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Paul Léon  : 

Mémoires d’une jeune fille rangée : « le cas de Gandillac »

Résumé

S’agissant de la version proposée par Simone de Beauvoir dans les Mémoires d’une jeune fille rangée de sa fameuse année « normalienne » (1928-1929), il n’est pas sans intérêt de la mettre en confrontation avec la consignation, en quelque sorte « en direct », des faits, dans son journal intime, publié en 2008 sous le titre Cahiers de jeunesse, 1926-1930. Nous avons choisi pour ce faire, à titre de symptôme de l’écart qui sépare les deux versions, le traitement de la figure de Maurice de Gandillac (Clairaut dans les Mémoires), qui avec quelques autres, fit à cette époque et en ce lieu, partie de cette cour de brillants normaliens qui la prirent sous leur aile l’année de l’agrégation. Le chapitre « l’Ecole » du Siècle traversé, l’autobiographie de Maurice de Gandillac, également publiée en 2008, propose à son tour une autre version des faits…

Index

Mots-clés : Cahiers de jeunesse 1926-1930 , Le Siècle traversé, Mémoires d’une jeune fille rangée, autobiographie, Beauvoir (Simone de), Gandillac (Maurice de), journal intime

Texte intégral

1« Vous ferez une thèse sur Spinoza ; il n’y a que ça dans la vie : se marier, et faire une thèse ! » L’humour n’ayant jamais été, les témoignages s’accordent sur ce point, la qualité majeure du Castor, celle-ci se « rebiff(a) ». « Faire une carrière, faire la noce (on appréciera l’amphibologie de l’expression !) : deux manières d’abdiquer1. »

2L’auteur de ce que l’on suppose n’être qu’un quolibet : l’un de ses proches camarades d’agrégation, Maurice Patronnier de Gandillac, alias Pierre Clairaut dans les Mémoires2. Trente années plus tard, celui-ci recevra « avec quelque retard », « sachant que je ne lui tiens pas rigueur de m’avoir caricaturé dans ses Mémoires d’une jeune fille rangée », un exemplaire « gentiment dédicacé » de l’ouvrage, accompagné, « difficilement déchiffrable », de la lettre qui suit, consignée dans ses propres « souvenirs » publiés en 1998, Le Siècle traversé :

Cher ami, merci de votre lettre et d’avoir pris avec tant de bonne humeur les pages qui vous concernent. Certainement mes rapports avec vous ont été plus nuancés que je ne le dis : avec tous les gens dont je parle d’ailleurs – et aussi avec moi-même. La plus grande sincérité ne peut aller sans des simplifications. Et puis il y a une évidente injustice dans des « Mémoires » et d’autres me l’ont reprochée moins gentiment que vous : même si on se condamne en condamnant les autres, la sévérité à l’égard de soi est désarmée du fait même qu’on est celui qui l’exerce. – Enfin j’aurais regretté que vous gardiez rancune, car nous avons fait tous deux un long chemin depuis nos 20 ans, et nous nous retrouvons, sur l’essentiel, très proches3.

3Plus haut dans l’ouvrage, au chapitre « L’École », lequel revient, après tant d’autres témoignages, sur la mythique aventure des célèbres condisciples de la rue d’Ulm circa 1928-29, Gandillac expose son propre jugement :

Ces mois d’apparente insouciance revivent dans les Carnets de Zaza de façon plus objective que dans les Mémoires de Simone où sont aplatis, et comme réduits à deux dimensions, plusieurs des personnages que, par discrétion, elle y présente sous des noms d’emprunt. (Ici une note : « Si son ‘Herbaud’ fait authentiquement revivre Maheu, à son ‘Pradel’ (sic) Merleau-Ponty ne correspond que très partiellement. ») Je ne me reconnaîtrai guère, en 1938 (sic), en Clairon (sic), le « petit homme sec et noir » qui « ressemble à un grillon ». Qu’il apparaisse pourtant comme confident, et même conseiller, confirme le témoignage de mon journal et mes souvenirs de ce qu’elle appelle, dans la dédicace de mon exemplaire, notre « vieille amitié. »4.

4D’évidence, l’auteur n’a pas sous les yeux lorsqu’il écrit ces lignes, au terme presque de sa longue vie, le texte de Beauvoir. « Pradel » y est Pradelle, et lui-même « Clairon » y est Clairaut. Quant aux Mémoires, ils lui seront adressés en… 1958.

