Loxias | 54 Doctoriales XIII | I. Doctoriales 

Lena Bisinger  : 

Entre le postcolonial et le mondial. Pour une nouvelle analyse littéraire transnationale

Résumé

Cet article étudie les conditions et les possibilités d’une analyse littéraire transnationale correspondant à une nouvelle prise de conscience du postcolonial comme moyen de lecture des littératures contemporaines. Prenant comme point de départ les réflexions de Jean Bessière au sujet de l’actualité de la notion de postcolonial (2013), l’auteure développe un concept d’analyse en tenant compte de trois éléments majeurs : la mondialisation, la décentralisation des cultures et l’état postmoderniste de la littérature occidentale. Sur la base de deux œuvres littéraires francophones − L’amour, la fantasia (1985) d’Assia Djebar et La troisième moitié (2010) de Ling Xi – l’étude aboutit à une présentation des apports d’une approche actualisée des littératures dites « post-coloniales » des années 1980 jusqu’à nos jours.

Abstract

This article deals with the conditions as well as the opportunities of a transnational literary analysis corresponding to a new understanding of the postcolonial as a means of reading contemporary literatures. Based on Jean Bessière’s considerations on the topicality of the postcolonial idea (2013), the author develops a methodological concept by taking into account three major elements: globalization, the decentralising of cultures and the postmodern status of Western literature. On the basis of two francophone literary works − L’amour, la fantasia (1985) by Assia Djebar and La troisième moitié (2010) by Ling Xi – the study finally results in presenting the gains of a renewed approach to the so-called « post-colonial » literatures from the 1980s up to the present day.

Index

Mots-clés : Bessière (Jean) , décentralisation des cultures, mondialisation, postcolonial, postmodernisme

Plan

Texte intégral

Introduction

1Comment peut-on penser l’idée du postcolonial à l’époque actuelle ? Ne s’agit-il pas d’un concept perdant de plus en plus de sa pertinence ? Vu la position changée et la nouvelle croissance économique de pays tels que la Chine et l’Inde, désormais partenaires de l’Occident dans un échange de plus en plus égal, cette question s’impose de manière renforcée. D’un côté, ce sont les notions théoriques qui méritent d’être réexaminées : quelle est l’actualité de l’idée d’un Third Space (1994) et de la décentralisation des cultures de Homi Bhabha et des nombreuses idées théoriques qui y sont liées1 ? Ne faut-il pas considérer ce processus de décentralisation comme terminé ? D’un autre côté, c’est le champ littéraire de la littérature dite « postcoloniale » lui-même dont les processus de transformation et de restructuration méritent l’attention : l’écriture postcoloniale d’aujourd’hui suggère-t-elle la naissance d’une nouvelle relation intensifiée avec la littérature occidentale à l’intérieur d’un champ littéraire mondial2 ?

2C’est notamment le théoricien Jean Bessière qui s’est intéressé à l’actualité de la notion de « postcolonial » aujourd’hui. Dans Actualité et inactualité de la notion de « postcolonial » (20133), il redéfinit la signification du concept théorique pour l’analyse littéraire actuelle, tout en démontrant les contradictions des textes littéraires et les difficultés d’un renouvellement du concept. En reprenant ses observations et notamment sa notion du postcolonial comme « archéologie fantasmée4 », cet article s’apprête à étudier les possibilités d’une méthodologie adaptée aux nouvelles conditions socio-économiques et littéraires.

3Dans un premier temps, je vais brièvement présenter les thèses de Jean Bessière et en tirer un bilan quant à leur pertinence pour mon étude. Dans un deuxième temps, je vais reprendre quelques concepts de l’analyse « classique » postcoloniale pour ensuite m’interroger sur la possibilité de leur remplacement par un triangle de concepts développé par moi-même. Dans un troisième temps, je reprendrai enfin la nouvelle conception méthodologique présentée afin de l’appliquer à deux romans francophones de deux époques différentes : L’amour, la fantasia (1985) d’Assia Djebar – faisant partie du canon de la littérature postcoloniale maghrébine dite « classique » − et La troisième moitié de l’auteure chinoise Ling Xi (2010) qui représente un des exemples les plus actuels des littératures postcoloniales dont les écrivains sont issues d’un pays anciennement dominé par les forces impérialistes et non-colonisé.

Le postcolonial et le mondial – transformation d’un champ critique

4En regardant de plus près le monde universitaire de notre époque, on constate que les études postcoloniales se poursuivent déjà en deuxième génération : les professeurs et les jeunes chercheurs enseignant aujourd’hui ont déjà été confrontés à la « rupture » critique postcoloniale pendant leurs propres études universitaires. Les œuvres d’un Salman Rushdie ou d’un Derek Walcott ont été intégrées à un autre canon littéraire établi en contestation au canon littéraire eurocentrique en vigueur jusqu’à la fin des années 1960 : Midnight’s Children (1981) est désormais un livre « à lire » pour chaque étudiant d’anglais et la littérature postcoloniale peut être choisie comme spécialité en Master. Ce qui était nouveau et même en partie un domaine en dehors de l’université au début, est devenu un champ de recherche central, notamment dans les pays anglophones où le postcolonial est même devenu la catégorie dominante. Se pose alors tout naturellement de plus en plus la question du développement du champ critique par une nouvelle génération, en accord avec les conditions socio-économiques, théoriques et littéraires transformées.

