Oxymoron | 0- Numéro inaugural 

Jean-Pierre Bénard  : 

Quel objet pour la psychanalyse ?

Résumé

Le phallus en tant qu’il aurait voir avec l’ordre signifiant, ce phallus, ce quelque chose qui vient à un niveau qui excède la parenté sans pourtant lui être étranger vient en fait se conjoindre avec la dimension du sceptre et des pouvoirs. Pouvoirs inscrits d'emblée selon l'ordre d'une discrimination sexuée. Dès lors, saisir quoique ce soit à ce qui se trame du côté des mythes fondateurs et de la fondation du sujet, des sujets, implique que nous puissions effectuer un démontage de ce qui est en jeu du côté de ce phallus, des pouvoirs et de leur répartition, de la famille et de ses formes de composition nécessaires et multiformes. Le mirage de l’universalité du mythe freudien de l’Œdipe cède alors le pas aux mystères de la sexuation ou plutôt des sexuations dont chacune des formes – bien énigmatiques – s’établie sous les auspices des mythes évolutifs qui la promeuvent. Si l’écoute du clinicien ne peut s’abstraire des linéaments freudiens, pas plus que des apports lacaniens, il devra néanmoins oublier ce savoir pour reprendre pragmatiquement et singulièrement ce que le divan lui apporte de la nécessité d’une nouvelle élaboration où se construit un renouveau du vivant. Soit ouvrir les impasses des relations du sujet avec son grand Autre et ses petits autres, hors l’imposition d’aucune norme idéologiquement préétablie.

Index

Mots-clés : famille , Freud, Hans, mère dévorante, mythe, père, phallus, sexuation, Œdipe

Texte intégral

1Au point où nous en sommes arrivés dans la mise en valeur du texte lacanien qui se propose comme un référentiel, se trouve être encore reposée la question de la théorie. La théorie, si tant est que le singulier lui convienne, est quelque chose que nous aimerions bien pouvoir saisir comme un objet petit a pour en jouir. Malheureusement, c’est bien ce qui dans le champ analytique nous est interdit. C’est en ce sens que tous les discours ne s’équivalent pas. La question du signifiant semble bien pour nous être première. Il ne saurait y avoir de savoir préétabli pour cette raison logique amenée par Lacan dans le champ analytique et énoncée ainsi : le signifiant ne se signifie pas lui-même, il n’y a donc pas de texte signifiant qui puisse se fermer sur lui-même. Nous serons donc toujours conduits à rouvrir la théorie, faute de quoi nous serions amené à substituer à l’incessante ouverture d’où procède la psychanalyse une  herméneutique. Nous devons donc penser ce séminaire sur ladite Relation d’objet, comme un temps d’une élaboration pour le champ analytique et pour Lacan lui-même, avec un avant et un après.

2Concernant alors de ce qu’il en était de la problématique œdipienne en ce temps lacanien, nous devons nous apercevoir que Lacan ne l’abordait pas de la même manière que Freud. Il a été rappelé tout à l’heure cette phrase de Freud à propos du petit Hans : « Je savais que viendrait un jour un petit garçon qui aimerait tant sa maman qu’il aurait forcément peur de son père ». Ce qui semble ici premier pour Freud c’est le désir qui anime l’enfant à l’égard de sa mère. Cette référence première à l’enfant nous allons la retrouver par exemple à la SFP, Société Française de Psychanalyse, qui a organisé à la fin de l’année dernière un congrès sur la « Figurabilité », traduction d’un terme allemand utilisé par Freud dont il est fait un concept qui aurait sa place pleine et entière dans la dynamique de l’interprétation.

3Mais il est un point sur lequel il fut fortement mis l’accent et avec lequel se marque une différence explicitement accentuée avec le champ lacanien et qui concerne la place de l’enfant dans la dynamique subjective. Il aura été textuellement dit qu’il ne faut pas innocenter l’enfant. Il conviendrait donc de se référer en priorité à des instances psychiques qui seraient là présentes dès l’origine chez l’enfant.

