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Alisson Cheng  : 

Le Doyen de Killerine : entre hasard et providence ?

Résumé

Au XVIIIe siècle, où la matière romanesque expose une collusion privilégiée entre le hasard et le démiurge, l’œuvre prévostienne loin de déroger à la tendance, regorge de ces signes organisateurs du destin. Dans le Doyen de Killerine (1735-1740), le partage qui s’impose entre hasard malheureux et Providence met singulièrement en exergue l’existence des personnages, tributaire du caractère exceptionnel de la destinée romanesque. Dans une architecture du roman qui tend à organiser les apparitions du hasard comme une menace essentielle pour les personnages, le brouillage des repères tant actantiels que spatio-temporels la systématise. Dès lors, les opérateurs optiques et les occasions qui se font les alliés de l’arbitraire et du sort, la force des contradictions qui contraint les existences à envisager le retournement funeste d’un bonheur assuré rendent a priori toute prévention caduque. À travers l’intrusion répétitive du hasard, qui entre dans la composition d’épisodes parallèles, l’auteur nous éclaire sur la démarche de personnages soumis à l’imminence du destin.

Index

Mots-clés : doyen , hasard, Prévost, Providence

Géographique : France

Chronologique : XVIIIe siècle

Plan

Texte intégral

Les voies de surgissement du destin

Incluse dans la sphère sociale, géographique et temporelle, la figure romanesque du XVIIIe siècle voit progressivement se dessiner les contours d’une destinée, à travers l’affirmation d’une direction déterminée d’événements dont le caractère se montrait jusqu’alors aléatoire. À l’origine de l’existence romanesque s’érige la présence auctoriale dont la discrétion constitue l’art : sa présence est essentiellement trahie par l’agencement de faits, de rencontres, d’écueils significatifs, par autant de « jour[s] funeste[s]1 » ou « d’heureuses nouvelles2 » qui étayent le récit, et en particulier celui de l’abbé Prévost ; si Jean Sgard reconnaît dans « ces coups de pouce du destin, […] l’intervention discrète du romancier3 », le hasard omniprésent et les multiples stratégies construiront le labyrinthe, les « forêts de l’imaginaire4 » dans lesquelles évoluent et se perdent les figures prévostiennes. Si le jeu constitue par excellence la voie par laquelle la figure romanesque se jette volontairement dans « les grands hasards5 » dont elle tente de prévenir les multiples revers6, dans la majorité des occurrences, ce sont les nombreux malheurs, révélateurs de la force des contradictions, qui s’imposent. Ce phénomène brouille ainsi les existences puisque chaque bonheur annoncé menace de se transformer en catastrophe : le don maudit, à l’image de la beauté féminine ou de la richesse, peut desservir le personnage voire participer à sa chute. Dans un univers où les caprices du destin sont légion, le bonheur sera donc sinon insaisissable7, du moins jamais donné pour acquis ; de fait, pour le « cœur […] exercé par la douleur8 », l’idée de la quête impossible du bonheur, que la collusion du hasard et de la Providence détermine, se fait progressivement sentir9. Comme le souligne Pierre Fauchery, « qui d’emblée rassurerait sur le sort des héros romanesques manquerait à une des missions essentielles que le XVIIIe siècle lui assigne10 » ; l’abbé Prévost, loin de déroger à la règle, confrontera les protagonistes de son troisième roman, le Doyen de Killerine (1735-4011), aux puissances coercitives de la création romanesque où régulièrement « les événements pr[ennent] un autre cours12 ».

Nous tâcherons donc, à partir de ces données, de préciser comment se construit la Providence chez l’abbé Prévost, romancier du cœur et de l’aventure dont l’œuvre regorge de ces signaux du destin, en nous penchant plus particulièrement sur le sort de ses figures qu’il semble se faire un devoir de perdre. Nous verrons dans le Doyen, et en parallèle avec d’autres œuvres contemporaines ou non, comment la somme de ces aléas confronte les personnages à autant de dangers auxquels ils tentent de se soustraire et quelles sont les échappatoires qui leur sont octroyées, par un type de prévention volontaire joint à une traque des signes de la Providence.

Modes d’apparition du destin

Dans l’univers prévostien, si comme l’évoque Jacques Chouillet, « [l]e monde est, comme le voudront les hasards du roman, un mauvais lieu, une forêt remplie de spectres, un repaire de brigands, le séjour du mensonge et de l’illusion13 », l’intérieur, généralement structuré par une architecture qui d’après Gérard Genette « fait parler l’espace14 », trahit coutumièrement celui qui cherche un asile. Une simple alcôve peut ainsi constituer un piège fatal : au cours des aventures de la fratrie du doyen, qui se compose de Tenermill, Patrice et Rose, Sara Fincer qui est éprise du cadet, se dissimule dans les appartements du jeune homme dont elle attend le retour ; un malheureux hasard conduit les domestiques qui le précèdent à dégager « un canapé » qui bloque la porte derrière laquelle se cache la jeune femme : cette « espèce de prison15 » contraindra Sara à assister au retour du jeune homme et de mlle de L…, rivale dont il vantera les qualités. Le drame est alors inévitable, la fureur pousse Sara à se jeter sur le couple ; Patrice, ignorant l’identité de l’agresseur se défend et blesse la jeune femme.