5Quel peut-être l’apport de l’idée du postcolonial aujourd’hui ? Peut-on trouver une interprétation dépassant le contexte historique restreint de la décolonisation ? Dans son essai Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l'herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain (2013), Jean Bessière se dédie en détail à la question d’une nouvelle notion du postcolonial adaptée à la situation actuelle. Il s’interroge sur la fonction de la notion en relation avec l’ensemble des littératures d’aujourd’hui. En se référant aux thèses de Paul Gilroy, il constate d’abord5 :

Paul Gilroy sait que le temps du postcolonial n’est que le temps de la décolonisation et des restes de la colonisation. Il est cependant remarquable qu’il fasse de ce temps un temps qui a sa propre continuité et qui offre un point de vue pour évaluer le présent, celui des pays anciennement colonisés comme celui des pays occidentaux – cela revient à définir le postcolonial comme un moyen de lecture contemporain des littératures occidentales.6

6Le point de vue postcolonial, représenterait-il donc une possibilité « [d’] évaluer le présent » des littératures postcoloniales et occidentales ? Un ensemble de possibilités d’accès à la lecture au-delà des questions de la colonisation et de l’anti-colonisation ? Cela ne constitue que le point de départ d’une redéfinition. D’un côté, Jean Bessière considère les littératures postcoloniales partagées entre l’orientation spécifique constituant un accès littéraire à l’histoire de la colonisation d’un pays particulier et ce qu’il appelle « l’occultation de l’histoire même dans le mythe du postcolonial ». La littérature postcoloniale d’un certain pays oscille entre l’attachement contextuel étroit aux événements historiques liés à la colonisation et une tendance globale de détachement aboutissant à une mystification du postcolonial en tant qu’idéal intemporel et universel. De l’autre côté, Jean Bessière décrit le postcolonial comme une « archéologie fantasmée7 », c’est-à-dire comme une manière de raconter l’histoire tout en cultivant un rêve autoréflexif8. D’abord, la notion d’une « archéologie fantasmée » se présente comme une synthèse de l’ambivalence décrite, incluant à la fois l’idée de l’intérêt du détail historique de la colonisation et celle de l’ajout d’un imaginaire anhistorique. Mais elle inclut également un nouvel élément plus abstrait : l’idée d’une instrumentalisation du postcolonial comme « moyen de lecture9 ». À l’époque actuelle, la notion du postcolonial s’est détachée de sa littérature d’origine en se transformant en concept méthodologique gagnant de l’importance pour un corpus littéraire mondial.

7D’un point de vue occidental, l’instrumentalisation de la notion du postcolonial se joint à un défi. Selon Jean Bessière, le rêve autoréflexif des voix postcoloniales doit devenir élément intégral de toute réflexion socio-culturelle de l’Occident car il « ne peut […] penser, en lui-même, un départ historique, ni livrer aujourd’hui sa propre histoire comme un produit endogène de sa culture, de ses cultures10 ». Le postcolonial, redéfini comme moyen de lecture universel, est donc également un mode de pensée de l’Occident, une manière de concevoir la pluralité de son histoire et une possibilité de se libérer de son eurocentrisme. La fin de la décolonisation en tant que processus de libération des anciennes colonies est complémenté par un renouvellement culturel de l’ancien Occident.

8S’esquisse alors une transformation de point de vue fondamentale, point de départ indispensable pour le développement d’une nouvelle méthodologie : à l’époque actuelle, il s’agit de tenir compte de l’histoire de la colonisation et de l’anti-colonisation d’abord comme moyen de construction identitaire des cultures anciennement colonisées mais aussi comme manière de lire et de penser la littérature à l’échelle mondiale et de concevoir le postcolonial comme instrument pour effectuer une réorientation historique de l’Occident. En résulte la nécessité de réviser les concepts d’analyses développés au cours de la décolonisation et de trouver une réponse à « l’archéologie fantasmée11 » des anciennement colonisés : the former colonizer writes back12.

Vers une nouvelle analyse littéraire transnationale

9Quels sont d’abord les concepts d’analyse qui sont à transformer ou bien à remplacer par un ensemble de notions actualisée ? C’est dans le cadre de ma thèse au sujet de l’interculturel dans le roman franco-chinois que j’ai pris pour sujet trois concepts liés au contexte de la décolonisation afin de procéder à une analyse prenant en compte des conceptions identitaires réelles13. Il s’agit des notions suivantes : la notion d’une identité d’inclusion en tant que concept identitaire développé en accord avec un rôle à l’intérieur d’un système culturel14, la notion du détournement de l’identité occidentale comme première étape de l’émancipation15 et de la notion du Third Space comme un entre-deux engendrant le renouvellement culturel16.

