % d’espérance de vie en mauvaise santé

- % de personnes disposant d’eau potable

- Egalité devant la santé

Gouvernance

- Stabilité politique, pas de violence

- Contrôle de la corruption illégale

- Corruption légale

Un Social Fabric Index prend aussi en compte l’environnement, la diversité, l’absence de corruption, les pouvoirs d’information et l’atmosphère pacifique du monde. Cependant, la perception de la sécurité dépend aussi de l’adhésion aux structures sociales et systémiques mises en place. Dans ce cadre, un consensus objectif modifie le comportement des gouvernements, plus soucieux dès lors de mettre en place des rapports conviviaux avec le reste du monde. La sécurité sociétale fait référence à la culture, aux valeurs religieuses, à la langue commune mais aussi à l’identité nationale. Elle pose la question cruciale de la survivance des communautés traditionnelles. L’Indice de Sécurité de l’Homme est difficile à élaborer, car il souffre d’une absence de consensus sur les indicateurs internes, la qualité des informations et leur interprétation. Cependant, il offre une vision approximative, mais aussi évolutive, du sentiment de sécurité qui domine dans le monde et à l’intérieur des Nations. La construction de l’indice comprend plusieurs indicateurs de nature sociale, environnementale et économique.

On constate que les considérants politiques, géopolitiques et stratégiques sont relativement peu présents pour mettre en évidence la propension aux conflits armés nationaux ou internationaux. Cependant, depuis un demi-siècle, les victimes de la faim ou des problèmes sociaux ont été beaucoup plus importantes que celles qui ont succombé aux guerres civiles et militaires.

Le Global Peace Index mesure, quant à lui, la capacité d’un pays à promouvoir la paix. La Nouvelle Zélande, le Danemark, la Norvège, l’Islande, l’Autriche, la Suède, le Japon, la Canada, la Finlande et la Slovénie sont les pays jugés les plus pacifiques dans leurs comportements et leurs politiques concrètes. Cette analyse, intéressante en soi, n’est cependant pas toujours suffisamment précise. Elle ne prend pas en compte les menaces réelles des pays (la Nouvelle-Zélande ou l’Islande sont peu menacées, géographiquement, par leurs voisins), ni des protections indirectes dont bénéficient certains pays qui n’appartiennent pas à des alliances militaires mais qui en bénéficient comme d’une aménité positive. Ainsi, les pays scandinaves ou l’Autriche se savent indirectement protégés par les Alliances qui les entourent, et qui font d’eux, à leur corps défendant parfois, des free riders, des « passagers clandestins » ou des resquilleurs des coûts relatifs à la sécurité internationale ou régionale.

VI.2.La recherche des inégalités, au cœur des conflits et des guerres

La sécurité internationale et le développement économique mondial sont profondément interconnectés. La sécurité et le développement humain mettent la notion de Welfare (de tous et de chacun) au cœur des actions coordonnées des hommes. Dans ces conditions, une analyse multidimensionnelle est fructueuse. Sans sécurité des hommes, le développement économique est remis en cause ; sans essor économique suffisant les choix humains et la qualité de vie des individus sont mis en situation de concurrence excessive, favorisant ainsi l’émergence de zones et occasions de conflits. Les marchés ont besoin de sécurité pour des échanges économiques rapides et efficaces, ils ont besoin d’arbitres et de juges pour gérer les conflits commerciaux et d’une police capable de faire cesser les activités illégales ou la violence.

Pour la sécurité économique, les inégalités et la pauvreté sont les racines de la vulnérabilité individuelle de l’homme. Elle doit présenter une réponse adaptée et immédiate aux menaces de famine qui apparaissent alors même qu’aucun droit n’a été violé. Dans ce contexte, des zones de développement profondément inégalitaires provoquent des situations conflictuelles, étant entendu que la pauvreté n’est qu’un concept relatif et comparatif. Si l’étendue mondiale de la misère et de la famine s’est réduite, la pauvreté s’est installée partout dans le monde. Or, cette situation est susceptible de devenir contestataire, virulente, notamment lorsqu’elle est perçue comme le résultat d’inégalités injustifiées et fondées sur un système social et mondial inéquitable, favorisant la prédation légale ou des règles de fonctionnement qui enrichissent les uns en appauvrissant inéluctablement les autres. Pour Amartya Sen95, il faut prêter autant attention aux inégalités concernant la distribution des libertés, des droits de l’homme, des entitlements et de leurs capabilities, qu’à celles des revenus.

