Période contemporaine dans Loxias


Articles


Loxias | Loxias 3 (févr. 2004) | Doctoriales

Résurgence de la figure du bouc émissaire : série policière de Daniel Pennac

“Selon W. H. Auden, l’attrait du roman policier, comme celui de la tragédie grecque, « provient de la dialectique de l’innocence et de la culpabilité »1. À partir du jeu sur les péripéties et reconnaissances défini par Aristote dans La Poétique, le critique met en écho les structures dramaturgique et policière. Il définit ainsi six étapes inhérentes au roman policier : l’état de paix antérieur au meurtre, l’homicide qui rompt cet équilibre, les faux indices et crimes secondaires, la solution, l’arrestation du meurtrier et l’état de paix qui s’ensuit. Par conséquent, le châtiment du coupable apparaît comme la condition sine qua non de la restau...”

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Questionnement sur l’anthropologie de l’imaginaire en sciences sociales

“Au sens étymologique, la méthodologie est la « poursuite », la « recherche » ou l’effort pour atteindre une fin. Elle possède deux acceptions, étant soit un programme prédéfini a priori et indépendamment de son application, soit un chemin non fixé à l’avance de façon réfléchie par lequel on est arrivé à un certain résultat1. En anthropologie de l’imaginaire2, les méthodologies des sciences sociales participent du « fondamentalisme anthropologique »3 du Nouvel Esprit Anthropologique4...”

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Loxias | Loxias 24 | Pour une archéologie de la théorisation des effets littéraires des rapports de domination

Présentation

“On peut dire […] que la visée de la théorie postcoloniale, c’est le « trans- », sinon la transe, donc le mouvement et le moment même de la traversée, du passage. C’est en effet à la faveur du développement de la théorie postcoloniale (elle-même redevable aux poststructuralismes) qu’on s’est mis à essayer de penser les rapports de soi à l’autre (voire, entre soi et soi), entre les mondes, entre les disciplines, non plus sur l’ancien mode humaniste de l’« inter » (solidarité, internationa-lisme, interdisciplinarité), mais sur celui de la trans(e) (altération ou différence interne, transnationalisme, transdisciplinarité). Le ou la trans(e) ...”

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Loxias | Loxias 25 | Littératures du Pacifique

« L’ombre d’un grand oiseau me passe sur la face ». Le Baiser de la mangue d’Albert Wendt : lecture anthropologique

« Le Baiser de la Mangue : lecture anthropologique », est une traduction-adaptation de Samoan anthropology’s coming of age in Albert Wendt’s The Mango’s Kiss, cours de Serge Dunis sur le site doctoral de l’UPF (http://www.espadon.pf ). Le rôle principal du roman, tenu par Pele, y est cerné. Aussi irrépressible qu’une coulée de lave de la déesse éponyme du volcan, Pele met à nu les forces que déclenche l’entrée de son île natale dans la mondialisation. Or il s’agit de Savai’i, point de départ du peuplement pré-européen de la Polynésie orientale, creuset du Grand Océan. C’est à deux ans, en 1882, que Pele découvre le pouvoir d’attraction du monde extérieur par l’entremise d’une mangue fraîche pressée contre sa joue. Le succès en affaires l’attend. Pele a 20 ans lorsque Samoa devient colonie allemande en 1900. Elle survit à l’épidémie de grippe espagnole qui dévaste l’archipel et tire avantage du mandat que la Société des Nations confie aux Néo-Zélandais en 1920 pour parachever sa propre conquête économique des îles. Fidèle à la frégate, son oiseau totémique (d’où l’exergue persienne) et à l’union sacrée entre frère et sœur, feagaiga, Pele venge, en Nouvelle-Zélande, l’assassinat de son frère devenu truand. Dans la lignée de Dickens, Melville et Camus, Wendt transcende les chocs culturels pour dévoiler l’envers et l’endroit de la nature humaine.    In “Samoan anthropology’s coming of age”, Serge Dunis traces the deus ex machina role played by Pele, heroine of Albert Wendt’s novel The Mango’s Kiss. Pele, fully a match for the eponymous Polynesian volcano goddess, embodies, amongst other things, the irrepressible forces brought to bear upon Samoa in the age of globalism. At the age of two in 1882, Pele gains her first self-awareness of the driving force of the outside world through the startling freshness of a mango. Success in business awaits her. She is 20 when Samoa is declared a German colony in 1900. Pele survives the Spanish influenza epidemic and swoops triumphantly down upon her own island after New Zealand is awarded the League of Nations’ mandate to govern Samoa in 1920. True to her totem the frigatebird and the binding feagaiga special relationship that forever unites brother and sister, she avenges her murdered brother who had become a criminal in New Zealand. In the true lineage of Dickens, Melville and Camus, Wendt transcends cultural conflicts as he brings into focus both the bright and the shadowy sides of human nature.

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La Mythification des origines insulaires : Albert Wendt et Edward Kamau Brathwaite

Une étude comparée de « Au Fond de nous les morts » du Samoan Albert Wendt et de « Coral » du Barbadien E.K. Brathwaite permet de mettre en lumière des attitudes convergentes de la part des deux poètes par rapport à la question du mythe des origines. Ce travail montre aussi les différences dues principalement aux particularités de l’histoire de chaque région. Tous deux s’approprient, chacun à leur manière et en utilisant des formes littéraires qui leur sont propres, des représentations qui servent aussi de support identitaire aux peuples dont ils font partie. A comparative study of « Inside Us the Dead » by the Samoan Albert Wendt and « Coral » by the Barbadian E.K. Brathwaite makes it possible to bring to light converging attitudes on the part of the two poets towards the question of the myth of origin. This essay also highlights the differences mainly due to the specific history of each region. Both appropriate, each in their own manner and by using specific literary forms, representations which are also used as markers of identity by the peoples to whom they belong.

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Recherche identitaire et souci de l’Autre : la littérature jeunesse écrite par des femmes en Nouvelle-Calédonie

On se représente usuellement le rôle des femmes dans la société traditionnelle, comme des conteuses, dépositaires d’histoires, de comptines et de légendes ; liées à l’oralité, elles transmettent des valeurs culturelles en langue kanak. Louise Michel a reproduit en miroir cette fonction lorsqu’elle a réécrit des contes et légendes kanak pour ses « amis d’Europe », enfants ou adultes. Cependant, la mise en écriture change les rôles et fonctions de ces récits qui sont peut-être plus sensibles aux fluctuations sociales, culturelles, politiques lorsqu’ils sont assumés par un auteur déclaré et un éditeur qui veut vendre ses livres. L’écriture est souvent liée chez les femmes au métier d’enseignante. Leur écriture personnelle est probablement liée non seulement au besoin d’expression mais à la position d’aide, si bien représentée parmi les activités féminines. Comment les femmes conçoivent-elles ce rôle ? Quels sont les contenus des textes écrits pour la jeunesse ? Visent-ils à transmettre des valeurs et des savoirs d’autrefois dans un but de conservation du patrimoine ? Mais la transmission ne se comprend guère sans réévaluation : les albums récents semblent montrer une grande sensibilité aux problèmes du monde d’aujourd’hui, ils s’ouvrent aux quêtes identitaires d’un pays en devenir tout en affirmant la nécessaire reconnaissance de l’Autre. Des problèmes éthiques graves sont présentés aux enfants. Quels sont les enseignements privilégiés par les femmes auteurs pour les enfants et les jeunes ? Et quelles sont les postures des femmes auteures pour la jeunesse ? “Questioning identity and caring for the others: children’s books written by women in New Caledonia”. We imagine commonly that in traditional kanak societies, women play a significant role in the transmission of stories, legends and counting rhymes; bred in oral cultures, they pass on cultural values in kanak languages. Louise Michel reproduced their function when she rewrote kanak tales and legends for her “European friends”, children as well as grown ups. However, writing alters the functions of these stories which may be more prone to adaptation in a changing society when they are taken upon by known authors and publishers who intend to sell their works. Women writers are often teachers. When women take charge of writing, we may underscore not only their need for expressing their thoughts and feelings, but also the role of helping the others. How do these women authors play these roles? Do children’s books aim at the transmission of traditional knowledge and values for the sake of saving a patrimony? Recent albums for children present issues connected with to day’s problems. They question identities in a developing country and at the same time they state positively the Other has to be fully recognized in his/her singularity. Important ethical problems are pointed out for children. What teachings are privileged by women authors towards children and youngsters? What do women authors stand for, in regard of youth?

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Peut-on parler de « littérature polynésienne francophone » ?

Cet article expose, à la lumière des catégories de la Postcolonial Theory, quelques-unes des difficultés théoriques à parler de « littérature polynésienne francophone ». Il prend l'exemple singulier de l'œuvre de C. T. Spitz pour souligner la nécessité de prendre en compte la dimension historique du « trauma colonial » afin de rendre justice à la signification littéraire des œuvres en provenance de la zone Pacifique.

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Pré-occupation(s) et souffle du lieu dans Carpentaria d’Alexis Wright

Epopée, satire sociale, roman d’aventures parsemé de notes et passages humoristiques, Carpentaria est, comme l’indique Alexis Wright, « une multi-hélice tournoyante d’histoires ». En multipliant les héros, tels que Norm Phanton, qui « garde dans sa tête une bibliothèque pleine à craquer d’histoires de sa terre », en rendant compte du lieu comme sujet, et en révélant par l'écriture des histoires et philosophies propres au territoire australien, le chef d’œuvre qu’est Carpentaria porte à son comble l'australianisation de la littérature. Cet article examine comment le présent et l’espace australien se conçoivent et se vivent à travers des réseaux de mémoire et de chants dans ce roman magistral qui permet d'imaginer un nouvel espace de vie et de liberté défiant les limites imposées par la colonisation et le matérialisme. Il étudie comment la terre, le présent et le futur aborigènes recouvrent leurs droits à travers les multiples voix qui s’élèvent dans le Golfe de Carpentarie, au Nord-Ouest de l'Australie, et comment la résistance par l’action se voit investie d’une valeur existentielle, nationale et globale. An epic, a social satire, an adventure story subtended by humoristic passages, Carpentaria is, as Alexis Wright called it, “a spinning multi-stranded helix of stories”. Spinning a multiplicity of characters – such as Norm Phanton, who keeps “a library chock-a-block full of stories of the old country stored” in his head – this novel explores how old battles are rekindled and new wars fought with the opening of a mine in the Gulf of Carpentaria. In Carpentaria, a modern masterpiece, rendering the land as a character and as agent, and weaving together (hi)stories and philosophies which are specific to the land, the australianisation of literature has been brought to new limits. This essay examines how the present and the Australian space are conceived, sung and lived through webs of memories in this novel, which imagines a new space for freedom defying all the limits imposed by colonisation, neo-colonialism and materialism. It explores how the Aboriginal land, present, and future regain their rights through the many voices conjured up in the Gulf of Carpentaria, and how resistance through local actions is invested with existential, national and global significance.

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Jeunes déboussolés dans le Pacifique, dans les romans d'Alan Duff, Sia Figiel, Chantal T. Spitz, Albert Wendt ; et Ananda Devi

Parmi les romans des vingt dernières années écrits par des écrivains du Pacifique, un certain nombre (de Samoa, Nouvelle-Zélande, Polynésie française, ou Maurice, pour A. Devi, par exemple) ont pour héros des jeunes en difficulté, ou dont l’itinéraire est chaotique. Maltraités, drogués, violents, prostitués, suicidaires, ou tout simplement à la dérive, ils sont présentés de l’intérieur, dans leur intimité : cette marginalité devient plus proche, tandis que se présentent toutes les explications, voire les excuses de leur comportement, lié indissolublement à la fracture des sociétés traditionnelles. Certains évidemment sont relativement épargnés, à moins qu’ils ne finissent par trouver, seuls ou avec de l’aide, les moyens de recouvrer un équilibre. Doit-on y voir une illustration par synecdoque de sociétés écartelées entre les repères de la tradition et l’infiltration ou le déferlement plus ou moins brutal d’autres valeurs et d’autres modes de vie ? La construction romanesque peut d’ailleurs révéler cette incertitude par le brouillage des voix et des fils narratifs.

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Loxias | Loxias 26 | Doctoriales VI

Fatou Diome : la déconstruction des mythes identitaires

La prise de parole des écrivains africains s’explique, du moins dans les œuvres pionnières, par le souci de rétablir la vérité historique. Toutefois, bien que cette mission ait contribué à la reconnaissance d’écrivains et d’œuvres désormais classiques, la marche des sociétés africaines vers la modernité suscite des interrogations sur les enjeux pertinents du discours littéraire africain francophone qui désormais se développe en deux tendances ; d’une part la production élaborée sur le continent, d’autre part, les textes produits par des écrivains migrants installés dans les anciennes métropoles. Fatou Diome fait partie de la seconde catégorie d’écrivains. De son premier recueil de nouvelles La Préférence nationale (2001) à sa plus récente publication, Inassouvies, nos vies (2008), Fatou Diome articule son œuvre sur la question de l’immigré en situation de redéfinition de soi. Il s’agit, dans cet article, d’interroger l’œuvre de notre romancière du point de vue de la « scénographie », entendue comme situation d’énonciation que s’assigne l’œuvre, celle qu’elle présuppose et qu’elle valide en retour. À travers les catégories du personnage, de l’espace et du temps, il s’agira de positionner le discours de Fatou Diome dans le champ des lettres africaines francophones comme un discours de déconstruction des conceptions identitaires en tant qu’enracinement et différence.

