Loxias | Loxias 19 Autour du programme d'agrégation 2008 |  Programme d'agrégation 

Odile Gannier  : 

« Voyages avec un âne ou : Comment battre la campagne ? (Laurence Sterne, Tristram Shandy, Cervantes, Don Quichotte) »

Résumé

Sterne fait trotter à travers son œuvre un grand nombre d’ânes, sur lesquels on parcourt avec constance les petits trajets de la vie. Certes, on pouvait s’attendre à de pareilles rencontres dans la campagne anglaise du XVIIIe siècle. À cette nécessité d’ordre réaliste s’ajoutent les ressources du double-sens, puisque le mot anglais « ass » qui désigne l’âne offre aux facétieux l’occasion de plaisanteries à bon compte. Cette présence récurrente n’est cependant pas sans rappeler aussi la monture de Sancho Pança : moins flatteur que le cheval, l’âne joue constamment les utilités. Il représente tout à la fois le principe de réalité qui parcourt le roman et le principe de folie douce, de la « marotte » alliée au bonnet de fou à grelots : ânes, mules, mulets, bourriques et autres montures plus fantaisistes comme les « dadas », que chevauchent les personnages de Tristram Shandy, lecteur compris, chacun à sa façon, illustrent en sourdine l’entreprise de dérision que mène Sterne face à la folie et à l’outrecuidance des hommes.

Index

Mots-clés : âne , Cervantes, dada, hobbyhorse, mule, Sterne (Laurence), Tristram Shandy

Keywords : ass , hobbyhorse, Laurence Sterne

Plan

Texte intégral

Quant à ce point de l’âne, don Quichotte s’y arrêta un peu, se creusant le cerveau pour voir s’il se souvenait qu’aucun chevalier errant eût mené d’écuyer asinesquement monté, mais il ne lui en vint pas un en mémoire. Ce nonobstant, il résolut qu’il le menât avec intention de l’accommoder d’une plus honorable monture, quand l’occasion s’en présenterait, ôtant le cheval au premier chevalier discourtois qu’il rencontrerait1.

Ainsi commencent les préparatifs des aventures de l’ingénieux Hidalgo et de son écuyer. Dans l’Espagne de Cervantès, aussi bien que dans le cadre d’un roman situé au cœur de la campagne anglaise, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on peut supposer que les personnages doivent se déplacer, à pied, à cheval, en carrosse… Mais Don Quichotte ne trouvera pas l’occasion de remplacer la monture de Sancho Pança, lequel d’ailleurs ne pourrait s’imaginer sans son grison. Mais les ânes, mules, bourriques, circulent avec entrain dans les mémoires de la Vie et opinions de Tristram Shandy, de Laurence Sterne. Ne sont-ils que pure commodité ?

L'âne est un animal stupide, lent & paresseux ; & cependant on convient généralement qu'il est courageux, dur au travail & patient : mais ordinairement on ne le peut faire marcher qu'à force de coups ; sa peau est si dure qu'il n'est sensible qu'au bâton, & souvent on est obligé de le frapper à grands coups redoublés. Cependant l'âne est un des animaux les plus utiles : c'est une bête de somme qui porte de grands fardeaux à proportion de sa grosseur, surtout lorsqu'on le charge sur les reins ; cette partie étant plus forte que le dos. Il sert de monture : son allure est assez douce & assez prompte : mais il est peu docile, & on ne le manie qu'avec peine. C'est aussi une bête de trait, on lui fait traîner des petites charrettes, & il tire la charrue dans les terres qui ne sont pas trop fortes. Que de services on peut tirer d'un animal qui coûte si peu à nourrir ! Aussi est-il la ressource des gens de la campagne, qui ne peuvent pas acheter un cheval & le nourrir. L'âne les soulage dans tous leurs travaux ; il est employé à tout, pour semer, pour recueillir & pour porter les denrées au marché2.

Si l’on en croit l’Encyclopédie, approximativement contemporaine de Tristram Shandy, c’est un animal fort humble, voire décrié, mais unanimement recherché pour ses qualités de constance et d’universelle utilité.

