Loxias | Loxias 31. Autour des programmes de concours 2011 (agrégation, CPGE) | I. Agrégation de Lettres et d'Anglais, CPGE Lettres |  Montaigne: livre I des Essais 

James Dauphiné  : 

De la « galimafrée » des noms (I, 46) à la « fricassée » (III, 13) des Essais

Résumé

Tout semble avoir été dit sur le chapitre « Des noms ». Or, et c’est une première constatation, la critique universitaire a systématiquement souligné la qualité philosophique de cet essai et minimisé, voire méconnu son contenu satirique et sa verve. S’il est pertinent et justifié de considérer ce que représente ici la dette de Montaigne à l’égard de Platon ou d’Ockham, il est également digne d’intérêt de remarquer combien ce chapitre pourrait être expliqué à la lumière d’Érasme et Rabelais, d’une part, de Pierre Messie, d’autre part. On relève par ailleurs tout au long des Essais, et pas seulement au fil du chapitre 46, la place remarquable dévolue aux références culinaires, place conduisant à évoquer le questionnement de ce qu’on pourrait appeler « l’essai-cuisine ».

Plan

Texte intégral

En art, il n’y a pas de sérieux qui tienne ; le plaisir est le plus sûr des guides.

Gide

Tout semble avoir été dit sur le chapitre « Des noms ». Or, et c’est une première constatation, la critique universitaire a systématiquement souligné la qualité philosophique de cet essai et minimisé, voire méconnu son contenu satirique et sa verve. S’il est pertinent et justifié de considérer ce que représente ici la dette de Montaigne à l’égard de Platon ou d’Ockham1, il est également digne d’intérêt de remarquer combien ce chapitre pourrait être expliqué à la lumière d’Érasme et Rabelais, d’une part, de Pierre Messie, d’autre part. On relève par ailleurs tout au long des Essais, et pas seulement au fil du chapitre 46, la place remarquable dévolue aux références culinaires, place conduisant à évoquer le questionnement de ce qu’on pourrait appeler « l’essai-cuisine »2. Au cours du XVIe siècle, la relation entre pratiques culinaires et activités artistiques a été fréquemment établie et soutenue3. On peut rappeler bien sûr, à titre de preuve classique, le prologue du Gargantua et celui du Tiers Livre. Ce n’est pas un hasard si, sous la plume de Montaigne foisonnent, en particulier au livre III, mentions et allusions aux plaisirs de la table. C’est ainsi que de la « galimafrée » (I, 46) à la « fricassée » (III, 13), il y a davantage qu’une simple continuité sémantique. C’est probablement à cause de ce déroulement de « l’essai-cuisine », que le chapitre Des noms formalise une comédie qui fonctionne comme un modèle de lecture éventuellement applicable à la totalité des Essais.

I. « Des noms »

Essai emblème... « Des noms » l’est parce qu’il procède d’une logique imposant au lecteur l’image mentale d’une salade ou d’un ragoût. Montaigne a consciemment calculé cet effet de lecture par une phrase d’ouverture mémorable pouvant convenir à l’ensemble des Essais, servant aussi accessoirement de limite à toute interprétation systématique et univoque.

Le chapitre « Des noms » toujours présent et attendu dans les ouvrages de type philosophique, encyclopédique ou religieux, procède aussi d’une inspiration plus humble, de type moraliste, qu’illustre, entre autres, Les Diverses Leçons de Pierre Messie. Dans l’essai 46, la conjonction des deux veines est manifeste puisqu’on décèle des renvois précis à Platon (Le Cratyle) et Guillaume d’Ockham4 et qu’on découvre combien la structure et l’argumentation de l’essai reprennent celles d’un chapitre des Diverses Leçons (V, 3) : « D’où est venu que ce nom de Gentilhomme a esté attribué tant aux Chevaliers, qu’aux enfans des Presidens et Conseilliers : et quelles armoiries portoyent anciennement les Romains : et d’où est venuë l’invention de blasonner les armoiries en escusson »5. Autre rapprochement possible, celui de l’essai étudié avec un chapitre des Bigarrures d’Étienne Tabourot traitant « du changement de surnom »6.

