Loxias | 80. Le "blackface" ou la représentation de l’identité raciale dans les arts de la scène | II. Travaux et publications 

Véronique Magri (dir.) et Odile Gannier (dir.)  : 

Vient de paraître

Frontières de la définition dans le récit de voyage

Index

Thématique : voyage

Plan

Texte intégral

1Parution le 5 avril 2023, Paris, Classiques Garnier
Collection : Rencontres, n° 566
EAN : 9782406144854, ISBN : 978-2-406-14485-4, ISSN : 2261-1851
DOI : 10.48611/isbn.978-2-406-14485-4.p.0275
277 pages

2Fiche sur le site de l’éditeur

3La définition dans le genre du récit de voyage a un statut particulier : la rencontre de l’altérité induit un rapport nouveau entre la langue et le monde. Dans ce genre pratiqué par des lexicologues souvent amateurs, la définition d’un réel absent évolue entre analogie, approximation et invention.

Table des matières

4INTRODUCTION
Odile Gannier et Véronique Magri, « Le récit de voyage et le réel : définition et homologation » 7

5LA DÉFINITION ET SES MARGES
Guy Achard-Bayle, « Définir l’inconnu dans le récit de voyage. De la description à la dénomination » 17
Véronique Magri, « Les dérives de la définition dans le récit de voyage » 35
Odile Gannier, « Le temps du voyage. Définition, traduction, glose, reformulation » 51

6DÉFINITION ET SAVOIR
Marie Mossé, « La définition en clair-obscur. Une étude du discours des voyageurs sur le volcanisme islandais (1772-1852) » 83
Nelly Paquis, « René du Chastelet des Boys, un voyageur lexicographe en Barbarie » 101
Aude Lecimbre, « Le Voyage de Hollande. Diderot, un philosophe et encyclopédiste en voyage » 117
Alain Guyot, « Le Voyage à l’île de France de Bernardin de Saint-Pierre, au risque de la définition » 133
Nicole Biagioli, « La définition dans Aventures d’un jeune naturaliste de L. Biart » 151

7DÉFINITION ET IMAGINAIRE
Stefana Squatrito, « Topoï et subjectivité dans la pratique définitoire et descriptive de Lamartine. Le cas de Graziella » 179
Farah Ben Jemaa, « Le récit de voyage imaginaire chez Valery Larbaud. L’oblique de la définition » 197
Naoko Tsuruki, « “Geisha”, un mot polysémique sous la plume de voyageurs européens. Origine d’un stéréotype ? » 213
Florian Ponty, « La définition dans les voyages imaginaires » 231

8CONCLUSION
Odile Gannier et Véronique Magri, « Originalité de la définition dans le récit de voyage » 249

9Remerciements 253
Bibliographie critique 255
Index 267
Résumés 271

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Auteurs et résumés

10Guy Achard-Bayle, « Définir l’inconnu dans le récit de voyage : de la description à la dénomination »
Guy Achard-Bayle, agrégé de Lettres modernes, est professeur émérite de l’Université de Lorraine, où il a été enseignant-chercheur de 2004 à 2018, sur une chaire de linguistique textuelle. Il poursuit ses recherches au CREM dans l’équipe Praxitexte, héritière du CELTED, Centre d'Études Linguistiques des Textes et des Discours. Ses travaux récents ont porté également sur les notions et les théories du Cercle linguistique de Prague, la sémantique cognitive et la parémiologie ; il encadre enfin plusieurs thèses en didactique des langues et des cultures.
Nous abordons la question de la définition dans le récit de voyage au travers d’un corpus qui se centre sur les Grandes Découvertes. Nous analysons ainsi comment des voyageurs-narrateurs du xvie siècle saisissent, des points de vue référentiel et textuel, des entités « découvertes ». Nous verrons qu’en fonction des lois du genre, mais aussi des contraintes du « réel », ils parcourent un chemin définitoire inverse de celui des lexicographes, qui les conduit de la description à la dénomination.