Le Cheval, lui est un animal héroïque ; il fait figure dans l'histoire, il a sa place dans l'art, il orne les bas-reliefs monumentaux, il est attelé au quadrige des triomphateurs ; il s'élance du ciseau de Phidias pour courir sur le fronton du Parthénon. […] Il a une généalogie comme un gentilhomme et des journaux comme le peuple souverain.

L'Ane ne sait ce que c'est qu'une généalogie, le sang d'âne court les prés comme le sang de peuple court les rues et les ruisseaux. Fécond comme les pauvres, l'Ane enfante au hasard des milliers d'ânons qui travailleront comme lui et, comme lui, souffriront les mauvais traitements3.

Mais s’il est de moindre valeur sociale que le cheval, il est très présent dans la littérature : l’Âne d’or d’Apulée le hisse au rang de héros – le jeune homme métamorphosé à la suite d’une erreur de sa maîtresse doit manger des roses pour retrouver sa forme première. Le roman est le récit de ses aventures sous cette apparence et avec cette nature à la fois déconsidérée par la société des hommes et en rapport constant avec elle. L’âne est mis à l’honneur par la littérature de la fin du XIXe siècle, en particulier, avec successivement les Mémoires d’un âne de la Comtesse de Ségur (1860), « L’âne » de Victor Hugo, en 1880, poème dans lequel la bête méprisée dialogue avec Kant, ou les quelques pages de L’âne de Drumont (1882). Entre temps, les baudets, mulets, bourriques et autres grisons ont fait l’objet de fables dans lesquelles ils sont loin d’être toujours les emblèmes de la bêtise ; ils sont incomparablement plus fréquents chez la Fontaine, par exemple, que les chevaux, se prêtant bien à l’exemplification :

l'Ane sort sympathique de cette Comédie animale que La Fontaine nous a donnée avant que Balzac ne nous donnât la Comédie humaine. Il n'a point, comme tant d'autres, de gros méfaits sur la conscience, et la spontanéité de ses aveux dans les Animaux malades de la peste témoigne d'une âme de bête au fond candide et honnête4.

Pour Sterne, il est évident que les jeux de mots et les sous-entendus relevant de ce que l’on peut appeler le « comique bas » sont offerts par la langue anglaise, qui désigne sous le même vocable « ass » l’âne et le fondement, double-entente que la traduction française ne peut rendre commodément. Mais l’âne n’est pas désigné que sous ce seul nom en anglais non plus, et l’abondance des synonymes montre bien combien l’animal – avec ses variantes génétiques, mule et mulet, nés d’un âne et d’une jument, ou bardot, progéniture ­d’une ânesse et d’un cheval – était répandu et utile. Sa présence peut donc apparaître comme parfaitement normale et ne mériter aucune attention particulière. Cependant on peut aussi imaginer que Cervantès ou Sterne insistent un peu trop sur ces ânes pour qu’ils soient complètement anodins. En fait ce sont de véritables personnages, ou doubles significatifs de personnages. Mais les longues oreilles grises qu’ils promènent au détour des pages sont les marottes que le romancier agite, par dérision, au nez et à la barbe du lecteur, de même que le reste de la ménagerie de cette histoire :

L—d ! said my mother, what is all this story about?—
A cock and a bull, said Yorick, — And one of the best of its kind, I ever heard5.

Une histoire où la logique est souvent celle du coq-à-l’âne.

L’âne de Sancho Pança est unique et reconnaissable entre tous. Mais les ânes sont en général très fréquents dans les romans classiques, sitôt que l’aventure en est peu ou prou le ressort : le lecteur n’est pas étonné de découvrir dans un premier chapitre, comme dans les aventures de Gil Blas de Santillane, de Le Sage (1715), les tribulations du picaro étroitement liées à la possession d’un animal à longues oreilles :

… je mourais d’envie de voir le pays. […] Avant mon départ, j’allai embrasser mon père et ma mère, qui ne m’épargnèrent pas les remontrances. […] Après qu’ils m’eurent très longtemps harangué, ils me firent présent de leur bénédiction, qui était le seul bien que j’attendais d’eux. Aussitôt je montai sur ma mule, et sortis de la ville6.

