Loxias | Loxias 2 (janv. 2004) Eclipses et surgissements de constellations mythiques. Littératures et contexte culturel, champ francophone (1ère partie) |  Figures. Explosion, latence, résurgence de mythes structurant les créations littéraires, plastiques, lyriques 

Myriam Watthee  : 

De Virgile à Bauchau : la descente aux Enfers comme motif d’une « identité narrative »

Résumé

Dans l’œuvre de l’écrivain belge contemporain Henry Bauchau, on observe la présence récurrente, d’éléments qui inclinent à comprendre que la descente aux Enfers — particulièrement dans son acception initiatique commentée par Paul-Augustin Deproost — est un motif structurel essentiel de son imaginair. C’est pourquoi, dans ses écrits intimes qui parlent de sa vocation littéraire autant que dans ses textes poétiques et narratifs qui mettent en scène un JE fictionnel analysant ou écrivain, il est possible de percevoir l’aventure d’Énée à l’arrière-plan de l’évocation de la descente dans les profondeurs. De même que le héros virgilien pénètre aux Enfers pour y recevoir l’enseignement de son père qui le libère du passé et le place face à son avenir, de même le JE des écrits autobiographiques, poétiques ou narratifs d’Henry Bauchau cherche à s’exorciser de son passé pour s’ouvrir à l’avenir.

Index

Mots-clés : Bauchau (Henry) , descente aux enfers, identité narrative, littérature belge, psychanalyse, Virgile

Plan

Texte intégral

1NB : Cette étude complète celle de Paul-Augustin Deproost : « La descente d’Énée aux Enfers. Mort symbolique et temps aboli » ; les deux textes ont fait l’objet d’une communication commune au colloque Éclipses et surgissements mythiques des 22-24 mars 2001.

2L’écrivain belge contemporain Henry Bauchau note dans son Journal que Virgile figure parmi ses dix auteurs préférés. Dans le bulletin de la Société des Lecteurs de Jean Paulhan, on cite […] ses écrivains préférés :

« Shakespeare, Tolstoï, Proust, Borgès, Bertaut, Villon. […] ce sont aussi des écrivains que j’aime énormément. Est-ce que je les préfère ? Il y en a bien d’autres que j’aime. Comment oublier Sophocle, Virgile, Baudelaire, Rimbaud […], Kafka »1.

3Il (Bauchau) se souvient par ailleurs qu’il a été amené à traduire le Chant VI de l’Énéide au cours de ses études. Ce serait là une remarque sans importance si l’on n’observait la présence récurrente, dans son œuvre littéraire, d’éléments qui inclinent à comprendre que la descente aux Enfers — particulièrement dans son acception initiatique commentée par Paul-Augustin Deproost2 — est un motif structurel essentiel de son imaginaire.

4Indépendamment de toute intertextualité virgilienne, le poème qui ouvre l’œuvre publiée d’Henry Bauchau, rédigé en 1956 et intitulé Géologie, manifeste une valorisation de la découverte des profondeurs :

« Je vis le long de jours très lents. Un torrent coule. Il va du temps à l’autre dimension du cœur. Où s’en vont ceux qui ont suivi la profondeur. Car s’en vont ceux qui ont suivi la profondeur . Car le fond seul est véritable à notre attente. [...] Visions de mondes engloutis, débris cruels vont animer nos feux de forge et de pulsion » 3.

5Ces quelques vers permettent au poète une expression métaphorique de l’expérience dont sa vocation littéraire est tributaire, à savoir la psychanalyse. Car Blanche Reverchon-Jouve, l’analyste d’Henry Bauchau, signifie à son patient que « le levier de [s]on analyse, c’est l’écriture »4. L’une et l’autre vont devenir indissociables dans son existence, et marquer dans celle-ci le moment d’une initiation fondamentale :

« Vous vous étonnerez peut-être de me voir, parlant de la genèse de ma poésie, vous parler autant de l’analyse. C’est que dans ma vie l’écriture et l’analyse se sont intimement liées. L’une a libéré l’autre et toutes deux ont continué à agir et à évoluer ensemble. L’analyse a été la coupure, l’étape décisive de ma vie. Il y a celui que j’ai été avant elle et dont je regrette souvent l’assurance, les certitudes et ce qui me semble maintenant l’ignorante innocence. Il y a celui qui est après et dont tout l’univers intérieur a été labouré, transformé par l’expérience de l’inconscient et la découverte des terres inconnues de mon être »5.

6Or, si Henry Bauchau décrit son entrée en analyse par la métaphore du « labyrinthe »6 ou de la « caverne »7, et son expérience poétique comme « le désir de s’enfoncer »8, il désigne celle qui lui sert de guide, l’analyste, sous l’appellation de « Sibylle »9. C’est donc en nouvel Énée qu’Henry Bauchau aborde l’analyse et l’écriture, qui évoquent pour lui l’épisode virgilien de la descente au royaume d’Hadès.

7C’est pourquoi, dans ses écrits intimes qui parlent de sa vocation littéraire autant que dans ses textes poétiques et narratifs qui mettent en scène un JE fictionnel analysant ou écrivain, il est possible de percevoir l’aventure d’Énée à l’arrière-plan de l’évocation de la descente dans les profondeurs. De même que le héros virgilien pénètre aux Enfers pour y recevoir l’enseignement de son père qui le libère du passé et le place face à son avenir, de même le JE des écrits autobiographiques, poétiques ou narratifs d’Henry Bauchau cherche à s’exorciser de son passé pour s’ouvrir à l’avenir. Liée à l’élucidation personnelle de son auteur, cette œuvre met ainsi en scène un JE textuel selon des modalités particulièrement éclairantes quant à ce que Paul Ricœur appelle « l’identité narrative », c’est-à-dire « cette forme d’identité à laquelle l’être humain peut accéder au moyen de la fonction narrative »10, et qui a pour premières caractéristiques d’être cumulative et évolutive.

