Loxias | Loxias 36 Littérature et communauté II | II. Hommages 

Arnaud Beaujeu  : 

Le nom, la mémoire et l’oubli …

Sur la rencontre identitaire de Patrick Modiano – Dora Bruder, Un Pedigree – et Bernard Vargaftig – Un même silence, Aucun signe particulier

Résumé

Texte publié en hommage à Bernard Vargaftig, disparu le 27 janvier 2012. Dans la mise en abyme des quatre récits en étoilede Vargaftig et Modiano, apparaissent les mêmes troubles d’identité, éclats du traumatisme, qui portent à s’échapper dans une écriture attenant, presque, à la « désidentité ». Contre l’étau qui se resserre, celui des fiches d’état civil ou celui d’une catégorie où l’on voudrait vous enfermer, qu’une seule solution : fuir. À moins qu’il ne s’agisse davantage de produire un certain nombre de faux-papiers, afin de mieux dissimuler une origine. Le vertige anonyme ouvre un gouffre entre soi et soi, un vertige-panique entre le nom de soi – l’ignorance de soi. L’écriture permet-elle de refaire « la liaison » – plus tard – avec ce que le silence a rompu ? Si la langue peut se construire comme une ruine de noms, dans la lumière des noms, alors Patrick Modiano et Bernard Vargaftig sont frères en écriture.

Index

Mots-clés : enfance , étoile, identité, mémoire, Modiano (Patrick), oubli, Vargaftig (Bernard)

Géographique : France

Chronologique : Période contemporaine

Plan

Texte intégral

1à Irène D.

Mais les noms finissent par se détacher des pauvres mortels qui les portaient et ils scintillent dans notre imagination comme des étoiles lointaines1.

2A priori, le rapprochement entre deux univers comme ceux de Patrick Modiano et Bernard Vargaftig pourrait sembler fortuit et trop volontaire, si de troublantes coïncidences ne venaient réunir et sous une même étoile, leurs parcours d’écrivains. Onze ans séparent la naissance, en 1934, du poète de Comme respirer, Trembler comme le souffle tremble de celle du romancier de Rue des boutiques obscures ou de Quartier perdu : «Le 2 août 1945, mon père vient à vélo déclarer ma naissance à la mairie de Boulogne-Billancourt2 », inscrit Modiano, dans Un Pedigree : « déclarer » une naissance, au sortir de l’Occupation, pour un père juif, est-ce peu de chose… ?

3Enfant caché pendant la guerre, Bernard Vargaftig relate dans Un même silence et Aucun signe particulier, son traumatisme identitaire. Dans le film qu’elle lui consacre, Dans les jardins de mon père3, sa fille Cécile rappelle que la famille maternelle de Vargaftig est partie de Minsk en 1925. En un parallèle décalé – peut-être celui qui sépare la fiction / la réalité –, une certaine Cécile Burdej, dont la « famille juive [est] originaire de Russie4 » arrive à Paris en 1923, où elle devient la mère, en 26, d’une « dénommée » Dora Bruder… Il existe une autre Cécile, dans la famille Vargaftig, décédée à Auschwitz, en 1944. 

4Pour Patrick Modiano, c’est sans doute autour de l’année 42 que les branches de l’étoile autofictionnelle peuvent se rencontrer, de même que les destins peuvent parfois se croiser, par la grâce de l’écriture. Février 42 : le père de Modiano serait-il en présence de Dora Bruder, dans ce panier à salade qui les emmène tous deux « au siège de la police des questions juives5 » ? Dora, que son propre père, lui, n’a pas « déclarée », pour la protéger6…  Vingt-trois ans plus tard, en avril 65, le père et le fils Modiano se retrouvent côte à côte dans un même panier à salade7, suite à quoi le premier dénonce le second,devant un commissaire…

5Si Bernard Vargaftig entretient lui aussi un rapport compliqué au père – qui se sépare de sa mère en 46, et lui répète «qu’un fils ne peut échapper à son père8 » –, sa vraie rupture, son vrai trauma, ne se situent pas là : quand Modiano – c’est plus qu’une hypothèse – tente de prendre à son compte « le malaise » qu’aurait éprouvé son père « pendant l’Occupation9 » – en répercutant les échos d’un problème de filiation, d’identification, grâce à l’imaginaire –, Vargaftig, de son côté, vit et écrit « de » n’avoir pas été brûlé à Oradour-sur-Glane ou gazé dans les chambres à gaz, d’avoir échappé à ces rafles, vécues par des enfants « aux noms polonais, russes, roumains10 », à qui l’on avait imposé le port de l’étoile jaune.

6Mais par Dora Bruder – rencontre littéraire, intime, identitaire –, Modiano se fait le ‘Bruder’, autrement dit le frère, de Bernard Vargaftig, dans sa douleur d’enfance. Sans le savoir, le romancier, scripteur d’âmes errantes, liseur d’ombres sans nom – parmi lesquelles scintille « l’étoile lointaine »de ‘Rudy’, le frère qu’il a perdu –, rejoint le poète-écrivain dans le silence et le mystère de la nomination.