Les montures sont l’ingrédient d’ordre réaliste susceptible de présenter le voyage avec quelque vraisemblance. Les ânes, les mules, transportent un certain nombre des personnes – souvent les ecclésiastiques – que rencontrent Don Quichotte et son acolyte, tout au long de leur route. Dans cette économie du voyage et de l’aventure, les hôtelleries sont aussi presque toujours l’occasion de s’occuper des bêtes, ce qui fait de ces lieux un motif narratif connexe.

Les ânes ou leurs semblables sont nombreux dans la vie de Tristram Shandy : les deux nonnes du couvent des Andouillettes doivent s’accommoder des mules qui tirent leur vieille calèche. Le muletier ayant fait une halte dans un cabaret, les deux religieuses doivent trouver un expédient pour faire avancer les deux bêtes têtues, rétives et perfides, bien décidées à ne pas avancer si leur maître n’est pas là pour les y contraindre. 

Or les mules sont des créatures particulières, d’autant plus résolues à jouir du monde, puisqu’elles ne peuvent (comme les hommes, les femmes et les autres bêtes) regagner en procréant le plaisir que leurs parents ont eu à les faire.

Elles ne songeraient donc qu’à se venger de cette déveine.

Par la vertu des deux derniers clic-clac du muletier, les mules avaient d’abord paisiblement poursuivi leur chemin et gravi la pente comme leur conscience le leur dictait ; elles en avaient parcouru environ la moitié quand la plus âgée des deux, vieille sorcière pleine de malice et de ruse, profita d’un tournant pour glisser un regard en coulisse : plus de muletier.
– Par ma figure ! jura-t-elle, je n’irai pas plus loin ! – Que mon cuir, dit l’autre, devienne tambour si j’avance. –
Ainsi d’un commun accord elles s’arrêtèrent 7

Aux cris de l’abbesse, qui tente de les faire redémarrer, la bourrique oppose à sa façon une fin de non-recevoir.

La vieille mule p–8.

Par quelques mots bien sentis – que les mules dédaignent mais que le diable entend – les deux pauvres nonnes tentent de faire redémarrer l’attelage.

Mais Tristram lui-même affirme sa tendresse pour les ânes : il se réjouit de louer « deux mules ou deux ânes (car personne ne me connaît)9 » pour remplacer la voiture accidentée. Et juste après l’histoire des amants lyonnais, Amandus et Amanda, qui « nourrit davantage le cerveau que tous les Récits roussis et rancis de l’Antiquité savamment mijotés par d’érudits cuisiniers voyageurs10 », il se trouve, lui, face à face avec un pauvre âne, qui excite sa pitié et détermine l’aveu de son respect et de sa sympathie pour tous ses semblables. La pauvre bête renonçant à avaler un trognon d’artichaut par trop amer, il lui offre un macaron. Mais la tirade de Tristram sur les ânes s’effectue en deux temps : d’abord il affirme sa communion parfaite avec les baudets, puis il lui adresse directement la parole.

Or, quelle que soit ma hâte, je ne puis me résigner à frapper un âne ; l’endurance inaffectée, la soumission à toutes les souffrances si clairement inscrites dans ses regards et dans son port plaident en sa faveur avec tant de puissance que j’en suis toujours désarmé ; je ne puis même lui parler rudement ; bien au contraire, où que je le rencontre, à la ville ou aux champs, attelé ou sous le bât, libre ou captif, j’ai toujours de mon côté quelque civilité à lui offrir et, comme un mot en entraîne un autre, s’il n’a pas plus à faire que moi, nous finissons par lier conversation, car mon imagination s’emploie tout entière avec une activité jamais dépassée à lire ses réponses dans tous les traits de son maintien ou, si je ne pénètre pas assez avant, à voler jusque dan son cœur pour découvrir ce qu’il est naturel qu’un âne, après un homme, sente. En fait, de tous les êtres qui me sont inférieurs, l’âne est la seule créature avec qui un tel commerce me soit permis […]11.

