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Nadia Naili  : 

L’objet enfoui comme marque de différence : la figure de l’Autre comme monstre

Résumé

L’objet enfoui, qui est à l’origine des effets surnaturels dans les trois romans de Stephen King, The Shining, The Tommyknockers et The Dead Zone, permet de révéler l’identité des personnages principaux (Jack, Bobbi et John). Il est vrai qu’au début l’on a l’impression que l’objet enfoui cause la destruction et la transformation des personnages en monstres. Mais le récit nous prouve qu’il n’est que le miroir de leur nature la plus profonde. Le surnaturel devient un moyen pour confronter les personnages à leurs propres peurs et complexes, suscités par des facteurs extérieurs et intérieurs.

Abstract

The hidden object, which is at the heart of the supernatural in Stephen King’s three novels The Shining, The Tommyknockers and The Dead Zone, is a way for the main characters (Jack, Bobbi, and John) to reveal their identity. If at the beginning the hidden object seems to cause the downfall of the characters and their transformation into kinds of monsters, we discover throughout the narrative that it is a mere mirror of their inner selves. Indeed, the author uses the supernatural in order to face the characters with their own fears and complexes that are caused by external as well as internal forces.

Index

Mots-clés : différence , double, fantastique, King (Stephen), monstre, objet enfoui, réel, roman gothique

Géographique : États-Unis

Chronologique : Période contemporaine

Plan

Texte intégral

Roger Bozzetto explique que le récit fantastique repose sur une caractéristique importante de l’archéologie – la découverte d’un objet enfoui. Dans l’archéologie comme dans la science-fiction, cet objet nous éclaire sur une civilisation ancienne ou ouvre les portes vers un monde meilleur. Cependant, dans le récit fantastique, l’objet découvert n’a pas la même signification ni le même rôle. En effet, il révèle un univers hanté par un passé douloureux et dépourvu de sens, un univers où règne la terreur devant l’impensable et où la raison perd toute ligne directrice. Et comme Bozzetto l’affirme : « Le texte fantastique joue sur l’affleurement et la rémanence dans le présent des strates anciennes : cette exhumation de l’objet enfoui, qui garde son ancien pouvoir, suscite un scandale de la raison déconcertée1 ». Certes, le passé est omniprésent et cela est rendu possible par la découverte de l’objet enfoui. Mais au lieu d’être une source de savoir et de développement et un moyen de distanciation, il devient la cause d’une régression : « Si on retrouve l’origine elle vous détruit2 ».

Par « objet enfoui » nous voulons désigner toute chose cachée et enfouie dans l’oubli – toute chose qu’on essaie de rejeter ou de nier. Il s’agit d’une entité parfois indéfinie, qui porte en elle les marques du passé et qui essaie de s’imposer dans le présent – dans le monde réel. L’objet enfoui se manifeste ainsi sous plusieurs formes. Il peut apparaître sous l’aspect d’un fantôme, d’un objet caché, perdu ou magique, d’un don ou d’un pouvoir enfoui dans les profondeurs du subconscient et qui se manifeste à cause d’un facteur extérieur ou intérieur. Bien que l’objet enfoui se manifeste sous diverses formes, celles-ci ont une caractéristique en commun : ils ne se conforment pas à la norme et ouvrent les portes vers un univers surnaturel qui peut s’avérer dangereux.

L’objet enfoui permet donc une transgression des frontières entre passé et présent et ainsi la transgression des frontières entre le monde surnaturel ou imaginaire, et le monde réel. En ramenant dans le monde réel « des strates anciennes », l’objet découvert fait rupture avec les valeurs normatives de la raison car le passé appartient à ce qui n’existe plus mais pourrait néanmoins influencer le présent une fois qu’il est réanimé. Bozzetto explique que « […] ce qui les [les objets découverts] rend à la vie opère comme une transgression – et les réactive, les rend de nouveau capables d’action dans un univers qui n’est plus le leur. Leur présence, et les effets qu’elle induit, sont perçus comme impensables et donc monstrueux3 ».

Le motif de l’objet enfoui se trouve particulièrement présent dans les romans de Stephen King, un écrivain américain contemporain spécialisé dans les récits gothique et d’horreur. Nous avons choisi pour notre étude trois romans intitulés : The Tommyknockers (1987), The Shining (1977) et The Dead Zone (1979). The Tommyknockers raconte l’histoire de Bobbi Anderson, un écrivain qui vit seule dans la demeure de son oncle décédé. Un jour, en se promenant dans la forêt qui entoure sa maison, elle tombe sur un vaisseau spatial enfoui dans la terre. Une mystérieuse voix hypnotique lui chuchote à l’oreille de déterrer le vaisseau. Dès que Bobbi s’est mise à creuser, elle entre en contact psychique avec les cadavres des extraterrestres (que l’auteur a appelé « Tommyknockers ») qui se trouvent encore à l’intérieur du vaisseau. Le contact physique entre Bobbi et le vaisseau réanime progressivement les Tommyknockers et leur permet de contrôler Bobbi ainsi que tous les habitants de Haven. The Shining se concentre sur l’histoire de la famille Torrance. Jack Torrance, un père de famille instable financièrement, est embauché comme gardien durant la période estivale à l’hôtel Overlook. En s’installant à l’hôtel avec sa femme Wendy et son fils Danny qui est doté d’un pouvoir de prémonition, Jack espère prendre un nouveau départ dans sa carrière. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est que l’hôtel est hanté par des fantômes malveillants qui se réveillent dès avec l’arrivée de la famille Torrance. C’est ainsi que l’aventure commence et que les fantômes tentent de manipuler Jack et de l’inciter à tuer sa famille. Enfin, The Dead Zone raconte l’histoire de John Smith qui, suite à un long coma causé par un accident de voiture, développe une capacité à revoir le passé et prédire l’avenir, en touchant les objets. La découverte de ce pouvoir change complétement sa vie car d’une part les gens commencent à se méfier de lui et à le fuir et, d’autre part, c’est ce pouvoir qui cause en quelque sorte sa destruction. Pendant la période des élections présidentielles, John serre la main de Greg Stillson, un des candidats, et voit le chaos que ce dernier causerait lorsqu’il serait élu. Après une longue réflexion, il décide de l’assassiner pour empêcher la réalisation de sa vision et ainsi pour sauver le monde. Mais au moment où il tire sur Stillson et le rate, un garde-corps tue John par balle.

