PSEI |  Numéro 5 Paix et Sécurité Européenne et Internationale |  Chronique Désarmement 2016 

Abdelwahab Biad  : 

La Conférence des Etats parties au Traité sur le commerce des armes. Cancún : 24 au 27 août 2015.

Résumé

La Conférence a pu avancer sur certains points à son ordre du jour (adoption des règles de procédures), on a globalement un sentiment d’inachevé sur des questions essentielles à propos du Secrétariat et des modèles de rapports que les Etats parties doivent soumettre au titre de l’article 13 (rapport initial et annuel). C’est à une session extraordinaire de la Conférence des Etats parties au TCA prévue en 2016 à Genève que reviendra le soin de réduire les divergences persistantes sur les questions encore en suspens, notamment à propos du Secrétariat.

Abstract

The Conference was able to move on certain points to its agenda (adoption of procedural rules), but we have globally a feeling of unfinished on essential questions about the Secretariat and the models of reports that States parties have to adopt, according with the article 13 (initial and annual reports). It is an extraordinary session of the Conference, planned in 2016, that will have the task to reduce the persistent differences on still unsettled questions.

Index

Mots-clés : Acteurs non autorisés , armes classiques, commerce illicite, commerce international des armes, mécanismes de vérification, Secrétariat, traité

Keywords : Conventionnal weapons , international trade of weapons, means of checking, non approved actors, Secretariat, treaty, unlawfull trade

Texte intégral

1(Signalement dans l’Index : FM 1, 1- 6)

2(1) Fruit d’une longue et difficile négociation, le Traité sur le commerce des armes, signé le 2 avril 2013 et entré en vigueur le 24 décembre 2014, introduit des « normes communes les plus strictes possibles » dont les Etats parties (exportateurs, importateurs et de transit) devraient s’inspirer pour réglementer le commerce international des armes classiques avec l’objectif de prévenir tout trafic illicite et tout détournement de ces armes par des acteurs non-étatiques (terrorisme, crime organisé) et l’idée de « Promouvoir la coopération, la transparence et l’action responsable des États Parties » 1.

3À l’ouverture de la Première Conférence des Etats parties au Traité sur le commerce des armes (TCA), à Cancún le 24 août 2015, 129 Etats avaient signé l’instrument, dont 69 en étaient parties2. Cette Conférence, qui s’est achevée le 27 août, a vu la participation de 120 Etats (dont 67 Etats parties, 40 Etats non-parties signataires et 12 Etats observateurs), sous la présidence de l’ambassadeur Jorge Lomónaco, du Mexique. On relèvera aussi la participation de 11 organisations internationales et régionales (dont le PNUD, l’UNIDIR, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, l’Union africaine, l’Union européenne et l’OEA) ainsi que du CICR, de l’Arrangement de Wassenaar et de nombreux représentants de la société civile (ONG humanitaires et religieuses, industries d’armements, centre de recherches et même la National Rifle Association américaine). La Conférence fut précédée par deux réunions préparatoires en 2015 à Port of Spain (23 et 24 février) et à Genève (6 au 8 juillet) ainsi que des consultations informelles à Vienne (20 et 21 avril).

4L’article 17 (1) du TCA prévoit la convocation de la première Conférence des Etats parties une année au plus tard après l’entrée en vigueur du Traité. Cette disposition précise les missions de la Conférence des Etats parties : adoption de ses règles de procédure et de financement ; suivi de la mise en œuvre du Traité « y compris les évolutions intervenues dans le domaine des armes classiques » ; adoption de recommandations à cet effet, « en particulier la promotion de son universalité » ; examen des propositions d’amendement ainsi que « toute question que suscite l’interprétation du texte » ; fixation des fonctions et du budget du Secrétariat; création de tout organe subsidiaire nécessaire à l’amélioration du fonctionnement de l’instrument. La Conférence doit enfin s’acquitter de toute autre fonction relative à l’accord. On constate ici que la Conférence des Etats parties n’a pas, à l’instar de l’Assemblée des Etats parties de la Convention d’Ottawa, un mandat d’enquête et d’établissement des faits3.

5Parmi les décisions importantes que devait prendre la conférence figuraient l’adoption des règles de procédures des conférences des Etats parties et des modèles de rapports des Etats parties et, ce qui était surtout attendu, la désignation du Secrétariat du Traité.

6La question des règles de procédures, et en particulier celles qui régissent la prise de décision et le consensus, fut très discutée. La formulation du langage sur cette question grâce à l’action du facilitateur mexicain s’est avéré une entreprise délicate4. S’il fut admis qu’une majorité des deux tiers serait requise pour l’adoption des décisions sur les questions de fond soumises au vote, les positions ont été partagées sur la nécessité de tenter d’atteindre le consensus avant de procéder au vote. Les positions étaient également partagées sur le rôle du Président de la Conférence dans la recherche du consensus5.

