PSEI |  Numéro 6 Paix et sécurité Européenne et Internationale |  Notes de lecture 

Louis Balmond  : 

Note de lecture de Louis Balmond

Texte intégral

1David Thomson, Les revenants, Le Seuil, décembre 2016, 295p.

2Depuis 2012, plus d’un millier de français sont parties rejoindre des groupes djihadistes en Syrie. Plusieurs centaines ont décidé de rentrer. C’est à ces « revenants » en France qu’est consacré l’ouvrage de David Thomson, journaliste à Radio France International et déjà auteur en 2014 de l’ouvrage « Les français djihadistes » (Les Arènes, 2014).

3Ayant couvert les Printemps arabes notamment à Tunis à partir de 2011, il entre en contact, après la révolution, avec des groupes salafistes et commence à écrire des reportages sur les tunisiens qui partent combattre en Syrie, le plus important contingent étranger. Son travail et ses publications lui permettent alors d’entrer en contact avec des djihadistes français et belges et de réaliser ainsi son premier ouvrage, fruit des entretiens qu’il a pu avoir avec une vingtaine d’entre eux. L’ouvrage recensé a été réalisé à partir d’entretiens réalisés entre 2014 et 2016 avec une vingtaine d’autres revenants, en France chez eux ou en prison, en Syrie et en Irak par téléphone. L’objectif que s’était fixé l’auteur était de saisir le parcours de ces djihadistes sans recourir aux sources secondaire mais en s’appuyant sur leur témoignage.

4L’ouvrage est construit en six parties. « Bilel » (Tous les prénoms ont été modifiés), « Yassin », « Zoubeir », « Les revenantes », « Kevin et Quentin », « Ils ne sont pas revenus », à l’issue desquelles l’auteur tente de dresser une typologie de profils. Tous les djihadistes français se reconnaissent une période d’ignorance pré-islamique, une vie en dehors de toute piété au terme de laquelle ils ont effectué un retour vers l’islam perçu comme rédempteur. Ce basculement s’explique en partie par des déterminants sociaux, mais si les personnes issues des milieux populaires y sont surreprésentées, le djihadisme n’est pas uniquement « une idéologie de pauvre » : il n’est pas confiné aux banlieues. Par contre, il va séduire plus particulièrement des individus qui sont hostiles aux institutions françaises, ce qui se retrouve dans la population délinquante, même si la sociologie djihadiste ne se réduit pas à la délinquance, et avec l’islamisation, « le mode de vie délictuel…est religieusement légitimé ». Venant le plus souvent de familles musulmanes non sympathisantes du djihadisme, leur islamisation s’est opérée au contact des milieux salafistes auprès desquels ils vont percevoir la législation française « comme un instrument tourné vers l’islam ». Internet et les réseaux sociaux d’une part, la guerre en Syrie d’autre part, vont précipiter un mouvement de personnes auxquelles « l’Etat Islamique propose…une dignité, un statut, une revanche sociale et la foi en une transcendance spirituelle », fondée sur une lecture des textes de l’islam présentée comme la seule authentique alors même qu’ils datent du VIeme siècle.

5Si avec beaucoup de prudence et de nuances, l’auteur parvient à esquisser un profil des candidats au départ, comment expliquer le retour ? D.Thomson évoque là plusieurs motivations, outre le repli de l’Etat islamique sur le terrain lui faisant perdre une bonne part de son pouvoir d’attraction : les combats auxquels la très grande majorité des djihadistes occidentaux et donc français n’étaient pas préparés et pour lesquels ils ont souvent servi de chair à canon ; les désillusions sur le Califat et le mode de vie exigé notamment pour les filles ; la pression familiale, qu’elle émane de celle restée en France ou de celle créée en Syrie ;

6Il reste, et l’auteur insiste à juste titre sur ce point, que l’Etat islamique continue d’exister et il y a de bonnes raisons de croire que ses formes d’action sont en train de muter vers des actions terroristes sur le territoire français. Des divers profils rencontrés, il déduit une triple menace : les revenants non repentis et missionnés pour tuer ; les revenants repentis mais déçus, toujours susceptibles de repasser à l’acte, enfin les sympathisants restés en France et pouvant être mobilisés par les précédents.

7L’ouvrage est donc d’une très grande actualité, et dans son approche tendant en quelque sorte à humaniser les terroristes, il a pu surprendre, voire choquer. Il ne faut pourtant pas y voir une apologie du comportement des terroristes ni y chercher un manuel de lutte anti-terroriste, mais plutôt un examen clinique d’un phénomène ayant des dimensions multiples et qu’il faut parfaitement comprendre pour y remédier. On peut penser que cette mission qui incombe aux pouvoirs publics et plus généralement à la société française prendra sans doute une génération.

Pour citer cet article

Louis Balmond, « Note de lecture de Louis Balmond  », paru dans PSEI, Numéro 6 Paix et sécurité Européenne et Internationale, Notes de lecture, Note de lecture de Louis Balmond , mis en ligne le 23 avril 2017, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=1523.


Auteurs

Louis Balmond

Professeur à l’Université de Toulon