XXe siècle dans Loxias
Articles
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L'art des titres ou le mélange des genres dans Le Tambour de Günter Grass
Cet article propose quelques pistes de réflexion sur « l’électricité de sens » qui, selon Michel Butor, circule entre titre et corps d’une œuvre littéraire, à partir de l’étude des titres de chapitres du Tambour de Günter Grass. L’hypothèse mise à l’épreuve est que ces titres permettent à l’auteur de convoquer au sein du roman divers genres littéraires et picturaux afin d’atteindre la prose poétique qu’il revendique tout en intégrant dans l’écriture son expérience de plasticien. Sont donc envisagés successivement les logiques de l’image que révèlent ces titres et leur dialogue souvent ironique avec le corps des chapitres, l’hybridation générique qu’ils favorisent et enfin l’architecture signifiante qu’ils permettent de dégager au sein de la luxuriance narrative caractéristique du roman.
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L’impossible totalité. Une étude de la complexité dans l’œuvre de Claude Simon
Cette étude porte sur la complexité dans un corpus de six romans de Claude Simon : Le Vent (1957), L’Herbe (1958), La Route des Flandres (1960), Le Palace (1962), Histoire (1967) et La Bataille de Pharsale (1969). Ces romans sont traités comme des systèmes complexes. Selon la définition de Ludwig von Bertalanffy, un système est un ensemble d’éléments dont chacun est relié aux autres par une multiplicité de relations différentes.
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« L’interview » d’auteur, genèse d’un genre et défi francophone
Partant de l'observation concrète d'entretiens réalisés dans le temps dans des conditions historiques déterminées, enregistrés ou imprimés, une réflexion tente de réunir les constantes - mouvantes - du genre. Les dialogues donnent accès à une littérature en cours d'élaboration par exemple congolaise ; ils aident à sa reconnaissance par un public immédiat ou plusieurs fois distant. Indirectement se construisent des profils d'écrivains. Une maïeutique aux modalités complexes se met en place.
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As Curious (Aux Curieux)
Sonnet prononcé en clôture de colloque
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L’ironie de Giraudoux : de l’ironie moderne à « l’Umorismo »
Giraudoux, à partir de 1930, se dit « condamné », face à ce qu’il considère comme le « délabrement des machines du monde », au rôle de prophète, c’est-à-dire à celui de « conseiller parfaitement inutile ». Ce sentiment d’amertume et d’impuissance se traduit dans son œuvre par des bouleversements esthétique et éthique. Une ironie destructrice envahit ses derniers écrits. Le rire que déclenche ce type d’ironie donne faussement l’illusion de s’affranchir d’un réel où le sens est irrémédiablement perdu. Giraudoux suit dangereusement les voies de l’Humorisme défini par Pirandello, en se complaisant dans la dérision et l’auto-dérision et en se condamnant à se tromper sans fin dans le style.
Figure en résurgences : Médée entre transgressions et transcendances
Les figures de matriarches, omniprésentes dans les romans contemporains, coordonnent autour de leur représentation une constellation de motifs. La mythique Médée dirige cette analyse comparative liant les ouvrages éloignés de Toni Morrison, Maryse Condé et Marie Ndiaye. Entre transgressions et transcendances, le personnage de la mère meurtrière, réactualisé par les romans sollicités, ouvre à un imaginaire fécond, contradictoire et nocturne qui parcourt les époques et les continents.
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La constellation de l’être chez Heidegger et Hölderlin
Le dépassement de la métaphysique auquel s’est attaché Heidegger depuis le célèbre « tournant » de sa pensée semble prendre sa source dans la rencontre, au début des années trente, avec la poésie de Hölderlin. Celle-ci agira comme le révélateur de la pensée heideggerienne : si la marque de la métaphysique tient au déclin de la vérité de l’étant lié à l’oubli de l’être, il est possible de penser la nécessité de ce déclin pour affronter « la durée abrupte du commencement ». Dépasser la métaphysique, dès lors, c’est revenir en deçà d’elle-même pour approcher sa propre vérité : Hölderlin va permettre à Heidegger d’effectuer le « pas en arrière » hors de la métaphysique et de renouer le dialogue avec l’histoire de la pensée.
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« Temporalité messianique et mythes du Salut dans le Congo actuel »
Le messianisme comme mouvement religieux et politique est historiquement daté en Afrique centrale. En effet, il apparaît sous sa version prophétique dès le 17ème siècle dans le royaume Kongo. Or, le messianisme s'inscrit aussi dans la perspective des mouvements socio-religieux fortement marqués par la référence aux mythes de salut, discours sacrés dans lesquels l'acte de création qui relie le temps primordial au temps historique constitue également un acte de délivrance, de libération pour la communauté opprimée. Parmi les messianismes africains qui persistent de nos jours figure le Matsouanisme créé en 1945 à Brazzaville.
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L’œuvre romanesque de Giraudoux, du mythe du voyage initiatique à l’errance
“Les romans de Giraudoux sont d’abord portés par le mythe du voyage initiatique, puis par le récit de l’errance du pseudo-héros issus du mythe de Faust et de Narcisse. Les personnages des premiers écrits marchent sur les traces d’Ulysse vers leur Ithaque, Bellac, la ville natale de Giraudoux, « centre » du monde. Leur aventure correspond au schéma du mythe du voyage initiatique, dont l’archétype est l’Odyssée d’Homère : le temps cyclique, les notions de « centre » et d’ascension, celles de mort et de renaissance et le thème de l’épreuve qui permet de gravir les degrés de la connaissance jusqu’à la révélation finale. ...”
Littérature et interculturalité : exemples de scénarii initiatiques (romans de Le Clézio et de A. Brink)
Ce travail se propose de mettre en résonance deux textes littéraires dont les auteurs appartiennent à deux univers géo-culturels distincts : Jean-Marie Gustave Le Clézio, auteur français et André Brink, écrivain sud-africain. Nous avons choisi de nous intéresser au thème du parcours initiatique, rassemblant ces deux récits autour de cet invariant commun : préparation, épreuves, mort initiatique, renaissance sont les grandes phases de l’initiation.
