Oxymoron | 3 Séminaires 2010-2011 

Zaineb Hamidi  : 

L'absurde ou l'ab-surdité de l'inconscient

Texte modifié par ajout des effets d'improvisation. Que et quels sont-ils ?

Résumé

Impossible(s) à dire…

Homophonie – pas-de-sens

Grammaire – changement du rapport du sujet au Réel

Logique – passes et impasses de l'impossible (à dire)

Index

Mots-clés : Absurde , Équivoque, Homophonie, Logique

Texte intégral

1« Il n'y a pas de métalangage »1.

2Le dire est oublié devant le dit. Il ne reste que le semblant du dire in-existant.

3Ravisseur, ravir… d'où le syndrome de Stockholm ?

4Je ne sais pas quoi dire, alors je vais dire un peu tout et n'importe quoi… c'est donc bien que j'ai des choses à dire. Alors pourquoi je n'annonce pas d'emblée que je vais dire tout et n'importe quoi ? Même si ou parce que sur le moment je ne sais pas quoi dire… Le mettre en scène ? L'hystérie n'est pas mon genre.

5À Blondiland, une femme (blonde) rentre dans la bibliothèque et demande à la bibliothécaire (blonde) :

  • « Bonjour je voudrais un livre svp !

  • Euh… oui, de quel auteur ?

  • Je ne sais pas, vingt centimètres ?

  • Vincent qui ?

6Ça arrive souvent… on appelle ça l'équivoque…

7Quand on parle, on parle toujours de soi… est-ce le moment pour dire que je vais parler de l'absurde ? Non en fait, je ne vais pas en parler… je ne vais rien en dire, alors n'écoutez que ce qui est dit… ou pas d'ailleurs…

8Si vous ne m'écoutez pas, est-ce que vous entendrez quand même quelque chose ? L'écoute flottante dans son cliché : on laisse vagabonder son esprit et hop on est rattrapé par un mot qu'on entend… mais le reste, est-ce que ça s'imprime quelque part ?

9Par exemple, si je glisse des messages dans mon discours, auront-ils statut subliminal ? Donc si je glisse au milieu d'une phrase un « votez pour moi », est-ce que certains vont m'apporter leurs infusions ?

10Si on ne se concentre pas trop, l'équivoque on l'entendrait dans toutes les phrases, tous les mots, dans toutes les syllabes… dans la lettre aussi ?

11Même s'il n'y a pas de lapsus auditif, il peut y avoir de la confusion…

  • « Maman, je n'aime pas papa,

  • Bon, c'est pas grave, mange au moins les légumes… ».

12Une question me vient donc je l'écris… peut-on faire de la psychanalyse sans parler de psychanalyse ? Parce qu'un proctologue peut très bien proctologuer sans parler des fondements de son être proctologue… C'est parce que c'est une technique… oui, la psychanalyse est une praxis… Mais si je mange – manger est une articulation théorico-pratique –, ai-je besoin de le préciser ? Ça se voit, ça s'entend, ça se sent parfois…

13La psychanalyse est déraisonnable, incohérente…, elle tente de remonter le courant du rationnel, du sens. Non c'est inadmissible ! C'est aberrant, extravagant.

14C'est une activité à la mode chez les bobos : on est en analyse comme on fait du fitness en club…

  • Oh tu vas où ?

  • Je vais à ma séance d'aérobic, et toi ?

  • Moi je vais à ma séance d'analyse…

15C'est irrationnel ! La psychanalyse trouve des excuses aux maux inexcusables. Si c'est inconscient, c'est que ce n'est pas de sa faute…

16Tout le monde rêve, c'est faux ! Moi je ne rêve pas, à chaque réveil je sais, je me souviens très bien tous les matins au réveil ne pas avoir rêvé. Je n'ai pas d'inconscient, tout ce que je fais c'est parfaitement conscient, je maîtrise, je gère.