7Sur la question des rapports que les Etats parties doivent soumettre au titre de l’article 13 (rapport initial et annuel), très importante en termes de transparence et de confiance, la conférence s’est limitée, faute de consensus, à prendre note des modèles de rapports proposés par la Suède, en tant que facilitateur, dans son document de travail. L’action du facilitateur suédois n’ayant pu aboutir, on s’achemina vers l’établissement d’un groupe de travail informel en vue de poursuivre les discussions.

8(2) Les divergences constatées lors de l’adoption du traité à propos du Secrétariat du TCA prévu à l’article 18 persistent entre les Etats Parties. On relèvera ici le rôle de la France comme facilitateur pour les discussions sur le Secrétariat lors des réunions préparatoires de la Conférence des Etats parties destinées à réduire les divergences6. Ces dernières concernent en premier lieu les liens que le Secrétariat devrait entretenir avec les Nations unies. Devrait-il être lié à l’Organisation ou conserver son indépendance ? Trois options étaient proposées :

  • une première option prévoyant un « ancrage au sein des Nations unies avait l’avantage de permettre au Secrétariat de bénéficier des services et du soutien administratif de l’Organisation ;

  • une seconde option, dite « hybride », permettant l’ancrage d’un secrétariat au sein d’une structure existante autre que les Nations-Unies, en vue du même bénéfice ;

  • une troisième option prévoyait l’indépendance du Secrétariat en tant que structure ad hoc propre au TCA7.

9Les partisans de la première solution ont invoqué les avantages en termes de support administratif et logistique que fourniraient les Nations unies. La seconde option n’a pas eu les soutiens suffisants. C’est la troisième option, celle d’un Secrétariat indépendant, qui recueilli une large majorité parmi les Etats parties. Pour ces derniers un lien formel avec les Nations unies comportait le risque de voir des Etats non parties influer sur les discussions relatives à la mise en œuvre du TCA.

10La localisation du siège du Secrétariat fut aussi très discutée en raison des candidatures concurrentes de l’Autriche, de la Suisse et de Trinidad et Tobago. Cette dernière fut largement soutenue par les groupes latino-américain et africain invoquant la nécessité d’un équilibre de la répartition géographique des secrétariats des traités qui favorise actuellement l’Europe. C’est finalement Genève qui fut choisie comme siège du TCA en raison des avantages que présente cette ville qui accueille déjà plusieurs organisations internationales et des organes comme la Conférence du désarmement.

11Si un consensus s’est dégagé sur la nécessité de préserver l’indépendance du Secrétariat, aucun accord en revanche n’a pu se faire sur le choix du Secrétaire. En attendant une direction intérimaire du Secrétariat fut désignée. Trois candidats furent en lice pour diriger le Secrétariat intérimaire : Guy Pollard (en tant qu’indépendant), Paul Beijer (Suède) et Dumisani Dladla (Afrique du Sud), le choix de la conférence s’est porté sur ce dernier. Il a été nommé pour une période d’une année jusqu’à la Seconde Conférence des Etats parties prévue au second semestre de 2016.

12La Conférence a également adopté des directives sur la base du document du facilitateur français, à l’intention du Secrétariat du TCA, en vue de guider son action future telle que définie dans l’article 18 (3) à savoir notamment : la préparation et l’organisation de la Conférence des Etats parties et des réunions des organes subsidiaires ; la circulation des informations des décisions et des documents y compris les rapports des Etats parties8. L’objectif de ces directives « est de décliner de manière opérationnelle les responsabilités du Secrétariat, telles que prévues par le Traité » et de « guider le Secrétariat, en particulier lors de la phase de mise en place » 9.

13La France a également soumis conjointement avec l’Australie un document de travail sur l’établissement d’un « comité de gestion », en charge de la supervision des activités du Secrétariat et de préparer les décisions devant être prises par la Conférence des Etats-parties10. Ce comité a pour fondement l’article 17 (4) (f) qui autorise « la création de tout organe subsidiaire nécessaire à l’amélioration du fonctionnement du Traité ». En attendant la mise en place d’un Secrétariat permanent, le « Comité de gestion » aura pour fonction, de superviser les questions financières et d’autres questions d’ordre administratif, en liaison avec le Secrétariat intérimaire et ce dans un esprit « de responsabilité, d’efficacité et de transparence »11. Il se réunira au moins une fois par an avant la conférence des Etats parties à laquelle il pourra adresser des recommandations. Sa composition refléte le principe de répartition équitable par groupes régionaux comme l’illustre la nomination de la Cote d´Ivoire, de la France, de la Jamaïque, du Japon et de la République tchèque.