8Notre hypothèse est que la descente aux Enfers virgilienne a donné à Henry Bauchau une matrice structurelle qui lui a permis de moduler sa propre « identité narrative », une identité forgée dans un récit susceptible de donner sens (signification et orientation) tant à un vécu qu’à une œuvre. Dans cette perspective, les textes d’Henry Bauchau seront pris ici comme un ensemble dès lors qu’ils présentent un cas clair de ce que Pierre-Jean Dufief appelle « la circularité des textes du moi »11, soit un jeu incessant d’échos intérieurs, les mêmes éléments se trouvant déployés dans différents genres textuels. Mais nous n’aborderons ici que les textes dans lesquels intervient le personnage de la Sibylle et qui mettent en scène un JE narrateur qui présente une certaine transparence à l’égard du JE de l’écrivain ; il s’agit donc du début du parcours littéraire, le théâtre excepté12. Nous commencerons par relever les éléments qui rappellent l’épisode virgilien de la descente aux Enfers, et nous envisagerons ensuite non plus les éléments de surface, mais la structure profonde de l’analogie, à partir des clefs de lecture données par Gilbert Durand.

9La présence affirmée de la Sibylle en tant que guide intervient pour la première fois dans un texte poétique intitulé L’Escalier bleu, rédigé parallèlement à l’élaboration du premier roman, La Déchirure13, dédié à l’analyste Blanche Reverchon-Jouve, et qui s’ouvre sur cet exergue :

« Nous ne sommes pas dans la réconciliation. Nous sommes dans la déchirure. On peut vivre aussi dans la déchirure. On peut très bien » (La Sibylle).

10Si l’on perçoit d’emblée ici la fonction anxiolytique de ce personnage, on remarque également que sa présence, dans le poème, est associée à l’idée d’une épreuve dans laquelle intervient, curieusement, l’allusion à un « charron »14. Dans le poème, l’initiation est entièrement exprimée dans la symbolique des lieux. Ainsi l’arrachement à la quiétude innocente :

« Les nœuds du cœur, les nœuds de l’âge et ceux des mots tout noués sont encore à l’ancienne demeure où j’ai vécu parmi les chambres familières l’amour du monde avant sa chute dans le froid » 15.

11La descente se trouve figurée par le topos de « l’escalier bleu », un escalier dont Henry Bauchau précise dans le roman :

« C’est une surprise, le même escalier a été pour [mon frère] celui qui monte, et pour moi, celui qui descend. J’aurais dû m’y attendre pourtant. Le mouvement le plus nécessaire, c’est, pour moi, de retrouver le sol et d’aller vers la profondeur »16.

12Dans le texte poétique, l’accent est mis sur l’attirance du gouffre et le danger de la descente d’une part, et sur le rôle catalyseur de la Sibylle d’autre part :

« L’escalier descendait vers la ferme et les granges où tournaient les saisons, pailles hautes, royaumes suivis de mort prochaine et de vents, sapinières où l’hiver mâchonnait le rouille des aiguilles. C’était un escalier tournant de pierres bleues toujours humide, avec sa voûte qui suintait une rampe élimée, ses cals, ses jointures où l’on sentait l’usure immense des années
le poids des hommes fatigués, le poids des pauvres. Comme il était profond et sombre on avait peur de commettre la faute et le désir secret d’y tomber, entraînant la plus belle servante. […] Tout le désir de l’ombre attirait l’escalier d’un cœur lourd vers le bas, la naissance de l’herbe et la joie qui montait des servantes moqueuses portant les grands paniers de linge du soleil avec des rires de genêts, des bras soudains, la sibylle riant obscure du corsage »17.

13On ne peut qu’être frappé par le jeu de clair-obscur qui rejoint celui du chant virgilien tel que Paul Augustin Deproost l’a étudié18. On lit également dans le roman que l’escalier « est toujours obscur. Quand on descend vers la cour, on est ébloui par la lumière »19. On retrouve bien ici cette « obscurité, propédeutique à la Révélation » qu’a évoquée Joël Thomas dans son étude des Structures de l’imaginaire dans l'Énéide20.

14La Sibylle joue ici le même rôle que chez Virgile : elle accompagne Énée dans son difficile parcours des profondeurs :

« J’avance pas à pas dans ce labyrinthe de sons, de regards et de souvenirs lacérés, sans savoir où il va me mener. Parfois je suis seul et cela fait peur. Le plus souvent je suis poussé et soutenu par le silence de la Sibylle »21.

15Elle protège le héros des dangers qui le guettent, même si cette protection semble plus imaginaire que réelle :

« Mon petit (oui, j’entends distinctement l’esprit de la Sibylle qui me dit : mon petit) tu t’étais approché trop près de la mort. […]

On dirait alors que sa voix tout intérieure et pareille à celle de la Sibylle dit très doucement : Arrête, mon petit. N’interroge plus. Ne t’approche plus si près de la mort. Laisse-moi faire »22.

