Oxymoron | 5 Actualités Psychanalytiques Brésiliennes 

F. Carmona Gustavo  : 

Clarice avec Thérèse

Résumé

L'intention de cet article est de montrer les convergences et les divergences quant aux modalités d’expression du mysticisme présent dans les œuvres de Clarice Lispector et Sainte Thérèse d'Avila. Pour cela, nous établirons un dialogue entre l'œuvre et la vie de ces deux auteurs et apporterons à la discussion les études de Lacan, Kristeva et Millot, sur la relation entre la jouissance (Autre) et l'acte d’écriture. Cela nous permettra de jeter un nouvel éclairage sur ses œuvres et de montrer comment les dimensions mystiques de leur écriture s’articulent à la jouissance, chacune de manière singulière.

Index

Mots-clés : Mysticisme ; Lispector ; Ávila ; Jouissance ; Écriture.

Plan

Texte intégral

« ... Avalé le corps de Dieu comme peut-être avaler Plus, le Tout, l'incommensurable, pour ne pas croire en la finitude... être perdu dans l'infini absolu »
(Hilda Hilst)

Sorcières ou saintes?

1On a beaucoup interrogé le personnage hermétique et difficile de Clarice Lispector ainsi que ses œuvres. Œuvres qui fouillent les profondeurs de l'être humain à la recherche de la Chose, das Ding. Clarice Lispector approche peut-être ce côté magique et subjectif de sa littérature en disant:

Mon essentiel est toujours caché. Je suis implicite. Et quand je l’explique, ça me fait perdre mon intimité humide. Je suis limitée seulement par mon identité. Et je suis hantée par mes fantômes, par ce qui est mystique, fantastique et gigantesque : la vie est surnaturelle (LISPECTOR, 1992, p. 6).

2Tout ce mystère et ces spéculations, alimentés par l´auteur elle-même, par ses déclarations et par son oeuvre insaisissable pour les lecteurs pressés, atteint son paroxysme quand elle participe au premier Congrès mondial de la sorcellerie de Bogota en 1975, et ceci, malgré son aversion pour les interviews et les présentations publiques.

3Clarice serait-elle une sorcière? Nous pourrions dire, peut-être, ou bien une mystique? Certains indices allant dans ce sens apparaissent dans les paroles d’Angela, personnage de Água Viva :

« Je brûle dans le bûcher inquisitoire. J’ai le mysticisme de l'obscurité d'un passé lointain. Et je sors de cette torture de victimes avec la marque indescriptible qui symbolise la vie » (LISPECTOR, 1987, p. 33)

4Après tout, qu´est-ce que cache l'écrivain qui, aujourd'hui encore, des décennies après sa mort, attire et fascine les foules de nouveaux et fervents lecteurs tout autour du monde?

5Qu’est-ce donc qui rend le chaudron littéraire de Clarice, ses œuvres-potions si puissantes et touchantes? Quels sont les mots magiques nécessaires pour accéder à cette dimension du Réel² parfois recherchée par les personnages de l'écrivain (sinon elle-même)? Comment parvenir à la jouissance absolue (jouissance Autre, joie de la mort dans la vie), Graal d’une utopique plénitude ? Comment tenir en mains la Chose?

6Si nous tournons nos yeux vers Thérèse d'Avila, la Sainte, parfois profane et également accusée de sorcellerie, les questions qui apparaissent ne sont pas très différentes. Comment cette grande mystique et auteur du XVI siècle, qui a ébranlé les fondements de l'Eglise catholique, plus d'une fois interrogée par l'Inquisition, atteint cette impossible dimension du Réel par son travail et ses écrits, pleins de métaphores, d’oxymores et d’antithèses ; créant un véritable esprit baroque³, qui élève toujours les fidèles, près de cinq siècles après sa mort?

Mysticisme

7Tout d’abord, qu’est-ce que le mysticisme? Que signifie «être un mystique»? Rechercher la vérité absolue? Atteindre le Réel? Atteindre le vide ... ou la plénitude? Atteindre une sorte d'illumination? Peut-être, être touché par Dieu?

8Apportant la magie de Freud à notre réflexion, nous pouvons dire que pour lui, le mysticisme serait simplement « l’obscure perception du royaume au-delà du moi, au-delà de la représentation» (FREUD cité par KRISTEVA, 2008, p. 102). Le mystique est celui qui va au-delà de la loi ... qui va au-delà des règles, au-delà de la langue, au-delà de l’identité, enfin, au-delà de lui-même ... C’est celui qui a le courage de mordre la pomme mystique et d’être expulsé (expulser lui-même) du paradis de la métaphysique:

J’étais tombée dans la tentation de voir, dans la tentation de savoir et sentir. Ma grandeur, à la recherche de la grandeur de Dieu, m'a amenée à la grandeur de l'enfer. Je ne pouvais pas comprendre Son organisation que par le spasme d'une joie démoniaque. La curiosité m’avait chassée de la chaleur - et j’ai trouvé le Dieu indifférent qui est Tout bon, parce qu’il ne est pas bon ou mauvais, j’étais dans une situation qui est l'explosion indifférente de soi-même. La vie avait la force d'une indifférence titanesque. Une indifférence titanesque qui est intéressée à la marche. Et moi qui voulais marcher avec elle, avais été accrochée par le plaisir qui me faisait juste vivre l’enfer. La tentation du plaisir. La tentation de bien manger à la source. La tentation est de bien manger directement dans la loi. Et la punition est de ne jamais vouloir arrêter de manger et de me manger moi-même, puisque je suis également matière comestible. Et je cherchais la damnation comme une joie. Je cherchais encore plus l’orgiaque en moi-même. Je ne me reposerai jamais: j’avais volé le cheval de chasse d'un roi de la joie. J’étais maintenant pire que moi-même (LISPECTOR, 1998a, 96).

9Auto-anthropophagiques... Les mystiques sont les explorateurs d’eux-mêmes et cultivent cet intérieur, plus profond, habité par l’Autre, jusqu'à ce faire étranger... et la dissimulation et la découverte deviennent finalement un chemin.

« Le vide s’explose en plénitude, absence en présence réelle, souffrance en joie, la mortification en délice, le rien en extatique, et vice versa ... l'espace religieux comme scène d'amour ... la mystique prends le réel et refait la métaphysique » ( KRISTEVA, 2008, p. 51).

10Et pourquoi cette passion (ou peut-être un besoin) pour le monde mystique ? Serait-t-il l'organe corporel de la femme, le négatif où s’abrite le vide? La joie Infinie, la jouissance Autre, serait-elle uniquement accessible aux femmes? Pas nécessairement. Comme l’explique Lacan dans le séminaire 20 - Encore, où il introduit l'idée de la femme-navire, corps mystique et corps réel convoqués par l'art ... pour une représentation infiniment ouverte du corps ... Corps intérieurs-extérieurs, paradoxaux et transitifs ... vidés, attendant la prise de possession par l’ Autre, cela se produit également chez certains hommes, dont un exemple est Saint Jean de la Croix.

11D'une part, il y a la présence de Sainte Thérèse. Une vie fascinante qui d´un côté se confronte à la dure privation des délices terrestres, à travers le célibat, l'anorexie, l’enfermement et de multiples privations, le travail incessant pour l’Autre, la vidange complète d’elle-même et de l´autre est orientée par le plaisir infini, à travers une union mystique-charnelle imaginaire avec Jésus, le Dieu incarné, le Père idéal, l'Autre suprême ...

12De l’autre, Clarice, citoyenne du monde, qui dans la «simplicité» quotidienne, dans le choc de soi avec soi-même ou avec le simple cafard (Passion selon GH) du monde autour, réussit à jouir dans les « présents » épiphaniques du présent, ouverte à l’Avenir, à l'étranger et au divin Autre.

13S’il fallait les mettre sous le regard de la connaissance scientifique, nous pourrions dire : il s’agit d’un cas compliqué d'hystérie, ou même de psychose. Sauf que leurs écrits les légitiment, comme étant «en bonne santé », comme des êtres porteurs d’une identité (ancre) et d’une raison (gouvernail) même si leurs œuvres reflètent également un jeu avec la limite ; écritures limites (à la dérive), mais, qui en même temps servent à rester accrochées « en haute mer » - la constante (re)/(dé)construction du soi et l'écriture (constante) se relançant l’une l’autre sans cesse.

Le chemin de la Passion

14La dimension mystique est directement liée à la dimension du désir, par conséquent, à la dimension de la Jouissance et plus spécifiquement de la Jouissance Autre.

15Pour nos chères mystiques, le désir va au-delà de l'expérience ordinaire et de la limitation de la langue. L'homme sera toujours aliéné ... entrer dans un monde régi par la langue est pour les humains, entrer dans la loi régie par le signifiant.

16Toujours interdit par le feu rouge du signifiant ... Nom du Père. « Hélas, moi qui ai le corps insatisfait et malheureux» (LISPECTOR, 1999a, p. 118) crie le personnage de Clarice. Grâce à l'Autre, s’ouvre la possibilité de sublimer les illusions et la douleur causées pour l’inaccessible réel, toujours voilé et couvert par les limites de la représentation et de la métaphysique (onto-théo-logique).

17C’est comme une force (désir) qui vise à surmonter les limites de la représentation et des illusions qui entourent la vie de l'homme. Les auteurs cités sont à la recherche du moi originel, primaire, ce qui est caché et qu’il n’est jamais possible de réaliser pleinement par le langage. Il s’agit donc d’une quête impossible à réaliser pleinement. Seul le langage artistique, créateur, permet de l’entrevoir, bien que toujours en tension entre ce qui est montré et ce qui est caché.

18Teresa dans une joie sublime et religieusement profane et laïque ... Lispector avide de plaisirs mondainement divins ... Les deux à la recherche du plaisir plein et infinie.

19Quel serait alors le chemin vers le plaisir infini doux et douloureux? Basé sur le travail de ces processus qui sont analysés, il semble y avoir un chemin à parcourir que l’on appellera le chemin de la passion. L'acceptation indéniable du tragique dans leur vie ... leur incomplétude.