On constate néanmoins que Montaigne n’aborde pas la réflexion sur les noms en fonction des perspectives babéliennes et du cratylisme que des esprits, comme Du Bartas et Louis Le Roy, avaient si largement développées7. Son questionnement porte sur le nom propre, notamment sur le sien dont Raymond Esclapez a magistralement montré toute la valeur mythique8. Et de fait, si Montaigne peut s’enorgueillir d’être noble, – depuis trois générations sa famille vit dignement9 –, il reste quand même surprenant qu’il évite toute allusion à ses origines bourgeoises et qu’il défende avec assurance le point de vue de l’antique aristocratie10. Le résultat est que, jusqu’à la fin du XVIIe siècle, l’auteur des Essais fut jugé « très noble par son extraction, considérable par ses alliances »11.

Pourtant, en matière de noms comme en matière d’herbes, il est bien question d’une même réalité, d’un mélange et peu importe qu’il soit appelé salade ou galimafrée. Le terme de galimafrée12 désignant un ragoût composé de restes de viandes, n’est employé qu’une seule fois par Montaigne. Rabelais, en revanche, à la suite de Folengo, s’est plu à y recourir très largement. Le choix de ce mot a pour conséquence d’établir un contrat de lecture aux antipodes de celui que suggérait le renvoi au Cratyle et les allusions à la Summa totius logicae de Guillaume d’Ockham. Plus que philosophique le texte serait donc littéraire, « culinaire » même, de sorte que la phrase « Et ce Pierre ou Guillaume, qu’est-ce, qu’une voix pour tous potages ? »13 serait à comprendre au sens littéral.

Cet essai 46 est donc pour le moins fascinant et ambigu : Montaigne s’y masquerait alors même qu’il prétendait y exposer vérité et mensonge quant aux origines de la noblesse. Aussi dans ce jeu de masque, dans ce mélange, est-il assez normal qu’au cours de son argumentation la thématique culinaire serve de prétexte à l’imaginaire, fasse naître la verve, inscrive la démonstration dans une tradition culturelle.

II. « La Comédie des noms »

« La Comédie des noms »... tel pourrait être le titre de cet essai où la verve de Montaigne se déploie allègrement sans aucune retenue. En somme il y aurait dans cette « galimafrée de divers articles » une restitution de la comédie humaine attachée aux valeurs et pouvoirs des noms.

La signature de ce festin de paroles n’est pas celle du platonisme ou du nominalisme dont la trace demeure fondamentale, par exemple, en II, 16. Tous les détails présents dans cet essai et que peut fournir l’œuvre d’Ockham, les éditions critiques le notent, se retrouvent chez Du Verdier ou Boaistuau14, si bien qu’il n’est pas nécessaire de relire Ockham pour expliquer la présence de telle anecdote ou éclairer la signification de tel passage. Visiblement Montaigne s’amuse, et nous amuse, par l’écriture d’un discours en liberté offrant après une série d’articles attendus, une dérive (il passe alors de l’essai-revue à l’essai-représentation), puis une digression sur les armoiries, anagrammes et surnoms. Une telle pratique du désordre est ici révélatrice d’une philosophie joyeuse, celle définie en I, 26 (« La plus expresse marque de la sagesse, c’est une esjouïssance constante »), relativement éloignée de ce que la mention du Cratyle aurait pu laisser prévoir.

Si l’austère philosophie est donc apparemment boutée hors de ce chapitre, c’est parce que l’auteur convie le lecteur à partager avec lui la satire. Satire et galimafrée sont des plats composés, mélangés, populaires. Et c’est parce que la galimafrée est un ragoût que la satire littéraire en découlant est ici succulente autant qu’omniprésente. Les signes qu’en dispose Montaigne pour satisfaire l’appétit du lecteur procèdent d’une double nature. Souvenir avoué de Lucien avec le rappel du « Jugement des voyelles », souvenir ambigu car il estompe l’influence probable et décisive d’un dialogue – « Le Coq » – dont Tabourot dans Les Bigarrures s’est plu à montrer qu’il était indispensable à toute réflexion sur l’origine nobiliaire des noms15. La sauce dissimule les ingrédients ! Souvenirs non avoués et néanmoins très identifiables que ceux venus de Juvénal (Satire, VIII), Érasme (Éloge de la folie, 42) et surtout Rabelais. La parodie des textes généalogiques et canoniques ouvrant le Pantagruel (I) et le Gargantua (II) appartient à l’horizon de déchiffrement de cet essai, à la lecture des termes aisément associés que sont galimafrée-Gargantua-galimatias16. La structure variée Des noms accentue, en outre, le caractère littéraire de la satire (compilation de singularités relatives aux noms, puis exempla rapportés au cas français, enfin digression concernant la vaine entreprise de glorification de son nom) au point que dans cette architecture décentrée apparaît ici et là anecdotes, exemples, détails, qui, groupés, prennent l’allure d’une recette, d’une liste de « divers articles », entendons de « divers ingrédients ». L’effet de lecture est puissamment théâtral : il convient de déclamer cet essai, de le mettre en bouche et en voix.