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L’Orestie d’Eschyle à travers le prisme d’Olivier Py

Le travail que nous proposons est une analyse du spectacle de l’Orestie d’Olivier Py. Regardant le tableau complexe de la mise en scène, nous allons tenter de décrypter les signes visuels et dire comment le metteur en scène a interprété le texte d’Eschyle. Il s’agit de faire converger le texte ancien et la mise en scène contemporaine pour dévoiler la vision qu’Olivier Py porte sur l’œuvre. La mise en scène d’Olivier Py constitue un axe de lecture particulièrement intéressant de l’Orestie étant donné que l’artiste est réputé pour son univers surthéâtralisé.

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Loxias | Loxias 26 | Travaux et publications

Serge Pey et l’Internationale du rythme

“L’Atelier des Brisants / Dumerchez, 2009 ISBN : L’Atelier des Brisants 978-2-84623-098-6, Éditions Dumerchez 978-2-84791-122-0 35 € Serge Pey figure parmi les plus grands inclassables de l’art contemporain. Plasticien, installateur, poète, théoricien de la performance, ingénieur de pièges à infini, inventeur des marches de la poésie et de chantiers d’art provisoire, rythmeur, oralien de situation, dialecticien du chaos et anartchiste : il est le fondateur de l’Internationale de la philosophie directe. ...”

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Loxias | Loxias 30 | Doctoriales VII

Le schème du désordre à l’épreuve des textes romanesques de Marie Darrieussecq

Cet article se propose d’analyser le mode selon lequel opère le schème du désordre dans le régime de la fiction de Marie Darrieussecq. Dans la pratique textuelle de cette romancière, la discontinuité régit tous les éléments de la narration, notamment à travers la complexification de la voix narrative mais aussi, et surtout, dans l’hétérogénéité compositionnelle d’une écriture mêlant des matériaux de toutes sortes. La mobilisation de toutes ces ressources auxquelles s’ajoutent une ponctuation excessive et une gestion anarchique de l’espace textuel créent une prose haletante dont les contours restent flous et indéterminés. L’objectif d’une telle turbulence est de contester les grands récits fondateurs et d’ouvrir les romans pour en libérer des potentialités insoupçonnées. This article is an analysis of the way disorder view is presented in Darrieussecq fictious regime. In this novelist’s textual practice, there is a kind of discontinuity in all the narrative items, particularly through the complex of the narrative voice as well as the assorted handwriting using together devices of every sorts. The mobilization of all these resources combined with an excessive punctuation and the textual space mismanagement cause a panting prose with blurred and undetermined outlines. The aim of such a turbulence is to contest the great founding writings, to open novels and set the unsuspected potentialities free.

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Jean-Luc Raharimanana ou l’expérience de la violence

Jean-Luc Raharimanana (Madagascar, 1967) est une des figures littéraires les plus reconnues de la nouvelle génération d’écrivains de langue française dans la région de l’Océan Indien. Son œuvre, viscéralement rattachée à la Grande Île dont il décrit les douleurs et les stigmates, dérange et choque par sa mise en scène crue et brutale de la violence. Par ailleurs, s’il ne fait pas de doute que les textes de Raharimanana proposent une expérience de la violence, celle-ci s’opère à un double niveau. En effet, l’écriture du Malgache pose non seulement la question de la représentation de la violence, mais aussi celle de la violence de la représentation. Cet article vise à présenter les mécanismes de cette écriture qui s’élabore dans la (dé)monstration d’une violence spectaculaire mais aussi dans un emploi particulier de la langue. Ce travail a bénéficié du concours de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) : http://www.auf.org. Jean-Luc Raharimanana (Madagascar, 1967) is one of the most remarkable figures of the new generation of Francophone writers from the Indian Ocean. His literary works, viscerally attached to his natal island, Madagascar, describing its sufferings and stigmata, shocks and disturbs the reader by its crude and brutal representation of violence. Furthermore, despite the fact that it makes no doubt that the works of Raharimanana suggest an experience of violence, the latter occurs at two different levels. Indeed, his books are not only characterised by the representation of violence but also by the violence of the representation. This article aims at presenting the functioning and mechanisms of Raharimanana’s writing which unfolds itself in the (dé)monstration of violence as spectacular but also in the deconstruction of formal aspects of language.

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Poétisation de l’espace « Rue Princesse » dans Les Naufragés de l’intelligence de Jean-Marie Adiaffi

Avec son roman Les Naufragés de l’intelligence publié à titre posthume, Jean-Marie Adiaffi inaugure une nouvelle esthétique qu’il n’aura pas le temps de développer : le roman Nzassa « genre sans genre » qui rompt sans regret avec la classification classique, artificielle de genre : roman, nouvelle, épopée, théâtre, essai, poésie ». Les pages 65 et 66 de cette œuvre laissent apparaître une peinture assez originale de l’espace « Rue Princesse ». Cette originalité tient au passage d’un type discursif (la description) à un autre (la poésie). La poétisation de l’espace découle principalement du système énonciatif qui met l’accent sur la subjectivité du personnage médiateur auquel s’identifie le narrateur. Cette subjectivité entraîne un regard peu objectif sur l’espace et influence ainsi le choix du mode textuel. À la réception, le texte descriptif qui est attendu comme type idéal de représentation de l’espace se trouve évincé par le texte poétique. La poétisation se fonde sur un traitement spécifique de la typographie qui mêle prose et verset, et du rythme qui se construit à partir de la disposition des masses syntaxiques et des procédés réitératifs. Elle découle également de la résonance lexicale et de la surcaractérisation de la lexie « rue » fonctionnant ici comme noyau rythmique et sémantique du texte.

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Haïti dans la littérature générale et de jeunesse contemporaine : étude comparative des romans L’autre face de la mer et Rêves amers

Haïti apparaît comme une source d’inspiration commune à la littérature générale et aux œuvres pour enfants contemporaines. Aussi n’est-il pas étonnant de retrouver la même thématique dans le roman de l’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert (1998), L’autre face de la mer, et dans Rêves amers (2005), récit pour la jeunesse de Maryse Condé, auteure d’origine guadeloupéenne : un fort ancrage historique, l’évocation d’une île exsangue qui ploie sous la misère et les injustices sociales, la dénonciation de la dictature en Haïtiet de ses relations avec la République Dominicaine ou le rapport ambivalent des insulaires à l’émigration sont autant de points communs aux deux œuvres. Toutefois, le traitement littéraire de ces données s’avère différent. L’autre face de la mer est un roman postmoderne polyphonique. à l’inverse, Maryse Condé évoque Haïti à travers l’odyssée et le point de vue d’une petite fille de treize ans, Rose-Aimée, à laquelle le jeune lecteur peut s’identifier. Mais surtout, Louis-Philippe Dalembert introduit une dimension mythique dans le texte par un rapprochement avec le Livre de Jonas, alors que Maryse Condé opte pour un récit tout à la fois réaliste et poétique qui permet à l’enfant de découvrir la civilisation et la culture de l’île. à travers deux romans qui développent des thèmes communs, le tragique s’exprime par des moyens divergents qui révèlent aussi un rapport différent au mythe et à la culture créole. Haiti is a source of inspiration common to literature in general as well as contemporary children’s books. It is therefore not surprising to find the same themes in the novel L’autre face de la mer (1998), by the Haitian writer Louis-Philippe Dalembert, and in Rêves amers (2005), a children’s story written by Maryse Condé, who comes from Guadeloupe : a strong anchoring in history, the evocation of an island bled white and subjected to severe poverty and social injustices, the denunciation of the Haitian dictatorship and its relations with the Dominican Republic, or the ambivalent relation of the island’s population towards emigration, are all common to these two works. However, the literary manner with which each author treats this information is different. L’autre face de la mer is a polyphonic postmodern novel. On the other hand, Maryse Condé depicts Haiti through the odyssey and the point of view of a thirteen-year-old girl, Rose Aimée, with whom a young reader can identify. Above all, Louis-Philippe Dalembert introduces a mythical dimension into the text, by establishing a link with The Book of Jonah, whereas Maryse Condé chooses both a realistic and a poetic story, which allows a child to discover the island’s civilization and culture. Through these two novels which develop common themes, the element of tragedy is expressed in divergent ways, which also reveal a different relation to the myth and creole culture.

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Une lueur d’espoir au cœur des Troubles nord-irlandais : Pentecost de Stewart Parker

Bien qu’écrite en 1987, la dernière pièce de théâtre de Stewart Parker (1941-1988), Pentecost, est un huis clos dramatique se déroulant sur toile de fond historique. Elle renvoie le spectateur treize ans en arrière afin que l’action couvre la première partie de l’année 1974. A cette date, une grève d’ouvriers loyalistes mettait un terme au pouvoir exécutif du gouvernement de partage du pouvoir entre nationalistes et unionistes en Irlande du Nord. Pour Parker, cette défaite politique représentait l’événement le plus décourageant dans le processus de réconciliation entre les communautés protestante et catholique en Irlande du Nord. Dans cette dernière œuvre, le dramaturge relate les Troubles, censés être de nature religieuse, et, à travers cet épisode précis de l’histoire nord-irlandaise, il rappelle le traumatisme, autant physique que psychologique, qu’ils générèrent. Pourtant, il garde foi en l’être humain. L’homme, non la religion, est à l’origine de ce conflit, et il lui incombe d’y remédier. Even if he wrote his last play, Pentecost, in 1987, Northern Irish playwright Stewart Parker (1941-1988) was more interested in dealing with the events which had taken place in 1974 in his Province. Indeed, it was in this year, throughout Pentecost, that a loyalist workers’ strike brought down the Executive of the power-sharing government between the nationalists and the unionists. Parker considered this collapse to be “the most hopeless moment in the history of Northern Ireland”. Throughout his last play Parker writes on the Troubles, which are said to stem from religious divisions; and through this particular episode, he recalls the trauma that they engendered, the disaster, physical and psychological, they led to. Yet, he still has faith in human beings. Man, not religion, is at the origin of the conflict, and he must solve it on his own.

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La Havane ou l’espace gynémorphe dans Te di la vida entera de Zoé Valdés

La question urbaine est centrale dans Te di la vida entera de Zoé Valdés. Ce roman, publié en 1996, interpelle le lecteur particulièrement sur les interférences entre les personnages et la capitale havanaise. Aussi, La Havane acquiert-elle dans ce récit des dimensions symboliques allant de l’exploration de l’inconnu, de la fuite ou de la libération, jusqu’aux extrêmes d’une sensualité bien locale. L’évocation de cette métropole est sans équivoque un référent latino-américain qui met en évidence tous les fantasmes de ses habitants, lorsqu’ils sont accompagnés, en sourdine, de sons lancinants. C’est probablement pour cette raison que ce lieu magique agisse sur les personnages comme une énergie vivante, Cuca, le personnage principal de Te di la vida entera est à l’image de la capitale cubaine : tantôt joyeuse, tantôt morose, tantôt impassible, tantôt chaleureuse, elle se substitue volontiers à sa ville dans un jeu envoûtant de réciprocité. Certaines métaphores, récurrentes dans le récit, trahissent ainsi le vrai motif de l’écriture valdésienne : pécheresse comme le lieu qui l’accueille, Cuca ou La Havane, deviennent alors un lieu de risque où femme et ville présentent le même visage, à la fois attirant et répugnant.

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La nuit havanaise d’Abilio Estévez

Dans son roman Los Palacios distantes, en 2002, (Palais lointains, trad. Alice Seelow, Grasset, 2004),l’écrivain cubain Abilio Estévez s’empare d’une ville réelle, celle où il a vécu avant l’exil, et en fait un lieu de mystère à explorer. Cette ville, c’est La Havane agonisante à la fin du deuxième millénaire, avec ses habitants-zombies condamnés par l’absurdité d’une fin de régime totalitaire à errer parmi ses ruines, à y rejouer encore et encore le spectacle d’une vie impossible. Sous la plume de l’écrivain, cette Havane en déliquescence devient un « miroir de concentration » dans la tentative de saisir le drame d’un peuple, enfermé dans une île-monstre où rien n’est comme ailleurs : la survie est devenue dans cet endroit du monde un mode de vie à part entière et la schizophrénie, une façon tout à fait banale d’exister. Pour comprendre La Havane, il y a la nuit. « Chaque fois que tombe le crépuscule, nous dit Estévez, La Havane commence son fulgurant processus de disparition. » L’écrivain peut alors capturer l’insaisissable et rebâtir sur les ombres, grâce à l’imaginaire libéré, un monde qui laisse sa chance aux hommes.

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Loxias | Loxias 32 | I.

La prière de silence au-delà du silence de l’aphasie : Yoshirô Ishihara, poète du goulag

Yoshirô Ishihara, poète japonais déporté au camp du Goulag en Sibérie, revenant de l’Enfer, fut atteint d’aphasie. Partant du constat d’un échec de parole et d’un écueil de langage, le poète introduit une part de silence et d’indicible dont l’impact se répercute dans toute sa création poétique. Le silence défini par Ishihara entretient un rapport essentiel avec la parole et il ne peut s’entendre qu’à travers la parole qui lui sert de faire-valoir et en rehausse le pouvoir ; d’où se tissent deux réseaux de métaphores qui résument les aspects contradictoires de la parole : d’une part, le bruit maléfique qui est une insulte au silence ; d’autre part, la musique bénéfique qui célèbre le silence. Un dynamisme dialectique amène ces deux modalités d’expression à s’embrasser dans la symbolique christique chargée d’un sens sacré du silence.

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Loxias | Loxias 33 | I.

Les paroles perdues de Vie secrète de Pascal Quignard

Comment musique, langage et silence se croisent dans Vie secrète de Pascal Quignard ? Le lien intrinsèque se manifeste lorsque la littérature pousse ses limites jusqu’à exprimer ce qu’elle ne peut dire. À cet effet, l’écrivain devient un « phonoclaste » rompant la voix immuable d’une longue tradition orale et le livre un « déserté de la voix » du collectif.

