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Odile Gannier  : 

Les Aventures d’Arthur Gordon Pym : navigation aux pôles, de Symmes à Jules Verne

The Narrative of Arthur Gordon Pym, and other novels about sailing to the poles

Résumé

Le roman d’Edgar Poe, The narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, ainsi que certaines de ses nouvelles, comme « Une descente dans le Maelstrom », ou « Manuscrit trouvé dans une bouteille », ont marqué l’histoire des romans d’exploration maritime. Dans sa première partie à la fois réaliste et conventionnel, le récit des Aventures d’A. G. Pym adopte le schéma narratif du journal de bord, ouvrant la voie à de nombreux autres romans par la suite. Les romans d’exploration ont aussi été inspirés par ce modèle, particulièrement ceux de Jules Verne : Le Sphinx des glaces (1897) se donne même ostensiblement comme une suite aux aventures d’Arthur Gordon Pym, reprenant l’histoire au point où E. Poe l’a laissée – en suspens, dans une fin incertaine –, et c’est ainsi tout le problème de la continuation, du supplément, qui se trouve explicitement posé. Cependant, Le Sphinx des glaces n’est pas le roman qui a connu le plus de succès dans le genre prolifique du roman maritime, spécialement les romans des pôles. Dans Le Chancellor, Journal du passager J.-R. Kazallon, en 1875, Jules Verne avait repris aussi l’idée d’une succession d’événements nautiques qui épuisent à peu près tous les possibles narratifs. Mais les successeurs de Poe ont rarement mêlé fantastique et réalisme avec autant de talent que lui.

Abstract

Edgar A. Poe’s novel, The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, as well as some of his short stories (A Descent into the Maelström, or Ms. found in a bottle) are memorable in the history of maritime exploration novels. Being in the first part both realistic and conventional, the outline of The Narrative of A. G. Pym follows a logbook pattern, paving the way to a lot of other novels thereafter. Exploration novels too were inspired by this model, particularly those by Jules Verne, who explicitly said he was writing a continuation to Poe’s novel in Le sphinx des glaces (1897), as the end of Pym seemed uncertain: that is the problem of writing a sequel to a novel. However, Le Sphinx des glaces did not turn out to be the most successful novel in the prolific outpouring of sea writing, especially at the poles. In The Chancellor, JR Kazallon’s logbook, (1875), Verne had already recalled a series of sea events, covering more or less all the possible narrative patterns. Thus novelists have found a new way of writing sea voyage narratives after Pym’s adventures, on a scientific basis. But they scarcely mixed fantasy and realism with the same talent.

Index

Mots-clés : Le Chancellor de Jules Verne , Le Sphinx des glaces de Jules Verne, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe, navigation aux pôles, roman maritime

Plan

Texte intégral

Voici, mes chers lecteurs, un romancier américain de haute réputation ; vous connaissez son nom, beaucoup sans doute, mais peu ses ouvrages.
Permettez-moi donc de vous raconter l’homme et son œuvre ; ils occupent tous les deux une place importante dans l’histoire de l’imagination, car Poë a créé un genre à part, ne procédant que de lui-même, et dont il me paraît avoir emporté le secret ; on peut le dire *chef de l’École de l’étrange* ; il a reculé les limites de l’impossible ; il aura des imitateurs. Ceux-ci tenteront d’aller au-delà, d’exagérer sa manière ; mais plus d’un croira le surpasser, qui ne l’égalera même pas1.

Ainsi parlait Jules Verne en 1864. Les romans et nouvelles alors récemment traduits par Baudelaire, en 1858, avaient connu un relatif succès en France, alors que ses lecteurs outre-atlantique ne se multipliaient guère2.