16Si la Sibylle antique aide son protégé en lui indiquant les vrais objets de son combat et les auxiliaires dont il dispose, son homologue moderne, en tant que psychanalyste, amène son patient à percevoir ses forces là où il les ignore : elle lui montre que ce qu’il présente comme un récit autobiographique est une fiction, en tant que telle plus importante que les faits parce qu’investie d’une interprétation personnelle qui révèle son identité. A cet effet, elle traite les personnes évoquées par l’analysant comme autant de personnages qui prennent leur sens à l’intérieur d’une construction littéraire, sans nécessaire référentialité dans le vécu :

« Mérence existait en vous. Ça doit suffire, non ? […] Eh bien ! défendez-la, votre Mérence, puisque vous l’avez produite »23.

17Elle indique à son patient les mécanismes producteurs de sens de la mise en intrigue, et permet ainsi à son « identité narrative » d’émerger :

« Je me souviens qu’à cet instant j’ai partagé avec la Sibylle un long silence. Puis elle a demandé : Où était Olivier ? Où était Olivier ? C’est à cela qu’on n’avait pas pensé. C’était ça, le détail qui clochait. Maintenant l’événement est devenu si serré qu’on ne peut plus rien y fourrer. Inutile de chercher, il n’y a plus de place pour Olivier. […] À quoi est-ce qu’Olivier vous servait ? À me mettre en colère. Elle approuve, elle dit : C’est ça. 24 Elle montre également les pièges à éviter, comme celui de l’identification pernicieuse : « C’est quand on était presque parvenu à être Olivier que ce non formidable éclatait. Qui affirmait par le refus : Tu es toi. Tu entends : toi ! » »25.

18Elle montre également les pièges à éviter, comme celui de l’identification pernicieuse :

« C’est quand on était presque parvenu à être Olivier que ce non formidable éclatait. Qui affirmait par le refus : Tu es toi. Tu entends : toi ! »26

19Mais la similarité fonctionnelle des deux Sibylles en tant qu’adjuvants des héros n’implique pas leur identité. Car Virgile décrit une initiation traditionnelle supposant une distribution claire des rôles, comme l’a souligné Paul-Augustin Deproost27, tandis que Bauchau exprime le brouillage des évidences contemporaines ; en ce sens, sa Sibylle n’est pas entièrement assimilable à son homologue antique. D’une part, elle s’exprime davantage par ses silences que par ses prises de parole ou ses actions, ce qui reporte la responsabilité du sens sur l’instance interprétative, et d’autre part, elle se présente moins comme un guide que comme une simple auxiliaire, elle-même soumise à l’épreuve sans assurance de la surmonter :

« Elle me regarde avec une espèce de fatigue. Elle est une Sibylle moins ancienne, beaucoup moins ancienne qu’autrefois, peut-être une femme, qui a aussi ses fardeaux.

Qui peut savoir si c’est moi, qui vous tire dans la sape, ou vous, qui me poussez. Nous y sommes tous les deux, mon cher, c’est tout »28.

20La Sibylle moderne peut donc apparaître au héros comme une simple présence qui peut même devenir une épreuve pour son compagnon de route :

« Ce n’est pas ce que je croyais, la Sibylle n’est pas celle qui sait, encore moins celle qui conseille. Elle est celle qui est assise et qui écoute. Alors que je suis toujours ailleurs, dans le passé ou dans l’avenir, elle est présente, elle est là. Insignifiante, parfois […]. On est surpris de ressentir à quel point, malgré ou à cause de sa puissance assise, sa nature est intérieurement remuante. Ce qui inquiète, car en somme on voudrait bien ne plus bouger. Comment faire avec cette matière — ou cette pensée — féminine qui voltige autour de vous, qui vous pousse sans cesse en avant ou en arrière, qui dérange votre coiffure, bouleverse vos idées et votre confort et vous fait sentir de mille et une manières que vous êtes un lourdaud, toujours à côté de ce qui est vrai et amusant »29.

21Ce décalage à l’égard du modèle antique se retrouve en ce qui concerne l’épreuve qualifiante des héros : si la Sibylle peut être valorisée par le fait qu’elle habite « aux environs des Champs-Elysées »30, aucun rameau d’or ne vient, dans la fiction contemporaine, donner au narrateur l’assurance de sa qualité héroïque. Toutefois, une scène « biographique » qu’Henry Bauchau désigne comme la « circonstance éclatante »31 qui domine son enfance et qu’il présente comme le garant de sa vocation d’écrivain — une scène dont il dit ne s’être souvenu qu’à la fin de sa première analyse — peut jouer ici ce rôle qualifiant. Henry Bauchau y décrit en effet comment un mouvement du soleil s’est porté un court instant sur l’enfant qu’il était, éclairant la lame métallique du sabre qu’il tenait à la main :

« Le soleil […] parvient jusqu’à moi. Il touche de ses rayons la lame du sabre, il la fait scintiller dans ma main et illumine mon visage. Je tiens — oui, c’est moi qui l’ai — l’objet mâle et brillant. La petite figure s’éclaire d’un rire émerveillé et stupéfait. Le temps de cette lumière aussitôt rappelée par l’ombre, je suis appelé, nommé, peut-être désigné pour un événement inespérable et pourtant secrètement espéré. […] Tenant le sabre, tenant la plume, j’ai une arme pour faire face à l’opacité du monde »32.

