Oxymoron | 0- Numéro inaugural 

Stoïan Stoïanoff  : 

symptôme...

Résumé

Au temps de RSI le repérage du symptôme s’effectue sur un dessin, paru dans Ornicar ? n°2 p.99, et qui a été produit par Lacan à la séance du 17.12.1974. Ainsi le séminaire RSI de Lacan devient le commentaire de ce dessin. Il y a lieu de distinguer, au niveau des dimensions R,S,I au moins deux modes de relation : celui de « jonction (/)»  et celui de « fusion (#)» ou d’épissure. Une épissure, et donc la mise bout à bout de deux dimensions, s’accompagne d’un mouvement subjectif à forte composante émotionnelle, d’un vécu de l’ordre de l’Unheimlich, parfois d’une impression de déjà-vu, ou encore du vécu d’un sentiment. Dans chaque cas il s’agit de ce que Lacan nomme franchissement, qui équivaut à ce que, aujourd’hui, en physique, on nomme changement de phase.
    L’épissure constitue à la fois une butée et un franchissement. Sa pérennisation équivaut cliniquement à l’installation d’un « état limite ».
    Elle s’accompagne d’une réduction momentanée d’une unité du nombre des ronds liés borroméennement. Sur le nœud à trois la réduction à deux ronds affecte un des pétales du nœud et donc consomme la perte d’une des trois jouissances (JA, J$, JF) qui y sont repérables. Une telle réduction signe dans chaque cas l’abolition d’une différence. Trois épissures sont envisagées : S#R (pour l’angoisse), R#I (pour l’inhibition) et I#S (pour le symptôme). Cette dernière est susceptible d’une double lecture : soit comme une imaginarisation du symbolique iS, soit comme une symbolisation de l’imaginaire sI, permettant de lire le symptôme tantôt comme un rêve, tantôt comme un mythe. Ce qui pâtit en la circonstance c’est différence entre le vrai et le faux.
    La réparation du nœud affecté d’une épissure relève du recours à une dimension supplémentaire, à une sorte de pacte social, censé rétablir la propriété borroméenne et donc calmer le jeu des pulsions.
    A défaut, le cumul de deux épissures entraine la perte définitive de la propriété borroméenne et la transformation du nœud à trois en un nœud en trèfle ouvrant ainsi la voie vers une évolution d’ordre psychotique.

Plan

Texte intégral

Introduction

1Puisque ce séminaire se veut lieu d’enseignement d’inspiration lacanienne, et que lire Lacan vous intéresse, nous avons choisi, cette année, de reprendre, et donc de lire, le séminaire 22 intitulé RSI. Par une faveur insigne nous avons réduit  en quelque sorte notre propos à la conférence donnée par Lacan à Nice en 1974. Sous le nom « Le phénomène lacanien » (LPL) cette conférence a, de la part de Lacan, la finalité d’attirer l’attention sur les effets du discours lacanien. Effets de surdité la plupart du temps dont il faudra rendre compte sur le plan de la théorie. D’où un renvoi au séminaire RSI. Dans ce séminaire il est question de la distinction entre l’inhibition, le symptôme et l’angoisse, distinction classique depuis Freud mais tombée en désuétude de nos jours, du moins me semble-t-il. Mon propos d’aujourd’hui est de reprendre cette distinction en centrant mon bredouillage sur la question du symptôme.

2Au temps de RSI le repérage du symptôme s’effectue sur un dessin, paru dans Ornicar ? n°2 p.99, et qui a été produit par Lacan à la séance du 17.12.1974. En quelque sorte RSI est le commentaire de ce dessin. Dessin que, pour la clarté de l’exposition je décompose en deux figures : 1) et 2)

Image1

Image2

FIG. 1

FIG. 2

3En 1) nous avons la construction d’un noeud borroméen à trois ronds.

4En 2) nous avons le repérage de ISA, c’est-à-dire : Inhibition, Symptôme et Angoisse. Il s’agit en fait du même dessin mais enrichi des tangentes aux trois ronds aux points d’intersection externes qu’ils présentent. D’où la mise en place de trois champs respectivement réservés au Symptôme (dans R/S), à l’Angoisse (dans S/I), et à l’Inhibition (dans I/R), d’où Lacan tirera trois nominations du sujet.

5On s’accorde généralement pour admettre l’intérêt de cette distinction entre Inhibition, Symptôme et Angoisse, mais on ne pardonne pas à Lacan de l’avoir subordonnée au noeud borroméen. Pour beaucoup, en effet, ce noeud est non seulement inutilisable mais, disons le franchement : haïssable. Si nous pouvions en quelque sorte débrouiller un peu cet effet aujourd’hui, ça ne serait déjà pas si mal.

Le séminaire de Melman sur RSI

6Il se trouve qu’en 1981-82 Charles Melman a tenu séminaire sur ce même thème. Nous avons une réédition de son texte en 2002 sous le titre : Étude critique du séminaire RSI de Jacques Lacan (aux éditions de l’ALI). Il part du même dessin pour tenir à peu près les même propos que ci-dessus.

