Oxymoron | 1 2009-2010 Création(s)-Sujet(s), Penser la Clinique. 

Inês Catão  : 

Voix, Parole et Langage

La clinique psychanalytique de ceux qui ne parlent pas

Résumé

Dans le présent article, nous abordons les opérations qui président à l’instauration du fonctionnement psychique dès les débuts pour interroger, avec Lacan, le moment mythique de l’incorporation du langage. Nous partons d’une analyse métapsychologique du thème de la voix pour interroger le rôle de la pulsion invocante dans l’articulation du signifiant avec le corps réel du bébé. De nombreuses recherches faites au cours des 40 dernières années attribuent à la voix un rôle primordial dans l’installation d’un fonctionnement signifiant minimum. De même que d’autres auteurs de la psychanalyse, nous considérons qu’elle est le premier objet autour duquel s’organise le circuit pulsionnel caractéristique de l’humain.

L’examen de l’échec dans la structuration d’un corps pulsionnel, par l’exemple dans la clinique de l’autisme, souligne l’importance de l’instauration d’un circuit de la pulsion en trois temps et, en particulier, du circuit de l’invocation dans l’avènement de l’instance de l’Autre et dans la constitution du sujet.

Nous proposons que, dans l’autisme, la voix ne se constitue pas comme fonction psychique. Un évitement sélectif de la voix, qu’il soit défensif ou primaire, fait que celle-ci reste un son pur, un bruit, voilà pourquoi nous la nommons la voix non constituée.

Notre étude théorico-clinique permet d’affirmer l’importance d’un diagnostic précoce des risques pour le développement des enfants. Vu le rôle qu’elle joue dans la constitution psychique, la voix doit être, à notre avis, utilisée comme indicateur clinique dans les diagnostics précoces des risques psychiques. Elle a en outre un rôle important à jouer dans le maniement clinique, et dans les interventions précoces dans la clinique du bébé et dans la clinique de l’enfant autiste.

Index

Mots-clés : autisme , constitution du sujet, corps., lettre, pulsion invocante, voix

Plan

Texte intégral

Introduction

La notion lacanienne de fantasme fondamental indique l’équation minimaleimages1 qui lie le sujet à l’objet et qui organise sa réalité psychique. Mais cette structure minimale ne vient pas avec la naissance de l’enfant. Elle relève d’une construction qui commence avec l’incarnation du langage dans le réel du corps du bébé. La voix, l’un des deux objets pulsionnels ajoutés à la liste freudienne par Lacan, joue un rôle fondamental dans l’incorporation du langage et, par conséquent, dans la structuration du fantasme. D’où son importance dans la clinique, tant dans le traitement type que dans le maniement clinique avec l’infans et avec l’enfant autiste, mais d’où aussi son importance dans les diagnostics et les interventions précoces.

1L’intersection fondatrice – langage et corps – est agencée par le désir de l’Autre primordial moyennant la voix avant l’avènement du regard. Dans un temps immémorial, l’incorporation du langage commence par l’incorporation de la signifiance véhiculée par la musicalité de la voix de l’Autre maternel. L’intonation de la voix de la mère semble fonctionner pour l’infans comme une première forme de shifter. Dans Savoir parler [Saber falar], Jerusalinsky affirme que c’est le regard qui accomplit le premier cette fonction. On ne saurait nier l’importance de l’articulation entre voix et regard pour la constitution du sujet, mais de nombreuses données indiquent la voix comme primordiale. Or dans le stade du miroir, c’est sur la voix de la mère que s’appuie le bébé pour reconnaître comme sienne l’image reflétée. Ainsi, dans la constitution du moi et du corps propre, c’est à la voix qu’il revient de entériner le regard.

2La prosodie de la voix maternelle est une chanson sans paroles – puisque ce n’est qu’a posteriori que le bébé pourra comprendre son sens – qui fonctionne pour lui depuis le champ de la lettre (Jerusalinsky, 2008). On dirait que pour le sujet en constitution la voix joue un double rôle : comme lettre, elle sert de support matériel au signifiant, quand bien même celui-ci n’est pas encore articulé en tant que tel ; comme objet, elle sert comme le premier objet permettant l’organisation du parcours de la pulsion et l’incorporation du langage.

