Odile Gannier


Odile Gannier est professeur de littérature générale et comparée à l’université Nice Sophia Antipolis et membre du CTEL. Elle travaille sur la littérature de voyage, les littératures insulaires et postcoloniales ainsi que sur les représentations dans le domaine de l’imagologie.

Articles de l'auteur


Loxias | Loxias 9

Littératures d'outremer : une ou des écritures « créoles » ?

“Les Antilles, la Guyane, la Réunion, par exemple, s'interrogent tout naturellement sur le métissage des cultures, et ont en commun la notion de créolité. Pourtant cette communauté ne va pas de soi, car elle existe de fait plutôt qu’elle ne s’élabore comme convergence ; chaque territoire conserve jalousement sa spécificité, et à la vérité personne ne semble souhaiter vraiment le mélange de réalités différentes et originales. Pourtant, il existe indéniablement des points communs, que partagent aussi la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, mais encore des pays qui n’ont pas, ou plus, de liens directs avec la métropole française, comme H...”

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L’archipel : image poétique de l’outre-mer ?

Suffit-il de dire pays « outre-mer » pour que se cristallise ailleurs, au-delà des mers, une entité réelle ? Pourtant l’outre-mer constitue une entité sémantiquement cohérente. L’histoire a élaboré un destin un peu semblable par un pareil brassage des populations. Mais la Polynésie, les Antilles, la Réunion, par exemple, ont-elles, en dehors d’un assemblage historique ou de l’usage possible d’une langue commune, des similitudes culturelles et idéologiques ? L’outre-mer réunit-il une solidarité propre, dans un circuit qui inverse la perspective convenue ? Les territoires d’outre-mer sont souvent – mais pas toujours – des îles ou des groupes d’îles. Ces îles elles-mêmes forment parfois ce que les géographes appellent des archipels, ce qui peut représenter une forme d’unité, qui prend corps au-delà de leurs limites propres. Écrire une « parole en archipel » ? L’île semble a priori plus porteuse de projections identitaires, mais la notion d’archipel semble aujourd’hui bénéficier de projections prometteuses. Ainsi, il paraîtrait donc légitime de construire l’imaginaire de l’île en fonction d’une appartenance à un groupe d’îles, en évoquant une solidarité profonde et naturelle entre des îles voisines. Cependant, on peut douter de la primauté de cette vision globalisante sur l’attachement plus viscéral au territoire dans lequel on plonge ses racines. Aussi la voix « en archipel », ouverte sur un espace plus large, semble-t-elle plutôt une construction fantasmatique ou idéologique, sur laquelle il ne faut pas se méprendre. Cette conception est finalement poétique au sens propre : poiétique dans la mesure où elle est créatrice d’une nouvelle vision du monde.

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Loxias | Loxias 7 (déc. 2004) | Littérature comparée

« Dérive au bout de la nuit »

Le voyage suppose un désir de départ, un itinéraire ou, pour le moins, un but. Il donne au voyageur le loisir d’observer et de s’enrichir de ses expériences, ou le fait progresser dans la connaissance de lui-même. À son retour, sa vie est feuilletée de visions nouvelles.Or, le Voyage au bout de la nuit est révélateur : le voyage s’affiche dans le titre et dans la structure, et de nombreuses remarques rappellent la cohérence thématique du roman. Mais cela n’efface pas l’impression que dégage le texte : aussi l’idée de « dérive » est-elle plus adéquate, comme la déviation subie par un navire par rapport à la direction qu’il s’était fixée, sous l’effet de circonstances irrésistibles. Le lecteur ne saurait y trouver la texture particulière des récits de voyage, notamment leur liberté et leur ouverture : aucun des buts généralement assignés au voyage ne guide Bardamu : ni la curiosité (ce qui signifie ni tourisme, ni exploration) ; ni le désir de dépaysement ; ni la volonté de décrire ou de dénoncer. Ce voyage se trouve donc décalé par rapport aux autres types de voyages de son époque, par sa forme et par son allure désabusée.

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Loxias | Loxias 10 | II.

