XXe siècle dans Loxias


Articles


Loxias | Loxias 7 (déc. 2004) | Littérature comparée

L'art des titres ou le mélange des genres dans Le Tambour de Günter Grass

Cet article propose quelques pistes de réflexion sur « l’électricité de sens » qui, selon Michel Butor, circule entre titre et corps d’une œuvre littéraire, à partir de l’étude des titres de chapitres du Tambour de Günter Grass. L’hypothèse mise à l’épreuve est que ces titres permettent à l’auteur de convoquer au sein du roman divers genres littéraires et picturaux afin d’atteindre la prose poétique qu’il revendique tout en intégrant dans l’écriture son expérience de plasticien. Sont donc envisagés successivement les logiques de l’image que révèlent ces titres et leur dialogue souvent ironique avec le corps des chapitres, l’hybridation générique qu’ils favorisent et enfin l’architecture signifiante qu’ils permettent de dégager au sein de la luxuriance narrative caractéristique du roman.

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Loxias | Loxias 8 (mars 2005) | Travaux et publications

L’impossible totalité. Une étude de la complexité dans l’œuvre de Claude Simon

Cette étude porte sur la complexité dans un corpus de six romans de Claude Simon : Le Vent (1957), L’Herbe (1958), La Route des Flandres (1960), Le Palace (1962), Histoire (1967) et La Bataille de Pharsale (1969). Ces romans sont traités comme des systèmes complexes. Selon la définition de Ludwig von Bertalanffy, un système est un ensemble d’éléments dont chacun est relié aux autres par une multiplicité de relations différentes.

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Loxias | Loxias 4 (mars 2004) | Identité générique: le dialogue

« L’interview » d’auteur, genèse d’un genre et défi francophone

Partant de l'observation concrète d'entretiens réalisés dans le temps dans des conditions historiques déterminées, enregistrés ou imprimés, une réflexion tente de réunir les constantes - mouvantes - du genre. Les dialogues donnent accès à une littérature en cours d'élaboration par exemple congolaise ; ils aident à sa reconnaissance par un public immédiat ou plusieurs fois distant. Indirectement se construisent des profils d'écrivains. Une maïeutique aux modalités complexes se met en place.

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Loxias | Loxias 1 (2003) | articles

As Curious (Aux Curieux)

Sonnet prononcé en clôture de colloque

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Loxias | Loxias 5 (juin 2004)

L’ironie de Giraudoux : de l’ironie moderne à « l’Umorismo »

Giraudoux, à partir de 1930, se dit « condamné », face à ce qu’il  considère comme le « délabrement des machines du monde », au rôle de prophète, c’est-à-dire à celui de « conseiller parfaitement inutile ». Ce sentiment d’amertume et d’impuissance se traduit dans son œuvre par des bouleversements esthétique et éthique. Une ironie destructrice envahit ses derniers écrits. Le rire que déclenche ce type d’ironie donne faussement l’illusion de s’affranchir d’un réel où le sens est irrémédiablement perdu. Giraudoux suit dangereusement les voies de l’Humorisme défini par Pirandello, en se complaisant dans la dérision et l’auto-dérision et en se condamnant à se tromper sans fin dans le style.

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Figure en résurgences : Médée entre transgressions et transcendances

Les figures de matriarches, omniprésentes dans les romans contemporains, coordonnent autour de leur représentation une constellation de motifs. La mythique Médée dirige cette analyse comparative liant les ouvrages éloignés de Toni Morrison, Maryse Condé et Marie Ndiaye. Entre transgressions et transcendances, le personnage de la mère meurtrière, réactualisé par les romans sollicités, ouvre à un imaginaire fécond, contradictoire et nocturne qui parcourt les époques et les continents.

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Loxias | Loxias 3 (févr. 2004) | Le devenir du mythe

La constellation de l’être chez Heidegger et Hölderlin

Le dépassement de la métaphysique auquel s’est attaché Heidegger depuis le célèbre « tournant » de sa pensée semble prendre sa source dans la rencontre, au début des années trente, avec la poésie de Hölderlin. Celle-ci agira comme le révélateur de la pensée heideggerienne : si la marque de la métaphysique tient au déclin de la vérité de l’étant lié à l’oubli de l’être, il est possible de penser la nécessité de ce déclin pour affronter « la durée abrupte du commencement ». Dépasser la métaphysique, dès lors, c’est revenir en deçà d’elle-même pour approcher sa propre vérité : Hölderlin va permettre à Heidegger d’effectuer le « pas en arrière » hors de la métaphysique et de renouer le dialogue avec l’histoire de la pensée.

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Loxias | Loxias 3 (févr. 2004) | Doctoriales

L’œuvre romanesque de Giraudoux, du mythe du voyage initiatique à l’errance

“Les romans de Giraudoux sont d’abord portés par le mythe du voyage initiatique, puis par le récit de l’errance du pseudo-héros issus du mythe de Faust et de Narcisse. Les personnages des premiers écrits marchent sur les traces d’Ulysse vers leur Ithaque, Bellac, la ville natale de Giraudoux, « centre » du monde. Leur aventure correspond au schéma du mythe du voyage initiatique, dont l’archétype est l’Odyssée d’Homère : le temps cyclique, les notions de « centre » et d’ascension, celles de mort et de renaissance et le thème de l’épreuve qui permet de gravir les degrés de la connaissance jusqu’à la révélation finale. La fin de l’initia...”

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Littérature et interculturalité : exemples de scénarii initiatiques (romans de Le Clézio et de A. Brink)

Ce travail se propose de mettre en résonance deux textes littéraires dont les auteurs appartiennent à deux univers géo-culturels distincts : Jean-Marie Gustave Le Clézio, auteur français et André Brink, écrivain sud-africain. Nous avons choisi de nous intéresser au thème du parcours initiatique, rassemblant ces deux récits autour de cet invariant commun : préparation, épreuves, mort initiatique, renaissance sont les grandes phases de l’initiation.

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La figure mythique du fils prodigue dans le roman marocain (D. Chraïbi et F. Laroui)

Le scénario du départ vers l’ailleurs donne le schéma du mythe du fils prodigue dans les romans marocains d’expression française. En observant le décor mythique dans la production romanesque de langue française au Maroc depuis l’indépendance du pays, nous constatons que les images transmises sur l’Autre semblent suivre une certaine logique d’ordre thématique mais aussi d’ordre historique. Nous étudierons particulièrement les œuvres de Driss Chraïbi et de Fouad Laroui.

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Loxias | Loxias 3 (févr. 2004) | Fondements mythiques des nations

« Temporalité messianique et mythes du Salut dans le Congo actuel »

Le messianisme comme mouvement religieux et politique est historiquement daté en Afrique centrale. En effet, il apparaît sous sa version prophétique dès le 17ème siècle dans le royaume Kongo. Or, le messianisme s'inscrit aussi dans la perspective des mouvements socio-religieux fortement marqués par la référence aux mythes de salut, discours sacrés dans lesquels l'acte de création qui relie le temps primordial au temps historique constitue également un acte de délivrance, de libération pour la communauté opprimée. Parmi les messianismes africains qui persistent de nos jours figure le Matsouanisme créé en 1945 à Brazzaville.

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Loxias | Loxias 3 (févr. 2004) | Constellation du bonheur

La solitude et le mythe de la vie moderne – homologie latente

La ville iranienne connaît des mutations importantes qui reflètent des transformations des rapports humains dans la société moderne. A travers les textes littéraires on peut étudier le champ particulier de l’imaginaire de l’espace, et voir s’exprimer des relations significatives tant avec la réalité socio-historique qu'avec l'existence fictionnelle des personnages.

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Loxias | Loxias 2 (janv. 2004) | Genèses. Interactions entre différents champs: réciprocité amorcée d'une intertextualité. Imaginaire et transferts culturels

Minieh, le lieu enchanteur de Michel Butor

Le bref séjour de Michel Butor à Minieh semble avoir influencé fortement son art romanesque basé sur l’importance du lieu : Le Génie du Lieu est très significatif à ce sujet.

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Loxias | Loxias 13 | I.

L’omniprésence de la narration chez Abdelkader Alloula

Abdelkader Alloula est un dramaturge algérien assassiné en 1994. Son théâtre est généré par la culture populaire. Dans les souks, les « diseurs » annonçaient une nouvelle, un événement…etc. Ceux qui entendaient sa voix se dirigeaient vers lui pour mieux écouter. D’emblée ils formaient un cercle qui s’appelle halqa en arabe. Ce cercle permet ainsi de situer le diseur, qui est appelé officiellement le goual, au centre. Il devient le centripète de la narration. Puisant dans cette tradition Abdelkader Alloula a écrit une trilogie El-Agoual (Les Dires) 1980, El-Adjouad (Les Généreux) 1984, El-litham (Le Voile) 1989. Rassemblée sous le titre Les dires éclatés de 1980 à 1989 l’omniprésence de la narration est prise en charge par le goual.

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Les Mains sales de Jean-Paul Sartre ou le récit de la vie d’un militant atypique

La libération prématurée de Hugo, le meurtrier de l’ancien Secrétaire Général de leur parti, ne satisfait pas certains de ses camarades qui veulent maintenant le liquider sans autre forme de procès. Et pourtant il a fait mieux qu’exécuter les ordres du parti qui avait prémédité et programmé cette mort que Hugo a transformée en crime passionnel. Au lieu de le féliciter pour mission bien accomplie, est-il normal de lui en vouloir au point d’attenter à sa vie ? Olga ne le pense pas ; c’est pourquoi elle demande un sursis à exécution, le temps d’obtenir de Hugo sa version des faits et elle exige de lui un récit minutieux de tout ce qui s’est passé avec Hoederer. Malheureusement rien ne garantit l’objectivité d’un tel récit, un coupable n’étant pas obligé d’évoquer ce qui peut lui être préjudiciable. En outre, sa longueur est un problème car le manque d’action risque de lasser les spectateurs. Pour contourner ces inconvénients, l’auteur recourt à la technique du flash-back qui est une forme particulière de récit dont nous analyserons les caractéristiques.

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Loxias | Loxias 14 | Doctoriales

Pascal Quignard : la voix du silence

Quiconque se penche sur l’œuvre de Pascal Quignard se doit de prêter l’oreille pour entendre mais aussi d’être à l’écoute afin de mieux entendre. Les écrits de Quignard donnent à entendre une parole poétique à la fois dilatée et elliptique, innervée par un ton et une voix uniques qui, fait singulier, transforment une activité lectorale en expérience auditive.

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Marguerite Duras ou l’écriture de l’intime

Œuvre et vie, vie et œuvre sont deux mondes toujours liés par une seule et même aventure, l’écriture. Chez Duras, ces deux éléments sont liés de façon obscure et mystérieuse, notamment lorsqu’il s’agit des événements historiques indélébiles qui l’ont profondément marquée. À travers ses œuvres : Moderato Cantabile, Dix Heures et demie du soir en été, Hiroshima mon amour et Le Ravissement de Lol V. Stein, Duras laisse en effet transparaître certains événements de sa vie familiale et personnelle. Cependant, Duras garde en elle-même une part de réserve quand elle ‘dévoile’ à ses lecteurs les souffrances du cœur liées à la saga familiale : la vie difficile, la pauvreté, la richesse, l’inégalité, la mère, les frères, la précocité amoureuse, tout un vécu intime marqué par des désillusions sentimentales et amoureuses. C’est pour cette raison que Duras est un écrivain que nous qualifierons d’intimiste.

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Loxias | Loxias 16

Les anamorphoses d'une bestiole dans Histoire de la chauve-souris de Pierrette Fleutiaux

« Comment c’est d’être une chauve-souris ? » lisait-on dans Pensées secrètes de David Lodge. En fermant le roman de Pierrette Fleutiaux, Histoire de la Chauve-souris, le lecteur se demande : « C’est quoi une chauve-souris ? ». C’est à cette question que je tenterai de répondre dans ce que j’appellerai « les anamorphoses d’une bestiole », car on s’en doute, la réponse n’est pas simple. La bête, pas tout à fait oiseau, pas tout à fait mammifère, cette forme de l’entre-deux, vit accrochée à la nuque de la narratrice qui, à son tour, n’est plus tout à fait femme, sans être pour autant bête. L’hybridation doublée d’un parasitisme appelle plusieurs lectures, selon qu’on voit dans la chauve-souris un être réel, imaginaire ou symbolique. Le lecteur doit alors démêler l’écheveau des sens… au risque de ne rien trouver ainsi que le laisse entendre la narratrice : « il se peut qu’après avoir démêlé tant de fils j’arrive au dernier fil et n’y trouve rien. » L’hybridité en favorisant la coexistence d’éléments disparates s’élève alors à la dignité d’une complexité créatrice de sens.

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Loxias | Loxias 18 | Doctoriales

 « L’existence en marge » : les expériences de la solitude et de la liberté chez Maryline Desbiolles

Les romans de l’auteur contemporain Maryline Desbiolles mettent en scène des personnages qui se trouvent dans des situations-limites : soit qu’ils mènent une vie en marge de la société, soit qu’ils soient saisis dans un moment crucial de leur existence, parvenus à un point extrême où ne semble plus s’ouvrir aucune issue. Dans ces situations, ils font l’expérience de la solitude la plus absolue, la solitude existentielle. Paradoxalement le mal-être des personnages est parfois associé à un exaltant sentiment de liberté, né, précisément, de la prise de conscience de leur condition d’hommes sur terre... De manière plus ou moins sensible, le questionnement ontologique sous-tend l’ensemble de ces romans ; les thèmes de la solitude et de la liberté s’avèrent constitutifs de l’imaginaire déployé. Evoluant autour de quelques notions récurrentes (frontière, exil, errance, étrangeté, appétit, éblouissement), cette œuvre explore la réalité humaine dans sa substance : l’existence apparaît comme un cheminement vertigineux sur la ligne de crête séparant d’une part, les forces de mort, et d’autre part, les forces de vie.

