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Frédérica Zéphir  : 

L’éthique au-delà du politique. Étude comparative des relations de voyage en URSS de Panaït Istrati et d’André Gide

Résumé

Panaït Istrati (1884-1935), écrivain roumain d’expression française au parcours atypique, et André Gide (1869-1951), l’un des plus célèbres auteurs de sa génération, avaient tous deux adhéré à l’idéal incarné par la révolution bolchévique de 1917 et fondé un grand espoir sur l’avènement du communisme en Russie. Profondément déçus par la réalité soviétique qu’ils découvrirent à l’occasion de leur voyage en U.R.S.S., ils décidèrent l’un et l’autre de faire connaître au monde, à sept ans d’intervalle, le véritable visage du pays des soviets qu’une propagande efficace magnifiait alors aux yeux de l’Occident. Privilégiant les valeurs morales face aux principes idéologiques, Istrati, dans un pamphlet intitulé Vers l’autre flamme paru en 1929, et Gide, dans son essai Retour de l’U.R.S.S. complété par Retouches à mon « Retour de l’U.R.S.S. » publiés respectivement en 1936 et1937, prenaient fermement le parti de l’éthique contre le politique, plaçant le dévoilement de la vérité au centre de leur démarche. Ce choix et cette attitude si différents de celui d’un grand nombre d’intellectuels de l’entre-deux-guerres, invite dès lors à s’interroger sur cette surprenante rencontre réunissant, dans une commune appréhension des idées et des événements de leur temps, deux esprits par ailleurs si dissemblables.

Index

Mots-clés : engagement , éthique, idéal, idéologie, Vérité

Plan

Texte intégral

1Rassembler dans une même étude le très atypique écrivain Panaït Istrati et André Gide, présenté en son temps par André Malraux comme le « contemporain capital »1, peut paraître a priori surprenant. Pourtant, entre le célèbre auteur de L’Immoraliste et le romancier roumain longtemps oublié, l’écart n’est pas si grand qu’une analyse, au-delà des données les plus évidentes de leur personnalité et de leur œuvre, ne puisse réduire le clivage et établir entre eux des points de convergence profonds. Car si tout, origine, formation, milieu culturel et social, oppose en effet Istrati, vagabond roumain devenu écrivain français, au grand bourgeois, esthète et cultivé, qui fascina toute une génération tant par son œuvre que par ses prises de position hardies, la confrontation de deux de leurs écrits révèle une proximité de pensée que rien ne laisse d’abord soupçonner.

2Istrati et Gide, qui avaient adhéré à l’idéal incarné par la révolution bolchévique de 1917 et fondé tant d’espoir sur l’avènement du communisme en Russie, furent en effet tous deux profondément déçus par la réalité soviétique qu’ils découvrirent à l’occasion de leur voyage en URSS. Marqués chacun, quoique à un degré différent, par cette expérience, ils décidèrent l’un et l’autre de faire connaître au monde le véritable visage du pays des soviets qu’une efficace propagande magnifiait alors aux yeux de l’Occident. Privilégiant ainsi les valeurs morales face aux principes idéologiques, Istrati, dans un pamphlet intitulé Vers l’autre Flamme publié en 1929, et Gide, dans son essai Retour De l’URSS en 1936 suivi, en 1937, des Retouches à mon « Retour de l’URSS », prenaient fermement le parti de l’éthique contre le politique, plaçant la vérité au centre de leur démarche. Devant ce choix et face à une telle attitude, qui se démarque foncièrement de celle adoptée par un grand nombre d’intellectuels de l’entre-deux-guerres, il paraît légitime de s’interroger sur cette surprenante rencontre réunissant, dans une appréhension commune des idées et des événements de leur temps, deux esprits par ailleurs si dissemblables.

3Nous nous proposons donc, après avoir défini les points communs entre les deux écrivains, d’établir, en confrontant leur relation de voyage, comment Istrati et Gide sont parvenus au même constat accablant sur l’URSS, pour nous interroger ensuite sur la conception de l’engagement sous-tendue par leur démarche afin d’en montrer la singularité.

4 Pour bien comprendre comment Istrati, dès 1927/1928 – onze ans seulement après la Révolution d’Octobre – a pu démasquer avec une telle lucidité les tares du régime soviétique et en faire une dénonciation aussi implacable, il faut d’abord déterminer quelle est exactement sa situation d’observateur, c’est-à-dire définir à quel point de vue il se place pour juger les faits. Et force est de constater que cette situation, cette position sociale est tout à fait singulière et remarquable par son caractère hybride puisqu’il se définit lui-même comme : « un bâtard qui unit la conscience de l’homme de bonne foi à la soif de justice de la masse à laquelle il appartient »2, c’est-à-dire qu’il se rattache par ses racines les plus profondes à la masse des humbles, à l’humanité souffrante, à ces damnés de la terre que la bourgeoisie du XIXe siècle a sacrifiés sur l’autel du développement industriel et du capitalisme triomphant.

5Mais à ce prolétaire, enfant d’une paysanne illettrée, à cet authentique « fils du peuple » dans le cœur duquel s’était très tôt éveillé le sentiment de révolte, et qui voulait lutter contre l’injustice en suivant l’exemple des haïdoucs roumains, la destinée réserva la découverte des livres. Ne possédant aucun bagage intellectuel bien que sachant lire et écrire, mais assoiffé de connaissances, animé par la passion du savoir, la littérature fut en effet pour lui une révélation, « la grande révélation de l’Ordre des Lettres universelles3 » dit-il. Il comprit grâce à elle que dans la lutte contre l’injustice et la misère, dans le combat pour la liberté, la force brute n’était ni suffisante ni satisfaisante si elle n’était guidée par la puissance de la Pensée ; que l’action, réduite à elle-même, ne pouvait durablement transformer l’ordre social, élever l’humanité au-dessus de sa condition et faire accéder les hommes à la liberté et à la dignité : car [la pensée] « Puissance unique et unanimement respectée, […] réunissait force et cœur dans le même sceptre4. »

6Seule cette « pensée qui veut ennoblir l’homme5 » qu’il découvrait comme un continent inconnu et cependant rêvé dans ce qu’il nomme « la pléiade des géants6 », Balzac, Tolstoï, Dostoïevski, Victor Hugo, seule cette pensée peut sauver l’humanité, car l’action, privée de la lumière de l’esprit, n’aboutit qu’à la satisfaction plus ou moins durable des désirs égoïstes de petits groupes ou de catégories et non à l’amélioration du sort de l’humanité et à l’élévation de l’Homme. Il écrit : « Je n’ai jamais douté de l’aide que la Pensée doit en toutes circonstances à l’homme traqué par la tyrannie et la faim7. »

7C’est ainsi qu’Istrati, l’autodidacte, se sépare de sa classe sociale pour devenir cet hybride, ce « bâtard » c'est-à-dire ce prolétaire cultivé qui, ayant découvert dans les livres ce qu’il nomme « l’Empire de la Pensée8 », a acquis la « conscience de l’homme de bonne foi », c’est-à-dire celle de l’homme pour qui les fins, fussent-elles les plus nobles, ne justifient pas les moyens. En cela il s’oppose au prolétaire ignorant et borné pour lequel seul compte le résultat c’est-à-dire l’amélioration immédiate et par tous les moyens de sa condition. C’est ce prolétaire sans scrupules qu’il dénonce de façon virulente dans « Vers l’autre flamme » sous la désignation du « militant révolutionnaire9 ».

