Loxias | Loxias 18 Doctoriales IV |  Doctoriales 

Karin Hilpold  : 

 « L’existence en marge » : les expériences de la solitude et de la liberté chez Maryline Desbiolles

Résumé

Les romans de l’auteur contemporain Maryline Desbiolles mettent en scène des personnages qui se trouvent dans des situations-limites : soit qu’ils mènent une vie en marge de la société, soit qu’ils soient saisis dans un moment crucial de leur existence, parvenus à un point extrême où ne semble plus s’ouvrir aucune issue. Dans ces situations, ils font l’expérience de la solitude la plus absolue, la solitude existentielle. Paradoxalement le mal-être des personnages est parfois associé à un exaltant sentiment de liberté, né, précisément, de la prise de conscience de leur condition d’hommes sur terre... De manière plus ou moins sensible, le questionnement ontologique sous-tend l’ensemble de ces romans ; les thèmes de la solitude et de la liberté s’avèrent constitutifs de l’imaginaire déployé. Evoluant autour de quelques notions récurrentes (frontière, exil, errance, étrangeté, appétit, éblouissement), cette œuvre explore la réalité humaine dans sa substance : l’existence apparaît comme un cheminement vertigineux sur la ligne de crête séparant d’une part, les forces de mort, et d’autre part, les forces de vie.

Index

Mots-clés : liberté , solitude

Chronologique : XXe siècle

Plan

Texte intégral

Solitude et liberté de l’existence en marge. Dans ses romans, Maryline Desbiolles met en scène des personnages qui se trouvent dans des situations-limites : soit qu’ils mènent une vie en marge de la société, soit qu’ils soient saisis dans un moment crucial de leur existence, parvenus à un point extrême d’où ne semble plus s’ouvrir aucune issue. Dans ces situations, ils font l’expérience de la solitude la plus absolue, la solitude existentielle. En même temps que le mal-être moral voire la détresse, ils peuvent alors connaître un exaltant sentiment de liberté, né, précisément, de la prise de conscience de leur condition d’hommes sur terre...

Ces remarques laissent déjà deviner l’importance que revêt dans cette œuvre l’idée de la frontière,1 de même que celle de l’égarement et encore celle du vertige. Le questionnement existentiel représente une réalité indéniable dans l’écriture de Maryline Desbiolles, une réalité certes pas toujours manifeste au premier abord mais, à nos yeux, irrécusable : la problématique autour des notions-clés de la solitude et de la liberté constitue le fondement idéel de l’ensemble des textes. Les deux thèmes centraux s’y incarnent, d’une part, dans les images de la douleur et de la nuit et, d’autre part, dans celles de la joie et de la lumière. Un certain nombre de notions récurrentes viennent se joindre à solitude et liberté, composant ainsi un réseau thématique d’une ordonnance fort nette. Ce sont, d’un côté, les idées de l’exil (lié à l’errance), de l’étrangeté et du néant, comme autant de sources possibles du malaise existentiel. De l’autre côté, nous rencontrons surtout l’abandon et la communion, ces derniers susceptibles de procurer une joie éblouissante, la sensation d’un bonheur incandescent. Viennent s’opposer, en outre, l’allant et l’immobilité, l’ouverture et les chaînes, le trou/le gouffre et les ailes, la nausée et l’appétit (voire l’avidité).

L’identification d’une thématique dominante peut signifier un engagement : nous définissons la ligne directrice de notre lecture par rapport à cette thématique, en en faisant la base de notre problématique, l’enjeu qui met le texte en perspective. Aussi notre étude vise-t-elle essentiellement à l’éclairage, à l’analyse et à l’appréciation de ces thèmes et ces motifs récurrents2 gravitant autour de la pensée existentielle ; nous cherchons à explorer la parenté implicite qui unit l’œuvre contemporaine à un héritage culturel, en examinant la manière dont la romancière reprend à son compte une thématique universelle : la situation de l’homme dans le monde, son rapport avec lui-même, l’existence, l’autre.

Se fait jour ainsi l’univers intellectuel et imaginaire qui préside à l’œuvre, et dont nous tâchons, dans un deuxième temps, d’apprécier le déploiement dans la durée. Attentive à l’apparition et à la disparition des trames de motifs, à leurs reprises et métamorphoses, aux  variations de sens que les mêmes retours lexicaux peuvent cacher, nous suivons la trace d’une évolution, d’un éventuel changement d’orientation qui, le cas échéant, se reflèterait dans la pensée et dans le style.

Soulignons d’emblée que cette prose se distingue par une cohérence d’ensemble particulièrement forte. Les liens y abondent ; on entend dans chaque roman les échos de ceux qui le précèdent3. Or, si les mêmes thèmes et motifs reviennent avec insistance d’un ouvrage à l’autre, ils ne se présentent pas toujours de la même façon, ni sous un jour identique.

La recluse illustre de façon radicale la thématique de la solitude de l’existence en marge : les personnages mis en scène vivent à l’extrême bord de la société, et l’existence qu’ils mènent est, elle aussi, extrême.

Une liaison amoureuse avec un soldat allemand (nous sommes à l’époque de l’Occupation) fait de la jeune fille Rose une paria dans son village natal. Suite au châtiment public du prétendu déshonneur, ses parents l’enferment dans la cave de la maison. Ce n’est qu’à la mort du père, une vingtaine d’années plus tard, que la recluse quitte la cave et revient habiter en famille. Pour autant, elle n’osera jamais plus s’aventurer hors de la maison. A partir du jour où la mère aussi disparaît, Rose et son frère aîné mènent une existence sauvage, une existence de sauvages. Confinés chez eux, ils passent leur temps à ne littéralement rien faire. Le frère cadet retourne vivre auprès d’eux, mais, vaincu par leur inertie, il finit par se résigner à laisser les choses continuer leur cours… Les ordures s’accumulent, d’abord autour de la maison, bientôt dans les chambres. Le décès de l’aîné ne change rien à la léthargie des deux autres : ils ne pensent même pas à enlever la dépouille. Finalement, l’état de la maison et, surtout, l’odeur qui s’en dégage, sont tels que les villageois ne peuvent plus ignorer l’opprobre : ils appellent les pompiers pour que ces derniers viennent rétablir l’ordre.

La recluse est, pour l’exprimer par une formule paradoxale, l’histoire d’une dérive statique. Immobilité et torpeur sont les termes qui conviennent le mieux pour qualifier l’atmosphère éminemment sinistre et dérangeante qui préside à l’ouvrage. En illustrant, avec une implacable rigueur, une déchéance à la fois psychique et physique, il se caractérise par un mouvement descendant prononcé.

Le roman Une femme de rien raconte, lui aussi, l'histoire poignante d'une déchéance. Les thèmes majeurs sont la solitude, l'angoisse et la folie, auxquels s’ajoutent la pauvreté, l’alcool et la prostitution.

