Loxias | 61. Autour de Hubert Félix Thiéfaine | II. Travaux et publications 

Rainier Rocchi  : 

Vient de paraître

L’Intertextualité dans l’écriture de Nathalie Sarraute

Plan

Texte intégral

1Classiques Garnier, « Perspectives comparatistes », 54, « Modernités et avant-gardes » 7, 2018, 968p. 

2Cet ouvrage, publié avec le soutien du Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la littérature et des arts vivants de l’Université Côte d’Azur (Université Nice Sophia Antipolis), est la version remaniée d’une thèse de doctorat en Littérature Générale et Comparée, intitulée L’Œuvre de Nathalie Sarraute à l’épreuve de l’intertextualité, sous la direction de Sylvie Ballestra-Puech (soutenue le 4 avril 2014, Mention Très Honorable avec Félicitations du Jury, comprenant Ann Jefferson (Oxford), Nathalie Piégay-Gros (Paris VII), Philippe Marty (Montpellier-III), Nicole Biagioli (Nice).

3Cette thèse est la première à étudier l’intertextualité chez Sarraute en la considérant comme une composante majeure de son écriture, malgré les présupposés théoriques post-romantiques, anti-valéryens, de l’auteur (généralement privilégiés par la critique depuis Enfance). Considérer l’intertextualité comme une composante essentielle de l’écriture de Nathalie Sarraute peut permettre d’appréhender son œuvre dans ses contradictions structurelles, réflexivement représentées, dans son évolution problématique, dans sa spécificité littéraire.

4La première partie, mettant en évidence le régime moderne de l’emprunt dans Portrait d’un inconnu et dans Le Planétarium, analyse au plus près du texte le détournement parodique des conventions romanesques venant perturber toute assertivité démonstrative du discours, tandis que s’amorcent, d’après les intertextes de « disent les imbéciles » et d’Ich sterbe, un tournant autobiographique et une restauration de la directivité auctoriale, caractéristiques des derniers opus. En guise de premier bilan, une typologie des allusions intertextuelles sarrautiennes se précise.

5La seconde partie, synthétiquement, retrace les empreintes culturelles de l’emploi figuré du mot tropismes ; retient comme principe compositionnel une discontinuité fragmentaire qu’Enfance n’enfreint qu’en apparence ; propose d’identifier dans la « sous-conversation » la réécriture d’une forme de dialogue commenté que Proust, héritier de Balzac, a certes perfectionnée mais qui devient, chez Sarraute où elle concentre tout l’intérêt, le lieu d’une déconstruction littéraire du soupçon moderne où l’œuvre peut trouver sa cohérence thématique et stylistique comme sa pertinence historique en se mesurant à un paradigme majeur du xxe siècle. Sans rien perdre de son ambiguïté.

6L’ouvrage présente :

7- une substantielle bibliographie de Sarraute de 70 pages : liste exhaustive de ses entretiens ; témoignages biographiques (journaux, mémoires, correspondances) ; contributions, recensions et thèses couvrant trois décennies de recherches personnelles (la seule bibliographie publiée comparable s’arrête au 31/12/1979) ;

8- un index des auteurs et des artistes (400 entrées) permettant de retracer le corpus intertextuel étudié de quelque 50 auteurs, de souligner l’importance des artistes modernes dans sa création, de rendre hommage à 3 générations de critiques sarrautiens ;

9- un index des œuvres de Sarraute (références à l’intégralité de sa production romanesque, théâtrale et critique) ;

10- en annexe, un tableau chronologique de ses publications ; des résumés analytiques de Portrait d’un inconnu et du Planétarium.

Table des Matières

Introduction

11- À projet contradictoire, écriture indécidable
Soupçon moderne ou romantisme de l’inexprimable
Évolution poétique ou involution romanesque
Les traits modernes de l’écriture sarrautienne

12- Deux approches complémentaires de l’intertextualité chez Sarraute

première partie : intertextualité, réflexivité, modernité

Les réseaux intertextuels dans portrait d’un inconnu

13- Le masque du personnage : d’Eugénie Grandet à L’Éternel Mari
Le bergsonisme du projet sarrautien et ses limites (Pirandello)
L’académisme des néo-balzaciens (Green, Mauriac)
Tolstoï et Dostoïevski : le masque et le contact
Mimétisme protecteur et métamorphose (Flaubert, Gide)
Balzac, le précurseur : les fibrilles du cœur et l’arme des mots
Les Mémoires de Landru