La notion de sécurité est souvent conçue comme un bien public sous la responsabilité des autorités étatiques, lesquelles protègent les frontières, construisent les institutions, dictent les lois et les règles collectives et définissent les stratégies sécuritaires de la Nation. La notion de défense nationale fait référence aux efforts accomplis pour dissuader une tentative d’invasion d’un ennemi potentiel et pour défendre les intérêts collectifs de la Nation (parfois même en intégrant l’idée d’une hégémonie politique internationale ou régionale). Aujourd’hui, avec leurs actions militaires à l’extérieur, les Etats-Unis sont souvent accusés d’actions impérialistes, avec, en retour, l’émergence d’un « choc des civilisations »96. Les objectifs des actions militaires ont été reconsidérés, de la traditionnelle prédation et recherche d’hégémonie in situ, à la défense des intérêts économiques, politiques et sécuritaires, notamment face au terrorisme. L’Etat a pour fonction sécuritaire de protéger la Nation des agressions internationales, environnementales, économiques, mais aussi sociales, parfois en relation étroite avec les organisations internationales, continentales ou régionales spécialisées. Les alliances et accords négociés participent normalement à améliorer la sécurité internationale, sauf lorsqu’ils sont manifestement en opposition avec une ou plusieurs autres Parties. La volonté du gouvernement de l’Ukraine de se rapprocher à la fois de l’Union européenne et de l’OTAN a provoqué la crise de Crimée et du Donbass97.

Il faut distinguer la prévention de la protection98. Un équipement assurant la sécurité afin de réduire une menace particulière peut se faire au détriment d’autres objectifs de défense, et produire, in fine, « une externalité négative ». La protection d’un site particulier a un coût qui réduit le potentiel de défense d’un autre site, opération qui accroît de fait l’insécurité totale. Ces opérations sont susceptibles d’altérer la réaction des agents face au risque et de favoriser « l’aléa moral ». La question principale porte sur les priorités concernant les menaces sécuritaires, entre l’effort militaire, le contrôle d’une vie nationale pacifiée, l’effort économique collectif et le respect des droits de l’homme.

Le dilemme « beurre ou canons » reste encore d’actualité au plan mondial. Aujourd’hui, les dépenses militaires sont vingt fois supérieures à l’aide internationale et aux opérations onusiennes du maintien de la paix. Un agenda international devrait être mis en place dans le cadre d’une négociation impliquant les organisations internationales, les Etats, les ONG, les entreprises privées, les institutions financières, des scientifiques et des représentants de citoyens en vue de comprendre et réduire les menaces de conflits dans le monde. Cette solution se heurte évidemment aux intérêts divergents, au populisme, au choc des civilisations, aux guerres des religions. Les institutions financières ont une influence non négligeable sur l’évolution économique des pays les plus pauvres. Elles ont souvent été plus concernées par les programmes structurels de développement qui ont plus contribué à justifier le développement des inégalités et à favoriser la prévention des conflits internes et externes des pays99. Aujourd’hui, elles sont plus attentives à l’importance des dépenses militaires dans leurs choix. Cependant, il est toujours difficile pour des experts économiques de déterminer le niveau optimal de sécurité internationale, au regard de la complexité de la quantification des valeurs et préférences subjectives, de l’analyse des coûts et bénéfices de la sécurité globale, des gains privés ou publics résultant d’une décision et des impacts indirects ou directs perçus. En outre, l’insécurité économique est prônée dans les sociétés modernes, avec la compétition des agents économiques et les relations de pouvoir revendiquées.

L’idée d’une « sécurité des hommes » suppose une action collective destinée à lutter contre les grandes vulnérabilités qui concernent aussi bien les individus que les Etats. Le « recentrage » du concept de sécurité sur l’homme implique des études multidisciplinaires, associant des réflexions profondes sur les droits de l’homme, les rapports de puissance des Etats, l’organisation mondiale de l’économie et des forces militaires, les relations diplomatiques mondiales et la lutte continue contre la pauvreté, la précarité, le respect des convictions laïques ou religieuses et le refus de l’intolérance.

VI.3.Le monopole de l’économie de marché n’est pas une garantie de paix

Dans le cadre du capitalisme, la société économique provoque des oppositions d’intérêts, au moins dans le court et moyen termes. L’Etat se doit d’organiser cette société en vue d’assurer un degré de sécurité suffisant dans la vie des citoyens, même au prix de certains entorses au regard du principe fondamental de la concurrence, afin de maintenir une situation globale de welfare suffisant pour réduire le potentiel d’émeutes ou de conflits entre les groupes sociaux, en assurant des emplois rémunérateurs et des procédures sociales de complément afin de réduire les formes de précarité de revenus et devant la vieillesse et la maladie. Pour l’ONU, l’accès au travail, à la protection médicale, à la perception d’un revenu décent, à une nutrition satisfaisante, à un niveau d’éducation, à l’eau courante ou à l’air pur, le respect des ethnies et des droits de l’homme, la protection contre toute forme de violence sont des besoins essentiels qui ne sont pas satisfaits au moins pour une bonne moitié de l’humanité. Sans un contrôle des inégalités réelles des droits des personnes, les tensions entre les classes sociales, les violences ethniques ou religieuses, les conflits sociaux constituent des germes de guerres civiles, sociales, régionales ou internationales.