Quand Poe publie, en 1838, les Aventures d’Arthur Gordon Pym, les pôles sont encore enveloppés de leur mystère, malgré les expéditions de Kerguelen en 1772, Cook en 1773, James Weddell en 1823, Dumont d’Urville (en Terre-Adélie) en 1840, Charles Wilkes, James Clarke Ross. Ce récapitulatif est d’ailleurs inséré dans le roman et Ross est le nom du parent chez lequel Pym doit résider. En 1836, Jeremiah Reynolds avait proposé au congrès américain une expédition au pôle sud, et Edgar Allan Poe lui-même avait publié dans le Southern Literary Messenger de janvier 1837 une note sur ce projet3. Poe avait aussi consulté assidûment la relation du Capitaine Benjamin Morrell, Narrative of Four Voyages to the South Sea, North and South Pacific Ocean, Indian and Antarctic Ocean publié à New York en 18324. Toutes ces expéditions sont sous-tendues par des théories géographiques, que les voyages doivent confirmer ou infirmer. Poe connaissait, semble-t-il, les théories dites de la « terre creuse », particulièrement évoquées en 1818 par un certain John Cleeves Symmes, qui, peut-être à la suite d’Euler, avait imaginé une terre composée de sphères emboîtées. Constituée d’une coquille d’environ 1300 km d’épaisseur, elle présente des ouvertures d’environ 2300 km au niveau des deux pôles et quatre coquilles intérieures, chacune d’elles étant également ouverte aux pôles. Symmes voulait vérifier in situ la véracité de cette théorie mais il mourut en 1829 sans avoir pu le faire. On lui attribue pourtant, en 1820, un roman paru sous le nom du Capitaine Adam Seaborn – qui fleure bon le pseudonyme du parfait pionnier de la mer – Symzonia, A Voyage of Discovery. On a pu supposer que le nom même de Pym était un mot-valise composé de Poe et de Symmes5.

La plupart des romans des pôles6 suivent le modèle du journal de bord, forme narrative adoptée par les véritables voyageurs lorsqu’ils livrent au public les résultats de leurs expéditions. Par sa cohérence, Arthur Gordon Pym apparaît comme l’archétype du roman des pôles, si l’on excepte quelques accrocs de détail dans les « raccords ». Sous la forme d’un journal tenu par le héros, les épisodes se succèdent à un rythme soutenu, avec une alternance de catastrophes et de résolutions. Mais le récit s’achève abruptement en pleine action. La note finale prétendument due à l’éditeur juxtapose deux indications de taille : deux ou trois chapitres doivent manquer ; Pym est mort. Si on lit rapidement, on a tendance à conjuguer les deux faits et à croire que le héros n’a pas pu survivre au maelström qui l’emporte au moment où le récit s’interrompt. On oublie que la préface du roman commençait par « Lors de mon retour aux États-Unis, il y a quelques mois7 » (Pym, 31) et donc que Pym a survécu. Cependant, la note finale précise qu’il vient de mourir. Entre les deux, la lacune, matérialisée par les points de suspension finaux du récit, « la blancheur parfaite de la neige… » offre à Jules Verne la paralipse qu’il va combler par sa continuation. Dans son article sur Poe, Jules Verne conclut :

Et le récit est interrompu de la sorte. Qui le reprendra jamais ? un plus audacieux que moi et plus hardi à s’avancer dans le domaine des choses impossibles.
Cependant, il faut croire que Gordon Pym se tira d’affaires puisqu’il fit lui-même cette étrange publication ; mais il vint à mourir avant d’avoir achevé son œuvre. Poë semble le regretter vivement, et décline la tâche de combler la lacune8.

Malgré tout (mais 33 ans plus tard), Verne reprend les Aventures de Pym dans Le Sphinx des glaces9. Mais un supplément n’est pas une simple suite.

I. Pym et le roman d’aventures maritimes

Les Aventures de Pym se présentent comme un roman maritime. Certes, ce n’est ni le premier du genre (il vient après ceux de l’Américain Fenimore Cooper, des Britanniques Walter Scott ou Frederick Marryat, des Français Eugène Sue ou Édouard Corbière), ni le dernier (ils vont ensuite se multiplier). Cependant, si les notations du temps ne sont pas toujours absentes, elles ne prennent généralement pas la forme du journal, tenu au jour le jour10. Poe innove : cette forme permet de remplacer la progression logique par une juxtaposition simplement chronologique. La causalité disparaît ainsi derrière une répartition faussement aléatoire des événements. Pym explique en effet qu’il n’a commencé « à tenir un journal régulier qu’après la période dont traite [la] première partie » (Pym, 222). Le récit alterne journal et narration classique de type « mémoires » à quatre reprises et chaque fois pour une semaine environ, sans dupliquer l’un par l’autre, possibilité que justifie la possession providentielle par le héros d’un carnet et d’un crayon. Le renforcement mutuel du journal et du récit pour provoquer l’effet de réel est un des traits génériques du roman maritime.