14- Le narrateur en ses miroirs : Les Cahiers de Malte Laurids Brigge ou La Nausée
Le prisme déformant du narrateur
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge : la tentation poétique
Le narrateur et le soupçon : Janet, Freud, Sartre
La scène de l’escalier : premier exemple de sous-conversation

15- Un portrait en abyme : de Cézanne à Picasso : Frenhofer ; Gide et Proust
Les deux visites de musées du roman
Le Chef d’œuvre inconnu, « un catéchisme esthétique de la modernité »
L’Homme au gant (Gide) ; les verres déformants (Proust)
Une allégorie de la lecture

16- Esquisse pour un autoportrait
La tentation autobiographique
« Une adolescente fervente éprise de raffinements littéraires »
Destinateur Dostoïevski

17- La maculature intertextuelle (Compagnon)
Quatre réseaux intertextuels ; un hypotexte caché
La polysémie du titre

18- Épilogue : une parenté troublante avec La Source sacrée (James)
Une débâcle narrative
James et Sarraute

L’héritage moderne d’un nouveau roman, l’aporie d’un titre : le planétarium

19- Les Faux-monnayeurs ou le piège des faux-semblants romanesques
Madame Tussaud : la mise en abyme ironique d’une romancière au travail
Une parodie des Mandarins
Le modèle des Faux-monnayeurs
Le Planétarium
de Germaine Lemaire

20- La Recherche : du télescope au planétarium
Une allégorie de l’instrument romanesque
La sous-conversation de Proust à Sarraute
L’idolâtrie proustienne (Alain)
La dissonance conclusive : un narrateur indigne de confiance

21- La clôture du texte : de Joyce à Valéry
Le monologue intérieur et le pastiche d’Ulysse
La forme romanesque : un jeu de miroirs déformants
Inconstance du moi et « tunnelling process » (Proust/ Woolf)
Le prestidigitateur et l’hypnotiseur
Valéry : un coup de gong dans une salle voûtée

22- La fausse nouveauté d’une image : soupçons sur un archétype caché
Petite mythologie du planétarium
Le narcissisme de la mère (Beauvoir)

23- Un destinataire privilégié : Sartre
Une conception sartrienne de l’intersubjectivité
La critique sartrienne du Planétarium

24- Un mobile de Calder
Les deux couvertures de la collection Folio
Le Planétarium d’Öyvind Fahlström
Une visite de Calder au planétarium

« disent les imbéciles » et ich sterbe : critique de la modernité et nouveau régime d’écriture

25- Lintertexte polémique dans « disent les imbéciles »
Une mise en abyme rectifiée du projet sarrautien (chapitre i)
Trois cibles pour une polémique : Gide, Freud, Malraux
L’écueil du solipsisme : Elle est là

26- Tchékhov et la chistéra : un exemple d’agrammaticalité dans Ich sterbe
Paradoxes et dissonances
Une réplique à la biographie de Tchékhov par Elsa Triolet
L’hypotexte pascalien (Le Planétarium, Ici, Ich sterbe)
Un nouvel ethos sarrautien
De Magritte à Sarraute

Sarraute et l’intertextualité

27- Typologie des allusions intertextuelles sarrautiennes
Trois fonctions : polémique, psychologique et réflexive
Un palmarès : Proust, Gide, Sartre
Surimpressions et troublantes coïncidences

28- La défense de l’auteur
Une lecture orientée du prédécesseur (Bloom)
La contingence des réminiscences : les ramiers fraternels de Proust et l’arbre de Nietzsche

seconde partie : tropes ou tropismes : réécritures

La notion, littérairement problématique, de tropismes

29- Une ambiguïté fondamentale : mouvements intérieurs ou sensation créatrice
« L’importance des pulsions secrètes » (Martereau)
Les tropismes du poète (Entre la vie et la mort)
« se tourner ensemble vers l’infini d’une parole » (Blanchot)

30- Contexte culturel et contradictions idéologiques
Historique de l’emploi littéraire du mot (Gide, Valéry)
Behaviorisme, Atomisme psychologique
La quête romantique d’une intériorité indicible (Novalis)
Les épiphanies (Joyce/ Enfance)