Dans ces trois romans, nous remarquons que le motif de l’objet enfoui se divise en deux catégories. Dans The Shining et The Tommyknockers, l’objet enfoui est matériel, ce qui signifie qu’on peut le sentir avec le toucher et le voir à l’œil nu. D’autre part, dans The Dead Zone, il se situe plutôt au niveau de la psyché et ne peut donc être perçu qu’à l’intérieur du cerveau. Cette différence dans la nature de l’objet ne change pourtant ni son impact dans le récit ni la frontière qu’il trace entre les deux dimensions – le réel et l’imaginaire. Dans les deux cas, il cause l’aliénation des personnages par rapport à leur entourage ainsi que par rapport à eux-mêmes.

1. L’objet enfoui : transgression de la frontière entre l’ordinaire et l’étrange

1.1. Le vaisseau spatial et l’hôtel Overlook : une ouverture vers l’au-delà

Dans The Tommyknockers et The Shining, le monde surnaturel découvert par les personnages – que ce soit le vaisseau spatial que Bobbi a trouvé dans les bois ou les fantômes qui habitent l’hôtel Overlook et que Jack découvre – a un impact puissant sur la vie de ces derniers. La découverte de ces objets les réanime. Le contact avec l’être humain leur donne vie et force et leur permet ainsi de croître et de gagner plus d’influence et de présence dans le monde du réel. Pour cela l’objet passe par trois étapes.

Celui-ci se réanime au premier contact physique avec l’être vivant. Tel est le cas lorsque Bobbi Anderson redonne vie aux cadavres des extraterrestres en touchant pour la première fois un bout de leur vaisseau spatial : « Anderson plaça le bout de son index droit sur l’engin et ressentit un fourmillement étrange et momentané, qui ressemblait à une vibration4 », ou encore lorsque Danny et Jack entrent dans l’hôtel et réveillent par leur présence les fantômes endormis. En redonnant vie à ce qui est déjà mort et à ce qui est endormi dans les profondeurs de l’oubli, Bobbi, Jack et Danny servent de source d’énergie pour maintenir ces entités surnaturelles en vie. Ces objets enfouis, qui ne peuvent vivre indépendamment, agissent effectivement comme des parasites qui vampirisent l’organisme vivant afin de subsister. Ils absorbent leur énergie vitale pour optimiser leur force et imposer de plus en plus leur présence dans le monde du réel. Dès que Bobbi a touché le vaisseau, elle entre en contact avec les esprits qui la hantent désormais et qui l’attirent de plus en plus jusqu’à ce qu’elle sombre et se plie à leur volonté. Leur voix hypnotique et manipulatrice l’obsède et l’appelle pour qu’elle les libère :

Ce désir ardent, simple et fondamental, n’avait aucun rapport avec son cerveau. Il était issu du plus profond de son être. Il avait tous les signes d’une folle envie physique de sel, de coke ou d’héroïne, de cigarette ou de café. Son cerveau demandait de la logique alors qu’une autre partie d’elle demandait un impératif pratiquement incohérent : Creuse, Bobbi, pour découvrir ce que c’est, ce n’est rien, creuse, creuse […]5.

De la même façon, les fantômes de l’Overlook ont besoin des pouvoirs de Danny pour devenir plus forts. Grady, un esprit de l’hôtel, explique à Jack que « [son] fils est doté d’un talent extraordinaire, un talent que le propriétaire [l’Hôtel] pourrait utiliser afin d’améliorer l’Overlook encore plus, afin de…l’enrichir, soit disant […]6 ». Mais ce n’est pas Danny qu’ils utilisent pour parvenir à leur fin. Effectivement, c’est grâce à Jack que les fantômes gagnent plus de présence. Ils manipulent Jack et l’attirent dans leur piège pour qu’il les serve et tue son épouse et son enfant, ce qui lui permettrait, ainsi qu’à toute sa famille, de s’intégrer dans l’univers des morts-vivants.