Journal de bord d’Étienne Marchand. Le voyage du Solide autour du monde (1790-1792)

Publication du journal de bord, jusqu’ici inédit, du capitaine Étienne Marchand. Fort peu connue, à côté des navigations de Bougainville, Lapérouse, c’est pourtant l’une des circumnavigations françaises réussies de la fin du XVIIIe siècle. Marchand était expédié par des armateurs privés et il poursuivait un but lucratif : le trafic des fourrures entre la côte Nord-Ouest de l’Amérique et la Chine. En fait, le voyage, quoique très décevant sur le plan commercial, a été remarquablement rapide et sûr, puisque le Solide, parti en décembre 1790 de Marseille avec un équipage de cinquante hommes, était de retour à Toulon en août 1792. Connu par les travaux du savant Claret de Fleurieu, le journal du capitaine n’avait pourtant jamais été édité : rédigé par un officier de la marine marchande, le journal de bord publié ici, avec la carte établie par Beautemps-Beaupré, les tables journalières de navigation, donne un point de vue un peu différent du discours officiel, mais en même temps très représentatif de son époque.

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Loxias | Loxias 12 | I.

« "Que diable allait-il faire dans cette galère ?" Récit de mer et heureux naufrage au théâtre : d’Eschyle à Wilkie Collins »

On sait depuis les pièces de Racine que la mer est un ingrédient narratif essentiel, un décor signifiant qui confère à la tragédie plus d’acuité : battant de ses flots les bases du palais, elle fournit l’espoir d’un secours ou la menace, métonymie des forces qui environnent et enferment les personnages dans leur destin. La mer est-elle condamnée à rester un cadre, simple objet de récit dans le théâtre, puisque matériellement irreprésentable ?On pourrait penser que la situation d’un équipage enfermé à bord d’un navire – sans espoir d’évasion avant l’escale – constitue un huis-clos d’une remarquable efficacité théâtrale : resserrement des acteurs et de la temporalité, enjeu vital… Or l’examen des pièces de théâtre liées de quelque manière à la mer ne rend pas compte de cette hypothèse. Les pièces tirées de romans maritimes cessent en quelque sorte d’être maritimes. Au contraire, les tragi-comédies en particulier font la part belle à de longs récits de naufrage, qui deviennent un topos aux motifs récurrents. La force tragique y perd de sa vigueur au profit d’autres desseins.

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Loxias | Loxias 15 | II. | Naissance du roman moderne: Rabelais, le Tiers Livre, Cervantès, Don Quichotte, Sterne, Tristram Shandy

Le Voyage selon Laurence Sterne et Chateaubriand : le héros et le bouffon (Tristram Shandy, Voyage sentimental, Itinéraire de Paris à Jérusalem)

Sterne effectue deux séjours en France, au cours desquels il expédie des lettres à ses amis. Le récit de ses voyages se distribue ensuite, pour le premier, dans le livre VII de Tristram Shandy, paru en janvier 1765 ; pour le second, en une page, au livre IX, chapitre 24, sorti en janvier 1767 puis dans A sentimental Journey, publié en février 1768. Chateaubriand, partant pour l’Orient en juillet 1806 et de retour à Paris en juin 1807, publie son Itinéraire de Paris à Jérusalem à partir de son journal de voyage. Ces deux voyages révèlent des façons de voyage pratiquement aux antipodes l’une de l’autre : Chateaubriand donne de lui l’image du grand voyageur, cultivé, attentif à l’écriture d’une œuvre littéraire, Sterne propose précisément la satire de ce genre de relation, se moquant des conventions, de l’érudition, et de tout ce qui compose ordinairement les relations de voyages de son époque.

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Loxias | Loxias 17 | I.

Editorial : Littérature à stéréotypes. Réflexions sur les combinatoires narratives

Ce numéro de Loxias publie les actes d'une journée d'études organisée par Odile Gannier dans le cadre du CTEL, le 23 février 2007, sur les "Littératures à stéréotypes". Les contributions font le point, à travers des analyses de textes très divers du Moyen Âge à nos jours, sur l'usage des stéréotypes dans le récit, des "scènes à faire", des motifs narratifs identifiables dont les combinaisons sont souvent caractéristiques de genres.

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Stéréotypes et roman maritime : gros temps sur la Sea Trilogy. To the Ends of the Earth (Trilogie maritime) de William Golding

Le roman maritime peut être considéré comme un sous-genre dans la littérature de voyage ou le roman d’aventures, qui obéissent sinon à des normes, au moins à des pratiques récurrentes et à des habitudes d’écriture. Si l’on regarde de plus près, le paradigme des scènes et des motifs vraisemblables et crédibles à bord est relativement limité. Rares sont les romans qui tentent la parodie, car dénudant les procédés, les « recettes », le romancier risque de ruiner ce que D. Couégnas a appelé une « esthétique de la transparence ». William Golding, cependant, tente la réécriture d’un récit maritime avec la Sea Trilogy (Rites of Passage, Rites de Passage, 1980, Close Quarters, Coup de semonce, 1987, Fire Down Below, la Cuirasse de feu, 1989). D’une part, il reprend les motifs narratifs les plus attendus du roman maritime, mais il introduit un brouillage de ces éléments narratifs par le pastiche des romans anglais du XVIIIe et l’écriture du journal de bord ; enfin la parodie achève de miner de l’intérieur la convention romanesque par un recours fréquent à l’intrusion d’auteur et par la dénudation des artifices et des stéréotypes. De sorte que le roman maritime classique se trouve démembré par la mise en abyme de sa propre écriture.