1.Désidentités troubles / Troubles d’identité

7Pour créer, il ne faut pas de clôture identitaire, comme le laisse entendre Marc-Alain Ouaknin, dans Lire aux éclats11. De fait, dans la mise en abyme des quatre récits en étoilede Vargaftig et Modiano, apparaissent les mêmes troubles d’identité, éclats du traumatisme, qui portent à s’échapper dans une écriture attenant, presque, à la « désidentité ». Là se joue une transcendance, comme la fugue peut susciter « un […] sentiment d’éternité », la sensation d’« apesanteur12 » qu’évoque Modiano, en lien intime avec Dora Bruder…13 Louki, l’héroïne de Dans le café de la jeunesse perdue, rêve elle aussi de s’évader, « pour respirer à l’air libre14 », quand son auteur élude, jusqu’à 21 ans, la « menace15 » mortifère, imposée par son père. Écrire pour respirer n’est-il pareillement le vœu du prosateur d’Aucun signe particulier, lorsque ce dernier dit: « Je fuis qui je suis. Je me sauve à tue-tête16 » ?

Fuir les états civils

8Contre « [l]’étau qui se resserre17 », celui des fiches d’état civil ou celui d’une catégorie où l’on voudrait vous enfermer, qu’une seule solution : fuir. Une signature de fonctionnaire suffit souvent pour interner des femmes, des adolescentes qui bientôt partiront pour les camps de la mort.

On vous classe dans des catégories bizarres dont vous n’avez jamais entendu parler et qui ne correspondent pas à ce que vous êtes réellement18.

9note Modiano, dans Dora Bruder. On fait de vous un « réprouvé19 ». Une ordonnance du préfet de police vous ordonne de « [vous] soumettre à un ‘contrôle périodique’ en présentant [votre] carte d’identité avec le cachet ‘juif’ ou ‘juive’20. » On vous remet « trois étoiles jaunes par personne, à partir de l’âge de six ans21. » Le port en est obligatoire sous peine d’infraction et d’envoi au Dépôt, pour les plus de seize ans… De là à devenir« un chiffre tatoué », il n’y a plus qu’un pas.

10Dans les commissariats, le fichage devient une « drôle » d’Occupation, étrange affaire de « mains courantes », où l’on recense, sans mentionner – hypocrisie – leur « qualité » de juives, les adolescentes fugueuses, « coupables du délit de vagabondage22 »… Dora y côtoie, de manière scripturale, les êtres à la marge si chers à Modiano : « prostituées, chiens perdus –peut-être sans pedigree –, enfants abandonnés23 »… Vargaftig appartient à cette famille clandestine, lui qui de six à dix ans n’a « jamais porté d’étoile jaune24 » – « aucun signe particulier »… –, puis qui jusqu’à ses vingt-neuf ans (et la rencontre de l’être aimé), préférera vivre sans papiers – « pas même une carte d’assuré social, […] déchirée aussitôt25 » –, par peur d’être identifié.

11D’où sa stupeur dubitative quant à la part de liberté contenue dans une formule ambiguë comme « ‘délivrer’ une carte d’identité » ! De même qu’il s’interroge sur cet effacement de sa judéité, ce silence étouffant ou ce déni forcé d’être soi-même pendant la guerre : « L’autre mot, celui par lequel on nous désignait ou par lequel il fallait se désigner, ce mot-là, on ne le prononçait jamais à la maison26. » Il faut donc vivre dans le non-dit, puisque les mots comme la ville sont « […] devenus muets », et « […] parce que tout voulait dire quelque chose27. »

Reflets et faux-papiers

12Échapper à la surveillance, aux classifications, consiste encore chez Modiano à toujours mieux brouiller les pistes – en cela, ‘il tient’ de son père –, à couvrir chaque personnage, par une fausse enquête où s’accroît le mystère. Si des hommes, dans l’ombre, traquent Dora, son père, ou quelque autre Victor Chmara28, la stratégie modianesque relève d’un art du reflet ou de la superposition, d’un art de l’illusion, grâce auquel sous prétexte de cerner une identité et d’en reconstruire le parcours, il ouvre en perspective(s) d’autres itinéraires… Ainsi, comme ce sont quatre cousins de son père qui sont assassinés en 43, en Italie29, comme c’est Sacha Gordine, l’ami juif de son père, qui manque de se faire arrêter, ce sont d’autres jeunes filles, des doubles sororaux, dont l’auteur-narrateur retrouve la trace, à la place de Dora Bruder30. Par contiguïté, décalages, cousinages furtifs, d’une personne à l’autre, de 65 à 42, de la ville d’hier à celle d’aujourd’hui, Modiano dilue, voire efface, en retours et surimpressions, l’image recherchée (?), désormais modifiéeen une pure présence…