20Ce que nous appelons «le chemin de la passion », dépeint la dégénérescence universelle de l'homme et son caractère tragique. Nietzsche pense : « celui qui réfléchit aux conséquences ultimes de cette possibilité a appris à connaître un nouveau type de nausée - et un nouveau devoir! « (NIETZSCHE, 1992, p.117).

21Accepter la tragédie de l'existence est la première étape pour la connaissance de soi. «Vivre cette condition est la passion, la douleur n’est pas un événement, mais la nature même de l'homme » (SÁ, 1979, p. 258).

Le désert et la douleur

22Le chemin de la passion est une route isolée, solitaire, un désert silencieux :

La solitude inattendue. La solitude d'une personne qui plutôt d'être créé, crée. Debout dans l'obscurité, presque à succomber. La solitude de l'homme tout entier. La solitude du grand choix. La solitude d'avoir à faire leurs propres instruments. La solitude d'avoir déjà choisi. Venez choisir l'irréparable : Dieu (LISPECTOR, 1998, p 274.).

23Contrairement à la solitude laïque du monde dans lequel vit Lispector, dans le cas de Teresa, il y a une solitude paradoxale que nous pourrions appeler un paradoxe solipsiste: l'ascète seul dans l'union avec Dieu.

Les martyrs que les saintes ont adoptés pour Dieu, il me semblait qu’elles l’ont très peu payé pour la jouissance de Dieu, et j’avais envie de mourir comme ça, pas pour l'amour que vous avez pour lui, mais pour profiter, le plus tôt possible, des préciseuses marchandises que je voyais dans le ciel (ALVAREZ, 1995 p.28).

24Après avoir compris l'incapacité de la raison et de la langue à capturer le réel, l'homme est confronté à un abîme, avant le vide... désert .... C’est dans ce désert que la langue, « ce membre fatigué du corps humain» (Barthes, 1994, p. 19) est transformé en un outil essentiel dans la recherche d'une Vita Nova, dans la transformation.

25La quête mystique se passe à travers la suspension des pouvoirs, c’est à dire, de l'intelligence, de la volonté et de l'imagination scolaire ... Après avoir traversé l'angoisse et le désarroi intérieurs de la pensée, comprendre, devient sentir-comprendre.

« Il va au-delà du domaine de la compréhension commune d'une zone sensible de la pensée ... une pensée imaginaire, une pensée sensible, le pur plaisir de la métamorphose» (KRISTEVA, 2008, p. 256).

26Nous pourrions même dire que c’est un savoir (psychosomatique). Une langue exotique au propre domaine de l'écriture, elle-même «le terrain même de l’acte mystique» (KRISTEVA, 2008, p. 117).

27Pour «sentir» la pensée, il faut abandonner les petites et les grandes possessions de la vie quotidienne... il faut faire de la place et se laisser évider pour recevoir l'intégralité du cosmos lui-même ... Exprimé dans les mots de Millot : « laisser l'esprit libre, vierge comme un nouveau-né » (MILLOT, 2011, p.95), en adéquation avec l'idée de la philosophie que Heidegger a prêché sur la clairière, son silence et le dasein. Un chemin sans retour, où, un des objectifs a priori est d’abolir toutes les valeurs et les signes d'identité... « Elza est un nom comme un sac vide » (LISPECTOR, 1992, p.15). Le vide de l'absence est de l'espace consacrée à l'art:

Vous vous sentez plus en sécurité, parce que c’est le chemin de croix et qu’il porte en lui un goût de grande valeur, à mon avis, parce qu’ il ne participe pas du corps, mais de la peine et ce n’est que l'âme qui souffre et jouit seule, jouissance et satisfaction viennent de cette souffrance (AVILA, 2014a, p. 126).

28Entre la douleur et le plaisir du solitaire chemin de la passion, Teresa fantasme et jouit:

«La douleur était si intense ... Mais en même temps, la douceur causée par cette douleur indicible si excessive que la seule volonté était de l'étendre, puis l'âme ne pouvait pas se contenter de rien de moins que Dieu lui-même » (AVILA apud KRISTEVA, 2008, p. 14).

29Alors, elle n'a même pas eu le temps de sentir ou de souffrir la douleur de l'absence :

« Pour obtenir cette peine dont je parle maintenant, il semble que le Seigneur arrache l'âme et la met en extase, et il n'y a donc pas besoin de souffrir pour cela » (AVILA, 2014a, p. 195).

30On note dans leurs textes la présence constante de l'absence et du « vide ». Une façon nihiliste. Quand nous pensons au nihilisme, en prenant le concept généalogique de près du lexique nietzschéen, il est possible de le comprendre comme l'ouverture au possible, la tâche de créer de nouvelles valeurs. Comme l’observe Gerd Bornheim, sur une conception dialectique de la crise, « la négativité de la crise (...) propose dans son essence même, une dimension affirmative qui possède en soi-même l'abri qui surmonte le négatif » (BORNHEIM, 2001 p.50), et la fantaisie de la nécessité et la nécessité de (re) création (de soi et du monde) sur les cendres.