5Trente ans plus tôt : automne 1928 - printemps 1929 : le Castor prépare cette année-là son diplôme d’études supérieures et l’agrégation de philosophie. Heureuse année comme en témoigne joliment Danièle Sallenave dans son volumineux essai Castor de guerre :

C’est un plaisir de la voir aller et venir de la Sorbonne au Luxembourg et du Luxembourg à la rue d’Ulm, vive, heureuse, active, animée, brillante, entourée de ces garçons d’une vingtaine d’années […] : Merleau-Ponty, Lévi-Stauss, Nizan, Gandillac, Pontremoli, Maheu, Maurice Savin. Ils la charment, elle est au bord de s’éprendre de chacun d’eux, elle les charme aussi, ils l’admirent, ils n’ont pas beaucoup vu de jeunes filles comme elle, il n’y a pas de rivalité entre eux5.

6Gandillac est donc l’un de ces brillants garçons, très estimé, de toute évidence, en témoigne page après page le journal de la jeune agrégative, publié en 2008 sous le titre Cahiers de jeunesse :

Infinie reconnaissance à l’égard de Gandillac […] dont l’estime amicale me soutient d’une façon que lui-même ignore […] il me dit « il n’y a pas beaucoup de femmes comme vous au monde » […] Il me revient un peu de l’estime si grande et de l’affection forte que j’ai pour lui6.

7Et déjà adviennent les premières hiérarchisations, nous sommes en novembre 1928 : « Gandillac peut pour moi beaucoup, bien plus que Merleau-Ponty en qui je trouve une âme trop facile, il y a en lui un jugement de moi qui m’intimide7. »

8Voici à présent, du côté des Mémoires d’une jeune fille rangée, « l’entrée », en quelque sorte, du personnage de Clairaut :

Pradelle me présenta un camarade de Normale pour qui il professait une vive estime […]. Il s’appelait Pierre Clairaut et sympathisait avec l’Action française ; petit, noiraud, il ressemblait à un grillon. Il devait se présenter l’année suivante à l’agrégation de philosophie, et nous allions donc nous trouver condisciples. Comme il avait l’air dur, hautain, et sûr de soi, je me promis qu’à la rentrée j’essaierais de découvrir ce que cachait sa carapace8.

9C’est donc à « Normale » que la rencontre s’est faite, appellation que récuse, par parenthèse, Gandillac, dans une note de la page 94 de son livre : « Rien n’écorche autant nos oreilles que le Normale Sup des journalistes, qui assimile l’École à quelque Supélec ou Supdeco » ! Mais par définition, Simone n’a jamais fait partie de « l’École », même si c’est en ce lieu prestigieux de la rue d’Ulm que s’est noué son destin !

10Avec les Mémoires, nous ne sommes plus comme le souligne Danièle Sallenave « en temps réel » qui est par définition le temps du journal, et le souvenir ne reprendra nulle part les proférations admiratives qui ont plusieurs mois durant traversé les pages des Cahiers (« Gandillac est plus proche que jamais », « Gandillac est gentil », « Je voudrais un jour causer avec Gandillac et lui dire… beaucoup de choses », « Gandillac est pour l’instant ce que je sens devant moi de plus fort », « Que je dois à Gandillac ! ») et qui témoignent d’une réelle complicité. Car ce qui se va se jouer entre Simone et Gandillac, c’est bel et bien une autre entrée en scène, vers la mi-février 1929, celle de Maheu – qui sera à son tour évincé ! ­, laquelle va semble-t-il sans tarder éloigner Simone du gonfalonier de Padirac (« Maheu blague Gandillac », « Maheu me taquine sur le gonfalonier de Padirac », etc.) De fait, au début de mai, on se rapproche déjà de la déprise : « Je l’aime beaucoup. Mais mon grand bonheur c’est Maheu9 ». Et le 23 mai, un seuil est résolument franchi :

Cours de Robin. Émoi parce que Maheu est peut-être là derrière moi et pourrait se pencher pour me dire bonjour… mais non ; il faut me contenter de Gandillac très aimable qui me promène dans les couloirs de Normale10.

11Franchissement amplement confirmé le 31 mai. La conversion en faveur de Maheu est à présent achevée :

Maheu est près de moi. Là-dessus arrive Gandillac, qui s’assied en face de moi […] Me demande d’un air sérieux ce que je pense de l’affirmation de Brochard, que le Dieu d’Aristote éprouve du plaisir. Et Maheu, dédaigneux et sec : « Je l’espère pour lui. » Cela les peint11.