14Si la Conférence a pu avancer sur certains points à son ordre du jour (adoption des règles de procédures), on a globalement un sentiment d’inachevé sur des questions essentielles à propos du Secrétariat et des modèles de rapports que les Etats parties doivent soumettre au titre de l’article 13 (rapport initial et annuel). C’est à une session extraordinaire de la Conférence des Etats parties au TCA prévue en 2016 à Genève que reviendra le soin de réduire les divergences persistantes sur les questions encore en suspens, notamment à propos du Secrétariat12.

15Nb : Dans sa résolution A/70/58 du 11 décembre 2015, l’Assemblée générale a salué la tenue de la première Conférence des États parties au Traité sur le commerce des armes (Cancún : 24 - 27 août 2015) et elle « Invite tous les États qui ne l’ont pas encore fait à ratifier, accepter ou approuver le Traité ou à y adhérer, selon leurs procédures constitutionnelles respectives » de même qu’elle « invite tous les États parties au Traité présenter leur rapport initial et leur premier rapport annuel portant sur l’année civile précédente, comme le prévoit l’article 13 du Traité, et à renforcer ainsi la confiance, la transparence et l’application du principe de responsabilité ».

16Sources

17(3)

18Site officiel du Traité sur le commerce des armes

19www.thearmstradetreaty.org.

20Documents de la 1ère Conférence des Etats parties au TCA (uniquement en anglais)

  • Rapport : Arms Trade Treaty First Conference of States Parties (Cancun, Mexico, 24-27 August, 2015), Draft Final Report Submitted by: the Secretariat, document ATT/CSP1/2015/6, 27 August 2015.

  • Autres documents officiels de la Conférence :

21Draft Rules of Procedure, submitted by Mexico as facilitator on Rules of Procedure, ATT/CSP1/2015/WP.1.

22Reporting templates, submitted by Sweden as facilitator on Reporting, ATT/CSP1/2015/WP.4.

23Rapport Présenté par le Facilitateur pour le Secrétariat (France), ATT/CSP1/2015/WP.10, 25 Août 2015 (seul document de travail disponible en français).

24State parties directives to the Secretariat, ATT/CSP1/2015/WP.2/Rev.2.

25Terms of reference of the Management Committee, ATT/CSP1/2015/WP.5/Rev.2.

Notes de bas de page numériques

1 Voy à ce propos Abdelwahab BIAD, « Le traité sur le commerce des armes classiques : entre accord de maitrise des armements et instrument à dimension humanitaire », AFDI, 2014, vol. 60, Voir aussi notre fiche sur le TCA dans PSEI, n°2, novembre 2015.

2 Trois Etats (Maurice, Niger et San Marin) avaient ratifié ou accédé à l’instrument mais pour lesquels le processus d’entrée en vigueur était en cours.

3 Voir l’Article 8, parag. 7 à 10 de la Convention d’Ottawa.

4 Voir document ATT/CSP1/2015/WP.1/Rev.1.

5 La règle 33 des règles de procédures adoptées à la 1ère Conférence des Etats parties dispose que “The Conference shall make every effort to achieve consensus on matters of substance. In a last attempt to reach consensus, the President shall consider deferring action on that decision for a period up to 24 hours, provided that a decision can be reached before the end of the current session of the Conference” (document ATT/CSP1/2015/WP.1/ Rev.1).

6 Secrétariat du TCA, Rapport Présenté par le Facilitateur pour le Secrétariat (France), ATT/CSP1/2015/WP.10, 25 Août 2015 (seul document de travail disponible en français).

7 Ibid.

8 Voir document ATT/CSP1/2015/WP.2/Rev.2.

9 Voir document ATT/CSP1/2015/WP.10.

10 Voir Terms of Reference for the Management Committee, submitted by Australia/France as facilitators on Financial Rules/Secretariat, document ATT/CSP1/2015/WP.5.

11 Voir document ATT/CSP1/2015/WP.5/Rev.2.

12 Conformément à l’article 17 (5) : « La Conférence des États Parties tient des réunions extraordinaires si elle le juge nécessaire, ou à la demande écrite de tout État Partie pour autant qu’elle soit soutenue par au moins deux tiers des États Parties ».

Pour citer cet article

Abdelwahab Biad, « La Conférence des Etats parties au Traité sur le commerce des armes. Cancún : 24 au 27 août 2015. », paru dans PSEI, Numéro 5 Paix et Sécurité Européenne et Internationale, Chronique Désarmement 2016, La Conférence des Etats parties au Traité sur le commerce des armes. Cancún : 24 au 27 août 2015., mis en ligne le 13 décembre 2016, URL : http://revel.unice.fr/psei/index.html?id=1301.


Auteurs

Abdelwahab Biad

Maître de conférences HDR, Université de Rouen