Cette bienveillance pour ces humbles animaux n’est pas sans rapport avec celle de l’oncle Toby, qui le porte à épargner une mouche, en lui parlant de la sorte :

« Je ne toucherai pas à un poil de ta tête. [… ] Va, pauvre diable, pourquoi te ferais-je du mal ? Ce monde est assurément assez grand pour nous contenir tous deux12. »

Cette leçon d’humanité, qui est présentée comme l’un des moments importants de l’éducation de Tristram, a manifestement porté ses fruits vis-à-vis des faibles et des opprimés.

Pour attiré qu’il soit par les ânes, Tristram n’en dédaigne pas pour autant les chevaux. En voyage en France, par exemple, il veut visiter les écuries de Chantilly13. Quant à Don Quichotte, il ne peut évidemment se concevoir chevalier errant sans un destrier dont le nom, plus que l’allure, devait faire de lui le premier fameux des roussins.

 Les chevaux jouent donc aussi prosaïquement les utilités. Lorsque Mrs Shandy se trouve sur le point d’accoucher, Obadiah est envoyé à cheval chercher le docteur Slop. Puis quand celui-ci a besoin de ses instruments, le domestique est à nouveau expédié sur le même cheval pour cette course. A-t-on besoin de levure, c’est encore un cheval que l’on se propose de seller pour cette commission – en vain d’ailleurs14. C’est dans un coche à quatre chevaux que Toby et Trim viennent dans le Yorkshire15. Mais le carrosse de la famille Shandy n’étant  guère propre à l’usage depuis que ses armoiries ont été mal peintes, Walter, Toby, et leurs domestiques Obadiah et Trim, précédés de Yorick sur la jument de Mrs Shandy, préfèrent la cavalcade au déshonneur16. Quant au docteur Slop, à qui l’on attribue six pieds de tour de taille, ce qui eût « fait honneur à un sergent des horse-guards17 », il se déplace, lui, sur une monture trop chétive.

Imaginez donc ce personnage […] pataugeant dans la boue sur les vertèbres d’un minuscule poney, joli de couleur mais hélas ! bien trop faible pour courir l’amble sous un tel faix, même si les chemins l’avaient permis : or ils ne le permettaient pas. Imaginez, en face, Obadiah, juché sur un monstrueux cheval de trait que ses coups d’éperons faisaient galoper, en sens inverse, avec toute la vitesse possible18.

La rencontre frontale inopinée, au coin du mur d’enceinte, ne peut être qu’explosive.

Cependant les chevaux n’ont pas droit, dans l’œuvre de Sterne, à la considération dont on les crédite habituellement. Est-ce à cause de leur délicatesse qui influencera aussi Stevenson dans le choix d’une bête de somme dans son Voyage avec un âne dans les Cévennes :

It will readily be conceived that I could not carry this huge package on my own, merely human, shoulders. It remained to choose a beast of burden. Now, a horse is a fine lady among animals, flighty, timid, delicate in eating, of tender health; he is too valuable and too restive to be left alone, so that you are chained to your brute as to a fellow galley-slave; a dangerous road puts him out of his wits; in short, he's an uncertain and exacting ally, and adds thirty-fold to the troubles of the voyager.  What I required was something cheap and small and hardy, and of a stolid and peaceful temper; and all these requisites pointed to a donkey19.

En effet, les ânes – comme l’ânesse de Stevenson bien nommée « Modestine » – ont beaucoup de qualités dont les chevaux sont dépourvus. D’abord, à la différence des ânes dont la frugalité est proverbiale, « nos chevaux (que le diable emporte !) coûtent et mangent beaucoup20. » En outre, quand on a besoin de l’un d’eux, il lui manque toujours un fer, à moins que la bête n’ait décidé qu’elle ne supporterait pas d’être sellée. « Marche donc à pied, cela t’apprendra, dit mon père21. »

Pour achever de mettre les hommes dans l’embarras, les chevaux exposent leurs cavaliers à la boue : précipité dans la gadoue par le cheval d’Obadiah, le docteur Slop est « luté », voire « transsubstantié », et apparaît « dans toute sa majesté boueuse22 ». Les choses les plus sacrées sont aussi souillées par les animaux : le sermon du livre II de Tristram Shandy, par exemple, est perdu, glisse d’une poche, tombe dans la boue, « où [l]’enfonça méchamment et profondément sitôt après [s]a chute, le sabot arrière gauche de Rossinante. Huit jours enterré sous la crotte », le prêche de Yorick n’est ressuscité que par miracle23.

