Loxias | Loxias 2 (janv. 2004) Eclipses et surgissements de constellations mythiques. Littératures et contexte culturel, champ francophone (1ère partie) |  Figures. Explosion, latence, résurgence de mythes structurant les créations littéraires, plastiques, lyriques 

Seza Yilancioglu  : 

Yachar Kemal, Ahmadou Kourouma : Mutations épiques. Le transport fugitif dans l’imaginaire 

Résumé

Dans certains pays, la sorcellerie, le rite, la magie occupent une place prépondérante dans l’organisation de la vie sociale, voire de la vie politique. Pour cette raison, cette étude de l’importance de l’univers imaginaire et des rêves chez l’être humain sera illustrée par les œuvres de deux écrivains contemporains qui comportent peu de traces communes du point de vue de la géographie, des habitudes, de la culture, des traditions ; sauf leur engagement de « Justes » au nom de l’humanité. Il s’agit de Yachar Kemal, écrivain turc contemporain, auteur de plus de vingt-quatre romans dont dix-huit traduits en français et en plusieurs autres langues, auteur de nouvelles, de reportages et d’Ahmadou Kourouma écrivain subsaharien, l’un des meilleurs exemples de la littérature francophone.

Index

Mots-clés : épopée , francophone, Kemal, Kourouma

Plan

Texte intégral

1Aujourd’hui débute un nouveau millénaire ; on constate que dans certains pays, la sorcellerie, le rite, la magie occupent une place prépondérante dans l’organisation de la vie sociale, voire de la vie politique. Pour cette raison, mon propos se développera autour de l’importance de l’univers imaginaire et des rêves chez l’être humain. Cette étude sera illustrée par les œuvres de deux écrivains contemporains qui comportent peu de traces communes du point de vue de la géographie, des habitudes, de la culture, des traditions ; sauf leur engagement de Justes au nom de l’humanité. Il s’agit de Yachar Kemal, écrivain turc contemporain, auteur de plus de vingt-quatre romans dont dix-huit traduits en français et en plusieurs autres langues, auteur de nouvelles, de reportages et d’Ahmadou Kourouma écrivain subsaharien, l’un des meilleurs exemples de la littérature francophone.

2Ces deux écrivains, tout en s’imprégnant de leurs cultures locales, parviennent à rejoindre la culture universelle et là, ils se trouvent dans la position du Juste. Leïla Sebbar classe les deux écrivains sur la même ligne à cause de leur sensibilité et de leur sens des responsabilités vis à vis de la tragédie de l’humanité, « Kourouma ne pouvait pas écrire un autre roman. Comme Yachar Kemal ou Naguib Mahfouz, il se trouve dans la positon du juste et il ne se détournera pas de cette sorte de mission, car comme eux, il accomplit une mission : dénoncer ceux qui accaparent le pouvoir, l’argent, la liberté du peuple, sa vie même »1. Ces propos sont écrits à l’occasion de la parution du roman ivoirien En attendant le vote des bêtes sauvages en 1998.

3Dans l’écriture des deux auteurs, les traces de leur engagement politique sont déguisées. Sous leurs plumes magiques, la prose de l’épopée, des légendes, la magie sont illustrées grâce à un mode de narration mythique qui s’oppose à l’évocation d’un monde dégradé de souffrance et de mort : celui de la tragédie de l’homme. Leurs romans combinent réalités et fantasmes.

4A. Kourouma comme Kemal, fait référence à la tradition orale et aux légendes pour dévoiler le mystère africain. Dans son œuvre, il existe beaucoup d’animaux totems car Kourouma comme son homologue turc a vécu au sein de la nature avec les animaux.

5Dans cette étude comparative centrée sur le rôle de l’imaginaire et des rêves dans les récits, je montrerai d’abord les motifs légendaires, épiques et magiques, ensuite le dévoilement de l’inconscient de l’homme à travers l’image du bestiaire dans l’œuvre de Yachar Kemal, et enfin pour nouer le propos, je mettrai l’accent sur les liens entre les deux écrivains : comment profitent-ils de leur environnement respectif local pour faire entendre leurs craintes à propos de leur peuple ?

6Pour illustrer ce propos j’ai choisi le cycle de Mèmed-le-mince (1955, 1969, 1984, 1987) de Yachar Kemal et En attendant le vote des bêtes sauvages (1998) d’Ahmadou Kourouma.

7Yachar Kemal se consacre à l’écriture au cours des années quarante et accélère ses activités littéraires dans la décennie suivante. Il confère un aspect nouveau à la littérature turque. L’écrivain écrit des romans courts ainsi que des romans fleuves qui embrassent le destin de la Turquie moderne et ancienne à travers le microcosme du peuple turkmène qui a vécu dans la Cukurova (littéralement « la plaine creuse »), située entre la chaîne montagneuse du Taurus et la mer Méditerranée dans le sud-est de la Turquie.