Cette variation anime singulièrement le roman tout en donnant l’impression qu’il s’agit bien d’un témoignage. La présence du journal ponctue le récit comme autant de preuves de véracité. De même, les nombreuses coordonnées géographiques qui jalonnent le texte renforcent le régime de l’exactitude scientifique. Le récit lui-même multiplie les marques d’authentification :

Une considération qui particulièrement me faisait reculer était que, n’ayant pas tenu de journal durant la plus grande partie de mon absence, je craignais de ne pouvoir rédiger de pure mémoire un compte rendu assez minutieux, assez lié pour avoir toute la physionomie de la vérité – dont il serait cependant l’expression réelle – […]. Une autre raison, c’était que les incidents à raconter se trouvaient d’une nature si merveilleuse, que mes assertions n’ayant nécessairement d’autre support qu’elles-mêmes (je ne parle pas du témoignage d’un seul individu, et celui-là à moitié Indien), je ne pouvais espérer de créance que dans ma famille et chez ceux de mes amis qui, dans le cours de la vie, avaient occasion de se louer de ma véracité ; – mais, selon toute probabilité, le grand public regarderait mes assertions comme un impudent et ingénieux mensonge. (Pym, 31-32)11

Technique éprouvée de tous les récits de voyage, reconnaître d’emblée que l’on prête le flanc à l’accusation de fiction est le meilleur moyen de s’en défendre, comme l’avaient fait Defoe ou Swift pour les Voyages de Gulliver12. Cette assertion s’accompagne généralement, en préface, de l’aveu de l’inaptitude à écrire – ce que ne manque pas de faire Pym. Cette incompétence, proclamée plutôt qu’avouée, à user des ressources littéraires (par définition celles de la fiction) entraîne, explicitement ou non, la conclusion nécessaire du syllogisme : qui ne sait user de la rhétorique ne sait mentir ; or je ne sais pas écrire ; donc ce récit est véridique. Ici Pym en reste à l’enthymème en soulignant sa « défiance de ses talents d’écrivain » (Pym, 32)13.

Le discours de Pym ne peut être séparé des autres jeux par lesquels Poe rend le statut de l’œuvre indécidable. L’édifice repose sur une métalepse de l’auteur, au sens étudié par G. Genette : « transgression délibérée du seuil d’enchâssement14 ». Car Poe lui-même fait partie du mécanisme de la fiction : intégré à la préface de Pym, il n’est qu’un éditeur, voire un « nègre », qui s’engage à publier les aventures de Pym « sous le manteau de la fiction » (Pym, 3315. Il accepte donc paradoxalement de passer pour un fabulateur, alors même que sa position en tant que fondateur d’un journal cité dans le roman, le Southern Messenger, lui donne une autorité institutionnelle. Cette mise en scène passe aussi par l’apparat : outre la préface, quelques notes, signées « E.A.P. » commentent les choix génériques du narrateur Pym, Poe prenant le relais dans la note finale, lorsque la mort prive les lecteurs des derniers détails de la vie de Pym. Poe emploie alors le même procédé de dénégation que celui de son narrateur délégué, mais à l’envers, en dénonçant une différence de style évidemment inexistante :

Après cet exposé, on verra tout d’abord ce qui m’appartient, ce qui est bien de ma main dans le récit qui suit, et l’on comprendra aussi qu’aucun fait n’a été travesti dans les quelques pages écrites par M. Poe. Même pour les lecteurs qui n’ont point vu les numéros du Messager, il serait superflu de marquer où finit sa part et où la mienne commence ; la différence du style se fera bien sentir. [signé] A. G. Pym, New York, juillet 1838. (Pym, 33-34)16.

Les péripéties se succèdent comme autant de motifs combinables et relativement clos sur eux-mêmes, comme dans un feuilleton, dans une succession d’événements plus effrénée que dans la plupart des romans d’aventures. On y épuise pratiquement tous les accidents possibles à bord : abordage, passager clandestin, mutinerie, défaut d’arrimage, maladie, tempête, naufrage, disette, tirage à la courte paille, cannibalisme, requins, sauvetage, vaisseau fantôme, expédition vers le pôle, courants, brouillards, icebergs… On va de Charybde en Scylla, et cela, aussi bien dans la première moitié qui relève de l’esthétique du roman maritime, que dans la seconde, qui penche plutôt vers le roman d’exploration.

S’y ajoute la marque caractéristique de Poe : la présence d’un mystère à résoudre et la part du fantastique ou de l’étrange (comme dans « Un manuscrit trouvé dans une bouteille » ou « Descente dans le maelstrom »). Cependant si l’on juge que le mystère est celui de la civilisation de l’île Tsalal et de ses cryptogrammes, ceux-ci ne sont pas déchiffrés. Ils pourraient cependant, s’ils étaient « éthiopiens », confirmer la théorie de la terre creuse, par laquelle une circulation aurait pu se produire. Si l’on considère que le mystère est d’ordre géographique, il ne trouve pas de solution non plus. À moins que l’on ne considère le gouffre final surtout associé à la douceur étrange de l’air, comme une autre preuve de la théorie de la terre creuse. Dans Symzonia, en 1820, une douce température régnait dans les régions les plus extrêmes17.