D’ailleurs, l’histoire des chevaux de Yorick – le double de Sterne lui-même dans son œuvre – représente encore une part importante de son portrait. Autrefois amateur de beaux chevaux – « son écurie en renfermait généralement un des plus beaux de sa paroisse, toujours prêt à être sellé24 », il y a finalement renoncé, car les villageois le lui empruntaient (en particulier lors des accouchements) et le rendaient toujours en piteux état. Aussi a-t-il pris le parti de chevaucher une monture de moindre valeur :

le pasteur en question avait fait jaser toute la paroisse en ne se montrant jamais, contre le décorum dû à sa personne, à son état et à sa charge, que monté sur le plus étique, le plus triste et le plus âne des chevaux – valeur 1 livre 15 shillings – lequel, pour en abréger la description, apparaissait aussi frère de Rossinante que la fraternité peut être poussée car il répondait à sa description à un poil près 25

Sur cette monture moralement hybride de caractère entre un âne et un cheval, le pasteur est somme toute plus à son aise.

Selon les temps, il donnait cinquante raisons spirituelles appropriées pour se justifier de monter une rosse asthmatique et débonnaire plutôt qu’un cheval fougueux : sur une telle monture il pouvait se laisser aller, s’abandonner aussi complètement au charme d’une méditation de vanitate mundi et fuga saeculi que s’il avait eu devant lui une tête de mort ; […] un trot pimpant et une déduction lente n’allaient pas ensemble comme l’esprit et le jugement. Sur sa monture, au contraire, il pouvait tout unir, tout réconcilier, imposer la paix à ses arguments, à sa toux et à sa personne, même quand la nature l’invitait à une sieste26.

De toutes manières, les ecclésiastiques sont fréquemment montés sur des ânes ; c’est le cas de tous les moines que croisent Don Quichotte et Sancho Pança. Il est probable que cette coutume soit un rappel de la modeste monture sur laquelle Jésus est entré à Jérusalem27.

Sterne montre plutôt l’attachement des hommes pour leurs ânes, sur lesquels trottent plutôt les humbles et les déclassés. Mais loin d’eux l’idée d’en prendre ombrage : Sancho Pança « allait sur son âne comme un patriarche28 ».

Dans Don Quichotte, puisque Sancho ne part pas sans son grison, tandis que le Chevalier de la Triste Figure n’est rien sans Rossinante, les aventures racontées par Cervantès sont le fait en quelque sorte de quatre personnages, appariés deux à deux selon trois points de vue : un compagnonnage humain, deux attelages maître-monture et une paire de bêtes. Le premier « couple » est constitué du chevalier secondé par son écuyer, version particulière du couple maître et valet de la comédie. Le premier a des prétentions à la noblesse, le second est un paysan qui ne renie pas ses origines et en assume les caractéristiques (le pragmatisme, la prévoyance, mais aussi l’appétit et la couardise…). En revanche les montures ressemblent à leur maître respectif. Don Quichotte est « sec de corps et maigre de visage29 », Sancho est peint « le ventre grand, la taille courte, les jambes grêles30 ». Don Quichotte est un piètre chevalier, et sa monture est digne de lui : le cheval a « plus de tares que de membres31 » et a fort triste apparence.

Rossinante était merveilleusement peint, si long et si raide, tant efflanqué et maigre, avec échine si prononcée, et son corps si parfaitement étique qu’il montrait bien à découvert avec quelle justesse et propriété on lui avait donné le nom de Rossinante32.

En effet son maître donne à son roussin un nom accordé aux aventures qu’il s’apprête à courir, avant de se rebaptiser lui-même à sa fantaisie. L’âne de Sancho en revanche ne reçoit pas de nom, à part l’appellation affectueuse de « grison », vocable qui permet d’ailleurs, en espagnol, de rapprocher phonétiquement, à l’occasion, le roussin (rocín) de Don Quichotte et le grison (rucio) de Sancho tout en les opposant.

