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Benjamin Hoffmann  : 

Le non-dit dans Point de Lendemain

Résumé

Le « Non-dit dans Point de Lendemain de Vivant Denon » se propose d’étudier le jeu herméneutique auquel l’œuvre nous invite dès l’épigraphe empruntée à la Seconde épître aux Corinthiens de Saint Paul : « La lettre tue et l’esprit vivifie ». Cette épigraphe se présente comme le modèle interprétatif du texte, dont les significations multiples sont moins à rechercher dans ce que la « lettre » exprime que dans les silences qu’il appartient à « l’esprit » du lecteur de combler. Une énonciation subtile se met en place où le narrateur désolidarisé du personnage ingénu laisse des indices qu’il appartient au lecteur de retrouver. L’article étudiera tout particulièrement le rôle de la Comtesse de…, rôle voilé mais néanmoins central puisque son absence dans l’action du récit est contrebalancée par son omniprésence dans le discours des protagonistes, de sorte qu’elle apparaît comme le lien érotique indispensable entre eux. Et si le secret du jeu libertin était moins à rechercher dans le verbe séducteur que dans les silences du texte ?

Abstract

« The Unspoken in Point de Lendemain by Vivant Denon » examines the hermeneutic game that the story invites us to play from its very epigraph, taken from the Second Epistle of Paul to the Corinthians: « The letter kills, but the Spirit gives life ». This article advances the claim that the epigraph id a reader’s guide to the text, whose multiple meanings are to be sought not in what the text means, but rather in the textual silences the reader must interpret. By dissociating himself from the naïve protagonist, the narrator provides subtle clues that the reader must find. In particular, the article focuses on the role played by « la Comtesse de… » – a role at once veiled and nevertheless central – since her absence in the story’s action is counterbalanced by her omnipresence in the characters’ dialogues, in such a way that she becomes the necessary erotic link between them. What if the secret to the libertine game were to be sought not in its seductive discourse but rather in the silences of the text?

Index

Mots-clés : herméneutique , narrateur, Point de Lendemain, Vivant Denon

Keywords : hermeneutics , narrator, Point de Lendemain, Vivant Denon

Géographique : France

Chronologique : XIXe siècle , XVIIIe siècle

Texte intégral

1La version de 1812 de Point de Lendemain de Vivant Denon débute par cette épigraphe biblique qui peut surprendre à l’entrée d’un texte libertin : « La lettre tue mais l’esprit vivifie ».

2Il s’agit d’un emprunt à la Deuxième lettre aux Corinthiens (3 :6) de Saint Paul. Dans la Somme théologique, Saint Thomas commente la sentence de Saint Paul en ces termes :

Par lettre, il s’agit de tout texte écrit, existant objectivement hors de nous, même les préceptes moraux contenus dans l’évangile ; aussi la lettre de l’évangile elle-même tuerait, si n’était intérieurement présente la grâce de la foi1.

3D’après Saint Thomas, Saint Paul opère une distinction entre la loi écrite et l’inspiration qui l’anime : il invite à une herméneutique où le texte doit être dépassé pour qu’une signification plus profonde et de prime abord dissimulée soit découverte. Adapté à un texte littéraire comme Point de Lendemain, cet extrait de la Bible devient une invitation discrète à une réception active et investigatrice qui ne se contente pas d’enregistrer ce qui est dit par l’œuvre, mais se soucie également de ses silences et de ses points aveugles. L’objectif de notre travail sera de montrer que le conte de Vivant Denon a intérêt à être lu avec cette constante préoccupation d’un dépassement de la lettre du texte par un travail de l’esprit du lecteur. Nous nous intéresserons aux non-dits omniprésents dans cette œuvre, afin de montrer ce que leur découverte peut ajouter à sa compréhension.