17La psychanalyse est illogique, insensée, irrationnelle. Alors on fait une hypothèse, et on ne la vérifie pas ? L'hypothèse de l'inconscient… Si je vous le dis, croyez-moi ! On n'essaie même pas de savoir si c'est vrai ou faux, tronqué, biaisé…

18La psychanalyse joue avec les mots – « LACAN DE TOI !!! » et quoi qu'il arrive, moi par elle, j'ai le dernier. Le déni, tu dis oui, tu dis non, en fait tu dis la même chose !

19Et elle grandit, elle contamine, elle se propage, c'est irréel ! La psychanalyse est une croyance comme une autre, certes saugrenue, parfois cocasse.

20Les interprétations : c'est stupide, bête, idiot, inepte, sot. C'est insensé ! Quand on parle on parle de soi, donc quoi que le psy dise, ça n'a rien à voir avec vous ! C'est de lui qu'il parle !

  • C'est peut-être votre mère ?

  • Si c'est vous qui le dites… c'est que c'est la vôtre !

21C'est ridicule. Et vu les résultats, c'est inconséquent… ça ne sert à rien et en plus, c'est cher.

22Raisonnement par l'absurde, ab-surdité des mots…

23Lors d'une soirée, avec le soutien de mes amis, je me suis mise au défi de me faire passer pour folle ou du moins de faire péter les plombs aux autres invités qui ne me connaissaient pas… Notre hôte nous propose de la salade tomates-champignons. Et je demande, question quand même pertinente et d'une importance inéluctable, pourquoi on appelle ça de la salade, puisqu'il n'y a pas de salade dedans – c'est ridicule, c'est absurde ! Et on me répond très sérieusement, après pas mal de discussions, que c'est parce que c'est un mélange de légumes.

  • Ah ? Et la macédoine alors ? On n'appelle pas ça une salade…

  • non parce qu’à la base y a de la salade, alors on a gardé le nom !

  • oui mais, la salade de fruits, y a jamais eu de salade dans la salade de fruits…

24Voyant que les verres se re-remplissent à mesure qu'ils se vident et l'air interloqué des invités, je me dis tenir le bon bout et je continue à leur faire profiter de mes questionnements.

25Non mais les gens disent n'importe quoi. Par exemple le pantalon. Y a le pantalon, et tout d'un coup on invente le pantacourt ! Mais le pantalon, ce n'est pas un panta qui est long ! Alors pourquoi pantacourt ?

  • Ben parce que c'est court et que l'autre c'est long, c'est un jeu de mot !

  • Oui mais y a pas de « g » à pantalon !

  • Avec un peu de grande agressivité… Et ben tu en mets un et on n'en parle plus !

26Mission réussie… Et on m'a dit à cette soirée que je me prenais trop la tête… Non c'est la vôtre que je prends mais vous ne le saviez pas…

27On pourrait en fait rebondir sur l'absurdité de beaucoup d'expressions. Et vite régler l'histoire en en racontant l'origine… Ah ben comme on sait comment c'est né, on sait pourquoi… mouais, pas sûr puisque le « pourquoi pas », on n'en dit pas grand-chose.

28Un « tiens » vaut mieux que deux « tu l'auras » Oui mais si c'est un « tiens dans ta gueule » ??? Ne préférerait-on pas la promesse plutôt que le don ?

29Le principal « maître » antique du cynisme (je tiens à saluer en passant mon maître en toc qui se reconnaîtra…) est Diogène. Rajouter « antique », permet de préciser qu'il n'avait pas d'esclave mais des disciples. Disciples ça fait mieux qu’esclaves volontaires ou hystériques. Je ne vais pas raconter son histoire, je la connais déjà… Mais quand on raconte ses anecdotes, ça paraît quelque peu… absurde. Il se balade en plein jour avec une lanterne et si on lui demande ce qu'il fabrique, il répond qu'il cherche un humain. Platon dit que l'Homme est « un bipède sans cornes et sans plumes », Diogène débarque à un de ses banquets et brandit un poulet plumé aux ergots coupés et s'exclame « voici l'Homme de Platon » ! « Que désires-tu, que je te l'offre » lui propose Alexandre le Grand, - Alexandre LE GRAND ! « que tu t'ôtes de mon soleil ». Pourquoi ne pas lui demander une Ferrari, une villa ou de lui acheter le soleil ? C'était quand même Alexandre Le Grand !