Il est vrai que je n’ai point de roussin, mais j’ai un âne qui vaut deux fois plus que le cheval de mon maître. Males Pâques me donne Dieu si je le cédais pour un cheval, quand on me donnerait par-dessus quatre boisseaux d’avoine ! Votre Grâce tiendra pour raillerie la valeur que j’attache à mon grison : je dis grison, puisque le gris est la couleur de son poil33.

Le couple formé par Sancho et son âne est soudé par une solide amitié réciproque. Tous deux sont un réconfort l’un pour l’autre et, comiquement, Cervantès prête véritablement à l’âne le rôle et les réactions d’un humain. Dans le malheur, le grison assiste son maître de son mieux :

don Quichotte, tournant la tête aux cris de Sancho, que par là il avait bien reconnu, le vit pendu au chêne, la tête en bas, et le grison près de lui : car la bonne bête ne l’avait point voulu abandonner en son malheur. Aussi Cid Hamet raconte-t-il que bien rarement il vit Sancho Pança sans le grison, ni le grison sans le bon Sancho, tant étaient fortes l’amitié et la fidélité qu’ils se gardaient l’un à l’autre34.

Tel âne, tel maître, dont Cervantès souligne dès le départ qu’il « avait fort peu de plomb dans sa caboche35 ». De sorte que l’une des pires mésaventures qui arrivent à Sancho est le vol de son baudet bien-aimé. Non seulement il doit aller à pied, mais il est bien attristé de son absence. Il le cherche partout, notre « Sancho Pança, qui, partout où il voyait des ânes, ouvrait de grands yeux amoureux36 ». Quel bonheur lorsqu’il retrouve son voleur !

Sancho s’approcha de son grison, et, l’embrassant, lui dit : « Comment t’es-tu porté, mon unique bien, grison de mon âme et compagnon de mes travaux ? » Et avec cela il le baisait et le caressait comme si c’eût été une personne : l’âne se taisait et se laisser baiser et caresser par Sancho, sans lui répondre une seule parole37.

Il est l’objet de toutes les attentions de son maître : en cela le couple Don Quichotte-Rossinante (un chevalier ne peut se concevoir sans son cheval) se double bien du couple Sancho et son âne. Mais si le maître a besoin de son valet, et les héros de leur monture, les deux bêtes forment aussi une paire inséparable. Leur amitié ne saurait être mieux évoquée que par un tableau significatif, qui fonctionne sur le mode de la litote. Sancho laisse pour la nuit liberté à son grison,

dont l’amitié et celle de Rossinante furent si uniques et si étroites que, suivant une tradition que l’on a de père en fils, le bruit en est que l’auteur de cette véridique histoire en a composé des chapitres particuliers ; mais que pour garder la bienséance que l’on doit à une histoire si héroïque, il ne les y a pas insérés, encore que souvent il s’écarte de sa résolution, et qu’il écrive que, lorsque ces deux bêtes se joignaient, elles prenaient plaisir à se gratter l’une l’autre, et qu’après qu’elles étaient lasses de se frotter, Rossinante étendait en croix son cou sur celui du grison (et il en restait de l’autre côté plus d’une demi-aune), et puis tous deux, les yeux fichés en terre, avaient accoutumé de rester de la sorte […]. Notre auteur, dit-on, comparait leur amitié à celle qui était entre Euryale et Nisus et entre Pylade et Oreste, et ainsi pouvait-on voir, pour exciter l’admiration générale, combien ferme devait être l’amitié de ces deux animaux pacifiques, à la honte des hommes qui savent si mal garder l’amitié qu’ils se sont jurée38.