La blancheur finale, qui se substitue à toute explication, ne donne pas les clefs du mystère mais le lecteur peut toujours supposer qu’elles se trouvaient dans les chapitres manquants. « Les dernières pages restent un mystère ; elles conservent un secret18 » avoue Bachelard. L’explicit : « J’ai gravé cela dans la montagne, et ma vengeance est écrite dans la poussière du rocher19. » (Pym, 296) en italiques et séparé par un blanc du reste des conjectures extradiégétiques du chapitre XXVI, se dérobe à toute continuité logique ou stylistique avec ce qui précède.

« Voilà donc le résumé des principales œuvres du romancier américain ; ai-je été trop loin en les donnant pour étranges et surnaturelles ?20 » se demande J. Verne. Car rien ne permet de justifier ni cette blancheur, ni cette mort prématurée et inexpliquée21. Les circonstances de cette mort relèvent aussi d’une transgression du statut du récit, puisque le lecteur est invité à se référer à des éléments extérieurs relevant de la vie réelle et non de la fiction :

Les circonstances relatives à la mort de M. Pym, si soudaine et si déplorable, sont déjà bien connues du public, grâce aux communications de la presse quotidienne. (Pym, 293)22

Arthur Gordon Pym, qui s’est exprimé continûment à la première personne, devient « M. Pym », ce qui le rend ostensiblement à la vie civile. L’incipit du vingt-sixième et dernier chapitre préserve ainsi la part de fantastique du récit qui le précède.

Comme le conclut Bachelard, « En lisant les Aventures, l’on croyait se distraire et l’on s’aperçoit que le poète transmet le germe de rêves sans fin23. »

II. Le Sphinx des glaces et la réécriture hypertextuelle

Qu’il me soit permis maintenant d’attirer l’attention sur le côté matérialiste de ces histoires ; on n’y sent jamais l’intervention providentielle […] mais j’imagine que c’est moins la faute de son tempérament que l’influence de la société purement pratique et industrielle des États-Unis ; il a écrit, pensé, rêvé en Américain, en homme positif24.

C’est dans cet esprit critique que Jules Verne se sent finalement autorisé à tenter de suivre le modèle de Poe et de proposer une suite à l’histoire restée pendante. Il le fait très tard – près de 40 ans après la traduction, 60 ans après l’original –, peu de temps d’ailleurs après la parution d’une nouvelle traduction due à Charles Simond en 1887. Les réécritures sont assez tardives dans l’œuvre de Jules Verne25. Entre temps, dès 1855 (donc avant la traduction de Baudelaire), il avait publié Un Hivernage dans les glaces26, qui se passe au large de la Norvège, dans le fameux maelström qui avait fasciné Poe. En 1864, les Voyages et aventures du Capitaine Hatteras27 l’entraînent à nouveau vers le Nord. La réécriture hypertextuelle de Verne va prendre deux formes : il emprunte à Poe le récit de mer sous forme de journal pour Le Chancellor. Journal du passager JR Kazallon28 ; il réalise la continuation exacte de Pym dans Le Sphinx des glaces.

Par sa forme, Le Chancellor est proche de la première moitié du roman de Poe. C’est le récit d’une simple traversée qui tourne mal, par suite de la folie du capitaine Huntly. Perdus dans l’Atlantique, les personnages affrontent successivement l’incendie de la cale, l’échouement sur une île non marquée sur les cartes, la construction d’un radeau de fortune, la faim et la soif, la dissension dans l’équipage, l’orage, les requins. Le courage de quelques-uns et une fin heureuse font contrepoint à ces déboires maritimes. Le journal du passager couvre l’ensemble du roman, à l’exception de la dernière page, qui est « hors journal », l’aventure s’arrêtant quand les survivants sont sauvés. Quelques lignes au futur évoquent le retour annoncé vers l’Europe sur un vapeur de ligne et le mariage des deux jeunes gens. Dans Le Chancellor, l’unité passe donc essentiellement par la forme et le laps de temps très précisément déterminé, quatre mois presque jour pour jour. Verne reprend le dispositif de l’éphéméride, en respectant parfaitement les contraintes du genre et sans anticiper sur les événements, alors que Poe intègre une part de narration et risque des prolepses dans le cadre même du journal. Le journal est écrit au présent et au passé immédiat, mais le récit qui pour ne pas être trop répétitif est traité sous une forme récapitulative, itérative. L’histoire elle-même reprend des motifs probablement inaugurés par Poe, mais sans référence à Pym.