30Cynisme et absurde subvertissent, pour sûr.

31Le dodo (dronte de Maurice) a certainement disparu à cause de l'Homme. Le dodo n'était pas particulièrement futé et plutôt empoté, il n'y avait pas grand-chose qui aurait pu les presser ou les stresser sur l'île Maurice. Il a été chassé et mangé, et a été exterminé par les rats des navires qui ont entre autre détruit leurs nids. Les rats, pas les navires… Débarquement des Hollandais fin XVI° siècle, plus de dodo fin XVII°. Que l'on ne se méprenne pas, je n'ai rien contre les Hollandais.

32Le dodo on le voit dans l'âge de glace, il s'auto-extermine à cause de pastèques. Et il apparaît dans Alice in Wonderland, au pays des merveilles, de Lewis Caroll qui n'est pas tout seul dans sa tête. Pour le dire vite, Alice et des animaux sont trempés par des vagues impromptues et le dodo leur propose de courir en rond – une course saugrenue comme il l'appelle dans le dessin animé – comme, quand et combien de temps ils veulent. Le dodo après quelques minutes annonce la fin de la course et quand les coureurs demandent qui a gagné, le dodo répond « tout le monde a gagné et tout le monde mérite son prix », puisque tous sont secs et réchauffés !

33L'effet – les faits – les fées… dodo : on entend beaucoup là-dedans !

34Il y aurait plus de 200 psychothérapies officiellement répertoriées. Et contre-pied au rapport de l'INSERM, laquelle est la plus efficace ?

35Et là, c'est le drame !

36Rappelons que pour le commun des mortels, la psychanalyse est une psychothérapie, et que la psychanalyse ne fait pas grand-chose pour désembrumer les esprits.

37L'effet dodo : peut importe la méthode et méthodologie, les références,...etc., une thérapie bien menée fonctionne si le sujet est motivé et engagé et qu'il y a une bonne alliance thérapeutique. Et toutes les psychothérapies fonctionnent ! Tout le monde gagne ! Et on nous dit ça depuis 1976. Bizarrement c'est aussi l'année de naissance de ma sœur… y aurait-il là une corrélation ?

38Les psychothérapies auraient des points communs, et c'est d'eux dont dépendrait la réussite de la mission. Avant toute chose le praticien doit être de bonne foi – bona fide en latin – études/diplômes, formation avérée, et référentiel théorico-pratique reconnu. Ça fait déjà un grand tri, non ? Personnellement je suis adepte de la psychothérapie Zainebienne. Elle est pratiquée partout dans le monde, par moi quand je me déplace… Et elle fonctionne, le peu de personnes que j'ai rencontrées ne m'ont plus jamais rappelée, c'est bien qu'elles vont bien !

39Mais en plus, le patient doit avoir une problématique qui peut être prise en charge par une psychothérapie. Si tu viens de te faire plaquer, que tu as perdu ton boulot, que tes enfants te détestent, et que tu viens te plaindre de la faim : « ah désolé, mais même après une psychothérapie vous aurez toujours faim ! Ça ne marchera pas. Revenez quand vous irez mieux ! »

40Les facteurs communs et leur taux d'implication dans la réussite de la prise en charge seraient : L’implication et la détermination du patient : 40 % ; l’alliance thérapeutique : 30 % ; croire au traitement : 15 % ; méthode et référentiel de la pratique : 15 %.