22La continuité entre ce JE pseudo-biographique — il s’agit d’une conférence dans laquelle l’écrivain est censé présenter la genèse de son œuvre — et le JE narrateur du poème L’Escalier bleu ou du roman La Déchirure est marquée entre autres par l’identité du pseudonyme donné au frère aîné : Olivier, alors qu’il se prénomme Jean dans la réalité. C’est qu’il n’y a pas lieu, ici, de distinguer le réel du fictif : il s’agit de considérer les lignes de force qui se dessinent à l’intérieur d’un ensemble de textes qui, tous, contribuent à ce que Paul Ricœur nomme « l’identité narrative de la mise en intrigue »33, c’est-à-dire le développement de la représentation de l’écrivain devenu un personnage de récit, un personnage que l’on ne peut développer qu’en le racontant davantage, et dont l’identité se construit avec l’histoire racontée, fut-elle constituée de fragments appartenant à des genres littéraires distincts qui en modulent les différents accents. Pierre Jean Jouve, le poète et compagnon de l’analyste d’Henry Bauchau, disait : « Il faut avoir le courage de penser que l’on a construit, sa vie durant, une cathédrale »34 ; c’est dans cette perspective que nous faisons ici d’Henry Bauchau l’auteur d’une œuvre unique bâtie en vue de l’élucidation personnelle.

23Dans les premiers textes, le JE narrateur s’avère très proche du JE de l’écrivain : le premier roman, La Déchirure, puise largement dans l’histoire personnelle de l’auteur en mettant en scène la mort de sa mère, inscrite dans la relation d’une cure psychanalytique qui conduit à une vocation d’écrivain. On y voit aussi le narrateur accomplir, comme Énée, le rite de purification nécessaire à l’initiation, soit les funérailles maternelles. Le second roman, Le Régiment noir, s’appuie encore sur des données biographiques explicitées dans un article paru dans les Études freudiennes : « La Pauvreté du père »35. Henry Bauchau y évoque sa seconde psychanalyse, menée par Conrad Stein36. L’image de la Sibylle, évoquée par souvenir37, s’efface dans le second roman au profit de celle du père qui devient, comme Anchise, source de révélation : le narrateur entend « une phrase de l’analyste, une phrase du père qui [l]’incite de façon sourde mais pressante »38 à entreprendre son travail d’écriture39. Comme dans l’Énéide également, il est question d’un changement de lieu qui ouvre sur un nouvel avenir, car tant l’écrivain réel que le narrateur romanesque expliquent que, pour se réaliser, le héros a besoin de se rendre « à l’autre bout de la mer »40, c’est-à-dire en Amérique, « dans le pays des fils »41. Le Régiment noir s’ouvre sur un arbre généalogique, ce qui dit assez l’importance qu’y joue la lignée.

24Le romancier commente ce livre par une formule qui rappelle le rite de purification appliqué précédemment à la mère, car il précise qu’il a, « selon [ses] forces, élevé le monument du père »42. De plus, le récit se clôture sur l’idée d’un sacrifice nécessaire, ce qui ne va pas sans rappeler la troisième condition de l’initiation d’Énée, convié à satisfaire les dieux infernaux par une offrande :

« Il faut que le sang, dont le fils a animé la double image du père, soit versé. Froid et rapide, sur la pierre du petit matin, il faut un sacrifice »43.

25Ici encore, l’écrivain souligne la parenté des éléments romanesques et vécus, puisqu’il précise dans le commentaire autobiographique :

« Pour couper les liens avec le père imaginaire, pour libérer le père mort et vivant dans l’écriture, il faut un sacrifice. Un sacrifice du sang et il faut que ce soit le vôtre. Puisqu’il n’y a plus de lieu de culte ni de table de sacrifice, une hémorragie, une longue opération annoncées par un rêve que vous n’avez pas voulu lire feront l’affaire »44.

26L’offrande sanglante d’Henry Bauchau fait écho à celle d’Énée aux dieux infernaux, qui consiste en un sacrifice d’animaux dont on recueille « dans les patères le sang tiède »45. Mais elle rappelle aussi que le talisman, dans l’univers imaginaire du romancier contemporain, est celui de « la circonstance éclatante », soit la plume lumineuse de l’écrivain, et que l’offrir (comme Énée offre en finale le rameau d’or à la reine des Enfers) signifie mettre un terme à l’activité d’écriture, ce qui est effectivement réalisé par le sacrifice du narrateur.

27Le roman Le Régiment noir relate la participation du héros à la Guerre de Sécession en mettant l’accent sur la connotation de la descente :

« On descend — pourquoi descend-on, ce n’est pas une image, c’est le mouvement qu’on fait — on descend toujours plus profondément vers le sud […] Il ne faut que descendre, accepter de descendre avec les eaux une insensible pente »46.

28L’aspect initiatique du parcours est clairement marqué : le protagoniste effectue une traversée de la mort en participant à la « guerre totale » et en subissant l’épreuve d’une agonie ; il est totémisé par une jeune Indienne tandis que son double l’est par un sorcier noir. Contre toute attente, on voit réapparaître dans ce contexte américain le topos de « l’escalier bleu », ainsi que le personnage de Mérence, la « belle servante », ici devenue une femme de race noire. Le héros et Mérence « descendent l’escalier bleu »47 ensemble, et c’est la jeune femme qui permet au guerrier de regarder la mort comme un passage vers un renouveau :

« [A]-t-elle vu les morts, les vrais morts des champs de bataille, avec leurs pieds nus et bleuis parce que les vivants ont besoin de souliers ? Est-ce qu’elle a vu ses amis décomposés en matières puantes, en formes vagues, saturées par les mouches ? Alors que sait-elle de la mort ? Elle dit : C’est la récolte. À cela on n’avait pas pensé »48.