Chez Prévost, le hasard semble relayer ou seconder la malignité humaine, dès lors, les lieux, les occasions et les opérateurs optiques se feront les complices du destin. Si dans La Princesse de Clèves l’activité cynégétique conduit fatalement à l’être aimé16, dans Le Doyen de Killerine la promenade champêtre favorise les rencontres inopportunes ; en effet, tandis que Sara :

était descendue au jardin […], le hasard avait voulu que Patrice y fût alors à se promener. La crainte plutôt que la haine avait porté mon faible frère à prendre la fuite ; et l’amour ou le ressentiment avait fait marcher son épouse sur ses traces. Il était entré dans l’appartement de mademoiselle de L… qui se trouvait le premier sur sa route […]17.

Des données qui ressortissent au hasard seront mises en œuvre dans la fortune des personnages, à l’image de l’étendue des grandes villes ; comme le signale Paul Hazard, Paris est une ville « d’où l’on pouvait aussi bien disparaître sans que personne ne s’en aperçût18 ». La collusion de la géographie, de la temporalité19, et du hasard se généralise soit pour freiner la progression de l’action soit pour en accélérer le rythme : ainsi la disparition de Tenermill, qui est favorisée par la géographie parisienne, contrecarre « le zèle » de Patrice qui est à sa recherche ; seul « le hasard f[a]it tomber Patrice sur les traces de son frère20 ».

En outre, le catalogue des adjuvants du hasard mis à disposition du romancier regorge d’outils matériels : si la fenêtre, comme opérateur optique, génère des hasards cocasses, à l’instar de la « cassolette21 » que Gil Blas, du roman éponyme de Lesage, reçoit sur la tête et qui menace la concrétisation de ses plans, en général, celle-ci participe non seulement à la naissance du sentiment amoureux, mais aussi à celle de la passion fatale, en attisant par exemple la jalousie des amants. L’on retrouve dans la littérature des séquences à valeur emblématique, comme dans Du côté de chez Swann, où le protagoniste, congédié par Odette, revient une fois la nuit tombée devant la fenêtre de sa maîtresse. La lumière qui s’échappe des volets clos encourage l’amant à penser qu’on l’a éloigné pour recevoir un autre homme. Un épisode aux motifs similaires figure dans Le Doyen de Killerine où une entrevue nocturne visant à sceller les retrouvailles de Sara et de Patrice est interrompue par l’arrivée de Tenermill qui 

avait malheureusement remarqué non seulement que ses fenêtres étaient éclairées, mais qu’elle avait un homme avec elle. Il n’avait pu s’y tromper, puisque Patrice étant alors debout, il l’avait aperçu sans le reconnaître. La jalousie l’avait jeté dans un transport furieux22.

Au cours du roman, Prévost se plaît à combiner les sources qui piègeront la victime : un « malheureux hasard », un carrosse « arrêté quelques moments à la suite d’une infinité d’autres » et une fenêtre pourront s’allier efficacement contre elle ; le drame s’organise alors autour de ces points de convergence et des coups d’œil malchanceux, comme le souligne le doyen :

J’ouvris ma portière pour reconnaître la cause du désordre. À vingt pas de nous, j’aperçus à la fenêtre d’une fort belle maison mademoiselle de L… et Patrice […]. Mon premier mouvement fut de fermer la portière, et de me baisser même devant la glace pour dérober ce spectacle à ma belle-sœur ; mais ses yeux n’avaient été que trop prompts à lui rendre un mauvais office […]23.

Cette incursion du destin peut également prendre l’aspect d’« accidents » dont les effets significatifs abondent, y compris dans Le Doyen où, à l’exception de rares épisodes expéditifs dont l’efficacité n’a d’égal que la félicité24, les pièges s’imposent ; en amont de l’acte, pour en contrecarrer l’avancée, le contretemps, qui participe à ce que Pierre Fauchery nomme le « destin-obstacle25 », constitue un ressort romanesque capital – celui-ci clôt, entre autres, le récit des Illustres françaises26– dont la mécanique se montre inépuisable pour le démiurge. Tout retard sur l’emploi du temps sera perçu comme un incident : il pourra également révéler l’orientation qu’un personnage fait prendre à l’action ; ainsi, le recours à la correspondance ‑ dont celle des amants qui est l’une des plus touchées par le hasard27 – met en exergue le caractère prioritaire de l’aventure familiale dans Le Doyen : partagé entre le devoir religieux et la tendresse fraternelle, le doyen n’hésitera pas à remettre le sort de ses ouailles au vicaire par « la voie des lettres28 », media traditionnellement tributaire des aléas.

Par ailleurs, le voyage et les déplacements semblent invariablement attirer le hasard ; des topiques se retrouvent d’un roman à l’autre, à l’image des attaques en mer ou sur les routes où l’insécurité est essentielle et plus encore des tempêtes dont les caprices rendent toujours plausible l’insertion de nouveaux malheurs. Le génie prévostien réside, entre autres, dans ce que Jacques Chouillet nomme un « trompe-l’œil29 » propre à duper les personnages par un calme apparent qui précède les plus grands drames ; tous ses narrateurs en font le constat, y compris, le doyen :

Nous continuâmes durant quelques mois de vivre avec la plus parfaite intelligence. […] Nous paraissions donc plus tranquilles que jamais ; lorsque par des ressorts qui étaient encore dans le secret de la Providence, il se préparait pour nous un avenir tout différent, une autre partie, une autre fortune, d’autres occupations et d’autres soins, enfin des aventures, des peines, et des agitations sans nombre. C’est de ce point que je commence proprement notre histoire30.