41Mais attention, nous précise-t-on, la spécificité de la méthodologie importe car il faut qu'elle soit adaptée au patient ! Surtout que 3 critères sur 4 en dépendent ! Mais du coup, les nombres, ils ne sont pas bons là ? ! ?

42Si le patient n'est pas motivé, qu'il n'y croit pas,... et bien généralement… le patient ne vient pas dans ce cas-là… Enfin bon je dis mais je ne suis pas statisticienne.

43Là où on sera d'accord, c'est de dire que trop d'attaches, tuent la tâche ! Ne se focaliser que sur la problématique, que par une seule approche entamerait la qualité de l'alliance thérapeutique. Quand le patient allongé sur le divan parle et parle, nous derrière lui, il faut introduire quelque chose d'une variabilité, d'un rythme… Par exemple rotez ou faites tomber un objet… sur lui il y aura plus d'effet, et si il y en a, s'il va mieux, vous pourrez faire breveter votre méthode et hop ! 201 psychothérapies !

44Si la motivation du patient est hystérique, ben il y a de fortes chances de rechute…

45Si le patient ne veut pas guérir, il ne guérit pas… c'est d'une logique exceptionnelle à laquelle il aura fallu tant d'année pour être (d)écrite ! Et s'il ne guérit pas, est-ce parce qu'il n'a pas désiré assez fort ? A-t-il assez cru en son thérapeute ?

46Et si le thérapeute implique le patient dans sa prise en charge, ou s'il la lui explique, ça fonctionnera mieux ! Et d'autant plus si le patient est prêt à encaisser. Était-il prêt à encaisser notre patient non guéri ?

  • « Votre femme vous a quitté, vos gosses vous détestent et vous vous êtes fait virer… c'est dur mais… vous vous êtes regardé aussi ??? »

47Que Diantre ! Ne vous engagez pas en thérapie si vous n'êtes pas prêts à encaisser la vérité !!!

48Si le patient, en plus de tout cela vous fait confiance, c'est le pompon !

49Quant à la spécificité de l'approche, elle n'est importante que dans la mesure où elle doit correspondre aux attentes, valeurs du patient, à ce qu'il est… Si on veut récupérer sa fonctionnalité rapidement : TCC ; si on a du temps (à perdre) et qu'on veut envisager son symptôme dans un contexte plus intime et plus général, si on manque d'inspiration pour un bouquin, une histoire dont vous êtes le héros2… là on va chez l'analyste !

50Le recours aux psychothérapies a été démultiplié ces dernières années. Le psychiatre Jean Cottraux, dans Les Visiteurs du soi – À quoi servent les psy ? (moi je peux répondre « à rien »), ce psy affirme que pullulent les psychothérapies sans effet… Un peu comme les P.I.P.3 non ? Elles ne sont pas toutes bonnes… En fait on aurait juste de plus en plus mal à l'ego.

51Je ne dis pas tout ça en rapport avec un certain décret… Y en a à prendre et à jeter… Et après tout, un psychologue fait des psychothérapies même sans être psychothérapeute, et un psychanalyste… est un psychanalyste…

52Ab-surdité… Le préfixe latin ab- indique l’éloignement, la séparation ou l’achèvement.

53Au-delà de ce à quoi l'on est sourd, à distance de la surdité même ou quand on en entend quelque chose. Ab-surdité de l'inconscient…

54Il ne s'agira pas d'entendre l'inaudible à tout prix, mais dans un au-delà de cette surdité, en entendre quelque chose.

