PSEI | Numéro 1 Paix et Sécurité Européenne et Internationale |  Chronique Sécurité et insécurité européenne et internationale 2015 

J-F. Guilhaudis et J. Malizard  : 

Dépenses de défense et de sécurité (D 139-159)

Plan

Texte intégral

1Repères.

2(139) L’analyse des dépenses militaires est bien installée au cœur études de sécurité. Elles ont fait l’objet de nombreux débats surtout à l’époque de la guerre froide. Cela tenait au peu de confiance qu’avait chaque camp dans son adversaire, à des désaccords sur ce qu’il fallait inclure dans les dépenses militaires, à la manière de les comptabiliser et, également, à ce que l’on s’interrogeait beaucoup sur leurs effets économiques. Etaient ils positifs, négatifs, à quel degré ? Ne valait- il pas mieux consacrer les ressources disponibles à d’autres causes (santé, éducation…) ? (V. Fontanel J, La globalisation en analyse, L’Harmattan, 2005). Peu à peu ces débats se sont apaisés. Le sujet est devenu beaucoup moins sensible et conflictuel- ce qui est dû sans doute en bonne partie, à la modération des dépenses de la Chine- qu’il le fut jusqu’à la fin des années 1980. L’idée qu’une réduction des dépenses militaires est une absolue nécessité a disparu. On considère comme inévitable la reprise des dépenses européennes, perçue comme une évidence tant le profil de ces dépenses diverge à la baisse au cours de la dernière décennie, de celui des autres régions, sans que cela provoque de réelles interrogations. Le contraste est très vif avec la fin des années 1980, quand le sentiment général dominant était que les dépenses militaires étaient trop élevées. La guerre froide prenant fin, on voulait toucher les dividendes de la paix, voir baisser ces dépenses. Vingt cinq ans après elles ont, après une phase assez brève de baisse, retrouvé et dépassé le niveau de l’époque. On se demande si l’on n’est pas en train de sortir de la période des cycles, qui a marqué les dépenses de défense depuis le deuxième guerre mondiale pour entrer dans une phase de longue hausse modérée (Yves Bélanger et Aude Fleurant, Les dépenses militaires : la fin des cycles, Revue Interventions économiques (en ligne), 42, 2010). Cela se produit alors que le monde n’est plus dans une situation d’antagonisme des grandes puissances et que la guerre au terrorisme ne peut seule expliquer cette envolée. Par ailleurs la course aux armements a repris fortement. Mais il semble que personne ne s’en soucie vraiment. N’y a-t-il pas là un point à considérer ? On ne peut faire non plus totalement l’impasse sur le point de vue normatif. A ce titre deux éléments interviennent, également inscrits dans la Charte des Nations unies, principal ensemble de normes du moment. Le premier est celui qu’il importe de ne pas « détourner » vers le secteur des armements les ressources financières disponibles, qui pourraient servir au développement. Même si l’on peut admettre que les besoins de sécurité doivent l’emporter, il y a tout de même là une norme qui s’oppose en principe à un taux de dépenses plus élevé qu’il n’est strictement nécessaire. Le second est le choix de la sécurité collective. Le système de la Charte prévoit dans son chapitre VII que les membres de l’organisation mettent à la disposition du Conseil de sécurité les moyens nécessaires à son action (article 43). Que cet article n’ait jamais été appliqué, n’élimine pas le fait qu’en principe les Etats devraient financer au moins un embryon de système de sécurité collective et ne pas continuer indéfiniment d’investir dans l’augmentation de leurs moyens nationaux et dans ceux des alliances auxquelles ils appartiennent.

3Les progrès accomplis dans l’étude des dépenses militaires, dans lesquels les économistes ont eu une place centrale, leur technicisation, expliquent largement cette évolution, à la fois positive, parce que le niveau d’information augmente, et négative, parce que les questionnements, l’esprit critique se font fortement affaiblis.. Il est important que l’analyse des dépenses militaires sorte de l’étude simplement technique et du commentaire, très caractéristique des présentions du SIPRI lui-même, du Compendium du GRIP ou encore du Tableau de bord « Effort de défense » dressé par R Bellais dans DSI Hors série n° 37, 2014), qu’elle ne soit plus du domaine exclusif de l’économie et de la finance et qu’elle redevienne aussi un sujet politique.

4Pour améliorer la situation actuelle, il importe d’abord d’être clair sur les données disponibles et leur qualité. Il faut aussi relier l’étude des dépenses aux rubriques précédentes de « Sécurité et insécurité européenne et internationale », à la problématique actuelle de la puissance, des alliances et la rattacher également à celles qui suivent sur les armements, les transferts et les conflits. Il y a un lien étroit entre les dépenses militaires, la puissance, la dynamique des armements (recherche, modernisation, production, transferts), les complexes militaro- industriels, la course aux armements, le désarmement et le développement.

5Cela impose, sans l’abandonner, d’aménager et d’enrichir, la présentation classique des dépenses militaires- tendances générales c’est à dire les dépenses militaires au plan mondial, analyse régionale, étude par pays- et de s’efforcer de considérer les données sur les dépenses militaires avec un certain recul, avec un esprit critique. Il est étonnant de voir avec quelle facilité se répandent, sur des sujets importants comme les dépenses européennes, des idées dont la pertinence est loin d’être évidente et qui pourtant échappent à la discussion. On considérera donc en plus des rubriques classiques les dépenses par catégories et, de manière spécifique, les dépenses européennes et celles de la France.

I Sources, données nécessaires et utiles, données disponibles, données manquantes, fiabilité des données (D 140).

6Repères

7(140) On bénéficie maintenant d’une masse d’informations importante. Les Etats communiquent, les institutions aussi- l’AED vient de publier les données européennes pour 2014. On dispose de données jugées assez fiables, collectées notamment par le SIPRI, dont le rapport annuel est largement mentionné dans les médias. Ces données permettent apparemment de suivre de près l’évolution des dépenses militaires mondiales, des dépenses par grandes région et par pays. Tout cela est impressionnant et pourtant loin vraiment satisfaisant. D’abord parce qu’il y a un certain nombre de « trous » (Iran par ex.). En outre si on se préoccupe de sécurité et d’insécurité comme c’est le cas de cette chronique et pas seulement de compter et de dégager des tendances, on reste très insatisfait, malgré l’amélioration des données accessibles, pour trois raisons. La première est qu’il importe de prendre en compte non pas seulement les dépenses de défense mais les dépenses de défense et de sécurité, ce qui inclut non seulement les dépenses militaires et de gendarmerie ou leur équivalent mais aussi, au minimum, celles qui touchent à la police, à l’anti- terrorisme, à la sécurisation des « points sensibles » et maintenant à la cybersécurité. L’étude des dépenses doit suivre l’évolution du concept de sécurité, pour être en phase avec la réalité. La seconde raison d’insatisfaction concerne le volet insécurité. A la limite, on pourra considérer que sont des dépenses génératrices d’insécurité, celles qui sont, globalement, nettement plus importantes que celles des autres, parce qu’elles alimentent une course aux armements susceptible de générer un déséquilibre et parce que elles vont être insupportables dans la durée pour le pays qui les consent. Mais pour l’essentiel le volet insécurité est ignoré. Or l’expérience des années 1990 et 2000 et des interventions américaines et occidentales, en Irak, Afghanistan, Libye…à l’origine d’une très forte élévation du niveau de l’insécurité dans le « Grand Moyen Orient » et au- delà, montre qu’il y a bien des dépenses presque directement génératrices d’insécurité. Ce sont celles qui permettent à certains Etats de frapper au loin, sans prendre de risque réel de riposte et qui favorisent donc le recours fréquent, parce qu’a priori facile, à un traitement essentiellement militaire de problèmes beaucoup plus complexes. Elles ne sont pas la même chose que les dépenses de guerre. On ne dispose pas de données à cet égard, le problème de ce type de dépenses n’étant même pas posé. La troisième raison d’insatisfaction tient à l’absence de comptabilisation des dépenses faites au service de la paix et de la sécurité internationale. A cet égard les données du département des opérations de maintien de la paix des Nations unies sont évidemment très partielles.

8Il est enfin essentiel de percevoir et de ne jamais perdre de vue les limites des données offertes, malgré les efforts accomplis pour les améliorer. Ce point important est développé dans la note de Julien Malizard sur l’Aperçu critique des sources actuellement disponibles en matière de dépenses de défense et de sécurité. Cependant malgré leurs imperfections les données disponibles offrent des ressources non négligeables aux analystes, à condition de les utiliser de manière complémentaire. C’est le choix fait dans cette chronique.

II. Tendances générales (D 141).

9Repères.

10(141) Au plan mondial, deux questions majeures se posent : la première est celle de l’évolution de ces dépenses ; la seconde est celle de savoir si les dépenses militaires mondiales annoncent la reconstitution d’un duopole, cette fois composé des Etats-Unis et de la Chine, puis éventuellement un nouveau monopole, la Chine dépassant les Etats-Unis.

11Actualité

II.1.Evolution des dépenses militaires mondiales.

12(142)

Image 10000201000002FF000001CBCDE5B20A.png

13Graphique 1 : Figuration des dépenses militaires par grandes masses, données SIPRI en dollars constants de 2011.

14NB Les dépenses militaires mondiales sont incertaines pour l’année 1991, à cause de l’absence de données pour l’URSS. Le graphique tient compte du changement de périmètre de l'UE au fil des années.

15Ce tableau des dépenses militaires mondiales- Etats-Unis, UE et reste du monde- montre bien la part majoritaire qu’occupent dans ces dépenses les Etats-Unis et l’UE et l’importance des premiers. On voit aussi très bien non seulement la rupture correspondant à la fin de la guerre froide mais aussi la brièveté- moins de 10 ans- et la modicité de la baisse (de 1300000 à un peu moins de 1100000 millions de dollars) avant la forte reprise à partir de 1999, et la hausse considérable (liée aux guerres d’Irak et d’Afghanistan notamment) entre cette année là et 2011 qui représente le « pic » (passage de environ 1050000 à plus de 1700000 millions de dollars). Sur la longue période, les chiffres sont davantage dans les hauts que dans les bas et depuis 2008 on dépasse sensiblement le niveau de la fin des années 1980.

16Les dernières années sont marquées par une hausse forte (2007- 2011), puis un plateau 2011/ 2012 et une légère décrue en 2013/ 2014. Ces données n’infirment pas l’hypothèse émise par Yves Bélanger et Aude Fleurant (Les dépenses militaires : la fin des cycles, Revue Interventions économiques (en ligne), 42, 2010) selon laquelle le monde est en train de sortir de la période des cycles, qui a marqué les dépenses de défense depuis le deuxième guerre mondiale pour entrer dans une phase de longue hausse modérée. Pour être validée cette hypothèse suppose que les deux premières puissances dépensières, les Etats-Unis et la Chine le restent, ce qui paraît être le cas.

17Budget des Etats-Unis

18(143) Les Etats-Unis restent la première puissance militaire selon le critère du budget de défense : en 2014, leur budget est presque égal à la somme des budgets des 14 nations qui leur succèdent dans le classement (voir Palmarès au n° 148). Depuis la fin de la guerre froide, il n'y a aucune remise en question de cette suprématie, en dépit d'une montée en puissance de la Chine et d'un réarmement de la Russie depuis quelques années.

19Le budget de défense américain a suivi plusieurs phases historiques en fonction des conditions économiques et surtout de l'engagement des troupes américaines dans des conflits armés. Le graphique suivant l'illustre avec des données du SIPRI, exprimées en dollars constants de 2011.