Rossinante et son pendant, l’âne de Sancho, constituent donc bien la deuxième paire de personnages, héros secondaires certes, mais héros tout de même. Diderot, qui avoue plagier sans vergogne Tristram Shandy dans Jacques le Fataliste, fait également des chevaux de Jacques et de son maître de fidèles compagnons, galopant de conserve, « car il y avait entre ces deux animaux la même intimité qu’entre leurs cavaliers ; c’étaient deux paires d’amis39. »

Dans le Voyage sentimental, le narrateur Yorick est attendri par un homme pleurant son grison, plus sincèrement, affirme-t-il, que Sancho pleurait le sien : un chapitre entier, « l’Âne mort », est consacré à cet épisode. Le pauvre voyageur est inconsolable, car ce nouveau chagrin réveille le deuil qu’il vient de faire de ses fils : il va jusqu’à se reprocher de lui avoir imposé son propre poids – ce qui a dû abréger la vie de l’animal – qui plus est, en l’immolant par un trop long pèlerinage promis à la Providence en échange de la sauvegarde de son dernier fils.

Si nous nous aimions seulement les uns des autres comme ce pauvre être aimait son âne – ce serait quelque chose40.

Cette mutuelle affection des ânes et de leurs bons maîtres relève de l’héroï-comique, mais aussi d’une philosophie plus large de la vie. D’autres animaux passent dans le cadre du roman41. Mais dans les opinions de Tristram, n’entre-t-il point celle-ci : « je tiens l’homme pour une bête42 » ?

Yorick est profondément débonnaire, et son cheval est une haridelle bonasse…

Comme il ne portait pas lui-même une once de chair sur ses os, et en cela bien apparié à sa bête, il faisait quelquefois remarquer que le cavalier possédait exactement le cheval qu’il méritait et que les deux ne faisaient qu’un à la façon d’un centaure. […] S’il en avait, disait-il, choisi le sien si maigre, c’était pour avoir sur son dos à la fois bonne contenance et belle humeur43.

Comme Yorick, Tristram est maigre, aime les ânes, le mouvement, et est bienveillant pour l’humanité – exception faite des fâcheux et des critiques. D’ailleurs, Toby lui-même, modèle paradoxal de douceur, n’est-il pas, dans la même page, décrit avec les mots mêmes que Tristram emploie pour les ânes ?

Mon oncle Toby souffrait patiemment les injures : non qu’il manquât de courage […] Sa patience n’était pas davantage due à quelque insensibilité ou stupidité native ; il ressentait ces insultes de mon père aussi vivement que quiconque, mais il était d’un naturel paisible et placide où rien de discordant ne venait troubler l’heureux mélange de ses vertus44.

L’épisode du vol du grison montre que l’un des fils de la trame narrative des aventures du chevalier errant est l’histoire de l’âne – Diderot fera aussi voler, puis retrouver, le cheval du maître de Jacques. Nombre de chapitres s’achèvent sur l’évocation de la situation des deux montures, les faisant vivre d’une vie propre, parallèle à celle de leur maître. Le cheval de Don Quichotte et l’âne de Sancho sont tous deux présents pendant une bonne partie du roman : Rossinante le destrier est choisi et élevé à ce rang avant même que son maître ne soit adoubé chevalier, et « la bête de Don Quichotte plus maigre aujourd’hui qu’elle n’était le premier jour45 » le reconduit pourtant jusqu’à son village – dans l’avant-dernier chapitre. Don Quichotte revient de sa folie en même temps que de son équipée : mais il ne pouvait survivre à l’écroulement du monde de ses illusions. Sancho au contraire a rempli son office : il est fêté et reconduit jusque chez lui, avec sa monture, escorté de sa femme et de sa fille. Quant à l’âne, c’est peut-être le véritable héros de retour d’aventure ; il finit véritablement en triomphe, son entrée dans le village étant saluée par les spectateurs bien plus que Don Quichotte lui-même : en effet les enfants invitent à voir l’accoutrement de l’âne, caparaçonné par Sancho d’une tunique peinte de langues de feu.

Il avait encore mis sur la tête de l’âne la mitre […] et c’était bien la plus nouvelle transformation et la plus digne parure dont âne au monde se soit jamais vu affublé46.