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Loxias | Loxias 19 | Programme d'agrégation

« Voyages avec un âne ou : Comment battre la campagne ? (Laurence Sterne, Tristram Shandy, Cervantes, Don Quichotte) »

Sterne fait trotter à travers son œuvre un grand nombre d’ânes, sur lesquels on parcourt avec constance les petits trajets de la vie. Certes, on pouvait s’attendre à de pareilles rencontres dans la campagne anglaise du XVIIIe siècle. À cette nécessité d’ordre réaliste s’ajoutent les ressources du double-sens, puisque le mot anglais « ass » qui désigne l’âne offre aux facétieux l’occasion de plaisanteries à bon compte. Cette présence récurrente n’est cependant pas sans rappeler aussi la monture de Sancho Pança : moins flatteur que le cheval, l’âne joue constamment les utilités. Il représente tout à la fois le principe de réalité qui parcourt le roman et le principe de folie douce, de la « marotte » alliée au bonnet de fou à grelots : ânes, mules, mulets, bourriques et autres montures plus fantaisistes comme les « dadas », que chevauchent les personnages de Tristram Shandy, lecteur compris, chacun à sa façon, illustrent en sourdine l’entreprise de dérision que mène Sterne face à la folie et à l’outrecuidance des hommes.

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Loxias | Loxias 23 | Programmes de littérature des concours 2009

Les carnets de terrain de Jean de Léry : littérature et ethnographie réflexive dans l’Histoire d’un voyage en terre de Brésil

La réaction de Lévi-Strauss est désormais célèbre : après avoir affirmé qu’il s’agit du « premier modèle d’une monographie d’ethnologue » et, dans Tristes Tropiques, que le texte de Léry est le « bréviaire de l’ethnologue », il ajoute : « Le livre est un enchantement. C’est de la littérature. Qu’on laisse l’ethnologie aux ethnologues et que le public lise l’Histoire d’un voyage faict en terre du Bresil comme une grande œuvre littéraire. Et aussi comme un extraordinaire roman d’aventures. » Littérature ou ethnographie ? Littérature et ethnographie ? De quels attraits littéraires le Voyage fait-il preuve ? Car s’il a fait date dans l’histoire de l’étude des peuples étrangers, c’est aussi que son mode d’approche précède de très loin l’arsenal de protocoles et d’obligations que les anthropologues ont mis beaucoup plus longtemps pour établir, afin de codifier leur pratique comme une science ; il adopte spontanément ce que l’on désigne aujourd’hui du terme d’ethnologie réflexive, de celle qui ne fait pas abstraction des conditionnements de son auteur. Du reste, il n’est pas non plus le seul de son époque à avoir procédé de la sorte, comme Hans Staden.

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Loxias | Loxias 25 | Littératures du Pacifique

Jeunes déboussolés dans le Pacifique, dans les romans d'Alan Duff, Sia Figiel, Chantal T. Spitz, Albert Wendt ; et Ananda Devi

Parmi les romans des vingt dernières années écrits par des écrivains du Pacifique, un certain nombre (de Samoa, Nouvelle-Zélande, Polynésie française, ou Maurice, pour A. Devi, par exemple) ont pour héros des jeunes en difficulté, ou dont l’itinéraire est chaotique. Maltraités, drogués, violents, prostitués, suicidaires, ou tout simplement à la dérive, ils sont présentés de l’intérieur, dans leur intimité : cette marginalité devient plus proche, tandis que se présentent toutes les explications, voire les excuses de leur comportement, lié indissolublement à la fracture des sociétés traditionnelles. Certains évidemment sont relativement épargnés, à moins qu’ils ne finissent par trouver, seuls ou avec de l’aide, les moyens de recouvrer un équilibre. Doit-on y voir une illustration par synecdoque de sociétés écartelées entre les repères de la tradition et l’infiltration ou le déferlement plus ou moins brutal d’autres valeurs et d’autres modes de vie ? La construction romanesque peut d’ailleurs révéler cette incertitude par le brouillage des voix et des fils narratifs.