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Loxias | Loxias 19 | Programme d'agrégation

Du Roi Cophetua à Rendez-vous à Bray : André Delvaux lecteur de Julien Gracq

Julien Gracq dit envisager « la transposition d’un roman à l’écran » comme un outil (un scalpel), au service de la critique littéraire. Il se trouve que nombre de cinéastes se sont intéressés à ses œuvres. C’est le cas d’André Delvaux qui, une année seulement après la parution du recueil de nouvelles La Presqu’île, adapte Le Roi Cophetua sous le titre de Rendez-vous à Bray. Ce qui est montré ici, c’est que le film de Delvaux fonctionne comme une véritable enquête sur le sens, enquête quasi policière, qui cherche à établir les tenants et aboutissants de l’histoire étrange qui nous est racontée, qu’il en est, à tous les sens du terme, une interprétation. Mais le film vaut aussi comme œuvre en soi : l’introduction de la dimension musicale séduisit en son temps Julien Gracq.

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Loxias | Loxias 21 | Frédéric Jacques Temple, l'aventure de vivre

Frédéric Jacques Temple, aventure de la mémoire et porosité de l’être au monde dans La Chasse infinie

Le poème de Frédéric Jacques Temple a rapport au temps, au sens de mémoire. Il effectue un retour à l’aletheia, l’ancienne vérité, mémoire du mage et du poète, célébration qui rapporte le mot à un temps mythique où la chose simple était là sans traduction. Memorandum immémorial. Laisser une trace comme celle des menhirs des brandes celtiques ou bien des oeufs de granit de l’Aubrac. Le poète est celui qui traverse les strates du temps et témoigne du monde et de l’homme. Solitude, immutabilité, les caractères matériels des poèmes de Temple, comme des stèles, définissent une posture face au temps. Mais la réminiscence elle-même est reviviscence. Tout est émouvant enchevêtrement des fils de la vie, aventure de vivre, car « à chacun son aventure », ce qui fait que cette poésie taillée dans la pierre est aussi celle de la précarité, de l’évanescence, de la légèreté duveteuse d’une aile irisée de papillon.

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L’art d’évoquer les minutes heureuses

Dédoublé entre Frédéric-Florestan et Jacques-Eusébius, F. J. Temple est voué à l’évocation des bonheurs passés, dont ses poèmes tirent leur existence en suspendant le temps pour faire advenir l’accord entre tous les règnes qui est le signe d’élection par excellence de cette poésie. Une vibration perpétue le bonheur par échos prolongés qui révèlent l’épaisseur du temps et favorise la « rumination des siècles ». « Poèmes-voyages » ou « poèmes-stations » s’allient dans un dispositif de commémoration singulier : s’y exprime ce qui émeut au plus vif et pourtant le poète se tient dans la distance d’un point de vue inscrit au futur antérieur. « Ce qui aura été » est consigné dans le poème pour y être partagé. De là le nombre élevé d’intercesseurs, de compagnons de voyage et d’aventure, qui ponctuent cette œuvre de leur présence amie. De là aussi le goût de Temple pour les dictionnaires et la « chasse infinie » des vocables. De là ce « temps ample » qui scelle ici le bonheur.

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Célébrer le vivant, amen, alleluia !

La poésie de Frédéric Jacques Temple est pétrie de la matière du monde : minéral, végétal, animal, tout le règne du vivant s'y exprime. Mais cette fusion spontanée avec la nature s'ancre dans l'expérience mortelle de la guerre : « sachez que je suis déjà mort », écrit le poète. Cette perte primordiale et définitive est au coeur de sa célébration du vivant. Elle a comme arrêté le temps pour lui. D'où l'importance de la mémoire, qui recrée les paradis perdus du passé, tout autant qu'elle creuse le présent pour y sentir la densité de « l'immémorial ». On peut ainsi lire son chant solaire, son art de connaître tous les êtres vivants par leur nom, comme une perpétuelle re-création du monde.

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À l’écoute avec Frédéric Jacques Temple

Les poèmes de Frédéric Jacques Temple requièrent une oreille attentive, car étant à l’écoute du monde, ils demandent en retour une fine écoute, afin que les paysages sonores qu’ils enregistrent soient dûment perçus, sur le plan acousmatique comme sur le plan acoustique. Une telle écoute est indissociable de l’exercice intense et continu de la mémoire, conçue comme une réserve de sons. Face à l’Histoire, qui engloutit tout dans son bruit et sa fureur, le poème de l’écoute valorise la légende, bonne conductrice d’acousmates, dans l’endophasie créatrice. Le poète, et à la suite son lecteur, est un « chasseur infini » de silences, qu’il emmagasine afin de les moudre et d’en faire la matière vive du poème. Homme des « petites perceptions », il accueille aussi le cri, modèle ses vers sur le rythme obstiné du train ou sur le lent cheminement des caravanes, élit les animaux pour totems sonores, se donne pour maître de musique l’oiseau, et sa tête est emplie des œuvres de bien des compositeurs. Ses poèmes traduisent au bout du compte une écoute exceptionnelle des langues en général, et du langage du poème en particulier, marqué souvent par le balbutiement des origines et « la rumination des siècles », qu’il nous demande d’écouter.

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Loxias | Loxias 22 | Doctoriales V

Nous autres / vous autres ou l’histoire de l’identité impossible

En interrogeant les textes littéraires en dialogue avec le tissu discursif qui les entoure, je suis arrivée à la conclusion que l’identité québécoise est loin d’être confortable, étant une source constante de tensions. Perdus sur un territoire sans frontières politiques, linguistiques, économiques, les gens communiquent « dans le malentendu », la langue porte les signes de la solitude, le discours essayant de fixer par répétition cette identité impossible ou épineuse. Le jeu est compliqué par la prise de parole des écrivains migrants, déchirés entre le poids de la mémoire et l'inquiétante identité, qui s’emparent des paroles étrangères pour construire un NOUS illusoire. Ainsi, l’identité collective s’avère plutôt une construction mentale discursive, une illusion perpétuée par le discours, qui réussit à s’équilibrer seulement pour le moment les tensions.

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Loxias | Loxias 26 | Doctoriales VI

La femme scandale dans le théâtre français du XXe siècle : représentations d’une sexualité féminine transgressive

La multiplicité des crises traversées par la France des années 1940 à 1960 entraîne un durcissement de la morale ; le besoin de stabilité ressenti a pour conséquence la mise en avant de valeurs telles que la famille. La sexualité féminine doit donc se limiter au cadre du mariage et à la procréation ; tout écart est alors considéré comme une transgression, et est réprouvé. Le théâtre, reflet de la société, s’empare de ce sujet délicat et le traite de diverses manières : la sexualité de la femme est tour à tour ridiculisée, condamnée ou au contraire libérée. Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre, Marcel Aymé et Jean Genet, quatre dramaturges illustres, dont les pièces firent régulièrement scandale, ont mis en scène des personnages féminins à la sexualité jugée déviante : nous verrons pourquoi, à rebours du jugement sévère de la société, ces auteurs sont fascinés par ces femmes qui incarnent une forme de marginalité et de liberté.

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Stratégies d’écriture et émergence d’un écrivain africain dans le système littéraire francophone. Le cas d’Alain Mabanckou

La théorie du champ, telle que systématisée par Pierre Bourdieu, ne permet pas de définir objectivement l’approche des littératures francophones émergentes. À la place de la notion de « champ », la critique actuelle a préféré « système littéraire francophone ». L’objectif du présent article est de montrer comment un écrivain francophone, en l’occurrence Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006, se positionne dans ce système littéraire francophone. Il s’agit de s’interroger sur les stratégies d’écriture et auctoriale adoptées par l’auteur pour obtenir et asseoir son capital. Si, pour une bonne part, la réception d'un auteur résulte de la dynamique du champ intellectuel où son œuvre prend place et des luttes symboliques qui s'y livrent, la position que ses livres peut avoir dépend aussi des réservoirs sémiologiques dans lesquels il puise sa poétique.

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Loxias | Loxias 27 | I.

Le Poème sans héros d’Anna Akhmatova à la lumière de la tradition épique russe et face au poèma romantique

Le Poème sans héros d’Anna Akhmatova s’inscrit dans la tradition épique de la littérature russe, tout en renouvelant les canons de ce genre poétique. Eu égard aux chants épiques russes des XIe-XIIe siècles, l’innovation porte sur l’objet et sur la temporalité du récit. En outre, le choix du titre de l’ouvrage est révélateur du positionnement de ce dernier face au genre du poèma lyrico-épique. D’une part, le premier mot du titre situe cette œuvre dans la lignée de cette catégorie générique : Poèma. D’autre part, les deux mots qui terminent le titre – bez geroâ – sont appelés à manifester la transformation que l’ouvrage opère au regard de la tradition littéraire. En effet, l’ouvrage d’Anna Akhmatova est structuré autour de l’absence de héros dont la figure a pourtant joué un rôle central dans le poèma russe romantique du XIXe siècle.

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Loxias | Loxias 27 | I. | Beckett

Corps beckettiens

Les corps beckettiens, dans En attendant Godot et Oh les Beaux jours, offrent le spectacle d’une souffrance et quelquefois d’une violence triviales et cathartiques. Corps grotesques exposés au réel le plus cru, morcelés, mutilés, jusqu’au creux de leur chair, ils témoignent à vif d’un trauma plus profond, dont l’auteur montre les vertiges, à l’envers de la forme évidée. Car c’est par un travail de défiguration du corps comme de la langue que Beckett fait voler en éclats le carcan des frontières organiques pour qu’en porosité s’invente une nouvelle corporéité, dans laquelle c’est l’informe et c’est l’inachevé qui libèrent un souffle mourant, originel.

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Loxias | Loxias 30 | Doctoriales VII

Ut pictura poesis ou du symbolisme chromatique dans l’œuvre de Jean Giono

La démarche de cherchant de l’auteur repose sur une intuition, celle qui voit dans l’œuvre de Jean Giono les traces d’un ésotérisme aux sources multiples. La critique s’est déjà penchée sur une lecture du texte gionien comme une œuvre picturale. Il s’agit de comprendre dans cette étude comment Giono utilise ses propres convictions et croyances pour faire de son champ d’écriture un atelier où il va éprouver ses personnages, tester leurs aptitudes à évoluer et surmonter les épreuves (soigneusement pensées par Giono lui-même d’ailleurs) et de montrer comment l’utilisation des couleurs se met au service de cette recherche. La dynamique des couleurs chez Giono est loin d’être fortuite, elle est la manifestation de sa conception du monde qui l’entoure. Représentation onirique et vertu magique, la coloration du monde gionien, est finalement un indice que l’auteur offre aux profanes pour tenter de percer ses mystères. Sa Provence devient le décor flamboyant et coloré de ce processus de transformation qui agit sur les personnages mais aussi sur le lecteur et sur Giono lui-même. C’est dans une perceptive alchimique qu’il faut appréhender l’utilisation de la palette de couleurs qui va suivre. L’idée d’une influence alchimique dans l’œuvre de Jean Giono est apparue à la lecture de celui qui, comme en témoignent les ouvrages présents dans sa bibliothèque du Paraïs, connaissait parfaitement le sujet. Il ne s’agit pas de faire de Giono un apprenti-sorcier veillant sur sa marmite-athanor dans l’attente de la Pierre Philosophale. C’est une vision quasi junguienned’une transmutation subjective qui est présentée ici. Jean Giono is known for being such on extraordinary story taler able to create an imaginary writing universe. He knows how to develop characters into an over symbolizing Provence where colors are used as a painter would do. As far as the colors are concern we have chose an alchemical point of view to show an initiatory artistic and writing creation.

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La dégénérescence outrageante de Peyton Place

Mi-brûlot mi soap-opera, Peyton Place est un best seller inclassable qui sent le soufre et le savon. S’agit-il pour autant d’une œuvre mineure ? Le peu d’intérêt que lui portent les chercheurs pourrait le confirmer mais ce serait ignorer la force de ce roman qui a si longtemps fasciné l’Amérique. Pittoresque, grotesque, carnavalesque, l’œuvre est littéralement inqualifiable. Hantée par la mort du père, elle met en scène de nombreuses perversions et révèle des peurs intimes de l’Amérique. Une analyse teintée de généalogie et une étude de sa nature grotesque révèleront que décadence et dégénérescence sont deux aspects clés de ce roman hybride et scandaleux, entre potboiler et tragédie. Most of the inhabitants of Peyton Place would have undoubtedly graduated magna cum laude from Sheridan’s School for Scandal. Yet there is more to this groundbreaking novel than a tawdry tale of debauchery, adultery and abortion. Disdained by scholars, America’s first “blockbuster” is grotesquely trashy and its parade of immoral and sensational freaks makes it unspeakable. ‘Fathers must die’: this outrageous motto underlies the novel in which shrouded secrets are revealed. Perversion pervades this trashy carnival of a novel, thus revealing America’s intimate fears. A genealogy-based study of Peyton Place could help us understand why degeneration and decadence are paramount to this hybrid novel, for the whiff of scandal enveloping this bastardized tragedy also smells like soap.