Sous une forme plus souple mais avec la contrainte plus rigoureuse de la continuation, Le Sphinx des glaces reprend explicitement le sujet, le lieu (le pôle sud), les personnages, et l’argument des Aventures d’A.G. Pym. Jules Verne va jusqu’à exhiber le nom de Poe à 67 reprises, ce qui le lie davantage à son hypertexte et montre son désir de le surpasser tout en lui restant fidèle. Le récit est assumé par un Américain, Jeorling, bloqué aux Kerguelen et qui finit par trouver un passage sur l’Halbrane, dont le patron est le capitaine Guy – le propre frère du capitaine de la Jane Guy, qui a recueilli en son temps Pym et le matelot à demi indien Dirk Peters. Tout l’objet du roman est la reprise du cours des événements là où Poe les a laissés. Un des matelots de l’Halbrane s’avère être Dirk Peters en personne, ce dont le lecteur se doute dès le début, dès le moment où Jeorling admet que les Aventures de Pym ne sont pas un roman mais une histoire « réelle ».

Le système narratif du Sphinx des glaces est une mise en scène destinée à faire adhérer le lecteur, après le héros, à la véracité de l’histoire. Comme chez Poe, un système de validation interne relie le texte à l’actualité, par le biais des dates, de la presse et le point sur les dernières découvertes. Cet ancrage apparemment vérifiable sert d’homologation au récit. À la différence des Aventures de Pym qui faisaient entrer dans le roman l’auteur lui-même comme garant de la véracité de l’histoire, dans Le Sphinx des glaces, c’est l’hypotexte fictionnel qui est convoqué pour tenir lieu de situation initiale référentielle, d’ancrage dans le réel. Nous sommes au-delà d’une esthétique de la mystification puisque le lecteur n’est pas en situation d’adhérer totalement à cet argument. Les jeux de la vérité et de l’imaginaire aboutissent alors à une mise au carré de la fiction. Ceci fait du cadre géographique : le pôle et sa situation climatique très douce – référence implicite à Symzonia –, malgré son étrangeté, le point moins problématique de tout le roman29.

Enfin Verne reprend des Aventures d’A. G. Pym le procédé qui consiste à intercaler dans le récit quelques pages sur le mode encyclopédique traitant des navigations précédentes dans les mers du Sud telles celles que l’on trouve dans le chapitre « Exploration vers le pôle », reliant ainsi les relations passées (pages indéniablement historiques) et la greffe fictionnelle :

Telles sont les principales tentatives qui ont été faites pour pénétrer jusqu’à une haute latitude sud, et l’on voit maintenant qu’il restait, avant le voyage de la Jane Guy, environ 300 degrés de longitude par lesquels on n’avait pas encore pénétré au-delà du cercle Antarctique. Ainsi un vaste champ de découvertes s’ouvrait encore devant nous, et ce fut avec un sentiment de voluptueuse et ardente curiosité que j’entendis le capitaine Guy exprimer sa résolution de pousser hardiment vers le sud. (Pym, 214)30

Il relie ainsi la fiction aux récits d’explorations passées (pages indéniablement historiques). De même, les pages entières consacrées à des descriptions naturalistes d’oiseaux marins, inscrivent le texte dans la lignée des récits d’exploration, dont le roman semble la continuation véridique. Mais chez Verne, les inserts encyclopédiques ont aussi une visée didactique.

Cependant, en se donnant tant de contraintes, Jules Verne bride sa liberté narrative et outrepasse parfois les limites de la vraisemblance. En outre, il limite son lectorat à un public déjà fin connaisseur de Poe.

III. Suite ou palimpseste ?

Le titre intégral de Poe est : « Aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, contenant les détails d’une révolte et d’un affreux massacre à bord du brick américain le Grampus, faisant route vers les mers du Sud, en juin 1827 ; plus, l’histoire de la reprise du navire par les survivants ; leur naufrage et leurs horribles souffrances par suite de la famine ; leur délivrance par la goélette anglaise la Jane Guy ; courte exploration de ce navire dans l’Océan antarctique ; prise de la goélette et massacre de l’équipage dans un groupe d’îles au quatre-vingt-quatrième parallèle de latitude sud ; conjointement, les incroyables aventures et découvertes dans l’extrême sud, dont ce déplorable désastre a été l’origine ». Ce titre à rallonge renvoie par connivence aux récits de voyages des siècles précédents, qui profitaient de l’occasion du voyage pour raconter l’histoire du pays visité. Mais c’est aussi en avouer le mode d’écriture : une accumulation d’épisodes successifs, épuisant toutes les ressources du genre. Au contraire, le titre bref de Verne est symbolique : le sphinx est la forme du massif enfin découvert, auquel « seul un Edgar Poe, avec sa génialité intuitive, eût pu arracher les secrets31 », mais il en recèle le sens ultime : l’image du sphinx est un hommage à Poe lui-même.