4De prime abord, il pourrait sembler paradoxal et quelque peu périlleux d’un point de vue méthodologique de nous intéresser aux silences d’une œuvre. En tant que spécialistes de la littérature, c’est le texte qui doit faire l’objet de notre attention et lorsque nous prétendons réfléchir à ce que l’œuvre ne dit pas, nous prenons le risque de lui faire tenir un discours qui est le nôtre, discours surajouté à la lettre du texte qui doit être à la fois la matière et la borne de notre investigation. Cependant, les non-dits de Point de Lendemain ne sont pas des néants de parole que nous ne pouvons remplir qu’arbitrairement, habillant de notre fantaisie ou de contenus purement subjectifs les silences du texte. Bien davantage, ils peuvent se comparer à des pauses comme il y en a en musique, à une présence hors champ que regardent les personnages d’un tableau en nous donnant à imaginer sa nature par les expressions de leurs visages. Car le non-dit est par définition silence, absence de signification. Ce n’est que le rapprochement avec ce qui est dit par le texte qui lui confère le pouvoir de signifier. Il est semblable à ces figures géométriques formées par la rencontre du vide et de la pierre sculptée que l’on découvre dans certaines mosquées : elles ne sont rien en elles-mêmes, elles n’existent que par les formes que dessine la continuité de la matière. De même, c’est l’articulation entre les non-dits et les dits du texte qui fait surgir le sens implicite de ce dernier. Le fonctionnement de l’implicite dans un texte tient au fait que le discours délivre indirectement une information en taisant ce qu’elle est réellement mais en donnant néanmoins les moyens de la connaître. Présupposés et sous-entendus appellent en effet le lecteur à interpréter et à compléter le sens de l’énoncé. Un présupposé est une information qui se déduit d’un terme présent dans le texte alors que le sous-entendu est une information construite par le lecteur lorsqu’il découvre un manque ou une ambiguïté dans l’énoncé : il cherche alors à l’interpréter en fonction des circonstances de sa production, mais aussi de sa propre personnalité et de ses connaissances. Le lecteur se charge alors de la responsabilité de l’interprétation puisqu’il est l’agent de la construction d’un sens que l’auteur est toujours libre de lui imputer. En définitive, le non-dit est une absence de parole à la signification implicite que le récepteur est invité à construire ou à déduire au moyen du cotexte et de la situation d’énonciation.

5C’est essentiellement au rôle de la Comtesse de… que nous réfléchirons ici. Pourquoi ? Car ce personnage hante le texte : il est semblable au narrateur flaubertien, à la fois « présent partout, et visible nulle part »2. La Comtesse de… a beau demeurer un objet de discours qui ne devient jamais sujet d’une parole, rien dans le jeu de rôle complexe auquel se livrent les personnages ne pourrait avoir lieu sans sa présence secrète, sans son ombre qui rôde entre les signes dont l’œuvre est écrite. Ce personnage omniprésent dans les paroles des protagonistes, mais que l’action du texte ne met jamais en scène, occupe un rôle caché qu’il appartient au lecteur de découvrir.

6D’une manière significative, la Comtesse est présente aux propylées du texte : elle en est la caryatide imposante et mystérieuse…

J’aimais éperdument la Comtesse de… : j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta3.

7Ce que suggère l’incipit, c’est le rôle de formatrice qu’elle occupe vis-à-vis d’un personnage ingénu. La Comtesse s’inscrit dans une lignée littéraire assez vaste de femmes galantes dont le rôle est d’initier aux jeux de l’amour et de la société des hommes à peine sortis de l’adolescence. C’est notamment la fonction de Madame de Sénanges qui cherche à séduire le jeune Meilcour dans Les Égarements du coeur et de l’esprit (1736). À son tour, Madame de Merteuil se piquera dans les Liaisons dangereuses (1782) de former l’innocent Danceny. Dans une certaine mesure, cette fonction topique que remplit la Comtesse dissimule le rôle qui est véritablement le sien dans l’œuvre. En littérature comme dans la vie, la première impression est souvent déterminante : présentée comme la maîtresse du Chevalier, l’esprit du lecteur a tôt fait de concevoir la Comtesse comme un personnage d’importance secondaire dans le récit qui débute. Tout se passe comme si Vivant Denon faisait diversion en jetant le lecteur distrait sur une fausse piste interprétative qu’il appartient au lecteur expérimenté de délaisser. La Comtesse apparaîtra au premier comme un simple emploi romanesque alors que le second, cherchant à vivifier la lettre du texte par l’esprit, devinera qu’elle occupe une autre fonction, plus complexe et cachée que celle d’initiatrice du Chevalier. La suite fait précisément de ce personnage perpétuellement absent dans les faits un véritable leitmotiv de la conversation. Madame de T... ne cesse en effet de revenir à son amie, avec une insistance qui peut éveiller notre attention :

Voyez si depuis que nous sommes ensemble, vous m’avez dit un mot de la Comtesse. Il est pourtant si doux de parler de ce que l’on aime ! et vous ne pouvez douter que je ne vous eusse écouté avec intérêt4.

8Notons ici l’emploi significatif du pronom indéfini on : qui aime qui ? Madame de T... fait-elle référence à son interlocuteur ou à elle-même qui doit éprouver bien du plaisir à évoquer la Comtesse puisqu’elle y revient sans cesse ? Plus loin, Madame de T... recommence à parler de la Comtesse avec une insistance que le chevalier lui-même n’est pas sans remarquer :

Tandis que j’étais en proie à des mouvements si confus, elle avait continué de parler, et toujours de la Comtesse5.