8Les œuvres du romancier turc nous amènent de Cukurova, univers de la plupart de ses romans jusqu’aux abords du Bosphore à Istanbul. Le choix du site géographique dépeint dans ses fresques épiques et mythiques s’explique en fonction de deux raisons fondamentales : l’auteur est originaire de cette région où il demeura jusqu’à l’âge de 25 ans, assistant au changement spectaculaire du progrès technique et économique de la région en qualité de journaliste. Il a fait des enquêtes approfondies pour dénoncer toutes les injustices dont les paysans étaient victimes. Cette province éloignée des grands axes routiers, commerciaux et politiques du pays est subitement touchée par la modernité. L’auteur lui-même vit et participe à ce bouleversement. Ce lieu géographique suscite une problématique extrêmement large : les mutations d’une société archaïque rurale soudainement confrontée à la modernité capitaliste.

9En partant du problème socio-économique de la plaine de la Cukurova, l’écrivain brosse un tableau en profondeur de la réalité de la toute jeune république turque, s’attardant sur l’histoire des anciens nomades et les changements multiples dont la société fait l’objet. Avant de revenir à nos jours, il remonte d’abord jusqu’au XIXème siècle pour évoquer la difficile sédentarisation des nomades turkmènes. Il raconte aussi la vie des personnages historiques et leurs aventures en remontant encore plus haut jusqu’au XIIIème siècle et même au XIIème siècle, inscrivant ses héros dans des contextes historiques qui les rendent crédibles.

10En effet ce peuple enraciné dans le Sud anatolien, connaît, en moins d’un siècle, la sédentarisation à la fin du XIXème siècle, la guerre d’indépendance en 1919-1922, la fondation d’un nouvel état de type occidental en 1923, la seconde guerre mondiale et l’industrialisation entraînant la modernisation de la vie agricole.

11Arrêtons-nous sur quelques titres de romans : La légende des mille taureaux (1971) où l’écrivain raconte la difficile et la triste sédentarisation des derniers nomades au début du XXème siècle, et Les Seigneurs de l’Aktchasaz (1973, 1975). Composé de deux tomes : Meurtre au marché des forgerons et Tourterelle ma tourterelle, ce texte relate le choc, l’enthousiasme du peuple qui accompagne la transition de la vie traditionnelle à la modernité. Ce passage socio-économique se révèle dans le cadre du plan Marshall, au lendemain de la seconde guerre mondiale. En s’appuyant sur le bouleversement psychologique des paysans, l’écrivain souligne d’une manière épique la disparition des traditions séculaires au profit de l’individualisme, de l’argent et de la destruction de la nature. C’est une œuvre épique ayant pour cadre la mutation du milieu paysan sous l’effet de la mécanisation.

12Le romancier se définit d’ailleurs comme un « romancier du changement social » car il a lui-même témoigné sur l’arrivée des machines agricoles, le déclin des traditions séculaires, le choc culturel et la destruction de la nature, la naissance d’un nouveau type d’homme, « l’homme capitaliste » dans la plaine de la Cukurova.

13On ne peut manquer de relever le cycle de Mèmed-le-mince dont le titre éponyme porte le nom de son héros épique. Dans le dernier livre, Yachar Kemal transpose l’histoire pour retracer les événements socio-politiques et économiques qui se sont déroulés dans la Turquie moderne entre 1925 et 1938. En dépit de l’évolution chronologique du personnage sur une période de cinq ans, l’écrivain place son propre héros dans une période historique beaucoup plus large pour donner du crédit à la fiction. L’écrivain, en fait, a rédigé ces quatre tomes dans les années 1955-1987. Au cours des trente dernières années, la Turquie connaît différents stades socio-économiques et culturels qui s’interpénètrent dans le roman.

14Dès la parution de son premier roman Mèmed-le-mince (1955), premier tome du cycle, l’écrivain est considéré comme un « barde authentique », tandis que son œuvre est considérée comme l’« épopée de l’Anatolie », l’« épopée des paysans », un cycle épique paysan.

15Le cycle est centré sur les aventures du personnage Mèmed-le-mince, brigand au grand cœur qui avait pris le maquis pour une simple raison : se venger de son « seigneur » le propriétaire de son village, qui l’empêchait de se marier avec sa bien-aimée parce que le « seigneur » avait choisi cette même jeune fille pour son neveu. C’est ainsi qu’il devient un « obligé » et se doit de défendre les droits des paysans pauvres exploités et écrasés sous le joug des grands propriétaires terriens. Son but est de faire régner la justice. Ses aventures sont caractérisées par ses actions héroïques, largement supérieures à la dimension humaine. Le héros mythique est une figure emblématique dans laquelle se manifestent un certain nombre de valeurs : bravoure, esprit de justice, ruse, courage, honnêteté. La psychologie du héros s’enracine dans un réel vécu et partagé par le lecteur. Le personnage principal, Mèmed, héros paysan finit par s’incarner dans la vie réelle : les gens commencent à raconter que Mèmed avait bien vécu dans leur région2.

16C’est la raison pour laquelle Mèmed-le mince provoque l’empathie. Ainsi il incarne de façon archétypique et universelle, la Révolte face à l’injustice.