Pour de nombreux théoriciens libéraux, l’interdépendance économique proposée par la globalisation est sensée apporter des bénéfices en termes de sécurité. Ils considèrent cependant que le développement économique d’un pays implique des sacrifices sociaux en termes d’environnement, d’emplois, de santé ou d’éducation. Cette thèse n’est pourtant pas toujours vérifiée par les résultats sociaux à long terme. Quand les pays émergents redressent leur économie et créent une classe moyenne, dans le même temps la pauvreté s’invite à nouveau dans les pays développés et s’élargit dans les pays en développement. Le développement économique et la sécurité sont inextricablement liés, car le progrès de l’un est favorable à l’essor de l’autre, au moins à court terme. Le bien-être renforce la stabilité et la sécurité humaine. Plusieurs questions mériteraient d’être reposées sans a priori :

- L’intervention humanitaire d’un pays à l’encontre d’un gouvernement d’un autre pays pose débat, car les expériences de cette dernière décennie ne sont guère exemplaires et concluantes. D’autres modalités d’action seraient sans doute à inventer pour une meilleure efficacité.

- La qualité de la « soutenabilité » du développement tout en améliorant la vie économique, sociale et communautaire100 d’aujourd’hui est un vrai défi. Faut-il immédiatement l’engager, souvent contre les pouvoirs en place, avec les risques de conflits plus ou moins violents ? Comment expliquer aux pays émergents et aux pays les plus pauvres que le type de développement économique dominant ne leur sera plus applicable au regard des raretés nouvelles des consommations intermédiaires qui vont inéluctablement s’inviter à plus ou moins long terme ?

- La notion de sécurité humaine est plus centrée sur les personnes que sur les responsabilités des Etats, elle doit faire appel à un juste milieu entre les droits individuels et le respect des considérations collectives. Or, le choix entre la sécurité et la liberté économique n’est pas toujours évident, car de hauts niveaux de contrôles publics menacent parfois les résultats économiques. Quel est le niveau d’intervention satisfaisant, capable de concilier les deux exigences ?

- L’économie de réseaux implique une recherche optimale de sécurité, car les vulnérabilités économiques se sont élargies. Quelles sont les actions collectives à entreprendre ?

L’économie ne se limite pas aux résultats de la science économique, laquelle traite trop souvent du très court terme ou du très long terme. Les substrats philosophiques, politiques et religieux sont escamotés. Il ne s’agit pas toujours de « plus produire », de « mieux produire », mais plutôt de « produire pour tous ». Il est nécessaire de respecter les fondements même de la vie collective, à savoir nourrir les hommes, soigner les malades et libérer tous les esclaves, ceux qui n’ont d’autre liberté que celle d’accroître celle des autres101. Il faut ajouter la sécurité physique, économique et philosophique des hommes. Cette dimension est aujourd’hui menacée au regard de l’anxiété qui accompagne l’homme moderne concernant ses capacités à agir et son potentiel de vie sociale. La croissance économique d’aujourd’hui est grande consommatrice des richesses de la Terre, lesquelles ne sont pas toujours renouvelables. Il va falloir concevoir un nouveau type de développement économique ou de nouveaux modes de vie. L’innovation des hommes est toujours aussi affirmée, mais elle produit elle-même d’autres goulots d’étranglement qui repoussent les problèmes à des dates ultérieures. Sans une réduction claire des inégalités, la sécurité mondiale sera de plus en plus menacée. L’essor des armes d’attaque que les moyens de défense sont encore incapables de contenir constitue une menace incontestable à la sécurité mondiale. Avec les armes de destruction massive, une simple attaque produirait un cataclysme. Et dans ce cas, les partisans du no future auraient alors eu raison avant l’heure.

La globalisation et l’universalité ne marchent pas à l’unisson, ces deux processus sont même parfois opposés. La globalisation concerne les marchés, les technologies, les autoroutes de l’information, le tourisme et la distribution des richesses. L’universalité concerne les droits de l’homme, les valeurs démocratiques, l’essor des libertés ou la diversité et la conjonction des cultures. Selon Baudrillart, la force du processus de globalisation d’aujourd’hui menace l’universalité dans la diversité des pensées et dans le respect d’épanouissement de chaque société et individu. Les pulsions guerrières sont alimentées par une concurrence sauvage des entreprises, laquelle est relayée par des Etats gouvernés par des groupes d’intérêts économiques et politiques influents, sous le voile d’une démocratie « orientée ». La guerre reste encore bien présente dans l’humanité souffrante. William Shakespeare rappelait en son temps (The Tempest), « l’enfer n’existe pas, tous les démons sont ici-bas ».

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5 Richard, T. (2009). Démocratie, économie de marché et paix. In J. Fontanel (Ed.), Economie politique de la sécurité internationale. Paris, Collection Librairie des Humanités, L’Harmattan.

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7 Coulomb, F. Fontanel, J., Hébert, J.-P., & Samson, I. (2008, October). The birth of the political economy or the economy at the heart of politics: Mercantilism. Defence and Peace Economics, 9(5). Fontanel, J., Coulomb, F. (2008), The genesis of economic thought concerning war and peace, Defence and Peace Economics, 19 (5), 321-330. Smith, R., & Fontanel, J. (2008). International security, defence economics and the powers of nations. In Fontanel, J., & Chatterji, M. (Eds.), War, peace and security, contributions to conflict management, peace economics and development. London: Emerald.

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9 Barre, R., Fontanel, J. 1991) Principes de politique économique, Collection "L'Economie en Plus". Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 1991.