L’accident représente également l’un des générateurs de rencontres les plus puissants du récit puisque dans la majorité des cas, « le seul hasard […] provoqu[e] ce[s] rencontre[s]31 », au point où dans le Cleveland de Prévost, sont réunis « en un seul endroit du globe, non seulement quatre personnes victimes du même tyran, mais encore quatre porteurs du même message32 ». Pour le héros du roman du XVIIIe siècle, nulle rencontre n’est ni insignifiante, ni fortuite : c’est dans cette succession que sont mises au jour les plus grandes conséquences des aventures du Doyen. Par une diversification des effets, l’auteur semble épuiser les réserves du vraisemblable puisque c’est un cas d’homonymie qui ouvrira la voie au dernier volet du roman : lors d’un voyage à Dublin qui vise à rassembler les partisans du roi Jacques II, tandis que le doyen cherchera à rallier M. Filtely à la cause, il sera confronté à « un conseiller du même nom, aussi opposé aux intérêts du roi et de la religion que l’autre y était attaché33 ».

À l’image des récits contemporains qui accordent une place privilégiée au coup du sort, à l’instar du Diable boiteux de Lesage où la fuite de Zambullo aboutira par hasard à une rencontre avec Asmodée34, un accident pourra en engendrer un autre plus significatif : l’homonymie mise au jour, le doyen se résoudra à fuir par les toits, situation rocambolesque et inédite dans le roman. Prévost prend ainsi le parti de créer un enchaînement d’événements déclencheurs et constructeurs du destin ; sur la base de ce malheureux hasard comme il y en a tant d’autres dans le Doyen et dans l’œuvre prévostienne, vient s’en greffer un second qui acheminera le doyen à une découverte cruciale, constitutif de l’ouverture des aventures de Tenermill :

La porte du grenier était ouverte, et je ne pouvais balancer à suivre l’escalier pour en descendre. Mais où devait-il me conduire, et dans les mains de qui allais-je tomber ? Je descends au hasard. À peine ai-je fait quatre pas que je rencontre une femme éplorée […] je jetai les yeux sur quelques lettres qui étaient confusément sur une table, et je fus surpris au-delà de toutes mes expressions, d’y reconnaître l’écriture de mylord Tenermill35.

La pauvreté de la condition humaine

Par la répétition des hasards, le destin s’impose essentiellement de deux manières différentes : soit par une position rectiligne qui contraint les personnages où chaque événement appelle le suivant soit par un parcours circulaire dans lequel chaque cas semble pouvoir se répéter36. Chez un auteur où le temps « est d’abord constitué par la substitution perpétuelle, en une même existence, d’une aventure à une autre aventure37 », la construction d’épisodes parallèles se met en place et conduit le personnage à se voir constamment exposé à la même menace ; ainsi chaque fuite de Patrice construit le malheur de Sara d’autant plus que le démiurge ne manquera pas d’y superposer un facteur aggravant comme la mort successive des proches de la jeune femme. Cernée par le danger, qui l’expose aux dilemmes voire aux apories, la victime bénéficie d’échappatoires qui révèlent toutefois l’illusoire liberté dont elle dispose. L’incursion du hasard, qui sous-tend régulièrement l’intrigue ou le piège, intervient comme un ressort dans la quête de la vérité ; la valeur heuristique est ainsi forcée par la confrontation avec le moment présent qui s’exprime par une multiplication des aveux mettant en lumière la précarité du personnage :

Mais le hasard voulut qu’étant arrivé dans ma chaise au même moment que le carrosse de Viterbb, je reconnusse aussitôt ma belle-sœur. J’appris d’elle un dessein qu’elle ne pouvait plus cacher38.

La redondance des hasards ne représente pas l’unique piège crée par le romancier ; l’élaboration de stratégies complexes contrecarre l’avancée des aventures, et rend la persécution plus invasive. Le choix factice qui lui est proposé conduit inévitablement la victime à sa perte : entre action et renoncements, se dessinent les destinées ; l’impasse semble irrémédiable.

La détection

Certains personnages déclarent dissocier le hasard de l’action humaine39, au point où par une mise en scène de la coïncidence ils parviennent à forcer le destin ; en témoigne l’entrée de Patrice et de mlle de L, sous-tendue par une scénographie étudiée, qui prépare la phase de dénouement de l’intrigue : « [mlle de L] entra peu de moments après [Patrice] dans ma chambre, et quoique le hasard parût l’avoir amenée, je démêlai aisément que cette visite se faisait de concert40 ». Dans la majorité des cas, toute discrimination semble toutefois aléatoire voire impossible, y compris pour le lecteur qui, face à l’omniprésence des aléas, ne peut parvenir systématiquement à en établir l’origine. Des occurrences comme « [i]l avait juré d’en faire sa première victime. Elle était partie au moment qu’il arriva41 » composent autant d’énigmes où la légitimité du hasard est mise en cause par une relation logique implicite de conséquence.

En outre, le hasard malheureux est un mal contagieux, qui se fait « sentir jusqu’à ceux qui s’attach[ent] » au héros « par compassion42 » et dont la propagation touche en premier lieu l’être aimé. L’ambiguïté s’amplifie dès lors que la destinée lie deux êtres43 – tous les amants du XVIIIe siècle sont sensibles au partage du sort unique, à l’instar des amants de Rousseau dont les « destinées sont à jamais unies44 » – combinaison essentielle qui traverse les époques : les figures de Marguerite Duras se retrouvent « destinée contre destinée », à l’image de « deux victimes, enchevêtré[e]s l’un[e] dans l’autre45 ».