10Étant constituée de trois étapes d’action de l’auteur comme acteur culturel, mon étude de la rencontre sino-occidentale littéraire dans le roman franco-chinois a été consacrée à l’établissement des liens avec le système culturel, la représentation du système culturel et l’interprétation culturelle des acteurs17. C’est au cours de la prise en compte de l’activité interprétative que je me suis penchée sur la question de la formation identitaire comme stratégie d’émancipation postcoloniale à l’intérieur des romans. Trois romans écrits en français par des auteurs chinois vivant en France ont formé la base de mon analyse : Les conspirateurs (2005) et Alexandre et Alestria (2006) de Shan Sa et Le jeu de l’eau et du feu (1990) de Ya Ding.

11Le fil de l’intrigue majeure de tous ces romans est constitué d’une histoire d’amour interculturelle qui aboutit à une union harmonieuse représentant un idéal de l’échange équilibré entre les cultures. Parallèlement, le lecteur occidental est confronté à des prises de positions vis-à-vis de la question d’une nouvelle identité chinoise. Dans Les conspirateurs, dont l’action se déroule dans le monde des agents secrets du Paris contemporain, c’est le détournement d’un idéal de l’identité occidentale qui est à l’origine d’un processus de désillusion des personnages chinois et américains. Les valeurs occidentales de la démocratie et de la liberté idéalisées dans le passé font de plus en plus l’objet des réflexions critiques des protagonistes, aboutissant finalement à réorientation culturelle plus indépendante. Quant à Alexandre et Alestria, un roman historique légèrement basé sur les légendes autour d’Alexandre le Grand, c’est le regain d’une identité indépendante de la reine des Amazones qui fait comprendre la présence de la thématique identitaire en tant que valorisation d’une identité d’inclusion. Enfin, Le jeu de l’eau et du feu est surtout inspirée de la notion du Third space : l’intention du jeune couple amoureux sino-français de fonder une famille comme nouvelle entité interculturelle de l’entre-deux représente une idéalisation du renouvellement à partir de la ‘marge’ culturelle.

12En regardant vers l’avenir, un triangle de trois concepts identitaires étroitement liés à la problématique de la décolonisation doit donc être révisé en tenant compte de la notion du postcolonial comme une « archéologie fantasmée18 » des cultures anciennement colonisées ainsi que des Occidentaux eux-mêmes. La perspective de l’ancien colonisé doit être complétée par la prise en compte d’autres relations interculturelles en dehors de l’histoire de la colonisation et la perspective des cultures occidentales qui se réinventent. S’esquisse alors un nouveau triangle constitué de trois défis pour une analyse littéraire actualisée : la mondialisation comme élargissement des contacts culturels possibles, la décentralisation des cultures comme base d’une réinvention identitaire de l’Occident et l’état postmoderniste des littératures occidentales comme base d’une nouvelle contextualisation des littératures postcoloniales.

13Une prise en compte de la mondialisation comme multiplication des relations interculturelles possibles constitue la base de ce triangle méthodologique. L’opposition binaire des cultures occidentales et des cultures anciennement colonisées est en train de disparaître dans un réseau de liens de plus en plus complexe, offrant une variété d’autoréflexions pour chaque système culturel. Les changements rapides des relations de dominance économique et socio-culturelle entraînent une remise en question permanente des conceptions identitaires, ainsi compromettant l’impact des notions de l’identité d’inclusion et du détournement de l’identité occidentale qui sont liées à l’idée d’un système culturel beaucoup plus stable. Les littératures postcoloniales ne fonctionnent plus comme antithèse mais comme point de vue à l’intérieur d’un même réseau. Par conséquent, une analyse littéraire doit d’abord prendre en considération la multiplication des perspectives et des possibilités d’autoréflexion dans le texte comme des éléments représentatifs de la mondialisation.

14Ensuite, c’est la décentralisation des cultures en tant que conséquence de cette multiplication des relations interculturelles qui doit être prise en compte lors d’un renouvellement méthodologique. Prenant comme point de départ le Third Space de Homi Bhabha (1994), cette idée inclut la notion de l’état décentralisé actuel des cultures ainsi que leur potentiel de transformation. Les processus de formation identitaire se déroulant en marge des cultures interprétées comme des entités instables et dynamiques, une analyse littéraire doit répondre à la question d’un nouveau rôle de l’identité occidentale : l’identité culturelle occidentale, est-elle ré-centralisée de manière altérée, incluant une nouvelle conscience du postcolonial semblable à celle du fascisme en Allemagne ? Comment saisir le processus d’autoréflexion de l’Occident lors de son interaction avec d’autres processus de construction identitaire ? Ce défi prend surtout en compte le lecteur occidental et sa prise de conscience identitaire. L’histoire de la décolonisation, fait-elle partie de sa mémoire activée lors de la lecture ?