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Les répercussions du voyage de retour sur la représentation du Nouveau Monde entre 1890 et 1945, ou Comment un non-lieu déréalise un lieu

En 1890, le front de colonisation s’achève et le visage de l’Amérique se métamorphose. À partir de cette date-là jusqu’en 1945, les écrivains européens en profitent pour redécouvrir l’Amérique. Ce nouvel exotisme est fortement influencé par le retour sur l’océan Atlantique en paquebot qui les pousse à évoquer ce « nouveau » Nouveau Monde et à le symboliser avant même de l’écrire. Cette sublimation est primordiale pour mieux comprendre la vision qu’imposeront ensuite ces voyageurs lettrés. In 1890, the frontier had been tamed and the face of America was transforming. From this date on, up to 1945, European writers took advantage of the phenomenon to rediscover America. This new exoticism was heightened by the return to the Atlantic in Ocean liner; a crossing which urged them to evoke this “new” New World and to symbolise it before writing. This sublimation is of primary importance to better understand the vision which these well-read travellers will then imposed.

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De l’espace à l’étendue. L’évolution de l’imaginaire spatial dans l’œuvre de Saint-Exupéry

L’espace chez Saint-Exupéry refuse la définition de « décor » et plus encore celle de « paysage », tout en gardant un lien fort avec les lieux concrets qui sont des repères pour l’homme. L’espace parcouru, connu dans sa matière, se révèle surtout à travers le dynamisme de l’imaginaire de l’auteur. D’après Bachelard, l’intérêt pour Saint-Exupéry « résidait dans la poétique des matières et des dynamismes ». L’espace devient le leitmotiv de son œuvre entière, ce qui nous a guidés dans la tentative d’illustrer l’évolution que celui-ci subit. Il s’agit d’un parcours pour ainsi dire « en spirale », soutenu par un tissu d’images qui s’alimente du contact avec les éléments du réel et au même temps qui tend vers une dimension transcendante, voire symbolique. Space is the privileged topic in the works of Saint-Exupery; it provides the material of the text, gives it its vitality and mobility. While speaking in spatial terms, the poetic of Saint-Exupéry feeds this foundational element that is far from being a mere decoration, much less a middle of action. The space here is filled with elements of increasingly personal and emotional, so we could define it a device key that opens access to meaning. Amorphous material space invites to give it a mark by transforming it into genuine human space.

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Duras à l’écran dans Cet amour-là : « Lost in translation »

Contribution au séminaire de Paul Léon (CTEL) sur « la représentation de l’écrivain à l’écran », dans le cadre du master de Lettres de l’Université de Nice, cette étude de l’adaptation cinématographique par Josée Dayan du livre de Yann Andréa, Cet amour-là, crédite le film de ne pas masquer ses propres limites : à travers la vision lénifiante d’un couple déchiré qu’il propose, et la personnalité éclatante que Jeanne Moreau prête à l’écrivain, le film manque l’essentiel et ne le cache pas, nous laissant devant le seuil de la chambre noire où l’œuvre s’élabore. Yann Andréa lui-même administre la preuve vivante des sortilèges d’une écriture hantée par la passion : lecteur fasciné, privé de nom propre, habité jusqu’à l’osmose et la ventriloquie par les personnages durassiens, il représente un cas limite de déréliction littéraire dont son livre porte témoignage avec sincérité.

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Sartre, l’âge des passions, le couple Sartre-Beauvoir à l’épreuve du petit écran

Sartre, l’âge des passions : le téléfilm de Claude Goretta, étudié dans le cadre du séminaire de Master 2 de M. Paul Léon (CTEL) « Mythographies de l’écrivain », à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, donne à suivre dans les années charnière 1958-1964, et plus de vingt ans après la mort de chacun des partenaires, le couple d’intellectuels français le plus célèbre de son siècle. Le film oscille entre réalité et mythe, nourri tout à la fois des témoignages autobiographiques des deux auteurs et des souvenirs des scénaristes qui les ont fréquentés, de documents d’archives, mais aussi des fantasmes – et désir de voyeurisme – de l’imaginaire public. Peut-il en aller autrement dans le cadre d’un cinéma populaire ?

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Fernando Pessoa, poète-lecteur-théoricien : des expériences métriques et rythmiques entre-langues

En prenant comme point de départ quelques vers inédits de Fernando Pessoa, rédigés en langue portugaise directement dans les marges d’un de ses livres scolaires de latin, cet article s’interroge sur la genèse et les divers enjeux d’un traité de prosodie et de poétique que le poète lusitain devait ébaucher – entre des systèmes métriques différents – à partir des années 1910. C’est à travers l’analyse de quelques strophes d’odes influencées par John Milton et dont l’élément sonore est fort pris en compte, des notes réflexives issues de la relecture de Milton’s Prosody de Robert Bridges et de Classical Metres in English Verse de William Johnson Stone (livres que, comme celui de Milton, Pessoa devait garder sa vie durant) et un certain nombre de scansions réalisées autour de l’éclosion hétéronymique, en 1914, que nous aborderons aussi ce projet pluriel. Et il s’agira d’une pluralité qui ne manque pas de complexité puisque la transposition (ou, du moins, sa tentative) de quelques aspects de la métrique latine à une partie de sa propre production en langue portugaise (et à sa scansion de quelques poètes portugais) devait non seulement inclure un troisième système métrique, l’anglais, mais un système de métrique anglais régis par les nouvelles règles prosodiques que le poète expérimental Robert Bridges commençait à développer à la fin du XIXe  siècle.

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Loxias | Loxias 31. | I. | Agrégation d'anglais

De la baie au lagon : Katherine Mansfield et Janet Frame, aspects de la nouvelle néo-zélandaise

Katherine Mansfield et Janet Frame incarnent à elles seules la nouvelle néo-zélandaise féminine du vingtième siècle. La parenté littéraire entre les deux auteurs est indéniable, car elles puisent leurs sources d’inspiration dans leur pays natal et dans l’univers de leur enfance. À cet égard, « Sur la baie » et « Le lagon » sont des œuvres emblématiques, caractéristiques d’une écriture non seulement nostalgique mais aussi thérapeutique. Cependant, malgré certains points communs, leurs nouvelles diffèrent quelque peu dans la mesure où si celle de Mansfield s’inscrit pleinement dans la tradition moderniste, par certains aspects celle de Frame annonce déjà le postmodernisme. Katherine Mansfield and Janet Frame are the two great representatives of the feminine New Zealand short story of the twentieth century. The literary affiliation between the two authors is undeniable since they drew their inspiration from their native land and their childhood memories. In this respect, “At the Bay” and “The Lagoon” are emblematic not only as nostalgic evocations of the past, but also as therapeutic writings. However, in spite of some comparable features, their short stories differ somehow insofar as if Mansfield’s work is fully related to the modernist tradition, Frame’s story already contains the seeds of postmodern issues.

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Loxias | Loxias 33 | I.

Poésie de l’éloge et éloge du silence : l’exemple de Du Bartas et du Saint-John Perse

Si la louange du monde s’accompagne d’un éloge du langage poétique et du poète magnifié, la hauteur du sujet interroge l’aptum de la rhétorique et met en péril l’élocution poétique. La poésie de l’éloge est en tension entre l’emphase du discours et le désir de n’être qu’une parole effacée devant son objet. La poésie devient alors une parole qui résiste au désir de se taire face à l’ineffable, une parole capable de se faire silence plein, notamment par un retour à l’immanence des choses terrestres. Du Bartas et Saint-John Perse, malgré les siècles qui les séparent, et des esthétiques si différentes se retrouvent sur ce point, et que leurs œuvres posent les mêmes questions et opèrent des choix similaires est symptomatique du caractère essentiel de leur questionnement. The world’s encomium is also a eulogy of the poetic language and of the magnified poet. Nevertheless, the importance of the subject questions the rhetoric’s aptum and jeopardizes the poetic elocution. Encomiastic poetry is in tension between the words emphasis and the temptation to be a silent speech in front of its object. Poetry becomes a speech which resists to the desire to dry up about the unutterable, a speech able to become a full silence, especially by a return to earthly things. Du Bartas and Saint-John Perse, despite the centuries between and also the different poetics, meet in this point, and the fact that both of their works question in the same way and find the same answers, reveals the essential dimension of this problem.

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Loxias | Loxias 34 | Doctoriales VIII

Du tout au rien : impossibles désirs de Georges Bataille

Dans L’Expérience intérieure et Le Coupable, Georges Bataille tente d’échapper à deux impostures qui veulent faire passer la fragmentation essentielle à toute vie humaine pour une totalité : la religion et l’art. Après avoir révélé les affinités électives entre ces deux systèmes, il s’agit alors pour Bataille de trouver une expérience qui rende possible le passage de cette totalité illusoire à un rien analogue à une irrécupérable dépense. Malgré ses inévitables défaillances, l’écriture, qui déconstruit tout en construisant, semble permettre de vivre le paradoxe déchirant d’une totalité fragmentaire. In L’Expérience intérieure and Le Coupable, Georges Bataille attempts to escape two impostures that try to pass the fragmentation essential to all human life for a totality : religion and art. After having revealed the elective affinities between both systems, Bataille searches for an experience that would enable the passage from this illusory totality to a nothingness that would be analogous to an irretrievable expenditure. Despite its unavoidable failings, writing, which deconstructs while constructing, seems to enable the paradoxical experience of a fragmentary totality.

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« Travailler fatigue », mais flâner est impossible : échos whitmaniens dans la poésie de Cesare Pavese

Nous étudions dans cet article l’empreinte laissée par le poète américain Walt Whitman et son recueil Feuilles d’herbe (Leaves of Grass) sur l’écriture poétique de Cesare Pavese, notamment dans le premier cycle de poèmes de Travailler fatigue (Lavorare stanca), écrits de 1930 à 1935. Il s’agit d’examiner non pas tant la présence de certains thèmes whitmaniens chez Pavese ou l’influence stylistique de Whitman sur sa poésie, que la façon dont Pavese s’éloigne du modèle des Feuilles d’herbe – ou, plus exactement, y renonce, admet l’impossibilité de le suivre. Si Whitman est au fondement de l’écriture poétique de Pavese, c’est moins comme une présence que comme une absence : Pavese poète échoue, en toute conscience, à être whitmanien, et c’est sur cet échec que se construit son écriture poétique. Là où la poésie de Whitman est flânerie exaltante, celle de Pavese est ainsi condamnée à rester fatigue du travail. Our goal in this article is to study the trace that American poet Walt Whitman and his collection Leaves of Grass has left on the poetic writing of Cesare Pavese, especially on the first-period poems of Hard Labor (Lavorare stanca) from 1930-1935. We will examine not so much the presence of certain Whitmanian themes in Pavese, or the stylistic influence of the American writer on the Italian one, as the way Pavese veers away from his American model – or rather renounces him as he understands the impossibility of following him. We can certainly find Whitman at the foundations of Pavese’s poetic writing, but more as an absence than a presence: Pavese as a poet fails, in complete awareness, to be Whitmanian, and builds his poetic style on this failure. If Whitman’s poetry is a magnificent idleness, Pavese’s then is condemned to remain a “hard labor”.

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Béla Bartók et George Enescu : commémoration de leur 130e anniversaire

Le compositeur hongrois Béla Bartók et le compositeur roumain George Enescu sont nés en 1881, dans deux villages appartenant à l’actuelle Roumanie, le 25 mars et respectivement le 19 août. Une ligne horizontale virtuelle presque parfaite unit les villages de naissance des deux musiciens, l’un situé en Transylvanie, à l’extrême Ouest, près de la ville d’Oradea, et l’autre à proximité de la ville de Iasi, à l’extrême Est, en Moldavie. Provenant de milieux familiaux similaires, où l’on pratiquait la musique savante en amateur, les musiciens auront une destinée semblable en se consacrant à la musique savante dès leur plus jeune âge. Leur personnalité polyvalente va leur permettre de devenir à la fois compositeurs, interprètes d’exception, (Bartók étant pianiste et Enescu violoniste), professeurs, chef d’orchestre (Enescu) et ethnomusicologue (Bartók) de renommée internationale. En 1924 les deux musiciens eurent l’occasion de se connaître et de jouer ensemble à Bucarest la Seconde sonate pour violon et piano composée trois ans plus tôt par Bartók. Commémorant cette année le 130e anniversaire de leur naissance, nous proposons en hommage à ces deux musiciens importants du XXe siècle une analyse comparée des Sonates pour violon et piano, œuvres dans lesquelles les compositeurs ont sublimé les éléments de la musique populaire, en les intégrant au langage musical savant. Béla Bartók and George Enesco were born in 1881, in two villages belonging in current Rumania, on March 25th and respectively on August 19th. A virtual horizontal line unites the born villages of musicians, the one situated in Transylvania, extremely West, and the other one extremely East, in Moldavia. Resulting from similar family circles, the musicians will have a similar fate by dedicating itself to the learned music from their youngest age. Their general-purpose personality is going to allow them to become at once composers, interpreters (Bartók being a pianist and Enescu violinist), professors, conductor (Enescu) and ethnomusicologist (Bartók) of international fame. Commemorating the 130th anniversary of their birth, we propose in homage to these two important musicians an analysis of their Sonatas for violin and piano, works in which they sublimated the elements of the popular music, integrating them into the learned musical language.