4A partir du moment où il est posé, dans toute la dynamique œdipienne, la primauté de ce qui est en jeu du côté de l’enfant, certains ont été amenés à proposer l’existence chez l’enfant de ce qui a été nommé « le sexuel primordial », un quelque chose qui serait donc une instance première, point d’appui fondamental pour tout le développement ultérieur de l’inscription sans équivoque de tout enfant dans la dynamique œdipienne. Lorsque Lacan reprend la question œdipienne du côté du petit

5Hans, et si on fait un petit peu attention à ce qui se passe on s’aperçoit que le problème fondamental pour Lacan, ce n’est pas tellement que ça partirait de l’enfant justement. Nous avons ainsi, au moment du séminaire sur La relation d’objet, deux versions de l’Oedipe. Pour Lacan le problème fondamental, c’est la mère. Ce n’est pas l’enfant. C’est le désir de l’Autre. Il nous le répète assez souvent pour que nous puissions essayer de l’entendre. S’il est bien question du désir du sujet, c’est en tant qu’il est d’abord et fondamentalement désir de l’Autre. La question centrale telle quelle est posé par Lacan s’appuie sur ce que serait la relation primitive de la mère à l’enfant. Lorsqu’il parle de relation primitive nous devons remarquer qu’il sait utiliser le terme de première plutôt que primitive s’il le veut. Quand il parle à d’autres moments de choses qui sont dites primitives elles ont plus à voir avec une répartition entre les notions de nature et de culture qu’avec une notion de primarité. La notion de primitif appelle souvent ce qui serait hors culture. S’il est vrai que souvent l’enfant nouveau-né n’a de relation qu’avec sa mère, cette situation doit-elle être considérée comme un invariant structural, universel pour les effets non moins universels qu’on lui suppose ? L’enjeu de la réponse est tout à fait considérable car elle engage l’assurance ou la remise en cause d’un point d’appui essentiel à la tenue de la plus grande partie du corpus lacanien, et qui est le pivot phallique. Avec cette version lacanienne d’une relation primitive nous pouvons nous demander s’il n’y aurait pas lieu de reprendre quelque peu la question que nous évoquions tout à l’heure de la phobie. La famille typique qui est requise par Lacan pour expliquer toute la dynamique subjective ressemble étrangement à la famille même du petit Hans telle qu’elle nous est présentée par Freud. Qu’est-ce qu’une mère normale, qu’est-ce que la mère de la relation primitive à l’enfant ? C’est la mère du petit Hans. C’est une mère toute-puissante, ou qui serait toute-puissante. Auquel cas il serait nécessaire qu’avec cette mère initialement toute-puissante, et qui aurait une relation exclusive, anéantissante, avec son enfant, il serait nécessaire donc, que le père ait cette fonction absolument fondamentale d’intervenir et de s’inscrire en tiers pour littéralement sauver l’enfant. Il me semble qu’il est possible de poser comme hypothèse que la famille typique lacanienne nécessaire à soutenir la théorie du père comme tiers, c’est la famille en tant qu’elle produirait nécessairement une problématique phobique.