Face à la complexité de l’existence romanesque, dans un monde où la destinée est indissociable de la Providence46, une distinction s’opère toutefois entre fortune et volonté : tandis que certains tentent d’imposer à leurs actes une continuité orientée dont ils gardent du moins provisoirement la direction – comme le signale Pierre Fauchery, le couple d’amants pourra « s’engage[r] dans un projet neuf 47 » qui s’illustre, entre autres, par la fuite au Nouveau Monde pour Manon et des Grieux ou pour les amants de Madame de Duras48 ; d’autres perçoivent la réitération du hasard comme la confirmation des intentions du destin, ce qui confère à la victime un sentiment d’élection particulier. Quelle que soit la condition du personnage, la constatation se fait généralement avec amertume, à l’instar de Gil Blas qui se déclare « né pour être le jouet de la fortune49 » ; il apparaît dans le roman du XVIIIe siècle que « rien ne ramène à la simplicité comme le malheur50 ».

Malgré cette obscurité persistante et la ténacité pugnace d’un « mauvais génie51 » auquel semblent soumises ses figures52, Prévost dissémine des indices dont les effets se révèlent aussi divers que contradictoires. Parmi les truchements privilégiés du siècle comme l’hallucination, le songe prémonitoire ou obsessionnel53, qui révèle la « [m]ystérieuse alliance de l’âme et du corps54 », dans Le Doyen, l’auteur privilégie un motif psychologique à l’intervention d’un ordre surnaturel. La réception de ces signaux est également problématique puisque ceux-ci se révèlent généralement inefficaces, lorsqu’ils n’aggravent pas la situation en favorisant le jeu des opposants ; un tel ressort entraîne donc de nombreux rebondissements : la fuite de Sara Fincer, qui vise à se défaire de la persécution de Tenermill, se solde par un échec puisque la jeune femme sortit :

avec si peu de bonheur dans sa marche, que le premier objet qui frappa ses yeux, dans deux minutes qu’elle passa sous la porte en attendant qu’on fit approcher la chaise, fut le carrosse de mylord Tenermill, qu’une espèce de pressentiment ramenait au logis55.

De prime abord, le pressentiment, qui annonce les inquiétudes fondées de la conscience romanesque56, met en exergue l’impuissance du personnage. Seule la lecture des signaux de la Providence associée à l’expérience, processus relatif à une connaissance acquise par la pratique, semblent animer le succès éclatant du doyen ; le dénouement escamoté précipité par le romancier ramène progressivement les personnages vers un heureux dénouement.

La traque des signes de la Providence

La vulnérabilité du personnage est d’autant plus prégnante lorsque surgit l’« heureux » hasard ; combiné au futur, celui-ci se révèle un support providentiel pour celui dont il guide les actions, le doyen le confie régulièrement : « Le hasard m’avait servi jusqu’alors assez heureusement ; mais chaque moment de l’avenir où j’allais entrer n’en était pas moins obscur, et je ne voyais rien qui pût régler mes résolutions57 ». Le hasard providentiel peut ainsi infléchir favorablement le cours des aventures58 : la course qu’entreprend le doyen afin d’apaiser la vindicte de Fincer, dont la fille a été abandonnée par Patrice, est suppléée par un concours de circonstances avantageux qui aboutit à autant de rebondissements que de raccourcis de l’intrigue romanesque :

Nous approchions déjà de la frontière, lorsqu’en changeant de chevaux à la poste, Jacin vint m’avertir avec un air d’effroi qu’il avait aperçu dans une cour voisine, et qu’ayant pris d’autres informations, il avait appris qu[e Fincer] […] revenait sur ses pas avec sa fille, dans le dessein apparemment de retourner à Paris59.

En outre, la confirmation de ces aléas s’affirme lorsque ceux-ci s’associent à l’entreprise humaine : les idées de Tenermill seront donc « fortifiées » par un « billet que le hasard avait fait ici tomber entre [s]es mains […] dans un des livres que Patrice [lui] envoyait pour dissiper [s]on ennui60 ». La récurrence des signes, à mesure que le hasard se répète, impose bientôt à l’esprit le sentiment que ces incidents figurent l’une des passerelles entre la destinée romanesque et le personnage qu’ils peuvent seconder61. Paul Pelckmans remarque que Le Doyen de Killerine contient de nombreux passages où les protagonistes invoquent le Ciel comme une instance régissant les actions du monde62 ; conformément à l’idée que le siècle se fait de la Providence, le roman s’ouvre sur une annonce du narrateur où les hasards comme les actions humaines figurent les causes secondes de cette volonté, dont les vues sont impénétrables63 :

Mais le Ciel me préparait un autre sort, et le tenait caché sous les voiles impénétrables de l’avenir. J’allais commencer le cours de vie le plus étrange dont il y ait jamais eu d’exemple dans un homme de mon caractère et de ma profession, et me trouver comme forcé à le suivre, par un enchaînement d’aventures si extraordinaires qu’elles méritent bien le soin que je vais prendre de les écrire, pour les rendre utiles à l’instruction du public64.

Le doyen sera donc suspendu aux signes lancés par cette présence céleste, dont les effets restent indéchiffrables tant que le moment opportun est différé :

La grâce du Ciel, disais-je pour me soutenir dans les amertumes de mon cœur, attend peut-être le moment qu’elle a fixé pour les rappeler à eux-mêmes. Elle a peut-être attaché leur retour à quelque moyen qui m’est encore inconnu65.