31- Entre tradition et modernité : le mouvement
Un synonyme classique des tropismes : les mouvements
Une défense assumée du roman psychologique
L’imprégnation bergsonienne
L’art en mouvement au xxe siècle (Thoizet-Loiseau)

32- Une réécriture « abstraite » de textes classiques
Un indice : la rougeur
La théorie sarrautienne de la relecture
Détournement d’une image de Balzac : les fils de la Vierge
Réécritures sarrautiennes

La défamiliarisation du dialogue et la déthéorisation du soupçon

33- La sous-conversation chez Marivaux, Balzac et Proust
Marivaux et le « logo-drame »
Balzac, l’oreille et l’œil
L’herméneutique mondaine chez Proust : entre Freud et Dostoïevski

34- Le renversement de perspective sarrautien
Un verdict refusé (« disent les imbéciles »)
La promenade dans la nature dans Martereau : un modèle structural
Tropisme destructeur ou tropisme créateur
Une recréation expérimentale du mécanisme du soupçon moderne

35- Les déterminations du discours sarrautien
La thèse de Denis Ferraris (1978)
Paranoïa, Ressentiment, Féminité
La « déthéorisation » du soupçon (Bayard)

La discontinuité d’une écriture fragmentaire

36- Le pseudo-dialogisme d’Enfance
Manichéisme et « fictionnalisation des souvenirs » (Baehler)
Une réflexivité négative : la rédaction scolaire
Une intertextualité massive, facteur d’instabilité
Une lecture psychocritique : Fautrier
Lectures modernes : Asso/Auclerc (Deleuze) ; Wei (Lyotard)

37- Le solipsisme des derniers opus
La veine autobiographique des derniers opus
Une communication entravée
Postmodernité ?

38- Sarraute diariste
Poétique du Journal (Alain Girard)
Amiel : dépersonnalisation et approximation
Valéry : impersonnalité, tropismes et écriture

39- Apories
Le titre du Planétarium
Le modèle de la Recherche dans Entre la vie et la mort
Le pastiche des critiques structuralistes dans Les Fruits d’or
Le discontinu et la répétition (Blanchot, Beckett)

Conclusion : une pratique déliée de la réécriture

40- L’intertextualité, une composante essentielle de l’écriture sarrautienne
Densité, pugnacité et subtilité des allusions intertextuelles sarrautiennes
L’importance de Portrait d’un inconnu

41- L’intertextualité peut éclairer l’évolution de l’œuvre sarrautienne
L’intertextualité comme effecteur de réflexivité
L’intertextualité comme facteur d’instabilité
Relativisation ou légitimation de l’instance auctoriale

42- La réécriture de la sous-conversation manifeste la cohérence thématique et stylistique de l’œuvre
Une déconstruction littéraire du soupçon moderne
La discontinuité fragmentaire d’une écriture

43- L’intertextualité chez Sarraute : une allégorie de la lecture ?
envoi

Annexes

44Annexe 1 : tableau chronologique des publications de Sarraute
Annexe 2 : résumé analytique de portrait d’un inconnu
Annexe 3 : résumé analytique du planétarium

45Bibliographie
- Sarraute :
Œuvres complètes, articles, entretiens, portraits filmés, correspondance,
lectures enregistrées, photographies
Critique : éditions critiques, monographies, contributions, recensions, thèses, masters
Témoignages biographiques : journaux, mémoires, correspondances
- Intertextualité
- Critique générale
index des auteurs et des artistes
index des œuvres de sarraute
table des matières

Pour citer cet article

Rainier Rocchi, « L’Intertextualité dans l’écriture de Nathalie Sarraute  », paru dans Loxias, 61., mis en ligne le 24 juin 2018, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/index.html?id=8988.


Auteurs

Rainier Rocchi

Rainier Rocchi poursuit des recherches sur l’œuvre de Nathalie Sarraute après avoir exercé des responsabilités en principauté de Monaco dans le domaine de la culture. Depuis 2014, il est docteur en littérature générale et comparée de l’université Nice Sophia Antipolis (CTEL), ayant soutenu une thèse consacrée à cet auteur.

Membre associé du CTEL