10 Bellais, R., Coulomb, F. (2013), La Complexe Militaro-Industriel cinquante ans après Eisenhower, in Liber Amicorum, in Liber Amicorum, hommage en l’honneur du Professeur Jacques Fontanel, L’Harmattan, Paris. Smith, R. (2013), The Economics of Defence in France and the UK, in Liber Amicorum, hommage en l’honneur du Professeur Jacques Fontanel, L’Harmattan, Paris

11 Hartley, K. (2013), Economics and the End of Conflict ? in Liber Amicorum, hommage en l’honneur du Professeur Jacques Fontanel, L’Harmattan, Paris.

12 Luttwak, E.N. (1990), From Geopolitics to Geo-Economics : Logic of Conflicts, Grammar of Commerce, The National Interest, No. 20 (Summer 1990), pp. 17-23

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14 Stiglitz, J., Bilmes, L.J. (2008), The Three trillion dollars, The true cost of the Iraq conflict, W.W. Norton, New York ; Fontanel, J. (2012) Les coûts de la guerre en Irak et en Afghanistan, Questions Internationales, Mai 2012. N°55. Brück, T. (2008), The Economic Analysis of Terrorism, in Routledge studies in defence and peace economics, Editors Keith Hartley and Jurgen Brauer, Routledge, London and New York.

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16 OCDE. (2004). L’économie de la sécurité. Paris, OECD.

17 Smith, R. (2010). Sécurité internationale et crise économique internationale. In J. Fontanel (Ed.), Economie politique de la sécurité internationale. Paris, Collection Librairie des Humanités, L’Harmattan.

18 Fontanel, J. (2010), Un concept élargi de la sécurité économique, in Economie politique de la sécurité internationale, J. Fontanel (Ed.), L’Harmattan, Paris, p. 18.

19 Chatterji, M., Fontanel, J. (2008), The controversial economic question of peace and war, in War, Peace and Security, Contributions to Conflict Management, Peace Economics, and Development, Volume 6, edited by Jacques Fontanel and Manas Chatterji - London, Elsevier/Emerald,, London, 2008, ISBN - 978-0-4445-3244-2 ; Chatterji, M. Fontanel, J. (2008), War, Peace and Security, Contributions to Conflict Management, Peace Economics, and Development, Volume 6, edited by Jacques Fontanel and Manas Chatterji - London, Elsevier/Emerald, London, 2008 ; Fontanel, J., Arrow K ., Klein, L., Sen, A. (2003), Civilisations, globalisation et guerre, PUG, Grenoble. Chatterji, M., Fontanel, J. (2008), Fontanel, J. (1983), L’économie des armes, La Découverte/Maspero, Paris. Fontanel, J., Smith, R.P. (1985), L'effort économique de défense", Arès, N° Spécial, Grenoble 1985.

20 Fontanel, J. (2015), La base des données des dépenses militaires recueillie par l’Organisation des Nations Unies : origine et évolution. United Nations Standardized Instrument for Reporting Military Expenditure (2015) PSEI , http://revel.unice.fr/psei/ ; Fontanel, J. (1980). Le concept de dépenses militaires. Défense Nationale. Cars, H.C., Fontanel, J. (1987), Military Expenditure Comparisons, in Peace, Defence and Economic Analysis, Editors, C. Schmidt, F. Blackhaby,The International Economic Association, Mac Millan, London, 1987 (12 pages).

21 Fontanel, J. (1993) avec Galbraith, Klein, Isard, Economistes de la Paix" (Fontanel J., Ed.), L'Economie en Plus, PUG, 1993.

22 Fontanel, J., Corvaisier-Drouart, B. (2014), For a General Concept of Economic and Human Security, in R. Bellais (Ed.), The Evolving Boundaries of Defence : An Assessment of Recent Shify in Defence Activities, Emerald, Bingley.

23 Brunat, E., Fontanel, J. (2015), La stratégie internationale et la réforme militaire en Russie, in  Union européenne-Russie : une relation particulière ,sous la direction de Eric Brunat, Georges-Henri Soutou et Frédéric Turpin, Université Savoie Mont-Blanc, Laboratoire LLSETI, Chambéry.

24 Guilhaudis, J-F. (2015 , Les Alliances collectives(Inf.2/1-11)., PSEI, Numéro 1, 17 août 2015, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=351.

25 Sheehan, N. (2003). Le maintien de la paix pour le développement. In Civilisations, globalisation, guerre. Discours d’économistes. Sous la direction de J. Fontanel, Collection Débats, Presses Universitaires de Grenoble. Sheehan, N. (2008) Economics of UN Peacekeeping Operations, in War, Peace and Security, Contributions to Conflict Management, Peace Economics, and Development, Volume 6, edited by Jacques Fontanel and Manas Chatterji, Emerald, London

26 Richard, T. (2009). Démocratie, économie de marché et paix. In Economie politique de la sécurité internationale. Ed. J. Fontanel, Paris, L’Harmattan.