[La dimension de la connexion de la pulsion de mort avec la création a été soulignée par Lacan dans le Séminaire 7, L'éthique de la psychanalyse, quand il parle de la création ex nihilo, création venue de nulle part. La pulsion de mort est conçue par lui comme créationniste, de même que dans sa tendance à la tension vers le zéro absolu, est également promoteur de la recherche et de la création de quelque chose de radicalement nouveau. L'instinct de mort exprime donc, pour Lacan, la recherche d'une création originale qui commence à partir de zéro, puis en tire toute sa puissance. Même si elle est "volonté de destruction" et "va recommencer à nouveaux frais autre chose", et, plus essentiellement, "va commencer à partir de zéro" (JORGE, 2010a, p. 137 ).

31Être réduit à rien, anéanti, non-être ; devenir simple objet pulsionnel est impératif comme base d'une poétique de la jouissance. Arriver au « vide où se trouve un homme quand il va créer. Désolé, il a causé la grande solitude » (LISPECTOR, 1999a, p. 211). Angela, personnage du dernier livre de Lispector, s’aperçoit d’un tel comportement:

La dépersonnalisation comme la suppression de l'individuel inutile - la perte de tout ce que nous pouvons perdre et, encore, être. Peu à peu se supprimer avec un tel effort qui ne sent pas la douleur, supprimer à soi-même, comme quelqu’un qui se débarrasser de sa propre peau, de ses propres caractéristiques (LISPECTOR, 1979, p. 170).

32Le moi, selon Lacan, porte en lui-même l'abandon et la mort imaginaire. Les mystiques sont ceux qui sont possédés par une aspiration étrange et puissante pour atteindre cet abandon et cette mort.

33Dans cet espace abyssal ... le vide, ce genre de pot ou de fenêtre, où le cloître et l'illimité, sur et en dehors, le bien et le mal, être et ne pas être, s’interpénètrent. De ce «trou», en prenant également la terminologie lacanienne, viennent les Arts, le désir de l'écriture et de la création...enfin, jouir.

Dieu, l'Autre - Ek-stase

34En ce qui concerne l'Autre, tandis que le Dieu de Teresa se montre divin, angélique et glorieux, relié à la religion ... le Dieu de Clarice s’appelle l’Avenir, Dieu profane, laïque et charnel, un Dieu qui se montre dans la sorcellerie de la vie quotidienne.

35Il faut trouver et traverser le désert, rechercher dans l'Autre l’auto-anéantissement ... un amour extatique ... ek-statique, qui a lieu dans la suppression de soi-même ...

Le mystique est celui qui ne dit pas qu’il aime l’autre, mais celui qui répond simplement à l'Autre qu’il l’aime, il est placé dans cette position, il n'a pas fait ce choix, il ne fait rien que répondre (LACAN, 1976 à 1977, p.42).

36Il doit passer par la douleur ... par le choc avec le réel et l’avenir ... une purification et complète, pour enfin, profiter pleinement d'une expérience mystique, contrairement à la jouissance ordinaire et limitée du signifiant (le sexe et autres plaisirs ordinaires) ... "La jouissance et le bonheur que le diable donne sont, à mon avis, très différents "(d'AVILA, 2014e, p.163).

37Lorsqu’elle écrit, Teresa dit qu'elle n’est plus là, mais devient comme un médium ... « auto-analyse, les constitutions, les recommandations, lettres, poèmes, syncopes. Prise par l’Autre, l'écriture de Teresa est mentalement et physiquement incessante » (Kristeva, 2008, p.31) ... l'épuisement et la disparition totale d'elle-même et, enfin, la joie.

38Est-ce cette joie de l’anéantissement qui vient remplir d’extase Teresa?

39De la même façon, Clarice, également à la recherche de cette jouissance, demande (à) l'Autre: «donnez-moi votre main» ... «donner la main à quelqu'un était toujours ce que j’espérais de la joie » (LISPECTOR, 1998a, p.1 3) .

40C’est seulement en dehors de soi-même qu’il sera possible d'atteindre l'extase... ek-stase heideggerienne qui promulgue la mort du soi (ego), en faveur d'une existence pleine avec les bases de l’ avenir, dans l'ici et dans le maintenant.

41Teresa dit que ... « le chemin est la souffrance, le rien de tout, tout ce qui n’est rien... hors de vous en vous, hors de moi en moi, extasiatique, excentrique» ... Le corps meurtri pour le désir c’est la preuve de son union avec l'indicible ... Lalangue. Avec l’Autre (Lacan) avec l'humanité du Christ .... le chemin de la passion (KRISTEVA, 2008, p.50)

42Clarice se vide puis, comme le fait également Tereza: "Pour l’avoir atteint, j’ai abandonné mon organisation humaine - pour entrer dans cette chose monstrueuse qui est ma neutralité vive (LISPECTOR, 1998a, p 94.). Lucrécia, le personnage de  A cidade sitiada affirme : «le vide est plein" (LISPECTOR, 1995, p 183.).