7Chaque séance du séminaire de Melman comporte des questions et des réponses et les premières difficultés viennent de la part de ceux qui lisent RSI avec le fameux dessin. Lorsque Lacan profère que le symptôme c’est « l’effet du Symbolique dans le Réel », on est en position d’en déduire que sur le dessin il devrait être entre R & S. Or, selon Melman (p.38) : « l’angoisse est quelque chose qui donne son sens à la jouissance qui se produit au point de serrage petit ‘a’, et qui lui, ce point de serrage, est lié au recoupement eulérien du Réel et du Symbolique. » A la suite de quoi quelqu’un de l’assistance vient remarquer que symptôme et angoisse ont l’air de surgir au même point. Et puisque au lieu de répondre sur pièces, et donc selon le noeud, Melman s’évade du côté de chez Freud, probablement pour ménager un transfert où une sensibilité à fleur de peau, il s’ensuit que son public est en droit de penser qu’on ne peut pas se fier aux noeuds. A titre de justification de ses réponses à côté et à la fin de son séminaire Melman évoque la nécessité de préserver quelque mystère, quelque coin d’ombre de l’inconscient, en disant (p.119) : « A un épisode comme celui que vous évoquez, pour bien faire il faut y consacrer une soirée en prenant bien garde, nous-mêmes, de ne pas verser dans l’excès de clarté, puisque c’est là notre pente comme celle de  Rousseau. » Or, Lacan nous avait prévenu que le seul traitement rigoureux de l’inconscient relève de la psychose et que c’est une position qu’il nous faut bien assumer de temps en temps.

8Il reste que la place du symptôme est à reconsidérer dès lors que par la suite Lacan lui ait assigné un rond à part se situant en quatrième par rapport aux deux autres. Toutefois, il lui désigne une place particulière alors que deux autres modes de nouage avec les trois ronds sont possibles, ainsi que l’a noté Jean-Pierre Dreyfuss dans un article que j’avais remarqué à l’époque (DREYFUS J.-P., Un cas de mélancolie, Littoral, n°11-12, p.175).

9Melman se montre tout à fait admiratif devant les propos d’un jeune patient, qui, lui, ne semble pas tenu ou retenu par de telles considération politiquement correctes et qui (p.114) « avait sur le monde et sur les gens une appréciation d’une crudité, d’une vérité, tout à fait bien établies, tout à fait parfaites, et il n’était embarrassé en rien qu’on puisse attribuer à l’ordre de l’imaginaire ».

10D’autres auteurs pointent ici et là, avec parfois une pertinence extrême, des interactions analysant-analyste prises sur le vif, afin d’éclairer la dynamique de la cure, sa temporalité propre et ses retournements, en se référant à RSI pour leur décryptage, toutefois sans jamais faire le pas suivant qui consiste à situer cette dynamique dans la perspective ouverte par les nœuds. Symptôme … des analystes, suspension de l’action théorisante face à l’invidia, au mauvais œil, peut-être. Recul certain, en tout cas, devant la complexité de ce qui est à manier, et aussi devant la réduction nécessaire des modules de décryptage de la clinique, afin de rendre les nœuds un tant soit peu utilisables. Tentative désespérée en ce qui me concerne, tenu que je suis de témoigner du point où Lacan nous a laissés. A savoir, préparer un après-Lacan comme d’autres ont osé un après-Newton.

11Une remarque en passant. La mode des exposés raisonnés et rationnels de la chose psychanalytique conduit la plupart des analysants à omettre dans leurs propos sur le divan tout ce qui est de l’ordre de l’irrationnel, notamment les phénomènes dits para-normaux, phénomènes qui rentrent de plein droit dans le cadre de ce qui résulte des épissures. Les analystes n’étant pas formés pour accueillir cette variété de témoignage leurs patients préfèrent les rapporter aux spécialistes de la divination.

Le nœud borroméen à trois ronds et ses épissures

12Vous avez probablement déjà observé une basse-cour. On voit que certaines poules en dominent d’autres, c’est-à-dire : leur confisquent purement simplement leur proie, moyennant force coups de becs et battements d’ailes. Et puisque la poule A domine la poule B, ça n’exclut pas que la poule B puisse dominer la poule C.

13Par contre, ce qui ne s’est jamais vu c’est que la poule C vienne à dominer la poule A. Donc les poules sont aristotéliciennes alors que le noeud borroméen contredit la logique d’Aristote. Je l’affirme en ayant en vue le fait que pour la plupart d’entre nous, dans le monde hyper-logique qui est le notre, il y en a marre de la logique. Et pourtant nous y sommes confrontés sans arrêt. La logique est de tous les conflits. Évidemment, quand on dit que la dimension X domine Y, ou inversement, on est conduit à donner un sens à cette figure. Il y a lieu de distinguer, au niveau des dimensions R,S,I au moins deux modes de relation : celui de « jonction » (que j’écris Y/X) et celui de « fusion » ou d’épissure (que j’écris Y#X).