11Véronique Magri, « Les dérives de la définition dans le récit de voyage »
Véronique Magri est professeure à Université Côte d’Azur où elle co-dirige le thème de recherche « Discours du voyage » de la MSH-Sud Est et membre de Bases, Corpus, Langage, CNRS. Elle a publié Le Voyage à pas comptés, 2009 - The Voyage step by step, 2021 et de nombreux autres articles sur la poétique du récit de voyage. Ses recherches croisent études stylistiques et analyses statistiques. Sur la problématique de la définition, un article « Jouer à définir », sur le glossaire de M. Leiris, est à paraître in Stratégies de la définition, Classiques Garnier.
C’est par rapprochement et contraste avec les actes de décrire, de reformuler et d’interpréter que les spécificités de la définition dans le récit de voyage sont mises à jour dans cet article. Les descriptions-définitions expérimentales visent une finalité didactique confinant parfois au figement du stéréotype. La rencontre du didactique et de l’esthétique signe la littérarité de ces séquences quand le voyageur est un écrivain ou un poète qui célèbre avec bonheur l’indéfinissable et l’indicible.

12Odile Gannier, « Le temps du voyage : définition, traduction, glose, reformulation »
Odile Gannier est professeure de littérature générale et comparée à l’Université Côte d’Azur, où elle co-dirige le thème de recherche « Discours du voyage » de la MSH-Sud Est. Membre du CTEL, elle travaille sur les textes viatiques et, outre de nombreuses contributions sur ce domaine, a publié le manuel La Littérature de voyage. Auteure d’une étude sur Le Roman maritime, elle a aussi édité le Journal du Cap. Marchand (1790-92) et s’intéresse aussi aux littératures insulaires (Antilles, Pacifique).
La définition dans le récit de voyage est une variante de la définition lexicologique : la confrontation avec l’inconnu impose le transfert de mots étrangers et leur caractérisation, opération fréquente dans la narration, encore plus sensible en glossaires : systématique, elle y semble simple traduction. Les xénismes, pérégrinismes et emprunts peuvent se passer de définition suivie. Mais la glose de contextualisation dévoile l’arrière-plan. La définition intègre aussi les textes antérieurs, évolue et se décale. Réflexive, elle n’est ni prototype ni stéréotype mais métatype.

13Marie mossÉ, « La définition en clair-obscur : une étude du discours des voyageurs sur le volcanisme islandais (1772-1852) »
Marie Mossé est agrégée de Lettres modernes et Attachée temporaire d’enseignement et de recherche en Littératures comparées à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Elle a récemment soutenu sa thèse de doctorat intitulée « L’invention du voyage d’Islande au xixe siècle : genèse, contexte et enjeux d’une forme littéraire », qu’elle a menée sous la direction des Professeurs Daniel Chartier (Université du Québec à Montréal) et Alain Guyot (Université de Lorraine).
Cet article interroge l’étonnante rareté de la pratique de la définition dans le corpus des récits de voyage savants consacrés à l’Islande par les naturalistes européens au tournant des xviiiexixe siècles. Dans la mise en discours des phénomènes volcaniques insulaires, l’idéal de la définition - synthèse du sens et rapport de congruence entre le mot et la chose - est éclipsé par le recours à la description, soulignant l’instabilité formelle et épistémologique du récit de voyage au xixe siècle.

14Nelly Paquis, « René du Chastelet des Boys, un voyageur lexicographe en Barbarie »
Nelly Paquis achève son doctorat en littérature des voyages sous la direction de madame Sylvie Requemora à Aix-Marseille Université. Son sujet de thèse est « l’ethos du survivant dans la littérature des voyages du XVIIe siècle à travers des récits et mémoires authentiques ». Diplômée en Sciences du Langage et agrégée de Lettres Modernes, elle a enseigné en classes préparatoires et dans le secondaire pour la préparation au baccalauréat depuis 1997. Reprenant ses études en 2020, elle soutiendra sa thèse en juin 2023.
Homo viator fin observateur de la réalité nouvelle qui l’entoure, l’auteur de L’Odyssée offre au lecteur une vision précise de la Barbarie au xviie siècle, grâce à une démarche définitoire efficace dont l’originalité repose sur une description sensorielle et empirique.