43Le vide, embrayeur de la douleur, « mais une douleur qui n’était pas ces chemins arrêtés et impossibles - comme les choses tombées en elles-mêmes, prises pour vraies, enfin vraies, oh mon Dieu, Dieu, secours-moi » (LISPECTOR, 1999 p.117).

44Clarice prie maintenant le Dieu de Teresa ... et jouit :

Face à l'intérieur de moi, comme un aveugle ausculte sa propre attention, pour la première fois je me sentais responsable pour un instant. Et j’ai grimacé de joie extrême comme si j’étais enfin d’attention à la grandeur d'un instinct qui était mauvaise, pleine et infiniment douce - comme si je finalement vivait dans moi-même, une grandeur plus ample que moi (LISPECTOR, 1998a, p 49. ).

45Comme indiqué ci-dessus, le corps qui jouit à travers Eros, révèle aussi son double inséparable, Thanatos, avec la souffrance et la mort. En double plénitude de Janus, la douleur et le plaisir, indissociables, « elle est arrivée dans une extase à perdre la multiplicité illusoire des choses dans le monde et a commencé à tout sentir comme un » (LISPECTOR, 1999, p 122.).

46La douleur et la joie, les fondations dans la construction de l'imagination mystique ... dans l'Imaginaire il n'y a pas de contradiction ou d’impossibilité ... les contraires sont liés dans les propositions contradictoires ... enfin, à s’offrir comme connaissances aussi impensables... indicibles dits... visions de l'invisible.

47Face à cette attitude, on suppose une double vie ... une vie qui se déroule sur deux plans différents en même temps ... c’est la coexistence de ces deux mondes étrangers l'un à l'autre, la liaison supposée, non pas comme deux opposés, mais comme deux incommensurables, qui effectue l'oxymore et qui révéle les images épouvantables qui font appel aux sens, visant à l'enlèvement, le déséquilibre, le mouvement, le pathos de l'inconstance célèbrent un mouvement perpétuel, éternel et pourtant éphémère.

48Les deux ont en commun ce sentiment de l'impossible, c’est à dire, le sens du réel, une fidélité invariable à cette dimension impossible. Une écrit dans un cloître des textes religieux, l'autre dans la vie ordinaire, au jour le jour, dans le monde.

49Le mystère de l'expérience mystique est donnée dans « l’assurance d'avoir touché quelque chose de la dimension du réel, quelque chose d'étrange lui-même, qui s’impose comme quelque chose extérieure » (MILLOT, 2006, p. 54).

50Catherine Millot pense le «chemin mystique» comparant à l'éclosion d'un œuf.

L'œuf est le monde visible. Le jeune est l'Amour, l'Amour qui est Dieu lui-même et qui habite dans les profondeurs de chaque être humain, d'abord comme germe invisible. Lorsque la coquille est brisée, quand il en sort, il est encore engagé dans le même monde ... mais maintenant il voit dehors de la coquille. Tout un infini qui s’ouvre (MILLOT, 2011, p. 91).

51Comme ça, l'expérience mystique est à la fois précise et en même temps incompréhensible. Le paradoxe est ce qui permet sa préhension : avec lui la pensée est confrontée à un abîme ... le paradoxe porte lui-même le silence ... il y a en soi une ascèse, une clé pour forcer la porte surnaturelle ... la clé de Dieu, de la Chose, Logoi alogoi ... plein et vide ... la présence et l'absence, le silence assourdissant, lumière sombre....

52Ici, il n'y a pas de sentir, mais une jouissance sans pouvoir comprendre de quoi elles jouissent.

53Une rencontre qui nous fait réfléchir à une éventuelle condition ontologique de cette relation moi-autre.

54Le soi devient alors une configuration dialectique entre le moi et l'autre, entre le soi généré par l'identité (idem) en miroir dans l'autre et l'autre soi produit par l'identité (ipse) à la suite, généré par la rencontre avec l'autre.

55Il ouvre un nouvel horizon de sorte que l'autre n’ait plus à être accepté comme dangereux, mais plutôt comme quelque chose de grégaire. Le caractère tragique de s’apercevoir comment être seul donne une opportunité pour une meilleure compréhension et une nouvelle relation avec l'Autre.

« Et ce n’est pas dangereux, je jure qu'il n’est pas dangereux. L'état de grâce, il existe en permanence: nous »(LISPECTOR, 1979 p.141).

L'écriture de soi-même

56Il est clair que pour nous l'écriture, à la fois pour l'une comme pour l'autre de ces femmes fascinantes, est un élément essentiel de leurs moyens de vivre. Il y a une discipline, une ascension, une expérience spirituelle. L’écrit exige des efforts et de la patience, il exige de renoncer afin d’arriver à une jouissance absolue et sans délai ... sans cela impossible.

57L'immobilité inerte de certains états que l’on peut appeler psychose souffre d'une passion, d’une obéissance servile, d’une réceptivité nocturne qui implique l’attente mystique par le détachement, y compris le détachement ou la chute (pas d’initiative ou de consentement) hors de soi (toutes ces situations, même si certaines sont connues dans la limite, ce qui signifie « une face cachée de l'humanité que nous essayons de comprendre, de quitter, de prononcer ce mot méconnu: la passivité » (MILLOT, 2006, p.140 ) ".