14Au niveau de la « jonction » on dira qu’il y a chevauchement eulérien de deux champs de signification, dont il y a différents types. Ainsi Lacan s’exerce quelque part à écrire le type de jonction susceptible de s’engendrer à partir de la proposition : « ou je ne pense pas, ou je ne suis pas ».  De même on peut parler de jonction quand, dans le graphe de la page 815 des Écrits la ligne des  emplois (ligne imaginaire) rencontre la ligne de la demande (dont l’énonciation est bien réelle). Il s’y produit une jonction I/R que Lacan note $ <> D pour désigner la pulsion. Dans LPL Lacan se gausse de cette mythologie freudienne de la  pulsion tout autant que de sa propre topologie d’ailleurs. Et pourtant c’est de là, de la demande de l’Autre, et donc du corps, que l’on part pour pousser au dire. Par exemple, Melman dira que l’Un de sens (par opposition à l’Un de signifiant) se situerait à la jonction du Symbolique et de l’Imaginaire (S/I).1

15La « fusion », la mise bout à bout de deux dimensions est nommée par Lacan épissure. Rien n’est dit quant à la nature de la dimension résultante, ni de la disposition des deux dimensions de départ au sein de la nouvelle. Hors du champ de la psychanalyse de tels modèles existent, d’autant que Lacan a tenté de nous mettre sur la voie. La fusion peut avoir pour résultat la disparition d’une dimension au sein de l’autre.

16Prenons un exemple : dans le cas de I#R il y a deux faces à examiner : cas ou seul l’imaginaire apparaît ; nous dirons avec Lacan qu’il y a « imaginarisation du Réel », ce qui s’écrira (selon un mode d’écriture adopté notamment par Allouch) : iR. Inversement on parlera de « réalisation de l’Imaginaire », qui sera notée rI. Cette « réalisation de l’Imaginaire » peut-on la considérer comme un retour du Réel et donc comme effet d’une forclusion ? Nous sommes ici dans un cas particulier de la Vorstellung freudienne qui correspond à un phénomène hallucinatoire. Exemple, en 1974, un analyste voit débarquer Lacan à Nice et dit : « Oh là ! J’hallucine !»

17En fait c’est plus compliqué encore puisque sur le noeud borroméen à trois ronds il est loisible de pratiquer pas moins de six épissures. D’où la question : les épissures se produisant au niveau du rond central (tel qu’il est entouré par les trois pétales, ceux du sens, de la J et de la JA) sont-elles équivalentes à celles se produisant à l’écart de ce rond central occupé par l’objet petit ‘a’ ?

Variations sur les épissures

18Quels sont les caractères généraux d’une épissure? Une épissure s’accompagne d’un mouvement subjectif à forte composante émotionnelle, d’un vécu de l’ordre de l’Unheimlich, ou d’une impression de déjà-vu, voire encore du vécu d’un sentiment d’emprise, ou alors carrément de l’ordre de ce qui se produit lors d’un « moment fertile ». Dans chaque cas il s’agit de ce que Lacan nomme franchissement, qui équivaut à un saut par dessus une coupure dont il nous a fourni une illustration extrêmement abondante.

19L’épissure constitue à la fois une butée et un franchissement.

20Elle s’accompagne d’une réduction d’une unité du nombre des ronds liés borroméennement. La réduction momentané du nombre des ronds (passage de trois à un plus un modifié, et donc à deux) équivaut à une plongée dans le fantasme, voire à une vacillation, à une bascule, à une abolition de ce dernier, ainsi que l’envisage Allouch à propos du deuil. Dans le fantasme ces deux ronds restants sont noués sur le mode du noeud de Whitehead, illustré par Erik Porge. En tout cas tout se passe comme si un des ronds s’était envolé.

21L’étape suivante est la reconstruction et du fantasme et du noeud, avec pour effet la persistance sur un point donné d’une certitude irrévocable et donc quasi délirante. Délirante dans la mesure où la conviction qui la soutient n’est pas forcément partagée par tout le monde. Une telle conviction, à prétention universelle à l’instar  des mythes, est susceptible d’être travaillée et portée au degré d’élaboration d’un concept. Faire de son mythe individuel un concept est pour le névrosé un mode de reconnaissance. C’est ainsi que nombre de concepts psychanalytiques ne sont au fond que des fantasmes déguisés. Jean-Pierre Faye, qui connaît les psychanalystes, a nommé récemment « transformat » un tel concept.  

22Sur le noeud à trois la réduction à deux ronds affecte un des pétales du noeud et donc consomme la perte d’une des trois jouissances. Structurellement, Lacan s’est donné la peine d’envisager ce qui se perd momentanément lors de l’épissure se produisant au niveau d’un noeud borroméen à trois ronds, et donc le type de noeud qui subsiste à partir de la réduction de trois dimensions à deux. A tout coup un des pétales du noeud se trouve soustrait.

23Une telle soustraction s’accompagne de l’abolition d’une différence. Par exemple, Melman s’intéresse à ces abolitions sans toutefois les systématiser, rapport toujours au mystère qu’il y a lieu de laisser planer. Reprenons par conséquent notre figure n°1 pour constater que l’épissure R#S abolit la jouissance phallique. Il semble que Melman nous mette sur cette voie à propos de l’identification hermaphrodite de Jean-Jacques Rousseau à son père, ce qui dénoterait une abolition de la différence des sexes (p.109).

24Dernier point commun aux épissures : elles sont susceptibles d’une double lecture. Exemple : l’épissure S#I peut signifierl’occultation soit de S, soit de I. Dans le premier cas nous aurons une imaginarisation du Symbolique (iS) comme dans le cas du rêve; dans le second : une symbolisation de l’Imaginaire (sI) comme dans le cas du mythe.

25A bien y regarder le cas de Jean-Jacques relève de plus d’une épissure, et dès lors il s’agit effectivement d’une psychose. En un temps, j’ai auguré qu’une épissure unique ne conduit pas nécessairement à la psychose. Il faut deux cartons jaunes successifs pour qu’un footballeurs soit expulsé du terrain.