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Loxias | Loxias 35 | II.

Le Retour en avant. Michel Butor et le problème poïétique de la répétition

“L’Harmattan, 2011 ISBN : 978-2+296-56268-4 Ce livre a le mérite de vous faire vivre au rythme de ses idées. Après les phrases abruptes du début, devenues plus amples et plus explicatives par la suite, arrivent enfin les tournures virevoltantes et sereines d’une argumentation joueuse. Au fil des phrases, vous découvrez une pensée qui se cherche et se forme autour d’une affirmation paradoxale : la répétition peut être créatrice. Le faire artistique est un retour en avant. Le livre démontre la présence d’une importante composante répétitive dans le processus de création littéraire. Cette tentative s’appuie sur l’examen ...”

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Loxias | Loxias 36 | I.

Jean Cocteau et António Botto : de la difficulté à l’impossibilité d’être – ou l’homosexualité comme non-conformité tragique du désir

Comment connaître et reconnaître ce qui est différent ? Comment rendre reconnaissables des existences dites « différentes » du point de vue de la « doxa » propre à une société donnée ? Comment procéder à la relecture du « canon » littéraire face, en particulier, au défi des « gender studies » ? Sans oublier ce que les nouveaux paradigmes théoriques peuvent avoir d’hétérogène, les universitaires se doivent d’être attentifs à la notion de vulnérabilité qui semble inhérente à la reconnaissance ou à l’absence de reconnaissance littéraire d’un auteur. En donnant à voir ou à revoir des fragments de vie de deux « artistes maudits », Jean Cocteau et António Botto, elle s’efforcera de mettre en évidence la non-viabilité d’un modèle social et intellectuel inflexible. Elle témoignera de la manière dont la soi-disant « valeur d’un texte » peut servir d’argument sibyllin pour décourager toute recherche littéraire sur un auteur en dehors de la norme. Elle rappellera que la critique littéraire s’est souvent obstinée à faire écho à l’approche socio-politique dominante. Et que, comme cette dernière, la critique universitaire a souvent cherché à neutraliser le danger potentiel qui semblerait inscrit dans toute sorte de « marginalité ».

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Loxias | Loxias 38. | Doctoriales IX

Paroles d’attente – Les modalités du fragmentaire dans L’Attente l’oubli de Maurice Blanchot

On examinera ici les différentes modes d’apparition du fragmentaire à partir d’un récit particulier, L’attente l’oubli de Maurice Blanchot en se référant à ses divers ouvrages théoriques. L’analyse sera introduite par la définition du fragment suivie de son classement dans la philosophie de l’auteur. L’essentiel est de démontrer que le fragment n’est pas à interpréter uniquement au niveau littéraire-syntaxique, mais peut être impliqué au niveau philosophique pour ne citer qu’un seul nouvel horizon. On le liera ensuite aux phénomènes comme la reformulation, la (non-) présence de Dieu, ou bien l’indicibilité. Au récit étudié sont en fin du compte attribuées des corrélations bibliques.

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Le problème de « l’écrivain au fouet » : Die Blendung, d’Elias Canetti

Dans Die Blendung (écrit en 1930, publié en 1935), Canetti met en scène un misanthrope qui s’isole dans sa bibliothèque : à travers ce personnage, il règle certains de ses comptes avec Karl Kraus, le grand écrivain et publiciste viennois qui l’a profondément marqué. Les critiques ont en effet montré que Peter Kien et Karl Kraus ont en commun d’être « sans-dialogue » (« dialoglos ») (G. Stieg). Pourtant, dans un volume de son autobiographie, Jeux de regard (1985), Canetti affirme rétrospectivement que son roman reste influencé par Kraus : le romancier s’y pose en effet en « écrivain au fouet » (« Schreiber mit der Peitsche ») châtiant ses créatures. Or Canetti, tout en assumant une éthique de la « responsabilité » qui hérite de Kraus, s’oppose désormais à toute position surplombante de l’écrivain par rapport au monde. Il n’est cependant pas sûr que l’œuvre tardive de Canetti se soit vraiment dégagée de l’union entre morale et écriture, qui fonde l’écriture satirique.

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Morales de la faim et stratégies d’écriture

La nourriture, vitale ou métaphorique, est un thème essentiel dans les Fables de La Fontaine, La Faim de Knut Hamsun, Si c’est un homme de Primo Levi, Mangeclous et Les Valeureux d’Albert Cohen. À travers ces œuvres, nous proposons de mettre au jour différentes problématiques du rapport entre faim, morale et écriture. Morals of hunger and writing strategies. Food, be it vital or metaphorical, is a key theme in the Fables of La Fontaine, Hunger by Knut Hamsun, Primo Levi’s If This is a Man, and Nailcruncher by Albert Cohen. Through these works, we shall bring to light various issues concerning the relationship between hunger, moral and writing.

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Les miracles vus par Ryûnosuke Akutagawa à travers le genre kirishitan (genre chrétien)

Notre objectif est d’éclairer la façon dont l’écrivain japonais Ryûnosuke Akutagawa voit le miracle à travers trois récits de genre kirishitan : Ogata Ryôsai oboegaki (Le Mémorandum de Ryôsai Ogata, 1917), Kokui Seibo (La Vierge noire, 1920), Nankin no Kirisuto (Le Christ de Nankin, 1920). Ces trois récits dont le sujet est les phénomènes prodigieux liés à la maladie nous mettent sur la piste pour comprendre comment l’écrivain non chrétien faisant ouvertement profession d’athéisme a nuancé sa position en tenant compte du concept théologique de prédestination et de la croyance populaire. Oscillant entre la religion et la science qui constituent une éternelle dichotomie, Akutagawa, malgré sa tendance rationaliste, ne cache pas sa fascination pour les guérisons médicalement impossibles en y reconnaissant la manifestation de la bonté divine.

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Loxias | Loxias 39. | Autour des programmes d'agrégation 2013

Enfance et mimesis. Commentaire composé du groupement de textes « La commerelle » / « Les couleurs »

Au sein du recueil Enfance berlinoise de Walter Benjamin, les textes « La commerelle » et « Les couleurs » mettent en parallèle, sous le signe de l’activité mimétique et de la sensorialité, l’appropriation du monde par le jeune enfant et la création artistique. Ils nous éclairent ainsi sur l’enjeu de l’ouvrage de Benjamin, entre autobiographie, document historique et manifeste poétique, en mettant en particulier l’accent sur le statut de l’auteur dans le projet esthétique benjaminien.

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Loxias | Loxias 39. | Autour des programmes de concours littéraires

« Je ne sais pas d’où vient Lola Valérie Stein » (Marguerite Duras). Une fiction détective en un prologue et deux épisodes

Les lecteurs de Marguerite Duras ont quelquefois repéré ses sources d’inspiration – comme les romans d’Erskine Caldwell pour l’écriture d’Un barrage contre le Pacifique. Mais bien d’autres sources semblent totalement ignorées. Ainsi il apparaît que la lecture d’un « poète culte », Henry J. M. Levet (réédité par Jean Paulhan en 1943), lui a permis de mettre en forme ses projets romanesques autour des figures de Lola Valérie Stein et du « Vice-consul » français, l’amoureux frustré d’Anne-Marie Stretter au sein de la colonie anglaise des Indes (Le Vice-Consul, India Song, etc.). Les Sonnets torrides (1900) et Les Cartes postales (1902) de Levet – en particulier : « Homewards » (pour la carrière de ses parents en Indochine), « British India » (pour le contexte de la colonisation anglaise aux Indes) et « La Plata » (pour le personnage du Vice-Consul) – lui ont fourni des thèmes romanesques, des mots et des images visuelles riches de virtualités. Ces brefs poèmes l’ont également encouragée à pratiquer une écriture basée sur l’ellipse. L’article est une enquête dans la fiction, principalement basée sur une lecture poétique comparée de Levet et de Duras, lecture basée sur l’examen attentif de « mots-symboles » et l’écoute de la musique des noms exotiques qui montrent que Marguerite Duras avait une oreille très fine, et un regard intérieur très précis, très sélectif. Quelques détours chez d’autres auteurs (François Mauriac, Jean Giraudoux, Pierre Benoît), et parfois par la chanson et le cinéma, prouvent que Marguerite Duras savait prendre son bien où il le fallait pour transposer son propre imaginaire (issue de sa vie privée et intime) en une œuvre romanesque qui, tout à la fois, exploite et refuse l’exotisme.

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Loxias | Loxias 40. | Panaït Istrati, « l’homme qui n’adhère à rien »

Un voyage dans l’URSS de 1928 : Panaït Istrati, Bilili, Nikos Kazantzaki et Eleni Samios

Cet article est une présentation de l’ouvrage d’Eleni Samios-Kazantzaki, La Véritable Tragédie de Panaït Istrati, suivie de la correspondance Panaït Istrati-Nikos Kazantzaki et des lettres de Victor Serge à Panaït Istrati.

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Trois voix pour la vérité : Panaït Istrati, Victor Serge, Boris Souvarine

Lorsqu’à son retour d’URSS Panaït Istrati décide de dénoncer la vérité du système soviétique, il signe de son nom, sous le titre Vers l’autre flamme, une œuvre en trois parties dont seule la première, Après seize mois dans l’URSS, est de lui, les deux autres, Soviet 1929 et La Russie nue, étant respectivement de Victor Serge et de Boris Souvarine. De tonalité différente, les trois parties de ce livre singulier révèlent également un esprit et un point de vue différent, quoique complémentaire, sur la Révolution prolétarienne et, si l’ensemble vise bien à une dénonciation, celle-ci n’est pas de la même ampleur chez les trois auteurs. Néanmoins, l’identité de la démarche ainsi que celle des thèmes abordés suscite un questionnement quant aux motivations qui les ont conduits à réaliser un tel ouvrage ainsi que sur les buts poursuivis. Quelles défaillances du régime établi depuis douze ans en Russie pouvaient provoquer cette protestation à trois voix ? Que cherchait à prouver ce triple témoignage ? Quel message voulaient transmettre les auteurs sous le titre Vers l’autre flamme ?

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Positionnement paratopique de Panaït Istrati, l’écrivain « qui n’adhère à rien »

Notre propos touche la problématique de la paratopicité d’une œuvre, celle de Panaït Istrati qui illustre la conduite morale et discursive de « l’homme qui n’adhère à rien » pour proposer une articulation déjà nécessaire entre le contexte de l’œuvre, le statut de l’écrivain et ce qu’il produit dans le champ littéraire. Ce lien se concentre sur quelques aspects paratopiques : d’abord les formes de manifestation, ensuite les territoires disputés et finalement la paratopicité de l’écrivain et de son œuvre. À ce point nous proposons comme repère l’auto/bio/graphie où « auto » a le rôle de ponctuer le positionnement du sujet narrateur par rapport à son acte de narrer/écrire.

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Droiture éthique et vérité d’un carrefour thématique – La famille Perlmutter

La Famille Perlmutter (1927) écrit par Panaït Istrati en collaboration avec Josué Jehouda est la chronique d’une famille juive, un roman de la formation et à la fois un carrefour thématique : l’errance, la générosité et son pendant « le généreux absurde », l’injustice, l’amour, l’amitié, le clivage Orient/Occident. On y retrouve la convivialité et la chaleur humaine, la droiture éthique et la rigueur politique du « chardon déraciné » amant de la Méditerranée qui a projeté les facettes de sa personnalité incandescente dans chacun des personnages de cette écriture polyphonique. Écrit peu avant le voyage en URSS et le grand tournant dans la vie et l’œuvre d’Istrati, ce texte sur les vaincus et les vainqueurs, sur les écorchés de la vie tel Isaac préfigure en quelque sorte le destin de l’auteur.

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Les périodes suisses chez Panaït Istrati

Les « passages » en Suisse de Panaït Istrati de 1916 à 1930 ouvrent des perspectives qui auront de profondes répercussions sur le cours de sa vie. Le canton de Vaud et du Valais forment un étonnant creuset d’où émerge une combinaison de chemins qui sont autant d’étapes fondatrices. Si les recherches abordent souvent les périodes suisses d’Istrati, elles ne les traitent jamais dans leur intégralité. Il est temps de faire une rapide synthèse de ce que nous connaissons.

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Loxias | Loxias 41 | I.

La fragmentation chez la nouvellière québécoise Aude : l’unité par le morcellement

La nouvelle, présentée en recueil, doit forcément composer avec la discontinuité.  En consacrant notre étude aux diverses manifestations de la fragmentation dans deux nouvelles tirées de Banc de brume, ou les aventures de la petite fille que l’on croyait partie avec l’eau du bain (1987), d’Aude, soit « Fêlures » et « Crêpe de Chine », nous montrerons que cette discontinuité peut, par le truchement de liens subtils mais forts entre différentes composantes du texte, dont les personnages (leur intériorité ainsi que leur apparence physique), les espaces (leur géographie et les objets qui s’y trouvent) et la forme (morcelée), se révéler une source de cohérence globale. Being usually presented in collections, short stories must necessarily deal with discontinuity.  By studying different types of fragmentations in “Fêlures” and “Crêpe de Chine”, two short stories from Banc de brume, ou les aventures de la petite fille que l’on croyait partie avec l’eau du bain (1987), by Aude, we will show that discontinuity can actually be a source of overall coherence, through the establishment of subtle but strong links between various parts of the text, such as characters (their mind and the physical appearance), spaces (their geography and the objects presented) and the general form of the story.