55Mon travail de thèse consiste en une « conceptualisation de l'errance psychique comme processus fondamental et fondateur du devenir sujet et de la dynamique signifiante ». L'errance psychique, selon le fameux auteur Zaineb HAMIDI, est le processus de non-ancrage à un signifiant, de non-ancrage du signifiant à une signification voire à un signifié. Dans nos recherches dans la langue de Shakespeare, l'errance psychique, « psychic wandering » ou « psychic errancy » est un synonyme du concept Jungien des « directed daydreams », rêves éveillés dirigés. Rêves – éveillés – dirigés… incompréhensible…

56L'errance serait associée au fait que l'analyste par ses interventions interprétatives, orienterait la construction du scénario, à partir duquel le sujet aura à attraper quelque chose de lui-même. L'association signifiante n'en serait plus si libre. Le sujet aura à conjuguer son histoire à partir des signifiants de l'Autre, qui ne serait de sa propre création que dans leur articulation, et c'est cette articulation et non les signifiants, qui serait « libre » et métaphore du signifiant Un.

57Pauly apportera un regard complémentaire à cette mise en articulation. Elle écrira que jusqu'à la révélation du non-sens faite par l'interprétation (de l'analyste), jusqu'à ce qu'ils soient lus, les signifiants resteraient vides (de signifié). L'acte d'interprétation donne non du sens, mais son sens au signifiant.

58L'association libre est traduite en anglais par « signifiance flottante », et la « chute du signifiant » est traduite par « defiles of signifier », defile voulant dire « souille » en français. La chute du signifiant premier laissera donc une souille – déchet en même temps que trace. Chutant, refoulé, réprimé, il passera en deçà de la conscience, mais laissera une trace à laquelle s'ancreront et de laquelle s'encreront les signifiants métaphoriques s'y substituant. Le renvoi d'un signifiant à un autre, et cette articulation produira du sens, un savoir (s) ; et dans cette chaîne signifiante, entre deux signifiants, émergera le sujet. C'est un auteur un peu moins connu qui a dit cela… un certain Lacan qui parait-il serait connu… L'interprétation de ce savoir par l'équivoque permise par la polysémie des signifiants, aura comme effet « d’isoler dans le sujet, un cœur, un kern, pour s’exprimer comme Freud, de nonsense »4, « absurde » en français. Je trouve Zaineb Hamidi beaucoup plus claire que ce monsieur Lacan…

59Le signifiant premier est sans signifié comme le sont la mort, la jouissance, ou encore le phallus : ils ne renvoient qu'à eux-mêmes. Ab-surdité : il existe un au-delà de ce à quoi le sujet ne peut que rester sourd.

60L’interprétation sera significative en ce sens qu'elle viendra « à la place du (s) produit par la métaphore [et renversera] le rapport qui fait que le signifiant a pour effet, dans le langage, le signifié ». C'est le signifié qui a pour effet un signifiant dira Z. Hamidi – n'est-elle pas plus claire en effet ?

61L'interprétation produira « un effet de signifiant S » qui révélera les signifiants premiers, et tout le nonsensical dont ils se composent. L'essentiel sera donc pour le sujet qu'il voit « au-delà de cette signification, à quel signifiant – non-sens, irréductible, traumatique – il est, comme sujet, assujetti »5. L'interprétation se mesurera à son effet, et l'interprétation qui fait effet, n'est pas tant celle de l'analyste qui reste équivoque que celle en réponse de l'analysant.

62Effectivement et sans ironie aucune, la méthodologie et sa spécificité n'a rien à y voir…

63Le savoir s'il n'est pas « travaillé » par l'interprétation, est opaque, nous dira-t-il, du fait de la polysémie des signifiants et que la lalangue est une sémiotique. Lacan reprend de la théorie saussurienne et stoïcienne la distinction entre signans et signatum, « entre ce qui fait signe et ce qui s'en dépose »6. C'est le premier qui accrochera l'attention, flottante jusqu'alors, qui permettra à l'analyste d'entendre le signifiant pour ce qu'il est, dans sa polysémie, son équivoque révélée au sujet par l'interprétation. C'est en entendant les signifiants du sujet « de travers » que l'analyste pourra renvoyer le sujet à sa propre sémiotique.