13Est-ce pourquoi le film Premier rendez-vous, « dont le sujet est la fugue d’une jeune fille […] » comme Dora, film « imprégné par les regards des spectateurs du temps de l’Occupation », devient par la « blancheur boréale » de son « voile31 », le lieu d’une rencontre possible entre l’auteur et le fantôme qu’il poursuit… ? Vargaftig vit une expérience voisine, peut-être un autre rendez-vous – avec sa peur intime et celle de tous les déportés –, lorsqu’en 61, il voit L’Enclos, d’Armand Gatti32. Peut-être un malaise similaire à celui qui s’empare parfois de Modiano lorsqu’il ne sait plus si le film de sa vie est « une version originale ou une version doublée33 »…

14À moins qu’il ne s’agisse davantage de produire un certain nombre de faux-papiers, afin de mieux dissimuler une origine… Être sous un faux nom inscrit, dans quelque pensionnat ultime, falsifier une date de naissance34, mêler hivers et existences : « Ce sont les mêmes mots / quand je dis vrai et quand je mens », note Bernard Vargaftig, selon qui « un oiseau [peut] en cache[r] un autre35 » et pour qui il y a, enfant caché ou écrivain, ce que l’on dit et ce que l’on ne dit pas, quitte à avoir – et pourquoi pas – plusieurs cartes d’identité, « [s]urtout rien qui distingue. Aucun signe particulier36 », afin de pouvoir en poser une « sur le rebord de la fenêtre37 », le jour où les Allemands passent.

Zones d’oubli

15« Voyeur d’ombres38 », Modiano s’intéresse à « ce blanc, ce bloc d’inconnu et de silence » propre aux « individus non identifiés39 ». Évoquant les Bruder, il écrit :

Ce sont des personnes qui laissent peu de traces derrière elles. Presque des anonymes. Elles ne se détachent pas de certaines rues de Paris, de certains paysages de banlieue, où j’ai découvert, par hasard, qu’elles avaient habité40.

16… Le hasard qui détruit pour d’autres quelquefois des pans entiers de leur passé, comme à Saint-Lô, « capitale des ruines », où « […]de nombreux survivants ont perdu les traces et les preuves de leur identité41 », comme à Drancy où des enfants arrivent « sans identité42 ».

Je ne sais plus quels noms j’ai eus. Ni comment j’ai pu oublier le vrai, ni celui qui était l’autre. J’ai tellement essayé d’entendre comment je m’appelais. Quel anonymat tremble en moi ? […] Quel anonymat ne me quitte pas ? […] Aujourd’hui encore, quand on m’appelle, c’est comme si l’ombre m’envahissait43 .

17répond en écho Vargaftig, dans Un même silence. Le vertige anonyme ouvre un gouffre entre soi et soi, un vertige-panique entre le nom de soi – l’ignorance de soi…

18Simple « étudiant fantôme44 », ‘chien perdu sans collier’45, le Modiano d’Un Pedigree ne cherche-t-il à s’oublier, voire à ne plus se reconnaître, dans le souvenir de son père, lui-même en déshérence. ‘Du plus loin de l’oubli’, où la mémoire obsessionnelle vacille jusqu’àl’amnésie, flotte un parfum de « soirs fugaces46 », mêlé à une odeur d’éther, entre la souffrance et l’absence. Être(s) en rupture, mémoire errante, nomadisme de la pensée, c’est par une écriture bohème, que Modiano traduit le vague à l’âme, la partance, de ce « passager clandestin », de ce vagabond apatride, dans le semblant duquel il ne cesse de s’éclipser. Peut-on dire qu’il « s’ellipse », à force de chercher refuge dans le non-lieu de « zones neutres47 », dans les parages de quartiers, où tout peut basculer, d’un seul coup, dans le vide : autre Picpus, « monde parallèle48 », point de départ ou de transit, à la lisière d’un passéoù d’anciennes ombres poursuivent leur vie dans l’« immunité49 »… ?

19« Plus tard, plus tard, j’apprendrai que les mots peuvent aussi oublier50 », énonce Vargaftig, chez qui la vacuité des dimanches d’août modianesques – ou la grisaille de novembre, ou la brèche spatio-temporelle ouverte par un terrain-vague – laissent place à la vision dévastée d’Oradour-sur-Glane51, au blanc du traumatisme, au « même craquement [le] travers[ant] toujours », cri de lumière ou « tremblement ». C’est un peu comme aller faire « […] la fête à Vatan. Drôle de nom !52 », ajoute-t-il dérisoirement, quand Modiano, plus tristement, croit « faire l’appel dans un caserne vide » ou avoir « oublié d’éteindre la lumière dans [s]on ancienne chambre53 ».

2. Lieu(x) de l’enfance

20« Pour mon père, l’enfance était un territoire définitif, permanent, celui du danger, mais aussi celui du salut54 », explique Cécile Vargaftig, dans son film… De fait, l’auteur d’Un même silence dit « [aller] vers l’enfance », comme si celle-ci naissait de son infini questionnement55. Pour Modiano, l’enjeu se révèle différent, puisque sans « soutien moral » de la part de ses parents, il ne voit dans son enfance et son adolescence que le lieu d’une dispersion, d’une délitescence. Mais où Vargaftig le rejoint, c’est sur le thème de l’abandon, conjugué chez lui à la peur (inversée) d’être séparé des siens, ou découvert.