Image 10000201000003B40000026BC035C7C6.png

20Graphique 2 : Dépenses militaires américaines (Données SIPRI)

21Bien qu'une tendance haussière apparaisse sur le long terme, les phases de pics et de creux se succèdent, dont les raisons sont principalement d'ordre géopolitique. Trois pics s'affirment entre la fin de la seconde guerre mondiale et la décennie 1990 : la guerre de Corée au début des années 1950, la guerre du Vietnam à la fin des années 1960 et au début des années 1970 et enfin une période de "military build up" au début des années 1980.

22La fin de la guerre froide a ouvert la décennie des dividendes de la paix et l'engagement dans la lutte contre le terrorisme avec les guerres en Afghanistan et en Irak matérialise le "réarmement" américain. Depuis 2010, après avoir atteint leur pic, les dépenses américaines connaissent une baisse sensible, proche de 20% en valeur réelle. Les raisons tiennent principalement à la fin de l'engagement en Afghanistan et à la crise économique, sans oublier la période de séquestration du budget, qui a une incidence mineure quoi que réelle, sur le budget. En général, les dépenses de défense des Etats Unis sont donc intimement liées à leurs engagements et elles ont donc un caractère cyclique en fonction de ces derniers. L'amplitude des cycles peut être très marquée, en tout cas beaucoup plus que celle observée dans les autres pays développés, en particulier la France où les effets d'inertie sont importants.

23Dépenses américaines dans la durée

Evénements

Période

Taux de variation

Guerre de Corée

1949-1953

+ 234% 1

Cycle bas

1954-1965

- 11%

Guerre du Vietnam

1966-1968

+ 19 %

Cycle bas

1969-1979

- 28 %

"Reagan build-up"

1980-1986

+ 37%

Fin de la guerre froide

1987-1998

- 32%

"Guerre contre le terrorisme"

1999-2010

+90%

Crise économique

2011-2014

-20%

24Tableau 1 : Variations du budget américain (1949-2012), données Office of Management and Budget en dollars constants

25Le tableau 1 présente les taux de variation des dépenses américaines depuis 1949. Les pics et les creux sont déterminés par les dates où il y a un point d'inflexion dans les tendances haussières et baissières respectivement. Il apparait que la période du début des années 2000 marque la quasi multiplication par deux des dépenses militaires américaines, ce qui est d'importance majeure dans l'histoire américaine. Quoique significative, la baisse récente est plutôt faible au regard des baisses observées depuis la seconde guerre mondiale.

26Dépenses américaines par catégories

Catégorie

2010

2011

2012

2013

2014

Variation 10 - 14

Personnel

155 690

161 608

152 266

150 825

148 923

-4,3%

Opération et Maintenance

275 988

291 038

282 297

259 662

244 481

-11,4%

Acquisition

133 603

128 003

124 712

114 912

107 485

-19,5%

R&D

76 990

74 871

70 396

66 892

64 928

-15,7%

Construction

21 169

19 917

14 553

12 318

9 823

-53,6%

Logements de personnel

3 173

3 432

2 331

1 829

1 354

-57,3%

Autres

90

-805

4 296

1 357

903

27Tableau 2 : Dépenses américaines par catégories, Source : Office of Management and Budget

28Le tableau 2 qui présente le budget américain par grandes catégories sur les 5 dernières années permet de situer celles où la baisse est la plus forte..

29Les anticipations conduites par l'Office of Management and Budget, rattaché à la Maison Blanche, indiquent que le budget américain de défense sera relativement constant, aux alentours de 600 milliards de dollars, après un pic à 615 milliards de dollars en 2016. Compte tenu des prévisions de croissance, plutôt élevées surtout en comparaison avec celles des pays européens, l'effort de défense américain doit décroitre, passant de 3,5% du PIB en 2014 à 2,7% du PIB en 2020. Bien évidemment, les incertitudes sont grandes, notamment compte tenu de la prochaine élection présidentielle. Les tendances risquent alors d'être révisées.

30Dépenses de la Chine

31(144) Evaluer les dépenses militaires de la Chine est une tache ardue car les difficultés méthodologiques sont renforcées, en ce cas, par le peu de transparence sur les données, ce qui est cohérent avec les informations fournies par le régime en général. On notera tout de même que la Chine fait l’effort de fournir des données, même si elles le fait avec retard pour la base constituée par les Nations unies, ce que des pays tels que l’Arabie saoudite ou l’Iran ne font pas. Perlo-Freeman S. (2011), "Measuring transparency in military expenditure: the case of China", Policy Brief, Institute on Global Conflict and Cooperation discute ces problèmes et indique que si le volume d'informations transmises a progressé sur le long terme, il apparait qu'il atteint désormais un plateau. Les chiffres proposés sont donc à considérer avec précaution.

32Par ailleurs, le SIPRI retraite les données officielles, composées de trois catégories (personnel, formation et maintenance et équipement) pour les faire correspondre à sa définition. L'obstacle principal est l'inclusion de la R&D car c'est aussi un indicateur de mesure de capacité de technologique. Ainsi, en 2014, le SIPRI estime que le véritable budget est de 55% plus élevé que la valeur officielle.

33Le graphique suivant reprend la définition du SIPRI et permet de commenter les tendances récentes. Il illustre le budget de défense en valeurs réelles (courbe en bleu, axe de gauche) et l'effort de défense (courbe en rouge, axe de droite) sur la période 1990-2014.

Image 10000201000003B40000026B61E7171B.png

34Graphique 3 : Dépenses militaires et effort de défense chinois (Données SIPRI)

35On voit que l'évolution des dépenses militaires montre un accroissement de 868%. Cet accroissement est continu sur la période, y compris durant la décennie de dividendes de la paix. Le taux de croissance annuel moyen est supérieur à 10% et il est donc très fortement corrélé à la croissance économique du PIB (Military Balance, 2014). L'effort de défense de la Chine, même s'il a subi une baisse dans les années 1990 du fait de la moindre croissance de son budget de défense relativement à ses performances économiques, est constant et proche de 2% depuis 2000. Compte tenu de ce pourcentage, on doit dire que la Chine dépense moins que la moyenne mondiale (2,3% du PIB) mais est quand même le deuxième pays dans le classement des budgets. Une comparaison des différents indicateurs est nécessaire pour dresser le panorama le plus complet possible.

36Compte tenu de sa croissance rapide, la Chine a pu financer facilement l'accroissement des budgets pour sa défense. Mais cela correspond également à une vision stratégique de la Chine dont l'objectif est de conduire une modernisation de ses forces armées, ce qui passe par des efforts pour les équipements militaires et des augmentations de traitement pour les troupes.

II.2. Dépenses militaires et évolution du système international (vers une nouvelle bipolarité ou une nouvelle unipolarité, chinoise).

37(145) L’idée de la reconstitution d’un duopole, composé cette fois des Etats-Unis et de la Chine, puis éventuellement celle du nouveau monopole, la Chine dépassant les Etats-Unis, est présente dans beaucoup d’esprits. Cela conduit à comparer les budgets des deux pays.

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38Graphique 4 Dépenses militaires américaines et chinoises, données SIPRI en dollars constants de 2011.

39Le graphique 4 illustre, depuis la fin de la guerre froide l’évolution des budgets des deux pays. On voit que la distance qui les sépare s’est fortement réduite mais reste très importante. Si on admet la prévision d’un budget américain se stabilisant à 600 milliards et prolonge la tendance de la Chine, on voit qu’il reste encore du temps avant que les deux courbes se rejoignent. Ce n’est pas une question de court terme.

40Il est important, surtout, de prendre conscience de la portée limitée de cette comparaison, du fait que ses termes ne sont pas les bons. Tout comme à l’époque de la guerre froide, la comparaison doit être faite non entre deux Etats mais surtout entre deux groupes, entre les Etats-Unis et leurs alliés et la puissance antagoniste et ses alliés. Considérer les Etats-Unis et la Chine seuls ne correspond pas à la réalité politico- militaire. Pour présenter les choses d’une manière réaliste, il faut ajouter aux Etats-Unis, leurs alliés occidentaux, c'est-à-dire au moins les membres de l’OTAN et des autres alliances collectives constituées autour des Etats-Unis, ainsi que les alliés individuels comme le Japon et quelques autres. C’est cet ensemble collectif que la Chine doit égaler et surpasser pour devenir réellement la première puissance de la planète. Pour le moment, elle n’a pas elle-même de réseau d’alliés, mais il se peut que cela change. On a tenu compte dans les tableaux ci après de ces configurations collectives. Du côté chinois, il faudrait envisager deux hypothèses, celle de l’alliance russe et celle de l’alliance russe et iranienne (Chiran, voir n° 101). Faute de chiffres concernant l’Iran, on se limitera à la première.

Année 

Etats-Unis

Autres membres

OTAN

OTAN

OTAN

+ traité de Rio

Otan + Rio

+ autres alliés

2010

720220

336373

1056593

1118652

1236771

2011

711338

324647

1035985

1096782

1216796

2012

670897

318534

989431

1052372

1171569

2013

617687

309278

926965

993356

1112616

2014

577511

303174

880685

947633

1069188

Variation

-19,8

-9,9

-16,6

-15,3

-13,5

41Tableau 3 Le camp occidental. Variation entre 2010 et 2014

42Budgets en millions de dollars constants de 2011 (Données SIPRI)

43NB : Les autres alliés comptés dans le tableau sont : la Corée du sud, le Japon, l’Australie, la New Zélande, les Philippines

44La liste des membres de l’OTAN et du traité de Rio, pays avec lesquels les Etats-Unis ont un engagement formel d’assistance mutuelle, est dans la note d’information sur les Alliances collectives.

45On devrait même pour cerner le véritable poids du camp occidental ajouter à cette liste déjà longue d’autres Etats encore notamment Israël, le Pakistan, Taiwan et l’Egypte ; on pourrait également leur adjoindre les Etats de l’UE non membres de l’OTAN (Autriche, Chypre, Finlande, Irlande, Suède, Malte).

46Le camp occidental représente un ensemble énorme qui avoisine le double du budget américain.

Année

Chine

Chine + Russie

Part Chine+Russie / bloc occidental

2010

136220

202029

16,3

2011

147258

217495

17,9

2012

161409

242405

20,7

2013

174047

258888

23,3

2014

190974

275435

25,8

Variation

40,2

36,3

47Tableau 4 Chine et Russie Données SIPRI en dollars constants de 2011

48Si le duo Chine/ Russie connaît une forte croissance tandis que l’ensemble occidental décroît, on voit que les deux groupes sont encore très loin de la parité. On doit aussi, pour avoir une vue plus exacte des perspectives, tenir compte du potentiel en réserve mobilisable si nécessaire, que permet de cerner le rapport du budget militaire au PIB, beaucoup plus grand du côté occidental. L’analyse en termes de capacités stratégiques inclut bien d’autres éléments que l’effort budgétaire, ce qui accroît encore l’écart. Il ne faut pas oublier, notamment, « l’effet stock » d’armes, pour lesquelles les sommes engagées ne représentent que des opérations de maintenance.

III. Dépenses par pays, palmarès (D 146).

49Repères.

50(146) Il faut être conscient des limites de l’exercice consistant à dresser un palmarès, surtout quand on se contente de donner la liste des pays dans l’ordre décroissant de leurs dépenses militaires/ de défense. On peut dépenser beaucoup et mal à propos, c’est à dire gaspiller beaucoup, ou dépenser nettement moins, mais de manière plus avisée. L’important est de dépenser de manière à répondre aux besoins de défense et sécurité actuels et prévisibles, efficacement et durablement. Ce type d’analyse, très délicat, peut être tenté au sujet d’un Etat ou d’un groupe d’Etats, à la limite au plan subrégional voire régional mais pas s’agissant de l’ensemble de la communauté internationale, tant les besoins sont différents selon les Etats. Il serait bon aussi de pouvoir établir un palmarès par grande catégorie de dépenses et notamment pour des catégories spécialement significatives comme l’équipement et la R & D. Pour le moment cela n’est pas possible, en tout cas au plan mondial. Malgré toutes ces limites, on dispose de données intéressantes car on peut dresser trois et non un seul palmarès: le palmarès des dépenses militaires en volume, celui des dépenses militaires rapportées au PIB et celui des dépenses militaires rapportées à la population.