58Le licenciement d'une métaphysique dualiste est également représenté sous le langage: la présence de métaphores est prédominante dans une tentative pour entourer de tous les côtés la chose, dans une tentative de capter la plénitude de la dimension du Réel ... la Jouissance...

«presque tué par l'extase de la fatigue, éclairé avec passion, je ai finalement trouvé le cercueil. Et dans le cercueil, l'étincelle de gloire, le secret caché ... intérieur du sanctuaire le secret: Un morceau de la chose »(LISPECTOR, 1987, p 103.).

59Dans l'écriture, la prédominance d'oxymorons, ce polymorphisme exubérant de la langue, imbattable contre le dualisme implacable de la métaphysique, toujours condamnant ou acceptant le mécontentement éternel. À l’occasion du Banquet de Platon, on voit Eryxímaco en train de dire «l'harmonie et la beauté du monde à travers l'amour, découlé de l'union des contraires» (PLATON, 1964, p.23)

60Vivre et créer dans le travail pour Clarice comme pour Teresa est toujours une expérience frontalière. Profiter de leur travail c’est aussi, d'une certaine façon, marcher sur le bord des abîmes et des labyrinthes. Les deux représentent une énorme rupture avec la forme plus fréquemment représentée de la réalité. « L'univers sémantique de ses textes extrapole les limites du dictionnaire et s'engage à construire ses propre références» (Rosenbaum, 2002, p.21), ce qui permet à leurs récits d’errer parmi le monde lui-même (Welt), «le vrai brut» (LISPECTOR, 1979, p.18) et la représentation (Umwelt).

61Le ocium de la vie commune devient l'ascétisme et, enfin, l'écriture. Ecrire vient de la jonction de plusieurs voix : du far-niente radical avec le trivial et de l'ascétisme, vus différemment par rapport au réel. Donc l’écriture peut être considérée comme une expression du désir d'une vie plus réelle.

Pour écrire il faut me mettre dans le vide. Dans ce vide, c’est lá que j’existe intuitivement. Mais il y a un écart terriblement dangereux: je tire du sang. Je suis un écrivain qui a peur du piège des mots, les mots que je dis en cachent d'autres - lesquels? Peut-être je le dirai. L'écriture est une pierre jetée dans un puits profond ... et je crie, je sens, je souffre, je suis heureuse, je m’émeus. Seule mon énigme m’intéresse. Surtout, je me cherche dans mon grand vide ... (LISPECTOR, 1999, p. 43).

La jouissance mystique

62Atteindre cette dimension du réel est parvenir à quelque chose de mystique. Dans le livre La Solitude, Millot raconte avec une beauté unique l'événement : «C’était comme avoir un aperçu de l'origine du monde, son premier matin » (MILLOT, 2011, p.43). Voir les choses comme si elles n’avaient jamais vu, qui serait enfin entrer dans le réel, comme si le voile de Maya, utilisé comme allégorie par Schopenhauer dans Le monde comme volonté et comme représentation, avait finalement été rompu. «La réalité, ce serait un monde plus tôt, le monde devant nous » (MILLOT, 2011, p.116).

63Atteindre un autre état, où l'être pensant devient l'homme dans sa nudité originelle. Selon Bataille, l'accès à une telle extase serait plus connecté à la sauvagerie qu’à la paix intérieure ... « les mystiques évoquent un afflux de force peu commune, un pouvoir sans taille. Nous dirions presque, à les écouter, que Dieu est un autre nom pour la pulsion »(MILLOT, 2011, p.119).

64Nous vivons dans un présent indéfini comme un enfant avec un grand vide devant lui. Le bonheur du début du pré-monde, de la pré-parole, de la pré-raison et du pré-moi.

65L'écrivain (l'artiste) a la capacité d'aller et venir entre ces états d’indifférenciation, où le je dissout l'espace paradoxal de la dualité, où la différence est abolie entre l'intérieur et l'extérieur, offrant ainsi l'action créatrice. Dans cet espace paradoxal, l'intérieur et l'extérieur s’interpénètrent. Que se soit dans l’isolation de Teresa ou dans les cercles illimités de Clarice, la solitude de l'infini sera monnaie courante.

66Un genre de vie non-dualiste, selon Jean Baruzi l’expérience mystique correspond « à la création d’un nouvel être » ou « la libération d'un prisonnier avant d'être » (Baruzi, 1985 p.47).

67L'abandon et la désintégration de soi-même semblent en principe nous consumer complètement, nous jeter dans l'abîme ... L'abîme ... cette immensité que nous ne pouvons pas nommer est la Jouissance ...