Voix : entre parole et langage

3Dans son article « Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien », Lacan (1998) représente la voix dans le graphe du désir comme ce qui prolonge la ligne de la chaîne signifiante au delà du mouvement rétroactif de la signification. Pourquoi Lacan représente la voix dans le graphe et ne fait pas de même avec le regard ?

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4Figure 1. Le graphe du désir1

5L’on comprend ici la voix comme reste, comme produit qui reste de l’opération de signification. Dans son article classique « Jacques Lacan et la voix » (1989), Miller propose que l’instance de la voix soit inscrite comme tierce entre la fonction de la parole et le champ du langage. La parole a pour fonction conférer un sens aux fonctions de l’individu. L’acte performatique de la parole vise la signification. La parole lie le à-signifier et le signifiant. La voix, c’est ce qui reste de la soustraction de la signification au signifiant. Elle est tout ce qui du signifiant ne concourt pas à l’effet de signification. Chez Lacan, la voix garde une symétrie avec la castration. Elle se différencie de la parole pour être fondamentalement hors sens.

6De façon analogue au regard – fonction psychique –, qui ne se confond pas avec la vision – fonction de l’organe –, la voix en tant qu’objet a ne se confond pas avec le son, portant la dimension de l’inouï. Pour la psychanalyse, la matérialité de la voix n’est pas sonore mais incorporelle. De même que regard et vision, la disjonction entre voix et son proposée par Lacan indique ici aussi une relation dialectique entre les deux.

7Si l’audition est un sens qui s’installe organiquement entre le quatrième et le cinquième mois de la vie intra-utérine, l’installation de la voix en tant que fonction psychique dépend d’un ensemble d’événements intriqués qui commence avec l’acceptation par le bébé de l’invitation faite par l’agent maternel pour qu’il s’aliène au champ du langage. Les vocalisations et les balbutiements du bébé correspondent à l’investissement de la voix en tant qu’objet de la pulsion. Mais c’est l’acquisition du point sourd (Vivès, 2002), corrélat temporel du refoulement originaire, qui fait tomber la dimension sonore de la voix.

8Les traits acoustiques de ce qu’a entendu l’enfant sont marqués comme les premiers traits de ce qui s’organisera comme écriture psychique, autrement dit l’inconscient structuré comme un langage. L’inscription des premières marques participant à la fondation de l’inconscient a probablement lieu déjà à partir de l’utérus.

9La voix participe à l’instauration du lien entre la mère et le bébé au moment même où elle se constitue comme objet de la pulsion en délimitant les bords qui séparent les corps des deux. C’est elle qui fonde à la fois sujet et Autre. La voix fait littoral (Catão, 2006).

10Elle sert aux bébés (à la plupart d’eux, en tout cas) comme premier objet de la pulsion orale (Laznik, 2000), objet à contourner dans un circuit pulsionnel en trois temps : appeler, être appelé, se faire appeler. L’instauration de ce circuit, on peut très précocement la vérifier chez le bébé. Si, comme signe isolé, son absence ne suffit pas à affirmer le diagnostic d’autisme, il est par contre commun de constater, dans l’histoire des antécédents des enfants atteints d’un syndrome autistique, la méfiance des parents concernant une surdité, vu que le bébé ne répondait pas aux appels de la voix mais cherchait néanmoins l’origine d’autres sons tels que la sonnette de la porte, etc. Répondre à l’appel et se faire appeler – révélant une implication dans la jouissance de l’Autre – semblent être absents chez ces enfants, comme le constatent les recherches partant des vidéos faites en famille avant l’installation de ce syndrome. Ces enfants sont aussi très peu tolérants au bruit environnant, sauf si ce sont eux-mêmes qui le font.