III.1. Palmarès des dépenses de défense

51Repères

52En ce cas, les limites de l’exercice tiennent beaucoup au fait que les situations ne sont pas, sauf exception, comparables. Il est évident que si la croissance de pays peuplés de plus d’un milliard ou de plusieurs centaines de millions d’habitants se poursuit, les Etats tels que le Royaume uni, la France l’Allemagne, anciennes puissances militaires majeures, vont descendre dans le palmarès puis en sortir. Il n’est pas sans intérêt de savoir si et à quel rythme cela se fait, mais il serait plus pertinent de se demander si et comment leur sécurité continuera d’être assurée. Cela fait apparaître dans le palmarès les alliances ou l’Identité européenne de sécurité et de défense. Si ce palmarès et ces tableaux ne sont pas inutiles, il faut se garder de leur accorder une importance qu’ils n’ont pas. Pour que les données sur les dépenses militaires soient vraiment utiles, il faut les rapporter à des situations, à des questions que pose ou signale l’analyse pluridisciplinaire sur la sécurité et l’insécurité internationale. Il faut poser les bonnes questions et s’efforcer de repérer les éléments qui faussent les perceptions. Il est important de désagréger les dépenses militaires et de créer si possible des classements (RD, modernisation, équipement, forces de projection…voir IV 5). Il l’est également de replacer les Etats dans les alliances et les groupes auxquels ils appartiennent, de considérer les couples hostiles et les cas particuliers.

53Actualité

54(147) Ce palmarès est l'indicateur standard, présenté dans tous les médias et dont les modalités d'estimations sont discutées la note d’information sur l’Aperçu critique des sources actuellement disponibles. Son avantage principal est qu'il a une valeur monétaire et permet donc de classer, même si, on l'a vu, cela n'est qu'une approximation de la puissance d'un pays. Par ailleurs, analyser son évolution est extrêmement simple, au contraire d'autres indicateurs relatifs. En revanche, exprimé en valeurs absolues, il ne représente pas la ponction soit sur la richesse nationale soit sur la population, ne dit rien du produit de ces dépenses- puisqu’il ne tient pas compte du gaspillage et de la qualité des choix faits- et n’est pas vraiment réaliste, dans la mesure où les relations internationales se composent non seulement d’Etats mais aussi, notamment en matière de sécurité, de groupes d’Etats. Ajoutons à ces limites le problème de la conversion des monnaies nationales ou continentales, avec les problèmes relatifs à l’inadéquation des taux de change changeants pour convertir les dépenses militaires nationales en dollars (Cars, H-C, Fontanel, J. (1987), Military Expenditure Comparisons, in Peace, Defence and Economic Analysis, Ed. C. Schmidt, F. Blackhaby, SIPRI, Mac Millan Press, London).

55Le tableau 5 ci-dessous, reprend le classement des 15 pays qui dépensent le plus pour leur défense. Les données sont exprimées en dollars constants, ce qui permet de réduire les effets nocifs des variations de change dans les comparaisons inter temporelles. Par ailleurs sont également présentées les parts relatives dans le total mondial.

Classement 2000

Classement 2014

 

Pays

Dépenses

Part

relative

Pays

Dépenses

Part

relative

1

Etats-Unis

394,1

35,5

Etats-Unis

577,5

34,2

2

France

61,7

5,6

Chine

191,0

11,3

3

Japon

60,3

5,4

Russie

91,7

5,4

4

Allemagne

50,6

4,6

Arabie Saoudite

73,7

4,4

5

Royaume-Uni

48,0

4,3

France

63,0

3,7

6

Italie

43,1

3,9

Japon

59,0

3,5

7

Chine

37,0

3,3

Royaume-Uni

54,9

3,3

8

Russie

31,1

2,8

Inde

50,0

3,0

9

Inde

27,7

2,5

Allemagne

46,6

2,8

10

Arabie Saoudite

27,6

2,5

Brésil

37,3

2,2

11

Brésil

25,2

2,3

Corée du Sud

33,1

2,0

12

Turquie

20,6

1,9

Italie

31,0

1,8

13

Corée du Sud

20,0

1,8

Australie

27,2

1,6

14

Australie

18,0

1,6

Emirats Arabes Unis

21,9

1,3

15

Canada

15,7

1,4

Canada

18,4

1,1

56Tableau 5 : Classement des pays par dépenses de défense (données SIPRI).

57On voit que le classement des dépenses militaires présente une grande stabilité dans le temps puisque les pays qui sont représentés dans le tableau sont les mêmes (à l'exception des Emirats Arabes Unis qui remplacent la Turquie), dans un ordre différent de celui de l'année 2000. En revanche, les pays européens qui dominaient le classement après les Etats-Unis ont vu leur position régresser en faveur des BRICS et des pays pétroliers. La Chine, la Russie, l’Arabie Saoudite suivent désormais les Etats-Unis et l'Inde et le Brésil complétant le top 10. Ces pays ont des tendances haussières très fortement marquées puisque les trois premiers ont un taux de croissance de près de 100% (+167% pour la Chine) en une décennie alors que les deux derniers ont un taux de croissance proche de 40%. La question intéressante est celle de savoir si ces tendances vont se poursuivre ou si la crise ukrainienne et le sommet de l’OTAN vont entraîner une hausse des dépenses européennes. Du côté des nouveaux dépensiers, la hausse est liée à la forte croissance qui est maintenant en diminution et elle tient compte aussi d’un net phénomène de rattrapage.

58On observe aussi une très grande concentration des budgets. En effet, les 15 premières nations dans le classement représentent plus de 81% des dépenses militaires mondiales (contre 79% en 2000). Bien évidemment, les Etats-Unis représentent une part majeure avec 35% des dépenses mondiales mais force est de constater que les pays émergents voient leur part augmenter rapidement. A ce titre la Chine a multiplié par trois sa part dans les dépenses mondiales depuis 2010 et la Russie par deux. Ce mouvement, conjugué à la stagnation des dépenses européennes, implique que la part relative de l'Europe de l'ouest décroît, ce qui était déjà visible sur le graphique 1 (n° 142). Il y a donc un basculement "à l'est" qui caractérise la montée en puissance des pays asiatiques émergents, portés par une croissance économique très élevée et par des besoins de sécurité, bien souvent endogènes, accrus. Certains analystes n’hésitent pas à prévoir un déclassement des Européens. Il est bien évident que si la croissance des pays ayant plus d’un milliard ou plusieurs centaines de millions d’habitants se poursuit des pays tels que la France et le Royaume uni, grandes puissances militaires traditionnelles, vont sortir du classement après le Canada. Ces pays n’abandonneront pourtant pas le service de leur sécurité, ils l’assureront autrement et, à vrai dire, ils ont déjà commencé à le faire, collectivement. Il faut songer à introduire dans le classement, sinon des alliances, du moins des collectivités à but étatique comme l’Union européenne ou le duo franco-britannique qui affiche un rapprochement marqué avec les accords de Lancaster House. Si on le fait, on voit que les Européens ne sortent pas du classement, l’UE étant alors en seconde position, avant la Chine et le duo franco britannique en 4e avec tout de même plus de 110 milliards de dollars (117,9).

III.2. Palmarès de l’effort de défense.

59Repères

60(148) Cet effort est exprimé par le rapport entre les dépenses de défense et le PIB. Il est une mesure du "fardeau" (sa traduction en anglais est « defence burden »), car il représente la part relative de la contribution de la défense, certains diraient même la ponction, dans la production nationale. Les limites de l’exercice sont moindres que celles affectant le palmarès des dépenses. Ce second classement requiert des données fiables sur le PIB, mais en général, sauf les difficultés méthodologiques bien connues, cela ne pose aucun problème. Il présente l'intérêt majeur d'être utilisable en valeurs nominales car il ne nécessite pas de convertir les données en valeurs réelles ni en PPA puisqu’elles sont exprimées dans la même monnaie. En revanche, cet indicateur souffre d'un problème majeur, à savoir les difficultés pour identifier les raisons de sa variation ; en effet, toute variation peut être liée à une variation des dépenses de défense ou du PIB (ou des deux bien évidemment), de sorte que l'analyse est délicate et requiert une attention toute particulière.

61Actualité

62Classement comparé 2014- 2000

Classement 2000

Classement 2014

Rang

Pays

Effort de défense

Pays

Effort de défense

1

Erythrée

22,1%

Oman

11,6%

2

Oman

12,5%

Arabie Saoudite

10,4%

3

Arabie Saoudite

11,5%

Sud Soudan

9,3%

4

Burundi

8,0%

Libye

6,2%

5

Koweït

7,7%

Congo

5,6%

6

Israël

7,4%

Algérie

5,4%

7

Macédoine

6,6%

Israël

5,2%

8

Jordanie

5,9%

Angola

5,2%

9

E. A. Unis

5,6%

E. A. Unis

5,1%

10

Syrie

5,5%

Azerbaïdjan

4,6%

11

Liban

5,4%

Namibie

4,6%

12

Brunei

5,2%

Russie

4,5%

13

Singapour

4,9%

Liban

4,5%

14

Yemen

4,8%

Birmanie

4,3%

15

Angola

4,5%

Arménie

4,2%

63Tableau 6 : Classement des pays par effort de défense (données SIPRI)

64Ce tableau est un bon complément du précédent car il illustre un point crucial. A l'exception de l'Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis (EAU) et de la Russie (en 2014), l'effort de défense n'est pas le plus élevé dans les pays qui ont les budgets de défense les plus élevés. Cela est évidemment lié à la valeur élevée du PIB dans les pays qui dépensent le plus et à sa faible valeur dans nombre de ceux qui apparaissent sur ce tableau. Contrairement au budget de défense, il y a ici une plus grande variabilité des efforts de défense car des pics temporaires peuvent apparaitre en fonction des situations, en particulier les conflits armés.

65Plusieurs points doivent être soulignés :

66- A l'exception d'Israël, ce top 15 est constitué par des pays en développement. Cela confirme les études pionnières en économie de la défense qui s'intéressent tout particulièrement à ces pays : il y a des arbitrages budgétaires très difficiles entre les besoins de sécurité assurés par les dépenses militaires et les besoins en termes de développement représentés par les dépenses de santé ou d'éducation dont on sait qu'elles sont nécessaires. Dans bien des cas, l'insécurité constitue un frein au développement mais les dépenses militaires contribuent à l'instabilité régionale (Ades A. et H.B. Chua (1997), The Neighbor's Course: Regional Instability and Economic Growth, Journal of Economic Growth, 2(3), pp. 279-304).

67- Il y a une très forte prévalence de pays du Moyen-Orient dans le classement (Oman, les EAU, l'Arabie Saoudite, le Liban, le Yémen, le Koweït, la Syrie, Israël). Cela rejoint la remarque précédente, qui peut être renforcée par l'analyse des modèles de course à l'armement sur l'accroissement des tensions par l'observation des efforts de défense des rivaux. Dunne et al. utilisent la notion de "réseau de sécurité" (security web) pour illustrer les connexions entre efforts de défense de pays voisins (Dunne J.P., S. Perlo-Freeman et R. Smith (2008), The Demand For Military Expenditure In Developing Countries: Hostility Versus Capability, Defence and Peace Economics, 19(4), pp. 293-302).

68- Les pays représentés dans le top 15 sont souvent impliqués dans des conflits armés, ou des rivalités régionales. Cela est parfaitement cohérent avec les besoins de sécurité exprimés, comme l'a détaillé Ron Smith (Smith R. (1989), "Models of military expenditure", Journal of Applied Econometrics, 4(4), pp. 345-359). Le cas extrême est le Koweït en 1991 qui a un effort de défense égal à 117% du PIB, il est alors en guerre.