Une telle gaieté, cultivée par Montaigne, a plusieurs conséquences. Tout d’abord, elle enrichit le texte d’une série d’aphorismes et de traits acérés (« ... et le moindre se trouvoit arriere fils de quelque Roy d’outremer »). Ensuite, elle aboutit à des démonstrations prouvant que, de toute évidence, l’auteur s’amuse : la « reformation » combat les anciens noms de baptême, Charles, Louis, François, afin de « peupler le monde de Mathusalem, Ézechiel, Malachie ». Quant à l’un de ses voisins, il apprécie les antiques noms « Don Grumedan, Quedragan, Agesilan » dont la seule sonorité laisse penser qu’ils ont été portés par des hommes d’une autre trempe que « Pierre, Guillot et Michel ». Visiblement ce voisin a lu les romans épiques à la mode : Don Grumedan est en effet un preux de l’Amadis de Gaule (I, 39-40) tout comme Quedragan (IV, 16-17), tandis qu’Agesilan est selon toute vraisemblance soit Agesilaus de Sparte, soit Agesilan de Colchos dont Rotrou fit le personnage d’une tragi-comédie. De telles précisions contribuent à ancrer le texte dans sa dimension familière, culturelle et intertextuelle. Aussi nulle surprise lorsque Montaigne, comme Tabourot17, en vient à examiner anagrammes ou surnoms. Des Bigarrures aux Essais, si les exemples sont identiques, les tonalités, elles, sont en revanche franchement dissemblables. Tabourot s’indigne, souhaite une action judiciaire ; Montaigne, plus pondéré, adepte d’une philosophie humaine et traitable, prend le parti de la dérision. Comment ne pas rire lorsque, empruntant le ton d’un bonimenteur, il dresse la liste des « trois Socrates, cinq Platons, huict Aristotes, sept Xenophons, vingt Demetrius, vingt Theodores » que l’histoire a connus, liste s’achevant pas un trait, exigeant l’adhésion du lecteur « et devinez combien elle n’en a pas cognu », ponctué lui-même par un éclat de rire finissant en un sarcasme : « qui empesche mon palefrenier de s’appeler Pompée le Grand ? ». Le bateleur sait que son discours s’inscrit cependant dans un ordre de vérités et, c’est d’ailleurs à cause de cette certitude, que chaque « article » avancé par Montaigne a des correspondants dans la vie et la littérature, en témoigne l’analyse de l’usage « d’appeler chacun par le nom de sa terre et Seigneurie » évoquant irrésistiblement l’univers moliéresque de L’École des Femmes (Arnolphe est Monsieur de la Souche) ou celui plus acerbe de Regnard18.

« La Comédie des noms » existe ; elle est la traduction du point de vue de Montaigne, ce point de vue mêlant au désordre voulu d’un texte la joie de la satire et le plaisir de l’éreintement. Il semble donc que la « galimafrée » préparée et proposée soit, par association métalinguistique, une piste de lecture de l’ensemble des Essais.

III. La cuisine

La cuisine constituerait dans Les Essais un modèle de lecture. La leçon majeure Des noms est de donner au lecteur une recette appropriée pour découvrir le cheminement qui de la « galimafrée » (I, 46) conduit à la « fricassée » (III, 13).