26Un seul carton permet le maintien du statu quo mais bien entendu une menace plane et donc une panique du joueur pourrait survenir à tout moment. Bref, je compte six épissures et donc autant de cas de borderline à inventorier. En réalité j’ai fait un pas de plus. Décidément dupe du noeud, j’ai assigné à chaque épissure un mode d’effacement spécifique du sujet.

27Donc chaque fois qu’il y a refoulement, Verdrängung (et donc retour du refoulé) nous sommes dans le cas d’une épissure du type S#I ; à la Verleugnung et à la Verwerfung, et donc au déni et à la forclusion, désormais mises sur le même pied, j’assigne respectivement les épissures R#I et S#R.

28D’où le tableau suivant, destiné à grouper un premier lot de résultats concernant le noeud borroméen à trois ronds :

Epissures

R#S

S#I

I#R

Butée

HONTE

BIEN

BEAU

Jouissance écornée

J

SENS

JA

Différence abolie

différence des sexes

vrai/faux

altérité

Effacement du sujet

Verwerfung

Verdrängung

Verleugnung

L’épissure examinée au zoom

R#S

Les épissures produisent des effets spécifiques.

Commençons par l’épissure R#S, ce qui se lira S rature (#) du Réel. Ce qu’elle efface c’est la jouissance phallique (J) et par là-même la différence sexuelle mais aussi entraîne l’indistinction de la ligne de l’énoncé (S, en rouge) et de la ligne de l’énonciation (R, en bleu). Deux versants sont ici à envisager.

Image3

Sur le versant symbolisation du Réel (sR) surgit la Honte. Ce que l'épissure propose comme tâche au sujet c'est de franchir le mur de la honte . La honte est liée au savoir inconscient, propre à chacun, qui dépend des "rapports de la suite des générations au Symbolique" 2 . Si elle n’est pas rapidement surmontée elle devient la clé de la stupeur mélancholique. Le Réel du sexen'est que partiellement symbolisable (sR) et ce sur fond d'Imaginaire . Symboliser le sexe, et donc le parler, revient à le subjectiver. Pour autant que l'amour dépende d'une image constituée du partenaire, toute faille du côté de l'altéritéle rend impossible. 

 Sur le versant inverse, avec la réalisation du Symbolique (rS) on a affaire à une déconstruction du Symbolique. Réaliser le Symbolique revient à forcer le Symbolique à produire un trait à lire, trait à déchiffrer comme la mise en acte d’une expression choisie parmi la série des emplois d’une langue donnée. Ainsi, le « rébus à transfert » (C’est Lulu Loyd) connote un mouvement du corps. En tant que mise en acte il laisse en suspens le texte qu’il traduit. Des auteurs anciens, tel Annie Reich, citée par Lacan, s’intéressaient jadis à ces problèmes.

29Sur le plan langagier, et sur le versant rS, l'épissure R#S donne lieu ainsi à un franchissement que Lacan connote d’un moment fécond, qui se traduit par une confusion du propre et du figuré dans l'usage de la langue.

30Nous en avons des exemples probants dans son exposé du cas des soeurs Papin. « Je vais leur crever les yeux » est une menace qui reste généralement formelle alors que, toute honte bue, elles la mettent en exécution. Or, de telles occurrences abondent hors psychose manifeste. A chaque fois il s’agit de la déconstruction d’une métaphore. C’est ainsi que Serge Leclaire3: évoque une histoire d’"hirondelles", l’hirondelle étant à la fois oiseau et flic. Leur collusion dans le synchronie (je vois passer au même moment un flic à vélo et un vol d’hirondelles) produit un effet de sidération persistant. Mais on trouve d’autres exemples de confusion des codes, dans la littérature psycho-pathologique, où sont mentionnées des expression idiomatiques propices à l’équivoque, tels les cas de Nadine Bertoni4: "manquer de couilles"; de Patricia Janody 5: "déboucher les oreilles"; de Françoise Millet, se faire  faire -chirurgicalement- "le profil de l'emploi", etc. Il s’agit d’emplois qui pour nous relèvent du pathologique mais qui dans d’autres cultures font partie des pratiques incantatoires.

31Bien entendu, j’ai toute une liste d’exemples personnels 6 où tout se joue en acte autour d’expressions du genre : "cracher dans la soupe" ou « faire un pied de nez à quelqu’un», entendez « je lui fous mon pied à la figure ». Evidemment celui qui reçoit le coup de pied dans la figure n’est pas toujours à même d’apprécier le fait qu’il s’agit là d’une figure de style, voire d’un trait d’esprit.

32Ces cas sont à distinguer des exemples cliniques d’oscillation, voire de fusion,  métaphoro-métonymique, qui relèvent plutôt de l’épissure S#I.

33L'adverbe, dans son rapport à l'acte et donc à l'épissure R#S, n'a guère été interrogé à ce jour dans sa portée performative (approbative: "certes", forclusive "jamais" ou discordantielle "ne ...", "peut-être") . La suppression de l'adverbe "ne" dans la phrase: "je crains qu'il ne vienne" a valeur de désubjectivation et donc de réification du mode de l'énonciation. A la question "Qui parle" on pourra répondre dans ce cas que c'est  « Il », « Lui », "Personne", "Une machine", ou encore "la Chose".