L’on pourrait alors se demander pourquoi les entités surnaturelles ont choisi de manipuler Bobbi et Jack. L’analyse des deux personnages nous montre quelques analogies. Bobbi et Jack sont tous les deux issus d’une famille instable et ont passé leur enfance sous l’emprise d’une figure parentale autoritaire. Bobbi était sous le contrôle de sa sœur Anne qui ne manquait pas de l’humilier et de lui reprocher sa vie et ses choix. Par conséquent, Bobbi perd confiance en elle et devient anéantit par ses peurs. Jack, quant à lui, a vécu une enfance malheureuse avec un père alcoolique et violent et une mère soumise et maltraitée. Le souvenir de son père hante Jack et continue de l’obséder jusqu’à l’âge adulte. Ainsi, nous pouvons constater que les entités surnaturelles réussissent à manipuler Jack et Bobbi parce qu’elles ont trouvé une faille – une faiblesse qui les rend tous deux vulnérables à toute influence extérieure. Les Tommyknockers et les fantômes utilisent donc le passé douloureux comme un moyen de pénétrer dans les profondeurs de leur âme et de les manipuler.

En se réanimant, l’objet enfoui réanime en même temps les fantômes refoulés dans le passé des personnages, ce qui favorise leur intrusion et leur contrôle de leur vie. Il y a donc un retour des « strates anciennes » de deux façons. D’abord par l’irruption du passé qui est incarné par la mort (les esprits) dans le présent – autrement dit dans le monde des vivants, et ensuite par le retour du passé des personnages par le biais des analepses. D’une part, le contact avec ces esprits réveille la voix d’Anne. Les hallucinations de Bobbi deviennent de plus en plus fortes et beaucoup plus marquées après le contact avec les Tommyknockers :

Comme elle s’y attendait, son cerveau droit reproduisit le rire sarcastique d’Anne. […] Je raconterai à Jim Gardner. Lorsqu’il sera de retour. Gard saura quoi faire, il saura comment s’en charger. Il aura quelques idées.
La voix d’Anne : Tu demanderas l’avis d’un fou certifié. C’est extraordinaire.
Il n’est pas fou. Juste un peu bizarre.
Évidemment. Arrêté lors de la dernière manifestation de Seabrook, portant un 45 dans son sac à dos. Ça oui alors, c’est bizarre.
Anne, tais-toi
7.

D’autre part, le passé de Jack le hante sans cesse – il vit dans le regret de ses erreurs et dans la honte de ses échecs en tant qu’époux (il perd son travail et n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille) et en tant que père (il a frappé son fils en étant ivre). Cet échec n’est que la répétition de l’échec de son propre père. Cette figure paternelle violente et abusive, qui est opposée à la figure maternelle incarnée par Anne dans The Tommyknockers, a influencé la vie de Jack qui perpétue les « péchés de son père ». Il devient alcoolique comme l’était son père et il rate sa vie familiale comme lui autrefois. Dans l’hôtel, l’esprit de son père se manifeste dans une radio qui communique avec Jack pour l’inciter à punir Danny et à se débarrasser de sa famille. Les esprits manipulent Jack à travers des voix hypnotiques qui le font plonger dans son enfance douloureuse et qui le confrontent à la figure paternelle, qu’il craint et qu’il vénère inconsciemment en même temps.

En remuant le passé et en l’imposant dans le présent d’une façon aussi réelle, les Tommyknockers et les fantômes de l’Overlook offrent à Bobbi et à Jack l’illusion d’une vie meilleure. Ainsi la matérialisation de l’objet enfoui dans le monde du réel s’accentue encore par la métamorphose physique et morale. Les Tommyknockers et les fantômes de l’hôtel ne se contentent plus de manipuler Bobbi et Jack et de se nourrir de leur énergie vitale, mais ils parasitent leur corps et leur esprit et se manifeste désormais à travers ces personnages. Comme le récit nous le montre, Bobbi acquiert un développement intellectuel – un certain savoir dont les extraterrestres sont dotés mais qui n’est pas sans prix. En lui offrant ces pouvoirs, les Tommyknockers lui redonnent confiance en elle ; elle met en marche la machine à écrire par son esprit, lit les pensées des autres et invente de nouveaux gadgets qui dépassent les capacités humaines. Ils lui permettent de se réaliser et de dépasser ses peurs et ses complexes. De la même façon, Jack s’intègre à la communauté des fantômes et tout lui devient possible : il peut fréquenter ces derniers sans avoir honte de son passé et il peut boire de l’alcool autant qu’il veut. Les fantômes, se montrant aimables, lui font part de la place importante qu’il occupe au sein de leur communauté. Grady, un revenant de l’hôtel, dit à Jack : « Tu es le gardien de l’hôtel. […] Tu as toujours été le gardien […]8 ». En outre, il lui promet une position privilégiée s’il se plie aux ordres de l’Hôtel : « Pense jusqu’où tu pourrais aller dans la gestion de l’Overlook. Peut-être qu’avec le temps tu atteindras le sommet9 ».

En acceptant l’aide des esprits, Bobbi et Jack croient que c’est la meilleure façon d’améliorer leur avenir et de s’accepter dans ce monde. Mais ce qui en résulte c’est qu’ils plongent inconsciemment dans un univers illusoire, assombri et malsain. Ils s’adonnent corps et âmes aux forces maléfiques et finissent par perdre toute valeur morale. Bobbi tue pour les Tommyknockers toute personne qui s’oppose à sa « transformation » ainsi qu’à celle des habitants de Haven. Jack, tout au long du récit, perd toute valeur humaine. Il ment à son épouse Wendy et lui cache la vérité sur l’hôtel ; il décide égoïstement de rester à l’hôtel ; et finalement, afin d’intégrer la communauté des fantômes et avec la conviction que son épouse et son fils sont contre lui, Jack décide de les punir de la même façon que Grady a puni sa propre famille en la massacrant.