Il apparaît dans le récit que de nombreuses idées relèvent à la fois d’une réflexion et de l’intervention divine66 : dès lors, des associations lexicales se systématisent à l’image du binôme dans lequel l’alliance de l’« inspiration » et du « Ciel » sous-tend l’expression d’une puissance salvatrice qui pourra, entre autres, insuffler de nouvelles forces à celui dont les ressources se sont progressivement épuisées67. Dieu, dont la clémence s’affirme par autant de rencontres providentielles, de retours perçus « comme une heureuse disposition du Ciel68 », de protections miraculeuses – qui conduiront le doyen à s’extraire du piège tendu par une coquette69 – se montre volontiers moralisateur et punit à de nombreuses reprises la faiblesse de ses créatures, à l’instar de Mme de Tourvel des Liaisons Dangereuses  :

Hélas ! le temps n’est pas loin, où je me croyais bien sûre de n’avoir jamais de pareils combats à soutenir. Je m’en félicitais ; je m’en glorifiais peut-être trop. Le Ciel a puni, cruellement cet orgueil : mais plein de miséricorde au moment même qu’il nous frappe, il m’avertit encore avant la chute ; et je serai doublement coupable, si je continuais à manquer de prudence, déjà prévenue que je n’ai plus de force70.

En outre, l’impuissance de la figure romanesque face à la Providence met progressivement au jour les individualités. En effet, dans un contexte social où Dieu est une puissance devant laquelle il est nécessaire de se plier, comme le souligne Paul Pelckmans : « [l]’individu moderne […] accepte de moins en moins de se croire tenu à tant de soumission : il ne tardera pas à se vouloir le seul artisan de son propre destin71 ». Le doyen, qui notera à plusieurs reprises comment « le Ciel tourna [s]es réflexions du côté le plus favorable72 », sera conduit à se reposer sur la bienveillance d’une instance qui se chargera de régler les motifs secondaires : pressé de conclure les aventures en cours, le narrateur n’hésitera pas, par exemple, à remettre celles de Patrice « à la conduite du Ciel73 ».

Si Dieu apparaît comme le régisseur du sort terrestre de chacun – l’intervention divine sous-tend la naissance, la mort74, ou encore la fortune des protagonistes dont l’exil est réglé  par la « Providence et la générosité des Français75 » – les préoccupations de l’homme d’église se tournent avant tout vers le bonheur des siens. C’est donc sans surprise que les sentiments de religion propres à rendre ses forces au doyen seront parfois remplacés par le recours à un expédient utile : « La religion pouvait m’inspirer de la patience, mais elle ne m’apprenait point de quel côté je devais tourner dans un labyrinthe si inexplicable76 » ; pour recourir à ces panacées d’un autre ordre, la prévention se fera significative.

Les règles de la prudence humaine

L’un des intérêts majeurs du Doyen de Killerine réside dans les ressorts de la prudence humaine : devant l’opacité du cœur humain qui participe « invisiblement […] au mouvement qui précipit[e] l’action vers la catastrophe77 », l’auteur établit un rapport significatif entre expérience et précaution78. À maintes reprises dans le récit, le doyen avoue son impuissance ; dans la première partie du roman, les divergences fraternelles qui sous-tendent les premiers conflits sont à l’origine des précautions qui tentent de prévenir le dérèglement de la fratrie : « mon unique vue, en me logeant avec lui, avait été de pénétrer plus facilement les siennes79 ». Chaque accident entraîne un recours croissant à la prudence qui aboutit à l’affirmation d’une collusion entre le destin et les « inutiles précautions80 » : « Aveugle prudence des hommes, qui les engage sans cesse dans les précipices qu’ils s’efforcent d’éviter !81 ». Dans la seconde partie du récit, les précautions, dont le succès se montre incertain, entraînent autant d’actions radicales que la fuite du ou des personnages persécutés. La mise en œuvre d’une série de dispositions vise donc moins à prévenir le danger qu’à éviter qu’il ne s’aggrave, ainsi de nombreuses mesures auront pour but de protéger les victimes les plus éprouvées d’un nouveau malheur ; le personnage bat en retraite en attendant de meilleurs auspices : « Ce n’était ni de la hardiesse ni du courage qui m’étaient nécessaires dans cette entreprise, mais je sentais le besoin que j’avais de beaucoup de précaution et d’adresse82 ».

C’est dans la dernière partie que la signification attachée à la prudence prend une voie différente pour se réaliser. L’échec, qui ressortit à l’impétuosité ou à une prudence inefficace, fait place à l’expérience : les occurrences où le doyen tire les conclusions « du mauvais succès de [s]es espérances83 » se multiplient. Pour contrer les coups du sort, la faculté mémorielle du personnage romanesque est alors mise à l’œuvre dans des épisodes faisant saillir une prévoyance moins motivée par un don de prescience que par la mise en relation de faits passés. De nouveaux événements conduisent le doyen à se former « de jour en jour à une sorte de prudence dont [il] n’avai[t] pas puisé les règles dans [s]es études84 » ; l’expérience règle les stratégies qui s’expriment par une action offensive, souvent intrigante : afin de retrouver son frère avant donna Figuerrez, le doyen prendra part à la corruption des bateliers qui pourraient conduire la jeune femme jusqu’au refuge de Patrice85. Le « danger » se révèlera secondaire face à « toutes sortes de risques » dont le narrateur profitera pour « mettre à couvert tant d’intérêts précieux86 ».