Cet hommage est toutefois ambigu car tout continuateur espère dépasser son modèle. En effet, le « supplément » ne se confond pas avec le simple ajout : il

évoque bien l’idée d’une addition facultative, ou pour le moins excentrique et marginale, où l’on apporte à l’œuvre d’un autre un surplus qui relève plutôt du commentaire ou de l’interprétation libre, voire ouvertement abusive. Selon un cliché qu’il faut prendre ici à la lettre, l’hypotexte n’est plus ici qu’un prétexte : le point de départ d’une extrapolation déguisée en interpolation32.

Le continuateur espère renverser à son profit le jeu intertextuel en invitant à relire l’hypotexte, mais selon ses vues. On a même parlé pour Le Sphinx des glaces d’« anthropophagie littéraire33 ». La réécriture par Verne est une interprétation qui laisse entendre que le texte était en quelque sorte à corriger, mais Poe s’était déjà déclaré insatisfait de son « very silly book34 », en répondant aux objections de son éditeur Harper, qui avait d’abord refusé le texte, entre autres au motif que des épisodes aboutés ne constituaient pas un roman.

Verne, lui, était déçu par la fin, qu’il jugeait être plutôt une interruption déroutante qu’un dénouement, ce qui va de pair avec la liste de péripéties énoncée par le titre. La blancheur finale des Aventures de Pym que Verne assimile à une absence de fin était certes un prétexte à écrire une suite, mais aussi le soulignement d’un manque métaphysique.

Continuateur sans états d’âme, Verne achève ce qui n’était qu’ébauché. Sa fin de l’histoire présente une vision très différente de l’humanité, plutôt rassurante alors qu’elle est morbide chez Poe, – et il préfère faire mourir le personnage plutôt que de laisser le lecteur dans l’incertitude. Il répare aussi les oublis de Poe : par exemple celui de Tigre le chien, dont les restes sont retrouvés dans Le Sphinx des glaces, alors que sa trace s’était perdue dans l’original.

Dans la peinture des personnages, Poe gardait le mystère, l’incohérence éventuelle, qui prévalait sur leur prédictibilité. Pym et Dirk Peters par exemple pouvaient être cannibales sans en éprouver de remords ; Verne fait tirer à la courte paille, mais ne va pas jusqu’au meurtre de la personne désignée. On raisonne, on retarde, et puis on y renonce.

Dans un journal, en principe, dans les seuls cas où la suite se devine, elle découle d’une cause connue ou d’un acte sans ambiguïté. Ce n’était pas le cas chez Poe, chez qui tout pouvait arriver. Verne, au contraire, est très prévisible. Nous savons dès le départ que le capitaine fera défection, car il est décrit comme ne se tenant pas droit, avec des épaules étroites, une tête petite et une mâchoire molle. Sa visée didactique le pousse à moraliser le personnel romanesque : ses matelots sont exemplaires, alors que Pym voyage avec de piètres marins – Auguste navigue complètement ivre ; son père a mal choisi et mal dirigé son équipage ; la cargaison est mal arrimée ; le capitaine de la Jane Guy n’est qu’un commerçant qui se pique d’exploration.

Enfin, la vérité des faits et l’exactitude scientifique sont pour Verne des buts en soi de l’écriture romanesque :

je me hâterai de vous dire que, là aussi, les lois les plus élémentaires de la physique et de la mécanique sont intrépidement transgressées ; cela m’a toujours paru étonnant de la part de Poë, qui, par quelques inventions, aurait pu rendre son récit plus vraisemblable35.

Verne refuse le merveilleux et n’admet le bizarre qu’à condition qu’il soit scientifiquement correct. La fiction est celle du récit, pas des lois physiques qui ne doivent pas être balayées, puisque dans l’optique du « Magasin de récréation et d’éducation », il s’agit d’apprendre en même temps qu’on distrait. Il remplace donc la mystérieuse forme blanche par une montagne aimantée attirant invinciblement tout ce qui passe à proximité. Mais l’intégration de la science à la fiction ne vaut pas celle d’Un Hivernage dans les glaces ou des Aventures du capitaine Hatteras, pour lequel il concentre l’intérêt sur des phénomènes également abordés par Poe mais peut-être plus familiers (le gouffre du maelström, la survie dans le froid, la prise dans les glaces …).