La figure mythique du fils prodigue dans le roman marocain (D. Chraïbi et F. Laroui)
Le scénario du départ vers l’ailleurs donne le schéma du mythe du fils prodigue dans les romans marocains d’expression française. En observant le décor mythique dans la production romanesque de langue française au Maroc depuis l’indépendance du pays, nous constatons que les images transmises sur l’Autre semblent suivre une certaine logique d’ordre thématique mais aussi d’ordre historique. Nous étudierons particulièrement les œuvres de Driss Chraïbi et de Fouad Laroui.
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Minieh, le lieu enchanteur de Michel Butor
Le bref séjour de Michel Butor à Minieh semble avoir influencé fortement son art romanesque basé sur l’importance du lieu : Le Génie du Lieu est très significatif à ce sujet.
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La solitude et le mythe de la vie moderne – homologie latente
La ville iranienne connaît des mutations importantes qui reflètent des transformations des rapports humains dans la société moderne. A travers les textes littéraires on peut étudier le champ particulier de l’imaginaire de l’espace, et voir s’exprimer des relations significatives tant avec la réalité socio-historique qu'avec l'existence fictionnelle des personnages.
Loxias | Loxias 13 | I.
L’omniprésence de la narration chez Abdelkader Alloula
Abdelkader Alloula est un dramaturge algérien assassiné en 1994. Son théâtre est généré par la culture populaire. Dans les souks, les « diseurs » annonçaient une nouvelle, un événement…etc. Ceux qui entendaient sa voix se dirigeaient vers lui pour mieux écouter. D’emblée ils formaient un cercle qui s’appelle halqa en arabe. Ce cercle permet ainsi de situer le diseur, qui est appelé officiellement le goual, au centre. Il devient le centripète de la narration. Puisant dans cette tradition Abdelkader Alloula a écrit une trilogie El-Agoual (Les Dires) 1980, El-Adjouad (Les Généreux) 1984, El-litham (Le Voile) 1989. Rassemblée sous le titre Les dires éclatés de 1980 à 1989 l’omniprésence de la narration est prise en charge par le goual.
Les Mains sales de Jean-Paul Sartre ou le récit de la vie d’un militant atypique
La libération prématurée de Hugo, le meurtrier de l’ancien Secrétaire Général de leur parti, ne satisfait pas certains de ses camarades qui veulent maintenant le liquider sans autre forme de procès. Et pourtant il a fait mieux qu’exécuter les ordres du parti qui avait prémédité et programmé cette mort que Hugo a transformée en crime passionnel. Au lieu de le féliciter pour mission bien accomplie, est-il normal de lui en vouloir au point d’attenter à sa vie ? Olga ne le pense pas ; c’est pourquoi elle demande un sursis à exécution, le temps d’obtenir de Hugo sa version des faits et elle exige de lui un récit minutieux de tout ce qui s’est passé avec Hoederer. Malheureusement rien ne garantit l’objectivité d’un tel récit, un coupable n’étant pas obligé d’évoquer ce qui peut lui être préjudiciable. En outre, sa longueur est un problème car le manque d’action risque de lasser les spectateurs. Pour contourner ces inconvénients, l’auteur recourt à la technique du flash-back qui est une forme particulière de récit dont nous analyserons les caractéristiques.
Loxias | Loxias 14 |
Pascal Quignard : la voix du silence
Quiconque se penche sur l’œuvre de Pascal Quignard se doit de prêter l’oreille pour entendre mais aussi d’être à l’écoute afin de mieux entendre. Les écrits de Quignard donnent à entendre une parole poétique à la fois dilatée et elliptique, innervée par un ton et une voix uniques qui, fait singulier, transforment une activité lectorale en expérience auditive.
Marguerite Duras ou l’écriture de l’intime
Œuvre et vie, vie et œuvre sont deux mondes toujours liés par une seule et même aventure, l’écriture. Chez Duras, ces deux éléments sont liés de façon obscure et mystérieuse, notamment lorsqu’il s’agit des événements historiques indélébiles qui l’ont profondément marquée. À travers ses œuvres : Moderato Cantabile, Dix Heures et demie du soir en été, Hiroshima mon amour et Le Ravissement de Lol V. Stein, Duras laisse en effet transparaître certains événements de sa vie familiale et personnelle. Cependant, Duras garde en elle-même une part de réserve quand elle ‘dévoile’ à ses lecteurs les souffrances du cœur liées à la saga familiale : la vie difficile, la pauvreté, la richesse, l’inégalité, la mère, les frères, la précocité amoureuse, tout un vécu intime marqué par des désillusions sentimentales et amoureuses. C’est pour cette raison que Duras est un écrivain que nous qualifierons d’intimiste.
Loxias | Loxias 16
Les anamorphoses d'une bestiole dans Histoire de la chauve-souris de Pierrette Fleutiaux
« Comment c’est d’être une chauve-souris ? » lisait-on dans Pensées secrètes de David Lodge. En fermant le roman de Pierrette Fleutiaux, Histoire de la Chauve-souris, le lecteur se demande : « C’est quoi une chauve-souris ? ». C’est à cette question que je tenterai de répondre dans ce que j’appellerai « les anamorphoses d’une bestiole », car on s’en doute, la réponse n’est pas simple. La bête, pas tout à fait oiseau, pas tout à fait mammifère, cette forme de l’entre-deux, vit accrochée à la nuque de la narratrice qui, à son tour, n’est plus tout à fait femme, sans être pour autant bête. L’hybridation doublée d’un parasitisme appelle plusieurs lectures, selon qu’on voit dans la chauve-souris un être réel, imaginaire ou symbolique. Le lecteur doit alors démêler l’écheveau des sens… au risque de ne rien trouver ainsi que le laisse entendre la narratrice : « il se peut qu’après avoir démêlé tant de fils j’arrive au dernier fil et n’y trouve rien. » L’hybridité en favorisant la coexistence d’éléments disparates s’élève alors à la dignité d’une complexité créatrice de sens.