15Enfin, c’est l’état postmoderniste des littératures occidentales qui représente le dernier défi central pour l’analyse. La dissolution des marges culturelles et de la stabilité des systèmes culturels se produit parallèlement à la dissolution de l’œuvre littéraire occidentale pensée comme une « succession d’alternatives déjà advenues19 ». L’unité des formes littéraires a été remplacée par des combinaisons et des formes moins distinctes. Cette dissolution est aussi l’équivalent d’une ouverture vers d’autres littératures. Se pose alors la question du postmodernisme des littératures postcoloniales contemporaines : quels sont les liens avec le champ littéraire occidental postmoderniste et comment les situer entre la courte histoire littéraire postcoloniale et celle de l’histoire littéraire de l’Occident en reprenant la thèse de Jean Bessière « qu’il soit difficile de narrer, dans la littérature postcoloniale, une histoire totalement spécifique des pays postcoloniaux20 » ? Peut-on trouver un postmodernisme commun se basant sur la multiplication des relations interculturelles et l’identité culturelle altérée du lecteur occidental ?

De L’amour, la fantasia (1985) à La troisième moitié (2010) – transformation d’un champ littéraire

16Au premier regard, le roman L’amour, la fantasia d’Assia Djebar semble particulièrement se prêter à une analyse littéraire à l’aide des concepts postcoloniaux classiques évoqués. La combinaison d’un récit autofictif et d’un récit historique de la prise d’Alger à partir de points de vue multiples offre une variété de liens possibles avec les trois concepts de l’identité d’inclusion, du détournement de l’identité occidentale et de la notion du Third Space. Dès le premier passage, le lecteur est confronté à une négociation de la problématique identitaire :

Fillette arabe allant pour la première fois à l’école, un matin d’automne, main dans la main du père. Celui-ci, un fez sur la tête, la silhouette haute et droite dans son costume européen, porte un cartable, il est instituteur à l’école française. Fillette arabe dans un village du Sahel algérien21.

17L’apparence extérieure du père, son métier et l’endroit de l’action font immédiatement comprendre l’omniprésence du contact interculturel dans la vie quotidienne de la petite fille arabe grandissant en Algérie. S’annonce alors la possibilité d’une prise de position identitaire dans le roman qui se concrétise déjà un peu plus loin, dans les premiers passages du récit de la prise d’Alger en 1830 :

Premier face à face. La ville, paysage tout en dentelures et en couleurs délicates, surgit dans un rôle d’Orientale immobilisée en son mystère. L’Armada française va lentement glisser devant elle en un ballet fastueux, de la première heure de l’aurore aux alentours d’un midi éclaboussé. Silence de l’affrontement, instant solennel, suspendu en une année d’attente, comme avant une ouverture d’opéra. Qui dès lors constitue le spectacle, de quel côté se trouve vraiment le public22 ?

18C’est la mise en avant d’une identité d’inclusion qui s’esquisse surtout à travers cette première description de la ville d’Alger comme surgissant « dans un rôle d’Orientale immobilisée en son mystère23 ». Face à l’adversaire occidental, elle se dresse dans toute sa grandeur, tirant sa force du souvenir de son identité « d’Orientale24 ». D’autres passages, comme déjà celui du début, évoquent surtout un idéal de synthèse, condition préalable pour la création d’un entre-deux semblable au Third Space pensé par Homi Bhabha.

19Cependant, une analyse basée sur la notion d’une « archéologie fantasmée25 » et d’une prise en compte des trois défis décrits permet une compréhension globale du texte littéraire d’un point de vue actuel. L’ambivalence entre la mise en avant d’une identité d’inclusion et l’évocation d’un Third Space est couverte de deux autres ambivalences correspondant à une perspective postcoloniale actualisée. D’un côté, c’est l’ambivalence entre « l’explicite rappel de la colonisation » et « l’occultation de l’histoire même dans le mythe du postcolonial26 », c’est-à-dire entre la précision historique assurée par les descriptions du récit de la prise d’Alger à partir de plusieurs perspectives différentes et la mystification de l’affrontement : le lecteur est confronté à des détails spatio-temporels (« Explosion du Fort l’Empereur, le 4 juillet 1830, à dix heures du matin27 ») mais aussi à un langage figuratif permettant de se plonger dans le « ballet fastueux » de « [l’]Armada française28 ». De l’autre côté, c’est l’ambivalence entre la description détaillée de la vie quotidienne dans une Algérie colonisée et la mystification de la rencontre interculturelle avec la culture française dans le récit autobiographique : les scènes du quotidien sont accompagnées de mystifications de la vie d’une jeune Française qui, aux yeux des petites filles arabes, paraît « aussi belle qu’un mannequin29 ». S’agit-il de l’essai d’une émancipation culturelle harmonieuse ? Peut-être, mais une telle caractérisation ne tiendrait pas compte du contexte de la réception actuelle.

20En prenant en compte le premier défi de la mondialisation comme multiplication des perspectives et des possibilités d’autoréflexion, le roman s’avère particulièrement riche. Surtout le récit de la prise d’Alger se présente comme un tableau de plusieurs peintres surgissant lors de la lecture, comme l’imaginaire condensé d’un mythe raconté par des voix issues de différentes cultures. Dans certains passages, ce n’est que la simple mention de l’existence d’autres récits par des chroniqueurs issus de cultures diverses qui rappelle l’impossibilité d’une vérité absolue de l’histoire de la colonisation :

D’autres relateront ces ultimes moments : un secrétaire général, « bach-kateb », du bey Ahmed de Constantine […] rédigera son récit en arabe. Un captif allemand, qui sera libéré le lendemain, évoquera cette même nuit en sa langue ; deux prisonniers, rescapés du naufrage de leurs bateaux survenu quelques mois auparavant, en feront une description en français. Ajoutons le consul d’Angleterre qui note ce tournant dans son journal…30.