17Sa gloire, ses combats, ses exploits s’amplifieront d’un tome à l’autre. A la fin du premier tome, le héros finit par être bandit d’honneur. De cette manière il entre dans la légende où il concilie son impossible retour, fort de son aura surhumaine. Dans les deux derniers tomes ses attributs magiques, légendaires et sacrés viendront s’ajouter à la perfection de toutes les qualités humaines : bravoure, courage, honnêteté, révolte contre l’injustice ; il est devenu un maquisard. Son parcours qui a commencé par l’enlèvement de sa bien-aimée continuera en compagnie de sa femme ainsi qu’avec l’aide d’une mère adoptée dans le deuxième tome et s’enrichira d’une autre mère adoptée ; le héros agira sous la protection de la petite-mère Sultan, chef de l’Hospice des Quarante-yeux, communauté sacrée, dans le troisième et quatrième tomes. Cette femme sacrée guérit le héros grâce à sa force surnaturelle transmise par ses ancêtres saints. Sa force sera cachée dans certains objets vénérés comme la bague talismanique qu’elle a offerte au fugitif. Grâce aux objets vénérés portés sur lui et sur sa monture, le héros défie les seigneurs ainsi que les notables.

18Mèmed-le-mince devient ainsi un héros invincible, symbole de la justice aux yeux des paysans, et signe d’un grand danger pour les grands propriétaires. Ces derniers finiront par se persuader que tant que le cheval sera vivant et que la Petite-Mère Sultan vivra, ils ne pourront ni faire arrêter ni tuer le champion des paysans. De même, les habitants de la Cukurova se laisseront emporter par l’idée que « le cheval porte en lui l’âme de Mèmed ».

19Un jour, le cheval après sa mort ressuscite ainsi que douze hommes sacrés ; les disciples des Quarante Bienheureux (membres d’une secte de l’Islam) le conduisent dans la montagne pour le rendre immortel3. Or, les aventures de l’alezan du héros ne sont pas très éloignées de celles de Kirat (= cheval gris) dans l’Epopée de Keuroglu (= fils d’aveugle). C’est d’ailleurs par cet alezan vénéré que le héros est lié à la lignée des personnages sacrés des croyances islamiques. Et l’alezan accompagné des Quarante Bienheureux comme un membre de leur secte, s’envolera au-dessus de la bourgade pour soustraire son cavalier à la vindicte populaire. La relation entre le cheval et les Quarante Bienheureux évoque d’une part l’Epopée de Keuroglu de la tradition orale, d’autre part les légendes hagiographiques car l’origine du personnage de Keuroglou remonte à l’époque des miracles et au début de l’histoire des religions4.

20L’auteur invente un cheval magique en puisant dans les légendes forgées par la croyance du peuple turc au temps de la tradition orale. Ainsi il crée une atmosphère légendaire dans laquelle il développe les aventures de l’étalon dans son langage lyrique. A la fin de chaque tome, le héros épique finit par disparaître sur son cheval mythique doté de forces surnaturelles.

21Pour la formation de son héros épique, comme pour l’évocation de son cheval mythique, l’auteur s’inspire des personnages historiques et légendaires qui ont vécu et se sont illustrés dans l’histoire de l’Empire Ottoman comme le cheikh de Sakarya, Keuroglou. Ce dernier un révolté, au XVIème siècle s’est insurgé contre le chef de la ville de Bolou pour se venger de son père qui était le palefrenier du chef. A cause d’un cheval d’apparence maigre et laid, le chef avait fait crever les yeux de son serviteur. De même, l’écrivain est également influencé par l’histoire d’un certain cheikh de la région de Sakarya au Nord-Ouest du pays. Sous le règne de Mourat Pacha, le cheikh avec son équipe de brigands, défie plusieurs fois la grande armée ottomane. Malgré les sanctions très lourdes, le cheikh n’acceptera pas de participer à la campagne du Sultan, au nom de son engagement pour l’humanité. Le héros épique porte également des caractéristiques des proches de l’auteur comme son oncle maternel Mahiro, brigand dont les aventures légendaires sont toujours colportées de bouche à oreille dans la région.

22Les aventures du personnage épique caractérisé par ses hauts faits, se développent dans un environnement merveilleux où la disparition du héros se réalise à la fin de chaque tome. Ce fait a lieu au moment des fêtes des paysans et cette scène se manifeste toujours accompagnée de l’explosion de boules de lumières. Et le nombre de boules augmente avec le nombre de tome. Cette structure nous fait penser au réalisme magique de la littérature d’Amérique du sud.

23Les boules des lumières, les hommes ayant des pouvoirs surnaturels sont des éléments capitaux de l’univers imaginaire de Kemal. Cet espace est complété par le développement fabuleux du monde animal et floral.