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Le silence pictural ou le bruit de l’imagination dans les poèmes de Barbara Guest

Barbara Guest (1920-2006), poète américain de l’école de New York, s’intéresse tout particulièrement à l’enveloppe sonore de l’œuvre d’art comme condition première à sa composition. Qu’il s’agisse de poésie, de peinture ou de musique, elle y recherche « un son interne » ou « les bruits de l’imagination ». Ses poèmes qui commencent dans le silence, semblent donc animés par un « silence pictural » et des sons à peine entendus ou entrevus entre couleurs et lumière, voix et lyrisme. Nous nous mettrons donc en quête de comprendre les tenants et aboutissants de ce silence, ce « petit fantôme » ou « écho délicat » qui hante ses poèmes.

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Loxias | Loxias 34 | Doctoriales VIII

La représentation de l’exil chez Calixthe Beyala

Calixthe Beyala fait partie des écrivains expatriés pour qui l’exil, loin d’être synonyme de bannissement, de séjour obligé et pénible, représente au contraire un véritable salut. « L’exil résout beaucoup de choses […]. L’exil me donne la liberté qui m’est refusée, l’exil me donne la parole qui m’est refusée, l’exil est ma survie », déclarait-elle dans une interview qu’elle accorda à Emmanuel Matateyou en 1994. L’article se propose de montrer que cette vision de l’exil qui fait de Beyala une « victime de l’aliénation culturelle » a une incidence sur son écriture notamment sur le regard que ses personnages féminins jettent sur leur pays d’origine et l’espace d’accueil. Ainsi la France, pays d’exil pour la plupart des figures féminines, apparaît aux yeux de ces dernières comme un espace de refuge, et d’épanouissement. Calixthe Beyala belongs to those expatriate writers whose exile, far from being synonymous with banishment, forced and painful stay, represents on the contrary a real salvation. “Exile deals with a lot of things […]. Exile gives me freedom I have been refused, exile offers me the speech I have been denied, exile is my survival”, she stated in an interview to Emmanuel Matateyou in 1994.The intention of this article is to show that this vision of exile which makes Beyala a “victim of cultural alienation” has a direct impact on her writing, namely on the expression of her female characters give on towards their homeland and countries of refuge. Thus, France, country of exile for most female figures, appears to them as a land of refuge and emancipation.

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Les parfums du silence et La lecture de Jean-Marc T. Pambrun : le refus du second rôle

Disparu en ce début d’année de l’Outre Mer, Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun laisse une œuvre éclectique extrêmement riche. Il a une conscience aiguë du mythe de l’éden océanien tel que l’ont peint Bougainville, Loti, Gauguin, et bien d’autres. Il perçoit avec finesse les filtres – antiques, bibliques puis littéraires – que les écrivains-voyageurs ont toujours insérés entre la perception du territoire et sa transcription littéraire. Il en décrit les mécanismes, critique les motifs du mythe et joue à déconstruire ce fantasme romanesque. Jean-Marc Pambrun utilise toute la puissance du théâtre pour mettre au centre de la scène les Polynésiens trop souvent cantonnés aux seconds rôles, pour affirmer la réalité de la vie ma’ohi trop souvent déformée par les textes, par les clichés touristiques et pour donner voix aux mythes traditionnels de l’Océanie trop souvent écrasés sous le poids des livres métropolitains. Réappropriation thématique et linguistique, focalisation et réécriture, ces outils littéraires sont maniés par l’auteur afin de confier l’écriture d’un territoire à la plume et à la voix polynésiennes.

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Les Drames de princesses et de reines d’Elfriede Jelinek : déconstruction et impasse du discours genré

Parmi les textes canoniques véhiculant des discours figés et essentialistes, Elfriede Jelinek déconstruit de grands récits mythologiques antiques dans les Drames de princesses et de reines. Ainsi, son travail sur le mythe de Pygmalion, sur la Théogonie et sur la nekuia homérique révèle une idéologie implicite commune à ces textes, fondement de notre société occidentale, qui permet de pérenniser l’ordre patriarcal et de figer les relations de pouvoir. Mais peut-on dire que la dramaturge substitue un discours « genré » à un autre ? Elfriede Jelinek, réduite trop souvent et à tort à une écriture féminine et/ou féministe, questionne les rapports entre identité sexuelle et pouvoir. Son théâtre n’autorise pas l’instauration d’un nouveau discours autoritaire en lieu et place du discours masculin, il révèle bien plus l’impasse dans laquelle mène immanquablement tout discours genré. Among the canonical texts that convey set and essentialist views, Elfriede Jelinek deconstructs great ancient mythological stories in her Dramas ofPrincesses and Queens. Thus, her work on the Pygmalion myth, on the Theogony and on the Homeric neukia reveals a common and implicit ideology – a cornerstone of our Western civilization – which allows the patriarchal order to continue and stops relationships between people with power from evolving. However, can we say that the playwright substitutes one “gender-biased” view for another ? Elfriede Jelinek, too often and wrongly reduced to a feminine and/or feminist writer, questions the relationships between sexual identity and power. Her work does not encourage the establishment of a new, authoritarian view in place of the masculine one – it goes beyond this, and reveals the dead-end any gender-biased view is bound to lead to.

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L’Androgyne au service de la différence des sexes : l’exemple d’Orlanda (1996) de Jacqueline Harpman

L’œuvre Orlanda (1996) de Jacqueline Harpman, auteure belge de langue française, met en scène de nombreux doubles et surtout maintes duplications. La dualité fait partie intégrante de son esthétique romanesque et interroge la notion d’identité sexuée à travers, entre autres, le personnage androgynique d’Orlanda. La spécificité de ce roman est de faire cohabiter les deux parties de l’androgyne, le Féminin et le Masculin, dans des corps distincts mais dans un même espace-temps, rendant ainsi la comparaison entre l’une et l’autre part de l’Ego possible. Le présent article vise à analyser le traitement du genre dans cette œuvre et à dégager les enjeux de cette métaphore identitaire. Orlanda (1996), written by Jacqueline Harpman, a French Belgian author, stages many literary doubles and above all a lot of duplications. Duality is an integrant part of her fictional aesthetics and questions the notion of sexual identity and gender through, among others things, the androgynous character Orlanda. The characteristic of this novel is the co-existence of both parts of the androgyne, male and female, in distinct bodies but living in a same space-time, allowing the comparison between the two parts of the Ego. The present article intends to analyse the way Harpman deals with gender in this book and to disclose the stakes of this identity metaphor.

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Loxias | Loxias 36 | I.

Le Bildungspoem de Simona Popescu

Pour se former, le poème, aussi bien dans sa composition que dans sa transmission aux nouvelles générations de l’Université, ne doit se couper, selon Simona Popescu, d’aucun type de références culturelles. Il ne s’agit pas d’un écrasement postmoderne, mais de la recherche de tout ce qui fait vie et sève. Le mouvement et l’énergie du poème désertent l’académisme poseur et se cachent souvent là où on ne les attendait pas : dans le spectacle de masse du cinéma, de la télévision ou la culture pop-rock. L’esprit d’enfance est plus vivace dans ce qui s’adresse aux enfants et aux grands enfants. Reste au poète à prendre ce matériau suffisamment au sérieux pour en faire, et c’est difficile, un art poétique qui se constitue triplement de manière performative en même temps que le poème. Le poème se dit, il se dit avec des références qui disent, ces références sont d’autant plus proches du poème en formation qu’elles désertent le poétique constitué par des canons frileux et des poses d’individus stratèges.

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Loxias | Loxias 36 | II.

Le nom, la mémoire et l’oubli …

Texte publié en hommage à Bernard Vargaftig, disparu le 27 janvier 2012. Dans la mise en abyme des quatre récits en étoilede Vargaftig et Modiano, apparaissent les mêmes troubles d’identité, éclats du traumatisme, qui portent à s’échapper dans une écriture attenant, presque, à la « désidentité ». Contre l’étau qui se resserre, celui des fiches d’état civil ou celui d’une catégorie où l’on voudrait vous enfermer, qu’une seule solution : fuir. À moins qu’il ne s’agisse davantage de produire un certain nombre de faux-papiers, afin de mieux dissimuler une origine. Le vertige anonyme ouvre un gouffre entre soi et soi, un vertige-panique entre le nom de soi – l’ignorance de soi. L’écriture permet-elle de refaire « la liaison » – plus tard – avec ce que le silence a rompu ? Si la langue peut se construire comme une ruine de noms, dans la lumière des noms, alors Patrick Modiano et Bernard Vargaftig sont frères en écriture.

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Loxias | Loxias 37. | I.

Poétique de la ville dans l’œuvre d’Ananda Devi

Cet essai s’intéresse à la mise en écriture du phénomène urbain dans l’œuvre d’Ananda Devi. Prenant en compte les jeux de langages hétéromorphes à l’œuvre dans certains de ses récits, il montre, à la lumière des présupposés théoriques et méthodologiques de la sémiologie urbaine de Roland Barthes (1985), que la ville métaphorise les mutations sociopolitiques, économiques et culturelles, ainsi que les dynamiques identitaires propres à la complexité des sociétés contemporaines. En tant que l’un des phénomènes les plus puissants des sociétés postmodernes, la ville déroule et tisse à l’infini les motifs de l’errance, de l’exclusion, de la pauvreté et de la mort, qui sont autant de réalités du vécu insulaire ou subcontinental contemporain qu’une certaine littérature exotisante a souvent tenté d’ignorer.

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Mémoires de la Réunion au cinéma : des voix discordantes ?

Encore méconnus à l’extérieur de l’île, les films en créole faits par des réalisateurs réunionnais se multiplient, bien que ces œuvres ne bénéficient pas des mêmes soutiens financiers et de diffusion que dans les autres départements métropolitains. À l’image du continent africain tout proche et avec lequel la Réunion a des liens économiques et culturels forts, ces œuvres s’inspirent d’une mémoire orale pour conter l’histoire collective de la société réunionnaise, en réaction contre la nation française qui peine à reconnaître et à accepter sa multiplicité. Cet article montrera comment la culture réunionnaise est représentée au cinéma et comment la mémoire orale réunionnaise est transmise aujourd’hui dans les films en créole.

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Les auteurs de l’ombre du champ littéraire mauricien : entre critères de légitimation et stratégies de reconnaissance

L’accès d’une poignée de romanciers mauriciens à de célèbres maisons d’édition parisiennes a donné, depuis une quinzaine d’années environ, une visibilité internationale à la littérature mauricienne. Cela dit, la production contemporaine de la petite île ne se limite pas à ces quelques noms connus et médiatisés. Elle compte aussi ces « auteurs de l’ombre », dont le travail littéraire ne correspond pas toujours aux goûts et aux desiderata du centre éditorial hexagonal. Pour ces auteurs, dont les œuvres sont peu diffusées à l’étranger, la reconnaissance internationale est beaucoup plus difficile à atteindre. L'article rappelle l’existence de cette part souvent invisible du champ littéraire mauricien et tente de décrire les critères de discrimination qui participent de la mise à l’ombre des textes et des écrivains. Il cherche également à rendre compte des stratégies mises en place par ces auteurs pour accéder à une forme de légitimité… The fact that a few Mauritian novelists have been published by renowned Parisian publishers has bestowed, since the last fifteen years or so, an international visibility to Mauritian literature. However, the contemporary literary production of the small island goes beyond what is being published by these few well-known and recognized writers. It also includes the works of those authors writing in their shadow, which do not always suit the literary expectations and demands of the hexagonal publishing center. For these writers, whose texts are not distributed enough outside the country, international recognition is difficult to achieve. The article focuses on this invisible part of the Mauritian literary field and describes the discriminating criteria which contribute to the anonymity of some texts and authors. It also explores the various strategies used by these writers to obtain some form of legitimacy…

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La littérature féminine à Maurice à l’époque coloniale et la violence symbolique

Cette étude est une réflexion sur le lien entre la littérature féminine de langue française à l’époque coloniale et la violence symbolique, voire culturelle, dont les auteures et leurs œuvres ont été l’objet à cette époque. À l’exception des études publiées par Wasley Ithier, Jean Urruty et Jean-Georges Prosper qui mentionnent la présence de certaines femmes au sein de la littérature mauricienne, aucune analyse mettant l’accent sur la littérature féminine à l’époque coloniale n’existe. La critique littéraire s’est davantage concentrée sur la production des œuvres écrites par des hommes. Aussi, dans notre réflexion, nous comptons montrer comment les femmes, malgré leurs publications, ont été marginalisées non seulement par la critique littéraire mais aussi dans les anthologies, donnant ainsi une fausse perception de leur contribution. Cette tentative de nier leur apport dans la naissance et le développement de la littérature mauricienne à l’époque coloniale contribue toujours à les rendre invisibles dans l’histoire littéraire à Maurice. Or, la reconnaissance de cette présence féminine permettra d’éviter cette violence symbolique dont elles ont été victimes.

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Images de la Réunion : d’un cliché à l’autre

Comme toute terre lointaine, l’île de La Réunion nourrit un imaginaire fait de visions pittoresques, de lieux communs et d’images d’Épinal. La création artistique n’échappe pas à ces représentations, qu’elle reproduit ou au contraire détourne afin de poser un regard neuf sur le réel. La photographie illustre particulièrement cette problématique : d’un côté, les artistes relayent l’imagerie héritée de l’iconographie touristique et des représentations socioculturelles, de l’autre, ils s’approprient ces mêmes images pour leur donner un sens différent, parfois subversif ; enfin, certains explorent des territoires nouveaux et des formes inédites. C’est ainsi que la photographie permet parfois de passer d’un cliché à l’autre.