6Lorsque Freud introduit le père ou du moins lorsque l’enfant est forcé d’avoir peur du père parce qu’il aime trop sa mère, il s’agit bien de l’enfant en tant qu’il peur du père, ce père qui vient là signifier qu’il possède la mère et dans sa présence jalouse se manifesterait comme dangereux pour l’enfant. Pour Lacan les choses se présentent d’une manière quelque peu différente car si Lacan ne récuse pas ce temps de la peur, il en introduit un autre qu’il inscrit dans leur rapport entre la mère toute-puissante et l’enfant, en tant que dans ce premier temps ce n’est pas le père qui se présente comme dangereux, mais la mère, à l’instar de la mante religieuse. Cela est articulé par Lacan d’une manière particulièrement insistante : « Ici nous voyons l’expérience concrète, psychologique telle qu’elle nous est donnée, est tellement en cette vocation paradoxale, puisqu’en fin de compte dans l’acte d’amour il est clair que c’est la femme qui reçoit réellement, elle reçoit bien plus qu’elle ne donne. Tout nous indique, et l’analyse à l’expérience a mis l’accent là-dessus, qu’il n’y a pas d’opposition qui sur le plan imaginaire soit plus captatrice voir plus dévorante que la sienne. »1 ou encore : « cette mère inassouvie, autour de laquelle se construit toute la montée de l’enfant dans le chemin du narcissisme, c’est quelqu’un de réel, elle est là et comme tous les êtres inassouvis, elle est là cherchant ce qu’elle va dévorer. Ce que l’enfant a trouvé lui-même autrefois pour écraser son assouvissement symbolique, il le retrouve devant lui possiblement comme la gueule ouverte. L’image projetée de la situation orale, nous la retrouvons aussi au niveau de la satisfaction sexuelle imaginaire. Le trou béant de la tête de Méduse est une figure dévorante que l’enfant rencontre comme issue possible dans cette recherche de la satisfaction de la mère. C’est un grand danger qui est précisément celui que nous révèlent nos fantasmes. Dans le fantasme "dévorer" nous le trouvons à l’origine, et nous le retrouvons à ce détour où il nous donne la forme essentielle sous laquelle se présente la phobie. »2. Il y a un quelque chose de tout à fait constant chez Lacan, la position première de la mère est une position dévorante, dangereuse. Il n’y a pas lieu de considérer que cela soit faux, mais est-ce systémiquement, structurellement, toujours vrai ? Néanmoins, lorsque Lacan évoquait la problématique œdipienne en avançant qu’il s’agissait là du rêve de Freud, cela ne signifie pas que Lacan considérait que Freud se trompait, mais simplement qu’il n’avait pas réellement formalisé ce que Lacan voulait établir comme axe fondateur du sujet : le phallus. Cette tentative ne disqualifiait pas fondamentalement le mythe freudien que Freud supposait inscriptible au titre d’une vérité universelle. C’est précisément cette universalisation qui pose un problème de réduire la dynamique de la complexe sexuation de l’enfant à la rivalité œdipienne. De la même manière, nous devons nous demander si le mythe de l’amante mère religieuse et dévorante ne serait pas le mythe de Lacan, ou s’il s’agit bien d’un élément de la dynamique constitutive de tout sujet.

7La clinique est, à cet égard, d’un faible secours puisqu’il apparaît très hautement vraisemblable qu’il existe bien des familles qui fonctionnent selon les modes posés par Freud ou Lacan sans pourtant que nous puissions y trouver argument pour une universalisation. Cette question, de ce que serait pour Lacan une famille hautement significative, référentielle, mériterait d’être rouverte avec une prise en compte renouvelée de la famille Joyce par exemple. Mère toute-puissante, “déclin” du père, etc. Nous sommes, en fait, confrontés à une question bien difficile, une sorte de paradoxe, si la mère est posée comme fondamentalement toute-puissante il faudrait pourtant qu’elle puisse faire cas de la parole du père, mais si elle fait cas de la parole du père elle n’est donc pas toute-puissante, elle n’est donc plus dangereuse et dévorante, et alors, en quoi l’instance paternelle serait-elle nécessaire sous la forme du sauveur ? Mais si elle se manifeste comme toute-puissante, sans faire cas de la parole du père, alors ce père pourrait bien vociférer et férocement sans pour autant que quiconque en soit affecté, le renvoyant à une espèce d’impuissance fondamentale.

8Nous sommes donc confrontés à la cohérence même de ce que Lacan avance quant à la structure familiale qui serait typique. La notion d’imaginaire, telle qu’elle est  évoquée par Lacan dans la citation précédente, ne doit pas être confondue avec la notion confuse d’imagination fantasmatique. Un des termes utilisés par Lacan nous oriente d’ailleurs dans une autre direction : captatrice. La notion d’imaginaire ici invoquée par Lacan est encore très proche de celle qu’il institue dans le Stade du miroir où la fonction de l’image est une fonction réellement formatrice. Cet imaginaire là est un réel. De même d’ailleurs – nous ne reprendrons  pas cette question maintenant – que le père dit imaginaire. « Il est clair qu’il ne faut pas aller trop vite, parce que ceci n’est pas en soi donné par le seul fait que la venue au jour de la mère en tant que toute-puissante, est réelle. » – « je vous ai parlé de la relation primitive à la mère, qui devient au même moment un être réel, précisément en ceci que pouvant refuser indéfiniment, elle peut littéralement tout [...] l’efficace essentiel qui se présente d’abord à ce niveau comme la toute-puissance de l’être réel... » – « Je suis en train de vous dire que la mère est primordialement toute-puissante, et que dans cette dialectique nous ne pouvons pas l’éliminer (sic) pour comprendre quoi que ce soit qui vaille. »3