Loxias | Loxias 18 |
« L’existence en marge » : les expériences de la solitude et de la liberté chez Maryline Desbiolles
Les romans de l’auteur contemporain Maryline Desbiolles mettent en scène des personnages qui se trouvent dans des situations-limites : soit qu’ils mènent une vie en marge de la société, soit qu’ils soient saisis dans un moment crucial de leur existence, parvenus à un point extrême où ne semble plus s’ouvrir aucune issue. Dans ces situations, ils font l’expérience de la solitude la plus absolue, la solitude existentielle. Paradoxalement le mal-être des personnages est parfois associé à un exaltant sentiment de liberté, né, précisément, de la prise de conscience de leur condition d’hommes sur terre... De manière plus ou moins sensible, le questionnement ontologique sous-tend l’ensemble de ces romans ; les thèmes de la solitude et de la liberté s’avèrent constitutifs de l’imaginaire déployé. Evoluant autour de quelques notions récurrentes (frontière, exil, errance, étrangeté, appétit, éblouissement), cette œuvre explore la réalité humaine dans sa substance : l’existence apparaît comme un cheminement vertigineux sur la ligne de crête séparant d’une part, les forces de mort, et d’autre part, les forces de vie.
Loxias | Loxias 19 |
Du Roi Cophetua à Rendez-vous à Bray : André Delvaux lecteur de Julien Gracq
Julien Gracq dit envisager « la transposition d’un roman à l’écran » comme un outil (un scalpel), au service de la critique littéraire. Il se trouve que nombre de cinéastes se sont intéressés à ses œuvres. C’est le cas d’André Delvaux qui, une année seulement après la parution du recueil de nouvelles La Presqu’île, adapte Le Roi Cophetua sous le titre de Rendez-vous à Bray. Ce qui est montré ici, c’est que le film de Delvaux fonctionne comme une véritable enquête sur le sens, enquête quasi policière, qui cherche à établir les tenants et aboutissants de l’histoire étrange qui nous est racontée, qu’il en est, à tous les sens du terme, une interprétation. Mais le film vaut aussi comme œuvre en soi : l’introduction de la dimension musicale séduisit en son temps Julien Gracq.
Loxias | Loxias 21 |
Frédéric Jacques Temple, aventure de la mémoire et porosité de l’être au monde dans La Chasse infinie
Le poème de Frédéric Jacques Temple a rapport au temps, au sens de mémoire. Il effectue un retour à l’aletheia, l’ancienne vérité, mémoire du mage et du poète, célébration qui rapporte le mot à un temps mythique où la chose simple était là sans traduction. Memorandum immémorial. Laisser une trace comme celle des menhirs des brandes celtiques ou bien des oeufs de granit de l’Aubrac. Le poète est celui qui traverse les strates du temps et témoigne du monde et de l’homme. Solitude, immutabilité, les caractères matériels des poèmes de Temple, comme des stèles, définissent une posture face au temps. Mais la réminiscence elle-même est reviviscence. Tout est émouvant enchevêtrement des fils de la vie, aventure de vivre, car « à chacun son aventure », ce qui fait que cette poésie taillée dans la pierre est aussi celle de la précarité, de l’évanescence, de la légèreté duveteuse d’une aile irisée de papillon.
L’art d’évoquer les minutes heureuses
Dédoublé entre Frédéric-Florestan et Jacques-Eusébius, F. J. Temple est voué à l’évocation des bonheurs passés, dont ses poèmes tirent leur existence en suspendant le temps pour faire advenir l’accord entre tous les règnes qui est le signe d’élection par excellence de cette poésie. Une vibration perpétue le bonheur par échos prolongés qui révèlent l’épaisseur du temps et favorise la « rumination des siècles ». « Poèmes-voyages » ou « poèmes-stations » s’allient dans un dispositif de commémoration singulier : s’y exprime ce qui émeut au plus vif et pourtant le poète se tient dans la distance d’un point de vue inscrit au futur antérieur. « Ce qui aura été » est consigné dans le poème pour y être partagé. De là le nombre élevé d’intercesseurs, de compagnons de voyage et d’aventure, qui ponctuent cette œuvre de leur présence amie. De là aussi le goût de Temple pour les dictionnaires et la « chasse infinie » des vocables. De là ce « temps ample » qui scelle ici le bonheur.
Célébrer le vivant, amen, alleluia !
La poésie de Frédéric Jacques Temple est pétrie de la matière du monde : minéral, végétal, animal, tout le règne du vivant s'y exprime. Mais cette fusion spontanée avec la nature s'ancre dans l'expérience mortelle de la guerre : « sachez que je suis déjà mort », écrit le poète. Cette perte primordiale et définitive est au coeur de sa célébration du vivant. Elle a comme arrêté le temps pour lui. D'où l'importance de la mémoire, qui recrée les paradis perdus du passé, tout autant qu'elle creuse le présent pour y sentir la densité de « l'immémorial ». On peut ainsi lire son chant solaire, son art de connaître tous les êtres vivants par leur nom, comme une perpétuelle re-création du monde.
À l’écoute avec Frédéric Jacques Temple
Les poèmes de Frédéric Jacques Temple requièrent une oreille attentive, car étant à l’écoute du monde, ils demandent en retour une fine écoute, afin que les paysages sonores qu’ils enregistrent soient dûment perçus, sur le plan acousmatique comme sur le plan acoustique. Une telle écoute est indissociable de l’exercice intense et continu de la mémoire, conçue comme une réserve de sons. Face à l’Histoire, qui engloutit tout dans son bruit et sa fureur, le poème de l’écoute valorise la légende, bonne conductrice d’acousmates, dans l’endophasie créatrice. Le poète, et à la suite son lecteur, est un « chasseur infini » de silences, qu’il emmagasine afin de les moudre et d’en faire la matière vive du poème. Homme des « petites perceptions », il accueille aussi le cri, modèle ses vers sur le rythme obstiné du train ou sur le lent cheminement des caravanes, élit les animaux pour totems sonores, se donne pour maître de musique l’oiseau, et sa tête est emplie des œuvres de bien des compositeurs. Ses poèmes traduisent au bout du compte une écoute exceptionnelle des langues en général, et du langage du poème en particulier, marqué souvent par le balbutiement des origines et « la rumination des siècles », qu’il nous demande d’écouter.