Errance géographique 

21« Un après-midi, à la sortie de l’école, personne n’est venu me chercher56 », écrit Modiano dans Un pedigree. Vargaftig vit la même angoisse existentielle, le jour où sur la place de Buzançais, dans l’Indre, il attend que quelqu’un, qu’il ne connaît pas, vienne pour l’emmener. « [J]e suis comme immobile sur la petite place et j’attends », « Je pourrais toucher en moi cet instant où je suis seul57. » La femme arrivera, qui viendra le cacher, comme déjà il vivait caché, à Limoges ou dans une ferme entre Oradour et Sereilhac… Avec d’autres enfants, il joue – ou est-ce après ? – à la cachette (« C’était moi le pris58 »), ou alors à la mort (« Et celui qui faisait le curé venait. Il nous appelait par notre nom. On était mort59. »), ou à « Loup y es-tu ?60 »… Est-ce à force de changer d’adresse que son premier livre s’appellera : Chez moi partout ?

22L’internat religieux du Saint-Cœur-de-Marie61, le refuge temporaire dans le Maine-et-Loire, « [a]u moment de la débâcle62 », jalonnent le parcours de Dora, jusqu’à sa fugue, en décembre 41, avant que les rafles ne se succèdent autour de la rue Picpus. Où loge-t-elle, ensuite, avant de retourner chez elle, en avril 42 ? Modiano entre en empathie avec cette vie d’errance, lui qui, de pension en pension, de l’enfance à l’adolescence, n’est jamais qu’un « brave garçon », abonné aux cars du dimanche63, mal aimé, mal ancré64, petit « Truffaut » en voie, presque, de délinquance. « Mon père répétait que j’irai en pension comme David Cooperfield65 », écrit Bernard Vargaftig, ce qui n’a pas manqué, une fois ses parents séparés, après-guerre. 

23Deux adresses à cause d’un divorce, deux foyers dans un même immeuble66, des livres d’enfants déchirés67, comme une identité bafouée, une rupture intérieure, depuis déjà la mort d’un frère, en février 5768, est-ce ce qui pousse Modiano à partir dans l’imaginaire, pour se réinventer d’autres formes de filiation, comme lorsque dans Les Mines du roi Salomon, «le guide dévoile sa véritable identité de fils de roi69 » ? « ‘Je ne vais pas séparer les deux frères’ a dit Mme Fourré70 » et rapporte Vargaftig, en citant cette dame qui les recueille à Buzançais. Ici, les voix diffèrent, car là où Modiano doit se « retenir pour ne pas fondre en larmes71 », lorsqu’une doctoresse lui demande s’il a des parents, Vargaftig, lui, ne peut que rendre hommage aux parents de substitution qui lui permettent de maintenir un lien, une fratrie, au moment même où le nazisme cherche à anéantir sa famille.

« Tais-toi, disait ma mère. »

24Mais le récit permet aussi de refaire « la liaison » – plus tard – avec ce que le silence a rompu. Et Vargaftig se raconte ce qu’on lui a raconté, ou nous laisse intérioriser, par quelques mots pudiques, ce qui se devait d’être tu : en 1947, « Il ne faut plus jamais […] parler de ça72 », à la cousine Feiga, revenue de Bergen-Belsen… À l’enfant qui devait se taire – « Tais-toi, disait ma mère », « si on te demande quelque chose, réponds que tu ne me connais pas73 » –, à celui qui devait « ne grandir que la nuit » pour ne pas faire de bruit, l’adulte oppose sa parole, et quand bien même il continue à faire en lui-même « s’envoler le silence ». « Ne pas aller avec les autres, [n]e pas se faire prendre », vivre en comptines et comptages, c’est faire sienne la langue secrète d’une mère pour qui « sauve-conduit » se disait « chauve-souris74 ».

25En revanche, la mère peu maternelle de Patrick Modiano, cette « mère (en) coup de vent », que ne remplace pas « la fausse Mylène Demongeot75 », ne laisse guère de beaux souvenirs à son fils délaissé : une promenade au marché aux puces de Saint-Ouen, une fin d’été à Knokke-le-Zoute, chez des amis sans intérêts… L’écrivain préfère se taire que de revenir sur la « dureté » et l’« inconséquence76 » de sa mère. En parallèle, Cécile Bruder, comme la mère de Louki, l’héroïne de Dans le café de la jeunesse perdue, peut-être plus aimantes, ne peuvent de toute façon plus rien, ni l’une ni l’autre, pour leur(s) fille(s) respectives…77

Le nom/n du père

26Le père de Modiano ne permet, quant à lui, aucunement le face-à-face, qui offrirait à son fils le moyen de se construire d’après un modèle sûr78. C’est un père qui se dérobe, un père aux « cent noms », ou sans nom : fuyant, intermittent, hors-la-loi, qui devient l’ennemi même de son fils, un père aux qualités de « débandade » incontestables, puisqu’il parvient à échapper à la Police des questions juives, le temps qu’il faut à un quidam pour rallumer la minuterie79 ! Cet éclipsé permanent, ce pseudo-père au monde trouble, aux « arrière salles de café » et aux valises suspectes, s’apparente en partie au père de Vargaftig, qui se cache lui aussi, pendant l’Occupation, parce qu’il est juif et Russe. L’enfant ne se souvient « jamais de son retour », et n’écrit qu’à « Monsieur Simon80 », même après la Libération.