8S’étant ainsi élevé par la connaissance et le savoir – et non par l’argent – au-dessus de son propre corps social qu’il ne cesse cependant de défendre et d’aider, il se sépare de lui en condamnant, au nom des valeurs universelles, son arrivisme et son égoïsme. C’est sa générosité, sa croyance en un Idéal qui dépasse la satisfaction des besoins et des intérêts immédiats qui le mettent en porte-à-faux avec son milieu, en font un « magnifique paria10 » et, selon ses propres termes le font « louvoyer autour du bateau qui porte les revendications de [sa] classe11. »

9C’est cette position singulière, à la fois dans et au-dessus de sa classe, ce point de vue unique lui octroyant la connaissance parfaite de ce milieu, de ses conditions d’existence indignes, de ses richesses humaines parfois sublimes, mais aussi de ses faiblesses et de ses tares qui procurent à Istrati son exceptionnelle lucidité. Grâce à elle, il perçoit très tôt que la « conscience de classe » dont parle le marxisme se réduit pour la majeure partie du prolétariat, à ce qu’il nomme « la conscience des appétits de classe12 », laquelle, en subvertissant l’idéal révolutionnaire, favorise, selon lui, les dérives du système soviétique.

10D’autant qu’à cette lucidité s’ajoutait un fond de passion qui faisait de lui un homme ardent, tumultueux, torturé même, épris de vérité, d’une absolue sincérité qui se battit sa vie durant pour faire triompher ses idées et son Idéal : « Batelier Fou sur le fleuve de la Passion, je passe ma vie à vouloir rapprocher la rive de l’amour de celle de la haine13 ».

11Animé d’un prodigieux amour de la vie, Istrati, en effet, est avant tout un être de sentiment que le mal révolte et blesse profondément. Egoïsme, ignorance, injustice, mensonge, misère, tyrannie, autant d’aspects du mal dégradant la vie qu’il va combattre de toutes ses forces. Mû par une sympathie passionnée pour toute la création et par une empathie profonde qui le fait souffrir de toutes les misères d’autrui, il répond à l’appel de ce qu’il nomme « l’Ordre de la Pensée Généreuse » pour apporter « la parole d’amour14 » à tous les humbles de la terre. Cependant, Istrati n’est pas le Christ des temps modernes, car dans « ce siècle de crime15 » comme il le qualifie, sa parole d’amour est d’abord un cri de révolte : « Révolte contre la tyrannie millénaire de l’homme vorace, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne !16 ».

12C’est sa passion de la vie, son amour de l’humain qui font de lui un révolté, un insoumis. Il voit autour de lui, il éprouve en lui la méchanceté et la bêtise humaine, il côtoie la misère la plus noire, il perçoit l’intérêt, la mesquinerie à l’œuvre, mais il découvre aussi, au cours de son existence vagabonde, la bonté cachée au fond du cœur humain, refoulée parfois sous la brutalité même, la chaleur humaine, les liens de la solidarité et plus fort que tout le mal, l’amitié qui réconforte et sauve du désespoir.

13Pénétré du sentiment de l’existence, de la bonté de l’homme et de la beauté du monde car « le sentiment du bien et du beau est infiniment plus puissant que celui du mal et du laid17 », Istrati va jeter son être passionné dans le combat pour le triomphe de ce bien et de ce beau qui pour lui « renferme toutes les valeurs morales18 ». Irréductiblement confiant en la vie, s’adossant au « pilier de l’amour », il s’est lancé, plein d’espoir, dans le combat pour la liberté, le bien le plus précieux de tous.

14Et la déception fut à la mesure de cet engagement passionné. Trompé dans ses espoirs de voir se réaliser son idéal de liberté et de justice sociale par l’accession au pouvoir d’une nouvelle classe de privilégiés occupée seulement à satisfaire ses propres intérêts, au détriment de la masse laborieuse qu’elle musèle par les méthodes les plus inhumaines ; trahi par le silence et la lâcheté des élites intellectuelles dans lesquelles il avait vu les artisans d’une humanité libre et généreuse, Istrati, brisé, vaincu, rejetant désormais toute adhésion à une cause, refusera pourtant jusqu’au bout d’abandonner sa foi dans « cette goutte de sublime jetée par la Création même dans la masse de boue de l’humanité la plus vile […] et qui seule, existe, [et] fait la vie19 ».

15Face à cette personnalité inclassable, se dresse celle d’André Gide, figure incontournable de la littérature et de la pensée Française de la première moitié du XXe siècle. Parce que la vie de celui qu’on a encore présenté comme « l’animateur secret des lettres françaises » est largement connue, quelques points suffiront à évoquer les différences essentielles qui font de ces deux écrivains des personnalités diamétralement opposées.

16C’est socialement d’abord que se situe l’écart entre Istrati le prolétaire et Gide, grand bourgeois, issu d’une famille très fortunée. Protégé par les privilèges inhérents à sa classe, Gide n’a en effet jamais eu conscience, dans ses années de formation, des réalités sociales de son époque au point que la pauvreté lui apparaissait comme « une bizarrerie » et la misère comme un « exotisme »20 et ce n’est que très tardivement qu’il a découvert la condition du prolétariat. Culturellement ensuite, rien n’est plus éloigné de la formation chaotique de l’autodidacte des Balkans, que celle de Gide qui, élevé parmi les livres, reçut une solide culture classique complétée par une éducation musicale poussée, la pratique du piano ayant d’ailleurs tenu une place très importante dans sa vie.

17Mais l’opposition peut-être la plus frappante entre ces deux personnalités réside dans leur rapport originel à la liberté. Gide, éduqué de façon fort rigide dans les préceptes d’un protestantisme sévère, connut en effet une enfance triste et solitaire sous l’emprise d’une mère qui l’enserra, jusqu’à un âge avancé, dans le carcan de principes rigides tout en l’étouffant dans un amour maternel envahissant. De ses jeunes années, confinées au sein d’un milieu austère, il est resté marqué à jamais, et toute son œuvre traduit son désir de se libérer de la tutelle morale comme du conformisme intellectuel de son éducation et de sa classe. Etant parvenu, par une pénible lutte intérieure dont son Journal livre les difficiles étapes, à se délivrer de ses entraves morales et spirituelles, il ne cessa de développer une pensée libre, traquant à l’extérieur comme en lui-même les hypocrisies, dénonçant les assujettissements et les contraintes qui briment l’individu. Ainsi fut-il amené à des prises de position morales et politiques fort audacieuses pour son époque comme en témoigne, notamment, Corydon, plaidoyer en faveur de l’homosexualité publié en 1924. De même, après un séjour en Afrique où il découvrit la réalité du colonialisme, voyage qui fut pour lui révélateur de sa prise de conscience sociale et politique, il témoigna, par honnêteté autant que par humanité, afin de dénoncer les pratiques scandaleuses des grandes sociétés concessionnaires, n’hésitant pas à s’attaquer aux intérêts de la bourgeoisie à laquelle il appartenait. Plus tard, c'est la même honnêteté et la même sincérité qui le pousseront, alors qu’il s’était engagé au côté des communistes, à révéler le mensonge du système soviétique.