24Les Seigneurs de l’Aktchasaz est l’épopée de la disparition de la tradition et des coutumes anciennes et précieuses au profit de l’argent, de l’individualisme et de la modernité etc. Dans cette œuvre, l’auteur souligne le bouleversement psychologique des héros, leur angoisse face à ce passage, en recourant à un ruissellement de métaphores sensorielles liées au règne animal. Par exemple, l’itinéraire d’une guêpe prisonnière dans une pièce annonce la fin du pouvoir et de la vie pittoresque de l’un des deux derniers seigneurs de cette région, Derviche Bey. Ce dernier observe attentivement les mouvements de l’insecte incapable de sortir du rayon de la lumière du jour qui perce l’obscurité de la pièce :

Une énorme guêpe rayée de rouge, de vert et de bleu pénétra dans ce sentier lumineux. Elle ne parvenait pas à en sortir, elle volait entre le plancher et le plafond, avec le colère, ses ailes vibraient, battaient fort, son bourdonnement emplissait la pièce, elle se débattait comme si elle était prisonnière d’un long tube de l’obscurité, elle vrombissait de toutes ses forces, elle tournait sans cesse en continuant à se heurter au plafond ou au plancher5.

25De même Mustafa, l’autre seigneur est subjugué par le combat d’une petite fourmi contre un insecte. La minuscule bête attaque un insecte quinze fois plus gros qu’elle. Mustafa observe longtemps son attaque. Puis il choisit deux fourmis de même gabarit et il les laisse se battre, en restant longtemps à les regarder. Ainsi deux grands conflits chez le bey se réfléchissent dans des batailles de fourmis ; le premier symbolise l’antagonisme entre les nouveaux et les anciens seigneurs. Quant au second, il reflète le duel entre les deux familles : celle de Mustafa et celle de Derviche. Le mouvement et le rayonnement éblouissant des ailes de la guêpe rappelle le pouvoir et la vie très colorée du Derviche dans la Cukurova. Lorsque le nouveau système dicte ses fulgurantes règles à Derviche, le « seigneur » par peur de tout perdre ne parvient plus à saisir la lumière du nouveau monde. Tout au long des deux tomes, il agit avec incohérence à cause de son incapacité à s’y habituer. Cette maladresse devant une voie lumineuse constitue une analogie entre l’attitude de Derviche Bey et les mouvements de la guêpe.

26Pour exprimer la vision tellurique de ses personnages dans un monde changeant, Yachar Kemal multiple les métaphores relatives au monde animal. Dans cet univers, l’aigle, la gazelle, la grue, les vipères tout comme les fourmis deviennent le fil rouge du récit ; il identifie ainsi les animaux aux hommes :

Toutes les créatures qui vivent dans le ciel ou dans l’eau, toutes ne s’épuisent-elles pas en efforts, comme l’homme. Quand l’homme regarde autour de lui toutes les créatures de l’univers lui paraissent humaines6.

27D’autre part, le destin des oiseaux devient un signe déterminant pour le changement mentionné plus haut. Au début du roman, il est dit que les troupeaux de gazelles emplissaient la plaine, les vallons, les collines de leur beauté. De même, les aigles noirs, s’envolaient dans le ciel en poussant de grands cris. Les grues ne manquaient pas non plus de voler au-dessus de la Cukurova. Pendant l’enfermement de Derviche qui craint d’être la cible de son adversaire à la suite d’une vendetta, la chute d’une grue morte et plus tard d’un aigle mort dans l’enceinte du manoir le perturbent beaucoup. La grue, animal doux et naïf, symbolise la nostalgie. Chasser la grue constitue un grand péché pour les anciens turcs nomades. Dans la tradition, l’aigle est considéré comme l’ennemi de la grue. Oiseau souverain, l’équivalent au ciel du lion sur terre, l’aigle symbolise la puissance la plus élevée, la souveraineté, le génie, l’héroïsme tout en étant transcendant. La mort de l’aigle justifie que tous les êtres, quelque que soit leur origine, cèdent impérativement à la volonté de la nature. Comme l’aigle dans l’univers symbolique et mythique, Derviche, « seigneur » de la Cukurova voit sa fin à travers celle de l’oiseau impérial.

28En effet, le déroulement des événements des deux tomes des Seigneurs de Aktchasaz annonce la disparition d’une époque avec toutes ses valeurs. Le transfert d’identité entre Derviche et l’aigle est renforcé par la conduite timorée de Moustafa Bey face à cet animal. Il en vise un aux ailes immenses. Il n’arrive pas à appuyer sur la détente et l’aigle plane. A ses yeux son comportement prouve son incapacité à abattre son ennemi. Pendant que Derviche Bey tente de régler ses comptes avec Mustafa bey, les nouveaux aghas surgissent et le dévorent petit à petit :

Et depuis des jours, sur l’Anavarza, cinq aigles bien dressés, cinq couleurs de cuivre dévorent Derviche morceau par morceau7.