27Néanmoins, même si le petit Vargaftig « fumai[t] pour ne pas ressembler à [s]on père qui fumait beaucoup81 », et ne voulait « [n]i chanter faux », ni même le voir, par peur d’un jour lui ressembler, le poète sait qu’il doit à ce père – qui donnait « […] et pas seulement à [lui], toutes sortes de noms82 » – le goût de jouer avec les mots : les compter, les écrire… Ainsi peut-il « faire face », quand Modiano doit pour sa part s’accommoder avec la forme inexistante d’un amour introuvable, du jour où son père lui écrit pour ses 21 ans : « [t]u n’auras pas à espérer de ma part une aide quelconque, un soutien de quelque nature que ce soit, tant sur le plan matériel que sur le plan moral83. »

3. L’écriture ou les signes

28À partir de là, l’écriture devient pour Modiano le moyen de « faire signe », de « fixer son esprit sur des points de détail […] pour ne pas perdre le fil84 » et retrouver ainsi, intuitivement ou par « voyance85 », quelques traces de vie, quelques « coïncidences »… Se rapprocher, « sans le savoir86 », d’un destin fraternel, ou par tissage intertextuel, faire apparaître en « transparence », un « nom-photo-d’identité », c’est poser au lecteur la question mystérieuse de la présence au monde, de « l’aveu d’être-là », comme l’écrit Vargaftig, pour qui la poésie, la vie, la spiritualité, naissent de la rencontre de «[p]lein de signes particuliers87 ».

« Je leur donnerai un nom… »

29« Je leur donnerai un nom… » (qui jamais ne sera effacé)88 »

30Si, selon Marc-Alain Ouaknin, « [l]a question [identitaire] efface et laisse un vide ou la parole va pouvoir se faire entendre89 », et si la langue peut se construire comme une ruine de noms, alors Modiano est celui qui redonne dignité et lumière à ces noms90. Au ‘nom’ des disparus, à l’envers de l’oubli « du nom du bal perdu », il dresse ce qu’il appelle une « nomenclature91 », quand bien même elle n’a plus de sens, sinon de raviver l’empreinte d’une absence. « Et les numéros des immeubles et les noms de rues ne correspondent plus à rien », dans « le quartier des départs92 », mais qu’importe, s’il reste ne serait-ce que le nom de « Jacqueline du Néant93 » – autre « sœur » de Dora Bruder, dans les années soixante – sur la couverture d’un livre, prêté par Guy de Vere, l’homme au nom transparent…

31Dans le nom « toucher le silence », « toucher le noir de ton nom »94 : ainsi Bernard Vargaftig tente-t-il d’accéder à ce qui, à travers l’appellation de l’Autre – le nom de l’être aimé –, le renvoie au mystère le plus profond de l’Homme, au mystère de lui-même aussi. « Te nommer me nomme », et « c’est brusquement savoir que rien n’a d’image95 ». Autrement dit, le « nom muet » de l’Autre, ce nom « multiplié par 340 », lui permet de se reconnaître, comme signe d’amour – ou comme signe d’oubli… –, de même qu’être nommé par l’Autre est un saisissement, de sorte que chacun peut caresser le nom de l’autre96, être « envahi » du nom de l’autre, dans un éros infini. 

32Mais c’est aussi, un peu, de conjurer le sort qu’il est question encore, puisque l’écrivain n’a de cesse de donner « un nom à ce qui s’est éparpillé97 », au temps de son enfance, lorsque déjà, dans sa « cachette », il donnait des noms aux échelles, aux grains de sels, aux oiseaux…:« Je continue à donner tous les noms même à ce que je n’ai pas dit encore. Je compte. Je donne un nom à ce qui rime, à ce qui ne rime pas et à ce qui rime avec qui. »98 Comme si nommer, écrire, ou appeler « à l’envers », pouvait empêcher que résonne, ce qui, vrai, lui fut raconté, et qu’il porte en mémoire intime : « l’appel au camp. […] Les hurlements99. »

Dans l’empreinte d’écrire

33Dès lors, Vargaftig se fait le « traceur » de la vie, à l’envers de la mort. « J’écris pour exister », inscrit-il, alors que « […] chaque parole est un geste100 », d’autant plus dans la création. Chaque lettre peut s’envoler à l’exemple du V qui de sillon devient sillage, quand le poète écrit : « J’embrasse ton Vet plein d’oiseaux au milieu des oiseaux101. » Cependant, certaines marques demeurent plus profondes : le signe particulier de l’auteur est «une cicatrice au dessus de l’œil gauche102 », lorsque celui des déportés dans leur chair reste tatoué.