Loxias | Loxias 22 |
Nous autres / vous autres ou l’histoire de l’identité impossible
En interrogeant les textes littéraires en dialogue avec le tissu discursif qui les entoure, je suis arrivée à la conclusion que l’identité québécoise est loin d’être confortable, étant une source constante de tensions. Perdus sur un territoire sans frontières politiques, linguistiques, économiques, les gens communiquent « dans le malentendu », la langue porte les signes de la solitude, le discours essayant de fixer par répétition cette identité impossible ou épineuse. Le jeu est compliqué par la prise de parole des écrivains migrants, déchirés entre le poids de la mémoire et l'inquiétante identité, qui s’emparent des paroles étrangères pour construire un NOUS illusoire. Ainsi, l’identité collective s’avère plutôt une construction mentale discursive, une illusion perpétuée par le discours, qui réussit à s’équilibrer seulement pour le moment les tensions.
Loxias | Loxias 26 |
La femme scandale dans le théâtre français du XXe siècle : représentations d’une sexualité féminine transgressive
La multiplicité des crises traversées par la France des années 1940 à 1960 entraîne un durcissement de la morale ; le besoin de stabilité ressenti a pour conséquence la mise en avant de valeurs telles que la famille. La sexualité féminine doit donc se limiter au cadre du mariage et à la procréation ; tout écart est alors considéré comme une transgression, et est réprouvé. Le théâtre, reflet de la société, s’empare de ce sujet délicat et le traite de diverses manières : la sexualité de la femme est tour à tour ridiculisée, condamnée ou au contraire libérée. Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre, Marcel Aymé et Jean Genet, quatre dramaturges illustres, dont les pièces firent régulièrement scandale, ont mis en scène des personnages féminins à la sexualité jugée déviante : nous verrons pourquoi, à rebours du jugement sévère de la société, ces auteurs sont fascinés par ces femmes qui incarnent une forme de marginalité et de liberté.
Stratégies d’écriture et émergence d’un écrivain africain dans le système littéraire francophone. Le cas d’Alain Mabanckou
La théorie du champ, telle que systématisée par Pierre Bourdieu, ne permet pas de définir objectivement l’approche des littératures francophones émergentes. À la place de la notion de « champ », la critique actuelle a préféré « système littéraire francophone ». L’objectif du présent article est de montrer comment un écrivain francophone, en l’occurrence Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006, se positionne dans ce système littéraire francophone. Il s’agit de s’interroger sur les stratégies d’écriture et auctoriale adoptées par l’auteur pour obtenir et asseoir son capital. Si, pour une bonne part, la réception d'un auteur résulte de la dynamique du champ intellectuel où son œuvre prend place et des luttes symboliques qui s'y livrent, la position que ses livres peut avoir dépend aussi des réservoirs sémiologiques dans lesquels il puise sa poétique.
Loxias | Loxias 27 | I.
Le Poème sans héros d’Anna Akhmatova à la lumière de la tradition épique russe et face au poèma romantique
Le Poème sans héros d’Anna Akhmatova s’inscrit dans la tradition épique de la littérature russe, tout en renouvelant les canons de ce genre poétique. Eu égard aux chants épiques russes des XIe-XIIe siècles, l’innovation porte sur l’objet et sur la temporalité du récit. En outre, le choix du titre de l’ouvrage est révélateur du positionnement de ce dernier face au genre du poèma lyrico-épique. D’une part, le premier mot du titre situe cette œuvre dans la lignée de cette catégorie générique : Poèma. D’autre part, les deux mots qui terminent le titre – bez geroâ – sont appelés à manifester la transformation que l’ouvrage opère au regard de la tradition littéraire. En effet, l’ouvrage d’Anna Akhmatova est structuré autour de l’absence de héros dont la figure a pourtant joué un rôle central dans le poèma russe romantique du XIXe siècle.
Loxias | Loxias 27 | I. |
Corps beckettiens
Les corps beckettiens, dans En attendant Godot et Oh les Beaux jours, offrent le spectacle d’une souffrance et quelquefois d’une violence triviales et cathartiques. Corps grotesques exposés au réel le plus cru, morcelés, mutilés, jusqu’au creux de leur chair, ils témoignent à vif d’un trauma plus profond, dont l’auteur montre les vertiges, à l’envers de la forme évidée. Car c’est par un travail de défiguration du corps comme de la langue que Beckett fait voler en éclats le carcan des frontières organiques pour qu’en porosité s’invente une nouvelle corporéité, dans laquelle c’est l’informe et c’est l’inachevé qui libèrent un souffle mourant, originel.
Loxias | Loxias 30 |
Ut pictura poesis ou du symbolisme chromatique dans l’œuvre de Jean Giono
La démarche de cherchant de l’auteur repose sur une intuition, celle qui voit dans l’œuvre de Jean Giono les traces d’un ésotérisme aux sources multiples. La critique s’est déjà penchée sur une lecture du texte gionien comme une œuvre picturale. Il s’agit de comprendre dans cette étude comment Giono utilise ses propres convictions et croyances pour faire de son champ d’écriture un atelier où il va éprouver ses personnages, tester leurs aptitudes à évoluer et surmonter les épreuves (soigneusement pensées par Giono lui-même d’ailleurs) et de montrer comment l’utilisation des couleurs se met au service de cette recherche. La dynamique des couleurs chez Giono est loin d’être fortuite, elle est la manifestation de sa conception du monde qui l’entoure. Représentation onirique et vertu magique, la coloration du monde gionien, est finalement un indice que l’auteur offre aux profanes pour tenter de percer ses mystères. Sa Provence devient le décor flamboyant et coloré de ce processus de transformation qui agit sur les personnages mais aussi sur le lecteur et sur Giono lui-même. C’est dans une perceptive alchimique qu’il faut appréhender l’utilisation de la palette de couleurs qui va suivre. L’idée d’une influence alchimique dans l’œuvre de Jean Giono est apparue à la lecture de celui qui, comme en témoignent les ouvrages présents dans sa bibliothèque du Paraïs, connaissait parfaitement le sujet. Il ne s’agit pas de faire de Giono un apprenti-sorcier veillant sur sa marmite-athanor dans l’attente de la Pierre Philosophale. C’est une vision quasi junguienned’une transmutation subjective qui est présentée ici.Jean Giono is known for being such on extraordinary story taler able to create an imaginary writing universe. He knows how to develop characters into an over symbolizing Provence where colors are used as a painter would do. As far as the colors are concern we have chose an alchemical point of view to show an initiatory artistic and writing creation.