29La descente au royaume des morts donne donc, comme pour Énée, l’accès à une ère nouvelle ; elle ré-enclenche le mouvement du temps après un retour nécessaire à l’origine. Car Bauchau a fait revenir le héros de La Déchirure au pays de son enfance, et il a déplacé celui du Régiment noir dans une Amérique qui est « un pays d’avant, un pays d’amont où les traces de l’origine ne se sont pas encore effacées »49. À tous deux, il a fait éprouver une distorsion temporelle, qui peut conduire à une forme d’une abolition du temps. Le narrateur du premier roman considère sa mère « comme un enfant dont [il] est responsable »50, et celui du second déclare :

« Le temps va s’écouler, on le sait, mais rien n’est plus rongé ni détruit. Toute la vie vécue, tout ce qui reste à vivre s’équilibre avec ce qui est »51.

30Dans le récit-cadre de ce roman, c’est au prix d’un bouleversement de la chronologie ordinaire que l’avenir peut se construire, puisque le narrateur doit enfreindre la vérité historique pour donner à son père un destin héroïque imaginaire et, par là même, faire advenir sa propre vocation d’écrivain :

« Vous le plongez ainsi au cœur de vos perplexités, en lui donnant 21 ans en cette année 1861, bien qu’il ne soit né qu’en 1879 dans ce qui semblait jusqu’ici la réalité. Mais qu’importe la chronologie puisque c’est vous — son fils — qui l’envoyez en Amérique pour y faire la guerre. La guerre de Sécession »52.

31Remarquons au passage que, de même qu’Énée reçoit l’enseignement de son père sans arriver à l’embrasser, chez Henry Bauchau, aucun rapprochement ne peut s’opérer entre le narrateur et son géniteur, car le témoignage d’affection du fils se heurte à un père « à jamais insondable »53.

32Si la construction de l’« identité narrative » du père mène ici à faire « non un roman historique, mais un roman avec l’histoire qui opérerait la transfiguration du père »54, ce qui entraîne à transgresser la rigidité du temps, il semble que, pour Henry Bauchau, l’expérience de l’écriture littéraire et celle de la cure analytique, qui sont les deux formes de constitution de sa propre « identité narrative », soient également de l’ordre de la distorsion temporelle. Commentant son propre parcours, Henry Bauchau déclare : « Je me suis aperçu que c’est en creusant son propre passé qu’on ouvre la voie de son futur »55. L’inspiration poétique est pour lui en ce sens « un moment de bonheur où [il] communique avec un profondeur, avec un immense passé, tout en [se] dirigeant, de façon imprécise mais certaine, en avant »56. Une expérience qui l’amène à ce qu’il appelle « la mémoire de son futur »57, ce qui ne va pas sans évoquer l’enseignement d’Anchise tel que l’a commenté Paul-Augustin Deproost58. On retrouve ici la remontée du temps à contre-courant et la double valeur temporelle (linéaire et essentielle) qui caractérise également le Chant VI de l'Énéide59, comme l’a montré Joël Thomas.

33Au-delà de ces rapprochements qui concernent les modalités de la mise en intrigue à travers le système des personnages, l’ordre des actions, le cadre spatial et temporel, on peut observer dans les textes d’Henry Bauchau la présence de figures associées par Gilbert Durand au thème de la descente.

34En tout premier lieu, celui-ci insiste sur le phénomène de la lenteur, lié à la prudence qu’exige la descente qui « risque à tout instant de se confondre et de se transformer en chute »60. Le thème de la chute, connoté sexuellement, marque fortement, on l’a vu, le topos de « l’escalier bleu » ; la lenteur caractérise dès lors l’initiation qui s’y présente comme une chute maîtrisée. Dans le premier roman, le narrateur et sa mère descendent conjointement un escalier onirique dans la lenteur :

« Sur les marches étroites, appuyant l’un à l’autre nos côtés paralysés, nous avançons très lentement, une lampe à la main. heureux en somme, et cherchant le trésor perdu »61.

35De même dans le second récit, le héros et Mérence devenus amants opèrent ensemble la descente dans la sérénité dès lors qu’elle est censée les mener à une fête :

« Ce jour n’est-il pas le plus lent, le plus impénétrable de l’année ? […] On a tout le temps, toute la fin du jour, toute la soirée et toute la nuit pour trouver le lieu de la fête du Grand Été »62.

36Toutes les descentes initiatiques s’effectuent dans la lenteur dans cet univers de fiction. Ainsi, le héros du Régiment noir entre dans la « guerre totale » en descendant vers le sud « au rythme lent de cette marche, de ce pèlerinage ordonné par Sherman »63. Or l’on retrouve la même caractéristique dans la représentation de l’inspiration poétique, décrite par Henry Bauchau comme « le moment de la patience, de la ténacité [pendant lequel] il faut sonder, remettre en question, attendre, laisser se faire les gouffres, les ponts, les pertes et les liaisons nécessaires »64.