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Effets d’ancrage. Parcours dans quelques propositions artistiques réunionnaises

Le champ artistique réunionnais est peu connu en dehors de l’île. Sa littérature piétine et hormis la musique, peu d’autres formes accèdent à la reconnaissance. En réalité, il s’agit d’une invisibilité largement construite plus que d’une absence, et cette invisibilité vient avant tout de la complexité du statut du DOM. L’univers artistique ne trouve pas sa place dans le débat qui le divise entre désir d’assimilation et d’ancrage. L’examen de quelques formes et expériences artistiques permet en effet de comprendre que l’énergie créatrice ne se situe pas dans les genres relevant de l’image d’une culture normative et canonique. Mais il ne s’agit pas pour autant de recréer de nouvelles frontières qui sépareraient cette fois savant et populaire. En réalité, les pratiques artistiques réunionnaises révèlent à la fois les blocages mais aussi les « réorganisations dialectiques » (Bhabha) qui travaillent une société de créolisation et permettent d’y trouver des effets plus que des modalités d’ancrage.

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L’ailleurs du texte. Le voyage dans Indian Tango d’Ananda Devi

De façon unique dans l’œuvre d’Ananda Devi, le roman Indian Tango (2007) mobilise le voyage comme un outil heuristique pour repenser la littérature, par-delà les frontières de la fiction et de l’autobiographie, mais aussi afin d’aménager un espace interculturel propre. Si la mention « roman » sur la couverture du livre établit un pacte de lecture fictionnel, le dispositif narratif tend à perturber les catégories génériques établies. L’écriture elle-même s’avère donc pratique d’un voyage aux franges des canons de la littérature occidentale. Toutefois, le voyage qui est ici proposé demande à être saisi dans sa spécificité. En effet, les figures du voyage que nous soulignons ne sont présentes dans Indian Tango qu’à titre indiciel, comme en sous-main. Ce sont les traces, dans le texte, de l’expérience viatique que nous voudrions mettre en lumière, afin de mener une réflexion sur la question de ce que signifie la prise en charge, en français et dans un espace littéraire francophone, d’une expérience qui transgresse les frontières culturelles. Ces traces sont autant de phénomènes d’invention langagière que le lecteur est amené à interpréter. Ce faisant, le lecteur reconstitue un amont du roman – le voyage à travers plusieurs cultures, mauricienne, indienne et française –, d’où émerge le sens du texte. The novel Indian Tango (2007), written by Ananda Devi, uses the figure of travel in an unexpected way. It is here a heuristic tool which opens up possibilities of rethinking literature beyond the boundaries of fiction and autobiography. It also appears as a means of creating an unprecedented intercultural writing. But here travel appears only indirectly; the reader is led to rebuild the signs of an experience of travel which is not explicitly narrated. We would like to demonstrate that the deciphering of this hidden background of the text is nevertheless necessary for the understanding of the novel. Indeed, linguistic elaboration phenomena located in the text take significant effects and call for an experience of reading which is intercultural in itself.

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Le ressassement ou la poétique de l’essai répété dans les littératures indocéanes

Les Comores, Mayotte, Madagascar, Maurice, La Réunion, étant rarement étudiées ensemble, il nous a paru intéressant de réunir en corpus les romans de figures contemporaines représentatives de ces champs littéraires francophones. Les auteurs y représentent leur terre natale de façon particulière. Omniprésente, elle semble obsession, sujet qui assiège l’écriture. Tout, dans La République des imberbes, de Mohamed Toihiri et Le Bal des mercenaires, d’Aboubacar Saïd Salim (Comores) ; La Fille du polygame, de Nassur Attoumani et L’Épilogue des noyés, d’Alain-Kamal Martial (Mayotte) ; Nour, 1947 et L’Arbre anthropophage, de Raharimanana (Madagascar) ; L’Arbre-fouet et Eve de ses décombres, d’Ananda Devi (Maurice) ; ainsi que dans L’Aimé et Quartier-trois-lettres d’Axel Gauvin, (La Réunion), apparaît comme pré-texte pour dire le lieu, les sentiments qu’il inspire au natif. Le rapport des auteurs et protagonistes à leur insularité est cependant d’emblée problématique. Empreint d’une intensité particulière, il est paradoxal : attachement singulier et répulsion. Le natif est défini comme né sur l’île mais en ayant, surtout, le souci.L’île préoccupation, redite, semble signal et signe, sur lesquels se pencher pour en identifier les motivations, le sens. En quoi, induit par une conjoncture née d’une histoire prédatrice se répétant depuis l’origine, la re-présentation du lien au lieu natal austral est-elle symptomatique d’un « mal » plus profond, commun aux cinq terres ?

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Loxias | Loxias 38. | Doctoriales IX

La maladie mentale dans les écritures dramatiques anglophones contemporaines

Il s’agira d’évoquer les spécificités de la maladie mentale dans le théâtre anglophone contemporain, c’est-à-dire principalement au Royaume Uni et en Amérique du nord. Avec l’évolution de la médecine, la folie a disparu des nosographies au profit des maladies mentales qui regroupent diverses pathologies. Le théâtre anglophone s’est emparé de cette thématique comme d’un medium pour aborder diverses questions politiques sensibles, la parole étant supposée être plus libre chez un « fou », les possibilités dramaturgiques sont plus grandes ainsi que la portée du propos, notamment en ce qui concerne l’Histoire. This paper examines the specificity of mental illness in the contemporary English-speaking theatre, mainly in the United Kingdom and North America. With the advances of medical knowledge in the mid-20th century, the more obsolete term "insanity" has been replaced by the more modern concept "mental disorder" which regroups a wide spectrum of different pathologies. English speaking theatre-makers soon seized upon the theme as a medium for sensitive political issues. Indeed, the supposedly greater freedom of speech amongst "insane" people interestingly adds greater dramaturgical possibilities and scopes, particularly regarding History.

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Ein Volk, ein Reich, ein Führer : reflet et démantèlement du discours völkisch dans l’œuvre grassienne

Le « rouleau compresseur » de la propagande – pour emprunter une expression de Gabriel Marcel – a permis à Hitler, conscient du pouvoir de langage, de séduire tout un peuple. C’est cette séduction que Grass mettra plus tard en exergue dans Le Tambour puis, en 2006, dans son autobiographie, Pelures d’oignon. La pensée « völkisch », fil directeur de la « philosophie » nazie, fondatrice d’un véritable mythe, est ainsi mise en scène et démantelée par Grass tandis qu’il essaie dans le reste de son œuvre de témoigner de la difficile reconstruction du Volk allemand en tant que concept et en tant qu’entité. The “roadroller-like propaganda”, to use the phrase coined by Gabriel Marcel, enabled Hitler to seduce a whole nation, aware as he was of the power of language. It is the very seduction that Grass put foward first in Die Blechtrommel and then, in his 2006 autobiography Beim Häuten der Zwiebel. The völkish thought, a leading thread of nazi philosophy and the grounding principle of a full-fledged myth, has therefore been staged and undermined by Grass. Meanwhile in his subsequent works, he tried to testify to how the german “Volk” has been reconceptualized as an entity.

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Littérature et paléontologie : une contribution double à la définition de l’Homme

Dans son roman intitulé Préhistoire, Éric Chevillard décrit la régression à l’état d’homme préhistorique d’un paléontologue déchu devenu gardien de musée. À l’opposé de cette métamorphose, Andrée Chedid, dans son œuvre intitulée Lucy, La femme verticale, imagine le récit de l’entrée en humanité d’un de nos tout premiers ancêtres. Le sens du voyage dans le temps auquel procède Éric Chevillard est à l’inverse de celui imaginé par Andrée Chedid. Pourtant, en confrontant l’homme moderne à la figure de l’homme ou de la femme des origines, les deux récits se rejoignent au sein d’un même questionnement sur le statut particulier du genre humain dans le monde et dans l’histoire de celui-ci.

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L’aventure du corps féminin dans La Folie et la mort de Ken Bugul : hybridation corporelle, “décorporisation” ou jeu du fantastique

Le corps de la femme et sa discursivité textuelle dans La Folie et la mort de Ken Bugul offre une possibilité d’interprétation du fantastique littéraire. Par le jeu du discours, de la représentation ou des pratiques sociales, ce corps devient dans le texte bien davantage que la somme des parties anatomiques qui le composent pour véhiculer une sémiotique corporelle qui appelle un déchiffrement permanent. Ainsi, dépassant la conception réaliste qui voit dans le corps humain uniquement un élément de l’ordre biologique répondant de la loi naturelle et reproductive, la romancière sénégalaise en fait plutôt un espace qui transpose le récit de son ancrage réel à un inconnu merveilleux. Corps reconfiguré, corps étrange, corps du paraître, le corps de la femme dans ce roman de Bugul se situe à la frontière d’un hyperréalisme dont la mise en forme dévoile une nouvelle féminité ou un nouvel Être féminin au double plan social et psychanalytique. L’écriture et la lecture du corps deviennent un moyen pour passer du paradigme du réalisme à celui du fantastique.

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Quand Butor chante : Cantique de Matisse

L’ouvrage Cantique de Matisse pourrait se perdre aisément dans l’immensité de l’œuvre de Michel Butor tant il est mince. Il convient pourtant de le considérer comme une tentative aboutie de "décloisonnement" entre les arts ; littérature, peinture et musique composent en effet d’un même chœur un chant d’amour au peintre Matisse. La cohabitation du texte et de l’image plastique mérite d’être observée de près tant elle touche à l’harmonie, grâce à la douce mélodie du chant diphonique Butor-Matisse.

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Loxias | Loxias 38. | Travaux et publications

James Sacré

Le poème est-il cette chose étrange, déceptive, alliée au contentement, au mouvement général de la vie, naissance et mort conjointes ? L’écriture du poème est-elle, chez James Sacré, incessante interrogation de l’acte d’écrire, chahuté par une grammaire en mouvement dans une synchronie des contraires ? Ce sont ces questions que se pose cet ouvrage, actes du colloque de Cerisy-la-Salle de septembre 2010, dédié à l’étude de l’œuvre poétique de James Sacré. Is the poem that strange, deceptive thing, linked to contentment, the general movement of life, birth and death conjoined? Is the writing of a poem, in James Sacré’s work, a ceaseless questioning of the act of writing, buffeted by a shifting grammar in some synchrony of opposites? These are questions that the study devoted to the poetical work of Sacré asks.

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Loxias | Loxias 41 | I.

Le fragment chez William Forsythe : danse, philosophie et architecture

Depuis les années 1980, William Forsythe s’est imposé dans le monde du ballet classique et néoclassique ainsi que dans la danse postmoderne grâce à une grande inventivité chorégraphique. Voilà pourquoi il nous a paru intéressant d’approfondir le rôle de la fragmentation dans le processus de création chorégraphique au sein de la compagnie de Forsythe et d’en dégager les éléments essentiels et singuliers. L’étude met en évidence les références du chorégraphe qui sont très riches et complexes, de nature philosophique, linguistique, mathématique, architecturale, scientifique et délimite différentes phases dans son travail expérimental. William Forsythe’s fragment: dance, philosophy and architecture Since the 1980s, William Forsythe has been making a name for himself in classical and neo-classical ballet, as well as in post-modern dancing, thanks to a great choreographic inventiveness. This is the reason why it seemed interesting to examine the part played by fragmentation in the choreographic creation process within Forsythe’s company as well to highlight the essential and specific elements of improvisation. This study highlights the choreographer’s very rich and complex references inspired by philosophy, linguistics, mathematics, architecture or sciences, and defines different phases in his experimental work.

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Les Essais de littérature arrêtée de Denis Roche et « le Journal idéal » de Roland Barthes : « à la fois un rythme … et un leurre »

Écrits sous forme de journal intime, les « Essais de littérature arrêtée » de Denis Roche prennent en quelque sorte le relais de la « Délibération » de Roland Barthes : « Puis-je faire du journal une “œuvre” ? », suspendue par la mort de celui-ci en 1980. Loin de se livrer simplement à une naïve écriture confessionnelle ou de tenter une auto-construction fétichiste, Roche cherche plutôt dans ces textes à élaborer une écriture littéraire singulière, en exploitant les ressources du dispositif fragmentaire même du journal et en réalisant des « rythmes » spécifiques. Tout en se dérobant à la continuité, à la cohérence et à l’achèvement de l’œuvre dans sa conception traditionnelle, les « essais » semblent rapprocher de l’« œuvre » rêvée de Barthes, « qui dit son lien à la littérature d’une part et à la vie d’autre part ». Written in the form of private diaries, Denis Roche’s “essais de littérature arrêtée” seem to resume the “Deliberation” cut short by Roland Barthes’s sudden death in 1980: “Puis-je faire du journal une « œuvre » ?” (“Can I make a ‘work’ of the journal?”). Far from indulging in a naïve confessional writing or attempting to construct a fetishistic self, Roche tries instead in these texts to develop a singular form of literary writing, by exploiting the resources of the journal’s fragmentary form and by realizing specific forms of “rhythm.” Even as they eschew the continuity, coherence and completion of the work in its traditional conception, the “essais” seem to resemble the “work” Barthes dreamed of, “qui dit son lien à la littérature d’une part et à la vie d’autre part” (“which discloses its relation to literature on the one hand and to life on the other”).