L'héroïne est une femme entre deux âges qui mène une vie de prostituée dans une ville portuaire. Ce n'est que progressivement que le lecteur trouve accès à cet univers ténébreux et tourmenté que l’auteur lui présente, car il ne s'agit pas d'une narration linéaire qui raconte une histoire selon l’ordre chronologique : de même que La recluse, Une femme de rien se caractérise par un emploi particulièrement complexe des procédés narratifs. Le roman consiste en une multitude de paragraphes distincts qui donnent pêle-mêle des réflexions et des visions de l'héroïne, des analepses et des interventions d'un narrateur extérieur à la diégèse qui s'abstient de tout commentaire. La perspective oscillant constamment entre le narrateur et le personnage (style indirect libre, monologue intérieur), le lecteur doit, au sein de la fiction, démêler la réalité des fantasmes d’un esprit fortement troublé voire dérangé. Ainsi, il s’avère que l’héroïne est en proie à des hallucinations, et qu’EUX, ce ne sont pas ses frères et sœurs venus de loin, mais des rats ! Ce quiproquo confère au roman son unité ; il en est, pour ainsi dire, le fil directeur. La révélation de l'identité de ces êtres énigmatiques représente le point culminant du récit, le moment où la tension dramatique atteint son comble.

Les bateaux-feux est l’histoire d’un homme qui vient de subir une transplantation cardiaque. Le fait de se retrouver subitement avec le cœur d’un autre dans la poitrine plonge le personnage dans une crise d’identité profonde, qui finit par lui faire perdre tous ses repères. Se sentant incapable de continuer sa vie d’avant, il prend la fuite : il quitte son rôle de père de famille, d’homme bien intégré dans la société, et part en quête de l’univers de son donneur.

Cette recherche éperdue sera aussi la recherche de sa propre identité. Car depuis qu’on lui a enlevé son cœur trop faible, il a le sentiment affolant d’être privé de lui-même. Tout en étant dirigée vers l’extérieur, cette recherche le conduira donc dans ses propres profondeurs. Dans l’obscurité épaisse où il se voit jeté, il n’a comme points de repère que quelques imperceptibles signaux, émis par des personnes rencontrées au cours de son odyssée, des personnes qui, pareilles à lui, sont des bateaux perdus dans la mer

La Seiche occupe une place à part dans l’œuvre de Maryline Desbiolles, à la fois en ce qui concerne le sujet et le traitement narratif.

Alors que les trois textes qui l’ont précédée s’inscrivent dans des univers graves et dramatiques, La Seiche se caractérise, surtout au premier abord, par une plus grande légèreté et une tonalité d’ensemble sereine sinon enjouée : le récit s’articule autour de la confection d’un plat de seiches farcies, élaboré en vue du dîner qui sera donné le soir même ; les douze chapitres, dont chacun a pour titre une indication de la recette, retracent minutieusement les étapes nécessaires à la préparation du plat. Ancré ainsi dans la vie quotidienne, campé solidement dans la réalité concrète et prosaïque, le texte opère néanmoins des tours surprenants. Car tout en suivant avec soin et application, l’une après l’autre, les directives pour cordon bleu, la cuisinière laisse libre cours à son imagination : les gestes qu’elle accomplit, les senteurs, les bruits et les couleurs qui accompagnent le travail, donnent jour à des sensations, suscitent des souvenirs et des réflexions… L’esprit vagabonde donc, entraîné tantôt par-ci, tantôt par-là, pour revenir toujours aux seiches, à l’occupation principale de cette après-midi passée en cuisine. Il en résulte le paradoxe d’un plan très strict (et affiché lourdement) qui ouvre néanmoins à la digression, à l’échappée.

Anchise dit avec une intensité poignante le deuil et la souveraine solitude d’un vieil homme retiré dans un arrière-pays sauvage et abandonné. De même que dans les textes étudiés précédemment, l’isolement représente un motif central de l’œuvre. Dans La recluse et Une femme de rien, cet isolement apparaissait, de façon plus ou moins directe, comme le fruit de la contrainte sociale. Dans Anchise en revanche, nous sommes confrontés à une retraite volontaire et délibérée, qui trouve son explication dans la personnalité peu commune du protagoniste. Aussi le roman offre-t-il à la fois une vision réaliste de l’existence figée des vieilles gens oubliées et le portrait d’un personnage parfaitement original. En effet, le héros éponyme s’avère un être d’exception, un être à part, aussi étrange, si cela se peut, que l’héroïne du récit La recluse

La singularité du personnage réside dans son refus d’accepter la mort de son épouse, refus qui occupe une vie entière, car sa femme est décédée quand le héros était encore un jeune homme à peine sorti de l’adolescence. Des années durant, il a lutté contre l’apaisement de son deuil, contre la résignation et l’oubli. Octogénaire, il sent que sa force rebelle menace de l’abandonner. Craignant que sa douleur s’estompe et qu’il finisse – lui, le veuf inconsolable – par se consoler (et donc par oublier), il décide de mettre un terme à son existence.

Dans Le Petit col des loups, nous rencontrons deux femmes à un tournant de leur vie. De la première, on ne saura ni le nom ni l’âge. A peine sortie de l’adolescence, elle se retrouve enceinte d’un jeune homme parti pour la guerre en Algérie. La seconde, Marie-Marthe, est une femme sauvage et solitaire, animée par une hargne mystérieuse. Elle est la seule personne à qui la jeune fille ait parlé de sa grossesse.

Dans ce roman, qui conjugue un lyrisme incantatoire à un prosaïsme vif et rafraîchissant, Maryline Desbiolles opère une réconciliation entre le rêve et la réalité. Le lieu-dit qui donne son titre au livre est situé dans l’arrière-pays niçois. Mais ce cadre spatial est autant réaliste que féerique, car c’est en cet endroit que tombe la neige qui brûle promise en interlude par un narrateur extradiégétique.

Le thème de la (re)naissance prédomine ici, mais la mort, le deuil et la séparation occupent également une place importante. Aussi ce texte à l’allure aérienne et radieuse illustre-t-il à la fois la douleur et le bonheur de vivre. Le thème de l’errance (et de l’avancée au sein même de l’errance), qui était au cœur des Bateaux-feux, est présent également dans ce roman, quoique de manière sous-jacente. La jeune femme saisit qu’il lui appartient de décider de son existence, de trouver son propre chemin. Elle s’aperçoit qu’elle est aussi libre qu’errante, et cette prise de conscience lui fait vivre des émotions intenses, singulières et ambivalentes. Marie-Marthe, quant à elle, se croit arrivée, ou plus précisément, se croit échouée depuis longtemps. Mais voici qu’elle sera à son tour gagnée par une nouvelle vision du monde et d’elle-même... Il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, d’une ouverture progressive : la jeune fille s’ouvre à la vie et à l’avenir, son amie-confidente s’ouvre, tout d’abord, à son passé. C’est grâce à cette ouverture qu’elles pourront par la suite (ré)inventer leur présence au monde, – qui sera une présence fondée sur la lucidité et la transparence.  

Au centre d’Amanscale, nous trouvons à nouveau un personnage seul en quête de lui-même, un moi à la sensibilité accrue mais néanmoins lucide qui cherche à se situer dans le monde. Ce moi est une femme de presque trente ans, indépendante et libre, qui vit, de toute évidence, une période de crise. En effet, un profond sentiment de vide s’est emparé d’elle et l’amène à s’interroger sur son existence, sur son rapport avec ses semblables, sur son passé douloureux comme sur son avenir incertain.