La perte des valeurs morales est suivie d’une perte d’identité étant donné que Bobbi et Jack subissent aussi une métamorphose physique. D’une part, Bobbi perd du poids ainsi que ses dents et sa peau humaine en devenant transparente et en portant dans ses tripes une matière verte extraterrestre. En outre, son regard devient vide comme celui d’un mort vivant. D’autre part, Jack perd sa forme humaine également. À la fin du roman, les fantômes lui écrasent le visage et tuent son esprit ; il ne reste de Jack qu’un cadavre ambulant manipulé par les fantômes – une sorte de zombie. Ainsi l’apparence physique reflète les changements moraux.

Dans les deux romans il y a transgression du temps et des dimensions. Le réel se mélange avec l’irréel. Ainsi, le passé trouve son chemin dans le présent, auquel il n’appartient plus comme le souligne Bozzetto, et ceci en entrant en contact avec le vivant. L’objet découvert est source de surnaturel et, comme nous venons de le voir, son existence nécessite le contact humain. Cependant, c’est l’être humain qui au fil de l’histoire devient dépendant de l’entité surnaturelle. Autrement dit, les esprits des Tommyknockers et les fantômes de l’Overlook, qui ont besoin de la présence humaine, manipulent Bobbi et Jack et leur donnent l’impression d’être indispensables dans leur existence. Ainsi les rôles s’inversent et les personnages entrent dans un monde illusoire – un monde où l’impensable et l’innommable les envahissent et contrôlent leur destinée et où le côté sombre de l’humanité se réveille et laisse libre cours au monstre.

1.2. L’esprit humain : un univers problématique et mystérieux

L’objet enfoui dans The Dead Zone n’est pas explicitement révélé. On pourrait même se poser la question de savoir s’il peut s’agir d’un objet enfoui. L’élément surnaturel dans ce roman est le pouvoir psychique dont le personnage principal est doté – la connaissance du passé et la prédiction de l’avenir chez Johnny Smith. Donc c’est la découverte de ces pouvoirs qui transgresse les frontières entre le réel et l’irréel, qui déconcerte la raison et qui bouleverse la vie de Johnny en traçant en quelque sorte sa destinée. L’on peut ainsi en déduire que l’objet enfoui est une zone bien cachée dans le cerveau humain, une zone endormie et aussi ancienne que l’être humain, mais qui peut être réveillée par une force extérieure. Dans ce cas, le surnaturel n’est pas un organisme étranger comme dans The Tommyknockers et The Shining, mais une partie intégrante de l’être humain. Cependant, cette force intérieure opère de la même façon que la force extérieure.

Le pouvoir de prémonition, qui se révèle après cinq longues années de coma consécutif à un accident de voiture, a deux caractéristiques. En premier lieu, il permet la transgression de la temporalité et, en deuxième lieu, il plonge John dans un réel illusoire qui lui permet d’accepter le nouveau présent dans lequel il se retrouve.

D’abord, notons que le don de prémonition n’apparaît pas brusquement chez John. Au début du récit, qui nous révèle une période de l’enfance de John, l’on découvre que ce dernier après une chute de ski a développé pendant une courte période la capacité de prédire des événements. Ceci signifie que l’accident de voiture n’a fait que réveiller une capacité déjà existante mais endormie dans « la zone morte »10 du cerveau. Cela étant, ces pouvoirs de prémonition permettent un flux entre le passé, le présent et le futur : « […] d’une certaine manière, il transgressait la réalité, en brisant les liens entre le passé et le présent11 ». Grâce à ses visions, John peut prédire l’avenir et, par conséquent, aider les autres à éviter des accidents, comme dans le cas de sa vision sur la maison en feu de sa kinésithérapeute. Lors de sa séance de rééducation, John touche la main de sa kinésithérapeute et voit dans une vision un incendie qui s’est déclenché chez cette dernière. Alors il la prévient et insiste pour qu’elle appelle les pompiers. Il finit par appeler le secours lui-même et sauve ainsi la maison de sa kinésithérapeute ainsi que la vie de ses voisins. John peut en outre voir le passé et ainsi retrouver des choses perdues ou revoir des scènes vécues. Cette capacité lui sert à retrouver l’identité du tueur en série Frank Dodd. Ainsi le passé et le futur existent dans le présent en même temps et peuvent même l’affecter.

Ce qui caractérise ce pouvoir cependant, c’est qu’il devient le moyen pour John de vivre son présent – ou plutôt de s’en échapper. Effectivement, pendant son coma, la roue de la vie continue à tourner alors que John reste sur place. Peu à peu, plongé dans un sommeil profond, il perd sa position dans la vie qu’il menait.

Le temps perdu commençait à lui peser tout d’un coup comme un tas de briques. […] La première onde de dépression, loin d’être la dernière, l’entraîna mollement au large et il souhaita mourir. […] Sa copine s’était mariée avec un autre homme et sa mère était devenue fanatique. Il ne voyait rien qui vaille la peine de continuer de vivre12.