69- Les pays démocratiques sont sous-représentés dans cet échantillon puisque selon le classement établi par le groupe Polity IV (Center for Systemic Peace) seulement trois d’entre eux (Israël, Liban et Namibie) sont reconnus comme tels. Dans le cas de la Namibie, il y a une forte augmentation du budget de défense en 2014 qui résulte de la volonté d'améliorer la condition des militaires. A l'opposé, la Libye et le Sud-Soudan apparaissent comme des « Etats défaillants ». Ce constat est parfaitement en cohérence avec des travaux récents sur l'utilisation de facteurs politiques dans l'explication de l'effort de défense, l'acceptation politique étant moindre dans les démocraties par rapport aux autocraties et dictatures (D. Albalate, G. Bel and F. Elias (2012), Institutional determinants of military spending, Journal of Comparative Economics, 40, pp. 279-290) même si ces dernières apparaissent comme étant un groupe très hétérogène (Brauner J. et V. Bove (2014), "Military spending and democracy", Defence and Peace Economics, à paraitre.).

70- Enfin, le cas de la Russie mérite que l’on s’y arrête car si on compare son effort, alors qu’elle n’est pas dans une phase de creux de son PIB en 2014, à celui des autres pays les plus dépensiers, on voit qu’il est proportionnellement beaucoup plus élevé que celui des Occidentaux. Il représente 4,5°/° du PIB contre 3,5 aux Etats-Unis, 2,6 pour la Corée du Sud, 2,2 pour la France, le Royaume Uni et la Turquie, 1,8 pour l’Australie, 1,5 pour l’Italie, 1,2 pour l’Allemagne et 1°/°le Japon. Il est également supérieur à l’effort de la Chine (2,1), de l’Inde (2,4) et du Brésil (1,4) (chiffres SIPRI). La Russie n’est dépassée parmi les 15 plus dépensiers que par l’Arabie Saoudite (10,4) et les Emirats Arabes Unis (5,1). La possibilité pour la Russie d’augmenter son budget, surtout si son PIB baisse, paraît très compromise.

III.3. Palmarès des dépenses de défense par habitant.

71Repères

72(149) Ce dernier indicateur est complémentaire du précédent. Mesurant l’intensité de la pression budgétaire par individu, il est un indicateur du caractère plus ou moins « citoyen » des budgets de défense. Bien évidemment, comme pour l'effort de défense, sa construction sous forme de ratio rend son interprétation délicate, même si le taux de croissance de la population reste relativement constant sur des périodes courtes. Par ailleurs, les pays très peuplés apparaissent comme sous-représentés car le dénominateur du ratio est trop élevé pour rendre la fraction significative élevée. Le raisonnement symétrique s'applique pour les pays faiblement peuplés. Un autre inconvénient tient à l'usage de données en valeurs réelles qui présente des difficultés méthodologiques (v. la Note d’information sur l’Aperçu critique des sources disponibles en matière de dépenses de défense et de sécurité).

73Actualité

74Classement comparé 2014- 2000

Classement 2000

Classement 2014

Rang

Pays

Dépenses/Hab

Pays

Dépenses/hab

1

Emirats Arabes Unis

1942

Arabie Saoudite

2747

2

Israël

1494

Oman

2467

3

Koweït

1415

Emirats Arabes Unis

2421

4

Singapour

1075

Israël

2040

5

Etats-Unis

1069

Etats-Unis

1891

6

Arabie Saoudite

991

Singapour

1789

7

Oman

959

Norvège

1328

8

Brunei

736

Brunei

1320

9

Norvège

651

Bahreïn

1103

10

Royaume-Uni

599

Australie

1077

11

France

555

France

964

12

Suède

540

Royaume-Uni

952

13

Bahreïn

536

Danemark

796

14

Danemark

448

Corée du Sud

741

15

Grèce

418

Suède

685

75Tableau 7 : Dépenses militaires par habitants (données SIPRI).

76Le tableau 8 est presque le symétrique du tableau 6 sur le top 15 des pays ayant le budget de défense le plus élevé, si on enlève les pays faiblement peuplés, comme le Koweït, Singapour, le Brunei ou le Danemark. Il y a peu de variations dans la liste des pays représentés dans les deux tableaux. On voit qu’ils sont tous riches et développés. L’effort de défense relativement réduit de ces pays laisse à penser qu’ils peuvent accroître sensiblement encore les contributions de leurs habitants.

IV. Données régionales et sous régionales (D 150).

77Repères.

78(150) Pour que les décomptes des dépenses au plan régional et subrégional en milliards de dollars et pourcentage aient une vraie signification, il faudrait que les régions elles mêmes en aient une et soient comparables. Ce n’est évidemment pas le cas. Le Moyen- Orient est à cet égard particulièrement démonstratif. Cette région à laquelle on préfère souvent l’Afrique du Nord/Moyen-Orient ou le Grand Moyen Orient est en réalité à géométrie variable selon les analystes et les politiques des puissances. C’est un vaste complexe de sécurité ou d’insécurité, composé de sous ensembles. L’important n’est pas vraiment de savoir comment évoluent les dépenses à ce niveau, en comparaison avec celles d’autres régions. Que les DM au Moyen Orient soient importantes et croissent ne peut guère étonner. Il est plus important de situer les pays antagonistes les uns par rapport aux autres, Israël par rapport aux Arabes (maintien/ accroissement de sa supériorité stratégique), voire aux Perses et aux Turcs ; de considérer l’Iran et ses alliés chiites par rapport aux principaux pays sunnites ; de suivre la trajectoire de l’Egypte, première puissance arabe etc…  Sur tous ces points, les dépenses militaires doivent toujours être rapprochées des autres données politiques et militaires.

79Au plan régional, mis à part le Grand Moyen Orient, c’est surtout l’Asie/ Pacifique qui doit retenir l’attention, en raison de la montée de la Chine et des tensions qui l’accompagnent en mer de Chine. La croissance, le niveau, la nature des dépenses de ses voisins sont certainement parmi les bons indicateurs de la manière dont elle est perçue en tant que puissance. L’Europe fera l’objet d’une analyse à part (au point IV 5).

IV.1. Dépenses par régions.

80Actualité

81(151)

82Données comparatives régionales 1988- 2014

Image 10000201000003B40000026B210AEA7F.png

83Graphique 5 : Evolution des dépenses militaires mondiales et par régions (données SIPRI)

84Les dépenses militaires mondiales, représentées en noir sur l'axe de gauche, ont été conservées pour situer les régions par rapport à la tendance générale et non seulement les unes par rapport aux autres. Les données régionales sont sur l'axe de droite. En rouge sont indiquées les dépenses des Amériques, en vert celles de l'Europe, en violet celles de l'Asie et l'Océanie, en orange celles du Moyen-Orient et en brun celles de l'Afrique. Les valeurs présentées sont en dollars constants, ce qui permet de prendre en compte les effets de l'inflation. Par ailleurs, il n'y a pas d'informations sur l'URSS en 1991 ; pour éviter des ruptures dans le graphique, une extrapolation a été nécessaire. Il faut donc considérer les informations pour cette année comme très aléatoire.

85On voit que, par rapport aux dépenses mondiales, qui marquent nettement trois phases (une réduction forte après la guerre froide, de près de 25°/° due à la baisse opérée par les deux superpuissances, la période des dividendes de la paix pendant les années 1990 et la remontée à la fin des années 1990 accentuée à partir de 2002), le comportement des régions est très différent. Les Amériques, cela tient largement à la part des Etats-Unis dans les dépenses mondiales et régionales, collent à la courbe mondiale. La courbe de l’Europe marque beaucoup plus nettement la baisse avant de remonter légèrement et de se stabiliser, les deux tendances étant dues essentiellement aux variations de la Russie. On a vu en effet que la part de l’UE reste essentiellement stable (voir graphique 1). La croissance continue de l’Asie correspond à la montée économique des Etats de la région et, à partir du milieu des années 2000, traduit aussi l’accélération de la course aux armements. L'Europe est maintenant dépassée par l'Asie dans le "classement régional". Il sera intéressant de voir si la crise ukrainienne modifiera ces tendances. Le Moyen Orient croît moins mais double tout de même ses dépenses sur la période, cela sans compter les dépenses de l’Iran indisponibles. Pour l’Afrique, où la question des données se pose aussi fortement, on observe une croissance longue mais faible. Les conflits africains, pourtant nombreux et meurtriers sont peu coûteux.

86Le tableau 8 illustre les variations régionales par décennies (1990-1999, 2000-2009, 2010-2014) et par régions, selon les données, en valeurs constantes, du SIPRI.

Région

1990-2000

2000-2009

2010-2014

Afrique

23,06

66,71

34,35

Amériques

-28,48

73,19

-16,85

Asie et Océanie

30,35

71,53

18,81

Europe

-47,61

19,80

-0,74

Moyen-Orient

-3,97

36,96

24,80

Monde

-25,72

53,47

-1,55

87Tableau 8 : Variations régionales (données SIPRI)

88Ce tableau complète le graphique ; il est possible de le lire soit par zones géographiques soit par périodes. On note d'abord la forte sensibilité des dépenses militaires mondiales aux variations des dépenses des Amériques (et en particulier des Etats-Unis) et des dépenses européennes. La très forte variation observée pour ces dernières dans la décennie 1990-2000 est principalement due aux pays d'Europe de l'Est.

89Pour la période la plus récente, il est important de relever que certaines régions ne sont pas sensibles à la conjoncture économique, de sorte que les enjeux de sécurité ou de puissance s'affirment. C'est notamment le cas des pays africains, même si leur niveau agrégé reste faible. Cela concerne tout particulièrement les pays d'Afrique du nord, en conséquence de l'instabilité de la Libye et du développement de groupes djihadistes dans la zone sahélienne. Une tendance similaire s'observe pour les pays asiatiques, toutes zones géographiques confondues, même si la Chine a un accroissement particulièrement significatif. La période de désarmement des années 1990 ne concerne que les pays développés, ce qui suggère que la question de la "paix généralisée" est écartée par les pays en développement pour lesquels les problématiques de rivalité régionale demeurent. Le cas des pays du Moyen-Orient est quelque peu original puisqu'on observe une légère baisse dans les années 1990 mais la tendance haussière est très affirmée par la suite.

90Cette analyse est utile pour identifier les relais de croissance et les nouveaux marchés potentiels pour les industriels. La tendance pour les années à venir est plutôt orientée à la stabilisation des budgets de défense dans les pays de l'OCDE alors que les pays en développement restent confrontés à des questions de sécurité majeures qui nécessitent des budgets de défense en hausse.

91Pour les listes des pays inclus dans les régions et sous régions, se reporter aux tableaux du SIPRI, par ex. table 4.10 in SIPRI Yearbook 2014, pp 222-228.

IV.2.Données relatives au Grand Moyen Orient

92Actualité

93(152)

94Dépenses d’Israël et de ses voisins

Année

Israël

CCG

Turquie

LEA

GMO

2010

15833

77918

16956

103676

143477

2011

15481

82419

17130

112918

151727

2012

15636

94187

17538

124880

161632

2013

16581

105445

17898

139103

176437

2014

15283

107049

17964

149573

187187

95Tableau 9 : Données SIPRI en dollars constants de 2011.