A côté de Linda Groote, le roman possède, pour ainsi dire, une deuxième protagoniste : c’est la ville dont le nom figure comme titre du texte et qui est aisément reconnaissable comme étant Nice. Or, cette ville d’Amanscale ainsi que la femme qui lui voue un attachement sincère connaîtront un bouleversement profond, déclenché par un événement inattendu et d’une violence terrible : le volcan situé à une vingtaine de kilomètres dans le nord s’est réveillé et s’apprête à projeter sa lave… Le mouvement instinctif de Linda Groote est de fuir, mais au lieu du volcan en éruption, elle cherche à échapper à la population en déroute, et se dirige donc vers la banlieue d’Amanscale et le « gros ensuqué » (67) brusquement transformé en bête vorace. Cette étrange fuite à contresens sera l’occasion de rencontres marquantes : celle d’un quartier inconnu et de ses représentants, celle de la force mystérieuse qui sommeille au tréfonds de la terre, celle enfin d’elle-même. Car dans cette situation extrême, la protagoniste sera confrontée non seulement à la nature déchaînée, mais aussi à son propre moi, son égarement et son angoisse, ses douleurs secrètes, ses bonheurs perdus, ses rêves enfin, qu’elle n’a pas encore complètement enterrés. Tout en étant captivée par la vision de la lave qui creuse son chemin vers la mer, elle vivra ainsi des moments d’introspection et de méditation. Le roman se termine avec cette nuit dominée par le spectacle du volcan, spectacle à la fois terrifiant et fascinant, et que l’héroïne contemple depuis un talus.

Au petit matin, elle retourne à son immeuble qui n’a pas été touché par le sinistre. Elle retrouve son appartement exactement comme elle l’a quitté la veille ; rien, semble-t-il, n’a changé. Au détour d’une phrase néanmoins, nous comprenons que cette nuit, pendant que le volcan a craché la lave, un autre travail souterrain s’est produit, aux conséquences moins flagrantes mais tout aussi décisives.

Le Goinfre est le cinquième roman publié dans la collection Fiction & Cie des éditions du Seuil. Plus que jamais on sent ici la volonté d’aller jusqu’au paroxysme, d’exacerber le réalisme et de le transgresser. De même que Les bateaux-feux, Le Goinfre peut être considéré comme un roman noir qui, en plus, accorderait une large place au rêve et à la poésie.

Au centre se trouve, ici encore, un individu seul et rongé par une souffrance secrète. Dès le début, il est manifeste que le héros innommé couve quelque chose d’inavouable et de terrifiant, dont l’éclosion n’apparaîtra qu’à la fin. La dynamique qui propulse le roman de bout en bout consiste précisément dans la tentative éperdue, tantôt désespérée, tantôt exaltée, de fuir une vérité, une réalité… qui finira tout de même par s’imposer à la claire conscience.

Le protagoniste, un employé dans une compagnie d’assurances qui, sans avoir franchi le seuil des quarante ans, se considère déjà « du côté de ce qui est irrémédiablement perdu » (20), s’échappe de chez lui à la suite d’un coup de téléphone, avec comme seule destination le Sud, et dans le bagage une robe jaune. Au volant de sa voiture, il fonce vers l’Italie, n’ayant d’autre ambition que celle de partir, partir sans l’idée d’un retour. Sa course effrénée le mène jusqu’à Bari, où il s’arrête enfin et se pose, mais sans se calmer. Alors que jusqu’ici, il avait avalé de la route (cf. 14), dorénavant, son désarroi s’exprimera dans un effroyable appétit de mets et de boissons. En buvant et en mangeant sans mesure, il essaiera de combler un vide abyssal, un trou sans fond, en même temps que d’échapper à la mémoire… Tentative vaine : lors de la fête du solstice d’été, ses yeux se dessillent sur l’impossibilité d’un départ à zéro. Sans ligne de démarcation avec le présent, remontent alors à sa conscience des souvenirs divers, bonheurs et douleurs mêlés. Surgit finalement aussi, dans des images floues mais néanmoins d’une acuité cruelle, la scène qui a été la raison du départ en catastrophe : le meurtre qu’il a commis de la femme jadis aimée.

Les notions de solitude et de liberté sont constitutives de l’univers imaginaire présidant à l’œuvre, dans la mesure où  les personnages dans leur ensemble vivent des moments cruciaux, au cours desquels ils éprouvent la fragilité, la précarité et la contingence de leur être, mieux vaut dire, de l’être tout court. Ils font l’expérience de la limite, dans le sens où ils prennent violemment conscience des lois qui régissent leur existence, des frontières étroites qui leur sont assignées, mais aussi dans le sens où ils sont soudain acculés à un point extrême en eux-mêmes. Saisis dans ce moment critique, ils connaissent la solitude fondamentale de l’être, l’exil métaphysique, et ils ne peuvent plus alors éluder un face à face avec leur moi profond…

En substance, c’est cette expérience poignante qui se trouve au cœur de chacun des romans étudiés. Malgré son caractère éminemment éprouvant, cette expérience se révèle en fin de compte positive, car elle apparaît comme une étape nécessaire dans la vie des héros, entraînant une crise selon l’acception première du terme, c’est-à-dire un changement décisif (du grec krisis, décision).

La lecture thématique des romans de Maryline Desbiolles permet ainsi de dégager plusieurs constantes : les personnages traversent généralement une période de doute et d’égarement, une crise de sens et d’identité ; la confrontation avec leurs propres démons (des craintes et des chagrins refoulés, diverses blessures et traumatismes…) se solde par l’accès à un état de conscience plus large, une lucidité et une authenticité plus grandes ; à travers l’expérience de la limite, ils peuvent s’affranchir de ce qui les entravait (souvent à leur insu), et établir les bases pour une existence plus vraie et plus libre, un rapport plus heureux avec eux-mêmes et le monde qui les entoure.

Dans la mesure où ces romans se placent sous le signe de l’itinéraire, du cheminement spirituel, et que la logique dominante est celle de l’être en devenir, du mouvement et de la progression, nous pouvons percevoir une parenté souterraine avec le genre du roman de formation.

Il apparaît que d’indéniables points de fusion existent entre solitude et liberté. Les deux notions désignent des réalités incontournables de la condition humaine ; l’une étant susceptible de faire naître le désarroi voire l’angoisse métaphysique, l’autre étant une source potentielle de joie et d’exaltation. Mais c’est la conception de leur synthèse qui se révèle constitutive de l’existence : au cœur même de la solitude (de l’Exil), l’homme peut accéder à la prise de conscience de sa liberté, ce qui, toutes proportions gardées, correspond à un accès au Royaume… En effet, proches du couple antithétique Exil et Royaume chez Albert Camus, les deux notions-clés solitude et liberté entretiennent une relation à la fois antinomique et complémentaire.

Il importe de souligner le caractère plurivalent et plurivoque de ces notions constituant la base de la charpente conceptuelle de l’œuvre. En ce qui concerne la solitude, l’on observe qu’elle apparaît tantôt comme une cause de souffrance (pour être exact : comme la cause de souffrance), tantôt comme une condition indispensable du bien-être. Attachons-nous d’abord à la première des deux alternatives.

La souffrance morale des personnages créés par Maryline Desbiolles implique sans exception le sentiment douloureux d’être inexorablement séparé de l’autre, d’être enfermé dans son propre corps et dans sa propre vie, de ne pas pouvoir partager ce que l’on porte en soi-même. L’incapacité à donner ou encore l’incapacité à communiquer se sont ainsi dégagées comme des motifs particulièrement récurrents, de même que les images exprimant l’enfermement (voir la fréquence de termes tels que mur, chaînes, prison, barrage, immobilité, engourdissement, paralysie, stagnation…). Nombreux sont les héros qui déplorent amèrement leur raideur, prétendu trait de leur personnalité qu’ils considèrent comme une infirmité, et dont le signe le plus manifeste serait l’incapacité à pleurer. A l’impression d’être irrémédiablement isolé des autres et du monde (cf. ne pas en être) s’ajoute un désaccord éprouvé à l’égard de soi-même, en particulier à l’égard de son propre corps : ce dernier est perçu comme une enveloppe encombrante, quelque chose d’étranger voire d’ennemi.