21La multitude des voix dans le texte littéraire se retrouve dans la variété des contextes de réception possibles. L’énumération des auteurs d’origine diverses annonce la diversité de l’ensemble des lecteurs : les lecteurs actuels de ce roman, qui sont-ils ? Quelle est leur appartenance culturelle ? Dans un monde mondialisé, ce roman bien connu peut être lu sous des conditions diverses, ainsi offrant de nombreuses possibilités d’autoréflexion. La perspective unique postcoloniale de la réponse de l’ancien colonisé à l’Occident a cédé la place à des réponses fragmentées s’adressant à un ensemble de lecteurs plus universel.

22Le deuxième défi de la décentralisation des cultures se présente ainsi en tant qu’offre d’enrichissement : offre d’une lecture universelle à partir d’une identité culturelle occidentale plus universelle − ré-centralisée − qui inclut une conscience bien présente du traumatisme colonial mais aussi la volonté de se transformer et de se renouveler afin de surmonter l’histoire. De la manière que le chroniqueur français est un parmi d’autres dans le texte, le lecteur français d’aujourd’hui lit en tenant compte du point de vue de l’ancien colonisé dont l’émancipation fait désormais partie de son identité culturelle. Ainsi, la question d’une identité d’inclusion ou d’une synthèse des cultures est remplacée par d’autres questions que le lecteur se pose sur la base de ses connaissances préalables de la colonisation : quel est l’apport de ce roman pour une conscience historique occidentale renouvelée ? S’agit-il d’une mise en valeur de la culture arabe comme partie de la France d’aujourd’hui ?

23Enfin – en prenant en compte le troisième défi décrit – se pose la question de la relation avec le postmodernisme littéraire : s’agit-il d’un roman postmoderniste en tant que « succession d’alternatives déjà advenues31 » ? Comment saisir les traditions littéraires qui sont à la base de cette combinaison entre un récit autofictif et un récit historique ? À part la multitude des voix, offrant une variété de possibilités d’identification au lecteur et donnant l’impression d’une fragmentation en alternatives, c’est surtout le traitement fréquent du sujet de l’écriture même qui suggère un lien avec les tendances métaréflexives du postmodernisme remettant en cause la forme littéraire même. La narratrice du récit autobiographique explique elle-même la fonction de son écriture : « Première lettres d’amour, écrites lors de mon adolescence. L’écrit s’y développe en journal de rêveuse cloîtrée. […]. J’écris pour encercler les jours cernés…32 ».

24En revanche, le roman La troisième moitié de Ling Xi, publié en 2010, se présente d’abord de manière complètement détachée de toute négociation du traumatisme postcolonial ou bien post-impérialiste : l’action se déroule en Chine contemporaine, au début de notre millénaire, dans une usine d’interrupteurs. Le roman raconte l’histoire de Guo Leda, jeune ingénieur sans succès travaillant comme ouvrier, et de Han Saite, gardienne de vidéothèque et trois fois son âge. À travers la plongée dans le passé de Han Saite, le lecteur est confronté à soixante ans d’histoire d’un quartier, de 1943 à 2002. Y-a-t-il la possibilité d’identifier une prise de position identitaire liées aux concepts de l’identité d’inclusion, du détournement de l’identité occidentale et du Third Space ? Au moins, une telle analyse ne donnerait pas de résultats aussi clairs que dans le cas de L’amour, la fantasia. L’action semble se dérouler dans un univers chinois qui est en contact de plus en plus égalitaire avec l’Occident ayant surpassé le stade de l’émancipation culturelle. Une première indication se trouve déjà au début du prologue :

Nous n’avions jamais été aussi fiers de notre usine au bord de la faillite qu’en cet automne 2001. Le 11 novembre, date fatidique redoutée par tant d’entreprises étatiques à la production approximative, la Chine réintégrait l’OMC. Le même jour, la célèbre Voice of America rapportait l’ouverture du marché chinois au déferlement des produits occidentaux, le suicide de deux vaches dans une ferme texane et le mariage d’un salarié de l’Usine des Interrupteurs de W., c’est-à-dire la nôtre33.

25Dans ce rapport des nouvelles du 11 novembre 2001, tout au début du roman, le lecteur est confronté à une combinaison d’événements d’importance internationale, nationale et régionale ce qui suggère la symbolisation d’une Chine contemporaine mondialisée qui fait désormais partie des grandes forces économiques du monde. De plus, c’est une partie du contenu même des informations qui provoque l’association d’une Chine en contact renforcé avec l’Occident : « la Chine réintégrait L’OMC34 », un événement représentatif de la fin de toute fermeture économique et socio-culturelle. Un peu plus loin, le narrateur présente la nouvelle du mariage de Guo Leda en relation avec un événement dans le passé introduisant une autre indication de la position changée de la Chine dans le monde :

Jamais notre agglomération poussiéreuse étendue à travers les montagnes n’avait suscité tant d’intérêt. Même en 1999, lorsqu’elle avait dépassé Mexico en nombre d’habitants, seuls les speakers de nos radios locales avaient interrompu leurs programmes pour annoncer avec émotion que nous étions désormais la-plus-grande-ville-du-monde35.