29Cinq des nouveaux maîtres les plus avides convoitent le terrain des anciens seigneurs. Vers la fin du premier tome, la poursuite d’un aigle par un autre et sa fin tragique conduisent le lecteur à imaginer celle des deux beys développée à la fin du deuxième tome. L’autodestruction de deux seigneurs est symbolisée par l’aigle. La gazelle représente la victime de cette destruction dans un but idéalisé, la vendetta. Dans les combats de deux animaux, l’aigle attrape sa proie puis la becquète à plusieurs reprises, ce qui la fait tomber dans le marais. Mais l’une des ailes de l’aigle reste coincée sous l’épine dorsale de la gazelle, ce qui l’empêchera de reprendre son envol. Moustafa observe ses derniers mouvements et mettra lui-même met fin à ses jours par fidélité à son idéal. Il se laisse doucement glisser dans l’étang comme la gazelle.

30Pour survivre, Derviche détruit tous les principes de la vie traditionnelle. Vers la fin du deuxième tome, il est dit que l’enceinte du manoir de Derviche s’emplit d’oiseaux morts ; les aigles tombent du ciel en s’abattant sur les murs, là où se sont entassés les aigles morts. Puis Derviche jettera le cadavre d’un certain Agha pour qui il avait beaucoup d’estime au début du roman, sur les charognes. Ceci symbolise la fin d’une époque traditionnelle.

31Dans l’œuvre de Kemal, le monde végétal et la nature prennent autant d’importance que l’univers des animaux. Tous deux sous-tendent le destin de l’homme.

32Les croyances, les mythes anciens et modernes destinés à l’évolution de la société sont présentés sous une perspective socio-économique dans la mesure où ils s’attachent à décrire et à analyser l’évolution du passage de la vie traditionnelle à la modernité dite « capitalisme sauvage ».

33Les interférences entre un monde symbolique et les événements observés dans le contexte historique se révèlent tout aussi intenses dans les récits de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma.

34Ahmadou Kourouma conquiert une réputation internationale avec la parution de son premier roman Les soleils des indépendances en 1968 au Québec et en 1970 à Paris.

35Dans ce roman, Kourouma évoque les conflits et les bouleversements politiques, sociaux, économiques et idéologiques pendant la période de l’indépendance post-coloniale. Il montre comment le pouvoir est confisqué par une caste de politiciens et de bureaucrates bénéficiant des ruptures des équilibres antérieurs du pays. Dans Monné, outrage, défi (1990) publié vingt ans après son premier roman, l’écrivain effectue un ample retour en arrière pour raconter les intrigues des acteurs de la période coloniale jusqu’à la veille de l’indépendance tandis que En attendant le vote des bêtes sauvages (1998) relate la période post-coloniale.

36A travers le thème de la dégradation des valeurs traditionnelles de l’Afrique, Kourouma analyse les profonds changements dans la société africaine liés à la colonisation : le bouleversement des structures sociales (montée de l’individualisme et déclin de l’esprit communautaire), politiques (disparition progressive du pouvoir traditionnel des chefferies et montée au pouvoir de la nouvelle bourgeoisie africaine). Mais il montre également que les traditions se maintiennent tant bien que mal et que la pensée mythique est toujours fortement ancrée chez la majorité des habitants. En attendant le vote des bêtes sauvages, fresque historique commencée avec les deux premiers romans, atteint à des paroxysmes de massacres et de manifestations de la magie. Celle-ci se développe autour du personnage imaginaire de Koyaga, chef d’état qui effectue une tournée initiatique dans différents pays africains où il rencontre ses homologues les chefs d’état. Kourouma, à travers ce personnage raconte comment la guerre froide s’est imposée à l’Afrique, malgré ses coutumes.

37L’œuvre de Kourouma considérée aussi comme un poème homérique correspond à la tradition de l’épopée en Afrique. Le modèle dont Kourouma s’inspire, « le donsomana », se rapproche de l’épopée. En Afrique, le donsomana est un récit de chasseur, qui raconte les ruses et les exploits des chasseurs d’autrefois associés à la pratique de la magie : le chasseur veut tuer une bête, la bête se transforme en aiguille, « c’est un peu cela que j’ai voulu présenter » a avoué l’écrivain. Le soir on se réunit pour écouter les exploits des anciens chasseurs au lieu d’écouter des contes et tout le peuple vient y assister. Dans le roman « le donsomana est donné pour Koyaga, parce que le météorite et le Coran qui lui donnent son pouvoir ont disparu, et pour les retrouver il faut qu’il assiste à son donsomana. Il faut qu’il entende ses vérités pour que ce soit efficace »8, explique Kourouma.

38En attendant le vote des bêtes sauvages reproduit le donsomana du dictateur Koyaga. Tout se développe autour de ce personnage. Comme dans toute épopée, le héros a une généalogie et le récit évoque d’abord ses ancêtres. Koyaga appartient aux populations montagnardes qui étaient nues, vivaient « enfermées » dans leur région jusqu’à la colonisation. Ce peuple des hommes nus auquel appartient Koyaga oppose une forte résistance à la colonisation. Koyaga remplacera son père dans cet engagement.