18  Rejet des dogmatismes qui courbent l’esprit, refus des conformismes qui étouffent l’individu, recherche incessante de la vérité et défense de la liberté apparaissent ainsi comme les valeurs fondamentales de la pensée gidienne et constituent le point de convergence entre les deux personnalités, par ailleurs si opposées, d’André Gide et de Panaït Istrati.

19Nous avons déjà dit combien Istrati et Gide étaient des personnalités que tout opposait. Il faut à présent examiner, au-delà de ces différences, les points qui les rapprochent, notamment les caractéristiques spirituelles, les formes de pensées et les valeurs fondamentales qu’ils partageaient, c'est-à-dire ce qui leur a permis d’aboutir tous deux au même constat sur la réalité du communisme en URSS.

20Nous avons vu combien Istrati était un être tout de passion, pétri d’humanité, sensible à la détresse de l’homme. Il faut maintenant ajouter à cette façon de percevoir toute chose par l’intuition du cœur bien plus que par les voies de la pensée raisonnante, l’impossibilité pour lui d’accommoder son esprit aux règles d’une quelconque doctrine. Istrati ressentant d’abord instinctivement tout ce qui l’entourait – les êtres, les événements, les faits sociaux – fondait sa compréhension et son interprétation du monde sur cette perception affective directe. Les idées, les raisonnements, ne venant qu’après corroborer, ou infirmer, cette première impression. C’est pourquoi l’approche doctrinale des faits lui était non seulement étrangère mais le plus souvent suspecte dans la mesure où elle exclut la nuance, le particulier, l’exceptionnel et rigidifie la spontanéité de l’affect c'est-à-dire les élans du cœur. Cette appréhension du monde se révèle comme le ressort de son action et de son engagement. Dans un article consacré à son ami Christian Rakovski, militant puis Commissaire du Peuple en Ukraine, Istrati développe la conception humaniste du socialisme pour lequel il combattait. Un socialisme pur de toute rigidité théorique, au service des hommes et non d’une doctrine, seul capable à ses yeux de régénérer l’humanité par la force du sentiment, la seule qu’il considérât comme digne de l’homme. Ce faisant, il s’oppose à la conception de Rakovski dont la tragique destinée prouve par elle-même le caractère pernicieux, faisant ressortir, par contraste, la rectitude morale de la vision d’Istrati, même si celle-ci relève en fait – et malheureusement – de l’utopie. Il écrit : « Rakovski a réalisé sa vie en combattant le sentimentalisme. […] Moi, je l’ai réalisée en y obéissant docilement21. »

21Brouillé avec les doctrines, Gide ne l’était pas moins lui dont l’œuvre entière peut être définie comme une révolte contre toutes les formes d’oppression de l’individu, celle de la famille, de la religion, du conformisme bourgeois. Engagé tardivement dans le combat social, ce n’est pas Marx mais bien plutôt l’Evangile qui l’a amené au communisme car, pas plus qu’Istrati, Gide n’est un théoricien. Mais, formé par les préceptes évangéliques d’amour du prochain, de respect de la pensée et de la valeur d’autrui, du mépris de toute possession, il s’est senti attiré vers les idéaux révolutionnaires qui laissaient espérer, avec la disparition du capitalisme et de ses privilèges, plus de justice sociale et de dignité pour l’homme. Sans doute Gide jouissait-il lui-même de ces privilèges, mais la découverte de la réalité sociale environnante suscita en lui un profond malaise allant jusqu’à la culpabilité, dans la mesure où cette injustice s’opposait précisément aux enseignements les plus fondamentaux de la morale dont il était pétri. Ayant, en outre, connu la rigidité de la doctrine évangélique, ayant beaucoup souffert de son étroitesse, et ne s’étant délivré de son emprise qu’au terme d’un long conflit intérieur, Gide reste très méfiant et très critique à l’égard de tous les systèmes qui briment l’épanouissement de l’individu et suppriment sa faculté de penser librement. En outre, la théorie, et spécialement la théorie marxiste, considérant l’homme et l’humanité essentiellement comme des entités générales confinant presque à l’abstraction, et non la masse des hommes particuliers qui la composent, cette théorie revêt à ses yeux un caractère de sécheresse et presque d’inhumanité dont il se défie. Il écrit dans son Journal:

Mais je pense aujourd’hui que ce qui me gêne […] surtout, c’est la théorie même, pour tout ce qu’elle a, sinon précisément d’irrationnel, du moins d’artificiel […] de fallacieux et d’inhumain22.

22Plaçant l’homme concret, l’individu particulier, au premier plan et récusant une doctrine qui n’hésite pas à sacrifier celui-ci au nom d’une vision abstraite, Gide, proclamant la primauté du sentiment sur la rigidité de la théorie, rejoint Istrati dans une proximité de pensée remarquable. Il livre dans son journal des propos étonnamment proches de ceux d’Istrati :

Ah ! Que vous aviez donc raison de voir dans ma venue au communisme une affaire sentimentale […] A vous entendre, le seul communisme qui vaille, on n’y vient que par la théorie. Vous parlez en théoriciens. La théorie certes est utile. Mais sans chaleur de cœur et sans amour elle meurtrit ceux-là mêmes qu’elle prétend sauver23.

23Par la voie d’un individualisme qu’il a toujours hautement revendiqué et dans lequel il ne voit d’ailleurs aucune contradiction avec le communisme puisqu’il est convaincu que : « c’est en étant le plus particulier que chaque être sert le mieux la communauté »24 Gide rejoint Istrati, le passionné, le révolutionnaire romantique ; et c’est dans la foi en l’homme que tous deux communient alors, au-delà du dogmatisme des systèmes, comme d’ultimes représentants d’un humanisme battu en brèche par les totalitarismes.

24C’est aussi que tous deux, à leur façon, étaient des marginaux. Nous avons déjà vu comment l’autodidacte Istrati, mû par son inextinguible désir d’apprendre, s’était élevé au-dessus de sa propre classe sociale, devenant une personnalité hybride, un « bâtard », qui unissait en lui la soif de justice des humbles à la conscience de l’intellectuel qui œuvre, par la pensée, au progrès de l’humanité. Cette perspective singulière, qui lui procurait la connaissance interne de la classe prolétarienne tout en le plaçant intellectuellement sur un plan supérieur, faisait effectivement de lui une personnalité inclassable, située aux marges de deux mondes opposés. De là son indépendance d’esprit, sa clairvoyance qu’aucun conformisme n’entravait, et qui lui permettait de remettre en question les préjugés de l’une et l’autre classe, de dénoncer librement leurs travers. C’est pourquoi, bien que s’étant toujours ardemment réclamé du prolétariat qu’il n’a jamais renié et avec lequel il s’est toujours solidarisé, il n’a pas hésité à en condamner les dérives. Tout comme il fustigea l’aveuglement et la lâcheté des intellectuels qui, Gorki en tête, se rendirent complices, par leur soutien ouvert au régime ou par leur silence, des crimes commis en URSS. Ainsi, associé à son humanisme et à son amour de la vérité, cette position singulière, cette marginalité, favorisant sa lucidité et sauvegardant sa liberté d’expression, préserva Istrati de l’endoctrinement aveugle et le fit échapper à la langue de bois qu’une propagande, déjà efficace, commençait à répandre dans les milieux intellectuels.