I#R

34L’épissure I#R abolira la jouissance de l’Autre (JA) ainsi que cette différence qu’on nomme l’altérité, c'est-à-dire la différence moi-autrui.Ça se traduit par un transitivisme dont le cas de Jean-Jacques s’illustre à partir d’une exigence de réciprocité dans toutes ses relations avec autrui. Lieu de l'inhibition où l’objet se fait regard, de l'image spéculaire et de l'aliénation dans l'esthétique du beau, la jonction I/R donne consistance à l'Autre, autrement dit: au corps . C'est par référence à l'image unifiée du corps aperçue dans le miroir que je me saisis en tant que "Je" (Ich  freudien), en tant que format, "bonne forme"7 , "splendor formae"8 .

Sur le versant imaginarisation du Réel (iR) s’opère un forçage du mur immunologique, et s’accompagne d’une forclusion du corps dans l'étendue d'où surgit l'un-en-plus de l'hallucination, présente comme telle à l'état normal dans le rêve. Tout l’arsenal des pratiques sado-masochique est ici à citer.

Sur le versant réalisation de l’Imaginaire (rI) s’observeun transitivisme qui se manifeste par des actings stéréotypés. C’est ainsi que j’agresse l’autre et je dis que c’est l’autre qui m’a agressé. S’il m’accuse, j’ai la ressource de dire en toute sincérité (ou en toute mauvaise foi, c’est selon) qu’il projette. Constant chez les jeunes enfants ce phénomène est en principe amendable par l'accès du sujet à la parole, accès tributaire de l’intervention du tiers symbolique.

35Dans certains cas l'accès du sujet à la parole s’accompagne d’un hyperréalisme des propos (du style « ma mère en short devant le Prisu ») et l'extrême lucidité de l'enfant à l'égard des tics et des symptôme dont l'adulte est affligé, c’est ce qu’illustre parfaitement l’exemple du jeune homme apporté par Melman.

36L'exclusion de la jouissance de l'Autre (JA) au niveau de l'épissure I#R et le profond malaise (allergie à l'autre ou haine) qui en résulte, appelle l'usage de prothèses médicamenteuses ou toxicologiques généralement addictives .

37Mais le rejet du corps (et donc de la "bouffe") peut aussi se manifester sur un mode soustractif, comme c'est le cas dans l'anorexie dite mentale. L'indifférence au savoir est la clé de cette maladie, selon Melman, tandis que le rejet du savoir dans le somatique reste la méthode délirante9 la plus sûre pour ignorer l'aiguillon du savoir sur la vérité.

38Une telle indifférence au savoir a été repérée par Lacan dans la phrase "il ne savait qu'il (son père) était mort selon  son voeu". Ici, dans ce rêve que rapporte Freud, tout le poids de son intervention repose sur l’irréel d’une préposition. La préposition selon, en tant que mot invariable, sert à joindre deux mots en marquant leur rapport". Ce qui se trouve ainsi introduit pour sauver le réel de la jouissance Autre, est de l’ordre d’une supposition. Hypothèse, et donc non-su que Lacan reformule en disant que « les mots font les choses »10.

39En ajoutant ce selon  au dire de son patient Freud11 réintroduit un non-su (l'Unerkannte). Or, ce non-su, qui se traduit par une élision syntaxique, a valeur de déni dans la mesure où  le signifiant qui ce trouve ainsi élidé appelle un équivalent hallucinatoire (dans le "rêve de père mort" qui lui est rapporté) sous la forme d'une image12, d'une bonne forme, celle d'un père qui ne saurait être "pris en défaut" .

40Ce qui correspond, sur le plan conscient, à cette hallucination est la conviction de l'obsessionnel que la mort est un acte manqué. Il se trouve que LACAN a également explicité cliniquement la fonction d'autres locutions prépositives, telles que autour de, au lieu de, nulle part, dans leur usage métonymique ou métaphorique suivant les cas. Pour ma part j’avais envisagé quelques unes des ressources structurales de l’expression   « au delà de X...Y »13.

S#I

41Il reste l’épissure S#I. L’épissure S#I, extrêmement riche sur le plan symptomatique, en abolissant le pétale du sens rend impossible la distinction éthique entre le bien et le mal. Ainsi que s’exprime Melman (p.111) : « Si le sens n’est plus phalliquement orienté, dès lors il est évident que la parole risque toujours d’être porteuse d’une zone d’ombre  /.../ qui va être interprétée /.../ comme c’est le cas de tous les délires d’interprétation, comme maléfique /.../. »  Ce qu’elle efface est la jouissance du sens, ou encore jouissance sémiotique. Ce qu’elle tend à surmonter c’est l’instance du Bien. Deux versants sont ici de nouveau à distinguer.

Sur le versant symbolisation de l’Imaginaire (sI) prend effet l’ordre du Surmoi. Sa fonction mortifère culmine dans la fuite en avant des délires mystiques ou dans la fuite des idées dès lors qu’il y a lâchage du Réel et qu’il n’y a plus de ponctuation, plus de butée phallique au flux de parole. Le mythe est atemporel.

Sur le versant imaginarisation du Symbolique (iS) se trouve posée la question de la vérité. Le rêve ignore la contradiction. D’une certaine manière tout fait sens. C’est le règne de l’utopie et du virtuel.