27 Le coût de 120 milliards de dollars de destruction de richesses à très court terme a été avancé dans la littérature économique, mais les effets économiques à plus long terme sont différents et,sans doute, plus élevés. Si la place de New York a subi une baisse du prix du logement, celui-ci n’a pas attendu longtemps pour retrouver son niveau antérieur. De même, l’Etat du New Jersey a bénéficié du départ de plusieurs sociétés qui sont venues s’installer sur son territoire. Par ailleurs, les contrôles des personnes et des biens ont été considérablement renforcés, conduisant à une augmentation des coûts. Il a fallu créer de nouvelles lois et prendre la mesure de nouveaux dangers comme les désastres naturels, les épidémies et le terrorisme. Cf. Fontanel, J. (2002), Le coût du terrorisme, in Globalisation économique et sécurité internationale. Introduction à la géoéconomie (Ed. J Fontanel), Côté Cours, Grenoble, Décembre.

28 Sen, A. (2003), Identité et conflit. Existe-t-il un choc des civilisations ? in Civilisations, globalisation, guerre. Discours d’économistes. Sous la direction de Jacques Fontanel, Collection Débats, PUG, Grenoble. Fontanel, J. (2007), Ethique, économie et guerre, in Fontanel. J. Ed. Questions d’éthique, L’Harmattan, Paris.

29 Version simplifiée et complétée, mais reprise de : Udovic, B. (2011), Economic security : Large and Small states in enlarged European Union, http// :www.attac ;org/en/groups/center-and-periphery-abolition-neocolonialism-working-groupcpwg/bostjan-udovic-economic.Assessed on Ocober 31, 2011.

30 Fontanel, J. (1990), The economic effects of military expenditure in Third World Countries, Journal of Peace Research, Vol. 27, n° 4, November 1990 (7 pages ; Fontanel, J. (1991), Third World Economic Consequences of the East-West Disarmament Process, Edited by Serge SUR, in Disarmament Agreements and Negociations. The Economic Dimension. United Nations Institute for Disarmament Research (UNIDIR), Darmouth, Aldershot, Brookfield, USA, 1991.

31 Kaufman, R. (2015), Economists for Peace & Security, Newsletter, Volume 27, Issue 1, March 2015. Cornetta C. (2015), Economists for Peace & Security, Newsletter, Volume 27, Issue 1, March 2015.

32 Hartung, W. (2015), Economists for Peace & Security, Newsletter, Volume 27, Issue 1, March 2015.

33 Cars, H.C., Fontanel, J. (1987), Military Expenditure Comparisons, in Peace, Defence and Economic Analysis, Editors, C. Schmidt, F. Blackhaby, The International Economic Association, Mac Millan, London, 1987. Fontanel, J. (2015), La base des données des dépenses militaires recueillie par l’Organisation des Nations Unies : origine et évolution. United Nations Standardized Instrument for Reporting Military Expenditure (2015) PSEI n° 1, http://revel.unice.fr/psei/ , Malizard, J., Guilhaudis, J-F. (2015), Dépenses de défense et de sécurité, PSEI n° 1, http://economie-defense.fr/depenses-de-defense-et-de-securite-julien-malizard-j-f-guilhaudis/

34 Fontanel, J., Samson, I. (2008), The economic determinants of military expenditures, in « War, Peace and Security », Contributions to Conflict Management, Peace Economics, and Development, Volume 6, edited by Jacques Fontanel and Manas Chatterji - London, Elsevier/Emerald, London, . Fontanel, J., & Smith, R. (1991). A European defence union?. Economic Policy,13(3), 393-425. Fontanel, J, Hébert, J-P. (1997), The French policy of "Grandeur", Defence and Peace Economics, Vol. 8 (1), pp. 37-55. Coulomb, F., Fontanel, J. (2005), An economic interpretation of French military expenditure, Defence and Peace Economics, 16(4), 297-315. Malizard, J. (2013), Opportunity costs of Defence : an Evaluation in the case of France, Defence and Peace Economics 26(3), pp. 247-259. Fontanel, J., Ward, M. (1993), Military Expenditures, Armaments and Disarmament, Defence Economics, Vol. 4, (16 pages)

35 Smith, R., Martin, Fontanel, J.(1987), Time-Series estimates of the macroeconomic impact of Defence spending in France and Britain, in Peace, Defence and Economic Analysis. Editors, C. Schmidt, F. Blackhaby, The International Economic Association, Mac Millan, London, 1987 (20 pages).

36 Fontanel, J. (1982). Military Expenditure and Economic Growth: France, Morocco. report written for the United Nations, New York.

37 Guilhaudis, J-F. (2015), Les Alliances collectives(Inf.2/1-11). », PSEI, Numéro 1, 17 août 2015, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=351.

38 Coulomb, F., Bensahel, L., Fontanel, J. (2007), The concepts of economic war and economic conflicts in a global market economy, in Arms, War, and Terrorism in the global economy today, Ed. Wolfram Elsner, Ed. LIT Verlag, Bremen Schriften zur Konverzion, Band 13, Hamburg. 2007.

