Loxias | Loxias 2 (janv. 2004) Eclipses et surgissements de constellations mythiques. Littératures et contexte culturel, champ francophone (1ère partie) 

Simone Vierne  : 

Avant-Propos

Résumé

Les problèmes posés à l’imaginaire par l’une de ses expressions majeures, le mythe, sont vastes. Les recherches actuelles permettent une approche tout à fait originale des phénomènes et domaines anthropologiques, sociologiques, littéraires, plastiques, musicaux, psychologiques, psychanalytiques, historiques. On sait bien que certains mythes disparaissent un temps de la conscience collective, pour éventuellement réapparaître plus tard. On sait aussi qu’ils peuvent s’enrichir et s’appauvrir suivant les circonstances. Il était donc intéressant, grâce à ce colloque, de se pencher plus précisément sur « le surgissement et les éclipses du mythe ».

Index

Mots-clés : imaginaire , mythe, mythocritique

Texte intégral

1En juillet 1985, Gilbert Durand et moi-même avions organisé à Cerisy un colloque sur Le Mythe et le mythique. C’est dire si les problèmes posés à l’imaginaire par l’une de ses expressions majeures, le mythe, sont vastes, et demandent encore un travail important. On peut remarquer du reste que depuis la création du premier Centre de Recherche sur l’imaginaire de Grenoble dans les années 60 par Gilbert Durand, imaginaire qui était et est l’objet de recherche de nombreux groupes désormais essaimés dans le monde entier, on a vu peu à peu les termes même d’imaginaire et de mythe non seulement subit une véritable inflation dans le langage courant, mais surtout donner lieu à des recherches nombreuses et sérieuses (enfin prises au sérieux, pourrions-nous dire). Elles permettent une approche tout à fait originale des phénomènes et domaines anthropologiques, sociologiques, littéraires, plastiques, musicaux, psychologiques, psychanalytiques, historiques. Ainsi naquirent la mythocritique et la mythanalyse, mises au point par Gilbert Durand. Notons en outre la double originalité de la démarche : d’une part, elle ne pouvait être que « pluridisciplinaire », pour employer un terme il est vrai peu gracieux, qui a depuis été très à la mode, même s’il a reçu peu d’applications ailleurs. D’autre part, elle partait d’un postulat qui innervait aussi, dans le même temps, la recherche en sciences notamment physiques et mathématiques, celui qui fonde la logique du « tiers inclus ».

2Le colloque qui a réuni à Nice des chercheurs de tous horizons et de nombreux pays se place bien dans la continuité de cette démarche qui a gardé toute sa vigueur, son originalité et sa fécondité. Le thème continue une réflexion déjà amorcée par Gilbert Durand lors du colloque de Cerisy. Il y menait un travail sur un sujet apparemment paradoxal : « Permanence du mythe et changements de l’histoire »1. Il terminait son étude en exaltant les vertus de l’imaginaire mythique, dont l’art est l’expression la plus haute, en tant que véritable faculté d’« antidestin » pour l’homme : « C’est de ce triomphe que témoigne la permanence du mythe, du sermo mythicus, cette « ruse » de l’imaginaire, derrière les changements, les brisures, les déceptions, et finalement les défaites que voudrait imposer le monde aveugle du destin inhumain. Lyre d’Orphée victorieuse de tous les Cerbères… »2.

3Pourtant, et comme divers travaux le manifestaient déjà3, les mythes ne forment pas un ensemble fermé et stable, toujours semblable à lui-même. On sait bien que certains disparaissent un temps de la conscience collective, pour éventuellement réapparaître plus tard. On sait aussi qu’ils peuvent s’enrichir et s’appauvrir suivant les circonstances. Il était donc intéressant, grâce à ce colloque, de se pencher plus précisément sur « le surgissement et les éclipses du mythe », à partir d’exemples précis, mais comme on peut le voir dans le sommaire, dans les domaines les plus divers. Il n’est pas question dans ce rapide avant-propos d’en donner un exposé complet, qui ne serait du reste que redondance. Il faut avant tout souligner la variété des thèmes et des axes de recherche : c’est une caractéristique essentielle du travail dans le champ de l’imaginaire, et c’est aussi ce qui fait sa richesse et sa force. Mais bien entendu, il n’est pas question de voir dans ce recueil une somme définitive : au contraire, il demande à être sans cesse complété de façon à nuancer toute trouvaille, et il doit nous conduire à d’autres pistes. Il n’est pas étonnant que le Graal soit plusieurs fois évoqué dans ce recueil : car toute recherche dans ce champ est avant tout une quête, et le chercheur sait bien que le chemin n’a pas de fin.

Notes de bas de page numériques

1 Le mythe et le mythique, colloque de Cerisy, Cahier de l’Hermétisme/Albin Michel, Paris 1987, p. 17-28.
2 Le mythe et le mythique, p. 28.
3 Voir notamment Gilbert Durand, Introduction à la mythodologie, Albin Michel, Paris, 1996.

Pour citer cet article

Simone Vierne, « Avant-Propos », paru dans Loxias, Loxias 2 (janv. 2004), mis en ligne le 15 janvier 2004, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.sudouest.fr/2016/01/10/index.html?id=118.


Auteurs

Simone Vierne