42Au plan langagier les conjonctions (mais, ou, et, donc, or, ni, car) jouent le même rôle que celui des prépositions mais au niveau des propositions. Elles fournissent aux délires fantastiques les éléments quésitifs (pourquoi, quand, comment), adversifs (quoique, ni, mais14, car, toutefois, sinon) et inclusifs (ainsi, donc, puisque) nécessaires à leur survenue sur le site de l'épissure S#I . Qu’il s’agisse de leur surgissement ou de leur élision, ainsi que j’ai tenté de le montrer, certains éléments de langage (l’adverbe « mais », la préposition « selon », mais aussi le « prénom » dans le cas de J/J/ Rousseau), jouent un rôle éminent dans la production de ces épissures. Mais alors pourquoi ne pas entreprendre l’inventaire des moyens mis en œuvre pour la production de tels événements subjectifs ?

43Un second tableau, évidemment très succinct, pourrait résumer les effets des épissures :

R#S

rS

sR

Forçage du langage, le prendre au pied de la lettre. Agir au lieu de dire : (« Arrache lui les yeux » : les soeurs Papin)

Symboliser le sexe, et donc le parler, revient à le subjectiver, à le  mortifier. La honte (privation) s’y oppose.

S#I

sI

iS

Forçage du sens :

(« Je sais bien mais quand même ... ». « Tout ce que je dis est vrai »).

Ici règne le rêve ainsi que le virtuel. Confusion du propre et du figuré : délire interprétatif (« Ah, tu m’a bien baisé ! ») Transitivisme. Le bien dire (frustration) s’y oppose.

I#R

iR

rI

Forçage dans le Réel (piercing, transsexualisme). Fétiche : substitut pénien. Déni (« Il n’y a pas de mal à se faire du bien »).

Zwang : H&R : réalisation d’un scénario de restitution. Culte de la seconde chance. La castration s’y oppose .

Qu’est-ce qu’un symptôme ?

44Ici une question s’impose : qu’est-ce qu’un symptôme ?

45La tâche nous est facilitée par la définition que Lacan nous en donne (Ornicar ? n°2, p.96 : 10.12.1974) : « la notion de symptôme a été introduite bien avant Freud par Marx comme signe de ce qui ne va pas dans le réel. /.../ il est l‘effet du symbolique dans le réel. /.../ » Bon. DansOrnicar ?, 6, à la page 7, Lacan écrit : "le langage fait trou dans le réel". Donc le symbolique fait trou dans le réel. SO4H2, par exemple, est un symbole qui fait des trous dans les tissus aussi sûr que le travail des vers dans les cercueils. Mais on pourrait aussi bien continuer le jeu des questions en disant « au fond qu’est-ce qu’un trou ? » Puis, tant qu’on y est : pourquoi ne pas interroger ce qu’est un effet ?Qu’est-ce qu’un effet ?

46Cet « effet du symbolique dans le réel », quel est-il ? Et pourquoi pas l’effet du réel dans le symbolique ? Eh bien ça existe. Dans le séminaire sur l’Identification Lacan dit, par exemple, « Idéal  c’est ce qu’il y a de réel dans le symbolique ». Traduisez : L’idéal c’est de la haine cristallisée dans le social. C’est pas ça qui manque, tant au niveau des groupes que des couples. Et surtout que l’Idéal n’est soluble ni dans l’eau bénite, ni dans la  larmoyance tiers-mondiste, et encore moins dans le vitriol syndical. Ça doit tout de même poser problème aux psychanalystes qui ont suivi leur vocation par Idéal.

47Notons d’abord que le mérite de l’introduction par Lacan de la théorie des noeuds est d’être sur une ligne freudienne parfaitement orthodoxe. Pour que le noeud tienne le truc de Freud c’est de faire intervenir un quatrième rond, un en plus des trois, qui fera tenir les autres ensemble d’une manière disons régulée, borroméenne. Lacan dit que ce quatrième est le Nom-du-Père mais d’autres disent que c’est l’Oedipe, et par conséquent ils n’en veulent pas. Pas question d’oedipiser les psychotiques et les borderlines.

48Or certains ont tenté d’évaluer l’incidence du Nom-du-Père, ou plutôt de la fonction paternelle qu’il promeut, dans l’évolution actuelle de nos sociétés occidentales. Évolution notamment vers un matriarcat qui tend à réduire considérablement la place de la composante masculine de ces sociétés.

49Parmi ces auteurs, Lebrun, qui est venu récemment ici-même nous parler de ce qui le préoccupe, à savoir la nécessaire limitation de la jouissance. Problème kantien s’il en fut, et qu’il voudrait pourtant lier au bon usage de la fonction paternelle. Bien sûr, jusqu'à un certain point il brûle, puisque dans son Kant, Alexandre Kojève nous tend une perche,  en l’espèce ce lacet en forme de huit renversé que Lacan a maintes fois brandi à la suite de celui qu’il désigne comme son maître en philosophie, nommé dans RSI à au moins deux reprises.

50Mais là où le souci de transmettre un enseignement convainquant15 peut prêter à sourire, c’est lorsqu’on voit ce que certains auteurs ont pu faire de ladite fonction paternelle, tels Deleuze et Guattari, avec leur Antioedipe, mais surtout son éreintement par d’authentiques lacaniens. Tel feu Lucien Israël. Éminence de l’école strasbourgeoise de Psychanalyse Universitaire, Lucien, que j’ai bien connu et qui avait une voix grave et surtout un rire qu’on ne saurait oublier, Lucien Israël dans son dernier séminaire publié, ne manque pas d’affirmer carrément que le père réel ne sert à rien16. Il n’a même pas à être mentionné par une mère ou un proche. Avec ça Lebrun n’a plus qu’à aller se rhabiller.