Etrange et étranger sont, justement, deux autres termes qui reviennent sans cesse sous la plume de Maryline Desbiolles, et ils sont tout aussi ambivalents que celui de solitude. Le sentiment d’étrangeté concerne à la fois le monde extérieur et le monde intérieur : il participe de l’angoisse qu’inspire un univers incompréhensible et obscur – autour de nous et en nous-mêmes. Privés de leur unité, désaxés, les personnages se sentent en outre déplacés, pour être précis, déplacés dans le monde : l’idée de l’exil est, de même que celle de l’égarement, omniprésente dans les romans étudiés.   

Or, l’absence de repères, le manque de sécurité peuvent aussi être vécus de façon tout à fait positive. Aussi les termes de vertige et de perdition ne sont-ils pas forcément porteurs d’une connotation dysphorique, bien au contraire. Nous reviendrons plus loin sur ce point.

La mort et le néant, en revanche, restent invariablement le grand drame de la réalité humaine. Ces thèmes majeurs se cristallisent dans les images du trou noir et du gouffre qui, réapparaissant ouvrage après ouvrage, concourent à créer ce réseau d’associations qui donne consistance à l’œuvre et rend manifeste sa cohésion interne. Au sujet de la mort, notons encore le silence, autre terme à l’ambivalence marquée : d’une part, il suggère les affres du vide, de l’éternellement rien, mais d’autre part, il désigne également la paix et la sérénité. Nous nous sommes aperçue que dans ce dernier cas, il faut qu’il ait sa contrepartie, autrement dit, il semble que l’on doive passer par la parole, le bruit, l’agitation afin de pouvoir profiter d’un silence vrai, d’un silence qui, justement, ne soit pas de mort.

Le même constat s’impose concernant les notions de douceur et de fragilité (d’ailleurs étroitement liées entre elles) : toutes deux possèdent une valeur positive ou négative selon qu’elles sont ou non accompagnées de leurs (quasi-)antonymes, la violence et la force. En effet, il semble que, considérées séparément, ces quatre notions apparaissent plutôt comme des péjoratifs, alors qu’elles se chargent d’une connotation méliorative si elles se trouvent en relation avec leurs contraires respectifs : en tant que pendant de la violence, la douceur ne saurait être molle ou mièvre, et la violence, elle, s’apparenterait alors à la passion, à l’ardeur, et non pas à la brutalité.  

 

Il ressort ainsi de l’œuvre toute une série de dichotomies significatives, qui collaborent à l’architecture conceptuelle de l’univers imaginaire déployé et qui en font apparaître la substance. Dans ce contexte, il faut évoquer aussi le couple dialectique de vie-mort. Là encore, la dualité change considérablement la manière d’appréhender les choses : suivant que l’on parvient à percevoir la mort comme la contrepartie nécessaire de la vie (en ce sens que l’intensité, l’éclat du vivant seraient dus à sa finitude même), elle apparaît comme potentiellement acceptable, et, dans tous les cas, indissociable de la vie.

De manière générale, l’on peut retenir que la prose de Maryline Desbiolles évolue sur la ligne de crête entre les forces de vie et les forces de mort ; les couples métaphoriques lumière-ombre et soleil-nuit traduisent le sourd et permanent combat entre les deux tendances opposées.

A propos des forces de vie, un autre thème prépondérant s’impose à l’attention : l’appétit. Soulignons que les motifs de l’avidité, de la faim et de la soif sont tout sauf univoques dans l’imaginaire de la romancière. Dans la majorité des cas porteurs d’une connotation nettement euphorique, exprimant une adhésion passionnée à l’existence sous toutes ses formes, une ouverture, une curiosité, une ferveur4, ces termes peuvent, dans d’autres occasions, traduire un manque, une absence douloureuse, un déchirement intime. Ainsi notamment dans Une femme de rien et Le Goinfre. En ce qui concerne ce dernier, il est intéressant de noter que la valeur symbolique du leitmotiv se modifie imperceptiblement au fil du récit : le péjoratif semble progressivement se transformer en mélioratif, si bien qu’à la fin du roman, l’ultime évocation de la faim du héros ne désigne plus que son envie de profiter sans réserve des bonnes choses que lui offre la vie5.

En tant que synonyme d’avidité de sensations en général (donc désirs sensuels, esthétiques et intellectuels confondus), l’appétit appelle directement l’attirance pour l’inconnu et l’étrange, autre constante thématique qui frappe par son insistance. Car l’étrangeté n’est pas qu’inquiétante voire angoissante, elle exerce aussi une puissante force d’attrait. C’est alors la tentation du vide, le goût du vertige. Dans ce contexte, les notions de l’abandon et de la perte de soi se révèlent dépourvues de leur charge dysphorique et ne signifient rien d’autre que le désir de vivre les sensations dans leur intensité première, le désir de s’oublier voire de sortir de soi-même pour connaître l’éblouissement.

Les idées, les expressions et les motifs que nous venons d’évoquer, et qui tous tournent en orbite autour du thème de l’appétit, se trouvent incarnés dans des personnages au caractère passionné et absolu. En effet, la prose de Maryline Desbiolles – et là se trouve d’ailleurs l’un des nombreux points de rencontre avec l’écriture de Jean Giono – abonde en êtres de démesure, qui se distinguent tantôt par leur détermination, tantôt par leur force physique, ou encore par leur voracité, leur tempérament, leur volubilité… Dans tous les cas, ils sont différents, autres.

Ce constat nous ramène à l’idée de marge/frontière/limite et, dès lors, à notre point de départ, le complexe thématique autour de solitude et de liberté. Sous des formes variables, la situation limitrophe s’avère commune à l’ensemble des personnages figurant dans cette œuvre romanesque, ne serait-ce que parce que la notion de frontière est consubstantielle à l’existence humaine : frontière angoissante qui sépare la vie de la mort, frontière floue qui sépare la lucidité de la folie, la réalité du rêve, frontière infranchissable qui nous sépare les uns des autres...

Nous avons remarqué que la souffrance psychique des personnages mis en scène vient principalement de ce qu’ils éprouvent la solitude universelle, et en particulier, leur propre solitude morale. Ils nourrissent tous, au fond d’eux-mêmes, un impérieux désir d’union, de communion. Or, leur isolement intérieur relève de leur nature profonde, et la solitude correspond à leur caractère sauvage et insoumis, car elle leur permet de préserver leur indépendance, leur authenticité. Si la place en marge est susceptible de procurer une plus grande liberté d’esprit et de mouvement, elle implique le manque de repères, le fourvoiement, l’errance, …la solitude. Il s’ensuit que les héros de Maryline Desbiolles sont condamnés à un conflit affectif insoluble : la liberté qu’ils désirent et qu’ils revendiquent est paradoxalement ce qui cause leur douleur intime !

