Filomena Juncker


Université de Nice-Sophia Antipolis, C.T.E.L.

Articles de l'auteur


Loxias | Loxias 22 | Doctoriales V

La mémoire comme plissement du Dehors dans Moderato Cantabile de Marguerite Duras et dans « A Doida » [« La folle »], (A China fica ao lado [La Chine se trouve à côté]), de Maria Ondina Braga

Dans Moderato Cantabile de Marguerite Duras et dans « A Doida » [« La folle »] de A China Fica ao Lado [La Chine se trouve à côté], de Maria Ondina Braga, le dehors intervient comme un élément de renaissance : intériorisé, il relance la mémoire, devenant ainsi garant d’une subjectivité. En revanche, le silence qui signe le secret et un gouffre de douleur souterraine, traduit parfois par un état de « passivité » extrême, semble vouloir tendre vers l’oubli de l’oubli lui-même. Le conflit entre ces deux forces, mémoire et silence, qui sauve de la mort, suppose néanmoins l’exténuation du sujet. Le cri, libérateur comme le mot qui dirait l’indicible, semble alors signifier  l’aboutissement ultime (inatteignable ?) de cette attente.

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Loxias | Loxias 32

« Qu’il parle maintenant ou se taise à jamais… » Les effets du silence dans le processus de la création

“Le silence, venu du latin silentium, est, d’après une première explication du Robert Culturel, « le fait de ne pas émettre de son par la voix ». Paradoxalement, la représentation du silence, souvent liée à celle du cri, semble être au cœur de toute tentative d’écriture. Si le silence n’est donc pas l’absence de mots, il garde toutefois un secret que le mouvement des mots n’atteint pas. Il est ce reste intarissable qui semble relancer l’écriture. Le « mot trou », pour reprendre l’expression de Marguerite Duras,  la « phrase du silence » semblent bien être le fantasme de tout écrivain à l’écoute de l’« inentendu », ce que l’on ne sait pas ou l’on ne veut pas entendre,r...”

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Loxias | Loxias 32 | I.

Manières de table, manières de silence

L’objet alimentaire utilisé dans la fiction semble toujours y apporter un supplément de sens qui instaure un langage au-delà des mots. Les scènes de repas, en particulier, permettent souvent d’associer des manières de table à une parole qui, bruyante ou murmurée, reste secrète. Si certaines de ces manières suggèrent l’utilisation de la nourriture comme moyen plus ou moins pathologique d’obturer un manque, d’autres, en revanche, laissent deviner un bonheur indicible que le plaisir alimentaire, onirique et concret à la fois, peut réussir à faire partager. Dans tous les cas, le goût qui, selon Barthes, est « oral comme le langage, libidinal comme Éros » semble tenir en échec la pulsion de mort. Dans trois textes de trois écrivaines de différentes nationalités, des scènes de repas dévoilent des manières de silence : bavard, éloquent ou oppressant, le secret s’y laisse dire plus par la langue du goût que par celle du discours.

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Editorial du "Sceau rompu du silence"

“Situé dans les interstices des mots et des êtres, le silence apparaît avant tout comme signe d’une retenue, d’une force en suspens, qui cherche à émerger. Antérieur à la parole, il en contient sans doute le germe. Le numéro 32 de Loxias « Le sceau rompu du silence », premier volet de textes autour du thème « Qu’il parle maintenant ou se taise à jamais... », s’efforce de mettre l’accent sur le passage du silence muet au silence écrit. Qu’il s’agisse d’un silence bruyant ou étouffant, ou au contraire d’un silence limpide ou joyeux, il se métamorphose peu à peu sur la page, dans un mouvement permanent de dévoilement et de fuite. Car, comme le faisait remarquer Lacan, « toute la vérité c’est ce ...”

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Loxias | Loxias 36 | I.

Jean Cocteau et António Botto : de la difficulté à l’impossibilité d’être – ou l’homosexualité comme non-conformité tragique du désir

Comment connaître et reconnaître ce qui est différent ? Comment rendre reconnaissables des existences dites « différentes » du point de vue de la « doxa » propre à une société donnée ? Comment procéder à la relecture du « canon » littéraire face, en particulier, au défi des « gender studies » ? Sans oublier ce que les nouveaux paradigmes théoriques peuvent avoir d’hétérogène, les universitaires se doivent d’être attentifs à la notion de vulnérabilité qui semble inhérente à la reconnaissance ou à l’absence de reconnaissance littéraire d’un auteur. En donnant à voir ou à revoir des fragments de vie de deux « artistes maudits », Jean Cocteau et António Botto, elle s’efforcera de mettre en évidence la non-viabilité d’un modèle social et intellectuel inflexible. Elle témoignera de la manière dont la soi-disant « valeur d’un texte » peut servir d’argument sibyllin pour décourager toute recherche littéraire sur un auteur en dehors de la norme. Elle rappellera que la critique littéraire s’est souvent obstinée à faire écho à l’approche socio-politique dominante. Et que, comme cette dernière, la critique universitaire a souvent cherché à neutraliser le danger potentiel qui semblerait inscrit dans toute sorte de « marginalité ».

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