9Il s’agit donc bien d’un réel de la mère. Que faut-il qu’elle soit exactement cette mère pour produire une redoutable catastrophe subjective au niveau de l’enfant, que se passe-t-il ? Eh bien ! Elle est radicalement inassouvie, reprenons une citation précédente : « Alors que se passe-t-il ? Nous retrouvons aussi possiblement la régression, car en fin de compte cette mère inassouvie, insatisfaite, autour de laquelle se construit toute la montée de l’enfant dans le chemin du narcissisme, c’est quelqu’un de réel, elle est là et comme tous les êtres inassouvis, elle est là cherchant ce qu’elle va dévorer. »4 Nous ne pouvons pas ne pas penser à la problématique de l’angoisse telle que Lacan l’évoquera dans le séminaire du même nom, question qu’il reprend avec l’ambiguë figure de la mante religieuse.

10J’avais noté encore un certain nombre de questions par rapport à ce qui a été abordé ce matin. Je vais reprendre un de ces points, parce que c’est une thématique qui n’a pas été vraiment ouverte, mais nous avons déjà évoqué tellement de choses. C’est autour de la question de la toute-puissance justement pour qu’on voit que la question de la toute-puissance, déjà, si on a bien entendu les extraits que j’ai cité il s’agit d’une toute puissance dévorante, mortelle. Mais comment est-elle mortelle ? Comment dans une relation quelque chose pourrait produire non pas tant une mort réelle du corps, mais une sorte de mort mentale. Ceci paraît être une question tout à fait importante… Il convient de souligner que dans ses derniers séminaires, Lacan semblera remettre en chantier des points qui semblaient bien assurés jusqu’alors. L’inconscient est sexuel nous dit-il, bien qu’il nous faut remarquer que dans le séminaire Le moment de conclure Lacan semblera revenir sur cette position somme toute assez dogmatique pour nous offrir à entendre que Freud était un « obsédé du sexuel ». Lacan soulignera en outre, que « certes » il n’y a pas de rapport sexuel, bien qu’il y en ait entre les générations… C’est ainsi à une succession de remises en cause que ce séminaire nous confronte avec cette affirmation, par exemple, que la psychanalyse n’est pas une science, mais une philosophie, où tout discours a un effet de suggestion. C’est la raison pour laquelle je reprenais tout à l’heure la question du signifiant « frère », ça me paraît choquant dans notre champ qu’on accepte de s’embarquer, même si c’est vrai, à admettre a priori que si c’est le frère qui occupe une certaine fonction alors ce serait nécessairement un scandale. Avant de se prononcer ainsi, il conviendrait d’abord de savoir ce que « frère » veut dire dans le contexte d’où il est extrait. Revenons à La relation d’objet : « Dans tous les cas – et c’est quelque chose sur quoi il me semble que nous n’insistons pas beaucoup – dans tous les cas où le pouvoir politique, même dans les sociétés matriarcales, est androcentrique, il est représenté par des hommes et par des lignées masculines, et que telle ou telle anomalie très bizarre dans ces échanges, telle ou telle modification, exception, paradoxe qui apparaisse dans les lois de l’échange au niveau des structures élémentaires de la parenté, ne sont strictement explicables que par rapport et en référence à quelque chose qui est hors du jeu de la parenté – il n’y a donc pas tout dans la parenté –, et qui est le contexte politique, c’est-à-dire l’ordre du pouvoir, et très précisément l’ordre du signifiant, l’ordre où sceptre et phallus se confondent. » L’ordre du pouvoir, ce serait donc l’ordre du signifiant à un niveau ou sceptre et phallus se confondraient. C’est-à-dire que ce qu’on peut entendre c’est que le phallus en tant qu’il à voir avec l’ordre signifiant, ce phallus, ce quelque chose qui vient à un niveau qui excède la parenté sans pourtant lui être étranger vient se confondre avec la dimension du sceptre et du pouvoir. Il ne s’agit pas seulement du côté de la fonction paternelle chez Lacan d’une fonction vitale pour l’enfant, mais aussi d’un phallus qui vient régler le fonctionnement de l’ordre même de la société. Nous avons donc affaire là à un système qui est radicalement androcentré. Je voulais revenir aussi sur un point à partir de ce qui a été évoqué ce matin de la notion de père imaginaire, il y a une difficulté particulière de ce côté dans le séminaire La relation d’objet, car ce père imaginaire, et la difficulté repose sur l’usage du terme imaginaire, ce n’est pas ce père qu’on imagine car c’est le père qui ordonnerait réellement la privation. Le père imaginaire qui vient ordonner qu’une femme manque du phallus, et c’est un manque qui est une ordination, une mise en place de quelque chose qui est absolument fondamental, il s’agirait d’un réel d’une assignation des femmes à une place où elles doivent se reconnaître comme manquantes, mais pas seulement manquantes, mais manquantes de ce dont le père imaginaire les prive réellement. C’est extrêmement complexe car voilà un imaginaire qui a une fonction réelle d’assigner toutes les femmes à cette place de la privation. Cela c’est la dimension première du père imaginaire pour autant qu’il met en place la privation qui est absolument nécessaire et fondamentale comme premier temps pour pouvoir comprendre ce qui ressortit de la castration, ou du moins de la menace de castration. C’est la menace de perdre ce phallus pour autant qu’il ferait de l’homme dans sa métamorphose féminisante un objet d’horreur, l’autre part de l’humain dépourvu du phallus ! C’est très compliqué, cette théorie de Lacan car dès que l’on essaie d’ouvrir telle ou telle proposition on se retrouve face à des présupposés dont l’évidence n’apparaît pas manifeste. Mais ce n’est pas le seul point qui fait difficulté. En effet, ce qui est susceptible de nous frapper, c’est que tel concept qui semble apparaître plus ou moins tardivement dans le cours de l’élaboration de Lacan est en fait souvent déjà présent à l’état d’ébauche dans les tous premiers temps de son travail. Par exemple lorsqu’il s’agit de la question de la jouissance Autre on a on a l’impression que cette modalité de jouissance est déjà inscrite en filigrane de ce qu’il nous propose de la jouissance de la mante religieuse qui « jouit ailleurs mais aussi là » où se situe le phallus. Nous voyons se profiler ici une division dans la jouissance de l’amante entre une jouissance « là », phallique, et une autre jouissance ailleurs. Lacan en a certainement eu, je dirais l’intuition, bien avant qu’il n’en propose une formalisation dans Encore.