 

Publiant dans un but informatif et ludique, Verne insiste sur le côté didactique et moral, et ramène l’inconnu à de l’explicable. C’est donc dans un sens pragmatique qu’il désacralise la fin des Aventures d’A.G. Pym. Ce faisant, il transforme la tonalité du texte, introduisant une finalisation qui n’existe pas chez Poe. L’une des constantes des romans d’aventures de Verne est le souci de la préparation, la prévoyance poussée jusqu’aux derniers détails. À la limite, il ne s’agit plus d’aventures puisque les personnages s’ingénient à tout organiser en vue d’un but prévu dès avant le départ – retrouver Pym et le capitaine Guy, découvrir le pôle Sud, expliquer la mystérieuse figure blanche… Cette répétition donne au Sphinx des glaces une certaine lourdeur. On n’y retrouve pas les caractéristiques majeures du roman de Poe, la fin relevant du fantastique et le mélange des genres réalistes et oniriques. Aussi peut-on continuer à souscrire au jugement de Bachelard : « Poe est un aventurier de la solitude36. »

Notes de bas de page numériques

1 Edgard [sic] Poe et ses œuvres, « Le Musée des Familles », avril 1864, p. 193-208, http://jv.gilead.org.il/almasty/aepoe1.txt [p. 1/20].

2 Patrick Quinn, « Le Voyage imaginaire de Poe » [1957], in Claude Richard (dir.), Edgar Allan Poe, La Revue des Lettres Modernes, n° 193-198, 1969 (I), Paris, Minard, p. 147.

3 Edgar Allan Poe, Address on the subject of a Surveying and Exploring Expedition to the Pacific Ocean and the South Seas, By J. N. Reynolds, http://xroads.virginia.edu/~ma98/silverman/poe/slm_poe.html .

4 D’après Roger Asselineau, Préface à l’édition des Aventures d’Arthur Gordon Pym, Paris, Aubier-Montaigne, 1973, p. 13.

5 Jacques Cabau, préface de Poe E. A., Aventures d’Arthur Gordon Pym [The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket and Related Tales, 1838, ed. J. Gerald Kennedy, Oxford, Oxford University Press, 1998] ; trad. Ch. Baudelaire, Paris, Gallimard, « Folio », 1975, p. 21. Dorénavant (Pym).

6 Odile Gannier, Le Roman maritime. Émergence d’un genre en Occident, Paris, PUPS, 2011.

7 « Upon my return to the United States a few months ago », The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket and Related Tales, Oxford University Press, 1998, p. 2. Dorénavant cite The Narrative….

8 Jules Verne, Edgard Poe et ses œuvres, p. 20.

9 Jules Verne, Le Sphinx des glaces [1897], Paris, Hachette/ LGF, « Le Livre de Poche », 1970.

10 On excepte Robinson Crusoé qui, le premier peut-être dans la fiction, a présenté son log-book.

11 “One consideration which deterred me was that, having kept no journal during a great portion of the time in which I was absent, I feared I should not be able to write, from mere memory, a statement so minute and connected as to have the appearance of that truth it would really possess […] Another reason was that the incidents to be narrated were of nature so positively marvellous that, unsupported as my assertions must necessarily be (except by the evidence of a single individual, and a half-breed Indian), I could only hope for belief among my family, and those of my friends who have had reason, through life, to put faith in my veracity, – the probability being that the public at large would regard what I should put forth as merely an impudent and ingenious fiction.” The Narrative…, p. 2.

12 L’éditeur reconnaissait en préface avoir gommé toutes les indications de position.

13 “A distrust in my own abilities as a writer”, The Narrative…, p. 2.

14 Gérard Genette, Métalepse, Paris, Le Seuil, « Poétique », 2004, p. 18.

15 under the garb of fiction”, The Narrative…, p. 3.

16 “This exposé being made, it will be seen at once how much of what follows I claim to be my own writing; and it will also be understood that no fact is misrepresented in the first few pages which were written by Mr. Poe. Even to those readers who have not seen the ‘Messenger’ it will be unnecessary to point out where his portion ends and why my own commences; the difference in point of style will be readily perceived.” The Narrative…, p. 3.

17 Adam Seaborn, Symzonia, a Voyage of Discovery, 1820, http://www.sacred-texts.com/earth/sym/index.htm, p. 92-93 (nous traduisons).