Le succès du ménagement se montre retors et paradoxal : toute intention qui se bornera à un jeu de cache-cache se révèlera généralement délétère pour la victime et relancera l’intrigue. Le personnage bien que prisonnier du voile de la destinée peut enfin espérer pouvoir en infléchir le cours. L’efficacité de la ruse est telle qu’elle conduit, entre autres stratagèmes, l’ultime précaution qui participe à l’établissement de Tenermill : celle-ci assure la victoire éclatante du doyen sur l’aîné de la fratrie qui ressortit à l’accélération du dénouement final87. Le phénomène ressortit probablement à l’évolution du projet de l’auteur dont le résultat semble diverger des premières ambitions : si le narrateur annonce dans le préambule que l’un de ses demi-frères entrera dans les ordres88, le récit se conclut finalement sur la fortune de la fratrie qui est secondée par la volonté céleste ; le doyen ne manquera pas de le rappeler à ses frères : « Le Ciel veut arranger vos affaires domestiques avec autant de soins qu’il a rétabli votre fortune à la cour89 ». La fin escamotée90, qui permet au doyen d’effectuer « artificiellement, la réconciliation tant recherchée entre le monde et la morale91 » comme le souligne Alan Singerman, sera conditionnée par une suprême intervention divine qui étayera l’argumentaire du casuiste ; ce dernier reconnaîtra volontiers l’inspiration qui a guidé son plan :

C’était à elle que cette pensée était venue, après avoir goûté le plan que le Ciel m’avait inspiré. […] En effet, comme si le Ciel eût pris soin de conduire la langue du comte, ses premiers compliments avaient été des félicitations […]92.

Ce renversement inattendu et construit par l’addition de signes, de hasards providentiels, « doit viser, parmi d’autres précautions, à atténuer l’allure un peu forcée du happy end93 ».

*

L’abbé Prévost semble accorder à la prudence humaine une victoire guidée par la voix céleste : le renversement in extremis d’une fin tragique en un dénouement heureux imposera le hasard comme une arme ambiguë. En effet, celui-ci constituera un signe providentiel ou une menace que seul le personnage pourra tenter de déjouer ; la manigance qui aboutit à la séparation de Tenermill et de donna Figuerrez est validée par le départ de la jeune femme. La fuite concrétise ainsi l’abandon de l’action et invalide la transformation de l’aléa en contretemps : l’auteur ne manque pas de mettre en concurrence le hasard, la Providence et le mystère du cœur humain qui semble être en mesure de contrer par ses nombreuses volte-face les autorités humaines ou divines : « jamais Prévost n’est allé plus loin dans la description d’un monde abandonné au hasard, et d’êtres livrés aux passions94 ».

Notes de bas de page numériques

1  Prévost, Le Doyen de Killerine, Histoire morale, texte établi par Aurelio Principato (Œuvre de Prévost, III, sous la direction de Jean Sgard), Grenoble, P.U.G., 1978. p. 252.

2  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 355.

3  Jean Sgard, L'abbé Prévost, Labyrinthes de la mémoire, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 118.

4  Jean Sgard, Vie de Prévost (1697-1763), Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2006, Les Collections de la République des Lettres, Etudes, p. 144.

5  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 384.

6  « […] On ajouta qu’avec beaucoup de prudence, il avait placé aussitôt cette somme pour s’en faire un revenu à l’épreuve de tous les hasards. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 371.

7  Voir à ce sujet le travail de Robert Mauzi, L'Idée du bonheur dans la littérature et la pensée françaises au dix-huitième siècle, Paris, Colin, 1960.

8  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 287.

9  Le narrateur de la Grecque moderne, comme en prévision d’un nouveau malheur, ne peut accepter un bonheur annoncé : « Je me contraignais encore pour refermer toute ma joie dans mon cœur, comme si la crainte de me voir traversé par quelque nouvel incident m’en eût fait suspendre tous les transports. ». Prévost, Histoire d'une Grecque moderne, édition établie par J. Sgard, Grenoble, P.U.G., 1989, p. 46.

10  Pierre Fauchery, La Destinée féminine dans le roman européen du dix-huitième siècle, 1713-1807. Essai de gynécomythie romanesque, Paris, Colin, 1972, p. 765.

11  Prévost, Le Doyen de Killerine, Histoire morale, texte établi par Aurelio Principato(Œuvre de Prévost, III, sous la direction de Jean Sgard), Grenoble, P.U.G., 1978.

12  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 155.

13  Jacques Chouillet, « La caverne, ses habitants et ses songes : de Platon à Prévost et au-delà », dans : Cahiers Prévost d'Exiles, I, 1984, p. 60.

14  Gérard Genette, Figures II, Paris, Le Seuil, 1969, p. 43.

15  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 254.

16  « Comme ils étaient à la chasse à courir le cerf, M. de Nemours s’égara dans la forêt. […] Il arriva dans la forêt et se laissa conduire au hasard […]. [I]l ne put se refuser le plaisir de voir cette princesse […]. ». Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves, GF-Flammarion, 1966, pp. 126-127.

17  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 215.

18  Paul Hazard, La Pensée européenne au XVIIIe siècle. De Montesquieu à Lessing, Fayard, p. 425.

19  La modification de l’emploi du temps permet au hasard de s’immiscer vraisemblablement dans le récit puisqu’un changement dans l’horaire de visite de Patrice au couvent de sa sœur le conduit à un visiteur inconnu : « Cependant un jour qu’ayant choisi sans dessein une heure différente de celle que je prenais ordinairement pour la voir, j’étais seul à l’attendre à la grille, je vis un domestique sans livrée qui présenta plusieurs fois sa tête à la porte, comme s’il eût attendu quelque réponse qu’il s’ennuyait de ne pas recevoir. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 106.

20  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 36.

21  Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane, Garnier-Flammarion. 1977, p. 112.

22  Prévost, Le Doyen de Killerine, pp. 345-346.

23  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 202.