La cuisine, toute personnelle, de l’essai 46 tend à prouver la signification décisive de l’extra-verbal. Montaigne se refusant à accepter le complexe de ses origines bourgeoises, envisage uniquement, comme à maintes reprises dans son Journal de voyage, tout ce qui valorise son nom et sa noblesse. En II, 16, s’attardant sur le nom même de Montaigne, il évite toute allusion à un usage populaire dudit nom fréquemment attesté, entre autres exemples, plus tard, par Molière mettant en scène dans Les Fâcheux un valet nommé La Montagne. Mais habilement l’essai 46 soutient ces choix ou ces silences. Puisque dans l’ordre de la généalogie et des armoiries « il n’est chose où il se rencontre plus de mutation et de confusion », la position de Montaigne est pleinement convaincante. C’est lui, l’auteur, qui multiplie les ingrédients, lui qui dans le mélange et saupoudrage « Des noms », tait son origine pour mieux privilégier son originalité.

Tout lecteur est convié à cette cuisine singulière, celle où l’auteur ne cesse de multiplier affirmations pro et contra, celle où chaque « article » retenu participe de la réussite d’un plat peu prestigieux, le ragoût. La recette fournie, parce qu’elle entretient l’intertextualité des Essais, est un moyen de connaissance des positions de Montaigne, parfois fluctuantes, nuancées à tout le moins, qu’elles soient relatives à des sujets graves – la vraie noblesse – ou de moindre conséquence – comment traduire un nom antique. Sur ce dernier point, l’essai 46 précise qu’il est souhaitable « que ceux qui escrivent les histoires en latin, nous laissassent nos noms tels qu’ils sont : ». Or, à partir de 1588, Montaigne accepte les noms antiques francisés, suivant en cela l’opinion d’un Claude Grujet qui, à l’ouverture de sa traduction des Diverses Leçons de Pierre Messie, déclare :

Au demeurant si on trouve que je n’aye totalement traduit en nostre langue plusieurs noms / propres, soyent Latins ou Grecs, veu que j’en ay mis quelques uns, et que je n’en devois faire à deux fois, j’ay à respondre que quelques noms sont doux à traduire et les autres non : comme seroyent Jupiter, Venus, Bacchus, ou un Pomponius Mela, lequel si je voulois traduire (j’entens en grosserie) je dirois Pompon Sucrin. Il y a assez d’autres noms propres, aussi revesches que cestuy-là, qu’il est besoing pour la douce prononciation laisser en leur premiere forme, sinon qu’il se trouvast quelqu’un curieux de nouvelleté qui y imposast loy inviolable, et lors si le commun l’acceptoit, ou qu’il y eust juste cause, je me rengerois à raison19.

La cuisine des Essais, dont on note qu’elle s’accompagne d’une éblouissante condamnation de la rhétorique « cette science de gueule » travestissant « les chetives portes de (sa) cuisine » « en ces gros mots de pilastres, architraves... » (I, 51), rend principalement compte de ce « discours du corps » de plus en plus présent du livre I au livre III. Montaigne, dans la peinture de ses appétits, ne nous fait grâce d’aucun détail : goût pour le poisson, les sauces, les viandes faisandées, les melons aussi... Goût arbitraire certes, mais toujours légitimé. A chacun son ragoût ou sa fricassée.

L’ensemble du livre III l’atteste, une équivalence s’instaure entre thématique culinaire et esthétique. D’une part, galimafrée est proche de galimatias20 et, d’autre part, toutes les définitions du désordre21 des Essais (fagotage II, 37 ; farcissure ou marqueterie mal jointe III, 9 ; pastissages III, 12) convergent vers la célèbre formulation : « En fin, toute cette fricassée que je barbouille icy n’est qu’un registre des Essais de ma vie » (III, 13). La coquetterie d’auteur, marquée par l’emploi du verbe « barbouiller », ne saurait dissimuler la forte valeur attachée à « la fricassée »22, plat, à l’origine, constitué de morceaux nobles, ragoût élaboré et choisi, mets préparé généralement pour ceux que l’on veut amicalement honorer. Amalgamer fricassée à galimafrée serait une erreur. Des noms à De l’expérience continue de s’affirmer l’idée de mélange, avec une différence essentielle dans l’ordre de la qualité et du goût. Cette « fricassée » qui est noble, ou mériterait de l’être, est implicitement une reconnaissance, – par le biais du registre culinaire –, de l’éminente qualité que Montaigne accorde, et nous demande d’accorder, à ses Essais.

Étonnante cuisine contraignant le lecteur-goûteur à mesurer combien Montaigne a valorisé, au fil de son entreprise, son ragoût, son désordre enfin cohérent et logique. La littérature comme la cuisine est une mise en forme d’ingrédients, une tentative de restitution de l’ordre du monde par le mélange organisé des mots.