51Notons en passant qu’entre Lucien Israël et Jean Allouch s’ébauche un cheminement qui va du « détruire dit-elle » que le premier relève chez Marguerite Duras, à la « destruction de l’objet » qu’évoque le second à partir d’une citation de Lacan (L06, 15.04.1959, p.26). A chaque fois il s’agit d’un franchissement du fantasme. Ainsi, Lucien Israël exhume un cas de sa pratique sous la forme de ce dire (p.51): « Faut-il qu’il m’aime pour me demander des choses aussi dégoûtantes ». Ce qu’il commente en disant : « L’apprentissage de l’amour passe obligatoirement par l’inouï ». De son côté Jean Allouch met l’accent sur cette « destruction de l’objet », comme effet du deuil, qui prélude à la réintégration de l’objet au titre d’une reconstruction du fantasme.  

52Or, ce n’est pas aussi simple que ça. Entre une femme qui se dit en quelque sorte revigorée dans son désir (à la suite d’une sodomisation inopinée pratiquée par son mari) et Hamlet sortant de sa procrastinisation (dès lors qu’il se sait blessé à mort), il y a toute une série de questions qu’il y a lieu de poser. Où, dans le noeud, situer le désir de l’Autre ? Où est le phallus ? questionne Allouch. Le phallus est à chercher partout où joue la barre, répond Lacan. O.K.

53Pour ma part ce qui fait barre et se barre à l’occasion est le quatrième, quatrième que je le nomme : pacte social. Je le tiens pour équivalent de ce qui, après guerre, c’est instauré comme règle commune sur le plan des relations politiques est-ouest, à savoir le pacte de Yalta. Mais ça ne dure qu’un temps puisque Yalta s’est écroulé avec le mur de Berlin, après l’arrivée de Gorbatchev. Si nous qualifions de démocratique le fonctionnement borroméen des trois pouvoirs (le législatif, le judiciaire, et l’exécutif), dès lors qu’un des trois tente d’échapper au contrôle des deux autres, un déséquilibre fait qu’on est obligé de prendre en ligne de compte un quatrième, (l’armée : par exemple), et ça vous donne au mieux un régime de colonels, au pire une dictature. Il s’agit là de symptômes sociaux.

54L’avantage du noeud est de clairement indiquer si l’on a affaire à un système où prévaut la dominance hiérarchique (telle qu’on l’observe dans les groupements d’animaux sauvages, les singes en particulier, mais aussi bien chez les humains, et surtout là où principe égalitaire se veut consensuel et tend à promouvoir la réciprocité telle que la concevait Rousseau), ou si l’on a affaire à un système régulé par le jeux de mourre et donc par un noeud de type borroméen. En son temps Lacan a assuré la promotion d’un groupe dont le lien serait de type borroméen, et donc un lieu de  parole où chacun saurait se passer d’un maître. Au sein du cartel, chacun prend la parole en principe en son nom propre sans préséance d’aucune sorte. Or, non seulement il apparaît qu’en pratique il s’y forme des clans, mais de surcroît certains participants s’arrogent une voix prépondérante. Le correctif nécessaire serait la référence commune au Plus Un, symptôme qui viendrait en quelque sorte renverser les hiérarchies établies … au profit d’un contrôle institutionnel.

55Dans les familles dites paternalistes cette hiérarchie est pondérée par l’arrivée de l’un en Plus, à savoir le dernier né, qui, un temps, aura tous les privilèges, y compris celui de tirer la barbe à papa.

56Mais le problème se posant dès la naissance de l’aîné, on a trouvé un autre moyen de rappeler cette acéphalie nécessaire à la succession des générations, en donnant à l’aîné le prénom du grand-père paternel. Ainsi le père s’adresse à son fils avec déférence comme s’il s’agissait de son propre père.

57Aujourd’hui ceci se retrouve au niveau des groupes institués, puisque en toute circonstance les moins bien dotés parmi eux sécrètent des minorités agissantes avec lesquelles  les groupes de tête devront composer. Le serpent phallique se mord ainsi la queue grâce un groupement révolutionnaire ou terroriste qui tient lieu de sinthome.

58Il nous faut bien admettre que l’anorexique, le toxicomane, le débile mental et le schizo de service jouent évidemment ce même rôle de pondération à l’égard des exigences phénoménales de certains autres membres de leur entourage. D’où aussi l’inanité du battage autour des modèles familiaux proposés, paternalistes ou non. A considérer ces phénomènes comme des effets de discours nous laisse une petite chance de faire équivoquer le S1, le signifiant maître qui les fonde, quelle que soit la place qu’il tient dans le discours, de manière à faire bouger les choses.

59Faire entrer un psychanalyste dans un réseau social c’est créer un symptôme nouveau dont il est recommandé qu’il « tienne » juste le temps nécessaire à ce qu’on autre nouage, plus souple, lui succède.

Conclusion

60Lacan s’est efforcé de donner des définitions structurales des trois dimensions R,S,I, libres de toute intrusion imaginaire mais ce dépouillement lui-même relève d’un chiffrement, d’un code, d’un langage, et donc des propriétés qu’il prête à l’inconscient.

