PSEI |  Numéro 10 Paix et Sécurité Européenne et Internationale |  Notes de lecture 

Jean-françois Guilhaudis  : 

Note de lecture de Jean-François Guilhaudis

Texte intégral

1L’état des conflits dans le monde. Diplomatie Les grands dossiers n° 42, décembre 1017- janvier 2018.

2Diplomatie avait consacré son premier Grand dossier, en février-mars 2011 à L’état des conflits 2011. Il fut suivi par un état des conflits 2012 (Grand Dossier n° 7 de février-mars 2012), puis un état des conflits 2013 (Grand dossier n° 13 en février-mars 2013), puis l’expérience s’interrompit. Il est heureux qu’elle ait repris, avec un nouvel état des conflits dans le monde (Grands dossiers n° 42, décembre 2017- janvier 2018)

3Si les ressources sur les conflits internationaux, sont relativement nombreuses en anglais, sous forme d’annuaires - Armed Conflict Survey de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), Conflict Barometer du Heidelberg Institute for International Conflict Research (HIIK) et bien sûr le Yearbook du Stockholm International Peace Research Institute -, et de revues, notamment le Journal of Peace Research du PRIO, Cooperation and Conflict, le Journal of Conflict Resolution, elles sont nettement plus rares en français. A cet égard, c’est au Canada, plus qu’en France, que l’on s’est intéressé aux conflits. Cet effort a donné naissance au Réseau de recherche sur les opérations de paix. En France, les conflits internationaux ne sont certes pas ignorés, mais ils ne sont pas un objet prioritaire d’intérêt pour les principaux Think Thanks (IFRI, IRIS, FRS, IRSEM… ) et pour la recherche universitaire. Il n’y a pas de publication dédiée aux conflits, à l’exception de Cultures et Conflits, qui ne traite que de temps à autre, des conflits internationaux1.

4Dans ce contexte, il est très positif qu’une revue, même destinée à un large public, leur réserve une centaine de pages (très denses), chaque année, dans un numéro spécial. Cela rejoint les préoccupations qui ont poussé PSEI à créer, dès le début une chronique Opérations de paix puis, à partir de ce numéro, une chronique Conflits, catastrophes, Grandes épidémies, victimes.

5La rédaction de Diplomatie Grands Dossiers a évolué dans la manière de traiter les conflits. Les 2 premiers comportaient, après une rubrique initiale présentant sous le titre « histoire et société » une réflexion sur une grande question – « l’évolution du conflit » par H Couteau-Bégarie dans le numéro 1 et « A propos des conflits : destructeurs ou producteurs ? » par Herfreïd Münkler, dans le numéro 7, deux rubriques présentant une sélection de la conflictualité de l’année : Etat des lieux des conflits et Champs de bataille. Elles étaient complétées par d’autres rubriques thématiques : « Armes et extension des guerres » et « Intervention ou prévention » dans le numéro 1 ; « Faiseurs de guerre et de paix » dans le n° 7. Ce second numéro avait lancé une intéressante rubrique « Perspectives », que l’on n’a pas retrouvée dans le n° 3, sur les conflits de 2013. Ce numéro a choisi une approche différente consistant à partager la revue en deux masses : d’abord, dans les cinquante premières pages, des analyses et des tableaux de bord liés à l‘actualité, puis un état des conflits par régions (Moyen-Orient, Afrique et Asie).

6Le numéro de reprise (n° 42, décembre 2017- janvier 2018) s’inscrit dans cette même ligne, en la modifiant toutefois sensiblement. Sous le titre « Guerre et paix », il ne rassemble dans une première rubrique que 2 analyses – une présentation d’ensemble, sous le titre « un état de lieu des conflits dans le monde » et une réflexion sur le point de savoir si les opérations de paix « sont un outil approprié pour répondre aux conflits ». Suivent sur environ 80 pages la présentation des conflits par régions - Europe et Amérique (réunies), Moyen-Orient, Afrique et Asie. En somme Diplomatie a adopté la même approche que l’IISS, l’HIIK et le SIPRI. A défaut d’être tout à fait pertinente du point de vue de l’étude des conflits - puisque les régions n’ont pas la même extension, pour les uns et les autres -, cette approche a l’avantage d’être « parlante » pour les lecteurs. On ne regrettera pas la disparition de la cartographie et des tableaux de bord (sauf celui qui donnait la liste des opérations de paix), généralement peu compréhensibles et d’une valeur ajoutée faible. En revanche il est dommage que le nombre des analyses sur des questions de fond ait fondu et que l’idée des perspectives ait été abandonnée.

7Le nouvel état des conflits est de qualité. Il comporte une trentaine de contributions, dont 2 propos recueillies par T.Delage, rédacteur chargé de la coordination, émanant de chercheurs, universitaires ou pas, d’auteurs, analystes ou consultants de plusieurs nationalités, généralement francophones. Les contributions, de longueur moyenne, sont intéressantes. Les auteurs connaissent bien leur sujet mais la plupart ne sont pas des spécialistes des conflits. C’est donc plus l’aspect interne, sociétal, du conflit qui est développé que sa dimension internationale et les aspects touchant aux efforts de règlement sont peu abordés. L’idée de donner pour chaque conflit, un ensemble de renseignements, sous une forme ramassée en une colonne, est bienvenue. Mieux vaudrait toutefois donner plus d’éléments sur le conflit, par exemple ses grandes dates, la présence ou l’absence d’une opération de paix, d’une coalition…, et se passer de données générales sur le pays, faciles à trouver par ailleurs. On lira avec intérêt le prochain « état des conflits » de Diplomatie.

Notes de bas de page numériques

1 Malgré son nom la revue Conflits n’est pas une revue d’étude des conflits. Il s’agit d’une revue de géopolitique.

Pour citer cet article

Jean-françois Guilhaudis, « Note de lecture de Jean-François Guilhaudis », paru dans PSEI, Numéro 10 Paix et Sécurité Européenne et Internationale, Notes de lecture, Note de lecture de Jean-François Guilhaudis, mis en ligne le 01 novembre 2018, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=1875.


Auteurs

Jean-françois Guilhaudis

Professeur honoraire à l’Université de Grenoble-alpes