34Modiano se fait le graveur de ces empreintes « en creux », toujours plus qu’« en relief103 », comme il l’explique en évoquant le passage des Bruder, jalonné de « lettres-terreurs » : P, pour Protection des mineurs ou pour Préfecture de Police, J, pour Juive104, etc. Un nom en majuscules borde l’autoroute qui remplace le chemin du convoi pour Drancy : c’est le nom DUREMORD105, une étrange épitaphe, à laquelle, dans Un pedigree, fait écho la sonorité des mots « MASSACRE D’ORADOUR106 », gravés aussi en lettres immenses par l’écrivain. D’autres majuscules ornent encore les mots tragiques du titre d’un recueil de Roger Gilbert-Lecomte, mentionné dans Dora Bruder : La Vie, l’Amour, la Mort, le Vide et le Vent, de même que le nom de Robert Desnos apparaît comme relié au titre : La Place de l’Etoile107.

35Récrire, en toutes lettres, le message d’un prisonnier, Robert Tartakowsky108, transmis depuis Drancy, juste avant sa déportation, préfacer le journal intime de la jeune Hélène Berr109, morte à Bergen-Belsen, ou dédicacer plusieurs livres à son frère Rudy110, revient pour l’écrivain-graveur, à lutter, chaque fois, contre l’effacement et l’œuvre du hasard, à garder des points de repère111, « […] comme on s’efforce de remplir avec des lettres à moitié effacées112 », le livre-registre ou le lieu – temporaire – des destinées.

Conclusion  (la lumière et les mots)

36Pourtant, l’écriture reprend souffle, à la vitesse de la lumière et parce que toujours, il faut échapper à la mort, « l’échapper belle », comme dirait Vargaftig, pour lequel la respiration « sépare la lumière de l’ombre », l’emmène où il ne sait jamais. « reprenez votre souffle, tous sont morts, oui, ‘chassés à coup de pied’113 », écrit-il, en parlant de ceux qui n’ont pas eu sa chance et que la lumière a quittés.« Il faut faire vite ou alors je n’en aurai plus le courage114 », note Modiano, le souffle court115, alors que les rames de métro fusent au carrefour des souvenirs et que la pénombre menace.

37Alors, on lance « des appels comme des signaux de phare116 », « j’entends la lumière qui va vite117 », consigne à son tour Vargaftig, « J’entends les mots qu’on efface, une traînée de poussière, une traînée de lumière »118, et les mots vont plus vite encore que les photos de tout, que l’enfant faisait dans sa tête – et toujours malgré lui119. Et les phrases soudain se changent « en espace120 », et bien plus loin encore que la musique des noms, Modiano capte enfin le sourire flottant de Dora121, ou bien son aura familière, par-delà la photo d’elle à neuf ou dix ans, tout près d’une sombre volière, au présage poignant : « On dirait qu’elle est sur un toit, juste dans un rayon de soleil, avec de l’ombre tout autour. […] Ces ombres et ces tâches de soleil sont celles d’un jour d’été122. »

Notes de bas de page numériques

1 Un pedigree, Paris, Gallimard, 2005, p. 21.

2 Un pedigree, op. cit., p. 32.

3  Dans les jardins de mon père, écrit par C. Vargaftig, réalisé par V. Minetto, TS production, 2006.

4 Dora Bruder, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1999, p. 27.

5  Un pedigree, op. cit., p. 28. / Cf. Dora Bruder, op. cit., p. 62 (il s’avérera que ce n’est pas elle, voir p. 64).

6  Voir Dora Bruder, op. cit., p. 47. / Août 42 : la jeune fille de 16 ans rejoint pourtant Ernest Bruder, à Drancy, d’où ils sont déportés, le 18 septembre.

7  Voir Un pedigree, op. cit., p. 101. / Variante : dans Dora Bruder, p. 69, ils sont assis « l’un en face de l’autre »…

8  Aucun signe particulier, Obsidiane, 2007, p. 11.

9 Dora Bruder, op. cit., p. 70.

10 Dora Bruder, op. cit., p. 139.

11  Voir M. A. Ouaknin, Lire aux éclats (Éloge de la caresse), Paris, Le Seuil, coll. « Points Essais », 1994, p. 84.

12  Dora Bruder, op. cit., p. 78 (malgré cet « appel au secours » que serait aussi toute fugue…).

13  Modiano fait référence notamment à sa propre fugue « de janvier 1960 » (Dora Bruder, op. cit., p. 77).

14  Dans le café de la jeunesse perdue, Paris, Gallimard, 2007, p. 118.

15 Un pedigree, op. cit., p. 122.

16  Aucun signe particulier, op. cit., p. 69.

17 Dora Bruder, op. cit., p. 57.

18 Dora Bruder, op. cit., pp. 37-38.

19  Voir Dora Bruder, op. cit., p. 63 : « Si différents qu’ils aient été, l’un et l’autre, on les avait classés, cet hiver-là, dans la même catégorie de réprouvés ».