12Il est à noter que cette anecdote est l’une des seules à être reprise à l’identique dans les Mémoires, à ceci près que le ridicule du personnage y est encore accentué :

Un après-midi, Clairaut s’approcha de moi, un livre à la main : « Mademoiselle de Beauvoir, me demanda-t-il d’un ton inquisiteur, que pensez-vous de cette opinion de Brochard selon laquelle le Dieu d’Aristote éprouverait du plaisir ? » Herbaud le toisa : « Je l’espère pour lui », dit-il avec hauteur12.

13Le 6 juin, ce jugement brutal, bien dans la manière du Castor : « G. ne m’est plus rien, épuisé en quelques confidences réciproques…13 ». Encore deux mois, nous sommes en août : « Promenade et déjeuner avec Gandillac qui est abject14 », lequel Gandillac devient « la Gandille » quelques jours plus tard… Et néanmoins on trouvait encore à l’entrée du 18 avril ce tableautin idyllique où Gandillac faisait jeu égal avec Maheu :

Déjà sur le banc dur de la salle D, je tressaille au sourire de Gandillac, à la main tendue de Maheu. Que je vous aime hommes ! À onze heures nous descendons dans un jardin qui recommence à vivre. Sarthe (sic), Nizan, Maheu lancent des cailloux dans le jet d’eau ; viennent Boivin, Hippolyte, Borne, pour sourire aux poissons rouges […] à la fenêtre paraissent Schwob et Gandillac, authentique tableau de Manet15.

14Quoi qu’il en soit de ces revirements d’humeur quasi adolescents, il apparaît que la relation de Simone avec Gandillac fut tout un temps très intense, très proche de l’amitié amoureuse : « Gandillac aujourd’hui m’aimerait si je voulais16 » écrit-elle en mai, même si elle la relèguera délibérément au second plan, voire à l’arrière-plan dans ses Mémoires : entre autres raisons possibles, ce prisme déformant de la mémoire qui juge le passé à l’aune de ce qui s’est ensuivi : il est flagrant que le devenir de leur relation (ou plutôt son absence, ils ne se reverront pas passée l’illustre période) aura décoloré voire hypothéqué le passé. Gandillac au contraire, ne cessera de témoigner du lien qui l’unit alors à Simone, allant jusqu’à écrire à propos de ses entretiens avec « la jeune fille encore rangée » que lui avait présentée Merleau-Ponty « comme un phénomène de précoce maturité17 » :

Dans ma difficile accession à l’âge adulte, il se peut que les aides les plus efficaces, surtout un peu plus tard, à la réflexion, aient été celles de mes longues conversations avec Simone de Beauvoir18.

15Et Danièle Sallenave de pointer dès lors comme une sorte d’injustice le traitement du « cas » Gandillac dans les Mémoires (les autres « petits camarades » subiront le même sort a posteriori), injustice à sens unique, d’évidence :

Plus tard, le Castor n’éprouvera plus pour eux qu’un sentiment d’éloignement mêlé de dédain : divergences politiques, ou manque d’estime pour leur carrière de professeurs de philosophie. Ce sera le cas de Gandillac qui, aimable et gai dans les Cahiers, très admiratif de la vigueur philosophique du jeune Castor, se verra par la suite tourné en dérision, et par elle et par Sartre. Jusque dans son extrême vieillesse, cependant, à des colloques, des rencontres internationales, Gandillac continuera de parler d’elle avec une admiration inchangée19.

16Mais venons-en à Sartre qui est assurément le nœud de l’affaire. Gandillac revendique à juste titre avoir été, avec Merleau-Ponty, à l’origine de la rencontre Sartre-Beauvoir, et l’on peut être assuré que celui qui déclarera s’être demandé « si je n’aurais pas pu devenir amoureux d’elle20 », qui « vantait toujours son intelligence et prédisait qu’elle réussirait tout ce qu’elle entreprendrait dans sa vie21 », a su en faire d’emblée l’éloge, et qui sait, communiquer son enthousiasme auprès de celui qui les coiffera tous. Or sans tarder (nous sommes entre l’écrit et l’oral), Gandillac note, non sans agacement, ce moment mémorable où Sartre a déjà « scell(é) (l)a destinée (du Castor) en prononçant à son adresse des mots singulièrement machistes : Dorénavant je vous prends en main22. » Dès l’été, sans perdre de temps, relate-t-il, « Sartre est apparu dans les proches environs de Meyrignac (la propriété familiale) avec des intentions moins innocentes que les miennes23. » On mesure par ces mots l’aigreur (jalouse ?) et l’incompréhension de Gandillac à l’encontre d’une liaison qui balayera tout. Simone lui reprochera encore un demi-siècle plus tard ce jugement alors déclaré lors d’entretiens avec sa biographe :

Il m’a mal comprise quand il dit que j’ai écrit les Mémoires d’une jeune fille rangée comme si tout avait conduit à ce grand moment, à ce coup de tonnerre romanesque : soudain Sartre est arrivé (elle appuyait sur les mots). S’il avait lu attentivement mon livre, il aurait vu que je racontais la chose comme elle s’est vraiment passée24.