26Même si l’événement de 1999 est présenté comme moins important par rapport à celui du 10 novembre – le mariage de Gu Leda – la référence à ce succès d’être la-plus-grande-ville-du-monde de l’époque (s’agit-il de Shanghai ?) fait comprendre la démonstration d’une gloire récente en comparaison avec d’autres villes du monde. S’impose alors l’impression globale d’une référence permanente à l’Occident sur la base d’une prise de position identitaire déjà complétée. L’émancipation culturelle a été remplacée par la comparaison avec l’Occident dans un échange égalitaire.

27Quel peut être l’apport d’une prise en compte des nouveaux concepts d’analyse ? Dans un premier temps, une lecture du texte comme ensemble de possibilités d’autoréflexion profite de la présence des nombreuses références à l’Occident, ainsi soulignant la nouvelle position de la Chine dans un système culturel mondialisé. D’un côté, il s’agit de possibilités d’autoréflexion sur le rôle occidental : la description du « déferlement des produits occidentaux36 », n’est-ce pas une critique implicite du capitalisme occidental ayant envahi les métropoles chinoises depuis les années 1990 ? D’un autre côté, il s’agit d’une remise en cause de la nouvelle position de la Chine dans le monde : que fait-on, semble ironiquement demander le texte au lecteur chinois, afin d’ajouter une valeur culturelle à notre force économique et démographique ? D’être « la-plus-grande-ville-du-monde37 », n’est-ce pas un succès dépourvu de sens ?

28Dans un deuxième temps, il convient de considérer la possibilité d’une lecture occidentale « ré-centralisée ». Pour le lecteur occidental, est-il possible de lire le roman avec une conscience de l’émancipation culturelle de la Chine ? Vu la présence des nombreuses références à la relation actuelle avec l’Occident, une conscience de l’histoire de l’impérialisme en tant que « archéologie fantasmée38 » peut naître lors d’une lecture des passages racontant l’histoire du quartier depuis l’année 1943. L’orientation vers le passé donne l’occasion d’établir des liens avec un passé encore plus lointain : celui de la dominance occidentale au XIXe siècle. Cependant, une telle lecture ne peut donner que des résultats partiels car elle n’est pertinente que pour une partie du roman.

29Enfin, dans un troisième temps, le roman est à situer en relation avec l’état postmoderniste des littératures occidentales. C’est ainsi que se révèle la présence d’une autre « archéologie fantasmée39 » : celle d’une tradition littéraire chinoise continue en Occident qui reste largement isolée des traditions actuelles européennes. La troisième moitié ne se présente pas comme une « succession d’alternatives déjà advenues40 » mais en tant que récit cohérent racontant l’histoire des ouvriers, dans un style familier, presque nonchalant, qui semble imiter l’indifférence avec laquelle la direction traite les accidents fréquents des poinçonneurs. Le lecteur occidental se détache de ses expériences postmodernistes afin de se plonger dans l’univers d’un roman réclamant une adhésion à l’histoire littéraire chinoise.

Conclusion

30Les transformations socio-économiques de notre époque ont abouti à une fragmentation de l’opposition entre l’ancien colonisateur et l’ancien colonisé, entraînant la nécessité de réexaminer les concepts d’analyse postcoloniale établis. Les processus d’émancipation culturelle, jadis dimensions dominantes des analyses littéraires, ne peuvent plus être pris en considération qu’en tant que parties d’une éventuelle conscience occidentale constituée de ce que Jean Bessière appelle une « archéologie fantasmée41 ». L’analyse des textes littéraires postcoloniaux des années 1980 jusqu’à nos jours profiteraient du développement d’une nouvelle approche tenant compte des trois défis de la mondialisation, de la décentralisation des cultures et du postmodernisme littéraire en Occident.

31En prenant en considération ces trois défis, un regard sur L’amour, la fantasia d’Assia Djebar a surtout démontré l’ambivalence d’un roman oscillant entre la précision historique et la mystification du passé et le profit d’une lecture occidentale enrichie du point de vue de l’ancien colonisé. Ainsi, c’est une lecture ‘ré-centralisée’ sur la base d’une identité occidentale transformée qui doit être à la base de toute interprétation d’un point de vue actuel. Un lecteur d’aujourd’hui lisant le roman datant des années 1980 possède une notion de la colonisation comme partie de la mémoire culturelle française. Il a l’occasion de comprendre l’interculturel du texte comme enrichissement et possibilité d’ouverture des cultures occidentales.