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Une référence fragmentaire : la littérature seconde chez Pierre Senges et Mark Z. Danielewski

Dans House of Leaves et dans Fragments de Lichtenberg l’intrigue principale repose sur la tentative de recomposition d’un texte fragmentaire. Qu’il soit conçu comme reconstruction d’un ensemble ou restauration de reliquats du texte source, ce projet, à la fois ludique, érudit et métalittéraire, se réalise sous le régime de la prolifération narrative comme de la mise en abyme énonciative. La cohésion de ces romans au second degré se trouve menacée par des listes en expansion, mais aussi par l’hétérogène ou par le vide, qui atteignent jusqu’à la matérialité de la page. Moins enracinée dans le « réel » que dans un autre texte littéraire, la référence de ces romans se construit par conséquent à travers un regard qui ne perçoit que des bribes, qui se fonde sur les seules traces de l’œuvre première. “A fragmentary reference : Mark Z. Danielewski’s and Pierre Senges’s literature in the second degree”. The narratives attempt to gather a fragmented subtext in House of Leaves and in Fragments de Lichtenberg. Be it a reconstruction of the whole text or a restoration of its remains, it leads to proliferation and mise en abyme, with an erudite, reflexive or sometimes more playful purpose. In these second degree fictions, the poetics of lists threaten the narrative’s cohesion, in the same way as the void spreads on the sheet. As a result, these novels’ reference relies less on reality than on another literary work and the world is perceived by a stare focused on remnants of fictions.

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Une poétique du fragment : la poésie de Rodolfo Di Biasio

Présentant une organisation remarquablement homologue, Patmos (1995) et Poemetti elementari (2008) procèdent d’une écriture du fragment. Ainsi, le premier recueil propose une série de variations à partir de son poème initial : Fragments pour le poemetto de Patmos. Ensuite, par la prosodie, le genre du poemetto impose un cadre formel avec, notamment, un nombre réduit de « sections » numériquement composées. Enfin, dans leur présentation spatio-visuelle, la fragmentation graphique correspond à un amenuisement de l’écriture rarement atteint en poésie. La forme brève résulte d’une soustraction implacable, d’un effacement du langage réduit à ses ressorts élémentaires : ainsi de Poemetti elementari qui renoue avec la forme épigraphique d’inspiration latine. Organiquement composés, ces recueils sont à la fois achevés mais, non moins, inachevés puisque, entre eux, l’effet de reprise hypertextuelle inachève ce qui paraissait isolément clos. Although organized in a remarkably homologous way, Patmos (1995) and Poemetti elementari (2008) display a written form that is visibly fragmented. The former book can be read as a series of variations stemming from its first poem: Fragments for the Patmos Poem. Their fragmentation also pertains to the prosody involved: the poemetto as a genre imposes a formal framework within which a reduced number of "sections" are numerically arranged. Last, these poems are fragmentary through their spatio-visual dimension. Yet, this graphic fragmentation is related to a drastic verbal minimalism that is rarely achieved in poetry. Short and shattered verse results from a deliberate substraction, a self- imposed erasing of poetic language reduced to its elementary means: as exemplified by Poemetti elementari which draws from the Latin epigraphic genre. While organically composed, these two books are perfectly completed but, nonetheless, unfinished: the hypertextual relations make them incomplete, or open up what may have seemed, if read separately, as closed works.

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Fragments de gestes dans le théâtre musical expérimental et dans Jactations de Georges Aperghis

Cette étude interroge le statut du fragment dans le théâtre musical expérimental de la seconde moitié du XXe siècle, pris tour à tour dans le sens d’un matériau de composition, d’un geste de compositeur, et enfin comme figure esthétique multivalente. Considéré d’abord comme un symptôme de l’incapacité à saisir la complexité du monde, le fragment est évalué en tant qu’acte de composition – ou de destruction – puis en tant que figure ou objet. Dans le théâtre musical contemporain, depuis les pièces de Cage et Stockhausen à celles de Georges Aperghis, en passant par celles de Mauricio Kagel, il a acquit un statut privilégié. Mais son utilisation a nécessité de nouvelles conceptions de l’unité et de la cohérence, en particulier parce qu’il s’appuie sur le geste et sur la voix. L’étude se penche alors sur le cas pratique de la 14e section de la pièce Jactations de Georges Aperghis, où la matière musicale unifie en même temps qu’elle isole des fragments de gestes vocaux. L’unité y apparaît comme sous-jacente, dans la possibilité laissée au spectateur de reconstruire des schémas interprétatifs pluriels. This study question the idea of fragment and fragmentation in the Experimental Music Theatre of the second half XXth century. The fragment is first treated as a symptom of the inability to encompass the complexity of the modern era. Then, the study will consider it as an evocative act of composition – as to say: destruction – and further as an aesthetic feature. In the contemporary Music Theatre, from Cage’s works to Kagel’s and Aperghis’, this kind of weird and hybrid material became the composer’s preferred feature. But in the meantime, these compositions made the demonstration of a new conception of unity and coherence by the use of gesture and voice. At least, the study focuses on Georges Aperghis’ Jactations where the vocal gesture determines but unifies fragments towards a new kind of coherence. The unity rises in its ability to let the audience build several semiotic objects in the meantime.

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Loxias | Loxias 41 | II.

Nu(e) : Entretiens sur la poésie

“À propos de La Revue Nu(e). Dix entretiens sur la poésie actuelleSous la direction de Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, La Lettre volée, 2012, collection Essais. Entretiens avec Henry Bauchau, Michel Collot, Michel Deguy, Antoine Emaz, Marie Étienne, Lorand Gaspar, Jacques Réda, Salah Stétié, James sacré, Esther Tellermann, Arnaud Villani. * Donner la parole à la poésie, la répercuter chaque fois qu’il est possible, discrètement et sans jamais forcer la main, retenant pour ligne de conduite à la fois l’ouverture comme disponibilité à évaluer la création présente, et la rigueur comme refus d’acquiescer au tout v...”

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Loxias | Loxias 42 | Doctoriales X

La quête du père absent chez Paul Auster et Albert Camus

Paul Auster et Albert Camus sont deux écrivains contemporains appartenant à deux contextes socioculturels différents. Cela dit, ils nous ont laissé deux romans dont l’écriture est propice à une étude comparatiste. En effet, Le Premier homme d’Albert Camus et L’Invention de la solitude de Paul Auster partagent la même problématique qui est la quête du père absent. Cette quête, dont l’origine est l’angoisse du présent se heurte, dans ces deux récits, à de nombreuses difficultés. La reconstitution de la figure paternelle, essentiellement caractérisée par l’anonymat et le mystère, s’avère pénible et parfois même désespérante. Outre cela, les deux romanciers ne disposent que de peu d’informations quant à leurs pères ce qui complique leur tâche. Conséquemment, le sujet du récit impose la forme de celui-ci : la figure parentale dont ils n’ont que des souvenirs fugaces et des idées floues ne peut être appréhendée qu’au moyen d’une écriture de fragmentation et de dépersonnalisation. Les deux auteurs ont, en fait, opté pour un style impersonnel dans le but d’accéder à la vérité dans toute son authenticité. L’écriture mime donc l’objet de la quête d’autant plus qu’elle bouleverse les schémas de l’autobiographie classique habituellement reconnue par la linéarité. Il s’agit donc d’étudier deux récits dont la structure est éclatée voire labyrinthique qui acquiert par là une dimension heuristique.

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Photo-fragments : L’Usage de la photo d’Annie Ernaux

L’écriture fragmentaire, l’écriture de discontinuité, contient des morceaux détachés entre lesquels ne se retrouvent pas la cohésion et la cohérence – surtout formelles – de l’ensemble. Annie Ernaux, dans L’Usage de la photo, défait la construction linéaire de l’autobiographie et sa représentation se fonde sur l’usage de la photographie. Comme l’indique le titre, elle a recours dans son œuvre aux images, au total quatorze photos choisies par elle-même et Marc Marie, son compagnon, parmi une quarantaine de photosprises de vêtements abandonnés par terre et d’objets renversées au moment de l’acte amoureux.Ce livreest conçu comme un montage de fragments de clichés, de manière à ce que les extraits du journal soient sélectionnés en fonction des photos choisies et constituent une sorte de photo-journal. Le journal intime sous forme fragmentaire, et la photo en tant que le fragment d’une réalité immatérielle, se rejoignent dans L’Usage de la photo pour donner une œuvre fragmentaire en suggérant à la fois ses moments de vie intense, avec, dans l’ombre, le cancer du sein et l’amour vécu par les deux auteurs du livre. En effet, les photos sont associées à la réalité matérielle éprouvée et sont comme des preuves irréfutables de l’histoire cachée derrière elles.

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L’éducation du lecteur à travers la figure de la métalepse chez Claude Ponti

Certains auteurs de littérature de jeunesse reconfigurent, pour de jeunes lecteurs, des thématiques présentes dans le champ de la littérature générale. C’est le cas de Claude Ponti, chez qui les représentations de livres, de lecteurs, de scènes de lecture et d’expériences de lecture sont omniprésentes. Cet aspect de son œuvre a déjà été étudié en partie, mais nous analysons ici plus spécifiquement son utilisation de la métalepse. Dès ses premiers albums, Ponti prend « au pied de la lettre » la figure de la métalepse, avec les personnages d’Adèle et des poussins qui franchissent des frontières entre plusieurs niveaux diégétiques. La nature iconotextuelle de l’album favorise le passage de la métalepse comme figure de discours à une figure de fiction, et des dispositifs sophistiqués invitent le jeune lecteur ou pré-lecteur à interpréter les transgressions métaleptiques comme une métaphore de l’activité de lecture de fiction. L’œuvre de Ponti peut alors se lire comme une initiation à la lecture de fiction car, sans jamais tomber dans le didactisme qui entache parfois la littérature de jeunesse, il rend sensibles et accessibles pour de jeunes lecteurs des processus cognitifs et psychologiques complexes. The education of the reader through Claude Ponti’s use of the figure of speech of metalepsis. A certain number of authors of child literature reconfigurate for their young readers some themes already present in more general literature. This is particularly true of Claude Ponti in whose work various representations of books, readers, reading scenes and experiences of reading are all pervading. This aspect of his work has already been partially studied. What we more specifically analyze here is his use of metalepsis. In his first albums, Ponti chooses to employ metalepsis literally through his characters, Adela and the chicks, who cross the boundaries separating several diegetic levels. The iconic-textual nature of the album makes for this passage from metalepsis as a figure of speech to a figure of fiction while various sophisticated devices invite the young reader, or pre-reader, to interpret metaleptic transgressions as a metaphor of the fiction-reading act. Ponti’s work may then be read as an initiation to the reading of fiction that never falls into the didacticism that sometimes spoils child literature. It thus makes cognitive and psychological processes sensible and accessible to young readers.

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L’objet enfoui comme marque de différence : la figure de l’Autre comme monstre

L’objet enfoui, qui est à l’origine des effets surnaturels dans les trois romans de Stephen King, The Shining, The Tommyknockers et The Dead Zone, permet de révéler l’identité des personnages principaux (Jack, Bobbi et John). Il est vrai qu’au début l’on a l’impression que l’objet enfoui cause la destruction et la transformation des personnages en monstres. Mais le récit nous prouve qu’il n’est que le miroir de leur nature la plus profonde. Le surnaturel devient un moyen pour confronter les personnages à leurs propres peurs et complexes, suscités par des facteurs extérieurs et intérieurs. The hidden object, which is at the heart of the supernatural in Stephen King’s three novels The Shining, The Tommyknockers and The Dead Zone, is a way for the main characters (Jack, Bobbi, and John) to reveal their identity. If at the beginning the hidden object seems to cause the downfall of the characters and their transformation into kinds of monsters, we discover throughout the narrative that it is a mere mirror of their inner selves. Indeed, the author uses the supernatural in order to face the characters with their own fears and complexes that are caused by external as well as internal forces.

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Loxias | Loxias 42 | Travaux et publications

Finitude de la lumière : l’œuvre de Béatrice Bonhomme (compte rendu de Béatrice Bonhomme : le mot, la mort, l’amour)

Recension de l’hommage rendu à l’œuvre de Béatrice Bonhomme (2013), ouvrage collectif consacré à sa poésie, paru aux éditions Peter Lang, et dirigé par Peter Collier, et Ilda Tomas. Ce volume entend « fête[r] l’œuvre de Béatrice Bonhomme » — riche de nombreux recueils, mais aussi d’une pièce de théâtre — et en faire « l’analyse critique ». Il réunit près d’une trentaine d’articles critiques, mais aussi des textes inédits de la poète, des reproductions de dessins et d’images.

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Loxias | Loxias 43. | II.

Les Poésies de langue française et l’histoire au XXe siècle

“Presses Universitaires de Rennes, 2013, coll. Plurial, 21, 210 p., 16€ ; ISBN : 978-2-7535-2859-8. Depuis la fin du romantisme, la question de l’histoire pour la poésie française est-elle devenue sans objet ? Est-elle à l’inverse omniprésente dans les poésies francophones, notamment celles des aires marquées par la fin des empires coloniaux ? Cet ouvrage entend précisément nuancer cette opposition. La relation de la poésie française à l’histoire est au XXe siècle paradoxale mais bien réelle : relation d’extériorité assumée, oblique et non thématisée, elle n’est pas à chercher seulement dans un dispositif de représentation. Densité, vitesse, op...”

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Variations du visage & de la rose

“Frontispice de Stello Bonhomme, L’Arrière-pays éditions, 2013, 48 p., 8 euros ISBN 978-2-910779-61-0  Tu te souviens quand nous l’avons retrouvé, posé sur la neige, alors qu’il serrait contre lui cette seule rose. Elle avait gardé du sang sur ses pétales et le cœur battait dans la rose. Mais, lui, son cœur avait cessé de battre, il avait confié son cœur à la rose. Le sang de la rose battait encore quand on a ouvert sa main et que l’on a déposé la rose sur la neige. * Gradiva, la vie. Quelques mots à propos des Variations du visa...”