68Il faut se perdre chaque jour ... il est nécessaire que l'existence de l'être soit établie sur l'axe d'un grand Rien ... Dieu? Dieu et Rien ... un double inséparable:

Ah! Pour aller au-delà, il faut dire: Rien, Rien! C’est en vertu de n'être rien que nous trouvons l'infini, puisque c’est Dieu ... d'ailleurs tout ce qui est concevable ... Dieu se confond à la fin avec un grand vide qui nous laisse dans la nature pure (MILLOT, 2006, p. 42-43)

69Un état dépourvue d'intériorité ... simple médium de l’avenir.

70Accepter cette condition «passive» face à l’avenir, soumis comme un bloc de pierre, avec lequel le sculpteur peut façonner et travailler à sa guise.

71L'espace est transformé, de sorte que l'intérieur et l'extérieur sont mélangés et sont transmutés d'une manière continue, en supprimant ainsi toute dualité.

72Comment expliquer cet espace parfait ? Tout est là quand il n'y a rien. Le vide permet la possibilité du tout qui s’ouvre devant nous. L'ensemble régi par «l’avenir», face à face avec la vie nue ... « toute la vie nue est la vie parfaite. Pensée scandaleuse quand nous sommes en enfer « (MILLOT, 2006, p. 230).

73Nous pourrions dire que c’est un écrit de l’abandon. Abandon de soi, abandon métaphysique de tout ce qui avant le délimitait comme un sujet. L'échange entre la ligne fermée et définie par la ligne droite et sans fin vers l'horizon.

74L'inconscient pénètre les lacunes dans la rationalité classique et fonctionne avec une certaine logique contradictoire qui pointe vers l'expérience mystique. La pensée mystique est reçue à travers le filtre unique, que chacun recueille dans sa propre réflexion, qui est stockée et est traversée par leur propre désir ... qui les transforme et les fait sentir.

75Comme la métaphore du trou dans le symbolique du courant baroque. Lacan discute de la relation entre le trou symbolique et l’infinie dans la création artistique:

Le trou a toujours une sorte de siphon, un tourbillon, un maelstrom. L'Infini est peut être le même, vu sous un autre angle, une sorte de trou horizontal hors de vue. L'Infini absorbe aussi (Lacan cité par Millot, 2011, p. 37).

76L’écriture a un rôle fondamental dans le soutien de l'existence face à ce « vide ». Toutes ces images et les histoires finissent par créer un nouveau tissu pour couvrir l'espace où se trouve le «trou».

77Comme dirait Lacan, « la lettre apparaît dans l'ancien espace où était le désir ». Pour Barthes le roman serait « le rêve d'une nouvelle vie. Romance c’est le nom de l’absolu ». Une Écriture sacrée, donc appelée à prendre la place de tous les désirs que le hasard (le traumatisme, la douleur, le dégoût) vient de vider. Enfin, l'acte de l’écriture devient le seul désir, le seul qui peut faire revivre la perte qui vient de l'expérience, ça veut dire, la sortie « par / sur / dans l’écriture », en plus de l'ascétisme et du mysticisme ci-dessus, sera également une similitude qui unit les auteurs analysés dans cet article.

Il n'y a qu'un seul désir qui vaut la peine, le désir du nom, la représentation de la sensibilité ... les écrivains savent, elles peuvent savourer le goût de se refaire un nouveau corps travers un poème ou un roman (KRISTEVA, 2008, p.213).

78L'écriture de la Jouissance est sensible, métaphorique, métamorphique ... Rédigée avec l'âme intime, l'imagination du corps où la chair devient le verbe, enfin, elle est pré analytique: la possibilité de traduire l'image nommable dans la représentation identifiable, « le désordre innominé de la vision passionnée ne peut venir que par l'apaisement de la violence sensorielle» (KRISTEVA, 2008, p.254).

79Les écrivains finissent par inventer une troisième voix, où le je, traversé par l'Autre devient Je-Autre. Une dialectique de joie inextinguible: «Quand je pourrai sentir pleinement l'autre, je serai en sécurité et je penserai : Voilà mon port d'arrivée" (LISPECTOR, 1998 p.29)

80Donner la parole à cette troisième personne, incarnée, étant un médium de leurs faits et gestes. Éternellement inclinée entre ces deux abîmes. Paradoxalement, baroque. « Il n'y a pas de paix ou de repos. La même main qui guérit est la même main qui fait du mal, le martyre sans fin donc, mille fois je meurs, mille fois je renais »(KRISTEVA, 2008, p.385)

Je suis toujours demi-plongé aux sensations mystiques. J’ai bu un peu trop de cette forte boisson, j’étais un peu ivre. Rien dire de ce qui m’ai arrivé, parce qu'au lieu de mysticisme, ils peuvent parler que c’est la mystification. Dans le même temps, j’ai reçu le Dieu, j’étais tout à l'envers et j’ai également estimé que moi, en dehors de Dieu, je faisait pousser ma conviction qui venait de mon obscurité médiévale. Et moi, tremblant fleur. (LISPECTOR, 1999 p.121)

81Soit la jouissance ecclésiastique de Teresa, soit la jouissance quotidienne de Clarice, les deux reflètent l'art comme un exercice spirituel, qui met en scène la notion de présence et d’événement. Une idée de présence, où chaque personnage porte une émotion exprimée avec force.