25Quant à Gide, sa marginalité se définit, d’une part, par sa révolte contre les structures de la société bourgeoise traditionnelle, d’autre part, par son homosexualité. Ayant souffert de la rigidité d’une éducation puritaine, Gide n’eut en effet de cesse de briser les carcans qui briment l’individu. Sa remise en question de la famille et de la religion, piliers de la bourgeoisie, le mettent déjà sinon au ban, du moins en marge de son milieu. Cependant son œuvre, influencée par la conception mallarméenne et marquée par le symbolisme, demeure tout entière ancrée dans cette classe, ne pouvant trouver d’écho qu’au sein de l’élite intellectuelle qui en était issue. En cela réside la marginalité de Gide, dans ce paradoxe d’un grand esprit cultivé dont l’œuvre tend à saper les fondements d’une classe qui est cependant la seule à pouvoir l’apprécier. Ainsi Gide, grand bourgeois qui critique et sape les fondements de sa classe, et Istrati, prolétaire cultivé qui juge et condamne les travers de la sienne, se rejoignent, chacun aux marges de leur groupe social, dans une position singulière qui fait d’eux des esprits libres échappant au conformisme de la pensée.

26Marginal donc par son anticonformisme et sa révolte contre toutes les formes d’oppression de l’individu, Gide l’est tout autant par l’affirmation de son homosexualité. Fidèle à lui-même et refusant de tricher face au monde, il prit en effet le parti, extrêmement audacieux, de révéler publiquement son homosexualité. Ce choix, manifeste alors les exigences qui sous-tendent la vie et l’œuvre de l’écrivain, c'est-à-dire le désir d’être lui-même jusqu’au bout quel qu’en puissent être les conséquences, et le refus de taire la vérité.

27De sorte que sa décision de dévoiler, à son retour d’URSS, la vérité sur ce qu’il y avait découvert se situe dans le droit fil de cette exigence. Car si Gide avait choisi, au mépris du scandale et au risque de ruiner sa réputation, de révéler sa véritable nature, comment aurait-il accepté de dissimuler sa déception face à la réalité du régime soviétique ? Car s’il avait adhéré à l’idéal révolutionnaire, c’est qu’il avait cru que la révolution conduirait, non seulement à l’amélioration matérielle des conditions de vie du prolétariat, mais surtout à la libération et à l’épanouissement de l’individu, c'est-à-dire à l’affranchissement de l’esprit délivré des entraves de l’ignorance et du dogmatisme religieux, et au respect des différences de chacun. Or, son voyage au pays des soviets lui démontrait le contraire, en lui découvrant un nouvel asservissement de la pensée sommée de se plier à la nouvelle orthodoxie imposée par la fameuse « ligne » du parti. Aussi, au nom de quoi, lui qui refusait tous les dogmatismes aurait-il dissimulé la réalité du communisme en Russie, d’autant qu’il découvrait également le sort peu enviable que le régime réservait aux homosexuels ?

28Marginaux par rapport à leur milieu respectif, rejetant tous les dogmatismes et tous les conformismes c’est, par-delà les doctrines, dans une profonde communion dans l’humain et dans l’exercice d’une pensée libre que se rejoignent Gide et Istrati.

29L’immense espoir mis dans la révolution russe, donne la mesure de la déconvenue des deux écrivains lorsque chacun découvre que cette entreprise n’est qu’une vaste duperie, un mensonge généralisé dissimulant les maux mêmes que ce bouleversement historique sans précédent prétendait avoir éradiqués.

30Homme de cœur et non de doctrine, comme nous l’avons noté, c’est d’abord par les sentiments suscités en eux par l’expérience vécue qu’Istrati et Gide sont parvenus à saisir, par-delà les opinions répandues et les idées admises, la vérité profonde de l’URSS. Prenant conscience de la falsification de la réalité du système soviétique, par laquelle ils avaient été eux-mêmes abusés, c’est au nom de la fidélité à la vérité qu’ils se sont tous deux élevés contre l’imposture. De sorte que la démarche qui les a menés à cette remise en cause des faits mensongers, et de leur propre foi dans le mythe révolutionnaire, mérite d’être examinée.

31C’est en effet à l’occasion de circonstances diverses, de rencontres imprévues, de situations saisies sur le vif, chaque fois qu’ils sont parvenus à échapper aux limites strictement définies du parcours officiel et à l’attention courtoise mais envahissante de leurs guides, que leur sont apparues les différences, les contradictions, les contrastes flagrants entre ce qui leur était montré et ce qu’ils saisissaient subrepticement de la réalité environnante. C’est donc bien par l’exercice d’une pensée libre, qui procède par une approche inductive de la réalité en refusant de déduire dogmatiquement la vérité des principes de la doctrine, qu’Istrati et Gide ont percé le mensonge recouvrant la nature exacte du régime soviétique, et qu’ils ont vu se dévoiler progressivement, comme par degré, le vrai visage de l’URSS. Et cette révélation était si incroyable, et surtout si douloureuse, qu’ils hésitèrent à croire d’emblée à l’ampleur du désastre, accordant le plus longtemps possible crédit au doute et essayant, vainement, de minimiser l’importance des faits découverts. C’est pourquoi ce n’est que plusieurs semaines après leur arrivée, et même plusieurs mois pour Istrati, qu’après « mûr examen »25 et non « à la légère »26, comme il fut reproché à Gide, que les deux écrivains conclurent à la faillite irrécusable du système et dénoncèrent le mensonge promu désormais comme véritable moyen de persuasion de la classe ouvrière internationale.  

32Au nombre des scandaleuses réalités que recouvrait ce mensonge, l’incroyable injustice sociale qui régnait au pays de la « société sans classe » s’avérait pour le visiteur perspicace et non prévenu, la plus difficile à admettre tant elle était, d’une part, inconcevable pour des esprits honnêtes et, d’autre part, soigneusement cachée au prolétariat mondial par une habile propagande. Elle n’échappa cependant ni à la clairvoyance d’Istrati ni à celle de Gide qui en dressèrent chacun un sévère réquisitoire.

33Istrati, saisissant cette corruption d’un des principes fondamentaux du marxisme dix ans seulement après la révolution, soulève la question que Gide posera à son tour, de l’origine de cette altération. S’agissait-il d’une déviation du système qu’une reprise en main pouvait rectifier ou d’une dépravation inhérente au système ? Question à laquelle tous deux apporteront des réponses différentes liées à l’évolution de l’URSS au cours des années séparant leur témoignage. Toujours est-il que c’est bien le même constat sur la réapparition d’une société fortement inégalitaire que l’on retrouve, à sept ans d’intervalle, lorsqu’Istrati révèle dès 1929 :

Le sort de l’ouvrier qui n’est qu’ouvrier, celui du paysan qui n’est que paysan […] n’a rien de réjouissant sous la dictature communiste. Peu de travail et mal rétribué, chômage, privations, persécutions d’un côté ; favoritisme, triage sur le volet, débauche, sinécures […] de l’autre27.