39 UNIDIR (1992), Aspects économiques du désarmement, le désarmement en tant qu’investissement, UNIDIR, A/47/346, 27 Août, Genève. Fontanel, J., Smith, R. (1993), Le couple désarmement-développement dans la pensée économique, in Economistes de la Paix (Fontanel J., Ed.), PUG, 1993. Fontanel, J. (1993), La gestion économique du désarmement. Dix principes positifs. in Economistes de la Paix (Fontanel J., Ed.), PUG, 1993, (21 pages). Shkaratan, O., & Fontanel, J. (1998). Conversion and personnel in the Russian militaryindustrial complex. Defence and peace economics, 9(4), 367-379.

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41 SIPRI Yearbook (2009), Armaments, disarmament, and international security, Oxford, Stockholm, Oxford University Press.

42 Fontanel, J. (1980). Le concept de dépenses militaires. Défense Nationale.

43 Coulomb, F., Fontanel, J. (2000), Disarmament in the Next Millenium, Defence and Peace Economics, Volume 11, number 1, 2000. Fontanel, J. (2002), Disarmament : A century of economic thought, Defence and Peace Economics, Vol 28, 2002. Fontanel, J. (1994), The Economics of Disarmament. A Survey, Defence and Peace Economics, Vol. 5, n° 2, (34 pages). Fontanel, J. (1995), The economics of disarmament, in Handbook of Defense Economics, Vol.1. (Hartley and Sandler eds), North Holland, Elsevier Sciences, Amsterdam, 1995.

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45 Sheehan, N. (2003). Le maintien de la paix pour le développement. In J. Fontanel (Ed.), Civilisations, globalisation, guerre. Discours d’économistes. Collection Débats, Presses Universitaires de Grenoble. Sheehan, N. (2013) La réforme ou « reconstruction » du secteur de la sécurité : outil fondamental pour la consolidation de la paix dans les pays post-conflits, in Liber Amicorum, hommage en l’honneur du Professeur Jacques Fontanel, L’Harmattan, Paris

46 Coulomb, F., Fontanel, J. (2000), Disarmament in the Next Millenium, Defence and Peace Economics, Volume 11, number 1, 2000. Fontanel, J. (1993), Investing in peace, The UNESCO Courier, October 1993. Fontanel, J., Fontanel, J., Matelly, S. (2000), Le coût des dividendes de la paix, Mondes en développement, Tome 28, 2000, n° 112, pp. 59-73.

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48 Fontanel, J., Smith, R. (1993), Le couple désarmement-développement dans la pensée économique, in Economistes de la Paix (Fontanel J., Ed.), PUG, 1993 ; Fontanel, J. (1993), La gestion économique du désarmement. Dix principes positifs. in Economistes de la Paix (Fontanel J., Ed.), PUG, 1993. Fontanel, J., Ward, M. (2002), A hard look at the costs of peace, World Economics, Vol.3, n.2, April-June 2002.

49 Guilhaudis, J-F. (2015), Désarmement, PSEI, Numéro 1, 17 août 2015, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=357.

50 Coulomb, F., Fontanel, J. (2006), Le coût du nucléaire en France et son avantage comparatif, in Pascallon (Ed.), La sécurité de la France, Economica, Paris, 2006. Fontanel, J. (2006), Le coût des forces nucléaires, in Désarmement pour le Développement (Fontanel, J, Guilhaudis, J-F, (Eds.), Ares, 1986.

51 Biad, A. (2015), Traité sur le commerce des armes, PSEI, n° 2, , mis en ligne le 21 novembre 2015, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=671.

52 MIT (2015), The future postponed. Why declining Investment in Basic Resaerch Threatens a U.S. Innovation Deficit. A Report by the MIT Committee to Evaluate the Innovation Deficit, April 2015.

53 Guilhaudis, J-F. (2015), Puissances et impuissances, acteurs de la sécurité et de l’insécurité internationale .(A1-A83) », PSEI, n° 1, 17 août 2015, http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=333.

54 Sur la base des informations données par : Chabbi, M. (2015), Le Club Nucléaire : des capacités très inégales. PSEI, n° 1, 17 août 2015, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=349.

55 Bensahel-Perrin, L., Fontanel, J. (2010), L’intelligence économique, un facteur de sécurité internationale, In Economie politique de la Sécurité Internationale (Ed. Jacques Fontanel), L’Harmattan, Paris, 2010.

56 Entre 2009 et 2010, l’Iran a découvert être la cible de la cyber-attaque de Stuxnet. Il s’agit, en fait, d’un ver informatique conçu par la NSA pour s’attaquer aux centrifugeuses iraniennes d’uranium. L’Iran a subi des pertes réelles sur plus d’un millier de centrifugeuses et son processus d’enrichissement d’uranium a été ralenti. Il s’agissait d’un acte de sabotage plus que d’un acte de guerre.

57 Alonso, P. (2015), Existe-t-il un droit de la cyberguerre ? 3 novembre.

58 World Bank (2003), Reducing Trading Costs in a New Ara of Security, in Global Economic Prospect 2004 : Realizing the Development Promise of the Doha Agenda, Washington.