9Le syntagme « et toujours de la Comtesse» donne à remarquer la persévérance avec laquelle Madame de T... évoque son amie : l’hyperbate classique met en relief ce qui se présente formellement comme une « rallonge » par coordination différée. À première vue, la suite de l’échange pourrait nous faire croire que la référence à cette dernière est un moyen pour Madame de T... de séduire le chevalier. En effet, elle lui apprend que la Comtesse ne l’a pris pour amant que pour « distraire deux rivaux trop imprudents et qui étaient sur le point de faire un éclat»6. Le chevalier réagit à cette information nouvelle par ces mots :

Je sentis qu’on venait de m’ôter un bandeau de dessus les yeux, et ne vis point celui qu’on y mettait. Mon amante me parut la plus fausse de toutes les femmes, et je crus tenir l’être sensible. Je soupirai aussi, sans savoir à qui s’adressait ce soupir, sans démêler si le regret ou l’espoir l’avait fait naître. On parut fâchée de m’avoir affligé, et de s’être laissé emporter trop loin dans une peinture qui pouvait paraître suspecte, étant faite par une femme7.

10Ici, Madame de T... use d’une stratégie éprouvée pour séduire le jeune homme, qui consiste à discréditer celle qu’il aime pour mieux obtenir ses faveurs. Il s’agit pour elle de se débarrasser des scrupules que le Chevalier pourrait avoir à tromper la Comtesse. Madame de T… lui inspire un projet de vengeance et s’offre implicitement comme le moyen de le réaliser. La modalisation épistémique portée par le verbe « paraître » (« on parut fâchée ») est un indice donné au lecteur par le narrateur de la possible hypocrisie de Madame de T..., indice qui échappe au personnage mais non au lecteur attentif à l’esprit du texte. Peu de temps après cette nouvelle évocation de la Comtesse, le chevalier et Madame de T... échangent leur première étreinte :

Nous frémîmes en entrant. C’était un sanctuaire, et c’était celui de l’amour. Il s’empara de nous ; nos genoux fléchirent : nos bras défaillants s’enlacèrent ; et, ne pouvant nous soutenir, nous allâmes tomber sur un canapé qui occupait une partie du temple8.

11Le texte nous invite à comprendre que l’évocation de la Comtesse joue un rôle dans la séduction de Madame de T... par le Chevalier. Si cette dernière revient constamment dans le discours de son amie, c’est parce qu’elle trouve un stimulant sensuel dans son évocation et une volupté particulière à passer dans les bras d’un homme qui s’est trouvé précédemment entre ceux de la Comtesse. Les rapports amoureux entre Madame de T... et le Chevalier sont systématiquement entrelacés de références à l’amie de Madame de T.... Il est une nouvelle fois question d’elle, quoique de manière allusive, lorsque le Chevalier et Madame de T... sortent du pavillon où ils se sont aimés pour la première fois :

Nous nous éloignons à regret ; elle tournait souvent la tête ; une flamme divine semblait briller sur le parvis. « Tu l’as consacré pour moi, me disait-elle. Qui saurait jamais y plaire comme toi ? Comme tu sais aimer ! Quelle est heureuse ! » « Qui donc ? m’écriai-je avec étonnement. Ah ! Si je dispense le bonheur, à quel être dans la nature pouvez-vous porter envie ? »9.

12« L’heureuse » personne dont il est ici question est bien entendu la Comtesse. Certes, nous pourrions être enclins à penser qu’en l’évoquant avec pareille insistance, Madame de T... trahit sa jalousie de femme qui connaît l’existence de sa rivale et souhaite la supplanter auprès du Chevalier. Mais ce serait oublier que Madame de T... se propose d’avoir avec le jeune homme une aventure « sans lendemain » qui ne dérange que pour une nuit le triangle amoureux qu’elle forme avec le Marquis et son époux. Irrésistiblement, l’esprit de Madame de T... la ramène à la Comtesse, trahissant une préoccupation secrète : « Cette nuit, dit-elle, me paraîtrait complètement agréable, si je ne me faisais un reproche. Je suis fâchée, vraiment fâchée, de ce que je vous ai dit de la Comtesse »10. Le prétendu regret exprimé par Madame de T... n’est qu’un prétexte fallacieux pour occuper le chevalier de l’objet qui lui importe le plus : tous les prétextes sont bons pour avoir aux lèvres le nom de la personne absente qui, d’être évoquée si souvent, devient une présence fantomatique enveloppant le couple. Au seuil du cabinet où pénètrent les deux amants, Madame de T... fait de nouveau référence à la Comtesse :

On me fit traverser un petit corridor obscur, en me conduisant par la main. Mon cœur palpitait comme celui d’un jeune prosélyte que l’on éprouve avant la célébration des grands mystères… « Mais votre Comtesse, me dit-elle en s’arrêtant »11.

