Loxias | 77. Femmes et nourriture | I. Femmes et nourriture 

Mathilde Debbiche  : 

Dans l’ombre de la cuisine : de la rassurante marmite au chaudron vengeur

Résumé

Compris comme un espace de domination, la cuisine emprisonne la femme ontologiquement dans un rôle genré. La féminité se construit à travers la réalisation des tâches ménagères – dites naturelles – reléguant la femme à un être de nature. Si l’homme s’exprime à travers la figure romanesque de l’aventurier, la femme se définit dans l’interdiction d’accès au monde extérieur. La cuisine-prison, c’est métaphoriquement la geôle de la femme, où enchaînée à son devoir de « maîtresse de maison » elle se doit de préparer la nourriture que les hommes consommeront, pour ensuite laver, nettoyer, ranger jusqu’au prochain repas, et ainsi de suite. S’il est communément admis que du fond du cachot s’ourdissent les résistances, l’exclusion statutaire de l’homme de la cuisine dote cet espace d’un potentiel émancipateur. Fantasmes masculins de la sorcière, ou de la femme-empoisonneuse, c’est dans l’ombre de la cuisine que la rassurante marmite se transforme en chaudron vengeur. À travers des héroïnes tantôt sorcières – comme Man Yaya – tantôt femme-empoisonneuse – comme Angèle – nous montrons comment la femme réhabilite cet espace fermé dégageant toutes les potentialités émancipatrices du foyer.

Abstract

Observed as a space of subjugation, domestic kitchen is a place where woman is kept captive in a gendered role, from an ontological perspective. Femininity is considered to be built through the achievement of household duties -defined as natural- where woman is confined to be a being of Nature. Whereas man fulfils himself through the romantic figure of the explorer, woman is compelled to be kept apart from the outside world, the public sphere. Metaphorically speaking, the kitchen as a jail is woman’s goal, where constricted to her housewife’s duty, woman has to cook food that men will eat; to, then, wash, clean and tidy this place until the next round, on and on. In general, we tend to see, that from the bottom of a dungeon, rebellion can rise. The obvious admitted exclusion of man from the kitchen space, leads this area to be a possible zone of emancipation. The figure of the witch, or of the female poisoner have been a source of fantasies for men, here, from the kitchen shade, the harmless and useful cooking pot becomes a revengeful cauldron. From heroines, sometimes witches -such as Man Yaya- sometimes, female poisoner -such as Angèle- we reveal how woman might rehabilitate this closed space into an opened liberating zone within the household.

Index

Mots-clés : Chollet Mona , cuisine, empoisonneuse, espace domestique, sorcière

Texte intégral

1Le texte intégral sera mis en ligne prochainement.

Pour citer cet article

Mathilde Debbiche, « Dans l’ombre de la cuisine : de la rassurante marmite au chaudron vengeur », paru dans Loxias, 77., mis en ligne le 15 juin 2022, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html?id=10014.


Auteurs

Mathilde Debbiche

Doctorante en philosophie à l’Université Toulouse Jean Jaurès, elle thématise – sous la direction de Mme Bentouhami Hourya – les conditions de possibilités d’un en-commun de l’existence humaine et animale. Prenant comme site d’élaboration philosophique la Traite Négrière elle apporte sa contribution aux études décoloniales françaises – au sein du laboratoire ERRAPHIS – en s’appuyant sur des logiques d’assujettissements historiques telles que l’esclavage racial au sein des Antilles Françaises. En réévaluant les bases ontologiques par lesquelles les mondes se soutiennent, elle accorde une centralité au concept de la chair questionnant nos rapports à la nourriture.