Dans ces romans, solitude et liberté revêtent donc, l’une comme l’autre, une ambivalence fondamentale et se chargent de connotations multiples et contraires. Ainsi, il faut encore évoquer la solitude radieuse, qui renvoie à certains moments de plénitude. Il apparaît que ces expériences d’éblouissement, ces instants d’un bonheur incandescent, où l’individu se sent intimement en accord (avec lui-même, l’autre et le monde qui l’entoure), uni au Grand Tout, il ne peut les connaître que dans la solitude.

Evoluant autour de quelques thèmes récurrents, cette création romanesque6 présente aussi un certain nombre de techniques narratives typiques. Ainsi, nous avons noté que l’écriture de Maryline Desbiolles se caractérise avant tout par sa nature poétique. Les figures de style y foisonnent, en particulier les tropes, qui confèrent à l’énoncé couleur, vivacité et originalité. Un autre trait important de cette écriture réside dans son aspect sensuel : la romancière travaille abondamment sur les diverses perceptions sensorielles, si bien que la lecture de ses textes sollicite les sens tout autant que l’intelligence. Le rythme est, à côté des images, un élément capital, dans la mesure où il possède une valeur signifiante. En effet, le mouvement, la mélodie des phrases ainsi que les sonorités des mots participent à l’expression du sens, ils interviennent au niveau du contenu.  

D’un point de vue plus général, le rythme et la tonalité de cette prose reflètent la pensée, la sensibilité et la conscience qui y sont à l’œuvre. Ainsi, la tendance à l’amplification et à l’enchaînement du discours, l’emploi généreux et libre des images, la richesse et la variété du vocabulaire, etc. traduisent, nous semble-t-il, une manière d’être au monde, une attitude à l’égard de la vie. Aussi la teinte baroque du style témoigne-t-elle du goût de la différence et de la disparité, de la profusion voire de l’outrance, ainsi que d’un souci du dehors, d’un désir d’ouverture et de largesse. Cette prose s’inscrit à nos yeux dans une attitude de lutte, de défi ; nous y percevons la logique de l’effort et du dépassement, une volonté de construire, d’œuvrer dans le positif (tout en restant lucide sur le négatif), enfin, un refus de la fatalité, ou mieux vaut dire, un franc parti pris du malgré tout.

La lecture critique de ces romans révèle une autre caractéristique manifeste à plusieurs niveaux du texte, à savoir la prédilection pour les nuances, les ambivalences. L’écriture procède par tâtonnements, par touches successives, la pensée se cherche et se découvre au fil des phrases. En outre, l’ambiguïté des mots, des images et des concepts répond à l’ambiguïté des situations narratives : comme nous avons pu le constater, la romancière privilégie une focalisation multiple et changeante. Finalement, l’ironie est, elle aussi, une technique qui lui permet de jouer sur l’ambivalence.

L’ensemble de ces observations nous conforte dans l’opinion que le style de Maryline Desbiolles véhicule une vision du monde, en cohésion avec toutes les strates de son écriture.

Il nous reste à aborder la question de l’évolution temporelle dans l’œuvre étudiée. Cette question se révèle être tout sauf aisée, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’une œuvre (et derrière elle, bien sûr, d’un individu) en plein devenir. Force nous est de souligner tout d’abord la continuité de la thématique existentielle. D’un bout à l’autre, cette prose se présente, en effet, comme un questionnement sur l’homme et son rapport avec lui-même, avec l’autre, avec l’univers qui le confine.

Si la thématique ontologique possède donc une évidente continuité, il n’en est pas de même de son traitement, de sa réalisation. En retraçant sommairement les différentes manières dont elle se trouve abordée dans les ouvrages respectifs, nous essayerons d’apprécier la répartition des aspects sombres et des aspects solaires au fil de la création.

Les deux premiers textes narratifs publiés par la romancière se démarquent par une nette prédominance du côté sombre. L’univers de La recluse est proprement cauchemardesque ; pas le moindre rayon d’espérance ne vient égayer l’atmosphère lourde, morose et morbide, irrémédiablement marquée par l’isolement et l’immobilité. De la même manière, Une femme de rien nous plonge dans un monde de solitude et de folie, où le manque criant de chaleur humaine engendre des fantômes. Ici comme là, le thème de la liberté n’apparaît que sous forme niée, et la solitude revêt une valeur purement négative. En usant de la terminologie sartrienne, nous dirions volontiers que les deux protagonistes, loin de se choisir et de se pro-jeter dans l’avenir, sont emportées par un courant funeste qui les entraîne implacablement vers le fond.

Et pourtant, dans Une femme de rien, nous avons discerné une tendance contraire, dans la mesure où un imperceptible mouvement ascendant vient s’opposer au mouvement descendant qui préside au roman : l’héroïne accède, à travers un processus psychique qui la conduit, précisément, jusqu’à (voire au-delà de) ses limites, à un état de conscience plus évolué. Bien entendu, tout porte à croire qu’elle ne se relèvera pas de sa chute. Toujours est-il que son effroyable descente aux enfers se solde par une lucidité nouvelle. De ce point de vue, on peut reconnaître une progression et donc un élément positif dans cette histoire tragique.

En ce qui concerne Les bateaux-feux, une certaine lueur d’espoir perce déjà dans le titre. En effet, l’écrivain est ici allé plus loin dans la voie de la lumière, car le texte s’achève sur un franc sentiment d’espérance. Les thèmes-clés s’y retrouvent néanmoins inchangés : la mort, l’angoisse, la folie, la solitude. Chez l’homme au cœur greffé, les notions d’égarement, d’errance et d’exil prennent tout leur sens : obsédé par l’idée d’avoir été dépossédé de l’intimité de son corps (cf. 69), il se sent perdu à tous égards, privé du moindre lien, du moindre repère. Dans ce vide vertigineux, il vit cependant quelques moments de joie intense, déclenchés, semble-t-il, précisément par la prise de conscience de sa situation, qui est celle d’un être tout à la fois égaré et libre. A côté de la joie gratuite, nous rencontrons ici un autre motif pour la première fois : la solidarité humaine, le sentiment de fraternité susceptible de donner appui et réconfort, et par là, de pallier le drame de la condition humaine.

Dans La Seiche, les thèmes désormais rituels de la mort, de l’angoisse, de la solitude et de l’étrangeté sont explorés sur un ton très personnel, par une narratrice qui ressemble beaucoup à la romancière elle-même. La gravité des sujets abordés est contrebalancée par une certaine teinte ludique, un esprit de légèreté voire une apparente frivolité et une ironie que l’on ne trouvait pas dans les premiers ouvrages. Certes, le questionnement ontologique continue en sourdine de constituer le fondement idéel, mais il a, dirons-nous en simplifiant, dépassé le stade du pessimisme. Aussi s’exprime-t-il dans ce texte une attitude tout à fait affirmative à l’égard de la réalité humaine, bien que cette dernière ne soit guère présentée de façon euphémique, loin s’en faut : l’homme chemine toujours sans voie, en vertige, dans le vide, entre parenthèses ; et la terre demeure ce lieu de l’hésitation, aussi ténébreux que gratuit. Or, si la terre reste étrangère, l’impossible empire, elle se révèle être également la table rase, l’unique endroit où il appartient à l’homme de vivre, encore et encore, le premier matin du monde ! En effet, dans La Seiche, l’existence se présente aussi comme une possibilité d’épanouissement ainsi qu’une occasion de jouissance, et non plus de seule souffrance. Ce sont d’ailleurs notamment les perceptions sensorielles qui s’avèrent un moyen efficace de puiser du plaisir (sinon du bonheur) dans le fait d’être en vie. Ainsi, après les écrasantes prises de conscience du néant et de l’inanité de l’être, la prise de conscience de la liberté, elle, implique la promesse de grandes joies. Et finalement, l’encre de la seiche nous signifie que l’on peut/doit écrire malgré tout, sur la vie et sur la mort…

Dans Anchise, la romancière a sondé et creusé autant le pôle d’ombre que le pôle de lumière. Le portrait âpre des habitants du temps des réserves (cf. 18) nous renvoie à la solitude irréfragable, alors que dans l’évocation des moments de bonheur vécus par les jeunes protagonistes se devine la plénitude et la magie d’être. De tels instants d’incandescence et de transport (dont l’œuvre poétique donnait déjà maints exemples) feront désormais apparition dans presque chaque nouveau livre. Le motif de l’ardeur de vivre7 y est étroitement lié et figurera, lui aussi, comme une constante des ouvrages ultérieurs.