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Théâtrologie / 2 : L’art du dialogue

“L’Harmattan, 2014, coll. « Univers théâtral ». ISBN 978-2-336-30307-9, 25 €, 254 p. Qu’est-ce que le dialogue ? Quel intérêt a-t-il ? Quels sont ses aspects et ses modalités ? En quoi consistent son art et son pouvoir ? Comment peut-on le pratiquer et l’analyser ? Cet ouvrage traite du génie du dialogue. En faisant parler deux interlocuteurs, Elle et Lui, il essaie de le prouver par l’exemple en démontrant l’aptitude singulière de la conversation vivante, d’une part, à élaborer sa propre théorie et, d’autre part, à inventer une œuvre de l’esprit de nature scientifique et artistique, originale et inédite. Clé de voûte du drame et du théâtre, le dialogue es...”

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Loxias | Loxias 44. | I.

« Adieu Gary Cooper adieu Che Guevara  »  : quelques exemples de la référence à Romain Gary dans l’œuvre de Hubert-Félix Thiéfaine

L’article retrace les modalités de réappropriation de séquences de l’œuvre de Romain Gary dans les chansons de Hubert-Félix Thiéfaine ainsi que leur intégration dans la dynamique du discours poétique, essentiellement caractérisée par un processus d’oxymorisation mis en œuvre sur tous les plans de l’écriture du texte. Le recours aux techniques du cut-up et de l’entrelacement des références permet la création d’un jeu de miroirs complexe confrontant les divers éléments constitutifs du «  puzzle  » textuel, ce qui permet de révéler l’affinité avec les positions de Gary notamment pour ce qui concerne le problème de l’idéalisme et la place de l’homme dans l’histoire et l’univers. The purpose of this article is the description of the integration process that makes it possible for the songwriter Hubert-Félix Thiéfaine to transform sequences from Romain Gary’s novels into constituents of his own poetical discourse. The way the quotations or allusions are recreated (especially by using the cut-up technique) and become part of a mirror game of great complexity based on the combination and implicit confrontation of many intertextual elements lets the songs appear like a "puzzle" (so the author) that reveals in this case the affinity with Gary’s positions especially concerning the problem of idealism and the place of man in history and the universe.

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Loxias | Loxias 44. | II.

L'Interdiction du théâtre. Éloge du dialogue et du vivant

“Sampzon, Éditions Delatour France, 2014 ISBN 978-2-7521-0174-1, 132 p. Que reste-t-il de la clameur soudaine qui s’éleva au sein du Festival d’Avignon 2005, pour dénoncer le dépassement des limites et des frontières entre théâtre et performance ? Qu’est-ce que représentent et signifient les évolutions du spectacle vivant, au tournant des XXe et XXIe siècles ? En scrutant la création et l’expérience pratique, cet essai prend position et développe une analyse critique du théâtre ultra-contemporain, d’ici et d’ailleurs. Il interroge le vivant au niveau du dialogue et du drame, ainsi qu’au niveau des composantes fondamentales propres aux arts performatifs. Lorsque l’él...”

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Loxias | Loxias 46. | Doctoriales

Dramaturgie des voix dans The Great Disaster de Patrick Kermann

Patrick Kermann a écrit The Great Disaster en 1993. La fable est celle de Giovanni Pastore, un émigré italien oublié dans les cales du Titanic. La traversée du Titanic devient un enchevêtrement de voix qui se croisent pour faire entendre les disparus qui n'ont jamais eu la parole dans le monde des vivants. La polyphonie des voix mondaines et des voix des démunis de l'entrepont du navire réunit dans un même espace les exploités et les classes dirigeantes. Le dispositif dramaturgique choral, où les voix se parasitent et se court-circuitent entre elles, interroge les metteurs en scène aujourd'hui. Solange Oswald a su donner sens au trajet de ces voix à travers une mise en scène singulière où le dispositif scénique est celui d'un musée de la morgue : les voix multiples sont les vecteurs d'une mémoire des êtres qui n'acceptent pas de mourir. C'est par la voix des acteurs et l'écoute du spectateur que les voix des disparus du Titanic continuent à vibrer en un chant intime et collectif du fond de la mer. Patrick Kermann wrote The Great Disaster in 1993. It is the fable of Giovanni Pastore, an Italian emigrant forgotten in the holds of the Titanic. The voyage on the Titanic becomes a tangle of voices letting speak the missing persons who have never had the floor in the living world. The polyphony of the worldly voices and the poors’ voices from the steerage of the ship bring together in one space the exploited and the upper classes. Today, the stage directors reflect on the choral dramatic device where the voices bypass and feed off one another. Solange Oswald succeeded in giving a meaning to the path of these voices through a singular staging where the stage device is a morgue museum: the multiple voices are vectors of memories of those who do not accept to die. It is through the actors' voices and the spectator's listening that the voices of the missing persons of the Titanic continue to vibrate in an intimate and collective singing of the sea bottom.

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Marguerite Duras, Jean-Luc Lagarce : le dialogue troué, un geste théâtral contemporain

Il s’agira dans cet article de mettre au jour plusieurs thématiques communes aux œuvres théâtrales de ces deux auteurs contemporains. À travers la déconstruction du récit, la mise en ruine de l’espace scénique, du personnage et de la langue, nous pouvons observer un démantèlement du genre, d’où le sens va émerger. C’est un Théâtre rénové par son effacement qui apparaît, transposant les personnages de l’huis-clos familial vers l’archétype, et entraînant une remise en question, une redéfinition du genre et une réflexion sur la place du spectateur, sur son rapport intime à la langue, au signifiant comme au signe, et au final sur la communication entre les êtres. À travers l’effondrement et le silence, l’écriture conduit aux origines, aux retrouvailles entre l’homme et sa parole. Le théâtre de Lagarce et de Duras est un retour à la source, entrevue dans le refus des traditions et la recherche du mot à jamais égaré. This article aims to bring to light several themes common to the theatrical works of these two contemporary authors. Through the deconstruction of the story, the dissection of the performance area, the character and the language, we can observe a dismantling of the genre, from which meaning will emerge. From this deconstruction, a new Theatre arises, which transposes the characters from the family huis clos to the archetype and leads to questioning, to redefining the genre and rethinking the place of the audience, their intimate connection to language, to the meaning as well as to the word, and ultimately to communication between beings. Through the collapse and silence, writing leads back to the origins, to the reunion of man and his speech. The works of Lagarce and Duras are a return to the core, which lies somewhere between the refusal of traditions and the search of the forever-lost word.

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Le viol dans Les Hommes qui marchent et Le siècle des sauterelles de Malika Mokeddem

Dans la sphère littéraire des années 90, nous étudierons deux romans de l’auteure algérienne Malika Mokeddem. Elle est née à Béchar, dans le sud algérien, et a grandi dans le désert, c’est pourquoi cet espace marque la quasi-totalité de son œuvre. Nous comptons analyser ses deux premiers romans, Les Hommes qui marchent (Ramsay, 1990) et Le Siècle des sauterelles (Ramsay, 1992), en nous intéressant ici à la violence exercée sur le corps de la femme, spécialement, à l’acte du viol. Saâdia, le personnage du premier roman, comme Nedjma, le personnage du deuxième, ont subi toutes les deux ce drame dont les conséquences ont été considérables sur les plans corporel, émotionnel et surtout sur le devenir des deux victimes.

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Loxias | 47. | I.

Le Guépard : Visconti lecteur de Lampedusa

Un cinéaste comme Visconti peut-il choisir de mettre en œuvre l’adaptation d’une œuvre littéraire, aussi esthétiquement exigeante en l’occurrence que Le Guépard, sans qu’au-delà des rationalisations de toutes sortes, n’intervienne une certaine identification à Lampedusa ? Comment lit-il et transpose-t-il le roman en 1963 ?

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Loxias | 50. | Doctoriales

Toujours migrants, mais désormais écrivains : stratégies identitaires et littérature africaine

La plupart des auteurs partis d’Afrique se sont posés comme migrants avant de s’insérer comme écrivains dans leur société d’accueil. Ils sont toujours reçus comme : migrants professionnels (Tahar ben Jelloun s’est installé en France pour enseigner et faire une thèse de doctorat en psychologie) ; comme étudiants (Max Lobé, Patrice Nganang, etc.) ; comme réfugiés (asile politique ou humanitaire) ; au titre de regroupement familial (Fatou Diome, sénégalaise, est allée en France en raison d’une histoire d’amour et d’un mariage avec un Français). Il existe aussi des cas d’immigrants illégaux comme Georges Yemy, ou comme Omar Bâ que le témoignage controversé de son expérience migratoire a justement fait connaître comme auteur. Ceux même qui sont nés en Occident de parents migrants ont d’abord connu la réalité de migrants avant de se distinguer comme écrivains. Il s’agit donc fondamentalement de sujets migrants, indépendamment de leurs stratégies. Contrairement à la femme de Lot, tous ont en commun de regarder sans cesse derrière eux, vers leurs origines, sans jamais être statufiés, c’est-à-dire que le matériau de l’origine est prégnant, mais leurs stratégies d’adaptation socioculturelle portent la marque à la fois des transformations identitaires qui ont cours dans leurs sociétés d’origine et des ressources multiculturelles mobilisées dans les sociétés d’accueil, ou ils créent et défendent de nouvelles identités hybrides, qu’il semble utile de catégoriser.

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Loxias | 50. | Travaux et publications

Cahiers Pierre Jean Jouve, n° 3, 2015 : « Vivre et écrire l’entre-deux »

“Ce troisième numéro des Cahiers Pierre Jean Jouve a été publié sous la direction de Dorothée Catoen avec la collaboration de Jean-Paul Louis et Béatrice Bonhomme. Pierre Jean Jouve apparaît aujourd’hui comme un auteur de l’entre-deux, sans cesse écartelé entre des mondes divergents, peut-être même contradictoires. Ainsi, il se réclame de la poésie du XIXe siècle, dans la lignée de Nerval, Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé, tout en élaborant une forme de littérature novatrice pour une époque qui ne manquait pas de mouvements qui voulaient bouleverser le monde, politique ou artistique. Son oscillation se retrouve dans le choix de la forme : entre roman et poésie, les écrits jouviens témoi...”

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Loxias | 52. | I.

La robinsonnade dans les « romans de la crise » de la Péninsule Ibérique : scènes de l’inhabitable et faillite de l’« homme économique »

Il s’agira ici d’analyser l’actuel procès de remotivation dont fait l’objet la robinsonnade dans les dystopies socio-environnementales de l’Espagne et du Portugal contemporains. Avatars particuliers de la fiction politique actuelle, lesdits « romans de la crise » – une catégorie critique, éditoriale et commerciale dont on s’attachera à examiner les contours narratologiques – prennent fréquemment des allures dystopiques qui contribuent à renouveler de l’intérieur les formes et les langages du réalisme critique. Si ces textes convoquent à l’envi les thèmes, les motifs et les structures de la robinsonnade, on verra que celle-ci est, plutôt que le schème d’une fiction de la table rase, tout à la fois le préalable et le prétexte au déploiement d’un imaginaire écologique spécifique dont on s’attachera à dégager les caractéristiques.

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Loxias | 53. | I.

La théorie queer : de ses origines aux débats actuels

Depuis son entrée dans la langue au XVIe siècle, le terme queer en anglais signifiait « étrange » ou « bizarre », mais il n’a pas eu de connotation sexuelle avant le début du XXe siècle, où il a commencé à servir d’insulte contre les hommes efféminés. Pendant les années 1980, le terme aura été repris par la communauté gaie et par les universitaires dans le but de retourner le stigmate pour développer une praxis de résistance contre ce qu’ils appellent « la tyrannie du genre ». C’est un panorama du mot et du concept que propose la présente étude.

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Paris beur : mise en texte du sujet révolté. Une lecture sociocritique d’Éboueur sur échafaud d’Abdel Hafed Benotman

Le roman d’Abdel Hafed Benotman, Éboueur sur échafaud, raconte l’entrée précoce du jeune Faraht Bounoura, dit Fafa, dans le monde ingrat des adultes. Son comportement marginal est une réponse à l’abandon moral dans lequel il se trouve. Dans un roman marqué par une écriture de « banlieue », Fafa est une figure d’anti-héros.

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« L’écriture féminine, Vahine papa’i parau : un élément de diversité culturelle »

“Aujourd’hui1 ma pensée s’ancre, tutau, en même temps qu’elle s’encre, à la source des mots de la langue tahitienne, y puisant, en en extrayant l’essence, Mots d’apanage, mots d’accueil, fari’ihau, face aux mots écueils de :           Écriture féminine          Vahine papa’i parau          Diversité culturelle Qui nous mènent d’un tau à l’autre, To’apu, to’ahotu, pâté de corail, récif frangeant d’un taimoana et a’au ha’oa’oa, A u...”

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Loxias | 54 | I.

Combe et comble de l’abjection : le hameau de Prunde dans La Gloire des Pythre de Richard Millet

Le hameau s’impose comme un véritable défi pour qui tente de le représenter ; lieu à l’écart du monde, dépourvu d’institutions propres, ce groupement d’habitations semble réduit à l’insignifiant ; pourtant, écrivains et artistes se sont intéressés à cet espace hors-norme. La Gloire des Pythre de Richard Millet, paru en 1995, est un roman rural mettant en scène une communauté paysanne au mode de vie rude et archaïque. La première partie du récit, en ayant pour cadre « la combe de Prunde », associe le hameau à une sourde malédiction : la neige rendant l’inhumation des corps impossible, les habitants doivent attendre les beaux jours afin d’offrir une sépulture aux défunts qu’ils conservent, en voie de putréfaction, sur des pilotis de bois. La décomposition cadavérique questionne alors tout à la fois l’espace et le corps, perçus comme instables, peut-être insaisissables, aux confins du réel et du savoir.