64Cela fait très intelligent d'employer des mots savants comme « sémiotique » ou des mots latins…

65Le terme « absurde » est un adjectif que l'on a dérivé ensuite en substantif. Si l'on se réfère au dictionnaire, ici lexilogos, dictionnaire en ligne, l'absurde est ce qui dans l'immédiateté de la parole, du comportement, de la situation, semble contraire au sens commun, à la raison. L'absurde c'est ce qui ne devrait pas exister parce qu'impossible. A. de Musset dit que « L'homme absurde est celui qui ne change jamais »7.

66En philosophie, plus qu'un concept, l'absurde est un courant. Un courant transversal puisqu'on le retrouvera chez certains cyniques ou existentialistes. L'absurde, le raisonnement par l'absurde, ne se laissera pas saisir par un raisonnement sensé, il échappera aux règles (imaginaires) et/ou aux lois (symboliques) du langage et du savoir, selon que l'absurde sera non-sens - mon précédent laïus - ou hors-sens comme dans le délire. Quoique j'aie quand même déliré à plein tube !

67L'existentialisme pointe le nonsensical (je trouve ce terme plus parlant que toute traduction que l'on tenterait d'en faire – bien que montrer mes capacités linguistiques me ravit !), le nonsensical du monde qui échappe aux systèmes représentationnel (représentations et leurs représentants signifiants) et d'intelligibilité de l'Homme. La condition même de l'Homme est absurde puisqu’à part celle que l'on se construit imaginairement, et à part servir la survie de l'espèce, il n'y a pas de raison d'être. Pourquoi tel spermatozoïde pour tel ovule, créant un être particulier et pas un autre, pourquoi cette rencontre-là, personne n'en sait rien. Enfin pour mon origine je vous avoue qu'elle tient de l'intervention divine… L'énigme de l'origine (des autres)….

68Toutes les sciences qu'elles soient dures, molles humaines ou inhumaines, tournent autour de ce point de mystère.

69L'absurde ne sait donc pas plus qu'autre chose saisir ce nonsensical alors il se décline à partir et autour d'un point d'aporie. Là où la psychanalyse viserait en un déplacement du sujet qui pourra alors dialectiser les événements et éléments conflictuels, l'absurde s'en nourrira de ses éléments et son objectif est justement de ne surtout pas tenter de résoudre ce conflit par essence irrésoluble, mais d'en faire quelque chose en l'état. Ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir et savoir vivre et tirer profit de son paradoxe sans tomber dans quelque – sinon perversion – au moins perversité.

70Et l'absurde va encore plus loin puisqu'une autre de ses visées c'est d'aboutir sur un autre point d'aporie, de nonsensical, ce qui maintiendra la dynamique de l'absurde. L'absurde vise l'absurde.

71Beaucoup m'opposeront que le raisonnement par l'absurde c'est de démontrer une théorie en montrant que sa négation conduit à une contradiction. Non, l'absurde tend à démontrer qu'un raisonnement « sensé » mène à une contradiction – tout raisonnement sensé. Diogène n'a pas expliqué à Platon qu'est-ce qu'un homme, il n'a pas affirmé qu'un homme avait des plumes et des cornes (même si on peut en trouver : un poulet cocu ?). Diogène par son cynisme, prône l'empirisme comme voie la plus courte vers la vertu. L'existentialisme pose ses réflexions sur la non-justification de l'existence, la phénoménologie se base et se porte sur l'expérience et le moment de l'expérience.

72Si vous avez un peu suivi mon étalage de propositions, l'absurde n'est pas un retournement mais un détournement du langage. Il n'y a donc pas d'antagonisme entre absurde et psychanalyse, mais une rencontre possible en bien des points. La dynamique subversive, là serait peut-être leur rencontre. Absurde et psychanalyse révèlent bien un manque à être, le trou dans le savoir, le vide qui fonde le langage.