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Loxias | Loxias 27 | II.

De l’usage des notes dans le Discours sur l’inégalité de Rousseau : récits de voyages et ethnographie

Le Discours sur l’inégalité a jeté les bases d’un système qui devait comprendre aussi l’Essai sur l’origine des langues et le Contrat social. Il repose sur un raisonnement de type anthropologique, qui prend en particulier pour exemple et pour hypothèse l’homme sauvage dont il a découvert les descriptions dans les récits de voyage qui circulent largement à son époque. Ces relations fournissent ainsi le matériau initial et la légitimation de ses spéculations. Mais il faut observer plus précisément l’usage que Rousseau fait de ces observations ethnographiques, et en particulier comment il les utilise dans son Discours : souvent en note, ces références anthropologiques affectent d’être secondaires alors qu’elles conditionnent l’équilibre de tout l’édifice.

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Loxias | Loxias 32

« Qu’il parle maintenant ou se taise à jamais… » Les effets du silence dans le processus de la création

“Le silence, venu du latin silentium, est, d’après une première explication du Robert Culturel, « le fait de ne pas émettre de son par la voix ». Paradoxalement, la représentation du silence, souvent liée à celle du cri, semble être au cœur de toute tentative d’écriture. Si le silence n’est donc pas l’absence de mots, il garde toutefois un secret que le mouvement des mots n’atteint pas. Il est ce reste intarissable qui semble relancer l’écriture. Le « mot trou », pour reprendre l’expression de Marguerite Duras,  la « phrase du silence » semblent bien être le fantasme de tout écrivain à l’écoute de l’« inentendu », ce que l’on ne sait pas ou l’on ne veut pas entendre,r...”

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Loxias | Loxias 32 | I.

« Qu’elles parlent maintenant qu’ils se taisent à jamais… » Une parole féminine débondée par la mort, de Beauvoir à Ananda Devi

Face à la mort d’un proche, des femmes prennent soudain la parole. Simone de Beauvoir avait évoqué la mort de sa mère dans Une mort très douce en 1964, puis celle de Sartre en 1981 dans La Cérémonie des adieux. Ces textes avaient parfois choqué par leur sincérité. De même, Annie Ernaux a consacré deux livres à la mort de ses parents, La Place et Une femme. Ce ne sont que deux exemples de cette écriture féminine rendue nécessaire par la confrontation avec la mort : le deuil remet si profondément en cause l’existence que la vie ne peut s’envisager  après cette étape. Dans des espaces où la parole féminine s’exprime plus difficilement, une autre raison de rompre le silence apparaît : par la voie du roman, le deuil ou l’agonie sont l’occasion de venger de longues années de silence forcé, de parole rentrée. Mariama Bâ, dans Une si longue lettre avait ainsi fait raconter sa vie à une veuve juste après le décès de son époux. Ananda Devi consacre Le Sari vert à l’agonie d’un vieil homme qui a tyrannisé sa vie durant sa femme, sa fille puis sa petite fille : ces deux dernières tentent de lui extorquer sur son lit de mort le secret du décès de sa femme. Dans ces romans, l’objet n’est pas tant le chagrin devant l’irrévocable que l’occasion d’exprimer le silence qui entoure la condition des femmes.

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Loxias | Loxias 34 | Travaux et publications

Le roman maritime

“Presses de l’Université Paris-Sorbonne, coll. Imago Mundi, 2011 612 p. ISBN : 978-2-84050-652-2 « Il y a dans la vie du marin quelque chose d’aventureux qui nous plaît et qui nous attache. Ce passage continuel du calme à l’orage, ce changement rapide des terres et des cieux, tiennent éveillée l’imagination du navigateur. Il est lui-même, dans ses destinées, l’image de l’homme ici-bas : toujours se promettant de rester au port, et toujours déployant ses voiles ; cherchant des îles enchantées où il n’arrive presque jamais, et dans lesquelles il s’ennuie s’il y touche ; ne parlant que de repos, et n’aimant que les tempêtes ; pér...”

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Loxias | Loxias 35 | I.

Mars, Marquises et Mardi gras : Mardi de Melville, et les savoirs du voyage « qui y mena »

Mardi est un texte hybride qui a toujours déconcerté ses lecteurs. D’abord conçu comme une suite de Taïpi et Omoo dans le Pacifique, le roman dérive peu à peu vers le voyage imaginaire ; un invraisemblable déploiement de références livresques détourne le regard des seules vérités importantes : un savoir diffus mais réel sur la Polynésie, une structure narrative en forme de clin d’œil vers les voyages de la littérature, dont celui de Rabelais. Mais la métaphore la plus vaste est l’illustration d’un savoir astronomique : les aventures étranges et sans espoir de Taji et Yillah dans le lagon de Mardi sont probablement aussi celles de comètes dans le vaste univers mardien –ou martien.