À son réveil, tout a changé autour de lui : un nouveau régime politique et de nouvelles inventions, dont la découverte du stylo à bille. Cette invention l’a beaucoup marqué car ce nouvel objet lui rappelle qu’il est devenu étranger à ce nouveau présent. Des changements affectent également sa vie : il perd son travail – notamment à cause de ses nouvelles capacités prémonitoires ; il perd son amie, Sarah, qui en a épousé un autre ; et finalement, les gens commencent à se méfier de lui à cause de ses pouvoirs, même s’il les a aidés. Pour se forger une place dans cette nouvelle réalité qui le rejette, il refoule son passé qui, bien qu’il soit le meilleur moment de sa vie, reste néanmoins lourd à porter parce qu’il lui rappelle le présent qui lui échappe et ne cesse de s’éloigner. Il oublie son présent, fait comme s’il en faisait toujours partie en se réfugiant dans les souvenirs et dans l’avenir des autres. On pourrait dire que son pouvoir de prémonition entraîne son éloignement du monde réel – autrement dit du réel de la perception – pour se construire un réel illusoire, lui permettant d’accepter sa nouvelle existence.

Contrairement à Bobbi et Jack, John ne subit aucune métamorphose physique visible. Le changement, induit par ses pouvoirs de prémonition, se manifeste au niveau de ses valeurs morales, ou plutôt au niveau de ses convictions. Connu pour être un enseignant bienveillant et une personne intègre, il passe soudain du statut de sauveur à celui d’un assassin en puissance. Effectivement, en touchant les candidats pour les élections présidentielles pendant le passage des campagnes électorales, le contact avec l’un deux, Greg Stillson, qui s’avère être un homme corrompu et criminel et qui a attiré jusque-là l’intérêt de la majorité de la population, le projette dans un futur apocalyptique. Pensant que son rôle est de sauver l’humanité et après de longues réflexions, il décide alors d’assassiner Stillson. Et c’est là que le nouveau John fait surface. Sa décision d’assassiner le futur président fait de lui un assassin potentiel, même si sa cause est le bien-être de l’humanité. Car comme nous pouvons le constater, le passage décrivant la vision de John reste ambigu. Contrairement à ses visions précédentes, peu d’éléments indiquent clairement que Greg Stillson détruirait le monde13.

Dans tous les romans, l’on remarque que l’objet enfoui accentue la différence des personnages par rapport à la normale. Les esprits des Tommyknockers transforment Bobbi en une sorte de zombie ; les fantômes influencent Jack qui est déjà instable psychologiquement et lui ôtent toute son humanité ; le don de Johnny le rend complètement étranger à la société et le détruit.

L’objet enfoui, quelle que soit sa nature, représente dans les récits de King la frontière qui sépare deux mondes : le monde visible (ordinaire et réel) et le monde invisible (étrange et irréel). Ainsi sa découverte permet la transgression de cette frontière et l’intrusion d’un univers étrange et différent dans le monde normal, tel que nous le connaissons. Ce monde est différent parce qu’il ne respecte pas les normes établies par la société. Néanmoins, comme l’explique Cortázar, le fantastique reflète le réel et « permet, lui, de rendre compte de l’‘authenticité’14 ». Mais ce réel diffère de celui représenté dans les romans réalistes car le fantastique, comme le définit Joanna Russ, transgresse le réel et le déforme. Le fantastique constitue une représentation de la réalité par négation15. Ainsi la représentation et la négation du monde réel se fait par l’intermédiaire du surnaturel – et plus précisément par l’introduction de la figure du monstre qui, selon Cortázar, « est ce qui ne rentre pas dans la ‘carapace de l’identique’, ce qui fait sauter les verrous de la représentation codée, idéologiquement aliénante16 ».

2. La figure du monstre : marque de la différence

2.1. Définition du monstre dans la littérature fantastique

Le monstre, tel qu’il apparaît dans les médias à travers les films d’horreur ou encore dans les récits féériques, est une créature laide, au physique répugnant et au comportement brutal et sauvage. Mais la définition moderne du monstre va au-delà de cette perception qui le réduit à l’état animal. Aujourd’hui, l’on considère que le monstrueux est tout ce qui contrarie les valeurs normatives établies par la société. Gilles Deleuze, dans Différence et répétition, explique que « la différence, c’est le monstre. On ne doit pas s’étonner que la différence soit maudite, qu’elle soit la faute ou le péché, la figure du Mal promise à l’expiation17 ». Ainsi, le monstre est toute créature qui est différente aux yeux de la société et qui, par conséquent, fait rupture avec les valeurs de celle-ci. Il ne s’agit plus, en fait, d’une créature animale ; aujourd’hui le monstre peut être simplement un être humain qui n’est pas conforme aux lois d’une communauté – une personne qui s’oppose à la « morale », telle qu’elle est perçue par cette communauté. Comme le dit Jean Fabre, dans Le miroir de sorcière, « Toute rupture de la perception logique [ici il s’agit de la perception du monde, établie par les valeurs de la société] entraîne un jugement de valeur […]18 ».

Ainsi l’on remarque que le jugement de valeur, dont parle Jean Fabre, repose sur la relation scopique entre le regard et le regardé. Selon la théorie lacanienne, « nous sommes des êtres regardés, dans le spectacle du monde19 ». Par conséquent, nul n’échappe au regard de la société – et surtout pas quelqu’un qui se distingue des autres. Le regard extérieur joue un rôle important dans les romans de S. King. Les personnages principaux étudiés souffrent de la façon dont ils sont observés et jugés par leur environnement.