24  « Ce plan nous réussit avec tant de bonheur que sans voir trouvé le moindre obstacle dans l’espace de huit jours, je me vis enfin le maître de toutes les richesses du caveau. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 374.

25  Pierre Fauchery, La Destinée féminine dans le roman européen du dix-huitième siècle, 1713-1807. Essai de gynécomythie romanesque, p. 777.

26  Un ultime sursaut du destin retarde l’issue finale des aventures de Mme de Londé et de Dupuis. Robert Challe, Les Illustres Françaises, Livre de Poche, 1996, p. 656.

27  « O ma Julie ! que d’imprévues catastrophes peuvent en huit jours rompre à jamais les plus doux liens du monde ! ». Rousseau, La Nouvelle Héloïse, Livre de Poche, 2002, Première partie, Lettre XIX, p. 122.

28  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 289.

29  Jacques Chouillet, « La caverne, ses habitants et ses songes : de Platon à Prévost et au-delà », pp. 63-64.

30  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 21.

31  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 355.

32  Jacques Chouillet, « La caverne, ses habitants et ses songes : de Platon à Prévost et au-delà », p. 65.

33  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 375.

34  « Ils le poursuivirent quelque temps sur les toits ; mais il trompa leur poursuite à la faveur de l’obscurité. [Zambullo] marcha vers une lumière qu’il aperçut de loin, […] il arriva près d’un grenier d’où sortaient les rayons de cette lumières, et il entra dedans par la fenêtre, aussi transporté de joie qu’un pilote qui voit heureusement surgir au port son vaisseau menacé du naufrage. ». Lesage, Le Diable boiteux, Gallimard, 1984, pp. 29-30.

35  Prévost, Le Doyen de Killerine, pp. 376-377.

36  « Mais quel était le sort de Patrice, d’être retombé en Espagne dans les mains d’une femme du même caractère ? […] je n’ai jamais conçu qu’il eût pu se sauver autrement d’un péril qui se renouvelait tous les jours. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 319.

37  Georges Poulet, « L'abbé Prévost », dans : Etudes sur le temps humain, Paris, Plon, t. I, 1950, p. 189.

38  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 395.

39  « Écoutez, reprit-il, je ne charge personne des accidents du hasard, et je veux bien distinguer ce qui ne doit être attribué qu’à notre malheur de ce qui mérite le nom d’insulte et d’outrage. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 276.

40  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 214.

41  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 257.

42  Prévost,Mémoires et aventures d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde (t. I et II), édition établie par J. Sgard, Paris, Desjonquères, 1995, p. 186.

43  « […] on dirait que nos âmes se touchent par tous les points, […] et ceci me prouve plus que tout que je ne suis rien sans lui, et qu’il doit à jamais régner sur ma destinée, Adèle ! ». Madame de Duras, Olivier ou le Secret, Gallimard, 2007, p. 245.

44  Rousseau, La Nouvelle Héloïse, Première partie, Lettre XI, p. 106.

45  Marguerite Duras, Les Impudents, Gallimard, 1992, p. 224.

46  L’auteur « n’est pas parvenu à isoler les deux essences, l’une et l’autre si familières à sa pensée et à son lexique ». Pierre Fauchery, La Destinée féminine dans le roman européen du dix-huitième siècle, 1713-1807. Essai de gynécomythie romanesque, p. 783.

47  Pierre Fauchery, La Destinée féminine dans le roman européen du dix-huitième siècle, 1713-1807. Essai de gynécomythie romanesque, p. 783.

48  « je me disais que […] s’il le fallait, je fuirais avec elle en Amérique, et jusque dans cette île déserte, objet de mes anciennes rêveries. ». Madame de Duras, Edouard, p. 173.

49  Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane, p. 320.

50  Madame de Duras, Olivier ou le secret, p. 237.

51  « Cependant, comme si le mauvais génie de nos deux familles eût pris soin de conduire les événements, cette occasion qui paraissait à Sara si heureusement choisie, et dont elle se flattait déjà de tirer tant d’avantages, allait être le plus terrible et le plus douloureux moment de sa vie. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 253.

52  « Pendant ce temps-là, notre mauvais génie travaillait à nous perdre. ». Prévost, Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, édition établie par F. Deloffre et R. Picard, Paris, Garnier, 1965, p. 137.

53  Les rêves prémonitoires dans la Paysanne pervertie surgissent la veille des événements cruciaux de la vie d’Ursule : le roman s’ouvre sur un rêve métaphorique, prophétie du dérèglement de la jeune femme et se ferme sur un ultime songe qui annonce l’assassinat de la femme repentie. Restif de la Bretonne, La Paysanne pervertie ou les dangers de la ville, Garnier-Flammarion, 1972, p. 48, 515.

54  Madame de Duras, Edouard, p. 169.

55  Prévost, Le Doyen de Killerine, pp. 350-351.

56  « Je m’arrêtai à ce seul point, qui me fit naître mille idées terribles par le pressentiment de toutes les suites qu’il pouvait entraîner. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 272.

57  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 219.

58  La libération d’une entrave peut faire valoir l’irruption du hasard comme un événement providentiel : « Il me fallait un événement tel que celui qui survint tout d’un coup pour me délivrer d’une persécution si obstinée. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 231.

59  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 244.

60  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 122.

61  « Le hasard servait ainsi ses désirs les plus empressés. » Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 351.

62  Le roman « comporte quelque deux cents passages qui attribuent directement telle ou telle péripétie de son intrigue mouvementée à la volonté du Ciel. Il s’agit le plus souvent de notations rapides et stéréotypiques. » qui attestent d’un « tour d’esprit ». Paul Pelckmans, Dieu s’est-il arrêté à Killerine ? dans Roman et religion en France 1713-1866, textes réunis, présentés, édités P. Jacques Wagner, Champion, 2002, p. 66.