17En dépit de quoi, Simone confiera à un autre biographe cité par Deirdre Bair :

Quand nous avons commencé à travailler ensemble, Sartre avait vingt-trois ans et moi vingt et un. Sartre était plus créateur sur le plan philosophique, et c’est là qu’il eut une grande influence sur moi, parce que je n’avais pas de philosophie personnelle. Je m’intéressais aux idées et Sartre créait, et je tombai vite sous l’emprise de sa philosophie. Philosophiquement, je n’ai donc eu que le rôle d’un disciple, de quelqu’un qui comprenait bien25.

18Gandillac de son côté, ne manquera donc pas, et d’autres s’y hasarderont, de pointer là, précisément, les contradictions d’une femme à qui, comme le dira Élisabeth Badinter sur sa tombe, les femmes « doivent tout26 », mais dont la fascination inconditionnelle pour certains hommes, depuis le cousin Jacques de sa jeunesse jusqu’à l’amant américain, pose question. Cette question, Gandillac la pose de fait à demi-mots : « Ses relations avec son cousin Jacques recèlent quelques éléments d’une candide juvénilité qui reparaîtra lors de ses amours américaines27. » Plus décisivement, c’est lui qui nous livre encore cette confidence devenue célèbre, rapportée ainsi par Deirdre Bair, à propos du concours de l’agrégation de philosophie, session 1929 :

Rigoureuse, exigeante, précise et technicienne […] elle était la plus jeune de la promotion : elle n’avait que vingt et un ans ; elle était donc de trois ans la cadette de Sartre […]. D’ailleurs deux des professeurs du jury, Davy et Wahl, m’ont plus tard confié qu’ils avaient longuement hésité entre elle et Sartre pour la première place. Car si Sartre montrait d’évidentes qualités, une intelligence et une culture fort affirmées, mais parfois approximatives, tout le monde s’accordait à reconnaître que LA philosophe c’était elle28.

19Et il ajoutera pour faire bonne mesure qu’ils finirent par classer Sartre premier, parce que celui-ci présentait le concours pour la seconde fois, qu’il était normalien, et sans doute, mais cela ce n’est pas Gandillac qui le dit, que des deux, il était « l’homme »…

20Jamais Simone, de son côté, ne reviendra sur cet épisode et Danièle Sallenave, pourtant tout acquise au Castor, résumera ainsi l’affaire :

En cédant devant Sartre, le Castor ne manifeste-t-elle pas qu’elle a intériorisé en partie l’« infériorité » de sa situation de femme ? Non pas exactement devant la supériorité « naturelle » de l’homme mais devant la puissance de l’institution masculine, l’École normale de la rue d’Ulm, dans la personne d’un de ses produits les plus brillants29.

21De fait, Simone assumera jusqu’au bout sur ce point, cette évidence de la position de seconde, de « deuxième » de Sartre qu’elle a tout du long occupée, donnant par exemple, de son aveu même, continûment priorité à la relecture et correction des manuscrits de Sartre au détriment de ses propres travaux en cours. Pour elle, sans aucun doute, LE philosophe c’était lui. En vertu de quoi, les réticences de Gandillac à accepter pour elle cette place de « disciple » pourraient bien être également à l’origine de la mise à l’écart du personnage dans les Mémoires (Nizan, Maheu, Merleau-Ponty et quelques autres personnages de premier plan, ne contestaient guère en revanche la préséance de Sartre). Revenons-y, « S’il avait lu attentivement mon livre, il aurait vu que je racontais la chose comme elle s’est vraiment passée » : phrase éminemment problématique dès lors que précisément Simone confirme tout à la fois son statut revendiqué, à l’origine du moins, de « disciple » de Sartre (voir supra) et déplore paradoxalement la mécompréhension de Gandillac, qui d’évidence l’a bien « lue ». Il n’aura pas eu le temps en revanche de lire les Cahiers. Qu’aurait-il pensé de cette exclamation à l’adresse de Maheu, si peu beauvoirienne à l’aune de l’histoire : « Qu’une femme est faible devant un homme !30 »