39Pour rappeler ses ancêtres, l’auteur fait de son personnage principal Koyaga un « sauvage », un « primitif » au moment où les historiens africains mettent en lumière les grands empires africains et leur riche civilisation Thao, le père de Koyaga emprisonné, torturé, finit par mourir dans son cachot mais il laisse à son fils un héritage de vengeance et de haine. Koyaga comme son père, se révolte et se retrouvera en prison. Or Thao avait collaboré avant sa mort avec les français comme les « tirailleur sénégalais ». Kourouma raconte son retour au village à la façon d’un conte ironique. Et puis Koyaga à son tour, est envoyé en Indochine et en Algérie. Il réussira toujours à survivre par miracle malgré les morts au « champ d’honneur » et à la fin de chaque combat, il restera « un héros de légende » aussi célèbre que son père. Dans le roman de 1998, il est narré que les chefs d’Etat et les dictateurs consultent les marabouts pour affermir leur propre pouvoir. Ainsi la magie dont Koyaga s’est servi lors son parcours initiatique devient le symbole du pouvoir de ce personnage mythique. C’est grâce aux deux piliers de son pouvoir : sa maman et son marabout que le dictateur réussit à échapper à plusieurs attentats par miracle. Au moment où il perd les deux talismans remis par sa mère, il aura recours au donsomana. Cette veillée rituelle est considérée comme un acte puissant et efficace, un acte magique susceptible de résoudre la crise qui le provoque :

Votre maman et le marabout vous avaient plusieurs fois et depuis longtemps enseigné ce qu’il fallait aussitôt entreprendre le jour que vous les perdriez : faire dire votre geste purificatoire de maître chasseur, votre donsomana cathartique par un sora, un griot des chasseurs et son répondeur. […] Vous savez que lorsqu’ils auront tout dit, que vous aurez avoué, tout reconnu, qu’il n’existera plus aucune ombre dans votre parcours, la météorite et le Coran vous révèleront eux-mêmes où ils se sont cachés. Vous n’aurez qu’à les récupérer9.

40Ainsi sa réussite serait certes un succès et un achèvement pour le donsomana. Mais elle supposerait aussi la persistance du cercle vicieux, le prolongement sans fin de la dictature, la répétition du même cycle. Un nouveau conflit s’établit entre la foi magique en une forme traditionnelle et l’incertitude ouverte du roman.

41C’est grâce à ses forces surnaturelles que Koyaga s’engage dans un combat avec les autres dictatures. Ce combat rappelle les chants des chasseurs. En effet, en Afrique la chasse constitue un des lieux sensibles où s’affrontent les politiques. Par la force de la nature, chaque dictateur est symbolisé par une bête sauvage comme la panthère, le buffle, le fauve etc. La personnalité de ce montagnard paléo (de l’époque paléo-négritique) s’identifie à celle d’un oiseau sauvage ou d’un fauve : « Les fauves ne se domestiquent pas. Les vrais fauves ne se domestiqueront jamais »10.

42Koyaga, avant d’entreprendre son voyage initiatique de chef d’Etat, a vérifié sa force en tuant des animaux sauvages au cours de ses chasses légendaires dans un combat magique avec la panthère, le buffle, l’éléphant, le caïman ; voici une scène du récit de ces combats magiques :

- Pour annihiler et éteindre tous ses puissants nyamas de monstre, Koyaga tranche sa queue et l’enfonça dans sa bouche.

- En plantant la fin de la bête (sa queue) et dans son commencement (sa gueule), tous les nymas étaient condamnés à rester, à continuer à tourner en circuit fermé dans les restes de la bête explique Maclédio11.

43Arrêtons-nous un instant pour observer ensuite les étapes magiques du combat entre Koyaga et le Président Fricasso Santos. Koyaga se change d’abord en coq blanc, puis il aveugle les gendarmes par des prières magiques. Santos le surprend en provoquant une panne générale d’électricité. Mais l’autre se change en oiseau nocturne et se procure une lampe, puis il se change successivement en « fourmis » et en « aiguille ». Le président devient alors « tourbillon de vent » puis détourne les balles qui le visaient, mais ne peut échapper aux flèches de Koyaga qui « annihilent son blindage magique ». Ainsi Koyaga a tout loisir de se préparer « magiquement » mais aussi « matériellement ». Selon une version des faits, il se serait seulement « travesti en marchand haoussa » et non changé en coq. Il n’aurait pas eu besoin d’aveugler les gendarmes, car les conjurés se seraient cachés dans l’eau saumâtre en retenant leur souffle. Le Président aurait péché par une trop grande confiance dans ses propres pouvoirs, ce qui aurait permis aux conjurés de s’emparer de tous les postes-clés de la ville.

44Dans un combat transformé en affrontement de grands sorciers, la sorcellerie de Koyaga se révèle la plus forte, puisque Fricassa Santos est capturé. Tout se termine à la chasse par la victoire du chasseur. A la suite de la mort du Président, le pouvoir vacant est partagé provisoirement entre quatre hommes - quatre « fauves » -. Après une série de soulèvement et une tentative d’organiser une table ronde « de réconciliation et de fraternité », Koyaga accomplit avec ses lycaons (ses soldats présentés comme des « lycaons car ils étaient les fauves les plus méchants et féroces de la terre ») un nouveau coup de force. Il fait tuer successivement les trois autres membres du gouvernement en leur faisant subir le même traitement barbare et propitiatoire qu’à Fricassa Santos : émasculation et introduction de leur sexe dans leur bouche pour empêcher leurs malédictions d’en sortir et pour que leurs forces mauvaises restent enfermées en eux.

