PSEI | Numéro 1 Paix et Sécurité Européenne et Internationale 

D. Colard  : 

Notes de D.Colard

Texte intégral

Les ouvrages commentés dans les présentes Notes de lecture sont successivement : E.Barnavi, Dix thèses sur la guerre, Paris, Flammarion, 142p. 2014.

P. Buffotot, LaSeconde guerre mondiale, Paris, A.Colin.

F.Euve et N. Sarthou-Lajus (Dir.) : La guerre, controverses éthiques et spirituelles, 1914-2014, Etudes, numéro spécial, Paris, 239 p.

D. David (Dir.) 1914-2014 : la Grande Guerre et le monde de demain Politique étrangère, Numéro spécial.

Dix thèses sur la guerre

L’auteur, professeur d’histoire moderne à l’Université de Tel- Aviv a été également ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002. « La guerre, écrit-il, a accompagné toute ma vie, elle a pénétré ma façon de m’exprimer et de penser ». D’où son petit livre sur la guerre, sujet éternel, avec la paix et la sécurité. Son regard est celui d’un historien doublé de celui d’un citoyen-soldat.

On peut résumer d’une façon synthétique et très pédagogique ses dix thèses sur le phénomène guerrier. Sa première thèse est convaincante : l’Etat moderne est né de la guerre et par la guerre et il est en train de « désapprendre la guerre ». La deuxième est que la guerre est une «expérience humaine extrême», laquelle requiert un «conditionnement psychologique» puissant de chacun des individus qui est appelé à y participer. La référence à la Première et à la Seconde guerre mondiale et aux conflits israélo-arabes est manifeste. La troisième thèse est le corollaire de la précédente : la guerre est une « expérience collective » extrême, qui requiert une organisation sociale et un conditionnement politique adéquats. Il ajoute, quatrième point, que ce condition individuel et collectif est fonction de la culture politique ambiante. Et c’est ce double conditionnement qui crée une « atmosphère dans laquelle la violence devient possible», voire acceptable (cinquième thèse).

Suit une réflexion d’une profonde actualité. Si une guerre de religion est souvent une « guerre civile », toute guerre civile s’apparente à une « guerre de religion». La 7eme thèse porte sur l’éthique. Eli Barnavi affirme que toute tentative de « moraliser » la guerre est vouée à l’échec parce que mettre à mort ses semblables ne saurait être une «entreprise morale» ; il vaut donc mieux faire appel au « droit ». Quant au pacifisme, c’est pour l’auteur une « doctrine du rejet de la distinction entre guerre juste et injuste » et par conséquent, de toute forme de violence. Les deux dernières thèses mentionnent le rôle de la presse- qui est tantôt le « suppôt des guerres tantôt leur pire adversaire ». Il y aurait beaucoup à dire sur la médiatisation des conflits au XX éme et au XXI éme siècle. La dernière thèse emporte à coup sûr un large consensus : la guerre n’est pas une « fatalité humaine ».

Au total, un ensemble de réflexions bienvenues qui s’expliquent par la carrière mouvementée de l’auteur

La seconde guerre mondiale

L’auteur est politologue et historien et spécialiste des relations internationales (défense et sécurité), à l’Université de Paris I (Panthéon- Sorbonne). Son petit livre a le grand mérite de présenter une synthèse de la guerre 39-45 dans ses nombreux aspects : politiques, stratégiques, diplomatiques et militaires. Il montre bien la spécificité de ce conflit par rapport à la guerre de 14-18, conflit qui donna naissance après 1945 à un nouveau système international connu sous le nom de « guerre froide », fondée sur la bipolarité soviéto-américaine. Celui-ci prit fin en 1991 avec l’effondrement de l’URSS et de son empire. L’approche thématique choisie est originale et permet de passer en revue le rôle des grandes personnalités dans le déroulement de la guerre, de mesurer les grands évènements qui ont changé le cours de celle-ci et de suivre, à l’aide de cartes commentées, les grandes opérations militaires. On trouvera aussi des textes commentés avec des images et même quelques dissertations corrigées

La guerre : controverses éthiques et spirituelles

Le centenaire du début de la Première guerre mondiale fournit à plusieurs spécialistes l’occasion de faire un retour sur le phénomène de la guerre par les rédacteurs jésuites de la revue Etudes. Les meilleurs auteurs de la revue ont contribué à cette réflexion qui concerne d’une part la période « 1914-1940 : L’Europe au bord du gouffre » et d’autre part, deuxième partie, la période « 1945-2005 : Politique de défense et discernement spirituel ».

Parmi les auteurs bien connus, on citera la participation de Léonce de Grandmaison, Pierre Teilhard de Chardin, Gaston Fessard, Paul Valadier, Jean-Yves Calvez… Chacun apporte l’éclairage de la tradition et de la doctrine chrétienne. Les articles sélectionnés sur ce siècle font apparaître les enjeux des controverses éthiques et spirituelles de cette question délicate et difficile du recours à la force et à la violence dans le domaine des relations internationales. En filigrane, ils veulent apporter un « message d’espérance ». Ils soulignent aussi, comme Elie Barnavi, que la guerre ne relève pas de la fatalité : l’humanité a des ressources et des moyens pour agir contre sa « propre violence ».

1914-2014 : la Grande Guerre et le monde de demain

Le texte et les auteurs traitent successivement des thèmes suivants qui structurent les analyses : Un long héritage ; Quelles guerres pour le siècle ? L’Europe entre guerre et paix ; Un nouveau monde ? Les signatures sont bien connues et appartiennent aux meilleurs spécialistes : Ph.Moreau- Defarges ; G-H. Soutou ; J.P. Chevènement ; P. de Senarclens, H. Stark, G. Corm pour ne citer que les principaux. La Grande Guerre, pour tous, traduit une rupture dans le système international issu du Congrès de Vienne en 1815, de la sainte Alliance et du concert européen du XIX éme siècle. On assiste à une destruction et reconstruction de l’Europe, à une redéfinition de la guerre et à un siècle de recomposition au Moyen-Orient sans oublier la renaissance de la zone Asie- Pacifique. Parmi les nombreux ouvrages consacrés à la Grande Guerre et à ses suites, la revue Politique étrangère demeure égale à elle-même et fournit aux lecteurs une vue d’ensemble sans égale par la qualité de ses articles et de ses auteurs.

Pour citer cet article

D. Colard, « Notes de D.Colard », paru dans PSEI, Numéro 1, Notes de D.Colard, mis en ligne le 18 août 2015, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=378.

Auteurs

D. Colard

Professeur honoraire à l’Université de Besançon