13Madame de T... évoque son amie comme si le nom et l’image de celle-ci étaient un stimulant nécessaire à l’échange amoureux qu’ils précèdent. Pourtant, la profération du nom de la Comtesse n’est pas l’unique moyen adopté par Madame de T... pour créer les conditions nécessaires au plaisir qu’elle se propose de goûter :

Nous ouvrîmes doucement la porte : nous trouvâmes deux femmes endormies ; l’une jeune, l’autre plus âgée. Cette dernière était celle de confiance, ce fut elle qu’on éveilla. On lui parla à l’oreille. Bientôt je la vis sortir par une porte secrète, artistement fabriquée dans un lambris de la boiserie. J’offris de remplir l’office de la femme qui dormait. On accepta mes services, on se débarrassa de tout ornement superflu12.

14Le chevalier se trouve ici dans une situation communément occupée par les femmes : il joue le rôle de servante de Madame de T... avant de s’unir à elle une nouvelle fois. Madame de T... est bien celle qui met en place le décor propice à la satisfaction de ses fantasmes et à l’éveil de sa volupté. Nous la voyons congédier la servante de confiance, afin que le chevalier n’ait d’autre choix que de prendre la place de la seconde femme de chambre. À proprement parler, le chevalier remplace une femme auprès de Madame de T.... Ce jeu de rôle subtil où les emplois s’échangent pour complaire à Madame de T... révèle qu’un discret parfum de féminité est indispensable à la stimulation érotique de l’amante du Chevalier.

15La suite du texte peut nous donner une indication supplémentaire du rôle joué par la Comtesse. En effet, lorsque le jeune chevalier rencontre le Marquis, qui est l’amant en titre de Madame de T..., celui-ci lui fait une confidence qui peut donner à réfléchir au lecteur :

Au fait, elle est charmante ; tu en conviendras. Entre nous, je ne lui connais qu’un défaut ; c’est que la nature, en lui donnant tout, lui a refusé cette flamme divine qui met le comble à tous ses bienfaits. Elle fait naître, tout sentir, et elle n’éprouve rien : c’est un marbre13.

16Or, le lecteur n’est pas sans savoir que la prétendue froideur de Madame de T... n’est pas une donnée inhérente à sa nature, puisque le chevalier vient de faire avec elle une expérience toute contraire :

Nos soupirs nous tinrent lieu de langage. Plus tendres, plus multipliés, plus ardents, ils étaient les interprètes de nos sensations, ils en marquaient les degrés, et le dernier de tous, quelque temps suspendu, nous avertit que nous devions rendre grâce à l’Amour. Elle prit une couronne qu’elle posa sur ma tête, et soulevant à peine ses beaux yeux humides de volupté, elle me dit : « Eh bien ! aimeriez-vous jamais la Comtesse autant que moi ? »14.

17Un nouvel indice vient d’être donné au lecteur attentif : ce que ne dit pas le texte, sans toutefois omettre de le suggérer, c’est le rôle d’une présence féminine pour éveiller la sensibilité de Madame de T.... Vient-elle à manquer ? Madame de T... devient ce « marbre » incapable de s’éveiller aux caresses du Marquis. Si le Chevalier a su toucher les sens de sa maîtresse, c’est parce qu’elle a fait de son corps le moyen indirect de communiquer avec celui de la Comtesse. Le non-dit est comblé par le lecteur qui s’efforce de reconstruire les sous-entendus de l’œuvre : une signification implicite est reconstituée par l’herméneute qui se soucie de rendre raison des ambiguïtés du texte et de ses apparentes contradictions.

18Dans une certaine mesure, une phrase isolée peut nous donner une clé de lecture du fonctionnement du désir dans le conte de Vivant Denon : « Les désirs se reproduisent par leurs images »15. Ici encore, le texte peut être interprété selon la lettre et l’esprit. Interpréter cette phrase selon la lettre, c’est comprendre que le jeu des glaces dans l’espace quasi onirique où se trouvent les amants produit des simulacres qui sont un stimulant à l’échange amoureux. Mais une lecture possible du texte selon l’esprit peut nous amener à interpréter cette phrase comme la loi de fonctionnement du désir de Madame de T.... Celle-ci se rapporte en effet au chevalier comme à une image de la Comtesse : il est un simulacre, sinon un substitut de cette dernière, pour l’avoir possédée et avoir été possédée par elle. En d’autres termes, le jeune chevalier est manipulé par les deux femmes de façon à devenir un trait d’union par lequel elles se rejoignent en s’unissant à lui. La syntaxe du texte elle-même réunit les trois protagonistes essentiels de l’histoire : « Elle était amie de Madame de T..., qui semblait avoir quelques projets sur ma personne, mais sans que sa dignité fût compromise »16. Dès le début du texte, l’inséparable trio amoureux nous est présenté mais sans doute faut-il être allé jusqu’au bout de la nuit du Chevalier et de Madame de T... pour remarquer cette phrase qui conjoint les personnages, y compris celui de la Comtesse qui de prime abord aurait pu nous sembler d’une importance toute secondaire.