11Les enfants autistes témoignent de nombreux « petits » troubles avant l’installation du syndrome proprement dit. « M.E. » est aujourd’hui une belle fillette autiste de 7 ans, dont la position de refus face à l’Autre est soutenue avec une rigueur impressionnante. Pendant ses 3 ans de traitement, « M.E. » répond très peu aux interventions de tout type procédées par l’équipe qui la soigne. Nous demandons à sa mère comment était sa fille bébé, elle nous apprend que « M.E. » pleurait de manière inconsolable depuis qu’elle était née, que c’étaient des pleurs qui mobilisaient tout le monde autour d’elle. Une petite difficulté à trouver le sein maternel suffisait à la mettre en colère, elle l’a donc très vite abandonné, ce qui a été pour sa mère une grosse déception puisque c’était sa première fille. « M.E. » a refusé aussi le biberon. Il lui arrivait de ne prendre qu’une ou deux tétées par jour, données par les parents pendant qu’elle « dormait ».

12En revenant au rôle de la pulsion invocante dans les débuts de la structuration psychique, c’est à partir de l’organisation pulsionnelle tissée d’abord autour de l’objet voix que le petit enfant prendra ce qui vient de l’Autre comme énigme et, s’adressant à lui, articulera la parole en essayant à chaque fois de se positionner comme sujet, à chaque tentative de construction discursive de donner sens à ce qu’il lui manque au début.

13La parole est une fonction que l’enfant n’acquiert qu’après avoir parcouru le long chemin corrélat à sa constitution comme sujet. Elle n’est pas un acte de phonation mais un acte de sujet, qui engendre en même temps le sujet (Pommier, 2000). Ce n’est pas un hasard si les impasses dans cette constitution s’expriment en impasses dans la fonction performatique de la parole, comme en témoignent les enfants autistes. Ceux-ci ne parviennent pas à constituer une voix permettant l’articulation de la fonction de signification de la parole. Dans l’autisme, la voix est emprisonnée dans sa dimension sonore. Si dans la psychose la voix se rompt, ce qui a pour effet la confusion entre corps et discours (« voix rompue », Vasse, 1977), dans l’autisme elle ne parvient pas à se constituer en tant que telle, objet pulsionnel (Catão, 2006), voilà pourquoi nous la nommons voix non constituée.

14Comme on peut le constater en psychanalyse, ni voix ni parole ne se limitent ni ne se définissent par la phonation.

La clinique psychanalytique de ceux qui ne parlent pas

15Nous soutenons qu’il n’y a qu’une seule pratique psychanalytique, celle qui se fonde sur le travail avec l’inconscient, même si celui-ci est en voie de structuration, comme chez les bébés et les enfants autistes. Dans « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud » (Lacan, 1957), Lacan soutient que le langage constitue le champ où a lieu l’expérience analytique, dont l’instauration mobilise la fonction de la parole entre le sujet et l’Autre. Le langage précède la parole et la constitue, comportant les lois qui conditionnent la structure de l’inconscient (Bastos et Freire, 2006). Or les enfants n’exerçant pas encore la fonction de la parole ne sont pas pour autant en deçà du verbe, ni dans un temps supposé pré-verbal. L’autiste est un être verbeux, comme le dit Lacan, à qui il manque un savoir-faire avec la langue (lalangue).

16La clinique de l’infans, de même que la clinique de l’enfant autiste, ne sont pas des adaptations de la psychanalyse. Ce qui change dans cette clinique, conformément à la structure psychique du sujet en question et conformément à son âge chronologique, outre la singularité absolue de chaque cas, c’est son maniement. Le maniement clinique diffère de l’adaptation théorico-pratique.

17Dans la clinique de l’enfant autiste, pour qui le verbe est excessif, est surtout jouissance (Bastos et Freire), l’analyste soutiendrait, à un premier temps, la fonction maternelle – le lieu de l’Autre primordial – pour soutenir, à un deuxième temps, la fonction paternelle. Nous constatons que le maniement clinique n’est pas le même au cours de toute la direction du traitement ; dans cette clinique comme dans toute autre, il change selon la « position discursive » du sujet, en l’occurrence, de l’enfant.

18Alors qu’il soutient la fonction maternelle, le psychanalyste, traversé par le désir de l’analyste, offre une signification à l’autiste sans reproduire l’Autre excessif, porteur de la certitude (Azevedo, 2006). Il l’offre en montrant par là qu’il a reçu le message et en interrogeant l’enfant sur son sens. Quand il est confronté dans la direction de la cure à la fonction logique désir de l’analyste – structure séparatrice qui cause le décomplètement de l’Autre –, le « sujet » autiste change. Cette fonction fait émerger les étapes de l’entrée du sujet dans le langage et promeut sinon l’écriture de l’inconscient, du moins l’écriture d’un bord (Bruni et al., 2007).