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Loxias | Loxias 42 | Travaux et publications

Échos des voix, échos des textes. Mélanges en l’honneur de Béatrice Périgot

“Classiques Garnier, 2013, « Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance européenne », 727 p. ISBN 978-2-8124-0804-5 Lors de sa disparition, les collègues et amis de Béatrice Périgot ont souhaité lui rendre hommage sur le terrain même où elle excellait : l’art du dialogue et ses variations. Ce volume propose une synthèse inédite, rédigée par Béatrice Périgot elle-même en complément de son ouvrage Dialectique et littérature. Les avatars de la dispute entre Moyen Âge et Renaissance. En seconde partie, une approche plurielle de cette thématique commence à la même période, avec la disputatio et le dialogue humaniste, avant l’étude d...”

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Loxias | Loxias 44. | I.

La défense de l’éléphant – ou quel idéal pour l’indépendance ? Les Racines du ciel de Romain Gary

Les Racines du ciel, prix Goncourt 1956, continue à faire date comme le premier roman « écologique » – et la critique s’est interrogée sur le sens de cet engagement : que cherche Morel, le protagoniste du roman ? protéger les éléphants ? défendre un idéal de liberté ? renverser le système colonial ? ou simplement assouvir des lubies personnelles ? Chaque personnage gravitant dans son orbite interprète son engagement différemment. Jusqu’à Romain Gary lui-même qui explicite son projet dans la « Lettre à l’éléphant ». Son expérience de l’Afrique lui fait présenter des portraits de colonisateurs et de colonisés, à la veille des mouvements d’indépendance : écologie et postcolonialisme peuvent-ils être conciliables ? The Roots of Heaven, which was awarded the prestigious Prix Goncourt in 1956, is known as the first “eco-novel”, and literary criticism is eager to analyse this environmental concern: what is really the aim of the main character, Morel? Does he intend to protect elephants? or ideal freedom? Does he endeavour to pull down the colonial system or is he just doing randomly whatever crosses his mind? Everyone has his own idea about it. Even Romain Gary himself explains the plot in a so-called letter to “Dear Elephant”. From his own experience he is very much capable of writing a novel on pre-Independence Africa. But are environmental protection and colonial/postcolonial system compatible or do they exclude each other?

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Loxias | 48. | I.

En hommage à Florence Arthaud
Vagabonds des mers du sud : les navigateurs solitaires dans le sillage de R. L. Stevenson et Joshua Slocum

La fin des grands voiliers à la fin du XIXe correspondit à une innovation : la navigation solitaire de « plaisance » sur de petits voiliers. Stevenson, dans les Mers du Sud (1890), affirme explorer un nouveau genre : le journal de bord « littéraire ». Joshua Slocum partit en 1895, Sailing Alone around the World, emportant sur le Spray les œuvres de Stevenson. 1911 : Jack London publie The Cruise of the Snark, imitant Slocum ; suivi des Français Gerbault, Marin-Marie, Moitessier (sur le Snark et le Joshua). Ces récits montrent l’amour de la vie en mer et de sa liberté, le tropisme du voyage vers le Sud, alliant détails réalistes et passages lyriques ou philosophiques. Pour quel public, aspirants à la croisière ou lectorat plus large ? En outre, ces récits ont partie liée avec le journalisme, participant paradoxalement à l’histoire des exploits sportifs, leur motivation relevant plutôt d’un accomplissement personnel. At the end of the XIXth century the decrease of large clippers was followed by a new way of sailing, alone, on small boats. Stevenson explains in the South Seas (1890) that he has found a new genre: the literary logbook. Joshua Slocum left in 1895, Sailing Alone around the World, taking Stevenson’s books aboard the Spray. In 1911, Jack London published The Cruise of the Snark, following Slocum and followed by Gerbault, Marin-Marie, Moitessier (on the Snark and the Joshua). In these accounts seamen show how they like living free on the seas, how they are fond of travelling southwards; they give in turn detailed descriptions of the journey and lyrical or even philosophical passages. Who are supposed to be the readers, seamen to-be or not? Moreover, these accounts often flirt with the media system, adding paradoxically their personal experience to the history of record-breaking performances.

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