15Aude Lecimbre, « Le Voyage de Hollande : Diderot, un philosophe et encyclopédiste en voyage »
Aude Lecimbre est en dernière année de doctorat à l’Université de Lille III. Elle travaille sur l’effet sublime dans les œuvres de Diderot, sous la direction de Madame Caroline Jacot-Grapa et s’intéresse aux relations qui unissent l’éloquence et la philosophie dans les œuvres de Diderot.
Bien que la définition participe généralement de l’impératif d’impartialité d’un philosophe, l’objectif de cette contribution est d’interroger la double posture de Diderot en philosophe et en encyclopédiste lors de son voyage en Hollande dans les années 1773-1774. En la confrontant à celles de voyageur et d’orateur, qu’il adopte simultanément, il s’agira de voir comment l’entreprise définitionnelle de Diderot dans le Voyage de Hollande s’en trouve infléchie.

16Alain guyot, « Le Voyage à l’île de France de Bernardin de Saint-Pierre, au risque de la définition »
Alain Guyot, professeur à l’Université de Lorraine (Nancy), s’intéresse à la poétique et à la stylistique des récits de voyage, du tournant des Lumières à la fin du romantisme. Il a consacré plusieurs ouvrages, personnels ou collectifs, et de nombreux articles à cette thématique.
Le récit de voyage à l’âge classique, tourné qu’il est vers un recensement encyclopédique du monde, offre une matière particulièrement riche pour analyser les relations du genre à la définition. On a choisi pour l’illustrer l’exemple du Voyage à l’île de France (1773) de Bernardin de Saint-Pierre, ouvrage d’un jeune ingénieur du Roi soucieux d’offrir une sorte de guide pratique des ressources de l’île, mais qui ne se prive pas de lorgner par instants du côté de la littérature.

17Nicole Biagioli, « La définition dans Aventures d’un jeune naturaliste, de L. Biart »
Nicole Biagioli est professeur émérite de langue et littérature française, membre du CTEL, Université Côte d’Azur. Sémioticienne, narratologue et didacticienne, elle s’intéresse aux fictions didactiques. Elle a publié sur les botaniques des dames et des demoiselles, les romans transculturels (Le Petit Prince, Harry Potter), les récits scolaires à visée nationaliste comme le Tour de la France de deux enfants de Fouillée et les méthodes de français coloniales comme Mamadou et Bineta de Davesne.
Dans ce livre, le naturaliste Lucien Biart raconte une expédition scientifique menée au Mexique avec son fils Lucien âgé de 9 ans, un collègue, François Sumichrast, et un serviteur. Les péripéties du voyage sont autant d’occasions de former le garçon aux lois de l’observation et de la dénomination scientifiques. Nous examinons la place qu’occupe la définition dans le récit, les échanges discursifs, le système illustratif et terminons par l’épistémologie de la définition développée par l’auteur.

18Stefana Squatrito, « Topoï et subjectivité dans la pratique définitoire et descriptive de Lamartine. Le cas de Graziella »
Stefana Squatrito est chercheuse en Langue française à l’Université de Messine. Elle a obtenu son doctorat en Études françaises avec une thèse sur les récits de jeunesse d’Henri Bosco avant de poursuivre ses recherches à l’Université de Lausanne sur l’œuvre de Monique Saint-Hélier. Elle a participé à différents projets de recherche et a publié des travaux scientifiques concernant surtout l’œuvre d’Henri Bosco, la traduction et la réflexion traductologique, l’écriture de soi et la littérature de voyage.
Cet article analyse la pratique définitoire dans un corpus assez particulier qui ne s’intègre pas, au premier abord, dans l’ensemble des récits de voyage stricto sensu. Dans Graziella la définition semble parfois altérée par l’opacité du filtrage culturel de Lamartine. Parcourant les étapes de l’itinéraire italien du protagoniste de son roman, nous montrons que l’efficacité des définitions dépend du positionnement du locuteur envers l’altérité et qu’elles se modulent selon l’avancée narrative.