63  « Mais est-ce à de faibles hommes qu’il appartient de raisonner sur les dispositions impénétrables de la Providence ? ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 189.

64  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 24.

65  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 228.

66  « Ce fut dans les réflexions que je fis là-dessus le reste du jour que le Ciel me dit naître une idée […]. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 236.

67  « C’est au Ciel sans doute que je fus redevable de la force qui me rendit maître des mouvements de mon cœur […]. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 197.

68  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 187.

69  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 296.

70  Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Livre de Poche, 2002, p. 284.

71  Paul Pelckmans, Dieu s’est-il arrêté à Killerine ?, pp. 72-73.

72  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 75.

73  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 193.

74  La mort de des Pesses profite ainsi à la fratrie : « le Ciel la fait tourner à l’avantage ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 158.

75  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 23.

76  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 235.

77  Georges Poulet, « L'abbé Prévost », dans Études sur le temps humain, Paris, Plon, t. I, 1950, p. 190.

78  « L’expérience me répondait du fond du cœur que je ne pouvais faire sur cette promesse, et je ne pensais d’ailleurs à ne rien négliger de mon côté pour seconder son zèle. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 213.

79  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 121.

80  Prévost, Mémoires et aventures d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde, p. 198.

81  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 173.

82  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 284.

83  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 382.

84  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 333.

85  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 333.

86  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 376.

87  « Nous nous occupâmes d’un autre projet, qui nous parut le chef-d’œuvre de la prudence, et dont le succès répondit parfaitement à nos soins. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 391.

88  « On verra par quels degrés qu’il plut au Ciel de l’y conduire. ». Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 20.

89  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 397.

90  « L’épisode final surtout, où le Doyen se débarrasse de Donna Figuerrez […] donne l’impression d’une situation imparfaitement résolue […]. ». Richard Andrew Francis, Les fins de roman chez l’abbé Prévost, Dans :L’abbé Prévost au tournant du siècle, présentés par Richard A. Francis et Jean Mainil. Oxford, Voltaire Foundation 2000. IX, (SVEC ; 2000 : 11), p. 131.

91  Alan Singerman, L’abbé Prévost, l’amour et la morale, Genève, Droz, 1987, p. 197.

92  Prévost, Le Doyen de Killerine, p. 398.

93  Paul Pelckmans, Dieu s’est-il arrêté à Killerine ?, p. 67.

94  Jean Sgard, L'abbé Prévost. Labyrinthes de la mémoire, pp. 172-173.

Bibliographie

 Œuvres littéraires

Œuvres de Prévost (t. I à VIII), édition établie par Jean Sgard et al., Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1977-1986.

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PRÉVOST Antoine François, Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut [1731],édition établie par F. Deloffre et R. Picard, Paris, Garnier, 1965.

PRÉVOST Antoine François, Le Pour et Contre, ouvrage périodique d'un goût nouveau. Dans lequel on s'explique librement sur tout ce qui peut intéresser la curiosité du public, en matière de sciences, d'art, de livres, d'auteurs, etc. sans prendre aucun parti, et sans offenser personne. Par l'auteur des Mémoires d'un homme de qualité, (t. I à XX), Paris, Didot, 1733-1740, 360 p.

LAFAYETTE Madame de, La Princesse de Clèves [1678], GF-Flammarion, Paris, 1966, 195 p.

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LESAGE Alain-René, Histoire de Gil Blas de Santillane [1715-1735],Chronologie, introduction, bibliographie, établissement du texte, glossaire, notes, par Roger Laufer, Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres, Paris, Garnier-Flammarion, 1977, 638 p.

MARIVAUX, La vie de Marianne ou les aventures de Madame la comtesse de *** [1731‑1742], Paris, Classiques Garnier, 1990, 654 p.

ROUSSEAU Jean-Jacques, La Nouvelle Héloïse [1761],édition établie, présentée et annotée par Jean-Marie Goulemot, Paris,Livre de Poche, 2002, 895 p.

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RESTIF DE LA BRETONNE, La Paysanne pervertie ou les dangers de la ville [1784], chronologie et préface par Béatrice Didier, Paris, Garnier-Flammarion, 1972, 572 p.

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Paul et Virginie [1788], édition établie et présentée par JeanEhrard, Paris, Gallimard, 1984, 337 p.

PROUST Marcel, Du côté de chez Swann,[1913], édition présentée et annotée par Antoine Compagnon, Paris, Gallimard, 1988, 529 p.

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LOY Robert, Diderot's Determined Fatalist. A critical appreciation of « Jacques le fataliste », New York, King’s Crown Press, 1950.

MAUZI Robert, L'Idée du bonheur dans la littérature et la pensée françaises au dix-huitième siècle, Paris, Albin Michel, 1994.

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Pour citer cet article

Alisson Cheng, « Le Doyen de Killerine : entre hasard et providence ? », paru dans Loxias, Loxias 30, mis en ligne le 02 septembre 2010, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/index.html?id=6326.

Auteurs

Alisson Cheng

Étudiante en Lettres Modernes à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Alisson Cheng est actuellement en sixième année de doctorat. Sa thèse, inscrite sous la direction de Monsieur le professeur Sylvain Menant, porte sur la création des figures romanesques dans le Doyen de Killerine de l’abbé Prévost. La soutenance de sa thèse est prévue pour l’automne 2010.