*

« Des noms » porte le sceau du « plaisir littéraire » de Montaigne23, du vœu aussi de provoquer par l’humour une remise en perspective de ce qui est usage scandaleux, pervers et abusif de « l’originel de la tige ». L’essai 46, essai fort peu théorique24, mais bien plutôt représentatif de l’attrayante philosophie (I, 26), est à lui seul un chef-d’œuvre d’esprit et de lucidité. C’est pour cela, qu’en le lisant, à haute voix de préférence, on mesure combien il restitue la saveur si personnelle, si caractéristique des Essais. Grâce à l’art culinaire, Montaigne rappelle fermement que la littérature et la cuisine sont bien affaires de recettes et que la digression, pour lui comme pour Du Bartas25, est une solution hautement esthétique. Les « fantaisies informes » (I, 56) pour acquérir don de vie et pouvoir de postérité doivent s’unir pour composer en un mélange délicieux, une fricassée, un mets digne de son auteur et de ses amis lecteurs et ce d’autant plus qu’après tout la cuisine comme la parole « est moitié a celuy qui parle, moitié à celuy qui l’escoute » (III, 13).

Notes de bas de page numériques

1  La meilleure étude demeure, à plus d’un titre, celle d’Antoine Compagnon : Nous, Michel de Montaigne, Paris, Seuil, 1980.

2  L’expression « essai-cuisine » vient naturellement à l’esprit dès lors qu’on revient aux fondamentaux, à savoir Gisèle Mathieu-Castellani (Montaigne. L’écriture de l’essai, Paris, PUF écrivains, 1988) et Claude-Gilbert Dubois (Essais sur Montaigne […], Caen, Paradigme, 1992, pp. 77-90), ce dernier incitant tout lecteur à trouver de nouvelles pistes, à goûter le plaisir de « la promenade textuelle » (p. 83).

3  Revenir à Pratiques et discours alimentaires au XVIème siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 1984 ; au stimulant article de Jean-Claude Margolin : « Quelques bouchées langagières du XVIe siècle » (in Mélanges […] H. Weber, Genève, Slatkine, 1984, pp. 73‑90) ; aux divers travaux de Michel Jeanneret, en particulier, Mets et Mots […], Paris, Corti, 1987. Le 20 février 1993, par ailleurs, a été vendue à Drouot l’étonnante « bibliothèque bachique » de Kilian Fristch (catalogue édité chez Maeght).

4  Supra note 1.

5  A été utilisée l’édition de la B.M. de Pau : Les Diverses Leçons de Pierre Messie […], trad. par Claude Grujet, Tournon, pour Claude Michel, 1616, pp. 531-534.

6  Etienne Tabourot, Les Bigarrures […], Genève, Slatkine Reprints, 1969, IV, 2, pp. 33-55 : « Du changement de surnom ». Il y a de nombreux rapprochements possibles avec des textes du XVIe siècle, voire du Moyen Age ; consulter, par exemple, certains passages du Roman de Fauvel de Gervais du Bus ou du Doctrinal du temps présent de Pierre Michault. Et revenir bien sûr aux incontournables Dialogues (1565) de Jacques Tahureau (Genève, Droz, 1981, pp. 91, 171-174…) et à certains détails des Discours politiques et militaires (1587) de François de La Noue.

7  G. Du Bartas, Seconde Semaine, « Babilone », vers 461 et suivants ; Louis Le Roy : De la vicissitude des choses […], livre II. Sur cette question, voir l’indispensable étude de Claude-Gilbert Dubois : Mythe et langage au XVIème siècle, Bordeaux, Ducros, 1970.

8  Raymond Esclapez, « Le nom de Montaigne dans les Essais : mythe, réalité, littérature », Bulletin de la Société des Amis de Montaigne, janvier 1991, n°23-24, pp. 45‑61.

9  Yvonne Bellenger, Raymond Esclapez, André Tournon et Dominique Vignau, lors de la discussion de ce travail, ont justement rappelé l’importance de ce point d’histoire légitimant pleinement l’attitude de Montaigne, point d’histoire et point de vue que j’avais, l’un et l’autre, sous-estimés.