19L’épigraphe nous avait prévenus : la lettre tue et l’esprit vivifie. La lettre du texte, c’est le jeu libertin somme toute assez classique entre une femme expérimentée et un jeune homme dont l’ingénuité est soulignée à dessein par le narrateur. Mais l’esprit qui anime le texte, c’est ce rôle prégnant quoique discret d’une relation homosexuelle fantasmée entre Madame de T... et son amie, dont le chevalier est le substitut involontaire. Dès l’incipit, l’ingénuité du Chevalier est soulignée par le narrateur autodiégétique :

J’aimais éperdument la Comtesse de… : j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna : et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes17.

20Mais lorsque la nuit rêvée est achevée, il semble que le chevalier soit encore la dupe de Madame de T... qui s’est montrée d’une supériorité incontestable au cours de cet échange dont elle a été l’adroit metteur en scène :

Il faut, me dit-elle, que je vous sauve le ridicule d’une pareille solitude ; puisque vous voilà, il faut... L’idée est excellente. Il semble qu’une main divine vous ait conduit ici. Auriez-vous par hasard des projets pour ce soir ? Ils seraient vains, je vous en avertis ; point de questions, point de résistance... appelez mes gens. Vous êtes charmant18.

21Dans cet extrait, Madame de T feint d’interpréter la venue du Chevalier comme un arrêt de la destinée. Or, n’est-on pas en droit de s’étonner que la Comtesse soit absente et que Madame de T se trouve opportunément à côté de sa loge ? La syntaxe, en usant des points de suspension, suggère que Madame de T invente sur le champ le projet de la folle nuit qui l’attend avec le chevalier. Mais la présence de Madame de T au théâtre, la solitude du Chevalier, la décision quasi immédiate de partir pour la campagne, tout ressemble à un plan bien mûri dans ces prétendus hasards. Certes, il ne fait guère de doute que Madame de T ait planifié d’avance l’enlèvement galant du Chevalier… Pourtant, le texte ne donnerait-il pas à comprendre l’absence opportune de la Comtesse comme un indice de son implication dans le projet séducteur de Madame de T ? Pour le dire d’une manière plus explicite, la Comtesse n’aurait-elle pas « prêté » le chevalier à celle qui est présentée comme son amie ? Il s’agit de l’un de ces points aveugles du texte que l’on peut remarquer, pour lequel une interprétation est envisageable, mais qu’il demeure néanmoins impossible de remplacer par un discours univoque. Les coulisses de la comédie galante ne nous sont pas suffisamment ouvertes pour que nous puissions avancer davantage ici que des suppositions…Car rendre raison des non-dits d’une œuvre, c’est faire l’expérience d’une liberté interprétative certaine, qui néanmoins doit s’appuyer sur la lettre du texte pour inférer la signification de ce qu’il ne dit pas explicitement : dans ce cas précis, l’énoncé est trop ambigu, laisse trop de latitude à l’interprète pour que ce dernier ne reconnaisse pas qu’il propose des hypothèses plutôt qu’il n’énonce des vérités indubitables.

22En dépit des incertitudes inhérentes à l’interprétation des non-dits du texte, il faut bien noter le statut singulier de la narration, qui permet au lecteur d’accéder à une intelligence plus complète des faits qui lui sont narrés. Le point de vue du narrateur autodiégétique est en effet distinct de celui du personnage mis en scène puisque le récit est de nature rétrospective. Si le personnage perçoit la situation dans l’immédiateté de l’instant, constamment manipulé par Madame de T... et sans faire réflexion sur les intentions qui l’habitent, le narrateur détient quant à lui une compréhension plus approfondie des événements sur lesquels il a eu le loisir de méditer. Cette compréhension a posteriori du rôle joué par chacun dans la mise en scène de Madame de T... est précisément suggérée par les non-dits du texte qu’il appartient au lecteur de comprendre et de combler. Tout se passe dans Point de Lendemain comme si le personnage et le lecteur étaient identifiés l’un à l’autre par leur naïveté et comme si l’enjeu devenait pour le lecteur d’acquérir la compréhension rétrospective des faits qui est celle du narrateur.

23Cependant, le texte ne remplace jamais les vides de l’ignorance du héros par les pleins des connaissances acquises par le narrateur qui s’est désolidarisé de son point de vue : seules de discrètes allusions permettent au lecteur de déduire la vérité du jeu amoureux qui a eu lieu il y a longtemps désormais. Par conséquent, le couple initial opposé dans l’épigraphe (la lettre et l’esprit) peut dans une certaine mesure se superposer à un autre couple : celui du personnage et du narrateur. Le personnage est le lecteur docile d’un texte écrit de bout en bout par Madame de T… alors que le narrateur possède la compréhension de l’esprit qui animait en vérité leur échange amoureux. Il appartient en définitive au lecteur de gagner le degré de connaissance du narrateur par une herméneutique attentive.