18 Gaston Bachelard, Le Droit de rêver, Paris, PUF, 1970, [p. 134-149], p. 149.

19 I have graven it within the hills, and my vengeance upon the dust within the rock.”, The Narrative…, p. 178.

20 Jules Verne, Edgard Poe et ses œuvres, p. 20.

21 John T. Irwin, « The White shadow », in Harold Bloom (ed.), Edgar Allan Poe, Modern Critical Views, New York, Chelsea House Publishers, 1985, p. 103-118.

22 “The circumstances connected with the late sudden and distressing death of Mr. Pym are already well known to the public through the medium of the daily press.”, The Narrative…, p. 176.

23 Gaston Bachelard, op. cit., p. 149.

24 Jules Verne, Edgard Poe et ses œuvres, p. 20.

25 Monique Brosse, « Jules Verne et le roman maritime : de quelques permanences », Colloque d’Amiens (1977), t. I, Nouvelles recherches sur Jules Verne et le voyage, Paris, Minard, 1978, p. 57-65.

26 Jules Verne, Un hivernage dans les glaces [1855], Paris, Gallimard, « Folio Junior », 1978.

27 Jules Verne, Voyages et aventures du Capitaine Hatteras [1866], Paris, Hachette, 1978.

28 Jules Verne, Le Chancellor. Journal du passager J.-R. Kazallon [1875], Paris, Le Seuil, « Points virgule », 2003.

29 Symzonia, en 1820, était déjà un modèle du genre du roman des pôles, dans lequel on redoutait une mutinerie, un désastre, ou quelque autre catastrophe, et dans lequel une douce température régnait dans les régions les plus extrêmes. « Je n’avais jamais été sous un climat qui flattait aussi parfaitement mes sens ; […] l’air était si doux, si élastique et tempéré, que c’était un luxe de rester tranquillement assis à respirer le souffle suave du paradis ; […] bien loin d’avoir hâte de quitter un climat si salubre, je serais ravi d’y passer mes jours. » “I had never been in a climate so perfectly agreeable to my feelings; […] the air was so soft, so elastic, and temperate, it was a luxury to sit still and inhale the sweet breath of heaven; […] so far from being in haste to get out of so salubrious a climate, I should be glad to pass my days in it […].” Capitaine Adam Seaborn [pseudonyme de John Cleeves Symmes ?], Symzonia, a Voyage of Discovery, 1820, http://www.sacred-texts.com/earth/sym/index.htm, p. 92-93 (nous traduisons).

30 “These are the principal attempts which have been made at penetrating to a high southern latitude, and it will now be seen that there remained, previous to the voyage of the ‘Jane’, nearly three hundred degrees of longitude in which the Antarctic circle had not been crossed at all. Of course a wide field lay before us for discovery, and it was with feelings of most intense interest that I heard Captain Guy express his resolution of pushing boldly to the southward.”, The Narrative…, p. 125.

31 Jules Verne, Le Sphinx des glaces, p. 437.

32 Gérard Genette, Palimpsestes. La littérature au second degré [1982], Paris, Le Seuil, « Points », 1992, p. 277-278.

33 Pascal-Emmanuel Gallet, Le Sphinx des glaces [1897], Paris, Hachette/LGF, Le Livre de Poche, 1970, postface, p. 457.

34 Lettre de Poe à William Burton, 1840, cité dans l’éd. J. G. Kennedy, op. cit, 1998, p. X.

35 Jules Verne, Edgard Poe et ses œuvres, p. 13.

36 Bachelard Gaston, op. cit., p. 139.

Bibliographie

Corpus

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Pour citer cet article

Odile Gannier, « Les Aventures d’Arthur Gordon Pym : navigation aux pôles, de Symmes à Jules Verne », paru dans Loxias, 68., mis en ligne le 08 mars 2020, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html?id=9356.

Auteurs

Odile Gannier

Professeur de littérature générale et comparée, directrice du laboratoire CTEL à l’Université Côte d’Azur, à Nice. Elle travaille sur la littérature de voyage, la littérature maritime, les études postcoloniales, l’anthropologie culturelle et l’histoire des représentations. Elle a obtenu le prix H. Vovard de l’Académie de marine, 2007, pour l’édition du journal de Marchand autour du monde, (1790-1792). Elle a publié Le Roman maritime. Émergence d’un genre en Occident aux PUPS, collection « Imago Mundi » en 2011. Directrice de la revue Loxias, elle a co-publié avec Nicole Biagioli, en 2010, le n° 28 consacré à Edgar Poe et la traduction.Université Côte d’Azur, CTEL

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