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Vers une poétique des épaves. Fragments, notes et appunti dans Ali aux yeux bleus, La Divine Mimesis et Pétrole de Pier Paolo Pasolini

L’œuvre de l’écrivain et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975) est souvent hanté par la problématique de la fragmentation et de l’inachèvement de la création littéraire. Dans les textes Alì dagli occhi azzurri (Ali aux yeux bleus, 1965), La Divina Mimesis (La Divine Mimesis, 1975) et Petrolio (Pétrole, publication posthume, 1992), il expérimente les potentialités et les limites d’une écriture discontinue et provisoire. Le choix de cette forme s’ancre dans son expérience concrète du travail artistique : c’est à travers la reprise et le remaniement des scories du processus de création que Pasolini arrive à construire ce que l’on pourrait appeler une « poétique des épaves », où l’œuvre se soustrait à l’impératif de l’achèvement pour laisser proliférer librement l’écriture. Pier Paolo Pasolini’s literary work constitutes an exploration of the fragmented and unfinished nature of literary production. In his texts Alì dagli occhi azzurri (1965), La Divina Mimesis (1975) and Petrolio (1992) Pasolini investigates the capabilities and limitations of writing that is discontinuous and transient. Ali dagli occhi azzurri and La Divina Mimesis see the author re-engage with and rework discarded drafts so as to create a “poetry of ruins” (poétique des épaves) that privileges the writing process over the final product. Petrolio, a posthumous novel, is rendered incomplete not only by Pasolini’s death but also by the author’s intent: conceived from the outset to be fragmented and incoherent, this work has an itinerant structure where the creative process becomes the formal model for Pasolini’s work. L’incompiutezza e la frammentazione dell’opera sono nodi centrali nella letteratura di Pier Paolo Pasolini. Nella raccolta Alì dagli occhi azzurri (1964) e nella Divina Mimesis (1975), lo scrittore, attraverso la selezione e la rielaborazione di frammenti di progetti letterari naufragati, sembra approdare a quella che si potrebbe definire una “ poetica dei relitti ”.Quest’ultima trova la sua più interessante realizzazione in Petrolio, un ammasso di appunti, pubblicato postumo nel 1992. Benché interrotto dalla morte di Pasolini nel 1975, questo romanzo si vuole programmaticamente provvisorio, discontinuo e caotico. I frammenti di cui si compone, gli appunti, ne sono il principale dispositivo formale. Petrolio si presenta come una struttura itinerante nella quale le dinamiche del processo di creazione prendono il sopravvento sulle logiche dell’opera compiuta.

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« Fragment de la nature des choses » et « inachèvement perpétuel » : l’écriture du monde selon Francis Ponge

Cet article tente de dégager des écrits de Ponge une poétique du fragment et de montrer en quoi celle-ci est liée à l’épicurisme qu’il revendique. Éprouvée au moment du « drame de l’expression » comme une menace, la fragmentation est ensuite choisie et assumée comme seul mode possible d’écriture du monde, en accord avec les lois de la combinaison atomique qui le régissent. Les métaphores récurrentes des écorces et des peaux montrent que le texte est perçu comme un fragment organiquement lié à celui qui l’a produit, tandis que la double signification du latin truncus, qui désigne à la fois le tronc et le tronçon, permet à Ponge de développer le paradoxe du « fragment intégral », selon la formulation de Gérard Farasse. Si la physique épicurienne explique que tout objet du monde offre un échantillon de sa texture, la poétique pongienne du fragment se pense aussi comme « pratique augurale », c’est-à-dire comme délimitation d’un fragment d’espace et valorisation de l’instant présent. En cela, elle peut rencontrer la conception barthésienne de l’écriture comme satori. This paper aims to show how Ponge’s writings reveal a poetics of the fragment and tries to explain how this poetics is related to Ponge’s epicureanism. First seen as a threat, at the time of the « drama of expression », fragmentation later becomes the only way to write the world, according to the laws of atomic combinations. Recurrent metaphors about trees shedding their bark and animals shedding their skin prove that the text is conceived as fragment organically related to who produced it. Likewise the two meanings of the Latin term truncus (trunk and broken piece) lead Ponge to work out the paradox of the « whole fragment » (Gérard Farasse). Whereas according to epicurean physics every object in the world proposes a sample of its texture, Ponge’s poetics of the fragment must be thought as an « augural practice », i. e. as a process that isolates a fragment of space and favours the present time. In that sense, this poetics is not so far from Barthes’ idea of writing as satori.

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Loxias | Loxias 43. | I. Questions de Littérature comparée à l'agrégation de Lettres modernes

L’oncle Rouka ou la « riche nostalgie » de Nabokov

Cet article propos une analyse de la fin du troisième chapitre d’Autres Rivages de Nabokov, consacrée au portrait de son oncle Rouka. à travers une très riche intertextualité proustienne, Nabokov développe ici sa propre écriture de la mémoire, faite d’un mélange entre autobiographie et fiction. Le passage révèle également l’ambiguïté du regard nostalgique qu’il porte sur son enfance, très loin d’une admiration univoque et sans nuance.

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Loxias | Loxias 44. | I.

Le Roman Gay de Romain Gary

Résumé : Les figures d’homosexuels sont nombreuses dans les romans de Gary, sinon dans les héros du premier plan, du moins parmi les seconds rôles. L’œuvre leur ménage un accueil de qualité : sans survalorisation, positive ou négative, du fait homosexuel ; en restituant une large gamme, à l’opposé de répétitions caricaturales, de manières de vivre l’homosexualité. Elle illustre en outre par l’homosexualité la confrontation des élans de la nature aux conventions sociales qui ne devraient être ni déstabilisantes, ni humiliantes. Pour toutes ces raisons, l’œuvre de Romain Gary mérite de figurer sur les rayonnages du roman gay. Abstract: Romain Gary’s books host a motley crew of gay characters, each with his own, idiosyncratic way of living his homosexuality, many spared any kind of confrontation with militant or hostile overinterpretation of the homosexual fact. Never caricaturing from a single type, posing homosexuality per se as a non-issue, except as a telling illustration of how nature will not fail to overrule inadequate social norms, Romain Gary’s novels deserve to stand on the shelves of Gay Literature.

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La Promesse de l’aube : Ode à la mère qui fut la France

Pour Romain Gary, deux personnes ont incarné la France : le général de Gaulle, qu’il célèbre dans Ode à l’homme qui fut la France, et sa mère, à qui il rend hommage dans La Promesse de l’aube. L’éducation qu’elle lui a donnée en Pologne a construit son identification à la France et, pendant la Seconde Guerre mondiale, Mina Kacew est représentée comme un double du Général qui appelle à poursuivre le combat. Ce rapprochement des deux figures tutélaires constitue une ascendance qui permet d’affirmer que c’est par ses origines étrangères et par son choix politique que Roman Kacew a réalisé le vieux rêve d’intégration de sa mère par son adhésion au gaullisme. According to Romain Gary, France has been embodied by two people: general de Gaulle, celebrated in Ode to the Man who was France, and his mother, praised in Promise at Dawn. The education she gave him in Poland built his identification to France and, during the second World War, Mina Kacew is portrayed as the alter ego of the General while calling for the fighting going on. Bringing together both tutelary characters forms an extraction allowing to say that Gary became French by a combination of his foreign origins and his political choice. Thus Roman Kacew made his mother’s old dream for integration come true.

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Les incorporations de Romain Gary : un pluriel stylistique

Romain Gary devient diplomate en 1945. Impliqué pendant une quinzaine d’années dans les négociations onusiennes et européennes, il ne cachera jamais dans son œuvre ses réticences concernant la construction de ces organisations internationales dont les fondations abstraites ne pouvaient pas être à la hauteur de l’idéalisme qui les présidait. L’ONU et l’Europe deviennent chez Gary des emblèmes symboliques d’une imagination abstraite et stérile s’apparentant à un fantôme de l’humanité. Si d’un point de vue politique ces organisations internationales s’imposent comme un miroir déformant de la fraternité dans lequel l’homme occidental désire se reconnaître, d’un point de vue littéraire, l’écrivain les réduit à des figures de style soulignant leur futilité et leur stérilité. Grâce à un jeu subtil de métaphores récurrentes dans plusieurs romans (principalement dans L’Homme à la colombe et Europa, mais aussi dans Tulipe et Le Grand Vestiaire), ces institutions peuvent être envisagées comme une écriture du corps. Romain Gary became a diplomat in 1945. With 15 years of involvement in United Nations and European negotiations, he never hided in his written works his reticence regarding the creation of these international organizations whose abstract foundations cannot meet the lofty idealism that preceded them. The UN and Europe became for Gary symbolic emblems of abstract and sterile imagination derived from a vain dream of humanity. From political point of view these organizations impose themselves as a distorting mirror of the brotherhood in which a western man would like recognize himself; from a literary point of view the writer reduce them to the figures underlining their futility and vanity. Thanks to their fine play of metaphors recurring in several novels (mainly in L’Homme à la colombe and Europa as well as Tulipe and Le Grand Vestiaire translated in English in 1950 as The Company of Men), these institutions can be considered as a writing of body.

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Formes et enjeux de l’équivoque dans Les Racines du ciel

La forme du témoignage, privilégiée par Gary dans Les Racines du ciel, favorise l’émergence d’une parole multiple qui s’émancipe de la seule narration pour se décliner aussi sur les modes de l’analyse et du commentaire et conduire à une certaine déconstruction du réel. L’entrecroisement des regards et la multiplicité des interprétations placent le lecteur face à un récit qui interroge plus qu’il ne raconte, et qui charge les faits comme les personnages d’un fort coefficient d’équivocité. On verra comment s’exprime dans le roman cette culture de l’équivoque et en quoi elle s’inscrit au cœur du projet romanesque de Romain Gary.

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Allégories du masculin chez Romain Gary

Les Études sur la masculinité sont une branche encore relativement jeune des Études du genre. Elles se penchent sur la question de la représentation et de l’identité masculines et, de la sorte, favorisent des approches résolument interdisciplinaires. Romain Gary interrogeait le fait masculin de diverses manières : dans ses textes fictionnels le masculin est étroitement lié à des figures allégoriques : ainsi dans La Promesse de l’Aube, Nina Kacew et Charles de Gaulle forment des parents symboliques permettant à Gary d’accéder à la francité. Dans La Danse de Gengis Cohn, Florian représente l’homme qui, dans sa recherche de l’absolu, tombe en proie aux idéologies fascistes, tandis que le roman Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable lie le déclin de la puissance à une certaine perte de vitesse de la France après les Trente Glorieuses. Masculinity Studies are a relatively new field within Gender Studies – they explore representations of maleness and male identities, thus fostering a radically interdisciplinary approach. Questions of masculinity are omnipresent in Romain Gary’s texts, frequently they are linked to allegorical figures. In La Promesse de l’Aube, Charles de Gaulle and Nina Kacew assure a symbolic parenthood allowing Russia-born Gary to access to his « certain idea of France ». In La Danse de Gengis Cohn, Florian, a mass murderer, embodies the man who, in his quest for the absolute, falls prey to a fascist ideology. The novel Au-delà de cette limite n’est plus valable links the decline of male sexual power to the decline of France after the years of unprecedented economic groth between 1947 and 1975.

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La défense de l’éléphant – ou quel idéal pour l’indépendance ? Les Racines du ciel de Romain Gary

Les Racines du ciel, prix Goncourt 1956, continue à faire date comme le premier roman « écologique » – et la critique s’est interrogée sur le sens de cet engagement : que cherche Morel, le protagoniste du roman ? protéger les éléphants ? défendre un idéal de liberté ? renverser le système colonial ? ou simplement assouvir des lubies personnelles ? Chaque personnage gravitant dans son orbite interprète son engagement différemment. Jusqu’à Romain Gary lui-même qui explicite son projet dans la « Lettre à l’éléphant ». Son expérience de l’Afrique lui fait présenter des portraits de colonisateurs et de colonisés, à la veille des mouvements d’indépendance : écologie et postcolonialisme peuvent-ils être conciliables ? The Roots of Heaven, which was awarded the prestigious Prix Goncourt in 1956, is known as the first “eco-novel”, and literary criticism is eager to analyse this environmental concern: what is really the aim of the main character, Morel? Does he intend to protect elephants? or ideal freedom? Does he endeavour to pull down the colonial system or is he just doing randomly whatever crosses his mind? Everyone has his own idea about it. Even Romain Gary himself explains the plot in a so-called letter to “Dear Elephant”. From his own experience he is very much capable of writing a novel on pre-Independence Africa. But are environmental protection and colonial/postcolonial system compatible or do they exclude each other?

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Romain Gary, si « JE est un autre » qui est-IL ?

Le IL vient définir la présence naissante dans le corps de l’écrit, qui hante la littérature de Gary. Il s’agit d’un rapport au temps et au corps qui dépasse la seule problématique de l’individu. Au-delà des pseudonymes, c’est dans la nature même de ses écrits que se déploie cette puissance. Dans l’épaisseur de la page se dissimule le pli entre auteur, personnage et signature. Dans un lien créatif, original et organique au phonème se loge un monstrueux rapport qui délie les lois de l’engendrement, de la naissance, à travers la création. Toutes ces implications vitales font participer son écriture à celles du danger, où l’engagement du sujet, auteur et lecteur, est inévitable. “Romain Gary, if "I is someone else", who is HE?” The HE just defines the emerging presence in the body of the writing, which haunts Gary’s literature. It is a relation to time and body that goes beyond the mere problem of the individual. Beyond pseudonyms, it is in the very nature of his writings that this power unfolds. In the thickness of the page, hides the fold between author, character and signature. In a creative, original and organic link to the phoneme fits a monstrous relationship which loosens the laws of procreation and birth through the creation. All these vital implications involve his writing to those of danger, where commitment of the subject, author, reader, is unavoidable.