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Carnaval et rébellion dans The Dragon Can’t Dance d’Earl Lovelace

Dans son troisième roman, The Dragon Can’t Dance, publié en 1979, l’écrivain trinidadien Earl Lovelace propose une autre fonction au carnaval que celle du divertissement social. Le carnaval est présenté comme un espace transgressif permettant aux communautés en marge, telle Calvary Hill, de défier l’ordre établi durant deux jours. En effet, il constitue un moyen d’expression, de résistance politique et de survivance de la culture ancestrale. C’est d’ailleurs Aldrick, le dragon du carnaval qui incarne le mieux la fonction cathartique liée à cette fête annuelle. Les notions de résistance, de marronnage, de transgression et de création que nous proposons d’analyser le carnaval dans The Dragon Can’t Dance comme lieu de contestation du pouvoir colonial mais aussi de la domination masculine. En effet, ce divertissement permet aux subalternes de la société postcoloniale d’exprimer non pas le « je », la conscience coloniale, mais « l’autre », c’est-à-dire le moi. In his third novel, The Dragon Can’t Dance, published in 1979, the Trinidadian writer Earl Lovelace proposes another function of Carnival than that of the social entertainment. Carnival is presented as a transgressive space where marginalized communities such as Calvary Hill challenge the established order for two days. Indeed, it establishes a means of expression, political resistance and cultural survival. In the novel, Aldrick, the dragon of the carnival, is the best character who embodies the cathartic function of this annual event. Thus, the notions of resistance, marronnage, transgression and creation help to analyze Carnival as a space-time which contests colonial power and male domination. In that process, Carnival allows subaltern people of the postcolonial society to express not the Other but the other.

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Dystopia as a narrative keyword: Tawada Yōko’s responses to Japanese 3/11

Le 11 mars 2011 à 14h46 l’écrivaine japonaise Tawada Yōko se trouvait à Berlin, à des kilomètres de son pays d’origine. Pourtant, l’auteure a subi les effets du tremblement de terre de magnitude 9 qui a frappé la côte du Tōhoku à ce moment-là. Quand le tsunami a touché la côte, balayant tout ce qui avait été épargné par le tremblement de terre, les répliques sismiques ont frappé Tawada et se répercutent aujourd’hui dans ses dernières œuvres. D’abord, Fushi no Shima (« L’île de la Vie éternelle ») publié dans la collection « Sore demo sangatsu wa, mata » : un récit de dix pages sur une île morte, c’est-à-dire le Japon. Ensuite, après des années de silence sur le thème du Daishinsai, la collection de récits publiés en 2014 par le titre évocateur Kentōshi (« Le Messager de la Lanterne votive ») résonne encore l’écho du lendemain : Tawada imagine un scénario catastrophe dans un avenir proche clairement influencé par le désastre du 2011. La clé dystopique adoptée par l’auteur pour ces narrations après Fukushima représente l’œil de la caméra par laquelle l’écrivain observe le 11 mars japonais. Cet article a pour objectif d’analyser ces réponses du Tawada Yōko au 3/11 japonais à l’aide du journal écrit par l’auteur durant ces journées et publié sous le titre français Journal des jours tremblants : Après Fukushima. Abstract en anglais On 11th March 2011 at 2:46 PM the Japanese writer Tawada Yōko was in Berlin, miles away from her Japanese homeland. Still, the author got affected by the 9 magnitude earthquake that stroke Tōhoku coast at that time. As the tsunami came to shore wiping out everything that was spared by the quake, the aftershocks reached Tawada and now reverberates in some of her last new literary works. First, Fushi no Shima (“The Island of the Eternal Life”) published in the collection Sore demo sangatsu wa, mata : a ten-page story about a no more lively island, namely, Japan. Then, after years of muteness regarding the Daishinsai topic, the 2014 collection of novels published under the evocative title Kentōshi (“The messenger of the votive lantern”) resonates the echo of that aftermath again : Tawada imagines a forthcoming catastrophic scenario clearly influenced by 2011 disaster. The dystopian keyword adopted by the author for these post-Fukushima narratives represents a camera lens through which the writer observes Japanese 11th March. This brief article aims to investigate these two Tawada Yōko’s responses to Japanese 3/11 with the aid of the journal the author wrote during those days and published under the French title Journal des jours tremblants : Après Fukushima.

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Loxias | 54 | II.

Rousseau et la Méditerranée

“Babeliana n° 18, juillet 2016 Venus de l’ensemble du monde méditerranéen, les participants au colloque interdisciplinaire « Rousseau et la Méditerranée » ont envisagé, sous toutes ses formes, adaptation, influence, édition et censure, la présence des œuvres de l’écrivain. Le Citoyen de Genève est connu dès le XVIIIe siècle dans le pourtour méditerranéen. Les communications concernent la réception qu’il a eue et qu’il a encore aujourd’hui, au XXIe siècle, dans les domaines les plus divers : oratoire, épistolaire, philosophique, politique, économique, écologique, littéraire, autobiographique, esthétique, pédagogique, musical, etc. du XVIIIe siècle à nos jours, dans les pays méditerranéens, au ...”

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Loxias | 56. | I.

Être ou ne pas être Indien ? Reservation Blues de Sherman Alexie, ou l’identité irréductible

Dans Reservation Blues de Sherman Alexie, l’appartenance à la culture amérindienne se fait au carrefour de nombreux paradoxes. Au-delà de la lutte idéologique ou identitaire à laquelle les auteurs amérindiens sont souvent réduits, Sherman Alexie nous invite à considérer la notion d’identité amérindienne, ses limites mais aussi son existence même. Irréductible à toute définition mais impossible à éviter, cette identité amérindienne oscille dans le roman entre fantasmes naïfs, refus des stéréotypes au profit d’une réalité sociale brute (notamment l’alcoolisme dans les réserves), revendication ou au contraire rejet d’une singularité et d’une exception indiennes. Le roman de Sherman Alexie place ainsi ses personnages et, du même coup, ses lecteurs, face à l’aporie que constitue toute individualité lorsqu’elle tente d’être circonscrite. This article will analyse Sherman Alexie’s Reservation Blues through the notion of identity. At the same time irreducible and unsolvable, the supposedly “Native American identity” is questioned in Sherman Alexie’s novel, even if it cannot be apprehended. Just as the symbol of the crossroad opening the novel, this identity is characterised by paradoxes, torn between stereotypes and deep social and human misery, between individual claim and communitarianism, between the weight of the past and the yearning for living.

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Loxias | 57. | I.

Divertir et déranger : anatomie d’un théâtre de Boulevard dialectique – Vie et mort de H et Funérailles d’hiver de Hanokh Levin

Dans le théâtre de Hanokh Levin et ses mises en scène françaises, la dimension boulevardière déborde les limites du genre. Ce débordement rend compte d’un théâtre de Boulevard dialectique qui réactive et reconfigure l’héritage brechtien. Procédant par à-coups, le théâtre lévinien réinvente le Boulevard en jouant du détournement de contrat dans une perspective métaphysique et politique.

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La financiarisation des théâtres privés parisiens au tournant du XXIe siècle

Des groupes ainsi que des producteurs se sont engagés dans une appropriation multiple de théâtres privés parisiens. L’article situe d’abord les flux de capitalisation opérés depuis les années 2000 puis analyse les enjeux posés par la volonté de contrôler des entreprises situées aux différents segments de la chaîne de valeur du spectacle vivant. Le renforcement des logiques d’action et d’évaluation de l’industrie, du marché, de la renommée doit nécessairement s’imbriquer avec le maintien d’une logique d’inspiration artistique pour maintenir une attractivité des spectacles.

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La valse des étiquettes : références, clichés, stéréotypes et dramaturgie boulevardière chez Françoise Dorin

Dans son Dictionnaire du théâtre, Michel Corvin affirme que « L’ambition – réalisée – de Dorin est de donner un second souffle au théâtre de Boulevard ». L’un des moyens privilégiés de cette refondation est la métathéâtralité. La dramaturgie de Françoise Dorin est en effet puissamment réflexive, à la fois brillante et consciente, même si le premier terme tend à l’emporter largement sur le second. Maîtrisant toutes les subtilités de la pièce bien faite, l’auteur exhibe et commente les ficelles et recettes du répertoire dans un dédoublement jouissif. Elle présente le genre à travers une collection de clichés – dramaturgiques et/ou critiques – et de stéréotypes qui contribuent à figer son image : au mieux, un genre clair, brillant, virtuose, qui requiert tout le savoir-faire de son auteur ; au pire, un théâtre digestif, convenu, périmé. Ce faisant, elle joue sur les deux tableaux de l’héritage et de l’ironie ; elle fait jouer les étiquettes autant qu’elle interroge leur pertinence. Elle embrasse le boulevard mais c’est pour le rafraîchir.

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Pierre Barillet : un théâtre de jouvence ?

Qu’il s’agisse des comédies que Pierre Barillet co-écrivit avec Jean-Pierre Grédy ou des pièces, beaucoup plus sombres, qu’il écrivit seul, la thématique du temps constelle son œuvre sous différentes formes : histoire – collective ou individuelle, nostalgie, regrets, communications intergénérationnelles plus ou moins aporétiques, vieillissement, recherche d’une nouvelle jeunesse, retour du premier amour... Ces voyages dans le temps, sous forme de quêtes égotistes, brouillent les temporalités. Certains personnages semblent mus dans un va-et-vient continuel entre le présent et le passé. Comment le théâtre, lieu de l’instantané, de l’événement, du présent, parvient-il à s’entendre avec le passé ?

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« Il n’y a pas de bon théâtre sans caractères ». Rencontre avec Pierre Barillet

“Entretien réalisé par Claire Poirson Pierre Barillet entame sa carrière d’auteur dramatique en 1945 avec Les Héritiers1, drame sombre d’inspiration mauriacienne, avant de co-signer, entre 1950 et 1994, une vingtaine de comédies avec Jean-Pierre Gredy. Certaines de leurs pièces connaissent un triomphe : Le Don d’Adèle, Folle Amanda, ou encore Potiche, adaptée au cinéma en 2010 par François Ozon, avec Catherine Deneuve en tête d’affiche. Pour ne citer que son théâtre2, Pierre Barillet écrit six pièces qu’il signe seul, entre 194...”

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Loxias | 58. | I.

Poétique de la mort chez Haizi (1964-1989) : un poète chinois contemporain suicidé

L'année 1989 est cruciale à cause du suicide du poète chinois Haizi. Peu connu de son vivant, il est devenu un héros pour les poètes chinois, notamment les jeunes, après sa mort. Le suicide de Haizi marque le début fatal d'un phénomène déchirant : les suicides successifs de nombreux poètes chinois. Pourquoi tant de poètes se sont-ils suicidés récemment ? Y a-t-il des pulsions de mort et de suicide dans leur poésie ? Existe-t-il des liens évidents ou cachés entre leur poésie et leur suicide ? Entre le suicide imaginaire dans leurs œuvres et leur acte réel ? Dans le contexte où écrire de la poésie est très difficile ? Pouvons-nous trouver une « poétique de la mort » dans leur œuvre, voire dans leur vie éphémère ? Dans cet article, j'essaierai de répondre à ces questions à travers l'exemple de Haizi, en proposant une analyse littéraire et psychologique de sa poésie.

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Le voyage dans la collection « Terre Humaine » (1955-2015) : le récit des métamorphoses d’un auteur et d’une civilisation

Les témoignages écrits par les auteurs de la collection « Terre Humaine » fondée par un explorateur français, Jean Malaurie, souligne la permanence de pratiques culturelles anciennes sur une longue période. Le récit de voyage et le film documentaire Les derniers Rois de Thulé, publié en 1955 et diffusé en 1970, peuvent être considérés comme la chronique de la transformation d’un jeune géographe et la narration d’un changement culturel au sein de la société inuite. Initialement centrée sur le voyage, la relation de voyage devient un témoignage ethnographique où les mutations d’une société traditionnelle sont décrites comme une catastrophe. The testimonials written by the authors in « Terre Humaine » Publishers’ Series founded in 1955 by a French explorer, Jean Malaurie, underline how ancient cultural practices has been maintained has been maintained over an extended period of time. The travel account and the documentary film Les derniers Rois de Thulé, published in 1955 and screened in 1970, may be considered as the chronicle of a young geographer transformation and the narrative of a cultural change in the Inuit society. Originally focused on the traveler, the travel writing has become an ethnographic testimonial where the transition of a traditional society is described as a disaster.

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Aux portes de l’Entre-deux

La porte, motif privilégié du passage, prend une place centrale dans l’imaginaire transitionnel des récits d’expérience de mort imminente. Pour autant, les thanatonaufictions occupent-elles inversement un rôle au sein de cette symbolique ? Nous verrons que les portes permettent de penser la notion de transmission, affiliée à celle de l’initiation. Cet imaginaire transitionnel fait donc émerger une poétique de la transmission, d’abord contrainte, nécessaire ensuite ; et finalement impossible, lorsque les portes suggèrent l’intransmissible.

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Les territoires du genre et la fabrique des sujets dans La Mémoire tatouée de A. Khatibi et dans Cérémonie de Y. Chami

Le genre comme norme investit l’espace et instaure ses territoires sur la base du sexe. Cet article se propose d’analyser l’architecture spatiale de la société au prisme du genre à partir de deux romans marocains d’expression française. Ce travail part de l’idée que l’espace investi par la norme du genre concourt à la construction des sujets et à la régulation de leurs comportements et de leurs conduites.