Bobbi souffre surtout du regard de sa sœur qui ne cesse de se moquer d’elle et de la traiter de folle : « Elle se rappela que deux nuits plutôt elle était en train de penser de la manière que sa sœur Anne aurait pensé : Bobbi, tu deviens aussi dérangée qu’Oncle Frank20 ». Jack, pour sa part, est soumis à deux types de regard : l’un projeté par la société humaine et l’autre par la société surnaturelle. Il est en effet repoussé par les deux communautés parce qu’il ne se conforme à aucune d’elles. D’un côté, il échoue dans sa vie professionnelle et familiale à cause de son caractère violent qu’il a du mal à contrôler et à cause de son addiction à l’alcool. D’un autre côté, il est repoussé par la communauté des fantômes qui lui rappelle sa place lorsqu’il demande plus d’informations sur les intentions de l’hôtel : « Buvez votre verre, M. Torrance. Cela ne vous regarde pas. Pas pour le moment en tout cas21 ».

Dans The Dead Zone, la seule influence extérieure qui opère sur la vie du personnage est la société. En effet, Johnny n’échappe pas au regard critique et méfiant de son entourage. Il devient sujet de conversation depuis la première manifestation de ces capacités de prédiction. Lorsqu’il touche le Dr Brown celui-ci est envahi par un sentiment de répulsion :

Brown le regarda, il était simplement curieux au début. Ensuite son visage pâlit. L’expression ardente de curiosité quitta son regard et fut remplacée par un regard confus et apeuré. Il arracha sa main de son emprise […] et pour un moment une expression de répulsion traversa le visage du médecin, comme si un lépreux l’avait touché22.

Ce sentiment de dégoût est même comparé à celui ressenti par le Dr Brown pendant son enfance lorsqu’il avait touché par accident les restes putréfiés d’un oiseau mort23. Bien que Johnny ait sauvé des vies et empêché des catastrophes, il reste néanmoins le monstre qu’il vaut mieux ne pas approcher. Il est considéré d’un côté comme un menteur et d’un autre un monstre de foire, « a freak ».

Le regard extérieur projeté sur chacun des personnages, Bobbi, Jack et Johnny provoque leur aliénation par rapport à leur entourage. C’est un regard de mépris et de méfiance qui exprime non seulement leur différence mais aussi le rejet de leur communauté. C’est un regard critique qui établit une relation d’étrangeté entre le regardant (la société dans notre cas) et le regardé (les personnages principaux) et, par conséquent, provoque l’aliénation du regardé qui se sent menacé et dont l’identité est remise en question. En effet, le regard devient nocif quand la personne se sent intimidée et provoquée par ce regard ; car comme l’explique Lacan : « Le monde est omnivoyeur, mais il n’est pas exhibitionniste – il ne provoque pas notre regard. Quand il commence à le provoquer, alors commence aussi le sentiment d’étrangeté24 ». Dans les romans étudiés, les personnages sont souvent sujets à des regards méfiants ou moqueurs.

Ainsi la monstruosité et la différence ne sont pas engendrées que par le regard d’autrui, mais aussi par le regard de la personne sur soi-même. Cela signifie que l’aliénation causée par la différence est une distanciation de la personne par rapport à son entourage ainsi que par rapport à sa propre identité. Donc la rupture avec le monde réel – le monde tel qu’il est perçu par la société à laquelle la personne appartient – entraîne la rupture avec son propre Moi et l’identification avec l’Autre. Et c’est cet Autre qui, en fin de compte, est le monstre – le monstre qui s’allie avec la personne normale – avec le Moi – et fusionne avec elle, en la transformant elle aussi en monstre. Dans la littérature fantastique, cet Autre représente la figure du Double qui s’oppose à toute logique et à toute stabilité et à l’intégrité de l’identité.

2.2. La figure du Double

Qu’est-ce que l’Autre dans la littérature fantastique ? C’est la représentation du désir et de l’inconscient ; c’est la figure aliénée – le monstre qui selon Goethe représente le non-sens25. Le caractère de monstruosité est attribué à l’Autre par la structure, les normes et les valeurs sociales. Mais la question que l’on se pose c’est pourquoi l’Autre est qualifié d’ « autre ». En fait, l’Autre devient ‘autre’ parce qu’il est différent du Moi – il est, en effet, étranger et aliéné par rapport au Moi. Donc le Moi qualifie une personne saine, logique et stable tant qu’elle respecte les valeurs établies – c’est-à-dire, tant qu’elle est définie comme telle par la communauté à laquelle elle appartient. Jean Fabre explique que « C’est le ‘comme tout le monde’ qui fonde la moralité26 ». Ainsi l’identité du Moi est définie par l’éthique et la rupture de cette identité cause l’aliénation du Moi et, par conséquent, donne naissance à l’Autre. Il y a donc un lien étroit entre le Moi et l’Autre car l’Autre n’a pas lieu d’être sans la présence du Moi. Sa définition dépend de la définition du Moi – il représente tout ce qui est opposé au Moi, ce qui signifie que tout ce qui n’est pas Moi est Autre. Étant donné qu’on a défini le Moi comme étant normal, moral et bon, l’Autre devient logiquement l’anormal, l’immoral et le mauvais.