96NB Pour constituer ce tableau nous avons dû retenir des hypothèses pour compenser le manque de données. Trois pays ont des données manquantes (Qatar depuis 2010, Syrie depuis 2011, Iran depuis 2012), le choix a été fait de maintenir constant les budgets à partir de la dernière observation. Les données sont absentes pour le Soudan, qui rentre dans la catégorie des Etats défaillants. Le Grand Moyen Orient, concept popularisé par l’initiative de GW Bush en 2003, correspond davantage maintenant qu’alors à une réalité politico militaire. Dans le projet de « démocratisation » de GW Bush, le Maghreb et va jusqu’à l’Afghanistan, en couvrant le Levant, le Proche orient, la péninsule arabique et d’autres pays plus éloignés(Comores). Le GMO comprend les pays suivants : Afghanistan, Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Comores, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Israël, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Organisation de libération de la Palestine, Pakistan, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie, Turquie, Yémen. La liste des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de la Ligue des Etats arabes (LEA) est dans la Note d’information sur les alliances collectives

97Le tableau 9 montre qu’Israël avec un effort relativement modeste (et il est vrai l’aide US, financièrement de l’ordre de 3 milliards de dollars par an et en réalité plus variée) parvient à avoir une très large supériorité sur ses voisins du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de la Ligue des Etats arabes (LEA). Cela introduit l’idée d’un coefficient d’efficacité variable des dépenses militaires. Le niveau des dépenses turques, du même ordre, laisse à penser que ce pays a une marge importante de progression s’il le veut, étant donné le niveau de son effort (2, 2°/° du PIB en 2014)

IV.3. Données sur l’Asie Pacifique

98Repères

99(153) C’est dans cette région que la situation est actuellement la plus complexe. Un seul tableau ne peut pas la résumer. Pour être en phase avec la situation dans la région, étant donné les éléments disponibles, il faut, outre des données par pays, comparer au camp américain dans la région, la Chine et le couple Chine, Russie. Il faut mettre aussi en regard la Chine et les autres alliances susceptibles de l’équilibrer et fixer enfin les choses pour chaque couple conflictuel.

IV.3.1. Données sur la Chine, la Russie et le camp américain.

100Actualité

101Détail par pays

Année

Chine

Russie

Japon

Corée

du sud

Philippines

Taiwan

Australie

Nouvelle

-Zélande

Etats-Unis

2010

2,07%

3,82%

0,98%

2,52%

1,22%

2,12%

1,86%

1,35%

4,67%

2011

2,01%

3,67%

1,02%

2,57%

1,21%

2,15%

1,78%

1,27%

4,58%

2012

2,02%

3,98%

1,01%

2,59%

1,16%

2,21%

1,69%

1,22%

4,24%

2013

2,02%

4,19%

0,99%

2,60%

1,24%

2,15%

1,65%

1,19%

3,82%

2014

2,06%

4,47%

0,99%

2,57%

1,15%

2,05%

1,75%

1,24%

3,50%

2010

136220

65809

59003

29912

2657

9904

26993

2211

720220

2011

147258

70237

60452

30884

2701

9998

26597

2080

711338

2012

161409

80996

60017

31490

2739

10350

25665

2025

670897

2013

174047

84841

59396

32385

3114

10330

25442

2036

617687

2014

190974

91694

59033

33142

3039

10135

27171

2209

577511

102Tableau 10 Présentation des efforts de défense (Partie haute) et des budgets en millions de dollars constants de 2011 (Données SIPRI)

103Rapport Chine, Chine/Russie et Etats-Unis/ alliés

 Année

Chine

Chine+Russie

USA+Alliés

Part Chine Russie

/USA+ Alliés

2010

136220

202029

850900

23,7

2011

147258

217495

844052

25,8

2012

161409

242405

803184

30,2

2013

174047

258888

750391

34,5

2014

190974

282667

712241

39,7

104Tableau 11 Rapport Chine, Chine/Russie et Etats-Unis/ alliés (dollars constants 2011, données SIPRI)

105Ces tableaux sont intéressants d’abord par l’écart qu’ils montrent entre les budgets de la Chine et du duo Chine Russie et ceux des Etats-Unis et du camp américain. On voit que malgré sa progression, le duo n’atteint pas encore la moitié, d’un ensemble où les Etats-Unis représentent près de 80°/° de l’effort. Toutefois cette proportion, comme pour l’Europe, n’est pas bonne car tout le budget américain n’est pas consacré à l’Asie Pacifique. Il en va d’ailleurs de même pour la Russie. On notera aussi le faible niveau de l’effort par rapport au PIB chez les alliés des Etats-Unis, à l’exception de la Corée du Sud et de Taiwan. Cela est particulièrement vrai pour le Japon- s’il poussait son effort à 2°/° du PIB, son budget atteindrait pratiquement 120 milliards de dollars. La marge de progression est de ce côté très importante si le besoin s’en fait sentir.

IV.3.2. La Chine et les « alliances », susceptibles de l’équilibrer.

Année

Chine

Japinde

Philnambodge

Russie+ Inde

Inde

2010

136220

108161

5729

65809

49158

2011

147258

110086

5592

119871

49634

2012

161409

109474

6078

130454

49457

2013

174047

108489

6614

133934

49093

2014

190974

109032

6886

141693

49999

106Tableau 12 Données SIPRI en dollars constants de 2011.

107Le Tableau 13 montre que si Philnambodge (voir n° 103) est très loin, Japinde (n° 102) ferait tout à fait le poids si on tient compte de la marge de progression de Japon et de l’Inde. Ce Tableau permet aussi de mesurer le poids d’un duo ancien- il existait déjà du temps de la guerre froide- formé par la Russie et l’Inde. Cette relation de proximité n’est pas actuellement hostile à la Chine, dont la Russie est proche, c’est plutôt un facteur de modération dans la relation conflictuelle Inde Chine et on voit que la Chine seule le surpasse encore nettement.

IV.3.3. Comparaisons par couples potentiellement conflictuels

108Le couple Chine Inde

Année

Chine

Inde

Part Inde / Chine

2010

136220

49158

36,1

2011

147258

49634

33,7

2012

161409

49457

30,6

2013

174047

49093

28,2

2014

190974

49999

26,2

Année

Chine

Inde

2010

136220

2,07%

49158

2,71%

2011

147258

2,01%

49634

2,57%

2012

161409

2,02%

49457

2,49%

2013

174047

2,02%

49093

2,45%

2014

190974

2,06%

49999

2,38%

109Données SIPRI en dollars constants de 2011 et % de PIB

110Tableau 13 Le couple Chine Inde

111Pour un effort un peu supérieur, le budget de l’Inde représente moins du tiers de celui de la Chine, ce qui est normal, parce que sa croissance a été plus tardive et plus faible. Les perspectives pour ce couple sont étroitement liées à l’évolution future des PIB. Dans le cas de ce couple, la comparaison est relativement réaliste car aucun des deux pays n’est membre d’une alliance formelle. Mis à part la recherche d’un allié, l’Inde a plusieurs moyens pour rester à égalité approximative avec la Chine : réussir à avoir un PIB supérieur à celui de Pékin, augmenter fortement son effort de défense ou encore investir dans la création d’une force nucléaire moderne, lui assurant une réelle capacité de dissuasion et de gestion des crises (voir sa situation au n° 15 et dans les Notes d’information sur les capacités des puissances nucléaires et la modernisation des arsenaux nucléaires).

112Le couple Chine Japon

Année

Chine

Japon

Part Japon / Chine

2010

136220

59003

43,3

2011

147258

60452

41,1

2012

161409

60017

37,2

2013

174047

59396

34,1

2014

190974

59033

30,9

113Données SIPRI en dollars constants de 2011 et % de PIB

114Tableau 14 Le couple Chine Japon

115Ce tableau 14 est simplement indicatif, la situation n’est pas comparable au cas précédent, à cause de l’Alliance américaine (v not. n° 87)

116Le couple Inde Pakistan

Année

Inde

Pakistan

Part Pakistan / Inde

2010

49158

6598

13,4

2011

49634

6955

14,0

2012

49457

7375

14,9

2013

49093

7619

15,5

2014

49999

7790

15,6

117Données SIPRI en dollars constants de 2011 et % de PIB

118Tableau 15 Le couple Inde Pakistan.

119On voit que l’écart est énorme. Pour le Pakistan cela implique la nécessité d’alliances. Pour le moment sa situation est délicate à cet égard puisque ses relations se sont dégradées nettement avec les Etats-Unis mais sans qu’il y ait rupture. Ce lien ancien constitue une limite au rapprochement avec la Chine. Ici aussi un fort investissement dans le nucléaire paraît s’imposer dans le contexte actuel.

V. Dépenses européennes de défense (D 154).

120Repères.

121(154) Au moment où l’Europe, après avoir esquissé un mouvement pour devenir une  « maison commune », se divise à nouveau, ce qu’accompagne une certaine remilitarisation, il est important de situer du point de vue des dépenses militaires, les ensembles d’Etats qui la composent. La nouvelle configuration n’est pas sans rappeler celle qui existait pendant la guerre froide, elle est toutefois assez différente. On retrouve le clivage Est Ouest mais l’Est est de dimension nettement moindre. La Russie n’est plus l’URSS, elle n’a plus le glacis que constituaient les pays du Pacte de Varsovie ; elle a été repoussée vers l’Est et ne regroupe autour d’elle, dans l’OTSC, qu’un nombre réduit de pays de petite dimension. L’Ouest a au contraire beaucoup avancé vers l’Est. Avec la fin de la guerre froide, le nombre des membres de l’UE et de l’OTAN a fortement augmenté. Il atteint dans les deux cas le chiffre de 28. 22 Etats sont à la fois dans l’UE et dans l’OTAN. L’une comme l’autre ont encore des perspectives d’élargissement. Parmi les candidats à l’UE figurent, entre autres, deux membres de l’OTAN, l’Albanie et la Turquie. En ce qui concerne l’OTAN, les perspectives d’élargissement ne sont closes ni à l’Ouest, vis-à-vis notamment des pays des Balkans, ni à l’Est, au moins en ce qui concerne l’Ukraine et la Géorgie. C’est l’un des aspects les plus sensibles des relations avec la Russie.

122Sur les 57 pays de l’OSCE, en d’autres termes de la très grande Europe puisque on y trouve les Etats d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan), le Canada et les Etats-Unis, la majorité est donc incluse dans des alliances (OTAN, OTSC) et dans un ensemble, lié à l’OTAN, qui a une dimension de défense et un profil de type fédéral, l’UE/ PDSC ou Identité européenne de sécurité et de défense (IESD).

123Actualité

V.1. Dépenses de la Russie et de l’OTSC

124Données Russie et OTSC

Année 

Russie

OTSC

2010

65809

68847

2011

70237

73471

2012

80996

84590

2013

84841

88895

2014

91694

95792

125Tableau 16 Données en dollars constants de 2011, Source : SIPRI

126NB L’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) comprend outre la Russie 5 pays : Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan

127La constatation qui se dégage de ces chiffres est que les partenaires de l’OTSC n’accroissent que peu le potentiel russe- un peu plus de 4 °/°, chiffre stable sur la période 2010- 2014.

II.2. Dépenses des membres européens de l’OTAN.

128Européens et Nord Américains, Groupes d’Européens

129OTAN, Américains et Européens

Année

OTAN

Etats-Unis+ Canada

Européens

2010

1056593

740915

315678

2011

1035985

731821

304164

2012

989431

691164

298267

2013

926965

636439

290526

2014

880685

595957

284728

130Groupes d’Européens

Année

Membres OTAN

Avant 1991

Pays Baltes

Ex membres

Pacte Varsovie

Autres

2010

294534

1010

18038

2096

2011

283494

1030

15291

1969

2012

277704

1073

15147

1777

2013

270416

1120

14775

1654

2014

263455

1182

16012

1516

131Tableau 17 : Dépenses militaires de l'OTAN par groupes de pays membres en dollars constants de 2011, données SIPRI.

