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Loxias | Loxias 26 | Doctoriales VI

Stratégies d’écriture et émergence d’un écrivain africain dans le système littéraire francophone. Le cas d’Alain Mabanckou

La théorie du champ, telle que systématisée par Pierre Bourdieu, ne permet pas de définir objectivement l’approche des littératures francophones émergentes. À la place de la notion de « champ », la critique actuelle a préféré « système littéraire francophone ». L’objectif du présent article est de montrer comment un écrivain francophone, en l’occurrence Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006, se positionne dans ce système littéraire francophone. Il s’agit de s’interroger sur les stratégies d’écriture et auctoriale adoptées par l’auteur pour obtenir et asseoir son capital. Si, pour une bonne part, la réception d'un auteur résulte de la dynamique du champ intellectuel où son œuvre prend place et des luttes symboliques qui s'y livrent, la position que ses livres peut avoir dépend aussi des réservoirs sémiologiques dans lesquels il puise sa poétique.

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Loxias | 65. | I.

Le connaissement du monde

Les lecteurs des récits de mer et des romans maritimes n’est pas exactement le même que celui qui lit les enquêtes de Jean Rolin : Vu sur l’eau et Terminal frigo. Le premier reprend sous forme de recueil des articles parus dans des magazines, le second se présente sous la forme d’un roman à la trame assez lâche. Dans les deux cas, la matière est la vie des obscurs, soutiers, dockers, mécaniciens, ceux qui font réellement le tour du monde aujourd’hui dans l’anonymat complet ou ceux qui soutiennent par leur travail la circulation des marchandises tout autour du globe. Comme l’observe Paul Veyne dans Comment on écrit l’histoire, à propose d’événements vrais racontés par l’historien « ici, le roman est vrai, ce qui le dispense d’être captivant. » Cependant Rolin s’efforce de mettre en lumière la vie de ces marins, sur un ton un peu détaché, aussi spirituel que possible, mais toujours selon le point de vue du voyageur ou du flâneur des quais ou des zones portuaires, à la première personne, comme dans L’Explosion de la durite. Le mérite de ces récits, relativement brefs et circonscrits est leur sujet, la routine méconnue, les « choses vues ». La composition de Terminal frigo ressemblerait un peu à celle du Quart de Kavvadias, aux romans de Cendrars ou à une tradition du roman maritime qui enchaîne des récits d’anecdotes. Néanmoins, la manière de raconter adoptée par Rolin n’est-elle pas vouée plus ou moins à se terminer généralement en queue de poisson ?

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