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Loxias | Loxias 46. | Doctoriales

Le vortex gréco-provençal dans Les Cantos d’Ezra Pound

Cet article se focalise sur l’un des « vortex » qui émerge lors de la lecture des premiers Cantos d’Ezra Pound : le vortex qui relie la Grèce classique à la Provence troubadouresque. Ces deux traditions culturelles et littéraires sont, en effet, mises en relation entre elles avec insistance par Pound dans le début de son « poème épique », à travers un effet de montage qui superpose des figures de la mythologie classique aux troubadours ainsi qu’ils nous sont présentés dans les vidas médiévales. À travers une lecture des Cantos I, II, IV, V et VI axée sur le vortex gréco-provençal, nous mettrons en évidence l’importance de cette superposition dans les premiers Cantos tout d’abord en ce qui concerne son rapport à la formation du style de Pound : l’étude de la poésie troubadouresque et grecque antique constitue, en effet, la base de sa proposition de renouvellement de la poésie en langue anglaise. Cependant, le lien que Pound crée entre Grèce antique et Provence médiévale relève aussi d’une dimension ésotérique qui relie les cultes à mystères au culte mystique d’amour développé dans les cours du Sud de la France au sein de l’hérésie albigeoise.

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Le communisme comme alternative à Dieu : problématique de la sécularisation dans l’œuvre d’Henri Barbusse

Dès la fin de la Grande Guerre, Henri Barbusse devient l’une des grandes figures du communisme français. À partir des années 1920, la plupart de ses œuvres témoignent de la volonté de l’écrivain de séculariser les principes fondateurs du christianisme, afin de les intégrer dans sa réflexion sur le communisme. Il réinterprète alors les Évangiles selon une lecture matérialiste, jusqu’à forger la figure d’un Jésus marxiste, révolutionnaire, et athée. Dans une certaine mesure, cette réflexion de Barbusse fait écho à certaines théories mises au point au début du XXe siècle, au sein d’une intelligentsia russe désireuse de synthétiser religion et socialisme. Ainsi, cette étude a pour vocation de mettre en lumière les mécanismes de sécularisation du christianisme à travers le communisme, dans l’œuvre d’Henri Barbusse.

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Jeux de bouffons, jeux d’optique chez Sarraute et Dostoïevski

Bakhtine attribue à l’aspect carnavalesque du récit de Dostoïevski un pouvoir bouleversant sur le je et sa parole. La logique « de la parodie » à travers un je éclaté en mille morceaux chez Dostoïevski semble être en rapport avec le projet de la destruction de l’identité monolithique formulé par Nathalie Sarraute. En endossant le masque de bouffons, les sujets de ces deux auteurs, si différents au premier abord, saisissent et montrent aux autres la réalité dans son processus de transformation. Une métamorphose s’opère également entre les bouffonneries du diable d’Ivan dans Les Frères Karamazov (1880) et celles inscrites dans la parole du je diffus de Tu ne t’aimes pas (1989). According to Bakhtine, carnival is a creative opportunity for renewal of the hero’s identity and discourse in Dostoevsky’s work. By drawing an unreliable source of identity through carnival devices, Dostoevsky seems to lead Nathalie Sarraute to question the nature and the identity of her own characters. The court jester or the circus clown appears in the works of these two authors as an instrumental figure, which unmasks the truth and presents the reality as a continuous process of metamorphoses. Therefore, I try to establish a parallel between the clownish antics of Ivan’s devil in Brothers Karamazov (1880) and the textual strategies employed by Sarraute to renew, according to a carnivalesque principle, the traditional conception of the hero’s identity in her novel Tu ne t’aimes pas (1989).

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Marguerite Duras, Jean-Luc Lagarce : le dialogue troué, un geste théâtral contemporain

Il s’agira dans cet article de mettre au jour plusieurs thématiques communes aux œuvres théâtrales de ces deux auteurs contemporains. À travers la déconstruction du récit, la mise en ruine de l’espace scénique, du personnage et de la langue, nous pouvons observer un démantèlement du genre, d’où le sens va émerger. C’est un Théâtre rénové par son effacement qui apparaît, transposant les personnages de l’huis-clos familial vers l’archétype, et entraînant une remise en question, une redéfinition du genre et une réflexion sur la place du spectateur, sur son rapport intime à la langue, au signifiant comme au signe, et au final sur la communication entre les êtres. À travers l’effondrement et le silence, l’écriture conduit aux origines, aux retrouvailles entre l’homme et sa parole. Le théâtre de Lagarce et de Duras est un retour à la source, entrevue dans le refus des traditions et la recherche du mot à jamais égaré. This article aims to bring to light several themes common to the theatrical works of these two contemporary authors. Through the deconstruction of the story, the dissection of the performance area, the character and the language, we can observe a dismantling of the genre, from which meaning will emerge. From this deconstruction, a new Theatre arises, which transposes the characters from the family huis clos to the archetype and leads to questioning, to redefining the genre and rethinking the place of the audience, their intimate connection to language, to the meaning as well as to the word, and ultimately to communication between beings. Through the collapse and silence, writing leads back to the origins, to the reunion of man and his speech. The works of Lagarce and Duras are a return to the core, which lies somewhere between the refusal of traditions and the search of the forever-lost word.

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Loxias | 48. | I.

L’identité polynésienne au contact de l’Occident : une étude comparative de la nouvelle « La Bouteille Endiablée » de Robert Louis Stevenson et du roman The Bone People de Keri Hulme

En écrivant « La Bouteille Endiablée », Stevenson dresse le portrait d’une société polynésienne fragilisée, dont les autochtones sont tour à tour attirés par le faste occidental et mus par un désir de conserver leurs coutumes. Cette quête d’harmonie, notamment illustrée par le motif de la construction d’un foyer véritablement accueillant, voit également s’opérer un changement dans la représentation des personnages féminins. Hulme, dans un contexte forcément plus moderne, décrit elle aussi les errements d’une société biculturelle et bouleverse la figure de la femme en littérature. Un intérêt tout particulier sera accordé aux connaissances anthropologiques et mythologiques de Stevenson, qui profite d’un retour aux sources de ses protagonistes pour notamment réhabiliter le principe du don / contre-don. Hulme fait de même en reproduisant le mythe de création maori, depuis Te Kore jusqu’à Te Ao Mārama. Enfin, l’existence même de ces deux œuvres mêlant l’Europe et la Polynésie nous semble témoigner de la possibilité pour la culture occidentale de s’intégrer à la société océanienne. In “The Bottle Imp”, Stevenson describes a vulnerable Polynesian society, its autochthonous population being both enthralled by the opulence of the West and resolute to keep their traditions alive. This quest for stability, which is symbolised by the construction of a welcoming home, also allows female characters to be assigned a more critical role. Hulme, a contemporary author, writes too at length about the turmoil of a bicultural country while revolutionising the traditional depiction of women in literature. Some light will be shed upon Stevenson’s knowledge of anthropology and mythology as he rehabilitates the gift / counter-gift principle when he has his characters return to their roots. As for Hulme, she chooses to repeat the Maori creation myth, from Te Kore to Te Ao Mārama. This will lead us to conclude that both pieces of literature, as hybrids of European and Polynesian cultures, seem to indicate that there is a possibility for the West to be assimilated into the Pacific.

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Ballades de la mer salée : fictions du Pacifique chez Robert Louis Stevenson et Hugo Pratt

L’objectif de cet article est de rapprocher Robert Louis Stevenson et Hugo Pratt par le biais de leur relation au Pacifique. Nous ferons l’hypothèse que la culture polynésienne, dont chacun d’eux a une connaissance extrêmement précise, a tendance à s’exprimer, dans leur œuvre fictionnelle, de manière particulière lorsqu’elle est liée à la navigation ou à l’expérience de la mer : elle prend alors la forme du mythe, de la pause poétique ou fantastique, où le récit se détache de la représentation historique pour s’inscrire dans le temps long du conte.

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Loxias | 49. | I.

Une poésie sans mot : enquête sur un paradoxe

À l’origine de ce numéro de Loxias, Charlot ce poète ?, il y a un étonnement. Comment comprendre le paradoxe d’un « poète muet » ? Voilà le « cas » Charlot/Chaplin. Avant d’entrer dans le vif du sujet, cette introduction s’attache à étudier, à travers quelques écrits d’admirateurs de Chaplin, l’énigme d’une poésie cinématographique. Le cinéma apparaît très tôt dans ces textes de poètes comme un langage, un « alphabet » paradoxal, poétique et non littéraire. Populaire, irrationnel, mobilisateur, le cinéma fonctionne comme un opérateur poétique.

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L’invention de Charlot : corps politique, corps poétique

Le personnage de Charlot, mi-gentleman, mi-clochard, consacre à sa manière l’importance dérisoire du moi, un moi capricieux qui résiste à l’entreprise d’uniformisation que lui fait subir le réel. Tirant sa force des jeux de l’enfance et de la pantomime, son art du muet sert un humour « vagabond » qui procède d’un processus d’irréalisation poétique servi par le burlesque. Portée par une conjonction d’influences, la figure de Charlot est une figure mixte qui cristallise à la fois une spiritualité poétique proche du « Witz » romantique et la modernité de l’humour. Son jeu est une invite à préserver l’élan originel de la conscience, et par là-même, à échapper au conditionnement industriel, en particulier dans Les Temps modernes, où ses vagabondages cinématographiques sont autant de figurations poétiques de la résistance.

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« Quelle belle vie ! »
L’existence poétisée du Charlot de Philippe Soupault

Dans Charlot (1931), Philippe Soupault narre la vie imaginaire du célèbre vagabond, à partir des films qu’il a vus et des souvenirs qu’il en a gardés. Mais il la retrace en la poétisant : tenant Charlot pour un « poète au sens le plus pur et le plus fort du terme », l’écrivain accorde son récit à l’image qu’il se fait du personnage. La figuration poétique s’effectue ainsi de manière à la fois thématique et formelle : non seulement le parcours de Charlot voisine par intermittence avec ceux de modèles emblématiques (Orphée, Croniamantal, Rimbaud, Cendrars), mais son existence elle-même est perçue à l’image d’un poème, structurée selon un schéma cyclique. Dès lors, dans tous les sens du terme, le récit de Soupault peut être défini comme une biographie poétique – par l’existence qu’il restitue, par le style qu’il emploie, par l’émotion qu’il procure. In Charlot (1931), Philippe Soupault tells the imaginary life of the famous tramp, drawing from the memories he has of the films he saw. But he retraces it poetically: presenting Charlot as a “poet in the purest and strongest sense of the word”, the writer matches his story to his perception of the character. The poetic representation thus occurs both thematically and formally: not only is Charlot’s journey near to those of emblematic figures (such as Orphée, Croniamental, Rimbaud or Cendrars), but his existence itself is seen as a poem, structured according to a cyclic pattern. Therefore, in every sense of the word, Soupault’s story can be defined as a poetic biography – through the existence he recounts, through his style, through the emotion he stirs.

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« Chaplinades », Charlot et les avant-gardes : une réflexion sur le langage et la modernité

De la découverte des films de Chaplin en 1915 jusqu’aux années vingt, l’engouement porté à la figure de Charlot révèle des interrogations qui s’inscrivent dans une remise en question des valeurs de la représentation. Les artistes d’avant-garde s’interrogent sur l’image et le langage. Charlot incarne un regard porté sur la société et rejoint les préoccupations de jeunes poètes. Ensuite la mécanique de la gestuelle de Charlot est liée à l’intérêt que ces artistes portent au mouvement, à la décomposition des gestes et à la modernité technologique. Les poèmes montrent une tentative de transcription de cette technique. Enfin, les films de Chaplin trouvent un écho, par leur caractère expressif, dans une réflexion sur la représentation et ses moyens.

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Charlot ou le langage en jeu

Du hasard qui présida peut-être à la naissance du cinéma muet, Chaplin a fait l’outil d’une pensée critique sur la langue. L’insolence de Charlot et l’ironie du cinéaste dégonflent les discours de la bonne conscience puritaine ou laïque, et déconstruisent le mythe, parole fondatrice nationale, nationaliste. La langue, cette institution, est suspecte. Cette opération critique est le versant négatif de l’invention de Chaplin, le langage sans frontière de Charlot, dans lequel choses et êtres deviennent images en mouvement, monde en jeu.

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Loxias | 50. | Doctoriales

Métaphore et poétisation du réel chez Apollinaire, Cendrars et Maïakovski

Apollinaire, Cendrars et Maïakovski ont inscrit la quête de leur identité de poète dans le monde en pleine mutation du début du vingtième siècle. La confrontation à une époque mouvante remet en question des certitudes et invite à un questionnement fondamental sur l’écriture poétique, ses enjeux, ses possibilités et ses expérimentations. Une partie de ma thèse s’est intéressée à la métaphore. Celle-ci pose des problèmes définitionnels qui révèlent la complexité d’un mécanisme qui s’appuie sur trois éléments : l’élément comparé, le comparant et le principe de l’analogie. La subjectivité s’inscrit dans ce mécanisme qui associe deux réalités dépourvues de liens. La métaphore implique la mise à l’œuvre d’une création volontaire et réfléchie tout en permettant un épanouissement du sens devenu pluriel. En tant que glissement ou encore passage à un second sens que Ricœur appelle « extension de sens », « epiphora », la métaphore n’est pas un ornement vain de rhétorique, elle implique un mouvement de sens et de création poétique. C’est cet aspect que je souhaiterais développer en examinant un corpus composé essentiellement de « Zone », la Prose du Transsibérien et Le Nuage en pantalon, trois poèmes qui posent des interrogations fondamentales sur l’écriture poétique et expérimentent des procédés novateurs.