73Ni la psychanalyse ni l'absurde ne raisonnent sur l'impossibilité de raisonner. S’ils le font, ils s'égarent. Ils ont en commun de représenter l'irreprésentable dans ce qu'il est, id est irreprésentable… et de proposer des biais pour s'en accommoder. Parce que disons-le clairement, l'accepter est tout aussi impossible que l'appréhender, sauf dans la disparition de son être sujet, de son être-là, de son être-au-monde. Naître au monde dans ce qu'il n'est pas puisque ce qu'il est nous échappe. Nous évoluons donc dans le leurre que tout va bien, qu'il n'y pas d'angoisse et pas de mort, jusqu'à ce que le Réel nous rattrape. Rassurez-vous, moi je ne vais pas mourir puisque je suis née d'une intervention divine !

74Le leurre représentationnel de la mise en scène apparaît sous son véritable jour à la rencontre du Réel, lorsque nous caressons ce nonsensical ou que celui-ci nous frôle.

75Au théâtre8, le publique est subjugué par une scène. Au milieu de lui, tout d'un coup, le feu. Et là, la pièce lui apparaît en sa nature de mise en représentation, de non Réel (réelle). Et dans le même temps, cette représentation théâtrale nous apparaît dans ce qu'elle était jusqu'alors notre vie, notre réalité, notre condition.

76Ce n'est pas le signifiant qui compte mais ce que l'on en fait, ce qu'il nous représente : ce qu'il présente du sujet et représente pour le sujet.

77Une dernière question : doit-on forcément se prendre au sérieux pour parler sérieusement ?

Notes de bas de page numériques

1 Lacan, L'étourdit, Paru dans Scilicet, 1973, n° 4, pp. 5-52.

2 Série de bouquins pour enfant dans lesquels le lecteur était impliqué dans l'histoire car pouvait choisir une voie pour le héros qui aurait ainsi plusieurs évolutions et fins possibles.

3 Psychothérapies d'Inspiration Psychanalytique.

4 J. Lacan, Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, éd. Seuil, 1973.

5 Ibidem.

6 Guelouet, Y., Du Signe... à la Lettre vivante, dans la revue Psychanalyse2007/1, N° 8, p. 43-62.

7 A. de Musset, Revue des Deux Mondes, 30 sept. 1832, p. 112.

8 Exemple repris par J. Leclerc, « Art et psychanalyse : pour une pensée de l'atteinte ».

Bibliographie

Lacan, J., (1973), L'étourdit. Scilicet, (4), Paris : Seuil.

Lacan, J., (1964-1965), Le séminaire. Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris : Seuil, 1973.

Guelouet, Y., (2007),Du Signe... à la Lettre vivante, Psychanalyse /1, (8), p. 43-62.

De Musset, A., (1832), Revue des Deux Mondes, Paris.

Leclerc, J., (2005), Art et psychanalyse : pour une pensée de l'atteinte, éd. XYZ,.

Onfray, M., (1992), Le cynisme, Paris, éd. LGF (coll. Poche), 2007.

Sources Internet :

Carfaron, S., « La pensée, la conscience et l'inconscient », Philosophie et spiritualité : http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/inconsc3.htm

Encyclopédie Larousse : http://www.larousse.fr/encyclopédie/

Dictionnaire Lexilogos : http://www.lexilogos.fr

Pour citer cet article

Zaineb Hamidi, « L'absurde ou l'ab-surdité de l'inconscient », paru dans Oxymoron, 3, L'absurde ou l'ab-surdité de l'inconscient, mis en ligne le 19 janvier 2012, URL : http://revel.unice.fr/oxymoron/index.html?id=3291.


Auteurs

Zaineb Hamidi

Zaineb HAMIDI est psychologue clinicienne et psychanalyste. Membre de l'Association d'Étude de Freud et de Lacan, école niçoise de l'Association Lacanienne Internationale, elle est également chargée d’enseignement et d’analyse de pratique dans la formation des auxiliaires de puériculture. Elle entame sa troisième année de doctorat en Psychopathologie Clinique et Psychanalyse à l’université de Nice/Sophia-Antipolis.