34et que Gide note à propos de l’ouvrier soviétique dans les Retouches en 1937

Mais il est exploité tout de même, et d’une manière si retorse, si subtile, si détournée, qu’il ne sait plus à qui s’en prendre. Ce sont ses salaires insuffisants qui permettent les salaires disproportionnés des autres. Ce n’est pas lui qui profite de son travail, de son « surtravail », ce sont les favorisés, les bien vus, les souples, les gorgés28.

35Et les deux textes abondent en semblables remarques qui toutes font en outre ressortir le rapport étroit entre cette inégalité sociale et la capacité des privilégiés du régime à approuver sans réserve toutes les décisions, toutes les directives émanant de la hiérarchie du parti. Car Istrati et Gide ont tous deux parfaitement saisi le caractère liberticide du système soviétique forçant les individus à se conformer en tout à la fameuse « ligne » hors de laquelle il était impossible, sous peine de brimades, de persécutions voire d’élimination, de parler, d’agir, de penser.

36 Particulièrement sensible, du fait de son individualisme, à l’uniformisation des individus et au modelage de la pensée, Gide a tôt fait de comprendre comment le parti, en imposant un nouveau dogme et en muselant toutes les opinions divergentes, a crée un nouveau conformisme. Car désormais au sein de cette société, ne sont reconnus et considérés que ceux qui « consentent à entrer dans la ronde, à jouer le jeu29 », c'est-à-dire ceux pour qui le conformisme est devenu une « seconde nature » tant leur esprit, façonné par le moule doctrinaire, a abdiqué toute pensée personnelle, tout regard critique ; paradoxe dans un régime se réclamant du marxisme dans lequel la critique est une donnée fondamentale, et qui prouve combien celui-ci avait falsifié le principe même dont il se réclamait. Pointant le conformisme de la société soviétique, Gide rapporte dans ses Carnets d’URSS : « Il n’avait qu’à se conformer. Il ne veut pas. Que celui qui ne conforme pas crève. Persistance du plus apte. Le plus apte est le plus conforme30. » Car, loin de désaliéner l’homme en émancipant son esprit de toute idéologie politique ou religieuse, comme le marxisme y prétend, le système soviétique est conçu de telle façon que ses principaux rouages contribuent au contraire à l’asservir en le normalisant comme en témoigne par exemple le rôle tenu par la presse dans la société soviétique.

37De sorte que sont systématiquement écartés tous ceux qui se refusent à approuver aveuglément, tous ceux qui osent émettre un jugement différent ou une critique à l’égard du régime car « Penser par soi-même, c’est aussitôt devenir "contre-révolutionnaire". On est mûr pour la Sibérie31. » Et c’est ainsi que sont en définitive éliminés ceux qui refusent de plier leur pensée aux mots d’ordre, ou dont la conscience rejette les compromissions et les bassesses, les probes, les sincères, autrement dit, les meilleurs éléments de la société pour ne laisser prospérer que les individus les plus médiocres. Or, c’est cette catégorie capable de tout admettre, fût-ce l’inacceptable, parfaitement à l’aise dans le mensonge et dans l’hypocrisie et, pour cette raison, particulièrement choyée par le régime, qui constitue la nouvelle classe privilégiée, avide de biens matériels, satisfaisant ses envies de petite bourgeoisie au détriment de la masse des ouvriers et des paysans bâillonnés et opprimés.

38En outre, ces nouveaux nantis qui appartiennent à la génération née avec le siècle et n’ont donc pas connu la révolution, ont abandonné les valeurs qui avaient fait la grandeur de l’idéal révolutionnaire ; se contentant désormais de profiter de ses acquis matériels, et prêts à se battre égoïstement pour les conserver, ils ne reculent devant aucune bassesse, de sorte que l’ensemble de l’édifice social se trouve gangréné par une profonde corruption. Celle-ci se manifeste par des scandales de toute nature que le régime étouffe afin de préserver ses appuis, et dont l’Affaire Roussakov apparaît comme emblématique en ce qu’elle condense, aux yeux d’Istrati, tous les vices du système soviétique. Il écrit :

Entre les causes qui l’ont fait éclater et l’abominable dénouement qu’elle vient d’avoir, en passant par les multiples péripéties de son développement, toute l’Union soviétique est là : économiquement, politiquement, humainement et surtout, hélas, moralement32.

39Or, d’une dégradation morale aussi profonde du système, Istrati ne se doutait pas, même après six mois passés en URSS. Jusqu’alors en effet en dépit des inégalités qu’il avait découvertes, en dépit de la répression exercée à l’encontre de l’opposition, avec l’exil de Trotski et celui de Rakovski, malgré les dysfonctionnements observés, jamais Istrati n’avait suspecté la moralité foncière du régime et de ses élites, jamais il n’avait soupçonné que la corruption eût atteint le cœur du régime, jamais il n’avait imaginé que ce fût, selon l’expression de Gide « au profond du fruit que le ver se cache33 ». Mais avec l’Affaire Roussakov, il découvre tous les ressorts d’un complot entièrement monté et relayé par les différentes instances bureaucratiques. Parvenu jusqu’au sommet le la hiérarchie en la personne du chef de l’Etat Kalinine qu’il rencontre le 5 février 1928, il prend conscience que la faillite morale n’épargne aucun organe dirigeant de la vie soviétique : « Il m’est impossible de faire le bilan de cette immoralité. Elle remplirait des volumes et comprendrait toute la hiérarchie, du sommet à la base, dans l’URSS et dans l’Internationale…34 »

40 L’Affaire Roussakov lui faisait aussi comprendre comment la masse ouvrière et paysanne était prise en otage et réduite au silence par le biais d’une discrimination touchant les individus dans leurs moyens de subsistance, en privant de travail tous ceux qui manifestaient tant soit peu leur désaccord face aux dérives du régime car ainsi que le constate Gide : « Le prolétariat est joué. Bâillonné, ligoté de toutes parts, la résistance lui est devenue à peu prés impossible35. »

41 D’autant que, bien avant que ne soit introduit officiellement en 1935 « le principe de responsabilité collective, familiale et extra-familiale dans les affaires d’espionnage36 » c'est-à-dire, en clair, la délation systématique, cette pratique était déjà répandue dans la société soviétique, avec les effets dramatiques que l’on connaît, puisqu’Istrati la décèle et la dénonce dès 1929 comme l’une des plus grandes turpitudes du régime :

Ils (les officiels) ont installé, consciemment, l’injustice chez eux […] Leur corruption est des plus inhumaines : si vous voulez manger […] il faut être dans la « ligne » ; il faut encore dénoncer le camarade frère qui s’y refuse37.