132Par pays

Pays

2010

2011

2012

2013

2014

2010

2011

2012

2013

2014

Albanie

202

197

193

180

133

1,6%

1,5%

1,5%

1,4%

1,0%

Allemagne

49558

48140

49288

48199

46590

1,4%

1,3%

1,4%

1,3%

1,2%

Belgique

5699

5499

5438

5266

5191

1,1%

1,1%

1,1%

1,0%

1,0%

Bulgarie

978

829

849

907

855

1,9%

1,5%

1,6%

1,7%

1,6%

Croatie

1069

1106

1011

966

894

1,7%

1,8%

1,7%

1,7%

1,5%

Danemark

4848

4519

4659

4281

4489

1,4%

1,4%

1,4%

1,3%

1,3%

Espagne

15969

13983

14693

12705

12844

1,1%

1,0%

1,1%

0,9%

0,9%

Estonie

366

389

455

470

496

1,8%

1,7%

2,0%

2,0%

2,0%

France

66220

64601

63708

63548

63022

2,4%

2,3%

2,3%

2,3%

2,2%

Grèce

8854

7129

6305

6269

5585

2,8%

2,5%

2,4%

2,5%

2,2%

Hongrie

1452

1472

1401

1252

1249

1,1%

1,1%

1,1%

0,9%

0,9%

Islande

21,8

19,5

17,9

0

0

0,2%

0,1%

0,1%

0,0%

0,0%

Italie

38857

38130

35419

34022

31020

1,8%

1,7%

1,7%

1,6%

1,5%

Lettonie

287

297

273

293

307

1,5%

1,5%

1,3%

1,3%

1,3%

Lituanie

357

345

345

357

378

0,9%

0,8%

0,8%

0,8%

0,8%

Luxembourg

359

307

290

293

295

0,6%

0,5%

0,5%

0,5%

0,5%

Norvège

7100

7232

7363

7502

7261

1,5%

1,5%

1,4%

1,4%

1,4%

Pays-Bas

12053

11648

10945

10310

10011

1,4%

1,4%

1,3%

1,3%

1,2%

Pologne

9327

9455

9538

9457

10673

1,9%

1,8%

1,8%

1,8%

1,9%

Portugal

5134

4904

4355

4859

4269

2,1%

2,1%

2,0%

2,2%

1,9%

Rép. Tchèque

2748

2474

2298

2199

2251

1,3%

1,1%

1,1%

1,0%

1,0%

Roumanie

2301

2380

2566

2561

2562

1,3%

1,3%

1,4%

1,3%

1,3%

Royaume-Uni

62928

60270

57702

55264

54914

2,5%

2,4%

2,4%

2,2%

2,2%

Slovaquie

1233

1061

1060

960

984

1,3%

1,1%

1,1%

1,0%

1,0%

Slovénie

825

666

573

508

489

1,6%

1,3%

1,2%

1,1%

1,0%

Turquie

16956

17130

17538

17898

17964

2,4°/°

2,2°/°

2,3%

2,2%

2,2%

133Tableau 18 : Dépenses militaires des membres européens de l'OTAN en dollars constants de 2011, données SIPRI.

134La première partie du tableau 17 permet de comparer la part américaine et européenne des dépenses de l’OTAN. On voit facilement que la première est très supérieure. La seconde partie fixe dans le montant des dépenses européennes de l’OTAN, la part des 14 pays qui étaient membres de l’alliance/ OTAN du temps de la guerre froide (Belgique, Danemark, France, Pays-Bas, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Royaume-Uni, Portugal, puis Grèce et Turquie, Allemagne et Espagne) et de ceux qui les ont rejoint ensuite. Parmi ces derniers, on peut distinguer 3 groupes : celui des pays Baltes, anciennes républiques de l’URSS, celui des anciens membres du Pacte de Varsovie (Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, République tchèque, Slovaquie) et celui des autres anciens pays socialistes (Albanie, Croatie, Slovénie). En se reportant au tableau 18, on voit que l’effort est, sauf exceptions très légèrement supérieures à cette limite (France, Grèce, Royaume Uni et Turquie à 2,2 et Estonie à 2°/°), en dessous et même souvent nettement en dessous des 2°/° du PIB. Les nouveaux membres, sauf la Pologne font prendre en charge leur sécurité par Washington et à un degré moindre par les grandes puissances européennes. Les chiffres fournis par l’OTAN, disponibles seulement pour 2013 confirment cette analyse (Données économiques et financières concernant la défense de l’OTAN, p 6).

135(155) Ces données permettent de comprendre, dans un contexte marqué par la crise ukrainienne ce qui s’est passé au sommet de l’OTAN de septembre 2014

136La décision a été prise, ce fut l’un des points les plus remarqués du sommet du 5 septembre, « d'inverser la tendance à la baisse que connaissent les budgets de défense, d'utiliser de la manière la plus efficace possible les fonds à notre disposition et de favoriser une répartition plus équilibrée des dépenses et des responsabilités » (§ 14 Déclaration du sommet).

137Cela appelle trois observations.

138La première concerne le fameux « Burden Sharing » entre Américains et Européens, auquel on n’a pas manqué de la relier. L’idée que des alliés doivent partager équitablement les charges s’impose sans difficulté. Mais doit- on accepter ses corollaires : que les Etats-Unis faisant un effort de l’ordre de 5°/° de leur PIB et les Européens, en majorité, un effort inférieur à 2°/°, cela est insuffisant et même anormal et injuste ; que les Européens doivent donc faire plus pour partager plus équitablement les charges ; que, s’ils ne le faisaient pas, il serait envisageable et même juste que les Américains baissent à leur tour leur effort et à la limite qu’ils laissent les Européens se débrouiller seuls, pour se tourner vers l’Asie, nouveau centre du monde, plus intéressant que la « vieille Europe » endormie dans son confort et promise au déclin ; et qu’une autre répartition des responsabilités passe par une augmentation de cet effort financier ? Ce discours omet que l’effort américain de défense est loin d’être lié à la seule Europe, une grande partie des 5°/° lui sont étrangers ; ils s’expliquent essentiellement, après la guerre froide, par la volonté de conserver une supériorité militaire nette sur tout concurrent éventuel et la capacité de mener et de remporter, seuls, deux conflits simultanés. Ce sont là des objectifs qui n’ont pas été agréés entre alliés et que les Européens ne sont évidemment pas tenus de partager. Le coût de l’engagement des Etats- Unis en Europe est devenu modeste après la guerre froide. Il est très inférieur à l’effort que font les Européens de l’Alliance pour leur défense. Si on ne perd pas de vue la phrase de Lord Ismay sur le rôle de l’OTAN- « to keep the Soviets out, the Germans down and the US in »- on peut même dire que le rendement de l’investissement des Etats-Unis en Europe a énormément augmenté, puisqu’il leur a permis, à peu de frais et sans risque, d’éviter le rapprochement de la Russie et de l’UE et de contrôler l’émergence politico- militaire de cette dernière (v. Fontanel, J., Geslin, A. Le budget de l’OTAN et son interprétation, in Alliances internationales : quel avenir ? Revue politique et parlementaire, oct-déc. 2006, pp. 31-36).

139La seconde observation est relative à la mise en œuvre de cette décision. Il est prévu que les alliés qui sont dans les normes de l’OTAN- 2°/° du PIB pour les dépenses de défense et 20°/° du budget de défense aux équipements majeurs et à la RD afférente- doivent y rester. Pour les autres, il faut « cesser toute diminution des dépenses de défense », « cherch(er) à augmenter leurs dépenses de défense en termes réels à mesure que croîtra leur PIB » et « (se) rapprocher dans les dix années à venir des 2 % ». Ces alliés chercheront aussi, s’agissant des équipements majeurs et de la RD liée, à les porter à 20°/° ou plus de leur budget de défense dans les 10 ans à venir. Il est prévu de maintenir la pression en faveur de cette orientation puisque cette question doit être examinée chaque année, mais les alliés en dehors des normes, qui sont la grande majorité, n’ont pris, en réalité, qu’un engagement aménagé, conditionné et en quelque sorte indexé sur leur croissance éventuelle.

140La troisième observation consiste à souligner les écarts dans l’effort de défense mesuré par rapport au PIB, non dans le cadre de l’OTAN, mais dans le cadre européen. C’est d’abord là en effet, au regard des besoins de défense et sécurité européens, que se pose la question des dépenses militaires.

II.3. Dépenses militaires et IESD.

141Repères

142(156) Depuis le traité de Maastricht créant la PESC, la mise en œuvre de l’IESD au niveau de l’Union européenne est entrée dans les perspectives de long terme. Il est donc intéressant de considérer les dépenses militaires des pays concernés, tous les membres de l’UE, sauf le Danemark qui n’y participe pas. Il est d’autre part opportun de créer dans cet ensemble plusieurs groupes : le duo franco- britannique (deux puissances nucléaires, membres permanents du Conseil de sécurité et liées par les accords de Lancaster House), puis les pays de l’organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR) qui comprend outre les deux Etats précités l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et I’ Italie.

143A l’aide des chiffres fournis, on peut aussi faire des remarques utiles sur d’autres couples, trios ou groupes

144Actualité

145Le duo franco-britannique

2010

2011

2012

2013

2014

2010

2011

2012

2013

2014

France

66220

64601

63708

63548

63022

2,4%

2,3%

2,3%

2,3%

2,2%

Roy. -Uni

62928

60270

57702

55264

54914

2,5%

2,4%

2,4%

2,2%

2,2%

146Le montant des dépenses militaires du duo pour 2014, est de 117936. Il est nettement supérieur à celui de la Russie (91700) avec un niveau d’effort bien moindre (2,2 contre 4,5°/° du PIB).

147Les autres membres de l’OCCAR

2010

2011

2012

2013

2014

2010

2011

2012

2013

2014

Allemagne

49558

48140

49288

48199

46590

1,4%

1,3%

1,4%

1,3%

1,2%

Belgique

5699

5499

5438

5266

5191

1,1%

1,1%

1,1%

1,0%

1,0%

Espagne

15969

13983

14693

12705

12844

1,1%

1,0%

1,1%

0,9%

0,9%

Italie

38857

38130

35419

34022

31020

1,8%

1,7%

1,7%

1,6%

1,5%

148Tableau 19 Dépenses en dollars constants de 2011, données SIPRI.

149Le total des dépenses militaires des 4 autres membres de l’OCCAR se monte à 95645 millions de dollars en 2014, ce qui n’est pas négligeable par rapport au chiffre cumulé de la France et du Royaume Uni (117 936) et celui de l’OCCAR dans son ensemble à 213581, soit 22581 millions de plus que la Chine, avec un taux d’effort qui n’est pas supérieur.

150Les autres membres de l’UE

151Le cas des pays Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), anciennes républiques de l’URSS et des anciens membres du Pacte de Varsovie (Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie) ou des anciens pays socialistes (Croatie, Slovénie) a déjà été abordé à propos de l’OTAN. On a vu que ces pays, à l’exception de la Pologne, ne font qu’un effort financier très limité pour leur défense. Mis à part ces Etats et d’autres Etats membres de l’OTAN- Pays Bas, Luxembourg, Grèce, Portugal dont le total des dépenses de défense cumulé pour 2014 se monte à 21543 millions- il reste à aborder le cas des membres de l’UE qui étaient à l’époque de la guerre froide parmi les Etats neutres et non alignés, dont la position au sein de l’IESD garde une certaine spécificité.

2010

2011

2012

2013

2014

2010

2011

2012

2013

2014

Autriche

3488

3410

3365

3234

3208

0,9%

0,8%

0,8%

0,8%

0,8%

Chypre

518

480

439

436

435

2,1%

1,9%

1,8%

1,9%

2,0%

Finlande

3690

3749

3791

3800

3620

1,4%

1,4%

1,5%

1,5%

1,4%

Irlande

1372

1300

1232

1225

1214

0,6%

0,5%

0,5%

0,5%

0,5%

Malte

63,3

55,9

52,7

54,2

59,7

0,7%

0,6%

0,6%

0,6%

0,6%

Suède

6727

6325

6457

6494

6879

1,3%

1,2%

1,2%

1,2%

1,2%

152Tableau 20 Dépenses des membres de l’UE neutres et non alignés, en dollars constants de 2011, données SIPRI.