45Le pouvoir de Koyaga est conquis et conservé grâce à cet « autoritarisme émasculateur »12. Cet acte terrible n’est pas seulement violent, il est d’une certaine façon, monstrueux. Il ne tient pas compte des distinctions les plus « naturelles », celles qui fondent l’espèce humaine en la distinguant de l’espèce animale. Koyaga et ses séides traitent l’homme comme ils traitent l’animal : ils le chassent, le tuent. Ce traitement semblable à celui du chasseur pour l’animal prend une forme spectaculaire et particulièrement choquante, surtout par cet acte magique estimé plus efficace que la mort. La magie est l’un des éléments les plus dépaysants de cette histoire et de ce roman. L’efficacité de l’action magique ne peut être mise en question ; elle est pratiquée par un magicien confirmé, ici un maître chasseur. Le pouvoir occulte réussira néanmoins à être contré par une magie plus puissante. Koyaga est donc persuadé que la stabilité de son pouvoir et la suite de « miracles » grâce auxquels il échappe à tous les attentats, sont le résultat de ces actions magiques et de celles de sa mère et du marabout.

46Kourouma décrit la survivance des mythes dans la société moderne. Le mythe dans cette perspective, est associé aux aspects traditionnels de l’Afrique moderne. Dans En attendant … on apprend que les dictateurs africains se livrent à des pratiques magiques, et qu’ils ont tous à leur service devins et marabouts. Le dictateur Koyaga tient d’ailleurs son pouvoir de deux objets « mythiques », deux fétiches : une météorite magique et un exemplaire sacré du Coran.

47Le mythe est une manière d’appréhender la réalité, de l’interpréter, de lui donner un sens. Dans les romans d’Ahmadou Kourouma, les mythes sont omniprésents dans la vie traditionnelle africaine, les mythes constituent une référence culturelle essentielle qui contribue à marquer l’africanité13.

48Kourouma se sert du mythe pour dénoncer les abus des dictatures africaines modernes et le néocolonialisme, et notamment la manière dont certains thèmes politiques, certaines idéologies sont utilisés par les dirigeants des états africains « indépendants » pour accroître leur pouvoir.

49L’écrivain ivoirien dénonce la manière dont les Européens ont tenté d’imposer leurs propres valeurs aux Africains, de les substituer aux valeurs africaines. Ces valeurs des Européens servent à justifier un système d’exploitation et de domination. La comparaison avec des éléments mythiques, de la part de l’interprète, fait ressortir le caractère dogmatique des valeurs des Blancs et souligne leur décalage avec la réalité africaine.

50De même Yachar Kemal montre comment l’Occident grâce au plan Marshall impose brutalement sa technologie dans l’agriculture à un peuple menant une vie traditionnelle avec ses outils agricoles archaïques, son bouleversement psychologique étant lié à ce changement.

51Kourouma et Kemal présentent les valeurs de l’Occident capitaliste comme une autre mythologie.

52Ces deux écrivains issus de la tradition orale, qui se servent de leur écriture pour défier l’aliénation des hommes dans leur propre société accordent beaucoup d’importance à leur culture locale pour mieux transmettre leur message humanitaire au monde entier. Grâce à la force et à la puissance de leur propre culture, ils parviennent à être universels et prennent place sur la scène internationale.

53Ces deux écrivains ont passé leur enfance et leur jeunesse au cœur de la nature. Dans l’œuvre de Kemal, l’homme n’est pas séparé de la nature et il participe à l’existence d’un environnement auquel il appartient par les alliances qu’il réussit à conclure et à maintenir avec les éléments de la Nature, abeille, fourmi, fleur, rivière, mer, de la même façon que s’établissent les relations entre les hommes. Dans le récit de Kemal, la nature joue un rôle considérable et tout élément de la nature se révèle par ses propres caractéristiques comme un personnage du récit.

54Quant à l’œuvre de Kourouma, les animaux sauvages avec lesquels a vécu l’écrivain au sein de la nature donnent un sens au récit. Ces animaux demeurent toujours dans son imaginaire pour enrichir son univers romanesque. Ils deviennent complémentaires de ses héros.

55La présence de la nature et du monde animal dans les œuvres peut s’expliquer par les croyances animistes car les deux peuples décrits en Turquie ou en Afrique étaient animistes avant se convertir à l’Islam. Les auteurs prouvent que ces peuples, malgré l’islam, n’ont pas perdu leurs croyances, leurs mythes et leurs rites venus de leur culture propre.