37En outre, l’écrivain recourt à la métaphore de la matière pour dépeindre l’inspiration poétique comme « le désir de s’enfoncer — et peut-être de se perdre — dans une matière. Matière verbale, matière d’images, de sons et de sens. Matière de l’écriture elle-même qui est toujours pour [lui] matière féminine »65. Il rejoint ainsi l’interprétation durandienne de la descente en tant qu’axe intime, « ‘rentrée’ plus ou moins cœnesthésique et viscérale »66. Cette connotation permet de comprendre comment « le gouffre transmué en cavité devient un but et la chute devenue descente se transforme en plaisir ». Joël Thomas fait remarquer que chez Virgile, du double aspect maternel et effrayant de la caverne67, il n’en reste qu’un dans l’épisode terrifiant de la descente aux Enfers68. L’ambivalence est clairement présente chez Henry Bauchau, où le topos de l’« escalier bleu » permet de mettre l’accent sur la transcription de cette angoisse parfois mêlée de désir :

« L’escalier tournait, je n’ai pas su prendre le tournant. Il était raide, j’ai eu peur de tomber. J’ai dû avoir aussi le désir de la chute »69.

38Gilbert Durand souligne que « paradoxalement, l’on descend pour remonter le temps et retrouver les quiétudes prénatales »70, ce qu’expriment également chez l’auteur contemporain les nombreuses allusions à la quête de la mère, trésor perdu71. Cette attitude va de pair avec une prédilection pour l’oxymore72 ou pour les formules d’inversion73, parmi lesquelles au premier chef l’ambivalence contenant-contenu, que Gilbert Durand appelle « le complexe de Jonas ». Celui-ci se retrouve mis en œuvre dès les premiers poèmes d’Henry Bauchau74 ; il revient ultérieurement à plusieurs reprises par allusion75. Cette structure d’inversion est génératrice d’un processus de redoublement des images, sur lequel l’écrivain souvent fait reposer les effets poétiques, comme on le voit par exemple dans le recueil Liant déliant76, dans lequel chaque poème reçoit pour titre un participe présent suivi de sa négation. Ce procédé semble caractéristique de l’écriture poétique d’Henry Bauchau, comme nous avons pu l’évoquer ailleurs sous l’appellation de « la fausse symétrie »77. Un seul exemple :

« Nous sommes et nous ne sommes rien. Rien que ceux que la terre en tournant délirait »78.

39Et ce dédoublement observable dans l’écriture poétique marque également la structuration des récits, où l’on retrouve invariablement la duplication héroïque. Dans cet univers littéraire, en effet, aucun protagoniste n’apparaît isolément ; il est nécessairement dédoublé en un couple formé d’antagonistes dont l’un sert de révélateur à l’autre : c’est, dans La Déchirure, Olivier pour le héros/narrateur, et dans Le Régiment noir, la scission de la figure centrale en Pierre, l’homme blanc, et Johnson, l’homme noir. Remarquons à cet égard que le thème des frères ennemis restera omniprésent dans toute l’œuvre79. En un mot, chez Henry Bauchau, la structuration de l’imaginaire semble bien comporter certains invariants associés par Gilbert Durand à la valorisation de la descente, d’où son intérêt pour le récit mythique de la descente aux Enfers.

40Quel rôle joue dès lors, plus précisément, l’intertexte virgilien ? Sans doute le personnage d’Énée, partagé entre son engagement dans l’Histoire (son aspect épique) et ses aspirations spirituelles (la révélation des mystères), peut-il condenser les deux aspects de la dialectique du Moi et du monde présents chez Henry Bauchau. Et sans doute le livre VI, que Joèl Thomas qualifie de « sorte d’autopsychanalyse »80, offre-t-il une représentation métaphorique pertinente de la double démarche analytique et littéraire d’Henry Bauchau. La valeur initiatique de ce passage virgilien offre incontestablement un cadre de référence particulièrement riche pour l’expression d’une « identité narrative » évolutive.

41Mais plus spécifiquement, ce Chant VI offre à l’écrivain contemporain la possibilité de consolider sa propre édification littéraire grâce à un intertexte particulièrement structuré en ce qui concerne les personnages, les situations, la symbolique des lieux et du temps, ce qui lui permet de s’y inscrire en décalage pour exprimer les interrogations de ce temps : les profondeurs pourraient-elles — contrairement à l’imaginaire chrétien qui, comme l’a souligné Paul-Augustin Deproost81, a réduit l’image des Enfers à celle d’un point de chute sans retour — reprendre un sens positif pour un écrivain qui s’est détaché de son ancrage chrétien pour se rapprocher de l’imaginaire antique ? Le passé mortifère peut-il être en même temps générateur de vie ? Existe-t-il un guide fiable depuis l’ère du soupçon ? La lenteur aurait-elle encore quelque valeur dans cette civilisation du rendement ? À toutes ces questions, Henry Bauchau a choisi de répondre par la voie de la psychanalyse, doublée de l’expérience de l’écriture ; il a voulu confier indissociablement à l’une et à l’autre son « identité narrative ». Ce faisant, il a emprunté une voie qui « [lui] permet ou [le] contraint d’aller vers le futur à travers l’évocation d’un passé très lointain »82. Est-ce dès lors un hasard s’il privilégie un épisode mythique dans lequel l’initiation porte sur une identité conquise à la faveur de la croisée des morts et de la descendance ? Un texte où l’avancée dans les territoires de l’ombre se fait dans la patience, et accompagné d’un auxiliaire bienveillant, comme l’est le psychanalyste83, et comme l’est devenue pour lui l’écriture ?