42Si l’Affaire Roussakov avait révélé à Istrati toute l’immoralité du régime soviétique, elle lui avait aussi découvert le vrai visage politique de la dictature du prolétariat. Mais alors qu’il avait espérer y trouver « une totale extension de la liberté sous la dictature d’une aristocratie du cœur sortant de ce prolétariat qui (avait) tant pâti du manque de liberté38 », c’est une société entièrement soumise au pouvoir inquisitorial d’une bureaucratie hypertrophiée et totalement corrompue qui s’offre à lui. Car en voulant sauver Roussakov, Istrati a en effet découvert une monstrueuse machinerie bureaucratique dont les rouages, une fois enclenchés par la police politique aux ordres du pouvoir, s’appuyant les uns sur les autres broient impitoyablement l’individu que le régime a décidé d’éliminer. De sorte que la patrie du socialisme se révèle sous le jour d’une parfaite dictature où une poignée d’hommes, aux ordres d’un chef suprême, s’appuyant sur une caste de privilégiés serviles d’une part, et sur l’appareil policier faisant régner la terreur d’autre part, maintient la masse du peuple dans l’oppression. Et Istrati, ayant saisi tous les mécanismes du stalinisme qui aboutiront dix ans plus tard à la terreur des grandes purges, est alors le premier intellectuel – et le seul à son époque – à établir publiquement un parallèle entre communisme et fascisme puisqu’il écrit :

Exploiter les hommes, les faire vivre d’un morceau de pain noir, en leur enlevant même le pitoyable droit de rouspéter, puis fusiller celui qui a crié un jour, rien que crié, un peu plus fort que de coutume, cela, cela n’existe nulle part sur terre, pas même chez Mussolini !39

43Constat iconoclaste dressé par un homme seul, honnête et sincère, qui juge en dehors de tout cadre idéologique et se révolte au nom de la vérité. C’est au même constat que parviendra Gide sept ans plus tard, et qu’il choisira lui aussi de révéler afin d’éclairer le monde, notamment les communistes français, sur la réalité politique et humaine de la patrie prolétarienne devenue, sous la férule de Staline, « Le Pays du Grand Mensonge » et fort peu dissemblable de l’autre dictature du siècle, il écrit :

D’autre part, la moindre protestation, la moindre critique est passible des pires peines, et du reste aussitôt étouffée. Et je doute qu’en aucun autre pays aujourd’hui, fût-ce l’Allemagne de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif, plus vassalisé40.

44Après avoir analysé comment ces deux personnalités opposées sont parvenues au même constat accablant sur l’URSS, il faut à présent définir la conception de l’engagement que cette démarche sous-tend.

45La vérité sur l’URSS une fois découverte, Istrati et Gide n’entendent évidemment pas la passer sous silence car ce serait alors rejoindre dans le mensonge la cohorte de ceux qui, à l’instar de Gorki, fustigé par Istrati, se sont fait, par intérêt ou lâcheté, les complices de l’imposture. Aussi, par honnêteté morale et intellectuelle, au nom de la sincérité revendiquée tout au long de son œuvre, Gide refuse de taire, même provisoirement, pour des raisons politiques, ce que lui a dévoilé l’expérience. Car, tout comme Istrati, il défend une conception avant tout éthique de l’engagement qui enjoint à l’intellectuel, quels qu’en soient les désagréments et les conséquences politiques, de ne rien dissimuler de ce qu’il considère comme utile au triomphe des causes justes.

46Esprits libres dont aucun dogmatisme n’a aliéné la faculté de jugement, Istrati et Gide se refusent donc à transiger avec cette valeur fondamentale fût-ce pour atteindre les buts les plus louables. C’est que tous deux se réfèrent à une conception éthique qui s’inscrit dans le droit fil de celle des écrivains et des intellectuels de la IIIème République. Considérant la vérité, la justice, la liberté et les droits à la personne comme des valeurs intangibles, l’esprit de leur engagement se rattache en effet à celui de l’intelligentsia apparue au moment de l’Affaire Dreyfus plus qu’à celui du militantisme communiste des années trente ; et même si c’est à cette époque que Gide se rapproche du Parti, c’est dans cette perspective éthique que s’inscrit résolument sa démarche :

Il n’y a pas de parti qui tienne – je veux dire : qui me retienne – et qui ne puisse m’empêcher de préférer, au Parti même, la vérité. Dés que le mensonge intervient, je suis mal à l’aise ; mon rôle est de le dénoncer. C’est à la vérité que je m’attache ; si le Parti la quitte, je quitte du même coup le Parti41.

47La notion d’engagement ayant évolué au gré des modifications sociopolitiques, il convient à présent de définir à quelle conception se rattache la démarche d’Istrati et de Gide, ce qui revient à préciser les motivations qui la sous-tendent. En premier lieu s’impose, naturellement, la notion de responsabilité, laquelle revêt alors deux aspects. Il s’agit d’abord de celle de l’écrivain reconnu qui, conscient de son influence, sait que ses prises de position et ses choix vont en déterminer d’autres et qui, se sentant dés lors responsable de l’orientation d’autrui, s’impose de faire connaître ce qu’il juge en toute conscience nécessaire, y compris la reconnaissance de ses propres erreurs. C’est le sentiment de cette responsabilité qui constitue l’un des ressorts de la démarche testimoniale de Gide : « Si je me suis trompé tout d’abord, le mieux est de reconnaître au plus tôt mon erreur ; car je suis responsable, ici, de ceux que cette erreur entraîne42. »

48Ensuite, pour Istrati comme pour Gide, la responsabilité s’exerce aussi envers les victimes des oppressions devant lesquelles ils se sentent investis du devoir de parler, devoir d’autant plus impérieux que règnent autour de leurs souffrances le silence de plomb des intellectuels abusés par la propagande ou, pire, enferrés dans leur mauvaise foi. Istrati clame ainsi l’accablement que fait peser sur lui cette responsabilité contractée face à tous ceux qui se sont ouverts à lui avec l’ultime espoir qu’il fasse entendre au monde libre leur cri de détresse :

Des yeux que je n’oublierai jamais, des voix qui tonnent encore dans mon cœur, m’ont jeté sur les épaules des charges qui m’écrasent et que je ne peux plus soutenir. Je vois sur mon papier l’image des hommes hâves, squelettiques, aux regards fous, chancelant de colère autant que de privations et qui me disent :

 – A la façon dont nos Pravda parleront de toi nous saurons si, à l’étranger, tu as tenu ta parole ou si tu n’es qu’une fripouille43.

49Ainsi, Istrati et Gide se rejoignent une fois encore lorsqu’ils laissent éclater, dans leur propos d’une étonnante proximité, la même indignation face à la conspiration du silence entretenue en Occident autour de la réalité soviétique, faisant dramatiquement ressortir le poids de la responsabilité qui leur incombe ; poursuivis par le souvenir des individus victimes du système, ils se trouvent en effet tous deux comme acculés au témoignage, forcés de faire résonner la voix des opprimés étouffée par la scandaleuse soumission des élites intellectuelles à la loi du silence imposée par le Parti, Gide écrit :

Ces victimes, je les vois, je les entends, je les sens tout autour de moi. Ce sont leurs cris bâillonnés qui m’ont réveillé cette nuit ; c’est leur silence qui me dicte aujourd’hui ces lignes […] En faveur de ceux-là, personne n’intervient […] ceux à qui l’idée de justice et de liberté tient à cœur […] les Barbusse, les Romain Rolland, se sont tus, se taisent ; et autour d’eux l’immense foule prolétarienne aveuglée44.