61Il nous fournit même des règles de manipulation de ces dimensions sous la forme de trois remarques17 :

  1. Individualiser les ronds R, S, I, c’est porter à son maximum l’écart de sens entre eux.  

  2. Pour opérer avec il faut en être dupe.

  3. L’imaginaire fournit la consistance du nœud. « L’existence ne se définit qu’à effacer tout sens ».

62Dans ses derniers séminaire Lacan cherche, il s’en explique, et propose des cas de figure qu’il appartient à chacun d’apprivoiser. Lacan cherche, car la topologie des noeuds n’a rien d’intuitif. Ou plutôt : Lacan oriente sa recherche de manière à éliminer toute affirmation dans ce domaine qui ne serait  pas étayée d’une manière satisfaisante.  En cela il est exigeant et ça le conduit à décrire ce qu’il nomme des bouts de réel. Ainsi, il manipule des tores, et donc des objets topologiques semblables, tous pourvus d’une certaine consistance qu’il qualifie d’imaginaire. Ceci le conduit, non sans quelque paradoxe, à conférer a priori une consistance aux ronds du réel et au rond du symbolique sachant que cette consistance est imaginaire.

63A nous de trier parmi ces noeuds ceux qui conviennent au cas envisagé. Longtemps Lacan s’en est tenu à ce principe de tri, de réduction. Or, c’est sur ce point qu’il a dérogé en fin d’exercice, accumulant les cas d’espèce, nous laissant le soin de transmettre ceux qui nous paraîtraient probants.

Notes de bas de page numériques

1 J. LACAN, L22, RSI, Ornicar ? 3, p.104  31.01.1975 : « L’Un de sens c’est l’être, l’être spécifié de l’inconscient en tant qu’il existe ».

2 J. LACAN, Le Séminaire, Livre XXII, RSI, 18 février 1975, in Ornicar? n°4, p.105 .

3 Serge LECLAIRE, Séminaire à Vincennes, 1969, p.137.

4 Nadine BERTONI, 1992, Éléments d'une pragmatique du discours paranoïaque, in Psychologie française, 37, n°3-4, pp.203-212 .

5 Patricia JANODY, 1994, Schizophrénie et question du sujet, in Revue Internationale de psychopathologie, n°14, pp. 211-248 .

6 Inédit .

7 J. LACAN, Séminaire, L22, RSI, séance du 21/1/1975, Ornicar?,n°3, p.104 .

8 Umberto ECO, 1987, Arte et bellezza nell'estetica medievale, Strumenti Bompiani (p.176) .

9 J. LACAN, "Le symbolique, l'Imaginaire et le Réel", Bulletin de l'Association freudienne, nov.1981, p.12 .

10 J. LACAN, L25, 15.11.77 p.5 (AFI).

11 S; FREUD, 1911, Formulations sur les deux principes de l’événement psychique, in Résultats, idées, problèmes, I, PUF, pp.135-143 (p.142: exemple clinique "anonyme", fort justement rapporté au cas de l'Homme aux rats par BERNFELD) .

12 J. LACAN, Séminaire, Livre VI, Le désir et son interprétation (inédit), séances du 10/12/58 et du 7/1/1959.

13 Le Pornographe, 2003, inédit.

14 FREUD dans son observation de l'H&R insiste sur la valeur d'un certain "aber" (mais) "accompagné d'un geste de rejet" (paroxyton: H&L, p.185, n.391) en signe de défense contre "l'immixtion de quelque chose d'étranger ou de contraire" (Cinq psychanalyses, p.245, n.2-3) dont l'énonciation (l'intonation) a pu varier dans le temps, offrant ainsi à l’interprétation des possibilités de glissement (dans le Symbolique) .

15 « L’enseignement, c’est un symptôme », écrit Melman (op.c. p.5)

16 Israël L., Marguerite D. au risque de la psychanalyse, Deux séminaires : Détruire dit-elle (1979) et Franchir le pas (1980), Erès Arcanes, p.49 : « Ça n’est absolument pas vrai qu’on ait besoin de la présence réelle d’un père. Bien sûr, il y en a qui viendront vous bourrer le mou avec des bêtises de ce genre. Ne vous étonnez pas après ça si vous vous êtes laissé gaver de ces niaiseries, ne vous étonnez pas de vous trouver parfaitement incapable de changer le destin des enfants un peu dingues qu’on vous amènera à traiter ».

17 Lacan L22, Ornicar ? n°2 p.102.

Notes de la rédaction

Conférence prononcée dans le cadre du séminaire de l’AEFL

Pour citer cet article

Stoïan Stoïanoff, « symptôme... », paru dans Oxymoron, 0-, symptôme..., mis en ligne le 08 avril 2010, URL : http://revel.unice.fr/oxymoron/index.html?id=3105.


Auteurs

Stoïan Stoïanoff

Stoïan STOÏANOFF-NENOFF est diplômé de neuropsychiatrie et praticien de la psychanalyse. Membre de l’AEFL il est l’auteur d’une soixantaine d’articles et de trois ouvrages : 1992, Transmission de la psychanalyse; 1996, Qu'en dira-t-on? Une lecture du Livre XII du Séminaire de Jacques Lacan; 1998, Pour une clinique du réel, Lacan et ses didacti(c)hiens.