Tandis que dans Les bateaux-feux, c’était notamment le sentiment de fraternité qui aidait le héros à s’apaiser, à se réconcilier avec lui-même et son existence, à recouvrer, pour ainsi dire, l’unité de son être – et partant, la joie de vivre –, dans Anchise, le bonheur a comme source l’amour qui lie entre eux deux individus.

Le Petit col des loups, en revanche, explore le thème de la maternité : ici, c’est l’amour que la jeune héroïne commence à éprouver pour l’enfant à naître – et qui s’accompagne d’une adhésion à la réalité humaine en général – qui donne lieu à des évocations jubilatoires d’une puissante joie de vivre. Bien qu’ici encore, le thème de la mort ne cesse de courir, le roman est certainement placé sous le signe du positif, du constructif : affranchissement, progression, affirmation de soi, etc. sont des idées qui informent l’ouvrage dans sa substance.

Ces idées se révèlent déterminantes aussi dans Amanscale, quoique seulement au deuxième regard. En fait, nous replongeons avec Linda Groote dans l’épaisseur nocturne... Deuil, déception, tristesse, mélancolie et, bien sûr, solitude caractérisent le monde de l’héroïne. La problématique existentielle n’a pas ici une présence sous-jacente mais s’exprime en toute clarté, à travers des questions rhétoriques empreintes d’amertume voire de désespoir. Cependant, il se dégage en fin de compte de ce livre un message absolument positif. Car une fois de plus, nous assistons à un processus d’émancipation et d’ouverture : en une décision courageuse, la protagoniste choisit d’accepter la nuit comme partie prenante de la vie, et ce choix, qui marque l’adhésion à elle-même et à son existence, lui permet, précisément, d’entrevoir la lumière8. Dès lors, ce que nous retenons avant tout de ce texte, c’est un énergique appel à se sortir de la prison de l’ombre !

En ce qui concerne Le Goinfre, la tonalité générale ne se distingue pas non plus – c’est le moins que l’on puisse dire – par la gaieté. Le caractère tourmenté de cet homme essayant désespérément de combler un manque obscur est plutôt susceptible de faire naître chez le lecteur une forte sensation d’oppression et de crispation. Mais ici encore, le dénouement véhicule une indéniable note d’espoir : un éprouvant processus psychique, qui entraîne des prises de conscience cruciales, permet au héros de recouvrer la lucidité et le calme. Sa voracité – nous l’avons mentionné – semble avoir changé de nature : elle traduit finalement un appétit de vie malgré tout, c’est-à-dire malgré le fait que la soif métaphysique, elle, ne pourra pas être apaisée.

Notre ambition était de suivre pas à pas le cheminement de cette écriture romanesque, pour épouser le mouvement de la pensée et du style, ainsi que définir les permanences et leurs inflexions au fil des années.

Nous sommes amenée à constater que nombre de thèmes posés dès les premiers écrits se retrouvent tels quels dans les publications les plus récentes. Au lieu d’un manifeste changement d’orientation, nous observons donc une continuité remarquable : l’imagination de l’auteur conserve en substance le même jeu de thèmes et de motifs, favorisant tantôt l’un, tantôt l’autre, mais n’abandonnant aucun tout à fait. Moins modifiées qu’approfondies, affinées, les idées-force autour du questionnement existentiel sont, il est vrai, restées les mêmes.

Il apparaît que le climat foncièrement noir et accablant qui caractérisait La recluse et Une femme de rien n’a pas trouvé d’équivalent dans les ouvrages ultérieurs. De ce point de vue, il y a une tendance à plus de légèreté, plus de sérénité, plus d’humour et d’ironie dans l’écriture de Maryline Desbiolles. Cette tendance d’ordre thématique se reflète du reste dans la forme, qui est devenue sensiblement plus limpide depuis les premiers livres : la romancière privilégie désormais un discours narratif moins complexe, moins hermétique. Témoin en est notamment l’usage de la ponctuation9, ou encore l’abandon d’une focalisation alambiquée, ainsi qu’un traitement de la temporalité plus clair. En somme, l’écriture étant d’un accès et d’une compréhension plus faciles, la lecture requiert un effort de concentration bien moindre que cela n’était le cas dans les premiers textes10.

Il importe de signaler que dès La Seiche, l’aspect sombre côtoie de près l’aspect solaire, et – à part, peut-être, Le Petit col des loups – aucun roman ne se caractérise par une manifeste prédominance de ce dernier ; les aspects de l’ombre et de la lumière continuent de façon conjointe à informer cette prose en substance. Si, du point de vue de la technique narrative, on peut constater une tendance vers une plus grande limpidité, la thématique explorée, elle, ne s’est donc pas éclaircie de façon notable.

Conformément au postulat de base, le questionnement existentiel est, de manière plus ou moins manifeste, omniprésent dans cette création littéraire. Il s’est avéré que la romancière aborde la thématique d’une façon très personnelle, dans un langage et un style qui lui sont propres. Ainsi, son point de départ coïncide, grosso modo, avec celui de Jean-Paul Sartre, mais elle débouche sur des solutions bien différentes. Il s’est révélé que ces solutions – ou plutôt ces résolutions – sont en affinité avec celles offertes par Albert Camus ou encore par Jean Giono.

Pour résumer, nous dirons que Maryline Desbiolles part, elle aussi, du postulat de la solitude de l’homme, de sa situation d’exilé dans un monde incompréhensible et étranger. De même que Camus et Giono, la romancière en revient à la réalité du corps. Car le sentiment aigu de la contingence et de la précarité de l’être, de l’exil métaphysique, se trouve ici quelque peu corrigé par les expériences de la lumière, de la beauté, de l’unité, d’un accord sensible avec les êtres et les choses… Ce sont des expériences d’émerveillement, de nature extatique, où l’individu semble perdre tout sentiment de sa subjectivité. Il apparaît que pour ces moments privilégiés, ces fulgurants instants de grâce, la vie vaut la peine d’être vécue !

Il n’en reste pas moins que ces romans renferment une remarquable gravité, puisqu’ils mettent en scène le jaillissement de l’absurde et évoquent des impasses de vie, des moments de balancement au-dessus du gouffre. Mais il importe de souligner que presque tous les personnages mis en scène parviennent, en fin de compte, à une attitude volontairement dynamique et positive face à la conditio humana, – une attitude de lutte et de défi qui, dans son essence, est assez proche de celle du Sisyphe camusien.