Dans les romans de S. King, comme l’a exprimé Jacques Goimard, « [l]e plus pacifique des hommes porte en lui un monstre qui peut s’éveiller27 ». Et c’est ce que l’on remarque lorsqu’on analyse le comportement des personnages principaux. Johnny est un enseignant de lycée sans histoire, aimé par tous ses élèves ; Jack aime sa famille et est prêt à tout faire pour la sauvegarder ; et Bobbi est un écrivain bien apprécié par ses lecteurs, vivant seule et sans histoires. Cependant, le fardeau de leur passé douloureux et toutes les pressions exercées sur eux par leur entourage, permettent au monstre qui se cache en chacun d’eux de faire surface et de confronter ces contraintes. Ce monstre, qui prend la forme du Double, apparaît au début pour protéger le Moi, empêcher sa destruction et lui assurer l’immortalité.

Dans les trois romans, le Double réside à l’intérieur du héros, comme une deuxième nature ou un deuxième visage qui se manifeste parfois. Il est comme un masque que le personnage met sur son visage à un moment donné pour l’enlever plus tard afin de retrouver son ancien visage. Lorsque le Double se manifeste, le héros change de nature et devient quelqu’un d’autre d’effrayant et de fatal. Les transformations sont visibles surtout au niveau du visage. Le visage de Johnny devient pâle, ses yeux noircissent et son regard devient lointain et vide : « Sarah lui jeta un coup d’œil et remarqua que son long visage plaisant était curieusement tendu, que ses yeux bleus était plus foncés que d’habitude et distants d’une certaine façon. […] Elle pensa encore une fois au masque du Jekyll et Hyde, qui était à la fois bizarre et calme28 ». Jack souffre de migraine lorsque le Double prend le dessus et son regard devient furieux et impitoyable : « C’était Jack et pourtant ce n’était pas lui. Ses yeux étaient remplis d’une lueur vide et meurtrière et ses lèvres si familières arboraient un large sourire tremblant et sans joie29 ». Le visage de Bobbi devient pâle et transparent et elle perd ses dents, ressemblant ainsi à « un monstre furieux30 ». Une fois que le Double prend le dessus, tous les trois deviennent méconnaissables et incontrôlables.

Si l’on considère la fin des trois romans étudiés, l’on remarque que les héros meurent. Gard tue Bobbi lorsqu’elle tente de lui tirer dessus ; Jack est tué d’abord par son Double qui prend possession de son corps et ensuite succombe dans l’explosion de l’hôtel ; et finalement Johnny, en essayant de tirer sur Greg Stillson, est assassiné par un garde du corps. Ainsi le Double qui devait leur assurer l’immortalité, mène à leur anéantissement et cause leur mort.

En étudiant la relation entre l’objet enfoui et les personnages principaux des trois romans, l’on se rend compte qu’à première vue l’objet enfoui, qui est à l’origine du surnaturel, semble ouvrir les portes d’un univers étrange et irréel – un univers qui transgresse le temps et l’espace et brise les frontières entre le réel et l’imaginaire. Il présente aux personnages un monde illusoire qui serait susceptible de leur permettre de se réaliser et d’affronter les peurs qui empêchaient leur avancement jusque-là. C’est ainsi que Jack sent qu’il appartient à l’hôtel et que ce n’est qu’avec les fantômes qu’il peut être lui-même. Quant à Bobbi et John, ils découvrent en eux des capacités et des pouvoirs surhumains et impressionnants qui font d’eux des êtres différents et supérieurs aux autres. Mais la réalité qui se cache derrière ce monde idéal est que l’objet enfoui n’est que le miroir de ce que les personnages voudraient voir. C’est un miroir qui les confronte à leur peur et à leur réalité et qui en même temps leur propose un monde meilleur, qui ne peut exister que par leur participation. C’est là que les personnages, sentant que leur identité est menacée par le regard des autres ainsi que par leur propre manque d’estime, plongent dans un délire psychotique et finissent par s’autodétruire.

Notes de bas de page numériques

1  Roger Bozzetto, L’obscur objet d’un savoir. Fantastique et science-fiction : deux littératures de l’imaginaire, Aix-en-Provence, Université de Provence, 1992, p. 61.

2  Roger Bozzetto, L’obscur objet d’un savoir. Fantastique et science-fiction : deux littératures de l’imaginaire, op. cit., p. 64.

3  Roger Bozzetto, L’obscur objet d’un savoir. Fantastique et science-fiction : deux littératures de l’imaginaire, op. cit., p. 64.

4  Stephen King, The Tommyknockers, Penguin Books Canada Limited, 1987, p. 17. “Anderson placed the pad of her right index finger on this edge and felt a momentary odd tingling, like a vibration.” (Ma traduction).

5  Stephen King, The Tommyknockers, op. cit., p. 64. “This urge, simple and elemental, had nothing to do with her forebrain. It came baking up from someplace deeper inside. It had all the earmarks of some physical craving – for salt, for some coke or heroin or cigarettes or coffee. Her forbrain supplied logic; this other part supplied an almost incoherent imperative: Dig on it, Bobbi, it’s okay, dig on it, dig on it […].” (Ma traduction).

6  Stephen King, The Shining, New York, Penguin, 1977, p. 367. “Your son has a very great talent, one that the manager could use to even further improve the Overlook, to further…enrich it, shall we say? […]” (Ma traduction).

7  Stephen King, The Tommyknockers, op. cit., p. 64-5. “Her right-brain supplied Anne’s sarcastic laughter, as she had known it would./ […] I’ll tell Jim Gardner. When he gets back. Gard’ll know what to do, know to handle it. He’ll have some ideas anyway. / Anne’s voice: You’re going to ask a certified loony for advice. Great/ He’s not a loony. Just a little bit weird./ Yeah, arrested at the last Seabrook demonstration with a loaded .45 in his backpack. That’s weird, all right./ Anne, shut up.” (Ma traduction).