10  C’est notamment très marqué dans cet essai 46, lorsque Montaigne, traitant des armoiries, évoque son propre cas : « les armoiries n’ont de seurté […] mutation et confusion ».

11  Préface du Recueil de Sercy (1677). Voir M. Dreano, La Renommée de Montaigne […], Angers, éditions de l’Ouest, 1952.

12  Galimafrée (voir Littré, Gallimard-Hachette, 1967, tome 3, pp. 2015-2016) serait composé de cal (préposition péjorative) et de mafr (gourmand). Galimatias serait la forme figurée de galimafrée. Par ailleurs, galimafrée est également proche de galler et ses dérivés. Voir le dictionnaire Huguet (galler, galle, galier, galifre...).

13  Le jeu de « double entente » est constant dans ce chapitre.

14  Par exemple, Essais, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1962, p. 1509 : note 4 de la page 266.

15  Etienne Tabourot, Les Bigarrures, IV, 2, p. 36 : « Lucian en divers endroits se moque plaisamment de ces gens là, et surtout en un dialogue intitulé Le Coq, où il introduit un savetier nommé Simon, qui, après qu’il fut devenu riche, se faisoit appeler Simonides […] ». André Tournon a fort opportunément relevé que la référence à Lucien (« Le Jugement des voyelles ») et l’exemple choisi (« à qui touche l’honneur de tant de victoires, à Guesquin, à Glesquin ou à Gueaquin ? ») s’inscrivent totalement dans une réflexion précise et technique de type nominaliste, supra note 1.

16  D’Aubigné, Les Avantures du Baron de Faeneste, IV, 16 : « Vous appelez les Molucques les isles des Moruës, une galimaphree pour un galimatias, ... ». Supra note 12. Se reporter aussi aux dictionnaires de la langue du XVIe siècle.

17  Etienne Tabourot, Les Bigarrures, I, 9, pp. 267-293 : « Des anagrammatismes ou anagrammes », où il relève (p. 283) l’anagramme de Nicolas Denisot : conte Dalsinois, que Montaigne mentionne également.

18  La Pensée 150 (*49) de Pascal formalise bien ce fait : « Vanité : jeu, chasse, visite, comédies, fausse perpétuité du nom ».

19  Les Diverses Leçons […], éd. citée, pp. 3ã verso - 4ã recto. La discussion est toujours d’actualité, voir ce qu’affirmait mon collègue Roger Lassalle, traducteur du La Vie de Peiresc, écrite en latin par Gassendi, Paris, Belin, 1992, p. 16.

20  Supra notes 12 et 16.

21  Sur ce problème, consulter André Tournon, Montaigne. La glose et l’essai, Lyon, P.U., 1983, pp. 105-144… et tenir compte de certaines remarques de François Rigolot, Les Métamorphoses de Montaigne, Paris, PUF, 1988.

22  Se reporter aux dictionnaires de la langue du XVIe siècle, au Littré (édition citée, tome 3, p. 1887) et penser à « l’usage » convivial de la fricassée suivant, par exemple, une partie de chasse.

23  Aspect parfaitement compris et analysé par André Gide, Les Pages immortelles de Montaigne, Paris, Corréâ, 1939, pp. 19-20.

24  On pourrait déceler dans cet essai encore d’autres aspects « ludiques ». Marie-Madeleine Fragonard a ainsi attiré mon attention sur l’interprétation qu’Erasme, dans ses Colloques, propose du mot Sorbonne (voir M. Jeanneret, Mets et Mots, pp. 172-173) et sur le nom Quadragant, nom dont Brantôme nous apprend qu’il fut porté par un cheval « dressé du temps du roi Henry » (Les Dames Galantes, Paris, Garnier, 1960, « Quatrième discours », p. 217).

25  Voir Emmanuel Rousse, « Le statut de la digression dans La Sepmaine de Du Bartas », in Le Lent brassement des livres […], Mélanges J. Dauphiné, textes réunis par M. Léonard, X. Leroux et F. Roudaut, Paris, Champion, 2009, 1033 p., pp. 489-527.

Pour citer cet article

James Dauphiné, « De la « galimafrée » des noms (I, 46) à la « fricassée » (III, 13) des Essais », paru dans Loxias, Loxias 31., mis en ligne le 15 décembre 2010, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/index.html?id=6531.

Auteurs

James Dauphiné

Université de Toulon