19En tant qu’objet pulsionnel, la voix, plus que le regard, est un objet de bord (Gómez, 1999). Elle sert ainsi au maniement clinique qui part de la production sonore de l’enfant pour la construction d’un bord. Il s’agit donc de circonscrire l’excès de jouissance qui inonde l’enfant et qui ne permet pas qu’il organise une structure à partir du langage.

20Comme il a une structure qui porte un vide, le désir de l’analyste dans la clinique psychanalytique de l’enfant autiste pourrait venir à la place de ce qui n’y est pas, autrement dit à la place du désir de l’Autre. Là où on peut laisser tomber le son de la voix sans qu’il se perde comme un tout dans sa chute. Il s’agit d’un travail qui organise avec l’enfant sa production sonore en musicalité, qui interroge le sens là où il n’y a pas encore une articulation signifiante permettant à l’enfant de s’approprier ce qui l’affecte et de construire la voix en tant qu’énigme. La perte de la voix en tant que son pur devient nécessaire pour que l’enfant quitte le champ de la jouissance et qu’il accède au champ du langage par l’aliénation.

21La fonction de l’analyste dans cette clinique consiste à écouter (écoute-regard) les signes sonores qu’émet l’enfant autiste (« stéréotypies verbales », écholalies), de même que les autres « stéréotypies » (échopraxies), comme des tentatives de circonscrire la jouissance, en pariant sur la quête de la constitution d’une position discursive. L’analyste ne doit ni comprendre ni expliquer ; il doit écouter et faire s’écouter celui qui est supposé parler, le faire s’écouter sa condition de parlêtre.

22Il en va de même tant dans le traitement type que dans celui des enfants qui ne parlent pas encore – les bébés – ou de ceux qui soutiennent une « position » autiste vis-à-vis de l’Autre, vécu comme intrusif, une position marquée par le refus actif surtout vis-à-vis des objets du désir voix et regard. Ce soutien vigoureux fait que certains psychanalystes se demandent aujourd’hui s’il y aurait un sujet autiste en question, ce qui sonne comme un paradoxe puisque l’autisme est considéré comme la conséquence clinique d’une impasse dans les premières opérations constitutives du sujet aliénation et séparation.

23Même si au début l’enfant autiste n’adresse à personne son énonciation « écholalique », ni ne peut constituer une demande, si ce qu’il dit est écouté comme un message, quelque chose alors s’inscrit pour lui. C’est un pari éthique. La prise en compte des productions langagières de l’enfant comme signifiantes et porteuses de ce qui s’esquisse en elles comme formation de l’inconscient effectue des coupures symboliques dans le réel du langage. Pour que cela ait lieu, il faut qu’un autre humain se prenne pour le destinataire de ces paroles. On peut en dire autant à propos des bébés. Avec Lacan, nous savons que l’écoute précède la parole et que c’est parce que quelqu’un a écouté qu’un enfant vient à parler.

D'infans à être parlant

24Le bébé passe progressivement des expériences sonores à l’exercice de la fonction de la parole si est bien réussie son insertion dans le champ du langage, dans lequel il naît immergé. Il va d’abord faire usage de vocalisations qui vont peu à peu se moduler. Les pleurs ininterrompus du nouveau-né, réponse à une indisposition physique ou psychique, peu à peu deviennent des pleurs par intervalles. On peut trouver cette modulation chez les nouveaux-nés de moins 6 mois de vie. Ce qui, dans la clinique, montre que la demande est en train de s’établir. Le bébé pleure puis attend la réponse de l’autre. On peut alors faire l’hypothèse que quelque chose de l’Autre en tant qu’instance est en train de se constituer. Les productions vocales du bébé vont dorénavant varier quant à l’intensité, le rythme et l’intonation. D’après Crespin (2004), la persistance de cris inarticulés et l’inconsolabilité du bébé sont des signes de la série « bruyante » de la souffrance précoce.