La dégénérescence outrageante de Peyton Place
Mi-brûlot mi soap-opera, Peyton Place est un best seller inclassable qui sent le soufre et le savon. S’agit-il pour autant d’une œuvre mineure ? Le peu d’intérêt que lui portent les chercheurs pourrait le confirmer mais ce serait ignorer la force de ce roman qui a si longtemps fasciné l’Amérique. Pittoresque, grotesque, carnavalesque, l’œuvre est littéralement inqualifiable. Hantée par la mort du père, elle met en scène de nombreuses perversions et révèle des peurs intimes de l’Amérique. Une analyse teintée de généalogie et une étude de sa nature grotesque révèleront que décadence et dégénérescence sont deux aspects clés de ce roman hybride et scandaleux, entre potboiler et tragédie. Most of the inhabitants of Peyton Place would have undoubtedly graduated magna cum laude from Sheridan’s School for Scandal. Yet there is more to this groundbreaking novel than a tawdry tale of debauchery, adultery and abortion. Disdained by scholars, America’s first “blockbuster” is grotesquely trashy and its parade of immoral and sensational freaks makes it unspeakable. ‘Fathers must die’: this outrageous motto underlies the novel in which shrouded secrets are revealed. Perversion pervades this trashy carnival of a novel, thus revealing America’s intimate fears. A genealogy-based study of Peyton Place could help us understand why degeneration and decadence are paramount to this hybrid novel, for the whiff of scandal enveloping this bastardized tragedy also smells like soap.
Les répercussions du voyage de retour sur la représentation du Nouveau Monde entre 1890 et 1945, ou Comment un non-lieu déréalise un lieu
En 1890, le front de colonisation s’achève et le visage de l’Amérique se métamorphose. À partir de cette date-là jusqu’en 1945, les écrivains européens en profitent pour redécouvrir l’Amérique. Ce nouvel exotisme est fortement influencé par le retour sur l’océan Atlantique en paquebot qui les pousse à évoquer ce « nouveau » Nouveau Monde et à le symboliser avant même de l’écrire. Cette sublimation est primordiale pour mieux comprendre la vision qu’imposeront ensuite ces voyageurs lettrés.In 1890, the frontier had been tamed and the face of America was transforming. From this date on, up to 1945, European writers took advantage of the phenomenon to rediscover America. This new exoticism was heightened by the return to the Atlantic in Ocean liner; a crossing which urged them to evoke this “new” New World and to symbolise it before writing. This sublimation is of primary importance to better understand the vision which these well-read travellers will then imposed.
De l’espace à l’étendue. L’évolution de l’imaginaire spatial dans l’œuvre de Saint-Exupéry
L’espace chez Saint-Exupéry refuse la définition de « décor » et plus encore celle de « paysage », tout en gardant un lien fort avec les lieux concrets qui sont des repères pour l’homme. L’espace parcouru, connu dans sa matière, se révèle surtout à travers le dynamisme de l’imaginaire de l’auteur. D’après Bachelard, l’intérêt pour Saint-Exupéry « résidait dans la poétique des matières et des dynamismes ». L’espace devient le leitmotiv de son œuvre entière, ce qui nous a guidés dans la tentative d’illustrer l’évolution que celui-ci subit. Il s’agit d’un parcours pour ainsi dire « en spirale », soutenu par un tissu d’images qui s’alimente du contact avec les éléments du réel et au même temps qui tend vers une dimension transcendante, voire symbolique.Space is the privileged topic in the works of Saint-Exupery; it provides the material of the text, gives it its vitality and mobility. While speaking in spatial terms, the poetic of Saint-Exupéry feeds this foundational element that is far from being a mere decoration, much less a middle of action. The space here is filled with elements of increasingly personal and emotional, so we could define it a device key that opens access to meaning. Amorphous material space invites to give it a mark by transforming it into genuine human space.
Duras à l’écran dans Cet amour-là : « Lost in translation »
Contribution au séminaire de Paul Léon (CTEL) sur « la représentation de l’écrivain à l’écran », dans le cadre du master de Lettres de l’Université de Nice, cette étude de l’adaptation cinématographique par Josée Dayan du livre de Yann Andréa, Cet amour-là, crédite le film de ne pas masquer ses propres limites : à travers la vision lénifiante d’un couple déchiré qu’il propose, et la personnalité éclatante que Jeanne Moreau prête à l’écrivain, le film manque l’essentiel et ne le cache pas, nous laissant devant le seuil de la chambre noire où l’œuvre s’élabore. Yann Andréa lui-même administre la preuve vivante des sortilèges d’une écriture hantée par la passion : lecteur fasciné, privé de nom propre, habité jusqu’à l’osmose et la ventriloquie par les personnages durassiens, il représente un cas limite de déréliction littéraire dont son livre porte témoignage avec sincérité.