8  Stephen King, The Shining, op. cit., p. 366. “You’re the caretaker, sir. […] You’ve always been the caretaker […].” (Ma traduction).

9  Stephen King, The Shining, op. cit., p. 368. “Think how much further you yourself could go in the Overlook’s organizational structure. Perhaps…in time…to the very top.” (Ma traduction).

10  La zone morte ou « the dead zone » est le concept que les médecins dans le roman utilisent pour qualifier cette zone du cerveau d’où émane cette nouvelle capacité de prédiction de John.

11  Stephen King, The Dead Zone, London, Warner Books, 1979, p. 157. “[…] he were somehow tearing the fabric of reality, pulling apart the links between past and present.” (Ma traduction).

12  Stephen King, The Dead Zone, op. cit., p. 125-137. “The lost time was suddenly sitting on him like a load of bricks […] The first (but far from the last) wave of depression washed over him, carried him limply away, and he wished himself dead. […] His girl had married another man and his mother was in the grip of religious mania. He couldn’t see anything ahead that looked worth living for.” (Ma traduction).

13  Stephen King, The Dead Zone, op. cit., p. 356.

14  Roger Bozzetto, L’obscur objet d’un savoir. Fantastique et science-fiction : deux littératures de l’imaginaire, op. cit., p. 146.

15  Rosemary Jackson, Fantasy: The Literature of Subversion, London and New York, Methuen, 1981, p. 22.

16  Rosemary Jackson, Fantasy: The Literature of Subversion, op. cit., p. 22.

17  Gilles Deleuze, Différence et répétition (1968), Paris, Presses Universitaires de France, 2008, p. 44.

18  Jean Fabre, Le Miroir de sorcière : essai sur la littérature fantastique, Pais, José Corti, 1992, p. 39.

19  Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse : le séminaire Livre XI, Paris, Éditions du Seuil, 1973, p. 87.

20  Stephen King, The Tommyknokers, op. cit., p. 31. “She remembered thinking a couple of nights ago as her sister Anne would think: You’re getting as funny in the head as Uncle Frank Bobbi” (Ma traduction).

21  Stephen King, The Shining, op. cit., p. 359. “Drink your drink, Mr Torrance. It isn’t a matter that concerns you. Not at this point.” (Ma traduction).

22  Stephen King, The Dead Zone, op. cit., p. 116. “Brown looked at him, at first only curious. Then his face drained a color. The sharp expression of interest left his eyes and was replaced with a moody with a muddy look of fear. He snatched his hand away […] and for an instant a look of revulsion crossed the doctor’s face, as if he had been touched by a leper.” (Ma traduction).

23  Stephen King, The Dead Zone, op. cit., p. 117.

24  Jacques Lacan, Les quatre concepts de la psychanalyse : le séminaire Livre XI, op. cit., p. 88.

25  Rosemary Jackson, Fantasy: The Literature of Subversion, op. cit., p. 56.

26  Jean Fabre, Le Miroir de sorcière : essai sur la littérature fantastique, op. cit., p. 39.

27  Jacques Goimard, Critique du fantastique et de l’insolite, Pocket, 2003, « Agora », p. 93.

28  Stephen King, The Dead Zone, op. cit., p. 39-40. “Sarah glanced at him, and his long, pleasant face looked oddly strained, his blue eyes darker than usual, for away, distant. […] She thought of the mask again – Jekyll and Hyde, odd and even.” (Ma traduction).

29  Stephen King, The Shining, p. 413. “It was Jack and yet not Jack. His eyes were lit with a vacant, murderous glow; his familiar mouth now wore a quivering, joyless grin.” (Ma traduction).

30  Stephen King, The Tommyknockers, p. 640. “a furious monster”.

Bibliographie

 Œuvres de Stephen King

King Stephen, The Shining, New York, Penguin, 1977.

King Stephen, The Dead Zone, London, Warner Books, 1979.

King Stephen, The Tommyknockers, Penguin Books Canada Limited, 1987.

 Ouvrages critiques

Bozzetto Roger, L’Obscur objet d’un savoir. Fantastique et science-fiction : deux littératures de l’imaginaire, Aix-en-Provence, Université de Provence, 1992.

Deleuze Gilles, Différence et répétition, Paris, Presses Universitaires de France (1968), 2008.

Fabre Jean, Le Miroir de sorcière : essai sur la littérature fantastique, Paris, José Corti, 1992.

Goimard Jacques, Critique du fantastique et de l’insolite, Pocket, 2003, « Agora ».

Lacan Jacques, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse : Le séminaire Livre XI, Paris, Éditions du Seuil, 1973.

Rosemary Jackson, Fantasy: The Literature of Subversion, London and New York, Methuen, 1981.

Pour citer cet article

Nadia Naili, « L’objet enfoui comme marque de différence : la figure de l’Autre comme monstre », paru dans Loxias, Loxias 42, mis en ligne le 20 septembre 2013, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/lodel/index.html?id=7557.

Auteurs

Nadia Naili

Nadia Naili  est doctorante en littérature anglophone sous la direction de Mme le Professeur M.-N. Zeender au Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature à l’Université Nice Sophia Antipolis.