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Écrire la peinture d’histoire : Jacques-Louis David dans la fiction de Pierre Michon

Cet article propose d’explorer la dimension intermédiale du roman Les Onze de Pierre Michon. Cette approche consistera non pas à comparer l’apport de l’image dans cette narration qui met en scène le peintre fictif François-Élie de Corentin représentant les onze pères de la Révolution française, mais plutôt à comprendre comment l’utilisation de références picturales réelles, comme celle à Jacques-Louis David, permettent de créer une œuvre d’art fictive dont le dialogue avec l’histoire de l’art propose d’explorer une dimension critique à travers la littérature. Michon, grâce au récit qu’il tisse autour des Onze, suggère cette relecture historique, cette exploration de l’autre côté de la narration, derrière ce qui est officiel, voire institutionnel en proposant une médiation culturelle qui sort du musée afin d’investir l’accessibilité que lui offre le médium littéraire. Dans cet article, on s’attardera à ce qui relève directement de la peinture, autant d’un point vue historique, que sociologique ou historiographique. This article will explore the intermedial dimension of Pierre Michon latest novel: The Eleven. Instead of comparing the contribution of the image on the narrative text, which is set around the fictional painter François-Élie de Corentin representing the eleven fathers of the French Revolution, our approach will rather try to understand the use of real pictural references. The allusion to Jacques-Louis David allows to create a fictional work of art inside the novel, where the dialogue with art history suggests to explore literature’s critical dimension. With the narrative he weaves around The Eleven, Michon offers an historical rereading, an exploration on the other side of the narrative, behind what is official, or even institutional, by proposing a cultural mediation that leaves the museum to invest the accessibility offered by literature. In this article, we will focus to what directly results from painting, from historical, sociological and historiographical perspectives.

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Loxias | 59. | I.

« roots & déroutes plus croisement » : présence de Nicolas Bouvier dans le discours poétique des chansons de H.F. Thiéfaine

L’écho apporté par le titre « roots & déroutes plus croisement » au recueil d’entretiens Routes et déroutes de Nicolas Bouvier invite à une exploration du dialogue implicite qui s’établit entre les chansons de H.F. Thiéfaine et la production de Nicolas Bouvier. Les correspondances décelables entre les livres de Bouvier (notamment L’Usage du monde et le Poisson-Scorpion) et de nombreux textes de Thiéfaine permettent de prendre conscience des modalités de réappropriation des textes de Bouvier mises en place au sein du discours énigmatique et multivoque, qui insère les réécritures d’une même formule de Bouvier dans plusieurs chansons sans véritable parenté thématique. L’étude comparative des positions théoriques des deux auteurs se révèle tout aussi fructueuse, puisqu’elle dévoile une communauté d’approche fondamentale reposant notamment sur une conception artisanale du travail sur la langue et un intérêt jamais démenti pour les mots. The correspondence between Thiéfaine’s song title roots & déroutes plus croisement and the volume Routes et déroutes containing interviews by Nicolas Bouvier invites to an investigation of the latent dialogue which takes place between the Thiéfainian corpus and Bouvier’s production. The parallel or echo-like formulations in the songtexts and in Bouvier’s relations of his worldwide journeys give us the possibility to recognize and analyze how Thiéfaine transforms the sequences found in Bouvier’s texts in the manner of a cut-up, which allows the reformulation of a particular statement in two or three different songtexts that have no kind of thematical affinity. The way both authors reflect about their artistic activity shows that they both conceive writing as an activity of genuine artisanal character, insisting on the importance of the sensibility for the single word and its place in the creation process.

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Loxias | 60. | I.

Archéologie et Ville chez Michel Butor et Henri Maccheroni

Béatrice Bonhomme montre combien le rêve d’une sorte de totalité scripturale-picturale hante le travail de Michel Butor. On connaît l’impressionnante quantité de livres d’artistes qu’il a fait jour après jour dans une exigence de totalité alchimique, dans un rêve de création et de savoir absolus. Parmi les très nombreux peintres avec lesquels l’écrivain a collaboré, Henri Maccheroni est sans doute un de ceux qui comptent le plus pour Michel Butor, peintre avec lequel il a bâti une véritable œuvre croisée. Cette communication suivra donc le cheminement complice de ces deux créateurs à travers leur grand thème fondateur de l’archéologie et de la ville dans l’entrelacement des formes de création scripturale et picturale.

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Les transformations silencieuses de l’écriture. Analyse poïétique/poétique d’une page de Michel Butor : Le Génie du lieu

Empruntant la notion de transformation silencieuse à la philosophie de François Jullien, nous proposons une interprétation poïétique/poétique d’une page de Michel Butor, basée sur la lecture génétique de la fin d’un manuscrit de jeunesse : Le Génie du lieu, premier volume, publié en 1958, de ce qui allait devenir la série homonyme qui s’achève, en 1996, avec la publication de Gyroscope, dit « Génie du lieu, 5 et dernier », mais qui continue à se mouvoir et à se transformer, plus ou moins silencieusement, à l’occasion de sa publication dans l’ensemble des Œuvres complètes, en 2007. Cette analyse permet de revisiter la notion poétique de page paysage proposée par Jean-Pierre Richard en 1984, mais aussi l’idée d’écriture en transformation que Michel Butor associait, en suivant une suggestion de ses collègues, à ses propres Improvisations sur Michel Butor (texte de 1993 issu de son dernier cours, tenu à l’Université de Genève en 1991). Entre les transformations silencieuses (imperceptibles et lentes, se produisant à notre insu) et les changements sonores voire bruyants (des événements), nous proposons la notion de transformations musicales, pour désigner ces formes d’intervention artistique qui se nourrissent de leur polarité. Les transformations musicales sont capables de se tenir à l’écoute des transformations silencieuses et de ne pas se laisser assourdir par leurs bruits, dans le but d’y pouvoir agir au mieux et de se servir de l’énergie de leur tension pour y laisser jaillir le nouveau : un son nouveau, qui n’ait pas l’effet de choc d’un bruit, mais l’arrivée discrète d’une fluidité musicale. Notre entreprise vise à donner à penser l’écriture comme fluidité. L’écriture y apparaît comme un exemple de transformation musicale, un faire humain attentif aux transformations silencieuses de la vie. Notre plongée analytique dans la matière des textes de Michel Butor est ainsi accompagnée par l’hypothèse d’une discipline poïétique/poétique qui puisse instaurer un dialogue fécond entre la philosophie et la critique génétique des textes.

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La contrainte d’écriture et la vie

La contrainte d’écriture, la matrice créatrice, que se donne Michel Butor ou qu’il perçoit dans les œuvres d’autrui, peut relever de la destination sociale du texte ou du choix d’une méthode de création, aussi bien pour les textes d’invention que pour les textes critiques accompagnant l’œuvre d’autres artistes. Mais ces taxinomies conduisant l’inspiration de Butor ne sont pas une simple amorce à l’inventivité et à la création : elles révèlent le désir de savoir exhaustif, ont pour objet le lieu d’un mystère, d’une repoétisation d’univers, mêlent la contrainte, dans son extériorité apparente, à la vie personnelle et sont aussi transposées et dépassées par l’affect. Elles sont aussi parfois censures et travestissements des désirs. Aussi s’agit-il d’envisager quelques formes différentes de contraintes créatives chez Michel Butor et de voir comment celles-ci deviennent une forme de vie pour lui et une force de savoir pour un état du monde. The constraint of writing, the creative matrix, that Michel Butor gives himself or that he perceives in the works of others, can be the social destination of the text or the choice of a method of creation, as well for the texts only for critical texts accompanying the work of other artists. But these taxinomies driving Butor’s inspiration are not just a primer to inventiveness and creation : they reveal the desire to know how to be exhaustive, their object is the place of a mystery, a « re-poetization » of a universe. They combine coercion, in its apparent externality, with personal life and are also transposed and overcome by affect. They are also sometimes censures and disguises of desires. The article is about considering different forms of creative constraints in Michel Butor and to see how they become a form of life for him and a force of knowledge for a state of the world.

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Cadrages du sensible : Michel Butor et la photographie

Photographe éclairé, auteur de textes sur la photographie, collaborateur de photographes, Michel Butor s’est très tôt intéressé au huitième art, qui l’a inspiré une soixantaine d’années. Sa propre pratique, sa réflexion théorique et son regard critique témoignent tout à la fois de son sens du cadrage, de son attrait complexe pour la lumière et de son esthétique à fleur de peau.

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Loxias | 61. | I.

La figure de l’enfant dans l'oeuvre de Thiéfaine

Particulièrement présente dans l’œuvre de Thiéfaine, la figure de l’enfant est très souvent associée à l’idée de la douleur et va s’exprimer soit à travers des personnages d’enfants qui souffrent, soit à travers des relations conflictuelles, voire violentes, entre le monde de l’enfance et celui des adultes. On la retrouve dans diverses situations de la vie, mais la conception (et la naissance), l’école et la guerre seront des moments privilégiés quant à l’expression de cette violence, tout comme le détournement des symboles enfantins. Néanmoins, si cette figure d’enfant blessé est omniprésente, elle finit toujours par se révolter et par permettre une sublimation de cette souffrance par l’art. The child figure, which is particularly represented in Thiéfaine’s entire work, is often associated with the idea of suffering and expresses itself through either suffering children characters or conflictual, sometimes violent, relationships between childhood and adulthood. We can find this violence in various life situations, but conception (and birth), school, war, and the misuse of childish symbols remain privileged mediums to express it. Nevertheless, this hurt kid figure might be ubiquitous, it always end up rebelling and thus allows the suffering to be sublimated through works of art.

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Loxias | 61. | II.

Danser contemporain. Gestes croisés d’Afrique et d’Asie du Sud 

“Collection Linearis des éditions Deuxième époque, « Domaine danse », 2018. Dans divers champs artistiques, en danse en particulier, la référence à la « contemporanéité » est fréquemment utilisée et se retrouve sur nombre de continents. En même temps, elle fait l’objet de différentes interprétations selon les espaces géographiques, leur histoire, le contexte social, économique, politique, mais aussi selon les chorégraphes et les danseurs. De plus, une pluralité́ de termes entre en jeu pour nommer ce phénomène qui n’a pour l’instant pas trouvé de consensus. Ce volume se propose ainsi de traiter de la notion de « contemporanéité » en danse, de considérer ses définitions, ses utilisations, ses...”

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Loxias | 62. | I.

La maternité et son évolution chez Zoyâ Pirzâd

Suivant les efforts des féministes pour montrer qu’« on ne naît pas femme, on le devient », Zoyâ Pirzâd illustre l’idée que l’instinct maternel n’existe pas et que la maternité est un devoir parental que la société fait particulièrement reposer sur les épaules des femmes plus que sur celles des hommes. Cet article se concentre sur l’image et la place de la mère ainsi que sur son évolution chez Zoyâ Pirzâd. Cette romancière tout en renversant des idées reçues sur la maternité, propose une autre image plus réaliste. Elle insiste sur les imperfections chez les mères comme chez tous les êtres humains en mettant en œuvre des mères absentes et distantes. En effet, Zoyâ Pirzâd désacralise intentionnellement la maternité pour introduire une réflexion plus objective sur les autres aspects de la vie des mères : les mères célibataires sont-elles assez comblées par l’amour maternel pour ne plus sentir le besoin d’un amour charnel dans leur vie ? La maternité est-elle en opposition avec une vie de femme ? L’étude de l’évolution du rôle maternel est l’axe central de cet article.

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Les scènes de l’espoir. La danse du ventre dans Plains of Promise d’Alexis Wright

Comment la danse du ventre peut-elle soigner une femme dont l’enfant lui a été retiré, victime d’une politique d’État qui disqualifie les mères non-blanches ? À travers une étude de la deuxième partie du roman d’Alexis Wright, Plains of Promise, « Glimpses of Distant Hills », cet article explore les ressorts d’une thérapie par l’art chorégraphique qui met en scène une solidarité féminine sans frontières, entre deux femmes du Sud. S’intéressant aux aspects intertextuels de l’épisode, il proposera de le lire comme une réécriture aborigène et contemporaine de Salomé comme de Shéhérazade. De la bacchanale à la danse martiale, il tâchera enfin de le penser comme une initiation à l’autodéfense en contexte colonial. How can bellydancing cure a woman, victim of the State-organised kidnapping of children born to non-white mothers? Through a study of the second part of Alexis Wright’s novel Plains of Promise, « Glimpses of Distant Hills », this article explores how the choreographic art therapy works, staging solidarity between two women of the South. It suggests reading this episode as an Aboriginal and contemporary rewriting of both Salome and Scheherazade. From a bacchanal to a martial dance, it will finally propose to interpret it as an initiation to self-defense in a colonial context.

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La figure médiatrice du père dans les écrits de Zoyâ Pirzâd

Zoyâ Pirzâd, romancière et traductrice iranienne, qui prête sa plume au quotidien des femmes, représente des femmes qui n’ont ni honte, ni peur de se redresser contre les idéologies islamiques et misogynes de leur société. Loin du rôle de la femme au foyer asservie, Taraneh, Mahnaz, Shirine et Arezou sont toutes des femmes occidentalisées, modernes et courageuses qui parviennent à révolutionner l’image cliché de la femme iranienne en persistant sur leur vouloir-savoir, vouloir-travailler et vouloir-divorcer. À leurs côtés et malgré toute attente, les hommes iraniens, dans le rôle du tutélaire, soutiennent les femmes et les encouragent à poursuivre leurs objectifs. Une telle représentation de la symbiose des femmes et des hommes contemporains iraniens surprend agréablement le lecteur français qui, très souvent, associe à la société iranienne les conditions de vie des pays musulmans plus radicaux. Il est donc invité à effacer le portrait stéréotypé de la femme iranienne, qu’il a longtemps imaginée cachée sous un tchador noir et assujettie aux lois patriarcales et viriles de son pays, pour le remplacer par une nouvelle image plus moderne dans laquelle elle est représentée au même rang que les hommes.

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