22 

23Que conclure du divorce des souvenirs, points de vue et jugements ci-dessus illustrés à travers une, somme toute microscopique, « étude de cas », le cas Gandillac, confrontation de deux mémoires (n.f.) et de deux mémoires (n.m.) : qu’il est bien évidemment exclu qu’un récit autobiographique puisse « raconter la chose comme elle s’est vraiment passée » : occultations voulues ou non, dénis, refoulements, défaillances du souvenir, « simplifications », « aplatissements » en dépit de l’étayage des journaux intimes, carnets et correspondances qui dans les deux cas furent la condition sine qua non de l’existence des deux récits autobiographiques, à trente ans de distance s’agissant de Simone relatant les épisodes liés à « l’École » (1928 / 1958), à soixante-dix ans s’agissant de Gandillac (1928 / 1998). Car « déplacements » et « condensations », pour ramasser la chose autour de ces deux notions-clé du vocabulaire freudien, sont la fatalité de toute entreprise de construction (reconstruction, reconstitution) narrative. « Comment lit-on ces Mémoires ? En général : comment lit-on des Mémoires ? » interroge Danièle Sallenave qui répond : « Comme on lit un récit historique, ou comme on lit un roman ? À vrai dire, les deux à la fois, bien qu’ils n’aient pas l’un et l’autre le même rapport à la vérité31

24De ce point de vue, les Mémoires de Beauvoir, souvent interrogés sous l’angle de leur fidélité aux événements rapportés, ne sauraient encourir aucun procès qui lui soit propre.

Notes de bas de page numériques

1 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard / NRF, 1958, p. 292.

2 Maurice de Gandillac occupera par la suite, tout au long de ce long « siècle traversé », une place éminente dans le champ universitaire. Et qui fut double : celle d’un Maître, professeur de philosophie et d’histoire de la philosophie à la Sorbonne ayant présidé aux recherches de Michel Foucault, Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Louis Althusser, Gilles Deleuze, d’autres, et celle de l’une des figures tutélaires, jusqu’à sa mort dans sa centième année en 2006, du Centre Culturel International de Cerisy qui, après la guerre, a pu donner, dans un château de famille normand, un formidable prolongement aux décades de Pontigny à travers les fameux « colloques ».

3 Maurice de Gandillac, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, Paris, Albin Michel, 1998, p. 366.

4 Maurice de Gandillac, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, p. 128.

5 Danièle Sallenave, Castor de guerre, Paris, Gallimard / NRF, 2008, p. 81.

6 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, Paris, Gallimard / NRF, 2008, p. 524.

7 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 524.

8 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, p. 272

9 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 632.

10 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 661.

11 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 673-674.

12 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, p. 312.

13 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 685.

14 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 743.

15 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 616.

16 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 649.

17 Maurice de Gandillac, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, p. 120.

18 Maurice de Gandillac, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, p. 129.

19 Danièle Sallenave, Castor de guerre, p. 81-82.

20 Maurice de Gandillac, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, p. 140.

21 Deirdre Bair, Simone de Beauvoir, (New York, Summit Books, 1990), Paris, Fayard, 1991, p. 143.

22 Maurice de Gandillac, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, p. 129.

23 Maurice de Gandillac, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, p. 137.

24 Deirdre Bair, Simone de Beauvoir, p. 146.

25 Deirdre Bair, Simone de Beauvoir, p. 165.

26 Deirdre Bair, Simone de Beauvoir, p. 718.

27 Deirdre Bair, Simone de Beauvoir, p. 129.

28 Deirdre Bair, Simone de Beauvoir, p. 167.

29 Danièle Sallenave, Castor de guerre, p. 90.

30 Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, p. 645.

31 Danièle Sallenave, Castor de guerre, p. 16.

Bibliographie

Beauvoir Simone de, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard / NRF, 1958.

Beauvoir Simone de, Cahiers de jeunesse, 1926-1930, Paris, Gallimard / NRF, 2008.

Gandillac Maurice de, Le Siècle traversé, souvenirs de neuf décennies, Paris, Albin Michel, 1998.

Bair Deirdre, Simone de Beauvoir, (New York, Summit Books, 1990), Paris, Fayard, 1991.

Sallenave Danièle, Castor de guerre, Paris, Gallimard / NRF, 2008.

Pour citer cet article

Paul Léon, « Mémoires d’une jeune fille rangée : « le cas de Gandillac » », paru dans Loxias, 63., mis en ligne le 15 décembre 2018, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/06/02/index.html?id=9090.


Auteurs

Paul Léon

Chercheur associé au CTEL