11Je terminerai sur une petite remarque concernant la division entre la nature et la culture pour souligner qu’il semble bien apparaître que le monde de la nature dans la théorie serait le monde de la mère, celui de la sauvagerie animale, alors que le monde de la culture serait celui du père, du nom du père comme agent civilisateur. Dans ce séminaire sur La relation objet Lacan affecte la mère d’une « néantisation symbolique », ce qui fait nécessairement d’elle une instance déréglée, et en ce sens dangereuse.

12Mais cette néantisation reste à démontrer, néanmoins elle semble nécessaire pour promouvoir la valeur salvatrice et chronologiquement seconde du nom du père. Le remarquable dans cette affaire c’est qu’il est nécessaire, pour que le père exerce son action, que l’enfant soit dans un premier temps du ressort exclusif de la mère, ce qui ne semble être rien d’autre qu’une prescription culturellement organisée. C’est ainsi que certaines mères témoignent qu’en dehors de l’enfant, qu’en dehors de cette fonction culturelle que l’on appelle : mère, elles ne sont rien, rien d’autre que la prescription à laquelle elles sont assignées, assujetties. Je m’arrêterai sur une remarque quant à la notion de prescription parce qu’elle ouvre une possible béance entre ce que nous concevons comme des invariants structuraux et ce qui pourraient bien n’être que des prescriptions culturelles, mythiques.

Notes de bas de page numériques

1  Lacan Jacques, La relation d’objet, version AFI, p. 119.

2  Ibid., p. 155.

3  Ibid., p. 146.

4  Ibid., p. 155.

Pour citer cet article

Jean-Pierre Bénard, « Quel objet pour la psychanalyse ? », paru dans Oxymoron, 0-, Quel objet pour la psychanalyse ?, mis en ligne le 06 avril 2010, URL : http://revel.unice.fr/oxymoron/index.html?id=3067.


Auteurs

Jean-Pierre Bénard

Jean-Pierre Bénard est psychanalyse et psychiatre. Il exerce en cabinet privé à Aix en Provence, et assure plusieurs supervisions dans des CMP. Il a publié deux ouvrages Tentation paranoïaque et démocratie, Essai sur l'horreur, L'Harmattan, 2000, et avec Elisabeth Godart Freud, Lacan…quel avenir, Aggiornamento pour la psychanalyse, L'Harmattan 2007.