Sartre, l’âge des passions, le couple Sartre-Beauvoir à l’épreuve du petit écran
Sartre, l’âge des passions : le téléfilm de Claude Goretta, étudié dans le cadre du séminaire de Master 2 de M. Paul Léon (CTEL) « Mythographies de l’écrivain », à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, donne à suivre dans les années charnière 1958-1964, et plus de vingt ans après la mort de chacun des partenaires, le couple d’intellectuels français le plus célèbre de son siècle. Le film oscille entre réalité et mythe, nourri tout à la fois des témoignages autobiographiques des deux auteurs et des souvenirs des scénaristes qui les ont fréquentés, de documents d’archives, mais aussi des fantasmes – et désir de voyeurisme – de l’imaginaire public. Peut-il en aller autrement dans le cadre d’un cinéma populaire ?
Fernando Pessoa, poète-lecteur-théoricien : des expériences métriques et rythmiques entre-langues
En prenant comme point de départ quelques vers inédits de Fernando Pessoa, rédigés en langue portugaise directement dans les marges d’un de ses livres scolaires de latin, cet article s’interroge sur la genèse et les divers enjeux d’un traité de prosodie et de poétique que le poète lusitain devait ébaucher – entre des systèmes métriques différents – à partir des années 1910. C’est à travers l’analyse de quelques strophes d’odes influencées par John Milton et dont l’élément sonore est fort pris en compte, des notes réflexives issues de la relecture de Milton’s Prosody de Robert Bridges et de Classical Metres in English Verse de William Johnson Stone (livres que, comme celui de Milton, Pessoa devait garder sa vie durant) et un certain nombre de scansions réalisées autour de l’éclosion hétéronymique, en 1914, que nous aborderons aussi ce projet pluriel. Et il s’agira d’une pluralité qui ne manque pas de complexité puisque la transposition (ou, du moins, sa tentative) de quelques aspects de la métrique latine à une partie de sa propre production en langue portugaise (et à sa scansion de quelques poètes portugais) devait non seulement inclure un troisième système métrique, l’anglais, mais un système de métrique anglais régis par les nouvelles règles prosodiques que le poète expérimental Robert Bridges commençait à développer à la fin du XIXe siècle.
Loxias | Loxias 31. | I. |
De la baie au lagon : Katherine Mansfield et Janet Frame, aspects de la nouvelle néo-zélandaise
Katherine Mansfield et Janet Frame incarnent à elles seules la nouvelle néo-zélandaise féminine du vingtième siècle. La parenté littéraire entre les deux auteurs est indéniable, car elles puisent leurs sources d’inspiration dans leur pays natal et dans l’univers de leur enfance. À cet égard, « Sur la baie » et « Le lagon » sont des œuvres emblématiques, caractéristiques d’une écriture non seulement nostalgique mais aussi thérapeutique. Cependant, malgré certains points communs, leurs nouvelles diffèrent quelque peu dans la mesure où si celle de Mansfield s’inscrit pleinement dans la tradition moderniste, par certains aspects celle de Frame annonce déjà le postmodernisme. Katherine Mansfield and Janet Frame are the two great representatives of the feminine New Zealand short story of the twentieth century. The literary affiliation between the two authors is undeniable since they drew their inspiration from their native land and their childhood memories. In this respect, “At the Bay” and “The Lagoon” are emblematic not only as nostalgic evocations of the past, but also as therapeutic writings. However, in spite of some comparable features, their short stories differ somehow insofar as if Mansfield’s work is fully related to the modernist tradition, Frame’s story already contains the seeds of postmodern issues.
Loxias | Loxias 33 | I.
Poésie de l’éloge et éloge du silence : l’exemple de Du Bartas et du Saint-John Perse
Si la louange du monde s’accompagne d’un éloge du langage poétique et du poète magnifié, la hauteur du sujet interroge l’aptum de la rhétorique et met en péril l’élocution poétique. La poésie de l’éloge est en tension entre l’emphase du discours et le désir de n’être qu’une parole effacée devant son objet. La poésie devient alors une parole qui résiste au désir de se taire face à l’ineffable, une parole capable de se faire silence plein, notamment par un retour à l’immanence des choses terrestres. Du Bartas et Saint-John Perse, malgré les siècles qui les séparent, et des esthétiques si différentes se retrouvent sur ce point, et que leurs œuvres posent les mêmes questions et opèrent des choix similaires est symptomatique du caractère essentiel de leur questionnement. The world’s encomium is also a eulogy of the poetic language and of the magnified poet. Nevertheless, the importance of the subject questions the rhetoric’s aptum and jeopardizes the poetic elocution. Encomiastic poetry is in tension between the words emphasis and the temptation to be a silent speech in front of its object. Poetry becomes a speech which resists to the desire to dry up about the unutterable, a speech able to become a full silence, especially by a return to earthly things. Du Bartas and Saint-John Perse, despite the centuries between and also the different poetics, meet in this point, and the fact that both of their works question in the same way and find the same answers, reveals the essential dimension of this problem.
Loxias | Loxias 34 |
Du tout au rien : impossibles désirs de Georges Bataille
Dans L’Expérience intérieure et Le Coupable, Georges Bataille tente d’échapper à deux impostures qui veulent faire passer la fragmentation essentielle à toute vie humaine pour une totalité : la religion et l’art. Après avoir révélé les affinités électives entre ces deux systèmes, il s’agit alors pour Bataille de trouver une expérience qui rende possible le passage de cette totalité illusoire à un rien analogue à une irrécupérable dépense. Malgré ses inévitables défaillances, l’écriture, qui déconstruit tout en construisant, semble permettre de vivre le paradoxe déchirant d’une totalité fragmentaire.In L’Expérience intérieure and Le Coupable, Georges Bataille attempts to escape two impostures that try to pass the fragmentation essential to all human life for a totality : religion and art. After having revealed the elective affinities between both systems, Bataille searches for an experience that would enable the passage from this illusory totality to a nothingness that would be analogous to an irretrievable expenditure. Despite its unavoidable failings, writing, which deconstructs while constructing, seems to enable the paradoxical experience of a fragmentary totality.
Loxias | Loxias 35 | II.