32Par contre, La troisième moitié de Ling Xi s’est révélé particulièrement édifiant sous l’angle des possibilités d’autoréflexion pour le lecteur : l’encadrement de l’action de références à l’actualité occidentale permet une remise en question élargie de l’échange sino-occidental et des rôles respectifs dans un système socio-culturel mondial. Le traumatisme postcolonial s’est dissous en se faisant remplacer par la compétition chinoise avec l’Occident et l’histoire de la colonisation et de l’impérialisme n’est plus prise pour sujet explicitement, de sorte que la lecture ne se produit plus en référence aux concepts identitaires de l’ancien colonisé.

33De cette manière, les trois défis de la mondialisation, de la décentralisation des cultures et du postmodernisme diffèrent dans leur pertinence pour l’œuvre littéraire en question. Si des romans comme L’amour, la fantasia, déjà écrit pendant les années 1985, se montrent encore très riche quant à leur négociation du passé et de la construction identitaire, des œuvres plus récentes comme La troisième moitié sont orientées vers la négociation d’un présent mondialisé où la prise de position identitaire des anciens colonisés a déjà été complétée. Mais il ne s’agit là que d’une différence de degré : ces trois défis sont à la base de toute analyse prenant en compte la lecture actuelle des littératures postcoloniales.

Notes de bas de page numériques

1 Je m’intéresserai en particulier à l’idée du détournement de l’identité occidentale, à voir : Thomas McEvilley, L’identité culturelle en crise. Arts et différences à l’époque postmoderne et postcoloniale, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1999.

2 La notion d’un champ littéraire mondial en tant que base d’une nouvelle analyse littéraire a déjà été étudiée par la chercheuse américaine Pascale Casanova qui le conçoit comme instrument d’étudier la littéraire postcoloniale à la fois comme un système autonome et sous l’aspect de sa signification politique : « Let us say that a mediating space exists between literature and the world : a parallel territory, relatively autonomous from the political domain, and dedicated as a result to questions, debates, inventions of a specifically literary nature. […]. Let us call this mediating area the ‘world literary space’. It is no more than a tool that should be tested by concrete research, an instrument that might provide an account of the logic and history of literature, without falling into the trap of total autonomy. » (Pascale Casanova, « Literature as a world », New Left Review, 31, 2005, pp. 71-72).

3 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l'herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », dans Micéala Symington, Joanny Moulin et Jean Bessière (dir.), Actualité et inactualité de la notion de « postcolonial », Paris, Honoré Champion, 2013, pp. 17-33.

4 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

5 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain »,Paris, Honoré Champion, 2013, pp. 17-33.

6 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 16.

7 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

8 Cf. Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, pp. 17-18.

9 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

10 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 32. Dans un autre passage, Jean Bessière lie cette dépendance de l’Occident des littératures postcoloniales à la dépendance de celles-ci de l’Occident comme élément unificateur : « Qu’il soit difficile de narrer, dans la littérature postcoloniale, une histoire totalement spécifique des pays postcoloniaux devient exactement fonctionnel. Cette difficulté ne traduit pas seulement le fait que les mondes multiples du postcolonial ne sont pas dissociables d’un monde occidental caractérisé suivant son unité. Cette difficulté devient le moyen de soumettre l’Occident au regard postcolonial même, alors regard universel ». Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 19.

11 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

12 Je me réfère bien évidemment à l’œuvre majeure The Empire writes back (1989) de Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin, afin de souligner que cette nouvelle notion du « postcolonial » est une réponse à cette autre réponse du traumatisé postcolonial des années 1969.

13 Dans ma thèse, je pars de l’hypothèse que le roman franco-chinois en France peut être catégorisé comme « post-impérialiste » et qu’il peut être analysé sur la base des concepts postcoloniaux. Ainsi, je prends mes distances à l’égard de l’étude de Véronique Porra où elle introduit une distinction entre la littérature francophone issue des pays anciennement colonisés et celle issue des pays non-colonisés, à voir dans : Véronique Porra, « De l’hybridité à la conformité : sur quelques ambiguïtés de la représentation identitaire dans les littératures de la migration en France à la fin du XXe siècle », dans Ursula Mathis-Moser et Birgit Mertz-Baumgartner (dir.), La littérature ‘française’ contemporaine. Contact de cultures et créativité, Tübingen, Gunter Narr, 2007, pp. 21-36.

14 Je me réfère à la notion décrite par Aleida Assmann (cf. Aleida Assmann, Der lange Schatten der Vergangenheit, München, Beck, 2006, p. 206 et suiv.).

15 Il s’agit d’une référence à la notion de McEvilley selon laquelle cette notion fait d’abord partie d’un processus de réflexion postmoderniste des Occidentaux eux-mêmes : « [Le postmodernisme] enveloppe, entre autres choses, une tentative de la part des Occidentaux pour dépasser les conceptions strictement européennes de l’esthétique et de son histoire – des conceptions qui faisaient jusqu’ici partie intégrante de leur sens de leur identité. » (Thomas McEvilley, L’identité culturelle en crise. Arts et différences à l’époque postmoderne et postcoloniale, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1999, p. 74).

