Loxias | Loxias 44. Romain Gary – La littérature au pluriel | I. Romain Gary – La littérature au pluriel 

Édito

Editorial

Romain Gary – La littérature au pluriel

Texte intégral

1La fascination qui émane de l’homme et de l’œuvre de Romain Gary réside sans doute dans la nébuleuse qui l’entoure. Car ce fabulateur ne se contentait pas d’écrire des romans (et quels romans !), non, toute la vie se fit roman (parfois deux, trois vies/romans parallèles !). Qui es-tu, Romain Gary ? On a tendance à employer le superlatif lorsqu’on aborde ses textes : le plus slave des conteurs français, le plus américain des auteurs, le premier à avoir abordé la question écologique, le seul qui ait obtenu deux fois le Goncourt. La métaphore du caméléon, maintes fois utilisé pour caractériser cette œuvre protéiforme, prend ici tout son sens.

2 Qui es-tu Romain Gary ? Es-tu vraiment cet enfant des steppes russes né en 1914, qui a traversé le Yiddishland et la Pologne pour enfin arriver à Nice ? Pourquoi cette mystification de la France qui a retrouvé en ta mère une défenseure que tu dépeins comme infaillible ? D’où vient la nécessité d’établir ce roman français si saugrenu, si improbable ?

3Outre ce roman d’une francisation assez problématique, Gary réussit à merveille à jouer des changements survenus dans la société française après 1968.  Considéré comme „vieux jeu et réac“ par une bonne partie du lectorat nouveau, Gary devint un auteur nouveau – manière de prendre sa vengeance sur une critique littéraire qui ne fait pas son travail et sur ses lecteurs qui l’ont jugé un peu hâtivement.

4Pluralité de l’œuvre et des formes d’expression littéraires, finalement. Gary a pratiqué le roman (qui est souvent une autobiographie !), l’autobiographie (qui est en général un roman !), des autobiographies de personnes inexistantes (en général des autobiographies assez authentiques de Romain Gary), des pièces de théâtre, des interviews (qui sont davantage des monologues intérieurs). Sans parler des films et de l’abondante production journalistique qui, heureusement, grâce au travail infaillible de certains a été publié et traduit ces dernières années.

5Face à cette abondance d’idées, de formes littéraires et de personnages, ce numéro spécial s’est voulu une sorte de laboratoire susceptible d’expérimenter, de jouer, de tester de nouvelles approches qui peinent à percer en France. La récolte a été abondante !

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7Jean-François Hangouët s’est penché sur le roman gay de Romain Gary. Son texte non seulement  fait l’inventaire des personnages LGBT dans l’œuvre de Romain Gary, mais encore révèle que les personnages gays garyens échappent à une quelconque idéalisation du fait homosexuel  tout en étant accueillis de manière généralement bienveillante.

8 Dans une optique similaire, Timo Obergöker s’interroge sur le rapport entre masculinité et allégorie. Souvent la question de la masculinité est liée à celle de l’identité française. Dans La Danse de Gengis Cohn en revanche, derrière une figure masculine un profond questionnement sur les origines de la Shoah se fait jour.

9La question de la francité se trouve également au cœur de la contribution de Jonathan Barkate. Il montre que ce sont deux figures tutélaires, Charles de Gaulle et sa mère qui ont fait de lui le Français par choix et le gaulliste par conviction.

10 Geneviève Roland, elle, travaille sur les relations entre le corps social (la nation), le corps diplomatique (les institutions internationales) et le corps individuel dans les textes garyens. Et elle soulève la question de savoir dans quelle mesure ce désir d’humanité qui jalonne l’œuvre de Romain Gary se retrouve au niveau stylistique.

11 Quant à Nicolas Gelas, sa contribution interroge la multiplicité des voix dans Les Racines du Ciel. De ce fait, le récit cohérent est interrogé, voire déconstruit, cédant ainsi le pas à une interrogation sur les assises même de la narration et à la multiplicité des perspectives qui caractérise les romans garyens.

12 Le texte d’Odile Gannier est consacré aux Racines du ciel également. Elle montre clairement que la question écologique et la question du colonialisme ne s’excluent pas et réussit à les placer dans une perspective historique et intertextuelle tout à fait stimulante.

13 En faisant sienne une perspective plus psychanalytique, Sophie Barrère interroge les essors de la création littéraire chez Gary et les risques qui y sont associés. Car, finalement, la tentation créatrice chez Gary est prométhéenne et met en péril les lois humaines de la (pro-) création.

14 Edith Perry se penche sur la question de la métamorphose – sociale et linguistique comme elle apparaît dans le mythe de Pygmalion. Or ce mythe est, sous la plume de Gary, curieusement subvertie pour conduire à la libération finale de la femme.

15 Enfin Françoise Salvan-Renucci montrera comment Romain Gary est l’une des sources d’inspiration d’Hubert-Félix Thiéfaine.   

Pour citer cet article

« Editorial », paru dans Loxias, Loxias 44., mis en ligne le 17 mars 2014, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lejdd.fr/Politique/index.html?id=7737.