Le Retour en avant. Michel Butor et le problème poïétique de la répétition
“L’Harmattan, 2011ISBN : 978-2+296-56268-4Ce livre a le mérite de vous faire vivre au rythme de ses idées. Après les phrases abruptes du début, devenues plus amples et plus explicatives par la suite, arrivent enfin les tournures virevoltantes et sereines d’une argumentation joueuse. Au fil des phrases, vous découvrez une pensée qui se cherche et se forme autour d’une affirmation paradoxale : la répétition peut être créatrice. Le faire artistique est un retour en avant.Le livre démontre la présence d’une importante composante répétitive dans le processus de création littéraire. Cette tentative s’appuie sur l’examen ...”
Loxias | Loxias 36 | I.
Jean Cocteau et António Botto : de la difficulté à l’impossibilité d’être – ou l’homosexualité comme non-conformité tragique du désir
Comment connaître et reconnaître ce qui est différent ? Comment rendre reconnaissables des existences dites « différentes » du point de vue de la « doxa » propre à une société donnée ? Comment procéder à la relecture du « canon » littéraire face, en particulier, au défi des « gender studies » ? Sans oublier ce que les nouveaux paradigmes théoriques peuvent avoir d’hétérogène, les universitaires se doivent d’être attentifs à la notion de vulnérabilité qui semble inhérente à la reconnaissance ou à l’absence de reconnaissance littéraire d’un auteur. En donnant à voir ou à revoir des fragments de vie de deux « artistes maudits », Jean Cocteau et António Botto, elle s’efforcera de mettre en évidence la non-viabilité d’un modèle social et intellectuel inflexible. Elle témoignera de la manière dont la soi-disant « valeur d’un texte » peut servir d’argument sibyllin pour décourager toute recherche littéraire sur un auteur en dehors de la norme. Elle rappellera que la critique littéraire s’est souvent obstinée à faire écho à l’approche socio-politique dominante. Et que, comme cette dernière, la critique universitaire a souvent cherché à neutraliser le danger potentiel qui semblerait inscrit dans toute sorte de « marginalité ».
Loxias | Loxias 38. |
Paroles d’attente – Les modalités du fragmentaire dans L’Attente l’oubli de Maurice Blanchot
On examinera ici les différentes modes d’apparition du fragmentaire à partir d’un récit particulier, L’attente l’oubli de Maurice Blanchot en se référant à ses divers ouvrages théoriques. L’analyse sera introduite par la définition du fragment suivie de son classement dans la philosophie de l’auteur. L’essentiel est de démontrer que le fragment n’est pas à interpréter uniquement au niveau littéraire-syntaxique, mais peut être impliqué au niveau philosophique pour ne citer qu’un seul nouvel horizon. On le liera ensuite aux phénomènes comme la reformulation, la (non-) présence de Dieu, ou bien l’indicibilité. Au récit étudié sont en fin du compte attribuées des corrélations bibliques.
Le problème de « l’écrivain au fouet » : Die Blendung, d’Elias Canetti
Dans Die Blendung (écrit en 1930, publié en 1935), Canetti met en scène un misanthrope qui s’isole dans sa bibliothèque : à travers ce personnage, il règle certains de ses comptes avec Karl Kraus, le grand écrivain et publiciste viennois qui l’a profondément marqué. Les critiques ont en effet montré que Peter Kien et Karl Kraus ont en commun d’être « sans-dialogue » (« dialoglos ») (G. Stieg). Pourtant, dans un volume de son autobiographie, Jeux de regard (1985), Canetti affirme rétrospectivement que son roman reste influencé par Kraus : le romancier s’y pose en effet en « écrivain au fouet » (« Schreiber mit der Peitsche ») châtiant ses créatures. Or Canetti, tout en assumant une éthique de la « responsabilité » qui hérite de Kraus, s’oppose désormais à toute position surplombante de l’écrivain par rapport au monde. Il n’est cependant pas sûr que l’œuvre tardive de Canetti se soit vraiment dégagée de l’union entre morale et écriture, qui fonde l’écriture satirique.
Morales de la faim et stratégies d’écriture
La nourriture, vitale ou métaphorique, est un thème essentiel dans les Fables de La Fontaine, La Faim de Knut Hamsun, Si c’est un homme de Primo Levi, Mangeclous et Les Valeureux d’Albert Cohen. À travers ces œuvres, nous proposons de mettre au jour différentes problématiques du rapport entre faim, morale et écriture.Morals of hunger and writing strategies. Food, be it vital or metaphorical, is a key theme in the Fables of La Fontaine, Hunger by Knut Hamsun, Primo Levi’s If This is a Man, and Nailcruncher by Albert Cohen. Through these works, we shall bring to light various issues concerning the relationship between hunger, moral and writing.
Les miracles vus par Ryûnosuke Akutagawa à travers le genre kirishitan (genre chrétien)
Notre objectif est d’éclairer la façon dont l’écrivain japonais Ryûnosuke Akutagawa voit le miracle à travers trois récits de genre kirishitan : Ogata Ryôsai oboegaki (Le Mémorandum de Ryôsai Ogata, 1917), Kokui Seibo (La Vierge noire, 1920), Nankin no Kirisuto (Le Christ de Nankin, 1920). Ces trois récits dont le sujet est les phénomènes prodigieux liés à la maladie nous mettent sur la piste pour comprendre comment l’écrivain non chrétien faisant ouvertement profession d’athéisme a nuancé sa position en tenant compte du concept théologique de prédestination et de la croyance populaire. Oscillant entre la religion et la science qui constituent une éternelle dichotomie, Akutagawa, malgré sa tendance rationaliste, ne cache pas sa fascination pour les guérisons médicalement impossibles en y reconnaissant la manifestation de la bonté divine.
Loxias | Loxias 39. |
Enfance et mimesis. Commentaire composé du groupement de textes « La commerelle » / « Les couleurs »
Au sein du recueil Enfance berlinoise de Walter Benjamin, les textes « La commerelle » et « Les couleurs » mettent en parallèle, sous le signe de l’activité mimétique et de la sensorialité, l’appropriation du monde par le jeune enfant et la création artistique. Ils nous éclairent ainsi sur l’enjeu de l’ouvrage de Benjamin, entre autobiographie, document historique et manifeste poétique, en mettant en particulier l’accent sur le statut de l’auteur dans le projet esthétique benjaminien.