24Dans Le Cavalier du Louvre, Philippe Sollers suggère la possibilité d’une communication allant de Madame de T... à la Comtesse par l’intermédiaire du Chevalier :

Si l’on suit la pure logique du récit, il est sûr, en tout cas, que, « rendu plus sensible », Vivant transmettra quelque chose de Mme de T... à la comtesse. À supposer qu’il ne dise rien, son corps, lui, parlera. Nous sommes en dehors de la morale sociale, c’est entendu, mais en pleine science physique. La très grande nouveauté introduite par Mme de T..., ou plutôt, soyons juste, par le récit de Denon, est celle d’une femme s’organisant pour son propre plaisir (quel qu’il soit), sans avoir de comptes à rendre à personne. Coup de tonnerre discret mais révolutionnaire dans le ciel de la métaphysique occidentale. Tout le monde sent bien que quelque chose, là, est déréglé et, pour ainsi dire, chinois19.

25Philippe Sollers envisage ici un mouvement complémentaire à celui que nous avons étudié, à savoir la transmission d’un « quelque chose » entre Madame de T... et la Comtesse. Ce « quelque chose », ce sont les fruits de l’éducation sexuelle dispensée au Chevalier dans l’espace d’une nuit. Madame de T... ne prend-elle pas congé de son amant d’une nuit en évaluant le bénéfice qu’il a tiré de leur union fugitive ?

Dans ce moment, votre amour vous rappelle ; celle qui en est l’objet en est digne. Si je lui ai dérobé quelques transports, je vous rends à elle, plus tendre, plus délicat, et plus sensible20.

26Un bilan de l’éducation sentimentale et sexuelle du Chevalier est établi par son aimable initiatrice. Notons que bilan se pense encore une fois sur le modèle d’une transmission entre les deux femmes, de Madame de T... à la Comtesse dans le cas présent. À la fin du texte, le corps du chevalier est devenu une missive où s’écrit le désir qui unit les deux femmes : elles s’envoient l’une l’autre des mots d’amour dont le Chevalier est l’heureux intermédiaire. Il est un messager muet, ignorant du message qu’il est censé porter, mais son corps en a conservé la mémoire à son insu. Dans Point de lendemain, le non-dit est compensé par l’expression corporelle, par cette mémoire du corps qui témoigne d’une expérience acquise et porte en creux, à la manière des idées dans l’innéisme cartésien, l’image d’une présence évanouie.

27En définitive, il est possible de suggérer la possibilité d’une analogie entre la nuit des deux amants et le travail onirique. Cette analogie est suggérée par Madame de T... elle-même lorsqu’elle fait ses adieux au chevalier : « Adieu, monsieur ; je vous dois bien des plaisirs, mais je vous ai payé d’un beau rêve»21. Onirique, cette nuit le fut par sa beauté, sa douceur, par l’émerveillement que suscitèrent les espaces variés et charmants qui servirent de décor aux échanges amoureux (jardins enténébrés, rivière voluptueuse, boudoirs dissimulés…) du chevalier et de Madame de T... Mais elle entretient vis-à-vis de Madame de T... ce rôle de compensation que joue le rêve par rapport à la réalité. En effet, l’économie amoureuse pratiquée jusqu’ici par la Comtesse (maîtresse du Marquis aux yeux d’un mari mal disposé envers les amitiés masculines de sa femme) est perturbée le temps d’une nuit par l’entrée en scène du Chevalier qui devient le substitut d’une relation fantasmée avec une femme du grand monde. Madame de T... s’offre ici le plaisir de transgresser avec le Chevalier trois règles au moins. D’une part, celle de la fidélité jurée à son mari, qui est une règle sociale exotérique ; d’autre part, la règle ésotérique et libertine qui consiste à accorder une préférence exclusive à son amant en titre ; enfin, la norme sociale de la séparation des sexes. Oui, cette nuit fut bien un « beau rêve » puisqu’elle a permis la satisfaction des désirs de Madame de T... sans toutefois compromettre la suite de son existence aux yeux du monde. Madame de T… s’est en effet prémunie en choisissant le Chevalier pour amant qui ne saurait être indiscret sans se brouiller avec la Comtesse. Une heureuse jouissance est rendue possible par le secret qu’il est dans l’intérêt de chacun des protagonistes de conserver. Ainsi la superposition que nous proposions entre les catégories de lettre et d’esprit et celle de personnage et de narrateur peut-elle se doubler d’une nouvelle superposition, celle entre la lettre et le contenu manifeste et celle entre l’esprit et le contenu latent. Le récit de la nuit de Madame de T... et du Chevalier est le contenu manifeste que nous élaborons en étudiant son contenu latent. Au commencement du texte, le Chevalier insiste sur les principes qui règlent la conduite de Madame de T... :