50Réquisitoire sans appel qui reprend, comme en écho, celui formulé sept ans auparavant par Istrati lorsqu’il écrivait :

Mais où sont les intelligences supérieures qui […] en Europe et dans le monde, veuillent s’inquiéter du sort que le fascisme russe réserve aux meilleurs révolutionnaires de notre temps ?45

51Si l’on se réfère à présent à la définition de Simone de Beauvoir pour qui l’engagement « n’est pas autre chose que la présence totale de l’écrivain à l’écriture46 », c'est-à-dire que celui-ci engage « la totalité de sa personne » dans son œuvre en y déposant « l’ensemble des valeurs auxquelles il croit, et en y faisant paraître sa vision du monde47 », il paraît clair qu’Istrati et Gide s’imposent bien, dans leur œuvre, comme des écrivains engagés mais, paradoxalement, en-dehors de leur compagnonnage au côté des communistes, dans la mesure où les valeurs auxquelles ils croient sont des valeurs spirituelles et morales et non idéologiques et politiques. S’agissant d’Istrati qui, dans tous ses écrits, de fiction, autobiographiques, journalistiques, n’a cessé de défendre les humbles, les opprimés de toute la terre au nom de l’amour, de la justice et de la liberté, l’engagement est bien réel et constitue même le ressort principal de sa vie et de son œuvre vouées, jusqu’au sacrifice, à la défense des valeurs morales les plus hautes et au service de l’humanité. En ce sens, son engagement est proche de celui du premier Romain Rolland celui qui, en 1915, dans Au-dessus de la mêlée, défendait les valeurs spirituelles d’idéal et de désintéressement, ce qui explique au reste l’admiration sans borne qu’il vouait à l’auteur de Jean-Christophe. Quant à Gide, c’est aussi dans l’ensemble de son œuvre qu’il se manifeste comme écrivain engagé puisque c’est là, lorsqu’il dénonce le conformisme bourgeois ou affirme ses convictions sur l’homosexualité, qu’il engage la « totalité de sa personne en assumant pleinement la responsabilité de ses choix ». A l’inverse, lorsqu’il se rapproche des communistes mais qu’il refuse d’engager son art en le mettant directement au service de la cause prolétarienne (à la très minime exception des Nouvelles nourritures terrestres), c’est alors qu’il s’éloigne de l’engagement au sens sartrien du terme ; non pas désengagé, mais plutôt « dégagé » c'est-à-dire au-delà des contraintes idéologiques liées au combat politique. Et si Istrati ne revendique pas explicitement, comme Gide, cette liberté de l’artiste et de l’œuvre d’art, cette exigence se manifeste de fait puisque jamais, durant son compagnonnage auprès des communistes, il n’a donné une œuvre au service de la cause et que seul, au contraire, le virulent pamphlet Vers l’autre Flamme est directement inspiré de l’expérience révolutionnaire.

52Ainsi se dessine la position singulière des deux écrivains face à l’engagement. Compagnons de route des communistes par idéal, mais refusant d’abdiquer leur indépendance d’esprit en se soumettant, et en soumettant leur œuvre, à des impératifs dogmatiques en contradiction avec les valeurs qui sous-tendent cet idéal, Istrati et Gide ont préservé leur autonomie littéraire et leur intégrité intellectuelle. Concevant l’engagement comme l’exercice d’une conscience morale garantissant à l’humanité le respect des valeurs démocratiques et non comme un acte politique et partisan qui les mettrait au service d’une idéologie, ils ont ainsi échappé au dilemme sartrien : « trahir le prolétariat pour servir la vérité ou trahir la vérité pour servir le prolétariat48 ». Héritiers des intellectuels de la fin du XIXe siècle, ils se sont ainsi séparés de la plupart de leurs contemporains qui, d’Aragon à Sartre en passant par le Romain Rolland des dernières années, happés par le courant idéologique, ont succombé aux engagements doctrinaires. Restés fidèles aux valeurs éthiques ils ont su, à l’époque des défis totalitaires, maintenir intacte leur indépendance d’esprit.

53Au terme de cette étude que peut-on retenir de la démarche respective de Panaït Istrati et d’André Gide, et quels enseignements peut-on en retirer ? C’est en suivant les axes de réflexion constitués d’une part par la problématique de la rencontre et, d’autre part, par la notion d’exemplarité que cette question nous paraît devoir être abordée.

54La rencontre de ces deux écrivains, au niveau intellectuel et moral, se présente d’abord sous la double modalité de l’adhésion et du refus. Le premier point de convergence se situant à ce que l’on pourrait nommer « le rendez-vous de l’utopie » voit en effet Istrati et Gide se rejoindre dans l’adhésion enthousiaste aux idéaux révolutionnaires d’Octobre Rouge où se retrouve d’ailleurs la plupart des esprits éclairés et progressistes de l’entre-deux-guerres. Car après la tragédie du premier conflit mondial, qui avait bouleversé les consciences et remis en question le modèle social en ébranlant les certitudes de la bourgeoisie, la révolution prolétarienne était apparue comme une ouverture permettant de repenser le politique et comme un espoir de construire, sur de nouveaux rapports, une société plus juste et plus libre. Séduits par les promesses de la société sans classe où la personne, délivrée de toutes les oppressions liées au capitalisme, était censée atteindre à l’épanouissement matériel et spirituel, Istrati le prolétaire et Gide le grand bourgeois ont choisi de soutenir le communisme en compagnons de route convaincus. Convaincus, mais pas aveugles. Car si, partageant tous deux les valeurs de justice, de liberté, de fraternité et communiant dans un amour profond de l’être humain, ils se rencontrent bien une première fois à l’apogée de la courbe de l’espoir, l’attachement à ces mêmes valeurs les réunit à nouveau dans la dénonciation sans appel de la faillite du système soviétique. Cette double rencontre aux extrémités de la trajectoire qui dessine, entre espoir et désillusion, le cheminement intellectuel des deux premières générations du XXe siècle, se révèle significative en ce qu’elle fournit tout à la fois l’exemple d’une participation de l’écrivain au débat sociopolitique de son temps et celui, exceptionnel à l’époque, du refus de tout endoctrinement idéologique. Elle montre comment ces deux personnalités « en situation » dans leur époque, sensibles aux courants qui l’ont traversée ont su résister, par la force du sentiment allié au plein exercice de leur raison, aux dogmatismes qui, annihilant le jugement et paralysant les consciences, ont précipité de nombreux esprits contemporains parmi les plus brillants, dans les aveuglements les plus coupables. Foncièrement dissemblables mais partageant les mêmes valeurs morales et spirituelles, c’est au carrefour de l’humain que se croise leur démarche, d’abord dans l’élan enthousiaste suscité par l’utopie marxiste et son généreux idéal, puis dans la condamnation de la dérive totalitaire et criminelle du régime soviétique qui s’en réclamait, enfin dans le refus de dissimuler la vérité dans un silence complice.