153Leur effort se monte à 14719 millions d’euros, ce qui rapporté au PIB est faible, sauf le cas de Chypre.

154Dépenses militaires des membres de l’UE (PSDC moins le Danemark)

155Au total pour 2014 les dépenses militaires de l’Union européenne s’établissent ainsi

UE/ Groupes de pays

Dépenses militaires 2014

Couple franco-britannique

117936

Autres membres OCCAR

95645

OCCAR

213581

Pays Baltes (ex URSS)

1181

Ex membres du Pacte de Varsovie

18574

Neutres Non alignés

14719

Autres membres OTAN

21543

Total IESD (UE – Danemark)

264594

156Tableau 21 Dépenses miliaires des 27 pays de l’IESD. A partir des données du SIPRI.

157La graphique 1 (n° 142) montre que les dépenses militaires de l’UE restent au niveau qu’elles avaient à la fin de la guerre froide malgré son considérable élargissement- elle est passée de 12 à 28 (27 dans l’IESD) Etats membres. Leur montant est inférieur à la moitié de celles des Etats-Unis. Le même graphique montre que c’était déjà le cas- la situation était quasi identique- à la fin de la guerre froide. L’UE étant nettement moins nombreuse, ses membres d’alors ont, c’est surtout là qu’est le changement, sensiblement baissé leurs dépenses ; ils ont touché les dividendes de la paix.

158Comme on l’a vu, le sommet de l’OTAN a considéré que cette situation était anormale et un consensus s’est fait sur le principe des 2°/°. S’il est appliqué, il devrait en résulter, étant donné la marge d’augmentation dont disposent les pays qui sont en dessous de ce seuil, une augmentation significative, entre 30 et 40 milliards d’euros. Cela représente plus de 10°/° du montant actuel mais ne correspond pas à un changement majeur. A titre de comparaison, la Chine et la Russie sont passées respectivement de 136 et 66 milliards de dollars à 191 et 91 entre 2010 et 2014. L’augmentation demandée est donc à la fois significative et très insuffisante, s’il y a vraiment urgence et danger.

159(157) Dans les débats de 2014 on constate la forte présence de la question de la menace russe et de la nécessité d’augmenter les dépenses européennes réputées très insuffisantes et devant conduire au déclassement, à une sorte de suicide de l’Europe en tant que puissance, aboutissant à sa « sortie de l’histoire ». Cette thèse est manifestement exagérée si on considère : que les dépenses militaires de l’Union européenne/ IESD dépassent toujours les 200 milliards de dollars, chiffre que seuls les Etats-Unis surpassent, il est vrai nettement ; que trois Etats Européens restent des puissances du Top 10 et que les pays de l’OCCAR- qui constituent le noyau défense de l’UE/IESD- restent à niveau (213581 contre 191000 à la Chine et une puissance établie contre une puissance qui se construit).

160Elle omet surtout de poser la question majeure, à laquelle doivent être rapportées toutes les dépenses militaires, quel que soit l’acteur : pour faire face à quelle menaces, pour quels objectifs ? On raisonne comme si les Européens avaient encore en face d’eux l’URSS, l’autre superpuissance. Mais ils n’ont plus que la Russie, un pays qui ne dépasse guère 140 millions d’habitants et dont le PIB est inférieur à celui de chacun des 4 principaux Etats de l’Union. La Russie garde une capacité stratégique nucléaire importante mais en diminution, qu’elle aura beaucoup de peine à maintenir et elle n’est plus une puissance classique majeure, susceptible d’être une menace réelle pour l’Europe de l’Ouest (voir n°s 11, 18, 27). Cette constatation est fondamentale.

161Les Européens semblent ne pas le voir : ils ont largement les moyens dans le contexte international actuel- nouveau et non identique à celui de la guerre froide- d’assurer seuls leur défense et leur sécurité et ils ont la possibilité de construire, sans être sous une pression très forte, l’appareil destiné à le faire. Ils sont dans une situation où ils peuvent imposer la reconfiguration de l’Alliance et de l’OTAN. Mais cela passe par un travail important, qui reste en bonne partie à faire, sur eux-mêmes.

162En ce qui concerne l’aspect budgétaire, le problème qui se pose à eux n’est pas de dépenser plus mais de dépenser mieux, de dépenser autrement. Augmenter leurs dépenses n’aidera pas à le résoudre ; cela contribuera au contraire à retarder son traitement.

163Du côté européen, l’apparition d’une identité européenne de sécurité et de défense (IESD), qui est l’une des grandes questions de sécurité internationale, d’envergure systémique, a pour le moment peu de chances de se manifester par le moyen des dépenses militaires. Elle passe d’abord par des décisions politiques concernant la conception de la sécurité européenne et les moyens de l’assurer, ce qui implique la redéfinition des relations avec les Etats-Unis et la Russie et le déplacement de la défense de l’OTAN à l’IESD. Les Européens, dans le contexte actuel doivent prendre en charge leur défense et leur sécurité car ils en ont les moyens, y compris sans augmentation importante de leur effort budgétaire de défense. Cette évolution passe par une refondation de l’OTAN ; elle sera par conséquent très difficile à accomplir, la crise ukrainienne ne la facilitant pas.

164NB On a utilisé les données du SIPRI pour pouvoir travailler sur la longue durée et surtout établir des comparaisons avec les autres Etats, ce que ne permettent pas les données de l’Agence européenne de défense (Data Defense 2013 et National Defense Data 2013 publiés en 2015) qui donne des sommes en euros.

VI. Dépenses de la France (D 158).

165Repères

166(158) Contrairement au Royaume-Uni, le budget de la défense en France est moins soumis à des variations, pouvant être liées soit aux conditions économiques soit à l'environnement international2. Cela traduit un fort degré d'inertie. Le graphique suivant présente l'évolution, en valeurs réelles, du budget total de la défense (en vert) et ses composantes de fonctionnement (en bleu) et d'équipement (en rouge) depuis 1980.

Image 100002010000030A000001DF2722840C.png

167Graphique 6 : Evolution du budget de la France (Données de l’Observatoire Economique de la défense)

168Plusieurs phases apparaissent clairement. La décennie des années 1980 est symbolisée par une hausse continue, principalement liées aux équipements de défense. La fin de la guerre froide marque une forte baisse du budget, une nouvelle fois liée à la réduction du budget d'équipement. L'engagement en Afghanistan, couplé au faible taux de disponibilité des matériels, conduit à stabiliser le budget en valeurs réelles, les deux composantes étant relativement égales. Il apparait alors que le budget de 2013 est proche de celui observé au début des années 1980. Bien évidemment, cette comparaison est partielle (voire partiale) car le prix des équipements est supérieur aux prix des biens de consommation courante de sorte que "le pouvoir d'achat" des armées françaises est réduit.

169Traditionnellement, les budgets de défense en France s'inscrivent dans le cadre de plusieurs documents officiels. Tout d'abord, les Livres Blancs fixent les orientations principales en faisant un exposé des menaces et des priorités dans une optique de temps long. Ensuite, sur la base des orientations stratégiques, les Lois de Programmation militaire (LPM) définissent de manière pluriannuelle les besoins, en faisant des prévisions sur les budgets d'équipement. Les LPM servent de base à la construction des budgets dans les Lois de Finance Initiale (LFI) en déterminant des Crédits de Paiement (CP) et des Autorisations d'Engagement (AE) qui peuvent être amendées par des lois de finance rectificative.

170A l'heure actuelle, les choix budgétaires de défense sont délicats car ils doivent à la fois prendre en compte le contexte de rationalisation de la dépense publique et les besoins en termes de sécurité dans un climat de fortes incertitudes quant aux menaces existantes. Les livres blancs de 2008 et 2013 ont cherché à répondre à cette équation en formulant des recommandations budgétaires visant notamment à augmenter les dépenses d'équipement en faisant des économies sur les dépenses de fonctionnement à budget total constant.

171Cette stratégie n'apparait pas comme étant parfaitement mise en œuvre. Si le nombre de personnes rattachées au Ministère de la défense est bien en baisse, la masse salariale ne baisse pas, la Cour des Comptes indiquant même que la politique de ressources humaines est peu rationalisée. Par ailleurs, les dépenses d'équipement souffrent d'inexécutions dans la mesure où les crédits de paiement sont toujours inférieurs aux prévisions des différentes LPM (généralement on perd une annuité d'équipement). Droff J. et J. Malizard (« Cohérence entre politique budgétaire et budget de défense en France », Revue Défense Nationale, 769, 2014 pp. 116-121) montrent notamment que les dépenses de défense sont davantage soumises à la rigueur budgétaire et qu'en leur sein, les dépenses d'équipement sont les principales variables d'ajustement. Enfin, des contraintes exogènes, liées par exemple aux OPEX ou à l'accompagnement des territoires dans la réforme des bases de défense, conduisent à des réorganisations qui obèrent la capacité d'équipement.

172Actualité

173Dans un contexte économique contraint, les menaces sur le budget de la défense en 2015 étaient nombreuses. En premier lieu, les surcoûts des OPEX seront très probablement supérieurs aux anticipations formulées par la LPM. Surtout, la réalisation budgétaire reposait sur l'utilisation de recettes exceptionnelles (et non des crédits budgétaires) liées à la vente de fréquences hertziennes. Les incertitudes sur les délais de cette vente ont conduit les responsables politiques à proposer la solution des "sociétés de projet" dont l'objectif est d'acheter des équipements militaires de la France pour les louer aux armées et utiliser le produit de la vente au financement des projets à venir. Devant les difficultés soulevées par ce projet, son coût (voir l'audition de Laurent Collet-Billon devant la commission des finances le 1er avril 2015) et ses conséquences sur la dette publique, le Président de la République a proposé le 29 avril 2015 de revenir sur les sociétés de projet et d'utiliser des crédits budgétaires en faisant des économies sur d'autres postes budgétaires. Il a été décidé de préserver 18000 postes ainsi qu'une rallonge de 3,9 milliards dont l'essentiel portera sur les années 2018 et 2019 et principalement pour financer les postes qui seront finalement conservés par rapport aux orientations précédentes de la LPM.

174Les OPEX focalisent l'attention des médias dans la mesure où la France est impliquée dans de nombreuses missions : opérations Sangaris, Epervier, Chammal (lutte contre l'Etat Islamique en Irak), Finul (Liban). Plus de 10000 hommes sont mobilisés sur ces différents théâtres, sans compter les équipements utilisés. Ces interventions croissent depuis 2002.

175Bien évidemment, les conséquences budgétaires de ces interventions sont significatives. Il convient de préciser qu'une partie des dépenses des OPEX est anticipée par les LPM et les lois de finance initiales. Toutefois depuis 2001, les dépenses réellement engagées sont toujours supérieures aux dépenses prévues par les LFI. Pour l'année 2015, le secrétaire d'Etat au budget, Christian Eckert, a annoncé que le surcoût pourrait dépasser le milliard d'euros. Cet engagement constant a des répercutions sur les autres dépenses du Ministère, notamment les équipements ; selon plusieurs rapports parlementaires, les OPEX sont une raison de l'inexécution des LPM. Par ailleurs, les conséquences peuvent être aussi en dehors du champ budgétaire, en mobilisant le concept d'analyse contrefactuelle : quelles auraient les conséquences économiques entre la situation actuelle et celle où il n'y aurait pas eu d'intervention ? Cette question pose des difficultés méthodologiques mais Bilmes et Stiglitz indiquent que dans le cas américain, ces conséquences sont majeures sur le long terme (The Three Trillion Dollar War, WW Norton& Company, 2008). Dans une analyse plus restreinte, Droff J. et J. Malizard (" Les opérations extérieures de la France : Une mise en perspective économique", Lettre de l'IRSEM, A paraître 2015) montrent que dans le cas de la France ces conséquences sont plus limitées, surtout au regard de l'endettement public.