59 Percebois, J. (2013), La montée de la précarité énergétique face à la hausse des prix de l’énergie, in Liber Amicorum, hommage en l’honneur du Professeur Jacques Fontanel, L’Harmattan, Paris

60 Criqui, P. (2016), Prix du pétrole : comment décrypter les chocs et contre-chocs. The Conversation, httpd://theconversation.com/prix-du-petrole-comment-decrypter-les-chocs-et-les-contre-chocs

61 Chudik, A., Koech, J. (2015), Cheaper Crude Oil Affects Consumer Prices Unevenly FRB Dallas Fed Letter – December 18, http://www.dallasfed.org/assets/documents/research/eclett/2015/el1511.pdf

62 Lacroix, S. (2016) Qui dirige vraiment l’Arabie Saoudite?, L’Obs, 21 janvier. Cette interview souligne le caractère quasi féodal de la prise de décision dans ce pays, il évoque les conflits internes possibles entre les membres de la dynastie, et il considère que la menace iranienne est prioritaire dans l’action politique à mener, regrettant amèrement l’attitude trop conciliante des Etats-Unis à l’égard de leur adversaire régional chiite.

63 Mark Holt (2015), Nuclear Energy: Overview of Congressional Issues, Congressional Research Service – Report - December 23,15 pages https://www.fas.org/sgp/crs/misc/R42853.pdf

64 2000 Watts.org, (2015). Comprendre le Businesse de l’énergie. Http://www.2000watts.org/index.php/energytrend/petrole/prix/596-evolution-des-prix-du-baril-de-petrole.html

65 Fontanel, J. (1981), Organisations économiques internationales, Masson, Paris. 2nd Edition en 1995.

66 La Russie n’est pas membre de l’OPEP, car les sociétés pétrolières russes sont privées et l’on imagine mal Moscou envisager de se soumettre aux décisions d’un cartel international.

67 Fontanel, J., Corvaisier-Drouart, B. (2014), For a General Concept of Economic and Human Security, in R. Bellais (Ed.), The Evolving Boundaries of Defence : An Assessment of Recent Shify in Defence Activities, Emerald, Bingley.

68 Coulomb F, Fontanel J, Guerre économique : Les Etats en première ligne », DSI, n°13, Mars 2006, p.26

69 Bensahel, L., Fontanel, J. (1992), La guerre économique, Arès, Vol XIII, 4, 1992. Coulomb, F., Fontanel, J. (2006), Mondialisation, guerre économique et souveraineté nationale (avec Fanny Coulomb) in La question politique en économie internationale, Pierre Berthaud, Gérard Kébabjian (sous la direction de), La Découverte, Paris, 2006.

70 Coulomb, F., Bensahel, Fontanel, J. (2007), The concepts of economic war and economic conflicts in a global market economy, in Arms, War, and Terrorism in the global economy today, Ed. Wolfram Elsner, Ed. LIT Verlag, Bremen Schriften zur Konverzion, Band 13, Hamburg. 2007. Fontanel J. (2005), La Globalisation en « analyse » : Géoéconomie et Stratégie des Acteurs, L’Harmattan, Paris, chap.9. Fontanel, J., Bensahel, L. (2002), Les Stratégies de la guerre économique, in Globalisation économique et sécurité internationale. Introduction à la géoéconomie (Edition Jacques Fontanel, Avant-propos de K.Arrow), Côté Cours, Grenoble, décembre 2002.

71 Fontanel, J., Bensahel, L. (2002), Les Stratégies de la guerre économique, in Globalisation économique et sécurité internationale. Introduction à la géoéconomie. Ed. Jacques Fontanel, Avant-propos de K.Arrow, Côté Cours, Grenoble, décembre 2002.

72 Fontanel, J., Bensahel-Perrin, L (2010), L’intelligence économique, un facteur de sécurité internationale, Economie politique de la Sécurité Internationale (Ed. Jacques Fontanel), L’Harmattan, Paris, pp. 196-197 Voir aussi : Fontanel, J., Bensahel-Perrin, L. (2010) Fontanel, J., Bensahel, L. (2005), L’intelligence économique et la sécurité nationale, Arès.

73 Baumard P., 2002 « Les limites d’une économie de la guerre cognitive », in La manipulation de l’information, Harbulot C., Lucas D., Paris, Editions Lavauzelle.

74 Galbraith, J.K. (1993), Le pouvoir économique autonome, in Fontanel, J. (Ed.), Economistes de la paix, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble.

75 Guilhaudis, J-F. (2010), Relations internationales contemporaines, Litec, Paris.

76 Guilhaudis, J-F. (2013), Printemps arabe et droit d’accéder à l’indépendance, in Liber Amicorum, hommage en l’honneur du Professeur Jacques Fontanel, L’Harmattan, Paris

77 Fontanel, J, Hébert, J-P. (1997), The French policy of "Grandeur", Defence and Peace Economics, Vol. 8 (1), pp. 37-55. Coulomb, F., Fontanel, J. (2005), An economic interpretation of French military expenditure, Defence and Peace Economics,

78 Guilhaudis, J-F. (2010), Relations internationales contemporaines, Litec, Paris. Fontanel, J. (1984), L'économie des armes, Collection Repères, Edition La Découverte, Paris, 1984, Réédition.