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Le motif des voyages de l’âme chez Baudelaire et Yavorov

La poésie bulgare du début du XXe siècle s’inspire largement des œuvres des poètes français du siècle précédent, parmi lesquels Baudelaire est l’un des plus cités et des plus admirés. Ainsi, l’une des figures emblématiques du « modernisme » bulgare, le poète Péio Yavorov, né en 1878 et mort en 1914, qui pratique le français et effectue plusieurs séjours en France, porte le projet, resté malheureusement irréalisé, de traduction des Fleurs du mal. De plus, Yavorov occupe, dans son pays, une place proche de celle qu’occupe Baudelaire en France. Tous les deux apportent « un frisson nouveau », celui de l’« âme », déchirée entre l’idéal et le dégoût, la beauté et l’ennui métaphysique. Cette proximité pourrait être illustrée par le commentaire comparé des poèmes « Les foules » et « Chanson à ma chanson » qui abordent le même thème, celui des pérégrinations de l’âme dans des intériorités étrangères. Sur ce point, les deux poètes se rencontrent de manière confondante car leurs textes expriment les mêmes entrelacements de contradictions éthiques, d’érotisme et de métaphysique. De cette proximité naissent également les nuances, dues à la spécificité de l’évolution de la poésie française et de la poésie bulgare, montrant à quel point la différente « éducation esthétique », reçue par les générations précédentes, peut éloigner des sensibilités originellement fraternelles.

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Loxias | 51 | I.

« La mort de Saint-Loup » (Le Temps retrouvé)

L’épisode de la mort de Saint-Loup marque la fin de l’évocation de la guerre de 14 dans Le Temps retrouvé ; il entame également le mouvement qui conduira le narrateur à la décision de se consacrer à son œuvre littéraire. Pleurant son ami tué à la guerre, le narrateur se remémore leur relations passées : la personne de Saint-Loup devient personnage et sa vie un destin qu’il s’efforce de déchiffrer. Mais l’expérience du deuil contribue aussi à transformer l’histoire en mémoire.

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Et en librairie... Inspirations méditerranéennes

“Atlande, 2015, « Clefs Concours », Littérature comparée 284 p., ISBN : 978-2-35030-342-0 « L’intitulé de la nouvelle question de littérature comparée au programme de l’agrégation de lettres modernes 2016 met d’emblée en lumière l’intérêt épistémologique qui résulte du croisement d’une approche thématique et d’une perspective générique : “inspirations méditerranéennes” : aspects de l’essai au XXe siècle. […] La mesure de l’essai contre la démesure du système, le consentement au relatif contre l’absolu du dogmatisme, le choix du fragmentaire contre l’ambition totalisante de la somme, le plaisir de la flânerie contre la marche forcée du traité, telles sont quelques-unes des po...”

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Le souvenir d’un livre : François le Champi dans Le Temps retrouvé

La découverte de François le Champi dans la bibliothèque du prince de Guermantes s’inscrit dans la série des réminiscences qui révèlent finalement au narrateur le sens de sa vie et de sa vocation littéraire. Malgré une continuité évidente par rapport aux révélations précédentes, cette expérience marque une étape nouvelle et décisive, au seuil de l’épisode final du « Bal de têtes ».

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Loxias | 51 | Programme de littérature au baccalauréat, Terminales littéraires

Œdipe de Sophocle à Pasolini : l’héritage en question

Le film de Pier Paolo Pasolini, Œdipe-Roi, sorti en 1967, est en partie adapté de la pièce de Sophocle du même titre (ou presque), datée entre 430 et 420 avant notre ère. Outre la pièce grecque, le film se construit sur un matériau complexe : biographie du poète et cinéaste, essai de Freud sur « Le matériel du rêve et les sources du rêve » dans L’Interprétation du rêve (1900), Hamlet (1601) de Shakespeare, et son adaptation cinématographique par Laurence Olivier (1948), sans oublier la dernière pièce de Sophocle, Œdipe à Colone. Moins disparate qu’il n’y paraît, ce matériau complexe permet à Pasolini de poser une question essentielle, à la fois personnelle et politique : qu’est-ce que l’héritage ? peut-on y renoncer ?

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Loxias | 52. | I.

Rien de nouveau sous le soleil ? Camus et Le Clézio

À travers l’étude du roman L’Étranger d’Albert Camus et la nouvelle « Le jeu d’Anne » de Jean-Marie Gustave Le Clézio, l’objectif du présent article est de montrer comment la personnification de la nature, et avant tout du soleil, permet de tracer des liens intertextuels entre ces textes et la mythologie gréco-romaine tout en dégageant, grâce à une approche éco-critique, une inquiétude sur le rapport entre l’être humain et la nature qui l’entoure. Through analysis of the novel The Stranger by Albert Camus and the short story « Anne’s Game » by Jean-Marie Gustave Le Clézio, the aim of the present article is to show how the personification of nature, specifically the sun, helps tracing intertextual links between these texts and Greek and Roman mythology, while at the same time unveiling, thanks to an eco-critical approach, a certain uneasiness about the relationship between man and the nature surrounding him.

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Loxias | 54 | I.

Marseille à l’avant-garde poétique (1925-1945) : le choix audacieux des Cahiers du Sud

Entre 1925 et 1966 paraît à Marseille une revue dont la renommée n’est plus à faire : Les Cahiers du Sud. Le choix de cette implantation géographique n’est pas banal, à tel point que la question du déménagement du siège reviendra à plusieurs reprises lors de moments-clés pour la revue (départ de Pagnol à Paris en 1925 et Libération). Pourtant, ils ne quitteront jamais leur ville natale, ce qui les rend atypiques dans un pays où la tendance à la centralisation a eu des conséquences importantes sur le plan culturel. Si l’industrie du livre se concentre majoritairement dans la capitale, la plupart des grandes revues littéraires aussi. Les Cahiers sont les seuls à s’être maintenus aussi longtemps sans être pour autant parisiens. Ce choix va se révéler capital dans la ligne éditoriale de la revue, et ce à plusieurs titres (ouverture sur la Méditerranée et apolitisme entre autres). Le volontarisme de Jean Ballard permet ainsi aux Cahiers de se singulariser et de mettre en avant une perspective différentielle vis-à-vis de ses concurrents immédiats. Cette localisation s’impose donc à la revue et devient, pour Jean Ballard, une affirmation idéologique permettant de faire de Marseille, durant l’entre-deux-guerres, un haut-lieu de l’avant-garde poétique. Between 1925 and 1966 a famous magazine comes out in Marseille : Les Cahiers du Sud. The choice of this geographical presence is not commonplace in the magazine’s world and the question of the moving of the office will repeatedly ask (at the time of Pagnol’s departure in 1925 and of the French Liberation). Nevertheless, Les Cahiers du Sud will never leave their home town, what makes this journal atypical in a centralist country. Most of the magazines are in the capital and Les Cahiers have an exceptional longevity for a non-Parisian magazine. This choice is major in his editorial policy : interest for the Mediterranean culture and apolitical literature for example. The magazine so differs from his competitors. This location becomes ideological and Marseille quickly became at the vanguard of this time.

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Albert Camus et la poétique de Némésis

Après les cycles de l’absurde et la révolte, ayant Sisyphe et Prométhée comme mythes centraux, Albert Camus avait le projet d’écrire un cycle sur l’amour autour du mythe de Némésis. Dans ce contexte, l’amitié avec René Char se fait lieu fécond pour la redécouverte d’une poésie nourrie par un amour fraternel, des affinités philosophiques communes et par les paysages de la Provence, ce que l’on trouve surtout dans La Postérité du soleil, dans quelques notes des Carnets, dans l’essai « L’exil d’Hélène » et dans le chapitre « La pensée de midi », de L’Homme révolté. Par la lecture de ces textes, cet article a donc pour finalité de présenter la manière dont se construit une « Poétique de Némésis » dans la maturité de Camus. After the cycles of the absurd and of the revolt, with Sisyphus and Prometheus as central myths, Albert Camus planned to write a cycle about love, around the myth of Nemesis. In this context, his friendship with René Char became a fecund place for the rediscovery of a poetry nurtured by fraternal love, philosophical affinities and Provence’s landscape. We can see its results in works like The posterity of the sun, his last Notebooks, the essay “Helen’s exile” and in the last chapter of The Rebel. Through an analysis of these writings, this article aims to present the construction of a “Nemesis’ Poetics” in Camus’ maturity.

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La mémoire de l’enfance au Brésil et au Congo : une analyse de José Lins do Rego et Alain Mabanckou

Cet article propose une étude comparative entre les ouvrages Menino de Engenho (1932), du Brésilien José Lins do Rego, et Demain j’aurai vingt ans (2005), du Congolais Alain Mabanckou. En plus de l’inspiration biographique de leurs éléments fictionnels, ces romans se rejoignent au niveau de leurs univers narratifs : tous deux font appel à des marqueurs de l’univers enfantin et se situent dans l’enfance de quelqu’un. Chacun d’eux est raconté à la première personne du singulier, et les récits affichent la figure d’un narrateur-enfant ou d’un narrateur adulte qui retournerait alors dans son enfance par le biais des souvenirs. Inspiré par les travaux de Maurice Halbwachs sur la mémoire, ce travail de comparaison propose d’analyser quelques-uns des recours narratifs couramment utilisés pour convertir des fragments de mémoire de l’enfance en matière poétique. This paper proposes a comparative study between Menino de Engenho (1932), by the Brazilian author José Lins do Rego, and Demain j’aurai vingt ans (2005), by the Congolese author Alain Mabanckou. Aside their biographical nature, both novels have in common the establishment of an infantile narrative universe. Narrated in the first person, these two novels bring forth the eminently distinguishing figure of a child-narrator or of an adult narrator returning to his childhood by the bias of recollection. In the tone of the works of Maurice Halbwachs on the human memory, this work tries to analyse the narrative means that allow the internal conversion of fragments of childhood memories into poetic matter.

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Minimalisme de l’écriture concentrationnaire : les cas de Varlam Chalamov et de Jean Cayrol

Du point de vue du questionnement sur les modes de représentation conformes au vécu, les œuvres de Varlam Chalamov et de Jean Cayrol se rapprochent, malgré la distance géographique et culturelle qui sépare leurs expériences personnelles. La lecture transversale des œuvres de deux auteurs, russe et français, vise à étudier la transformation du romanesque dans la littérature d’après-guerre et à tracer les liens entre l’écriture minimaliste et l’expérience extrême prenant en considération les procédés stylistiques et les images récurrentes, aussi bien que les structures discursives qui marquent les positions des écrivains par rapport à l’expérience concentrationnaire. From the perspective of questioning on the modes of representation consistent with the living experience, the literary works of Varlam Chalamov and Jean Cayrol enter into a dialogue, despite the geographical and cultural distance between their personal backgrounds. The comparative reading of these writers, a Russian and a French, aims at studying the transformation of writing techniques in the post-war literature and at drawing the links between minimalist writing and experience of the extreme, taking into consideration some stylistic features, recurrent images and discursive structures that outline the writers’ positions in regard to the reality of the concentration camps they both witnessed.

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Earth of Dark Names. Adventure and adventurers, narration and narrators in Stevenson and Conrad

Cet article est une étude de l’aventure de la narration dans la narration d’aventure, à travers l’analyse du rôle de noms et voix ambiguës dans The Master of Ballantrae et The Ebb-Tide de Robert Louis Stevenson, et dans Heart of Darkness et les récits de Joseph Conrad. Les ombres qui couvrent les noms et les voix des personnages et des narrateurs dans ces œuvres, en effet, contribuent au mystère à la fois de l’aventure et de la narration, et voilent non seulement les identités de ces personnages, mais aussi leurs histoires. À travers une lecture approfondie de ces œuvres, nous verrons comment dans ces « histoires impossibles » d’îles et de terres « douteuses » dont les noms sont aussi perdus, l’impossibilité de raconter devient elle-même un conte. The article intends to investigate the adventure of narration in the narration of adventure, through the analysis of the role of ambiguous names and voices in Robert Louis Stevenson’s The Master of Ballantrae and The Ebb-Tide, and Joseph Conrad’s short stories and Heart of Darkness. The shadows covering the names and voices of characters and narrators in these works, in fact, contribute both to the mystery of adventure and the mysteries of narration, veiling not only the identities of these characters but also their whole tales. Through a close readings of these works, we will see how these “impossible tales” on “doubtful” islands and lands whose names are also lost, so that the impossibility of telling tales becomes itself a tale.

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Loxias | 55 (déc. 2016). | I.