20  Dora Bruder, op. cit., p. 56 (le 10 décembre 1941).

21  Dora Bruder, op. cit.,, p. 76 (en juin 1942).

22 Dora Bruder, op. cit., p.  88 : la mention « a réintégré le domicile maternel », prouverait, selon Modiano, que le poste de police de Clignancourt était au courant de l’arrestation, le mois précédent, d’Ernest Bruder…

23 Dora Bruder, op. cit., p.  88.

24  Aucun signe particulier, op. cit., p. 27.

25  Un même silence, Marseille, André Dimanche, coll. « Ryôan-ji », 2000, p. 73. / Voiraussi Aucun signe particulier, p. 14 : « C’est en 62 que j’ai eu ma première carte d’identité pour aller en Italie, avec toi. »

26  Aucun signe particulier, op. cit., p. 27.

27  Un même silence, op. cit., pp. 44 et 45.

28  Voir Villa triste, Gallimard, coll. « Folio », 1975, p. 19.

29  Voir Un pedigree, op. cit., pp. 13-14.

30  Voir Dora Bruder, op. cit., p. 113ou pp. 43-44 : une petite fille, d’environ l’âge de Vargaftig, cachée sous le nom de« Suzanne Albert », au pensionnat du Saint-Cœur-de-Marie, peu après la fugue de Dora.

31 Dora Bruder, op. cit., pp. 79-80.

32  Voir Aucun signe particulier, op. cit., p. 19. / Voir aussi Un pedigree, op. cit., pp. 56-57 : « Je découvre à treize ans les images des camps d’extermination. Quelque chose a changé, pour moi, ce jour là. »

33 Un pedigree, op. cit., p. 105.

34  Un pedigree, op. cit., p. 108 (pour devenir majeur, plus tôt…).

35  Un même silence, op. cit., p. 30.

36  Aucun signe particulier, op. cit., p. 19 (à Limoges).

37  Un même silence, op. cit., p. 72 (à Sereilhac).

38  Voirla formule de Dylan Thomas, mise en exergue à Villa triste (op. cit.) : « Qui es-tu, toi, voyeur d’ombres ? »

39  Dora Bruder, op. cit., p. 28 et p. 65.

40 Dora Bruder, op. cit., p. 28.

41 Un pedigree, op. cit., p. 94.

42 Dora Bruder, op. cit., p. 142.

43  Un même silence, op. cit., p. 74.

44 Un pedigree, op. cit., p. 105.

45  Voirle titre du roman de Gilbert Cesbron.

46 Un pedigree, op. cit., p. 103.

47  Dans le café de la jeunesse perdue, op. cit., p. 120.

48 Un pedigree, op. cit., p. 121.

49  Voir Dans le café de la jeunesse perdue, op. cit., p. 109.

50  Un même silence, op. cit., p. 45.

51  Voir Dora Bruder, op. cit., p. 129 : « […] j’avais l’impression de traverser un village abandonné. »

52  Un même silence, op. cit., p. 61.

53  Un pedigree, op. cit., p. 20 et p. 95.

54  Dans les jardins de mon père, op. cit.

55  Voir M.A. Ouaknin, op. cit., p. 85, à propos du verset : « Un enfant sortira de ton questionnement ».

56 Un pedigree, op. cit., p. 34.

57  Un même silence, op. cit., p. 62 et Aucun signe particulier, op. cit., p. 58. / Voiraussi Un même silence, p. 36 : « Une place où vous ne dites pas « qui suis-je » n’est pas une place. »

58  Aucun signe particulier, op. cit., p. 27.

59  Un même silence, op. cit., p. 64.

60  Aucun signe particulier, op. cit., p. 28.

61  Dora Bruder, op. cit., p. 36 et p. 58.

62 Dora Bruder, op. cit., p. 39.

63  Voir Un pedigree, op. cit., p. 69 (cf. le collège du Montcel puis Saint-Joseph de Thônes).

64  Voirla référence à Mauriac, Un pedigree, op. cit., p. 68.

65  Aucun signe particulier, op. cit., p. 60.

66  Voir Dora Bruder, op. cit., p. 68. / Cf. Aucun signe particulier, op. cit., p. 38 : « j’avais deux adresses ».

67  Voir Un pedigree, op. cit., p. 102.

68  Un pedigree, op. cit., p. 44 :« À part mon frère Rudy, sa mort, je crois que rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur. »