42En un mot, la descente aux Enfers d’Énée relatée par Virgile a donné à l’écrivain tant un cadre de référence mythique qu’il a pu investir d’une signification personnelle, qu’un antécédent textuel dans lequel il a pu reconnaître l’exploitation littéraire aboutie de structures imaginaires qui sont également les siennes, mais dans une configuration par rapport à laquelle il se sent en retrait. C’est pourquoi l’épisode virgilien n’a jamais été réécrit par lui en tant que tel, mais seulement utilisé dans une perspective citationniste : reconnaissance de dette, et reprise, au sens de suture. Car le texte virgilien sert ici à recoudre la « déchirure », à surmonter la « sécession » intérieure ; Henry Bauchau n’aurait pas pu reprendre l’épisode du Chant VI comme tel, trop sensiblement positif pour s’appliquer à sa propre perception de l’initiation, marquée par les fractures intérieures et le doute : à partir du Chant VII, Énée est devenu capable d’interpréter seul les signes du fatum, ce qui ne sera jamais acquis mais toujours en voie d’acquisition seulement pour Henry Bauchau, qui reporte sur l’écriture (et non sur le JE) la faculté de la clairvoyance :

« […] on n’était qu’une partie séparée, blessée, d’un tout immense et inconnaissable. On avait voulu écrire, on écrivait pour découvrir l’admirable secret que ce tout ne pouvait manquer de contenir […]. Je n’ai écrit que pour ce secret et naturellement je ne l’ai pas découvert. J’en découvre parfois quelques signes dans mes œuvres, j’en devine la rumeur mais seulement comme on peut, sur la rive, par un jour de brouillard, entendre sans la voir la présence de l’océan »84.

43Henry Bauchau, qui dit être devenu écrivain « par espérance », a ainsi trouvé dans le livre VI de l’Énéide des points d’appui pour cet espoir ; il l’a dès lors utilisé par diffraction. « Ce n’est pas moi qui vais vers le poème, c’est lui qui vient vers moi »85 dit-il à propos de l’inspiration poétique ; nous pourrions conclure cette étude en le plagiant pour affirmer que ce n’est pas Bauchau qui est allé vers le mythe, c’est le mythe qui est venu à lui, sous la forme d’une construction littéraire qui s’est avérée susceptible de lui offrir les cadres — à réinvestir — de la mise en intrigue, diffuse dans toute son œuvre, de sa propre « identité narrative ».