176Sur le coût de la dissuasion nucléaire on trouve dans le rapport d’information sur le contrôle de l’exécution des crédits de la défense pour exercice 2013 (rapport AN 2249, 7 oct 2014) des indications intéressantes

« L’effort financier de la Nation en faveur de la dissuasion : 0,15 % du PIB pour la garantie ultime de notre sécurité et de notre indépendance.

De nombreux commentateurs affirment régulièrement que les moyens consacrés à la dissuasion ont sans cesse été sanctuarisés. S’il s’agit de prétendre que le niveau de l’effort national en la matière a toujours été maintenu à son niveau initial, alors une telle assertion est fausse. En effet, l’analyse des statistiques sur longue période montre que la part du budget consacré à la dissuasion n’a cessé de diminuer depuis la naissance de celle-ci relativement au PIB et, globalement, la dépense demeure somme toute modeste au regard des enjeux stratégiques précédemment évoqués. Si, dans les premières années, d’importants volumes financiers ont effectivement été consacrés au lancement de la dissuasion, ses moyens ont ensuite régulièrement diminué. Ainsi, entre 1961 et 1967 l’effort financier avait été multiplié par cinq, passant de 0,2 % à environ 1 % du PIB. En 1990, il avait été réduit de plus de moitié en proportion et n’atteignait plus que 0,47 % du PIB. En 2013, il ne représentait que 0,15 % du PIB, soit 3,2 milliards d’euros pour 2 113,7 milliards d’euros de PIB. Un coût équivalent à 0,15 % de la richesse nationale est-il un prix trop fort à payer pour garantir la protection des intérêts vitaux de la Nation et notre autonomie politique et stratégique ? Les rapporteurs ne le pensent pas. Pour mémoire, lorsqu’il était en vigueur, le taux réduit de TVA à 5,5 % dans le secteur de la restauration représentait un coût de 3 milliards d’euros en termes de perte de recettes pour le budget de l’État.

Sur la période couverte par la loi de programmation militaire 2014-2019, la part de la dissuasion représentera 12 % du budget de la Défense. Pour 2014, ce sont 3,1 milliards d’euros en autorisations d’engagement (AE) et 3,5 milliards d’euros de crédits de paiement (CP) qui y sont consacrés (72). Le total des CP atteindra 4,5 milliards d’euros en fin de période avec les prémices du renouvellement de la composante océanique. Rappelons que la plupart des crédits consacrés à la dissuasion sont des crédits d’équipement permettant l’adaptation et la modernisation des équipements, systèmes d’armes et transmission. »

Les données fournies par l’Agence européenne de défense permettent de situer facilement la France par rapport aux autres membres de l’UE. V : EDA, National Defense Data 2013 : personnel (pp20-22), opérations maintenance (pp23-25), investissement (pp26-28), équipement (pp 29-31), R&D (pp32- 34), R&T (pp 35-37), infrastructure (p 38).

177Sources : Projet de LF, documents parlementaires, not. rapports ; rapport d’information sur le contrôle de l’exécution des crédits de la défense pour exercice 2013 (rapport AN 2249, 7 oct 2014)) ; Annuaire statistique de la Défense ; Rapport(s) de la Cour des comptes : 29/09/2014 Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires : des efforts à poursuivre ; 06/03/2014 Le système de paye Louvois, Rapport public annuel. EDA, National Defence Data (annuel).

VII. Dépenses par catégories (D 159).

178Repères.

179(159) Il est important de désagréger les dépenses militaires, de les décomposer en indicateurs plus fins, de distinguer ce qui relève des dépenses en personnel, en équipement, en RD etc. Les dépenses de RD sont celles qui traduisent l’effort visant à garder ou acquérir la supériorité, à assurer l’équilibre, à ne pas se faire distancer ; ce sont celles qui préparent l’arrivée des matériels de nouvelle génération ; elles sont particulièrement significatives du point de vue de la course aux armements et très importantes pour les bases industrielles de défense et le maintien des capacités technologiques. A considérer également, parce que très stratégiques, les dépenses allant aux systèmes de projection de forces, de frappe « imparables », aux systèmes défensifs, à l’espace, à la RAM etc…et bien sûr au nucléaire militaire. Quand il s’agit de dépenses d’équipement, il est important de savoir à quel type d’équipement elles sont destinées. Les difficultés méthodologiques développées dans l’aperçu critique des sources actuellement disponibles sont également valables pour toute analyse cherchant la décomposition des budgets de défense. Les questions de périmètre et d'inflation sont cruciales pour permettre les comparaisons entre pays et dans le temps.

180Dans ces conditions, peu de sources sont disponibles, au plan international, car le traitement statistique revêt une dimension quasiment insurmontable. L'usage de données nationales est privilégié, notamment pour les pays développés. On dispose cependant de quelques données internationales, qui peuvent faire l’objet d’observations.

181Actualité

VII.1. Dépenses de R & D des membres permanents du Conseil de sécurité

182La Military Expenditure Data Base de l’UNODA fournit par ex des données par catégories de forces (Air, Land, Naval, Others) et par activités (Personnel, Procurement & Construction, R & D, Operation and maintenance, Not Distributed), relativement récentes pour 3 des 5 membres permanents du Conseil de sécurité.

Année

Chine

Etats Unis

France

Russie

Royaume Uni

2010

76,991.00

48 ,572.00

2,550.00

2011

74,871.00

107,388.00

2,349.90

2012

70,935.00

101,949.00

2013

66,892.00

58,086.00

2,372.00

2014

183Tableau 22 : R & D. Informations fournies par les membres permanents du Conseil de sécurité (Données Military Expenditure Data Base, UNODA).

184Ce tableau montre que l’on ne peut pas actuellement comparer les dépenses de R & D des membres permanents. Le premier point à signaler est l’absence d’informations de la Chine et de la France. Cela est étonnant surtout de la part de Paris, dont les données sont par ailleurs disponibles via l’AED et l’OTAN. La France avait fourni aux Nations unies des données R&D pour la période 2001- 2009. De la part de la Chine cette absence surprend moins, étant donné l’opacité bien connue de cet Etat. Elle a fourni des données pour la période 2006- 2010 mais pas sur la R&D. La Chine et la France n’ont plus fourni des données depuis 2010. Les chiffres des Etats-Unis sont en dollars, de la Russie en roubles et du Royaume Uni en Livres Sterling. Ces sommes sont très difficiles à comparer mais on peut les rapprocher des données nationales ou de celles que fournissent d’autres sources comme l’OTAN ou l’AED, pour les pays concernés.

VII.2. Dépenses d’équipement de l’OTAN.

185Repères

186L’OTAN fournit des informations, en pourcentage, sur plusieurs catégories de dépenses : personnel, équipement, infrastructure et autres dépenses. On a reproduit ci- après les données relatives aux dépenses en équipement pour lesquelles le sommet de septembre 2014 a retenu la norme de 20°/° du budget de la défense pour les dépenses d’équipement et de R&D liée.

2009

2010

2011

2012

2013

Albanie

11,3

15,7

13,4

14,4

15,8

Allemagne

17,6

17,6

16,4

16,5

16,0

Belgique

8,2

6,8

6,3

3,6

2,8

Bulgarie

14,2

15,4

6,3

3,7

2,3

Canada

12,8

13,8

10,6

9,3

14,5

Croatie

10,2

8,1

15,8

14,7

10,7

Danemark

9,9

14,1

9,7

9,0

9,9

Espagne

17,4

12,1

6,7

22,9

Pas dispo

Estonie

17,9

11,9

10,1

13,7

14,2

Etats-Unis

24,1

24,1

26,2

25,8

24,7

France

27,0

30,2

28,2

30,6

28,6

Grèce

27,8

18,0

5,9

7,5

17,7

Hongrie

12,7

12,1

12,3

5,8

9,8

Italie

11,3

10,9

11,7

8,9

13,6

Lettonie

5,4

15,6

10,8

10,5

12,0

Lituanie

16,2

10,0

9,4

11,2

9,3

Luxembourg

17,4

34,4

21,9

17,1

15,8

Norvège

19,2

18,1

17,0

17,8

18,9

Pays-Bas

17,6

15,7

14,4

13,4

13,1

Pologne

15,9

18,1

16,1

15,2

13,9

Portugal

8,7

13,2

12,1

9,3

9,2

République Slovaque

13,2

9,8

7,1

9,6

5,5

République Tchèque

22,4

12,4

13,3

14,8

9,5

Roumanie

8,7

8,8

7,6

4,1

14,6

Royaume-Uni

21,9

24,5

22,0

19,5

23,1

Slovénie

8,5

18,0

5,7

1,2

1,5

Turquie

25,6

28,0

24,6

21,2

20,5

187Tableau 23 Part des dépenses d'équipement dans les dépenses militaires totales (Données OTAN Financial and Economic Data Relating to NATO Defence, fev. 2014), exprimées en pourcentage du budget total.

188NB Aucune précision méthodologique concernant leur construction n'est apportée par l'OTAN.

189Nous avons fait apparaître en gras, les pays qui respectent la part de 20% de dépenses d'équipement dans le budget total. La France, la Turquie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis respectent ce critère, en dépit des contraintes budgétaires. A l'opposé, certains pays compriment largement leurs équipements sous le poids de la crise économique : Espagne, Grèce (même si on assiste à des remontées certaines années), Belgique, Hongrie ou encore Slovénie. La chute de la part consacrée aux équipements en Espagne est particulièrement forte compte tenu de la tendance de moyen terme où le pays respectait le critère de 20% sur la période 2005-2009 et proche de 19% entre 2000 et 2004. Le cas de l'Allemagne est particulièrement instructif car elle appartient, avec la France, l’Espagne, l’Italie, la Suède et le Royaume Uni aux pays de la Letter of Intent (LoI), accord visant à faciliter la restructuration et le fonctionnement de l’industrie européenne de défense. Ce pays dispose d'une industrie de défense, dégage des excédents budgétaires mais ne respecte pas le critère de 20% ce qui peut s'assimiler à un comportement de passager clandestin au sein de l'alliance. L'Italie dispose également de structures industrielles mais est touchée par la crise ce qui limite ses possibilités de financement. Le Canada et les Pays Bas apparaissent également comme des passagers clandestins. Il n’est pas sans intérêt de comparer ces données avec celles que fournit l’AED dans National Defence Data 2013, p 31. On voit qu’elles sont assez nettement différentes, ce qui ramène au problème de la définition et de la construction des données. Dans le cas particulier, l’engagement des 20°/° étant pris dans le cadre de l’OTAN, ce sont les données OTAN qui serviront de repères.

190NB L’aperçu critique des sources actuellement disponibles en matière de dépenses de défense et de sécurité initialement annexé à ces développements, a été placé dans les Notes d’information. L’Index a été renuméroté en conséquence.

Notes de bas de page numériques

1 La valeur très élevée du taux de variation peut paraitre surprenante, mais ce résultat peut s'expliquer par l'usage de données en valeur constante, pour lesquelles les périodes les plus anciennes ne sont pas estimées avec une grande précision.

2 Cela peut être mesuré par différents critères. Traditionnellement, une mesure de la volatilité est l'écart-type. Sur les budgets de défense entre 1990 et 2013, l'écart-type du budget anglais est deux fois plus élevé que celui du budget français.

Pour citer cet article

J-F. Guilhaudis et J. Malizard , « Dépenses de défense et de sécurité (D 139-159) », paru dans PSEI, Numéro 1, Chronique Sécurité et insécurité européenne et internationale 2015, Dépenses de défense et de sécurité (D 139-159), mis en ligne le 17 août 2015, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=337.


Auteurs

J-F. Guilhaudis

J. Malizard