55Ainsi analysé, le cheminement d’Istrati – comme celui de Gide – se révèle exemplaire à maints égards. D’abord, évidemment, par le courage dont il témoigne, courage dont la virulence des attaques contre les deux écrivains donne la mesure. Ensuite, et surtout, l’exemplarité de leur démarche, et ce en quoi elle demeure toujours actuelle, réside dans leur refus opiniâtre d’asservir la pensée à un système ou à un dogme, dans leur rejet des idées toutes faites, du « prêt à penser », des mots d’ordre, autrement dit dans leur commune affirmation de la souveraineté absolue de l’esprit. Car à leurs yeux, seul celui-ci, fertilisé par le sentiment et affermi par la conscience morale, est capable de préserver contre les endoctrinements aveugles et les tyrannies qui en résultent. Si bien qu’apparaît clairement le lien étroit qui dans leur conception unit l’écriture à l’éthique puisque pour eux, l’écrivain véritable n’a finalement pas d’autre rôle que celui de dévoiler, dans son art, la vérité – vérité de l’être et vérité du monde – au-delà de toute considération politique.

56 Fidélité absolue à la vérité et prééminence de l’éthique au fondement de l’écriture, telle est donc la réponse littéraire, qu’entre deux barbaries, Istrati et Gide ont opposée à la défaite de l’esprit.

Notes de bas de page numériques

1 André Malraux, André Gide, le Contemporain capital, Opéra, 21 février 1951.
2 Panaït Istrati, Vers l’autre Flamme, Rieder, 1929, Œuvres III, Paris, Editions Phébus, 2006, coll. « Phébus libretto », p. 469.
3 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, Les Nouvelles Littéraires, 1929 et 1930, Œuvres III, Paris, Editions Phébus, 2006, coll. « Phébus libretto », p. 429.
4  Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 429.
5 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 430.
6 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 429.
7 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 434.
8 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 429.
9 Panaït Istrati, Vers l’autre Flamme, p. 469.
10 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 430.
11 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 442.
12 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 441.
13 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 424.
14 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 427.
15 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 427.
16 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 427.
17 Panaït Istrati, Vers l’autre Flamme, p. 463.
18 Panaït Istrati, « Adhérer ou ne pas adhérer », Les Nouvelles Littéraires, 20 juillet 1933, Œuvres III, Paris, Phébus 2006, coll. « Phébus libretto » p. 692.
19 Panaït Istrati , « Adhérer ou ne pas adhérer », p. 691.
20 André Gide, Si le grain ne meurt, Paris, Gallimard, 1955, Souvenirs et Voyages, Paris, Gallimard, 2001, « Bibliothèque de La Pléiade », p. 200.
21 Panaït Istrati, Le vagabond du monde, Paris, Editions Plein Chant, 1989, pp. 50-51.
22 André Gide, Journal II 1926-1950, Paris, Éditions Gallimard, 1997, « Bibliothèque de La Pléiade », p. 584.
23 André Gide, Journal II 1926-1950, p. 586.
24 Benoît Denis, Littérature et engagement de Pascal à Sartre, Paris, Editions du Seuil, 2000, coll. « Points-essais », p. 85.
25 André Gide, Retour de l’URSS, Paris, Gallimard, 1936, Editions Gallimard, 2001, Souvenirs et Voyages, « Bibliothèque de la Pléiade », p. 760.
26 André Gide, Retouches à mon « Retour de l’URSS », Paris, Gallimard, 1937, Editions Gallimard, 2001, p. 809.
27 Panaït Istrati, Vers l’autre Flamme, p. 534.
28 André Gide, Retouches à mon « Retour de l’URSS », p. 821.
29 André Gide, Journal, Carnets d’URSS, p. 540.
30 André Gide, Journal, Carnets d’URSS, p. 538.
31 André Gide, Retouches à mon «Retour de l’URSS », p. 818.
32 Panaït Istrati , Vers l’autre Flamme, p. 478.
33 André Gide, Retouches à mon « Retour de l’URSS », p. 806.
34 Panaït Istrati , Vers l’autre Flamme, p. 478.
35 André Gide, Retouches à mon « Retour de l’’URSS », p. 826.
36 Hélène Carrère d’Encausse, L’URSS de la révolution à la mort de Staline 1917-1953, Paris, Editions du Seuil, 1993, coll. « Points-Histoire », p. 190.
37 Panaït Istrati, Vers l’autre Flamme, pp. 478-479.
38 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 433.
39 Panaït Istrati, Vers l’autre Flamme, p. 590.
40 André Gide, Retour de l’URSS, p. 774.
41 André Gide, Retouches à mon « Retour de l’URSS », p. 837.
42 André Gide, Retour de l’URSS, p. 750.
43 Panaït Istrati, Vers l’autre Flamme, p. 569.
44 André Gide, Retouches à mon « Retour de l’URSS », pp. 836-837.
45 Panaït Istrati, Pour avoir aimé la terre, p. 435.
46 Simone de Beauvoir, La Force des Choses, T. I, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1972, p. 65.
47 Littérature et engagement, p. 44.
48 Jean Paul Sartre, Situations, III, Paris, Gallimard, 1949, p. 172.

Bibliographie

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KUPFERMAN Fred, Au pays des soviets, le voyage français en Union soviétique 1913-1939, Tallandier, Paris, 2007

Becque Antoine de, (dir.), Les Écrivains face à l’Histoire (France 1920-1996), collection BPI en Actes, Actes du colloque organisé à la Bibliothèque publique d’information (22 mai 1997)

MAURER Rudolf, André Gide « engagé » (1932-1937) in Cadmos n°1, 1978

MEMMI Albert, L’Écrivain peut-il dire oui ? ou la révolte d’André Gide in Cahiers André Gide 3 Le Centenaire, Gallimard, 1972

NAVILLE Claude, André Gide et le communisme suivi d’études et fragments, avec une préface de Pierre Naville, Librairie du Travail, 1936

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ROBERT Pierre-Edmond, Europe 1934-1939 : Les voyages en U.R.S.S. Actes du colloque « Europe, une revue de culture internationale, 1923-1998 »

ROY Guy, Louis Guillaume et Panaït Istrati, « Les Amis de Louis Guillaume », n° 26, 2001

SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres récits politiques 1908-1947, Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 2001

SOUVARINE Boris, Panaït Istrati et le communisme, Éditions Champ Libre, Paris, 1981

Pour citer cet article

Frédérica Zéphir, « L’éthique au-delà du politique. Étude comparative des relations de voyage en URSS de Panaït Istrati et d’André Gide », paru dans Loxias, Loxias 22, mis en ligne le 15 septembre 2008, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/06/02/index.html?id=2585.


Auteurs

Frédérica Zéphir

Professeur de lettres modernes, a fait ses études à la faculté de Nice où elle a obtenu un doctorat de littérature comparée sur le sujet : La quête de l’unité dans l’œuvre de Virginia Woolf. Intéressée par les rapports de l’éthique et de l’écriture ainsi que par l’œuvre de Panaït Istrati, elle a présenté en 2003 une conférence « Éthique et marginalité dans les récits d’Adrien Zograffi de Panaït Istrati », publiée sur le site du CIRPLES .Elle a aussi travaillé sur Stefan Zweig (« Une écriture entre les lignes de l’Histoire : fiction narrative et vérité historique dans Marie Stuart de Stefan Zweig »), 2006.