Loxias | Loxias 6 (sept. 2004) Poésie contemporaine: la revue Nu(e) invite pour son 10e anniversaire Bancquart, Meffre, Ritman, Sacré, Vargaftig, Verdier... |  Autour des poètes 

James Sacré  : 

Broussaille de prose et de vers

(photo de J. Sacré par J.-M. Rivello)

Résumé

Poème extrait de Broussaille de prose et de vers (où se trouve pris le mot paysage), à paraître aux éditions Obsidiane en 2005.

Texte intégral

1Je finis toujours, souvent en tout cas, par me demander pourquoi on écrit, pourquoi on continue de passer d’un livre à un autre. Malheureusement je dois manquer de vraies dispositions pour bien penser et je n’aboutis à aucune conclusion qui satisfasse la curiosité ou qui puisse consoler une inquiétude.

2Je me trouve transporté, souvent aussi, d’un lieu dans un autre. Chaque départ alors, ou chaque en allée à travers des paysages (grandes surfaces de sol, des parois nues dans le monde, livrées au vent, au vide infiniment bleu du ciel, ou fonds de ruelles dans les villes, murs décrépis, d’autres dont la peinture s’écaille), chacun de ces emportements dans n’importe quel paysage semble m’appeler vers l’accomplissement d’un désir qui ne veut ni posséder ni donner, mais passer  là-bas, ou s’épuiser parmi quelques grandes plantes rares et de la pierraille rougeâtre ou presque noire, et c’est comme avancer dans un poème que j’écris, celui-ci par exemple, avec ce même désir d’être avec les mots venus dans l’instant, avec ceux que je pressens, ils seront là dans un moment ; avec eux et c’est disparaître en eux en même temps que je m’y figure en des tournures et menuiseries de prose et de vers, en plus ou moins de singularité mêlée à des dictionnaires et à beaucoup de livres lus. Paysage ou poème, l’en allée ne finit-elle pas toujours par être un retour à ce qu’on s’imagine être plus familier, plus banalement vécu quotidiennement (buissons vendéens ou façon domestique de parler) ? Sans doute, mais ce n’est jamais familiarité si tranquille: les yeux de mon père ressemblent-ils pas soudain à ceux d’un paysan de Zagotta dans l’étendue de campagne qui va jusqu’aux vestiges de Volubilis ? Et les peupliers d’une fontaine de mon enfance à ceux que j’apercevais au fond d’une très étroite vallée de l’Atlas ? Pour essayer de vérifier dans tout cela on ne sait trop quoi,  pour seulement revoir briller le monde ou bien le mal deviner (s’efface-t-il pas ?) dans sa nuit, il va falloir repartir (ça peut être pour juste à côté), ou s’en aller dans un nouveau poème.

Pour citer cet article

James Sacré, « Broussaille de prose et de vers », paru dans Loxias, Loxias 6 (sept. 2004), mis en ligne le 15 septembre 2004, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/06/02/index.html?id=71.


Auteurs

James Sacré

James Sacré est né en 1939. Il passe son enfance et son adolescence à la ferme des parents en Vendée. D’abord instituteur puis instituteur itinérant agricole, il part, en 1965, vivre aux Etats-Unis où il poursuit des études de lettres (thèse sur la poésie de la fin du XVIe siècle français). Il y enseigne dans une université du Massachusetts (Smith College) tout en faisant de nombreux séjours en France et des voyages en Europe (l'Italie surtout) en Tunisie et au Maroc. Il a publié des livres de poèmes au  Seuil (Coeur élégie rouge, 1972), chez Gallimard (Figures qui bougent un peu, 1978) et aux éditions André dimanche, ainsi que chez de nombreux « petits éditeurs ». Il vit de nouveau en France, à Montpellier, depuis 2001.