Loxias | Loxias 39. |
« Je ne sais pas d’où vient Lola Valérie Stein » (Marguerite Duras). Une fiction détective en un prologue et deux épisodes
Les lecteurs de Marguerite Duras ont quelquefois repéré ses sources d’inspiration – comme les romans d’Erskine Caldwell pour l’écriture d’Un barrage contre le Pacifique. Mais bien d’autres sources semblent totalement ignorées. Ainsi il apparaît que la lecture d’un « poète culte », Henry J. M. Levet (réédité par Jean Paulhan en 1943), lui a permis de mettre en forme ses projets romanesques autour des figures de Lola Valérie Stein et du « Vice-consul » français, l’amoureux frustré d’Anne-Marie Stretter au sein de la colonie anglaise des Indes (Le Vice-Consul, India Song, etc.). Les Sonnets torrides (1900) et Les Cartes postales (1902) de Levet – en particulier : « Homewards » (pour la carrière de ses parents en Indochine), « British India » (pour le contexte de la colonisation anglaise aux Indes) et « La Plata » (pour le personnage du Vice-Consul) – lui ont fourni des thèmes romanesques, des mots et des images visuelles riches de virtualités. Ces brefs poèmes l’ont également encouragée à pratiquer une écriture basée sur l’ellipse. L’article est une enquête dans la fiction, principalement basée sur une lecture poétique comparée de Levet et de Duras, lecture basée sur l’examen attentif de « mots-symboles » et l’écoute de la musique des noms exotiques qui montrent que Marguerite Duras avait une oreille très fine, et un regard intérieur très précis, très sélectif. Quelques détours chez d’autres auteurs (François Mauriac, Jean Giraudoux, Pierre Benoît), et parfois par la chanson et le cinéma, prouvent que Marguerite Duras savait prendre son bien où il le fallait pour transposer son propre imaginaire (issue de sa vie privée et intime) en une œuvre romanesque qui, tout à la fois, exploite et refuse l’exotisme.
Loxias | Loxias 40. |
Un voyage dans l’URSS de 1928 : Panaït Istrati, Bilili, Nikos Kazantzaki et Eleni Samios
Cet article est une présentation de l’ouvrage d’Eleni Samios-Kazantzaki, La Véritable Tragédie de Panaït Istrati, suivie de la correspondance Panaït Istrati-Nikos Kazantzaki et des lettres de Victor Serge à Panaït Istrati.
Trois voix pour la vérité : Panaït Istrati, Victor Serge, Boris Souvarine
Lorsqu’à son retour d’URSS Panaït Istrati décide de dénoncer la vérité du système soviétique, il signe de son nom, sous le titre Vers l’autre flamme, une œuvre en trois parties dont seule la première, Après seize mois dans l’URSS, est de lui, les deux autres, Soviet 1929 et La Russie nue, étant respectivement de Victor Serge et de Boris Souvarine. De tonalité différente, les trois parties de ce livre singulier révèlent également un esprit et un point de vue différent, quoique complémentaire, sur la Révolution prolétarienne et, si l’ensemble vise bien à une dénonciation, celle-ci n’est pas de la même ampleur chez les trois auteurs. Néanmoins, l’identité de la démarche ainsi que celle des thèmes abordés suscite un questionnement quant aux motivations qui les ont conduits à réaliser un tel ouvrage ainsi que sur les buts poursuivis. Quelles défaillances du régime établi depuis douze ans en Russie pouvaient provoquer cette protestation à trois voix ? Que cherchait à prouver ce triple témoignage ? Quel message voulaient transmettre les auteurs sous le titre Vers l’autre flamme ?
Positionnement paratopique de Panaït Istrati, l’écrivain « qui n’adhère à rien »
Notre propos touche la problématique de la paratopicité d’une œuvre, celle de Panaït Istrati qui illustre la conduite morale et discursive de « l’homme qui n’adhère à rien » pour proposer une articulation déjà nécessaire entre le contexte de l’œuvre, le statut de l’écrivain et ce qu’il produit dans le champ littéraire. Ce lien se concentre sur quelques aspects paratopiques : d’abord les formes de manifestation, ensuite les territoires disputés et finalement la paratopicité de l’écrivain et de son œuvre. À ce point nous proposons comme repère l’auto/bio/graphie où « auto » a le rôle de ponctuer le positionnement du sujet narrateur par rapport à son acte de narrer/écrire.
Droiture éthique et vérité d’un carrefour thématique – La famille Perlmutter
La Famille Perlmutter (1927) écrit par Panaït Istrati en collaboration avec Josué Jehouda est la chronique d’une famille juive, un roman de la formation et à la fois un carrefour thématique : l’errance, la générosité et son pendant « le généreux absurde », l’injustice, l’amour, l’amitié, le clivage Orient/Occident. On y retrouve la convivialité et la chaleur humaine, la droiture éthique et la rigueur politique du « chardon déraciné » amant de la Méditerranée qui a projeté les facettes de sa personnalité incandescente dans chacun des personnages de cette écriture polyphonique. Écrit peu avant le voyage en URSS et le grand tournant dans la vie et l’œuvre d’Istrati, ce texte sur les vaincus et les vainqueurs, sur les écorchés de la vie tel Isaac préfigure en quelque sorte le destin de l’auteur.
Les périodes suisses chez Panaït Istrati
Les « passages » en Suisse de Panaït Istrati de 1916 à 1930 ouvrent des perspectives qui auront de profondes répercussions sur le cours de sa vie. Le canton de Vaud et du Valais forment un étonnant creuset d’où émerge une combinaison de chemins qui sont autant d’étapes fondatrices. Si les recherches abordent souvent les périodes suisses d’Istrati, elles ne les traitent jamais dans leur intégralité. Il est temps de faire une rapide synthèse de ce que nous connaissons.