19Farah Ben Jemaa, « Le récit de voyage imaginaire chez Valery Larbaud : l’oblique de la définition »
Farah Ben Jemaa est agrégée de lettres modernes et ancienne élève de l’ENS de Tunis. Elle enseigne actuellement à l’Institut Préparatoire aux Études Littéraires et de Sciences Humaines de Tunis et termine une thèse sur l’espace dans l’œuvre de Valery Larbaud à l’Université de la Manouba, sous la direction du Professeur Samir Marzouki.
Cet article étudie les apports de la traduction et de la description à la pratique de la définition dans le récit de voyage, en examinant l’exemple du Journal intime de Barnabooth de Valery Larbaud. Déjouant les attentes de référentialité, d’exactitude, de complétude et de transparence liées à la traduction et à la description, Valery Larbaud y explore la possibilité d’une définition oblique et poétique.

20Naoko Tsuruki, « “Geisha”, un mot polysémique sous la plume de voyageurs européens : origine d’un stéréotype ? »
Naoko Tsuruki est enseignante et jeune docteure en littérature générale et comparée, issue du CTEL à l’Université Côte d’Azur, sous la direction du Professeur Odile Gannier. Sa thèse s’intitule : « Fascination / Désillusion réciproques des Japonais et des Occidentaux – voyageurs, écrivains et photographe de l’ouverture du Japon à la fin de l’ère Taishô – ». Trois autres articles publiés dans Loxias autour des thèmes de voyage, de recherche identitaire et de représentations féminines.
Les voyageurs occidentaux ont rapporté du Japon un mot dont ils pensaient avoir à peu près cerné le sens : « geisha », qui apparaît par exemple chez le médecin allemand Bälz, d’Audiffret, Loti. Or le terme était alors neutre en japonais, et désignait une personne raffinée, engagée pour jouer de la musique ou égayer une soirée. Par suite de définitions inexactes, le stéréotype de la demi-mondaine a été adopté et défini par défaut, ou par analogie trompeuse.

21Florian Ponty, « La définition dans les voyages imaginaires »
Florian Ponty a obtenu son master de littérature comparée à l’Université Côte d’Azur et il fait son doctorat en cotutelle entre l’Université Western Ontario et l’Université Côte d’Azur, au CTEL. Il continue ses recherches commencées durant son master sur les voyages imaginaires de l'Ancien Régime et plus particulièrement sur la collection intitulée Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques éditée par Garnier à la fin du XVIIIe siècle.
La définition des voyages imaginaires correspond à un procédé de pastiche des voyages réels : il s’agira de comprendre en quoi elle est à l’origine d’une tension entre la fabulation dont est issu l’objet défini et la manière rationnelle et didactique par laquelle il est évoqué. Elle peut s’inscrire dans une perspective satirique, ou, dans d’autres cas, dans une perspective d’accréditation de la fabulation et de familiarisation du lecteur avec le paradigme du nouveau monde.

Pour citer cet article

Véronique Magri (dir.) et Odile Gannier (dir.) , « Frontières de la définition dans le récit de voyage », paru dans Loxias, 80., mis en ligne le 08 avril 2023, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.sudouest.fr/2016/01/10/index.html?id=10176.


Auteurs

Véronique Magri (dir.)

Université Côte d’Azur, BCL

Odile Gannier (dir.)

Université Côte d’Azur, CTEL