25Au langage maternant (Vorcaro, 2002) du côté de la mère, qui imprime la matrice symbolisante, correspondent les premières vocalisations du côté du bébé. Le motherese, c’est l’invocation que la mère fait au bébé. Si elle y parvient, le bébé commence à produire des sons nommés les balbutiements proprioceptifs ou vocalises, que l’on peut dater entre zéro et les 6 premiers mois.

26Entre le sixième et le dix-huitième premiers mois, simultanément au stade du miroir et à la constitution du moi, le bébé perdra la possibilité qu’il avait au début de vocaliser tous les phonèmes. Il fera une « sélection » de ceux les plus employés dans sa langue maternelle. Cette perte, simultanée en termes métapsychologiques à la chute de la voix en tant que objet sonore pur, équivaut à la perte de jouissance nécessaire à l’incarnation du langage. Ce moment logique implique l’incidence de la métaphore du Nom-du-père. C’est la parole du père qui ouvre sur le petit être, surtout récepteur de la singularité absolue de la sonate maternelle, le champ de l’universel (Didier-Weill, 1997).

27L’absence de ces observations peut aider le clinicien – le pédiatre, par exemple – dans les diagnostics précoces des risques psychiques et lui suggérer l’intervention à temps, dite précoce.

28La parole du bébé, reconnue comme telle par l’autre parental et par son entourage, c’est à dire celle où il est capable de démontrer au moins une structure de phrase, cette parole a lieu vers l’âge de 2 ans. C’est à ce moment-là que l’on établit en général les diagnostics d’autisme, justement par l’absence de démonstration de cette performance. Pour parler, il faut avoir une voix, autrement dit il faut avoir constitué une voix comme fonction psychique, ce qui ne se passe pas dans l’autisme, comme nous l’avons dit précédemment.

29Une fois capable de parler en son propre nom et de formuler ce qu’il ne comprend pas sous forme de question, l’enfant assume sa place de sujet, sous la médiation d’un corps pris dans le réseau des signifiants du langage et référé au désir de l’Autre. La tentative de produire, d’abord des sons puis des paroles fait de l’infans à la fois acteur et produit de son propre processus de subjectivation.

30La naissance d’un bébé dans la famille de Philippe, enfant autiste à l’époque âgé de 8 ans, l’a forcé à commencer à poser une série de questions sur son origine jusqu’au jour où, au début d’une séance, encore dans la salle d’attente, il formule ce que l’on pourrait nommer une première théorie sexuelle infantile : « Les bébés naissent par la bouche ? » – il demande. Venant d’un enfant dont l’impasse s’est installée très précocement dans la fonction de la parole, cette question acquiert un caractère encore plus fantastique. Sa mère nous regarde et sourit apitoyée par ce qu’elle nomme « l’innocence de son fils ».

31De son mutisme à l’âge de 2 ans à la peur des bruits qui le faisait boucher les oreilles jusqu’à ce qu’il l’interroge en traitement, Philippe semble avoir reconstitué le chemin qui mène du son à la dimension musicale et de celle-ci à la voix et ensuite à la parole. Au moment où il a pu poser cette question, ce n’était plus une question sur les bruits mais sur l’énigme de l’origine, commune à nous tous. Par son énonciation, Philippe dit plus qu’il ne croit dire. C’est sans aucun doute par la bouche que naissent les bébés.

Notes de bas de page numériques

1  Jacques Lacan, Écrits (1966), Ed. Seuil, p. 831.

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Pour citer cet article

Inês Catão, « Voix, Parole et Langage », paru dans Oxymoron, 1, Voix, Parole et Langage, mis en ligne le 08 novembre 2010, URL : http://revel.unice.fr/oxymoron/index.html?id=3144.


Auteurs

Inês Catão

Psychanalyste, membre de la Escola Letra Freudiana (RJ), Pédopsychiatre  du COMPP-SES/DF, Docteur en Psychologie Clinique par l’Universidade de Coimbra (Portugal), Professeur  associé de la Faculté de Médecine de l’Universidade de Brasília. SEPS 714/914, Bloco A, nº 3, Ed. Porto Alegre, sala 302, Cep 70390-145, Asa Sul, Brasília-DF, Brésil.

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