Politique de Lorca. Autour du Romancero gitano

L’indignation contre l’injustice sociale et la violence armée est une constante de Lorca depuis ses premiers textes jusqu’à ses déclarations publiques des années 1935-1936. En 1928, le Romancero gitano relève d’une protestation sourde contre la domination et le conservatisme social. En particulier, les gendarmes du « Romance de la Guardia civil española », incarnation abusive de l’autorité espagnole, sont les représentants du roman national contre lequel Lorca entend faire œuvre patriotique. Censeurs et destructeurs, ils apportent néanmoins une beauté sombre et sans égal, un contrepoint aux images délectables (sucrées, brillantes) du romance. De ce point de vue, la lutte des gitans et des gardes civils reprend l’opposition du créateur avec son duende. Et ce n’est pas la moindre des provocations de ce poème que de faire de la garde civile une image du démon gitan, et de gitaniser les gardiens de l’ordre bourgeois andalou.

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Mahmoud Darwich : « Je suis ma langue »
Quelques réflexions sur le nomadisme

La langue et la poésie arabes constituent l’ancre de Mahmoud Darwich dont l’errance contemporaine actualise et remotive celle des poètes arabes depuis le VIe siècle jusqu’à al-Mutanabbî (Xe siècle). Dans un contexte de perpétuel exode, le poète s’interroge sur le pouvoir de sa langue et se définit comme un nomade dont la seule demeure est la poésie. Autrement dit, le « rahîl » (exode, errance, traversée) est désormais la condition historique, politique et ontologique du poète palestinien.

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« Qu’est-ce que le vide ? » L’ellipse dans Les Âmes fortes de Jean Giono

Avec Les Âmes fortes, Giono livre un roman particulièrement complexe, notamment en raison des versions contradictoires qu’il propose des mêmes événements, mais aussi à cause des silences du récit : des éléments essentiels à la compréhension sont livrés avec retard ou tout simplement tus. Nous nous penchons donc ici sur la figure structurante de l’ellipse, conçue comme le pendant formel d’une métaphysique du vide et de l’ennui. Alors que l’ellipse syntaxique, qui participe au travail de stylisation de l’oral, n’est que modérément remarquable, les types que nous appelons ellipse logique et ellipse informationnelle, ainsi que l’ellipse narrative et sa variante la paralipse, constituent d’authentiques béances qui mettent le lecteur en demeure de tenter de reconstituer, par une inlassable activité inférentielle, la cohérence locale et globale, parfois sans succès. De ce travail peut naître le sentiment du sublime – ou bien l’impression d’être sans cesse floué et moqué par un texte qui refléterait ironiquement le mystère des événements et des caractères. Enfin, l’ellipse progressive du focalisateur (le sujet du point de vue), dans un roman pourtant dialogué, signe une paradoxale vaporisation du sujet, qui compromet les chances de l’activité herméneutique même.

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Loxias | 57. | I.

Boeing-Boeing de Marc Camoletti : hypothèses sur un triomphe paradoxal

Afin d’expliquer le succès record de Boeing-Boeing sur les scènes internationales malgré une reconnaissance critique limitée, cet article l’analyse comme le résultat de plusieurs facteurs conjoints : une écriture qui réinvestit les codes du boulevard pour les porter à un degré de virtuosité extrême (« hyper-boulevard ») ; un conformisme moral et social combiné à un évitement de tout esprit polémique ; et une ossature dramaturgique solide, paradigmatique, qui se prête aisément à des réécritures et à des adaptations dans des contextes culturels très divers. In order to account for the record success of Boeing-Boeing on international stages, despite its poor critical recognition, this article proposes an analysis of the play that explains its success as a result of several combined and overlapping factors: the writing that subsumes the codes of traditional boulevard comedy and brings them to a level of extreme virtuosity (“hyper-boulevard”), the play’s moral and social conformism and its strict avoidance of all controversy, and finally its solid, paradigmatic "bone structure" that lends itself well to adaptations into very diverse cultural contexts.

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Loxias | 58. | I.

À travers un verre, obscurément : Michaux ou l’opacité de la langue

Écrivant contre la nécessité de clarté et de transparence qui permettrait l’intelligibilité des productions écrites, garante de leur sens comme de leur valeur, Michaux revendique donc la pratique d’une langue opaque, volontairement « barbare », qui appelle une lecture authentique et désintéressée de toute élucidation, préservant ainsi l’individu de toute assimilation dans un universel fallacieux mais aussi et surtout des infiltrations d’Autrui par le biais de sa parole. Michaux ne cherche pas la confidence, l’aveu et l’exposition de soi-même ; s’il écrit pour se parcourir et s’exorciser, il accueille toutefois la possibilité qu’un lecteur-frère, aux épreuves communes, puisse l’entendre. Ainsi, l’éthique et l’esthétique de l’opacité qui le caractérisent n’en font pas pour autant un poète taciturne ou volontairement hermétique. Very early in his career, Henri Michaux has written against the necessity of transparency and clarity, both western traditional standards, supposed to convey intelligibility to writings as guarantee of their meaningfulness and value. The poet claims the opacity of his language, willingly barbaric. Such an opaque writing should guarantee the poet the authenticity and selflessness of the reading and averts any temptation of elucidation; here is the most efficient safety against the risk of alienation and assimilation of the individual into a fallacious universality, but also against any risk of the other’s intrusion into its consciousness, through the transparency of the word. Michaux does not seek confidence, avowal and self-exposure; he writes for self-exploration, exorcism, and yet he surely accepts the possibility of being understood and seen by some happy few, some fraternal reader, bound together by common scars. Despite his search for ethic and aesthetic opacity, surely the most significant trademark of his poetic, Michaux can’t be read as a hermetic poet.

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Loxias | 59. | I.

L’aventure africaine de Conrad, Céline et Gide. Voyage au pays des ténèbres

Au début du XXe siècle, l’Afrique équatoriale attire de plus en plus d’aventuriers en quête de dépaysement ou de richesse facile. Les carnets et les récits de voyage de plusieurs auteurs, qui sont entrés en contact avec le monde colonial, en donnent une représentation peu flatteuse en contraste avec l’utopie officielle trompeuse. Derrière l’idée du progrès chère au discours colonialiste se profilent des douleurs immenses, des exactions de toutes sortes. Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres (1899), Ferdinand Céline, dans Voyage au bout de la nuit (1932), et André Gide, dans son Voyage au Congo (1927), constatent la cruauté du modèle colonial et dénoncent les pratiques commerciales malhonnêtes et corrompues des Compagnies commerciales européennes qui pillent et détruisent leurs concessions. Derrière l’imposture de la civilisation se cache une entreprise purement lucrative. Dans ces ouvrages, le voyage prend les allures d’une épreuve initiatique, d’une descente aux enfers qui mène au cœur d’une Afrique équatoriale encore peu explorée, mais aussi au cœur des ténèbres d’un système colonial inhumain et brutal.

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L’Anthologie de Mahmoud Darwich (Poésie/Gallimard) : un itinéraire poétique et personnel

Nous avons voulu proposer et éprouver l’hypothèse selon laquelle la poésie de Mahmoud Darwich, composée pour une grande part en exil, relève moins d’une défense et célébration de la terre natale qu’elle ne crée littéralement, par effet poétique, une Palestine nouvelle. We tried to give a comprehensive outlook of the Arab Palestinian poet’s life and poetical achievement, through a brief analysis of the French-language Anthology, published in 2000. We assume that his verse originates in (some kind of polemical) prose. This verse, notwithstanding, is characterized by its liberation of classical rules and the traditional vision of the poet’s role in the city. We conclude by a reflection on the relationship linking Darwich’s poetry and the Palestinian issue, with a hint: could be this overarching and inescapable issue more an effect (of poetical language itself) than a cause (of the whole literary work)?

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Bouvier et la Topolino : les mécanismes automobiles de L’Usage du monde

Que la Topolino, avec laquelle Nicolas Bouvier et Thierry Vernet partent en voyage en 1953, soit le troisième compagnon du voyage ne fait aucun doute. Ses pannes de plus en plus fréquentes ponctuent l’avancée cahotante sur la route de l’Inde et sa mécanique lente et malgré tout robuste leur permettent d’éprouver très loin la continuité continentale. Ce sont de nouveaux engrenages qui se mettent en mouvement dans la perception nouvelle des distances et des reliefs. Elle permet aussi la liberté des voyageurs. Mais elle détermine, comme pour Maillart et Schwarzenbach avant eux, avec leur Ford, une manière nouvelle de rentrer en contact avec les populations rencontrées. La route fait d’eux des nomades d’un genre outillé : car la relation utilise également la Topolino comme une clef dans la mécanique des voyages, et une nouvelle géographie de la décélération.

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Le Japon sous l’objectif de Nicolas Bouvier

À partir de 1955, Nicolas Bouvier effectue de multiples séjours au Japon. C’est à Tôkyô que Bouvier devient, par nécessité, photographe. Avant la plume, c’est donc l’objectif photographique qui va donner à voir les rencontres de Bouvier avec le Japon. Cette étude vise à la fois à analyser ces rencontres et les rapports entre la photographie et l’écriture dans l’œuvre japonaise de Bouvier.

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« roots & déroutes plus croisement » : présence de Nicolas Bouvier dans le discours poétique des chansons de H.F. Thiéfaine

L’écho apporté par le titre « roots & déroutes plus croisement » au recueil d’entretiens Routes et déroutes de Nicolas Bouvier invite à une exploration du dialogue implicite qui s’établit entre les chansons de H.F. Thiéfaine et la production de Nicolas Bouvier. Les correspondances décelables entre les livres de Bouvier (notamment L’Usage du monde et le Poisson-Scorpion) et de nombreux textes de Thiéfaine permettent de prendre conscience des modalités de réappropriation des textes de Bouvier mises en place au sein du discours énigmatique et multivoque, qui insère les réécritures d’une même formule de Bouvier dans plusieurs chansons sans véritable parenté thématique. L’étude comparative des positions théoriques des deux auteurs se révèle tout aussi fructueuse, puisqu’elle dévoile une communauté d’approche fondamentale reposant notamment sur une conception artisanale du travail sur la langue et un intérêt jamais démenti pour les mots. The correspondence between Thiéfaine’s song title roots & déroutes plus croisement and the volume Routes et déroutes containing interviews by Nicolas Bouvier invites to an investigation of the latent dialogue which takes place between the Thiéfainian corpus and Bouvier’s production. The parallel or echo-like formulations in the songtexts and in Bouvier’s relations of his worldwide journeys give us the possibility to recognize and analyze how Thiéfaine transforms the sequences found in Bouvier’s texts in the manner of a cut-up, which allows the reformulation of a particular statement in two or three different songtexts that have no kind of thematical affinity. The way both authors reflect about their artistic activity shows that they both conceive writing as an activity of genuine artisanal character, insisting on the importance of the sensibility for the single word and its place in the creation process.

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Loxias | 60. | I.

Michel Butor, une écriture polyphonique

L’objet de cet article est de mettre à l’épreuve un outil théorique venu de la musique par un emploi métaphorique : peut-on vraiment de parler de polyphonie dans l’art verbal, et plus particulièrement chez Michel Butor ? Pour répondre à cette question, nous reviendrons au sens premier du mot polyphonie en musique, puis en linguistique, afin d’en montrer les difficultés et les limites. L’œuvre de Michel Butor, tournée vers le dialogue entre les arts, permet une utilisation plus rigoureuse du concept de polyphonie, car la mise en page de certains de ses livres les rapproche de livres-partitions, et la présence de différentes voix narratives étalées sur la page plaide en faveur d’une description de ces livres comme polyphoniques. Une analyse stylistique des aspects visuels, poétiques et musicaux de 6 810 000 litres d’eau par seconde permettra de redéfinir ce que peut être une écriture polyphonique.

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Loxias | 62. | I.

Nouvelle et fragmentation du sujet : le cas de Marios Hakkas

L’article proposé se place dans la perspective d’une fragmentation progressive de la nouvelle chez Marios Hakkas (1931-1972), propulsant soudainement, en l’espace de sept ans, le nouvelliste grec du statut d’écrivain « réaliste critique » à celui d’écrivain postmoderne. Marios Hakkas, ayant vécu à une époque troublée de l’histoire de son pays, a laissé trois recueils de nouvelles marquées par une véritable métamorphose de son écriture. Les formes brèves, caractérisées initialement par un réalisme assez convenu, encore imprégné d’idéologie, laissent place à une écriture discontinue et fragmentaire. C’est la nature de cette discontinuité et de cette fragmentation qui est au cœur de l’article. The present article focuses on the gradual fragmentation of the short story by Marios Hakkas (1931-1972), which suddenly made the Greek short story writer shift in seven years from the status of "critical realist" writer to that of postmodern writer. Marios Hakkas, who lived in a troubled time of his country’s history, wrote three books of short stories marked by a complete transformation of his writing. Initially characterized by conventional realism, still imbued with ideology, the short stories give way to a discontinuous and fragmentary writing. It is the nature of this discontinuity and fragmentation that is dealt with in the article.

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Loxias | 63. | Travaux et publications

L’Albania

“Milano, Ledizioni, 2017. ISBN : 978-88-6705-587-6, 159 pages, 9,90€. Ugo Ojetti (Roma, 15 luglio 1871 – Firenze, 1° gennaio 1946) raccolse in questo libro le impressioni del suo viaggio in Albania, compiuto nell’estate del 1901 in qualità di corrispondente del Corriere della Sera. Pubblicato a Torino nel 1902, è qui presentato per la prima volta in una nuova edizione, corredata d’introduzione e note per far conoscere, o riscoprire, uno dei più bei libri italiani di viaggio in Albania. Il volume compre...”

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