Elle était amie de Madame de T..., qui semblait avoir quelques projets sur ma personne, mais sans que sa dignité fût compromise. Comme on le verra, Madame de T... avait des principes de décence auxquels elle était scrupuleusement attachée. Un jour que j’allais attendre la Comtesse dans sa loge, je m’entends appeler de la loge voisine. N’était-ce pas encore la décente madame de T... ?22

28La décence est cette qualité de l’individu qui se conforme aux règles en vigueur dans l’espace social et fait coïncider la maxime de son action avec les valeurs reconnues par ceux de ses contemporains qui évoluent dans le même milieu. Ces « principes de décence » de Madame de T... sont bien davantage des conventions adoptées sur la scène du monde que des règles morales qu’elle suivrait en toutes circonstances. Madame de T... est en effet capable de transgresser les normes en vigueur dans la société (ne serait-ce que la fidélité jurée à son époux légitime) à la condition que cette transgression demeure inconnue de tous. Cette insistance sur la décence de Madame de T... par le narrateur permet de comprendre les règles du jeu qu’elle s’apprête à jouer : loin d’être une Juliette qui foule tous les principes de vertu affichés par la société, Madame de T... contourne l’obstacle de la norme sociale et se satisfait sans bruit, dans l’ombre et sans lendemain. Les derniers mots de Madame de T... expriment une dernière fois son désir de garder secrets les événements de la nuit :

« Adieu, encore une fois. Vous êtes charmant... Ne me brouillez pas avec la comtesse ». Elle me serra la main, et me quitta23.

29Rien n’a changé aux yeux du monde, mais les personnages ont librement satisfait leurs désirs. Ainsi la logique libertine et la logique onirique se trouvent-elles réunies dans une même éthique de la discrétion :

Près d’entrer, on m’arrêta : « Souvenez-vous, me dit-on gravement, que vous serez censé n’avoir jamais vu, ni même soupçonné l’asile où vous allez être introduit. Point d’étourderie ; je suis tranquille sur le reste ». La discrétion est la première des vertus ; on lui doit bien des instants de bonheur24.

30La dernière phrase du texte peut nous apparaître comme une ultime exhortation herméneutique au lecteur :

Je montai dans la voiture qui m’attendait. Je cherchai bien la morale de toute cette aventure, et... je n’en trouvai point25.

31De nouveau, cette phrase peut s’interpréter selon la lettre et selon l’esprit. Selon la lettre, nous comprendrons que la « morale » est absente de la fin du texte, dans la mesure où nous avons lu un texte libertin dont les amours illégitimes ne s’inscrivent pas dans une définition étroite de la moralité. Mais lue selon l’esprit, cette phrase peut s’interpréter comme un nouvel opérateur de distinction entre le personnage et le narrateur. Le personnage, encore sous le coup de ses émotions, saisi par l’aube après une nuit sans sommeil, est incapable de comprendre la morale d’une histoire dont il fut le protagoniste et qui s’achève à peine. En revanche, le narrateur autodiégétique dont nous avons noté les mises à distance discrètes qu’il établit entre lui-même et celui qu’il fut a eu l’occasion de méditer son expérience et de comprendre quel rôle on lui a fait jouer. Si le texte n’a pas de morale, cela ne veut pas dire pour autant qu’il en est dépourvu, mais que la morale est à ce point unie au récit qu’il faut une exploration herméneutique pour la découvrir. La Fontaine lui-même n’écrivait pas toujours la morale de ses fables, variant sur les modalités d’union entre l’âme (assimilée à la morale) et le corps (comparée au récit). Dans le cas de Point de lendemain, on ne s’étonnera pas d’un texte libertin qu’il traduise un certain monisme philosophique. De même que l’âme et le corps ne sont qu’un pour le matérialisme philosophique (plus exactement, seul le corps existe, les facultés intellectives étant des propriétés émergeantes de la matière), le récit et la morale sont unis indissolublement dans le conte de Vivant Denon.

32Dans une certaine mesure, Point de lendemain est une œuvre sur le temps et la capacité de la conscience à comprendre a posteriori ce qui de prime abord lui était obscur. Les romans à la première personne de Marivaux et Prévost peuvent à cet égard nous fournir un point de comparaison. Si la conscience est éclairante dans l’analyse rétrospective des faits chez Marivaux26, elle est en revanche incapable de reconstituer les événements pour leur donner une signification univoque chez Prévost27.

33Dans Les Confessions, Saint Augustin cite la première Épitre aux Corinthiens de Saint Paul:« Et comment savent-ils, à m’entendre parler moi-même de moi-même, si je dis vrai, puisqu’aussi bien nul ne sait parmi les hommes ce qui se passe dans l’homme, excepté l’esprit de l’homme qui est en lui (1, Co 2, 11)28 » Sans aller jusqu’à s’inscrire en faux contre le Père de l’Église, Vivant Denon montre la nécessité d’un écart temporel pour que l’homme parvienne à interpréter les événements dont il a été le protagoniste. Qu’en est-il du lecteur, lui dont la lecture de ce texte court se fait dans l’espace d’une heure à peine ? Il risque de demeurer au stade du personnage, entraîné par le rythme de la narration comme le Chevalier l’a été par celui de la folle nuit dont il a été l’acteur plutôt que le metteur en scène… Il lui appartient de mener le travail herméneutique qui est l’équivalent littéraire de cet écart temporel dont l’individu a besoin pour être intelligible à lui-même.