79 Fontanel, J., Fontanel, M. (2013), Les BRICS, un concept statistique devenu une force politico-économique mondiale organisée, in Mohammed Matmati, Basculement économique & géopolitique du monde. Poids et diversité des pays émergents, L’Harmattan, Paris, 2013.

80 Le renminbi (RMB), la « monnaie du peuple » est le nom officiel de la monnaie chinoise. Le yuan est le nom de la monnaie plus souvent utilisée comme unité de compte.

81 Guilhaudis, J. F., & Fontanel, J. (2003). Africa Facing the War in Iraq: A Decesive Voice. African Geopolitics, (11), 9-22.

82 Galbraith, J.K. (2014), La grande crise, Comment s’en sortir autrement, Collection Economie humaine, Seuil, Paris. Courlet, C., Fontanel, J. (2003), Les conséquences sociétales de la globalisation, in Civilisations, globalisation, guerre. Discours d’économistes, Débats, PUG, Grenoble, 2003.Fontanel, J. (2005), La globalisation en « analyse ». Géoéconomie et stratégie des acteurs, L’Harmattan,. Fontanel, J., Henriques, P. (2007), A Globalização em «análise»: geoeconomia e estratégia dos actores. Piaget Institut, Lisboa.

83 Kauffmann, M. (2006). Gouvernance économique mondiale et conflits armés. Banque mondiale, FMI et GATT-OMC. L’Harmattan..

84 Bensahel-Perrin, L., Fontanel, J., & Corvaisier-Drouart, B. (2009). Les organisations non gouvernementales, L’homme au coeur d’une mondialisation solidaire, L’Harmattan.

85 Kuttner, R. (2015), The political roots of Widening inequalities, The American Prospect, Spring. Fontanel, J. (2010), Economie politique de la sécurité internationale, L’Harmattan.

86 Kuttner, R. (2015), The political roots of Widening inequalities, The American Prospect, Spring. Fontanel, J. (2010), Economie politique de la sécurité internationale, L’Harmattan.

87 Damon, S. (2015), Economists for Peace & Security, Newsletter, Volume 27, Issue 1, March 2015.

88 Sen, A. (1981). Poverty and famines: An essay on entitlement and deprivation. Oxford University Press.

89 Le droit peut évidemment être modifié, mais en respectant les règles démocratiques.

90 Fontanel, J. (1981), Organisations économiques internationales, Masson, 1995 2nd ? Ed. .

91 Fontanel, J., Corvaisier-Drouart, B. (2014), For a General Concept of Economic and Human Security, in R. Bellais (Ed.), The Evolving Boundaries of Defence : An Assessment of Recent Shify in Defence Activities, Emerald, Bingley, UK.

92 Bensahel-Perrin, L., Fontanel, J., Corvaisier-Drouart, B. (2009), Les organisations non gouvernementales. L’homme au cœur d’une mondialisation solidaire. L’Harmattan.

93 Hastings, D.A (2009), From Human Development to Human Security: A Prototype Human Security Index. United Nations Economic and Social Commission for Asia and the Pacific Working Paper WP/09/03., http://www.unescap.org/publications/detail.asp?id=1345 . Hastings, D. A., 2010. The Human Security Index: An update and a new release. GIS0IDEAS. http://wgrass.media.osaka-cu.ac.jp/gisideas10/viewabstract.php?id=381

94 Sur la base du Tableau de Hastings, D.A. (2012), Op. Cit.

95 Sen, A. (1981). Poverty and famines: An essay on entitlement and deprivation. Oxford University Press.

96 Sen, A. (2003), Identité et conflit. Existe-t-il un choc des civilisations ? In Civilisations, globalisation, guerre. Discours d’économistes. Sous la direction de Jacques Fontanel, PUG, Grenoble.

97 Brunat, E., Fontanel, J. (2015), La stratégie internationale et la réforme militaire en Russie, in Union européenne-Russie : une relation particulière, sous la direction de Eric Brunat, Georges-Henrin Soutou et Frédéric Turpin, Université Savoie Mont-Blanc, Laboratoire LLSETI, Chambéry.

98 Sandler, T. (2003), Collective action and transnational terrorism, The World Economy, 26 (6), 779-802.

99 Kauffmann, M. (2006). Gouvernance économique mondiale et conflits armés. Banque mondiale, FMI et GATT-OMC. L’Harmattan.

100 Galbraith, J. (2015), Economists for Peace & Security, Newsletter, Vol. 27, Issue 1, March 2015

101 Perroux, F. (1952 s), Notes sur les coûts de l’homme, Economie Appliquée

Pour citer cet article

Jacques Fontanel, « La sécurité économique et sociétale : pour une conceptualisation humaniste multidimensionnelle  », paru dans PSEI, Numéro 3, Etudes de paix et de sécurité européenne et internationale, La sécurité économique et sociétale : pour une conceptualisation humaniste multidimensionnelle , mis en ligne le 22 mars 2016, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=829.

Auteurs

Jacques Fontanel

Professeur émérite, Université de Grenoble-Alpes