56En Afrique « le donsomana » rappelle la tradition des achiks (bardes authentiques) dans la Cukurova. Comme Kourouma, Yachar Kemal raconte ses souvenirs d’enfance ainsi : la nuit on se réunissait à la maison pour écouter des conteurs de grand renom qui venaient au village dire des épopées turkmènes de vieille souche. L’un de ces conteurs, un certain Memet le petit vivait littéralement l’épopée qu’il déclamait. Comme un acteur de théâtre, il jouait ce qu’il narrait. L’écrivain se souvient :

Dès mes huit ans, rempli d’admiration pour ces conteurs, je me mis à réunir les gamins du village pour leur raconter des épopées. Plus tard, mon auditoire s’est élargi aux adultes14.

57Le héros de Yachar Kemal, caractérise une société qui croit encore en ses mythes et légendes. On voit se côtoyer dans un même univers, héros d’épopée et personnages du roman moderne, les uns issus directement d’un monde mythique enfermé sur ses propres valeurs, les autres révélant un monde en crise, problématique et énigmatique.

58Ces deux écrivains tentent de restituer la réalité de leur pays telle qu’elle est perçue par ceux qui la vivent. Les œuvres réalisées sont un document et un témoignage sur les sociétés traditionnelles avec leurs mythes, leurs croyances, leur organisation. Dans cette optique, l’œuvre de Kourouma est peut-être davantage orientée vers une perspective historique tandis que celle de Kemal est orientée dans une perspective socio-économique.

59Chez ces deux écrivains Kourouma et Kemal, comme a écrit Malinowski, « la magie et la puissance qu’elle confère constituent véritablement le trait d’union entre la tradition et le monde actuel15 ». Et le mythe en tant que forme orale est l’expression d’une culture et d’une identité.

60Dans le cas de Kourouma, le portrait de l’Afrique apparaît sous un regard féroce et plein d’humour. Cependant l’écrivain ne s’avoue pas pessimiste et son roman se termine avec une note d’espoir : « la nuit dure longtemps mais le jour finit par arriver16 ».

61Quant au cycle de Mèmed-le-mince, chaque tome prend fin par l’explosion des boules de lumières lors de la fête des paysans et Mèmed disparaît sur son cheval au travers de lumières éblouissantes. Parmi les personnages kémaliens, le héros le plus commenté du point de vue de la grandeur épique, contrairement à son origine, ne reviendra pas à son point de départ une fois ses épreuves accomplies. Son parcours est voué à ne plus finir. Les fêtes, les boules symbolisent l’espoir, la prospérité qui viendront remplacer la souffrance, le désespoir dans cette plaine.

62Je clôturerai ce propos avec un discours de Yachar Kemal qui reconnaît le fait que toutes les cultures sont apparentées entre elles :

Si l’homme a un point de vue universel, une intelligence solide, s’il connaît bien la culture de l’humanité et s’il croit en cette culture, il sait que le monde n’est que le jardin d’une culture aux mille et une fleurs ; chaque fleur a sa propre couleur, et la perte d’une seule fleur pourrait susciter la disparition de l’humanité, car toutes les cultures sont liées entre elles depuis que le monde est monde.

Notes de bas de page numériques

1 Sebbar Leïla, « En attendant le vote des bêtes sauvages », in Magazine littéraire, novembre 1998.
2 Lors d’un entretien avec Yachar Kemal en septembre 1994, l’écrivain lui-même a montré une lettre où les paysans tenaient au courant l’auteur de l’existence d’un certain bandit qui s’appelait Memed-le-mince.
3 Seza Yilancioglu, « La magie du cheval », in Imaginaire et Littérature ll- Recherches Francophones, Université de Nice-Sohia Antipolis, 1998, p.107.
4 Seza Yilancioglu, « La magie du cheval », in Imaginaire et Littérature ll - Recherches Francophones, pp. 104-105.
5 Yachar Kemal, Meurtre au marché des forgerons, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1981, p. 30.
6 Yachar Kemal, Meurtre au marché des forgerons, p. 636.
7 Yachar Kemal, Meurtre au marché des forgerons, p. 343.
8 Kourouma le colossal, propos recueillis par Marc Fénoli, 18 janvier 1999.
9 Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris, Edition du Seuil, 1998, pp. 357-358.
10 Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages, p. 22.
11 Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages, p. 66.
12 Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages, p. 265.
13 M. Ducerisier, Mythe et récit dans les romans d’Ahmadou Kourouma, mémoire présenté à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, 1998, p. 74.
14 Yachar Kemal, Entretiens avec Alain Bosquet, Paris, Gallimard, 1992, coll. « Blanche », pp. 29-30.
15 B. Malinowski, Les Argonautes du pacifique occidental, Paris, Gallimard, cité dans les notions clés de l’ethnologue, Armand Colin, Paris, 1998, p. 302
16 Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages, p. 358.

Pour citer cet article

Seza Yilancioglu, « Yachar Kemal, Ahmadou Kourouma : Mutations épiques. Le transport fugitif dans l’imaginaire  », paru dans Loxias, Loxias 2 (janv. 2004), mis en ligne le 15 janvier 2004, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/lodel/docannexe/file/7601/%20http:/www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/06/02/index.html?id=1276.


Auteurs

Seza Yilancioglu

Université de Galatasaraï, Turquie