Notes de bas de page numériques

1  Saint Thomas : Somme théologique, Éditions du Cerf, 1984, Seconde partie, I, Question 106, art. 1 et 2.

2  « L’auteur, dans son œuvre, doit être comme Dieu dans l’univers, présent partout, et visible nulle part ». Correspondance de Gustave Flaubert, volume II, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléïade, 1980. Lettre du 9 décembre 1852, p. 204.

3  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 385.

4  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 390.

5  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 390.

6  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 391.

7  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 391.

8  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 392.

9  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 393.

10  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 395.

11  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 397.

12  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 396.

13  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 390.

14  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 398.

15  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 397.

16  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 385.

17  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 385.

18  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 385.

19 Le Cavalier du Louvre : Vivant Denon, 1747-1825, Éditions Plon, collection L’appel, Paris, 1995,p. 104.

20  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 402.

21  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 402.

22  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 386.

23  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 414.

24  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 396.

25  D. Vivant Denon, Point de lendemain in Romanciers du XVIIIe siècle, Éditions Gallimard, 1965, Bibliothèque de la Pléiade, p. 402.

26  Dans Le Paysan parvenu (1734-1735) comme dans La Vie de Marianne (1731-1742) les narrateurs observent les individus qu’ils furent au moment des faits et sont capables de projeter sur eux une lumière rétrospective. Marianne, la narratrice, remarque la vanité qui fut la sienne à certains moments de son existence, établissant de ce fait une distance entre celle qu’elle est au moment des faits et celle qu’elle est devenue : « Quelle fête ! C’était la première fois que j’allais jouir un peu du mérite de ma petite figure…ma vanité voyait venir d’avance les regards qu’on allait jeter sur moi ». La vie de Marianne, Éditions Garnier, p. 60.

27  Dans L’Histoire d’une Grecque moderne (1740), la narration rétrospective est incapable d’éclaircir les doutes du narrateur concernant la conduite réelle de Théophé : celle-ci demeure impénétrable, et rien ne permet de déterminer d’une manière décisive si elle a trompé ou non le diplomate amoureux dont la jalousie brouille les capacités d’interprétation, au moment des faits comme au moment du récit. L’incipit de l’œuvre met en garde le lecteur contre la déformation du point de vue du narrateur par la passion qu’il éprouve : « Ne me rendrai-je point suspect par l’aveu qui va faire mon exorde ? Je suis l’amant de la belle Grecque dont j’entreprends l’histoire. Qui me croira sincère dans le récit de mes plaisirs ou de mes peines ? Qui ne se défiera point de mes descriptions et de mes éloges ? Une passion violente ne fera-t-elle point changer de nature à tout ce qui va passer par mes yeux ou par mes mains ? En un mot, quelle fidélité attendra-t-on d’une plume conduite par l’amour ? Voilà les raisons qui doivent tenir un lecteur en garde ». Histoire d’une grecque moderne, Éditions Flammarion, 1999, p. 55.

28  Saint Augustin, Les Confessions, Paris, Éditions Médiaspaul, 2000, p. 178.

Pour citer cet article

Benjamin Hoffmann, « Le non-dit dans Point de Lendemain », paru dans Loxias, Loxias 34, mis en ligne le 14 septembre 2011, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lejdd.fr/Politique/index.html?id=6785.


Auteurs

Benjamin Hoffmann

Benjamin Hoffmann est diplômé en Lettres et Philosophie de l’École Normale Supérieure (Ulm). En 2008, il a obtenu un Master II en Littérature française (mention TB) à l’Université de Paris IV-Sorbonne : ses travaux (dirigés par Monsieur Pierre Frantz) portaient sur les mémoires de Casanova et les romans de Sade. Actuellement, il est Ph.D candidate dans le département de français à Yale University. Ses domaines de recherche incluent la littérature du XVIIIe siècle, la théorie de la littérature et les croisements entre littérature et anthropologie. Il travaille sous la direction de Monsieur Thomas Kavanagh, Augustus R. Street Professor of French à Yale et directeur du department of French. Benjamin Hoffmann est l’auteur de trois livres : Le monde est beau on peut y voyager (roman, Éditions Bastingage, 2008) ; Père et fils (récit, Éditions Gallimard, 2011) et Anya Ivanovna, New York City (roman, Éditions Bastingage, 2011).