82Anne Juranville aborde l'acte créateur comme un moment de découverte, qui apporte une révélation de l'impossible, qui fait ressortir le réel. Pour l'auteur, « pénétrer le regard » dans ces « petits moments de la vie », plonger dans de telles profondeurs reviendrait à embrasser en une seule fois l'ensemble de l'univers, le réel.

83Le moment épiphanique, contrairement à la façon dont arrive la raison, se déroule d'une manière sensorielle.

84Cette plénitude, résultante d'un état de vide et de choc avec les autres, les résultats de déconstruction symbolique des personnages, qui ont été réduits à néant, le néant ... le réel qui permet la création... la dimension de l'imaginaire.

Cette ouverture à l'inconnu, plus qu’une rencontre affectueuse, est parfois une réunion du destin, qui produit la jouissance, l'extase, une mutation, l'éclairage, la conversion (JURANVILLE, 2011, p.332).

Considerations Finales

85L'ascétisme, l’écriture, la recherche du Réel et de la Jouissance ... sont quelques-unes des conclusions proposées ici qui font la corrélation entre les deux mystiques.

86Theresa et Clarice disent oui au présent et « à l'affrontement du moment appelé maintenant » (LISPECTOR, 1998a, p.74) en acceptant la fluidité et le risque d'être submergées par l'Autre et par l’Avenir. Finalement, elles déclarent la mutabilité et le mouvement continu de l'identité, mettant en questionnement les anciennes valeurs et les besoins métaphysiques de l'homme, au-delà de la permanence de la « chair infinie », en utilisant son récit comme un moyen de résistance et d'attaquer les codes sociaux existants, les croyances onto-théo-logiques de l’homme et ses « vérités» cristallisées.

87Enfin, se plonger dans les labyrinthes de ces deux écrivains demande aux lecteurs de s’aventurer dans un nouveau monde étrange d’idées et de sentiments. Comme si elles entraient dans l'âme de chacun de leurs lecteurs, les inondant de leurs sorcelleries poétiques et rendant leurs façons de sentir l'homme masqué et les invitant à partager leurs expériences mystiques à la recherche des secrets cachés sous la peau épaisse du quotidien.

88« Ah. Puis je termine, traversée par la voix de Dieu et là je dis comme quelqu’un qui souffle légèrement: Ah ... Nous sommes nés que pour jouir » (LISPECTOR, 1999 p.123).

Notes

891. Objet a est directement liée à la Jouissance l’Autre. C’est l'objet au-delà de la langue, l'invisible, l'absence irremplaçable qui déplace le désir. Vous souhaitez sans ne pas savoir quoi. L'idée de «Jouissance l’Autre" est développée comme une alternative à la jouissance commune (phallique). La Jouissance de l’autre a lieu en dehors de la langue, à l'extérieur des frontières symboliques.

902. Dans son traité de trois dossiers, Réel, symbolique et imaginaire, RSI, le réel serait la symbolisation intouchable, «le réel est impossible", "continue de ne pas s’inscrire". Ses réflexions sur le réel proviennent principalement de trois sources: la science du réel de Meyerson, L’hétérologie de Bataille et les concepts de la réalité psychique et de la pulsion de Freud. Le Réel touche sur ce que le sujet est le reste inassimilable "improductive", sa "part maudite", la jouissance, puisque c’est "ce qui est bon à rien." Le réel, c’est ce qui est hors de ce monde (métaphysique), donc I-MONDE. Si une grande partie de son travail a été marquée par le signe d'un retour à Freud, Lacan considère que le réel, avec l'objet a ("objet manquant"), ses créations).

913. En reprenant ici la notion du baroque à partir du texte du Baroque de Eugenio d'Ors. À propos du baroque, «il y a toujours un paradoxe ... la coexistence de deux réalités contradictoires dans un membre, dans deux directions opposées dans le même schéma, mais une dualité des intentions où l'esprit qui la conduite est un esprit dans état de rupture intérieure, un esprit "cassé" qui garde une opposition » (D'ORS, 1937, p. 111).

924. Réflexion sur l'érotisme, forme privilégiée de relations interpersonnelles, née avec la civilisation. Déjà chez Platon est-ce l'un des aspects les plus fructueux de réflexion érotique: la fonction libératrice de l'Éros, un problème qui a été pris en compte par la psychanalyse en décrivant son aspect libérateur de l'individu (Freud) et de la société (Jung et Reich) et, aussi, pour mettre en évidence son caractère de confrontation avec le système (Marcuse, Bataille).

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Pour citer cet article

F. Carmona Gustavo, « Clarice avec Thérèse  », paru dans Oxymoron, 5, Clarice avec Thérèse , mis en ligne le 13 décembre 2015, URL : http://revel.unice.fr/oxymoron/index.html?id=3716.


Auteurs

F. Carmona Gustavo

UERJ - Universidade do Estado do Rio de Janeiro – Docteur en Littérature Comparée. Bourse CAPES - Stage doctoral effectué à l’Université Nice Sophia Antipolis.