Notes de bas de page numériques

1 Il convient de signaler que l’écriture de Maryline Desbiolles se distingue par un lyrisme marqué, si bien que la frontière entre prose et poésie se révèle curieusement floue… La notion de marge s’avère dès lors significative, non seulement par rapport à la thématique informant l’œuvre, mais encore par rapport à l’écriture même, qui navigue allègrement entre les genres, impossible à classifier, difficile à cerner, aussi libre et sauvage que le sont les personnages qu’elle crée.  
2 En nous référant à Jean-Pierre Richard (L’univers imaginaire de Mallarmé, Paris, éd. du Seuil, 1961), nous comprenons le thème comme « un principe concret d’organisation, un schème ou un objet fixes, autour duquel aurait tendance à se constituer et à se déployer un monde » (p. 24). En tant que structure fondamentale de l’entité conceptuelle du texte, le thème apparaît ainsi comme un « élément transitif qui nous permet de parcourir en divers sens toute l’étendue interne de l’œuvre », comme un « élément charnière grâce auquel elle s’articule en un volume signifiant » (p. 26). Dès lors, l’œuvre littéraire représente un « système actif [dans lequel] les thèmes auront tendance à s’organiser comme dans toutes les structures vivantes : ils se combinent en des ensembles souples […] en couples antithétiques, ou, de manière plus complexe, en systèmes multiples […] » (ibid.). Ajoutons encore que les thèmes peuvent se manifester dans divers motifs, i.e. des symboles, des images, des sujets concrets.
3 D’ailleurs, deux commentaires de l’auteur confirment notre constat : « Tous les livres sont liés. Il faudrait que je me demande comment est né le premier » (Patrick Kéchichian, « La tension et le partage », Le Monde, 30.01. 2004). Et : « C’est la lecture d’un fait divers qui a "déclenché" l’écriture de mon premier "vrai" texte en prose, La recluse, et puis La recluse a entraîné Une femme de rien… Mes livres viennent de mes livres (la généalogie de mes personnages se trouve dans mes livres). Si je relisais ce que j’ai écrit avant La recluse, je suis sûre de trouver les prémisses de ce texte que le fait divers a sans doute seulement cristallisées » (entretien que l’auteur nous a accordé le 06.07.2005).
4 Le meilleur exemple nous est probablement donné avec les deux récits Manger avec Piero et Risotto à la fraise, parus en un seul volume en 2004 chez Mercure de France.
5 Chez Anchise en revanche, nous pouvons constater le passage d’un état boulimique à un état anorexique : la disparition de l’objet de son appétit a comme conséquence qu’il sèche sur pied…
6 Signalons que les romans de Maryline Desbiolles sont généralement très brefs : aucun ne dépasse les 130 pages.
7 Il importe toutefois de souligner qu’avec son épouse, Anchise perd ce formidable appétit de vie. En tant que veuf, il mène une vie automatique, une vie d’abeille qui accomplit les gestes sans y trouver de raison, comme absent, endormi à soi et au monde.
8 Elle découvre sa liberté de « faire quelque chose de beau » (124)… Nous sommes tentée de dire, avec Jean-Paul Sartre, qu’elle s’aperçoit d’être une conscience qui « se produit elle-même dans l’immanence et se fait exister comme transcendance » (cit. dans Dictionnaire Sartre, François Noudelmann et Gilles Philippe, Paris, éd. Champion 2004, p. 33), c’est-à-dire qu’elle peut viser un au-delà de la pure contingence, et découvrir l’absolu qu’est l’existence qui se choisit elle-même.
9 Les deux premiers textes en particulier se distinguaient par l’emploi d’une ponctuation tronquée.
10 Sans vouloir forcer l’interprétation, nous dirions que La recluse et Une femme de rien reflètent, au niveau de la forme comme au niveau du fond, le monde déconstruit, alors que les romans postérieurs se placent sous le signe de l’affirmation et de la construction.
11 Maryline Desbiolles, Le jardin de monsieur Virs, présentation par Xavier Girard, dans « La Pensée de Midi » n° 11, hiver 2003/04, pp. 165-169 ; ici p. 166.
12 Cf. : « Lepage crut en mes balbutiements d’écriture et cela compta pour moi ; il me fit entrer dans sa conversation que je continue avec lui, secrètement, dans mes livres » (Pour Jaques Lepage. Hommage au critique décédé, http://www.sitaudis.com ; 25.05.2004).
13 Patrick Kéchichian, « Maryline Desbiolles, la tension et le partage », Le Monde, 30.01.2004.
14 Xavier Girard, présentation du récit de Maryline Desbiolles Le jardin de monsieur Virs, « La Pensée de Midi » n° 11, hiver 2003/04, pp. 165-169. Au sujet de La Mètis et de l’idée d’une identité du Sud, proche de la pensée du Midi chez Albert Camus, Maryline Desbiolles a dit à Fabrizio Versienti (dans Le goût du roman, dir. de Matteo Majorano, Bari, Edizioni B.A. Graphis 2002, p. 98) : « Dans le Midi, il n’y a pas de tissu intellectuel, il y a des écrivains, des artistes, mais chacun vit dans la solitude de son exil doré. Je l’ai éprouvé lorsque j’ai tenté l’expérience d’une revue qui s’appelait La Mètis, du nom de la déesse grecque de l’intelligence rusée. J’ai aimé cette revue, elle a permis beaucoup d’échanges… épistolaires avec des gens au loin mais dans le Midi elle n’a pas pris. De ce point de vue, c’est un échec. Je ne tiens plus désormais à forcer ces bulles de solitude éblouie de lumière. On a tenté avec La Mètis d’approcher la Méditerranée qui, je crois, est surtout ce questionnement infini qui enfle à son sujet et qu’aucune réponse ne vient combler ».
15 Signalons que le petit livre Le Premier été (1994), une méditation intimiste autour de la grossesse et de la maternité, mais aussi autour de l’écriture, a fait l’objet d’une coédition franco-québecoise (éd. Gardette, Nice, et Le Noroît, Montréal).
16 Publié en 2003 par les éditions Cercle d’art.
17 Parue chez Melville/Léo Scheer en 2004.
18 Diffusée sous le titre L’eau du bain le 18.09.2004.
19 Publiée en 2005 sous le titre La poupée noire dans le catalogue Poupées chez Gallimard.
20 Parue aux éditions du Seuil en janvier 2007.