16 Je reprends ainsi la notion de Homi Bhabha : « It is that Third Space, though unrepresentable in itself, which constitutes the discursive conditions of enunciation that ensure that the meaning and symbols of culture have no primordial unity or fixity; that even the same signs can be appropriated, translated, rehistoricized and read anew. » (Homi K. Bhabha, The Location of Culture, [1994], London and New York, Routledge, 2004, p. 53).

17 Ces modes d’action de l’acteur culturel ont été développés sur la base de plusieurs concepts relevant du poststructuralisme et des « sciences culturelles », notamment sur la base de L’ordre du discours (Michel Foucault, L’ordre du discours, Paris, Gallimard, 1971) et The Interpretation of Cultures (Clifford Geertz, The Interpretation of Cultures, New York, Basic Books, 1973). Cependant, comme ce ne sont que les conceptions identitaires réelles qui sont pertinentes dans le contexte présent, je n’entrerai pas dans les détails de leur développement.

18 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

19 Je me réfère à la définition suivante de Philippe Daros : « La postmodernité, dans les lieux du monde où la démocratie cohabite avec un capitalisme puissant, n’est sans doute que l’expression de la disparition de l’Alternative, quelle qu’elle soit et le postmodernisme, dans les pratiques esthétiques notamment, aura été un simple bricolage de la succession d’alternatives déjà advenues, celles qui, dans cette succession même auront continûment défini ce terme. » (Philippe Daros, « Le postmoderne comme dissolution de l’œuvre », Vox Poetica, https://www.vox-poetica.org/t/articles/daros2015.html, 2015).

20 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 32.

21 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 11.

22 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 14.

23 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 14.

24 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 14. Je n’utilise l’expression « Orientale » qu’en me référant au texte littéraire, sans vouloir entrer dans les détails de la problématique liée.

25 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

26 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

27 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 45.

28 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 14.

29 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 36.

30 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 63.

31 Philippe Daros, « Le postmoderne comme dissolution de l’œuvre », Vox Poetica, https://www.vox-poetica.org/t/articles/daros2015.html , 2015.

32 Assia Djebar, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985, p. 86.

33 Xi Ling, La troisième moitié, Paris, Maurice Nadeau, 2010, p. 9.

34 Xi Ling, La troisième moitié, Paris, Maurice Nadeau, 2010, p. 9.

35 Xi Ling, La troisième moitié, Paris, Maurice Nadeau, 2010, p. 9.

36 Xi Ling, La troisième moitié, Paris, Maurice Nadeau, 2010, p. 9.

37 Xi Ling, La troisième moitié, Paris, Maurice Nadeau, 2010, p. 9.

38 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

39 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

40 Philippe Daros, « Le postmoderne comme dissolution de l’œuvre », Vox Poetica, https://www.vox-poetica.org/t/articles/daros2015.html , 2015.

41 Jean Bessière, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l’herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », Paris, Honoré Champion, 2013, p. 17.

Bibliographie

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BESSIÈRE Jean, « Situer le postcolonial de ses paradoxes et de sa pertinence contemporaine avec une comparaison de l'herméneutique du roman postcolonial et du roman occidental contemporain », dans SYMINGTON Micéala, MOULIN Joanny et BESSIÈRE Jean (dir.), Actualité et inactualité de la notion de « postcolonial », Paris, Honoré Champion, 2013, pp. 17-33.

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DJEBAR Assia, L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1985.

FOUCAULT Michel, L’ordre du discours, Paris, Gallimard, 1971.

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MCEVILLEY Thomas, L’identité culturelle en crise. Arts et différences à l’époque postmoderne et postcoloniale, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1999.

LING Xi, La troisième moitié, Paris, Maurice Nadeau, 2010.

PORRA Véronique, « De l’hybridité à la conformité : sur quelques ambiguïtés de la représentation identitaire dans les littératures de la migration en France à la fin du XXe siècle », dans MATHIS-MOSER Ursula et MERTZ-BAUMGARTNER Birgit (dir.), La littérature ‘française’ contemporaine. Contact de cultures et créativité, Tübingen, Gunter Narr, 2007, pp. 21-36.

Pour citer cet article

Lena Bisinger, « Entre le postcolonial et le mondial. Pour une nouvelle analyse littéraire transnationale », paru dans Loxias, 54, mis en ligne le 16 septembre 2016, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/06/02/index.html?id=8515.


Auteurs

Lena Bisinger

Docteure en littérature générale et comparée (Université Sorbonne Nouvelle/RWTH Aachen University) Lena Bisinger vient de soutenir une thèse en Cotutelle au sujet du roman franco-chinois intitulée Rencontre interculturelle dans le roman franco-chinois. Invitation au voyage d’un genre émergent. Elle a été boursière du DAAD, de la Fondation Hanns Seidel et de L’Université franco-allemande. Elle est intervenue à des colloques en France et en Allemagne, notamment au sujet de l’interculturel et des littératures de migration. Elle est l’auteure de plusieurs articles parus dans des revues et des ouvrages collectifs (Revue Méthode, Logos, Königshausen & Neumann, De Gruyter, Shaker etc.).