69 Un pedigree, op. cit., p. 40.

70  Aucun signe particulier, op. cit., p. 58.

71 Un pedigree, op. cit., p. 74.

72  Aucun signe particulier, op. cit., p. 17.

73  Un même silence, op. cit., p. 26 et Aucun signe particulier, op. cit., p. 60.

74  Aucun signe particulier, op. cit., p. 20 et p. 32.

75 Dora Bruder, op. cit., p. 69.

76 Un pedigree, op. cit.,  p. 88.

77  Dans le café de la jeunesse perdue, op. cit., p. 75 : « Je sentais que ma mère ne pouvait plus rien pour moi. »

78  Voir une des explications dans Un pedigree, op. cit., p. 14 : « Mon pèrea perdu le sien à l’âge de quatre ans. »

79  Dora Bruder, op. cit., p. 62. /Voir Un pedigree, op. cit., p. 32 : « Et je me demande s’il ne fuyait pas les années de l’Occupation. »

80  Aucun signe particulier, op. cit., p. 31. / Voir p. 27 : « les policiers, des français, n’ont emmené que mon père. »

81  Aucun signe particulier, op. cit., p. 40.

82  Aucun signe particulier, op. cit., p. 68.

83  Un pedigree, op. cit., p. 117. / Voir aussi Dora Bruder, op. cit., p. 18 (des années après, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière) : « Impossible de trouver mon père. Je ne l’ai plus jamais revu. »

84 Dora Bruder, op. cit., p. 53.

85 Dora Bruder, op. cit., p. 52.

86  Dora Bruder, op. cit., p. 54 (Voirla référence à Voyages de Noces). / Voiraussi la référence à Cosette et Jean Valjean (p. 51).

87  Aucun signe particulier, op. cit., p. 23.

88  Mémorial de Yad Washem.

89  M.A. Ouaknin, op. cit., p. 85 (ou la question originelle…).

90  Voir Dora Bruder, op. cit., p. 13 : « Il faut longtemps pour que ressurgisse à la lumière ce qui a été effacé. »

91 Un pedigree, op. cit., p. 20.

92  Dora Bruder, op. cit., p. 137 et p. 73.

93  Dans le café de la jeunesse perdue, op. cit., p. 96 : Louki remplace le prénom Louise [du Néant] par le sien.

94  Un même silence, op. cit., p. 18 et p. 21.

95  Un même silence, op. cit., p. 74 et p. 54.

96  VoirM. A. Ouaknin, op. cit., p. 89.

97  Aucun signe particulier, op. cit., p. 43. / Voir, p. 12 : « Les noms que je donnais sont comme j’oublie. »

98  Aucun signe particulier, op. cit., p. 40.

99  Un même silence, op. cit., p. 72.

100  Un même silence, op. cit., p. 43. / Voirp. 40 : « J’avais un morceau de craie à la main […]»

101  Un même silence, op. cit., p. 25.

102  Aucun signe particulier, op. cit., p. 21.

103 Dora Bruder, op. cit., p. 29.

104  Voir Dora Bruder, op. cit., pp.  87, 108 et 113.

105 Dora Bruder, op. cit., p. 142.

106 Un pedigree, op. cit., p. 37.

107  Dora Bruder, op. cit., p. 98 et p. 100.

108  Dora Bruder, op. cit., pp. 121-127: voir le nom en majuscules de la destinataire : « Madame TARTAKOWSKY ».

109  H. Berr, Journal 1942-1944, Paris, Tallandier, 2008.

110  Voir Rue des boutiques obscures, De si braves garçons, Villa triste, etc.

111  Voir Dans le café de la jeunesse perdue, op. cit., p. 50 : « Dans cette vie qui vous apparaît parfois comme un grand terrain vague […] on aimerait dresser des points de repères, dresser une sorte de cadastre […]. »

112 Un pedigree, op. cit., p. 13.

113  Aucun signe particulier, op. cit., p. 71 et p. 72.

114 Un pedigree, op. cit., p. 82.

115  Un pedigree, op. cit., p. 100: « Et mon souffle toujours court. »

116 Un pedigree, op. cit., p. 42.

117  Aucun signe particulier, op. cit., p. 71.

118  Un même silence, op. cit., p. 13.

119  Voir Aucun signe particulier, op. cit., p. 47 et p. 64 : « Pas de photo. »

120  Voir Un même silence, op. cit., p. 53. / Voir p. 52 : « J’aime cette distance qui n’est d’abord ni langage, ni image, mais te connaître ».

121  Voir Dora Bruder, op. cit., p. 91.

122  Dora Bruder, op. cit., p. 33.

Pour citer cet article

Arnaud Beaujeu, « Le nom, la mémoire et l’oubli … », paru dans Loxias, Loxias 36, mis en ligne le 15 mars 2012, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.sudouest.fr/2016/01/10/index.html?id=7004.


Auteurs

Arnaud Beaujeu

Agrégé de lettres modernes, docteur en langue et littérature françaises, Arnaud Beaujeu a publié en 2010 un ouvrage intitulé Matière et lumière dans le théâtre de Samuel Beckett, aux éditions Peter Lang ; et en 2011 Samuel Beckett : trivial et spirituel aux éditions Rodopi. Il a également publié des articles et entretiens sur et avec les poètes contemporains Bernard Vargaftig, Jean-Pierre Lemaire, Pierre Dhainaut, Marie-Claire Bancquart, Béatrice Bonhomme-Villani, etc.