Notes de bas de page numériques

1 H. Bauchau, Journal d’Antigone (1989-1997), (2 novembre 1992), Arles, Actes Sud, p. 189.
2 Cf supra, Deproost P.A. « La descente d’Énée aux Enfers. Mort symbolique et temps aboli ».
3 Bauchau H., Géologie, dans Poésie (1950-1986), Arles, Actes Sud, 1896, pp. 14-15.
4 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, Louvain-la-Neuve, Faculté de philosophie et lettres de l’Université catholique de Louvain, (Chaire de Poétique), 1988, p. 9.
5 Ibidem.
6 Ibidem.
7 Idem, p. 10
8 Idem, p. 15
9 « Je suis soutenu par une parole de celle que je n’appelle plus mon analyste mais la Sibylle », idem, p. 9
10 Ricœur P., « L’identité narrative », dans Revue des Sciences humaines, tome LXXXXV, n°221, janvier-mars 1991, pp. 35-47.
11 Dufief P.J. (éd.), Les écritures de l’intime. La correspondance et le journal, Paris, Champion, 2000, p. 8.
12 Nous n’envisagerons donc pas ici les textes plus tardifs du cycle œdipien, qui ne répondent pas à ces critères.
13 Ces textes paraîtront en 1964 et 1966 chez Gallimard.
14 « Il fallait traverser au milieu des fumées/l’office où s’affrontaient le charron et les gardes », dans Bauchau H., L’Escalier bleu, dans Poésie (1950-1986), op.cit., p. 61.
15 Ibidem.
16 Bauchau H., La Déchirure, Bruxelles, Labor, 1986, (Espace Nord), p. 94. Voir également p. 66 : « Je pourrais dire, et je dis, que l’escalier avait deux volées. Olivier voulait toujours prendre celle qui monte et moi celle qui descend. Cela avait un sens, peut-être ».
17 Bauchau H., L’Escalier bleu, dans Poésie (1950-1986), op.cit., pp. 61-62
18 Cf supra : Deproost P.A. « La descente d’Énée aux Enfers. Mort symbolique et temps aboli ».
19 Bauchau H., La Déchirure, op.cit., p. 60.
20 Thomas J. Structures de l’imaginaire dans l’Énéide, Paris, Belles Lettres, 1981, p. 194.
21 Idem, p. 183.
22 Idem, p. 182 et p. 187. C’est nous qui soulignons.
23 Idem, p. 67.
24 Idem, p. 66 et p. 110.
25 Idem, p. 85.
26 Idem, p. 85.
27 Cf supra : Deproost P.A. « La descente d’Énée aux Enfers. Mort symbolique et temps aboli ».
28 Idem, p. 70.
29 Idem, p. 52.
30 Idem, p. 27.
31 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 1.
32 Idem, pp. 3-4.
33 Ricœur P., op.cit., p. 37.
34 Jouve P.J., En miroir. Journal sans date, dans Œuvre II, Paris, Mercure de France, 1987, p. 1079.
35 Bauchau H. « La pauvreté du père », dans Études freudiennes n°11-12, 1976, pp. 37-41 ; repris dans L'Écriture à l'écoute, Arles, Actes Sud, 2000, pp. 79-84.
36 Conrad Stein est significativement assimilé à « la pyramide de Saqqara, sur laquelle tout est, depuis toujours, écrit en hiéroglyphes » (ibid, p.81), soit une allusion au sacré connotée par la mort.
37 Ibid, p. 34.
38 Ibid, p. 80.
39 Remarquons que l’image du père est, dans l’univers littéraire d’Henry Bauchau, celle du « conteur », celui qui a le don de raconter, comme Anchise en quelque sorte. Cf. entre autres le poème Le Conteur (dans Poésie (1950-1986), op.cit., p. 71) et La Déchirure, op.cit., p. 44.
40 Bauchau H., Le Régiment noir, Paris, Gallimard, 1972 ; rééd. : Bruxelles, Les Éperonniers, 1987 (Passé Présent) ; Arles, Actes Sud, 2000 ; rééd. en poche : Bruxelles, Labor, 1992, (Espace Nord), p. 35.
41 Bauchau H. « La pauvreté du père », op.cit., p. 80.
42 Ibid, p. 84.
43 Bauchau H., Le Régiment noir, op.cit., p. 375.
44 Bauchau H. « La pauvreté du père », op.cit., p. 83. Même chose dans L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 63.
45 Virgile, L’Énéide, traduction de Maurice Rat, Paris, Garnier-Flammarion, 1965, (Classiques Garnier), p. 136.
46 Bauchau H., Le Régiment noir, op.cit., pp. 330-331.
47 Ibid, p. 361. C’est nous qui soulignons.
48 Ibid, p. 362.
49 Ibid, p. 302.
50 Bauchau H., La Déchirure, op.cit., p. 13.
51 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 178.
52 Ibid, p. 17.
53 Bauchau H., Le Régiment noir, op.cit., p. 374.
54 Bauchau H. « Émergence de l’Amérique dans l’inconscient du romancier européen », dans Libertés n°6, 1973, p. 179.
55 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 6.
56 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 15.
57 Ibid, p. 4.
58 Cf supra : Deproost P.A. « La descente d’Énée aux Enfers. Mort symbolique et temps aboli ».
59 Voir Thomas J., op.cit., partie I, chap. V et partie II, chap. IV.
60 Durand G., Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod, 1992, p. 227.
61 « Sur les marches étroites, appuyant l’un à l’autre nos côtés paralysés, nous avançons très lentement, une lampe à la main. heureux en somme, et cherchant le trésor perdu », dans Bauchau H., La Déchirure, op.cit., p. 16.
62 Bauchau H., Le Régiment noir, op.cit., p. 362.
63 Ibid, p. 330.
64 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 15.
65 Ibidem.
66 Durand G., Les structures anthropologiques de l’imaginaire, op.cit., p. 227.
67 Ibid, p.230.
68 Thomas J., op.cit., p. 273.
69 Bauchau H., La Déchirure, op.cit., p. 61.
70 Ibidem.
71 Le roman La Déchirure est entièrement construit autour cette question. Voir aussi L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 36.
72 Ainsi cet « Abîme plus profond de l’espoir », dans Bauchau H., Caste des guerriers dans Poésie (1950-1986), op.cit., p. 22.
73 Un exemple : « Survient que ne comprenant plus, je suis compris », dans Bauchau H., Géologie, dans Poésie (1950-1986), op.cit., p. 12.
74 « Pourquoi choisir / d’être ce qui contient ? Quand tout est vain, sinon / sans fin, d’être sans fin contenu dans plus d’être », ibidem.
75 Notons par exemple le poème L’Arbre, dans Poésie (1950-1986), op.cit., p. 108, et le roman La Déchirure, où Jonas est cité explicitement (op.cit., p. 217), mais où il faut surtout remarquer la symbolique des lieux clos, car le héros passe de la « Maison chaude » à la « Maison froide », du grenier à la cave, du train à la Dauphine, etc.
76 Bauchau H., Liant déliant, dans Poésie (1950-1986), op.cit., pp. 81-90.
77 Watthee-Delmotte M., « Pour une fausse symétrie : l'imaginaire verbal et visuel d'Henry Bauchau de 1968 à 1975 », dans Textyles, numéro 16/17 : « La Peinture (d)écrite » sous la direction de L. Brogniez et V. Iago, 2000, pp. 90-99.
78 Bauchau H., La Délirée, dans Poésie (1950-1986), op.cit., p. 97.
79 Nous renvoyons ici à notre article « Idolâtries et égarements dionysiaques. La lutte fratricide chez Giono et Bauchau », dans Recherches et Travaux de l'Université Stendhal, n°58, hommage à Pierrette Renard : « Littérature et spiritualité », sous la direction de J.F. Louette, 2000, pp. 191-201.
80 Thomas J., op.cit., p. 285.
81 Cf supra : Deproost P.A. « La descente d’Énée aux Enfers. Mort symbolique et temps aboli ».
82 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 10.
83 Simone Vierne a souligné l’aspect initiatique de la cure analytique : « L’homme qui subit une analyse est amené à descendre en lui-même, dans les ténèbres de l’inconscient, où il retrouve son enfance […] sous la conduite d’un guide » : Rite, roman, initiation, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1987, p. 96.
84 Bauchau H., L’Écriture et la Circonstance, op.cit., p. 7.
85 Ibid, p. 14.

Pour citer cet article

Myriam Watthee, « De Virgile à Bauchau : la descente aux Enfers comme motif d’une « identité narrative » », paru dans Loxias, Loxias 2 (janv. 2004), mis en ligne le 15 janvier 2004, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/06/02/index.html?id=1310.


Auteurs

Myriam Watthee

Chercheur qualifié du fnrs Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve), Belgique