Bibliographie

- Ouvrages de Maryline Desbiolles

A peine, Nice, P. Berger, 1978

Les épitaphes, Nice, B. et J. Testanière Imp., 1980

Parcelles d’eau, Paris, Le Pont de l’Epée, 1984

La mer se défait derrière la vitre, [Prix Malrieu], Marseille, éd. Sud, 1984

Des après-midi sans retenue, Fonds école de Nice, éd. Mots de passe, 1985

Le champ de l’eau, Nice, éd. Offset, 1986

Une femme de rien, Paris, Mazarine 1987 (paru en croate aux éd. Durieux, Zagreb, en 1992)

Le Tout-venant, La Seyne-sur-Mer, Telo Martius, 1988

Les bateaux-feux. La recluse, Aix-en-Provence, Alinéa, 1988

Miniatures, dans : La Mètis n° 3, juillet 1990, pp. 41-57

Poèmes saisonniers, La Seyne-sur-Mer, Telo Martius, 1992

Les chambres, Paris, Blandin, 1992

Le Premier été, Nice, Gardette / Montréal, Le Noroît, 1994

Quelques écarts, Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1996

Les Tentations du paysage, Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1997

La Seiche, Paris, éd. du Seuil, 1998

Anchise, [Prix Fémina], Paris, éd. du Seuil, 1999

Le Petit col des loups, Paris, éd. du Seuil, 2001

Amanscale, Paris, éd. du Seuil, 2002

Nous rêvons notre vie. Bernard Pagès, Paris, Ed. Cercle d’art 2003, pp. 17-32

Cheval ailé avec mors, dans La Beauté en voyage, Paris, Ed. Cercle d’art, 2003

Le jardin de monsieur Virs, In : La Pensée de Midi n° 11 (Athènes), Hiver 2003/04, Les inédits, Présentation par Xavier Girard, pp.165-169

Le Goinfre, Paris, éd. du Seuil, 2004

Vous, Paris, éd. Melville/Léo Scheer, 2004

Manger avec Piero, Paris, éd. Mercure de France, 2004

Primo, Paris, éd. du Seuil, 2005

Frictions, pièce radiophonique, diffusée sur France-Culture le 18.09.2004

Les petites filles, pièce radiophonique, diffusée sur France-Culture et publiée en 2005 sous le titre La poupée noire dans le catalogue Poupées chez Gallimard

Aïzan, Paris, Médium, 2006

Les Corbeaux, Pièce. Paris, éd. du Seuil, 2007

C’est pourtant pas la guerre. Dix voix + 1, Recueil. Paris, éd. du Seuil, 2007

- Articles et ouvrages cités

GIRARD Xavier, présentation du récit de Maryline Desbiolles Le jardin de monsieur Virs, In : « La Pensée de Midi » n° 11, hiver 2003/04, pp. 165-169

KECHICHIAN Patrick, « Maryline Desbiolles, la tension et le partage », Le Monde, 30.01.2004

NOUDELMANN François et Gilles PHILIPPE, Dictionnaire Sartre, Paris, éd. Champion, 2004

RICHARD Jean-Pierre, L’univers imaginaire de Mallarmé, Paris, éd. du Seuil, 1961

VERSIENTI Fabrizio, « Entretien avec Maryline Desbiolles », In : Matteo Majorano [dir.], Le Goût du Roman, collection Marges critiques, Bari, Edizioni B.A.Graphis, 2002

Annexes

PRESENTATION DE L’AUTEUR

Née le 21 mai 1959 à Ugine, Maryline Desbiolles est issue d’une famille partagée entre la France et l’Italie : sa mère est d’origine italienne, son père haut-savoyard. Elle a passé les premières années de sa vie à Levens, dans l’arrière-pays niçois. Mais d’après Xavier Girard11, la romancière est « aussi étrangère au Sud qu’aux sombres sapinières d’Ugine ; assignée à rien, aucun lieu, aucune identité qui tienne […] elle se tient sur des confins, en cet arrière-pays divagant, qui n’est d’aucun pays ou de plusieurs à la fois […] ». Ses textes confirment l’importance de la situation frontalière : l’état limitrophe semble lui être cher, d’un point de vue géographique comme dans un sens plus large.

Elle fit ses études à Nice, d’abord en khâgne, puis à la faculté des Lettres. Après la maîtrise (mémoire sur le poète grec Yannis Ritsos), elle obtint un DEA : La Méditerranée, un lieu d’écriture. Etudiante encore, elle commença à envoyer des poèmes à diverses revues (Camouflage, Nard, etc.), dont l’un éditera un petit recueil intitulé A peine. Une rencontre décisive sera pour elle celle de Jaques Lepage, au cercle de la revue Poésie d’ici.12 Entre 1980 et 1997, une douzaine de recueils paraîtront dans différentes maisons d’édition. L’un d’eux, La mer se défait derrière la vitre, s’est vu décerner le Prix Malrieu (1984).

L’écriture a accompagnée Maryline Desbiolles depuis son enfance (la poésie, mais aussi des récits et des nouvelles) : « Le désir d’écrire était là depuis toujours. Il a fallu attendre une certaine reconnaissance pour que j’impose cela comme une existence sociale possible »13. Ainsi, après avoir exercé pendant quelques années le métier de professeur de français, Maryline Desbiolles a fini par accorder à la création littéraire la place centrale dans sa vie.

En 1987, Olivier Cohen aux éditions Mazarine publie son premier roman, Une femme de rien, qui passe inaperçu. L’année suivante, Les bateaux-feux (suivi de la nouvelle La recluse) paraît  chez Alinéa. Ce même été, la romancière séjourne en Australie comme écrivain en résidence de l’université du Queensland.

Entre-temps (en 1981), elle a créé avec quelques amis la revue Offset, dont une quinzaine de numéros verront le jour jusqu’en 1986. En 1990, elle tentera de nouveau l’aventure, avec La Mètis, une revue à la confluence de la littérature, des arts plastiques et des sciences de l’homme, qu’elle dirigera jusqu’en 1993. Comme l’observe avec pertinence Xavier Girard, les thèmes en sont étroitement liés à son œuvre d’écrivain : « le littoral, l’autre/l’ailleurs, la stupeur, la légèreté, la joie, les confins et la Méditerranée »14.

Depuis 1990, Maryline Desbiolles vit avec le sculpteur Bernard Pagès, dans l’arrière-pays niçois ; sa fille Lucie naît en 199215. La même année, Noël Blandin publie le recueil de nouvelles Les chambres.

Ce ne sera pourtant qu’en 1998, avec la rencontre de Denis Roche des éditions du Seuil, que Maryline Desbiolles trouvera sa maison d’édition, et avec elle, une audience plus large et la pleine reconnaissance de ses talents de prosatrice. La Seiche, un franc succès critique, est le premier de ses textes paru dans la collection Fiction & Cie. créée par Roche. Le roman suivant, Anchise, obtient le Prix Fémina (1999). Dorénavant, au moins un an sur deux, un nouveau livre paraîtra : Le Petit col des loups (2001), Amanscale (2002), Le Goinfre (2004), Primo (2005), C’est pourtant pas la guerre (2007).

L’œuvre de Maryline Desbiolles comporte également plusieurs essais consacrés à des artistes (Henri Matisse, Pierre Soulages, Fernand Léger, Shirley Joffe…), parmi eux notamment Nous rêvons notre vie16, consacré à Bernard Pagès.

Depuis quelques années, la poète et romancière s’essaie également au genre dramatique : pour France-Culture, elle a écrit les pièces radiophoniques Vous17, Frictions18, Les Petites filles19 et Les Corbeaux20. Dans le cadre de Surpris par la nuit, elle a d’ailleurs produit les émissions Nice, ville perdue ? et L’arrière-pays niçois : l’épreuve du rêve. Finalement, un livre pour enfants, Aïzan, a paru en septembre 2006.

Pour citer cet article

Karin Hilpold, «  « L’existence en marge » : les expériences de la solitude et de la liberté chez Maryline Desbiolles », paru dans Loxias, Loxias 18, mis en ligne le 14 septembre 2007, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html?id=1922.

Auteurs

Karin Hilpold

Assistante d’allemand à l’IUFM de Nice, après un double cursus en Lettres Modernes et allemand à l’Université d’Innsbruck, elle vient de soutenir, en juin 2007, sa thèse de doctorat en littérature française Solitude et liberté de l’existence en marge : les proses de Maryline Desbiolles.