Cette entrée victorieuse dans le village fait de lui le point de mire des villageois, éclipsant pratiquement ses compagnons : il devient en quelque sorte le croisé de retour avec gloire et brocarts, le seul peut-être à revenir plus satisfait en tous points qu’il n’est parti. En quelque sorte, on peut suivre dans tout le roman le fil narratif des aventures de l’âne, comme élément paradoxal et ironique structurant l’histoire de l’ingénieux Hidalgo.

Car tout concorde : les caractéristiques traditionnellement attachées aux ânes sont autant de variations possibles sur le thème.

L’âne est généralement réputé d’une bêtise insigne, ce qui autorise bien des facéties. Il est courant de traiter d’âne un imbécile – le lecteur à l’occasion :

vous-même, monsieur, êtes un grand génie ou, il y a cinquante contre un à parier, un grand âne et un grand sot47.

Le même mot, « jack ass », désigne dans le texte original le baudet et l’idiot. De là à caricaturer métaphoriquement la horde des critiques attachés à Tristram Shandy en le décrivant comme un troupeau de bourriques hargneuses, il n’y a qu’un pas que Sterne franchit d’une ruade.

Pensiez-vous, monsieur, qu’il y avait tant de baudets de par le monde ? Nous ont-ils assez considérés, assez épluchés comme nous passions ce ruisseau au fond de la petite vallée ! Et quand, grimpant sur la colline, nous étions près de disparaître à leur vue, Seigneur ! quel braiement ils ont trompeté tous ensemble !
– Dis-moi, berger, à qui tant d’ânes ?
– Le Ciel les ait en sa sainte garde. Quoi ! jamais étrillés ? jamais enfermés pour l’hiver ? Hi-han, hi-han, hi-han. Brayez toujours, le monde vous doit beaucoup ; brayez plus fort, ceci n’est rien : en vérité vous êtes victimes ; si j’étais baudet, je le déclare solennellement, je brairais en sol – sol, ré, do – du matin jusques au soir48.

Cette fois, le lecteur est l’observateur témoin de ces censeurs ridicules.

Par une coïncidence commode pour les jeux de mots, l’anglais ass possède un double sens : l’âne et le fondement. C’est l’occasion de glisser quelques grivoiseries sous couvert d’euphémismes. L’oncle Toby ayant contracté une ampoule à cet endroit précis de son individu, en cheminant sur un mauvais cheval avec une selle défectueuse, il assimile cette douleur aux tourments de l’amour auquel il se trouve inopinément confronté. Lorsque Walter, s’inquiétant de sa santé, lui demande des nouvelles de son « ass » affecté de cette escarre, le malentendu résulte du double sens du mot en anglais.

Well ! dear brother Toby, said my father, upon his first seeing him after he fell in love – and how goes it with your Asse?
Eh bien, mon cher frère Toby, dit mon père lorsqu’il le revit pour la première fois après l’événement, comment va votre âne ? (traduction de Charles Mauron)
Hé ! hé ! mon cher frère Tobie, fit mon père, lorsqu’il revit son frère pour la première fois depuis qu’il était tombé amoureux – comment va ton Bourricot-plein-de-poil ? (traduction de Guy Jouvet)49

Le choix de la traduction française doit évidemment rendre compte de l’ambiguïté, ou choisir l’un des sens. C’est l’occasion en tout cas pour Walter de désigner par une périphrase les esprits animaux chers à Rabelais et les instincts difficilement contenus en général, même par un saint ermite, et même grâce à des « disciplines religieuses » par lesquelles

il faisait ainsi perdre à son âne (par quoi il entendait son corps) l’habitude de ruer.
Une telle expression réjouissait mon père par sa façon laconique et satirique à la fois de désigner les désirs et les appétits de nos parties inférieures. Elle fut donc adoptée par lui […] ; il ne parlait jamais de passion mais d’âne, au point qu’on eût pu le dire, en vérité, juché tout ce temps sur l’échine osseuse de son baudet ou du baudet d’autrui50.

Jouvet choisit de traduire le mot « ass » par un expressif « bourricot-plein-de-poil », d’autant plus parlant que l’âne a toujours été supposé doué de potentialités sexuelles, déjà chez Apulée, le malheureux Lucius trouvant dans cette seule partie de son anatomie une consolation à sa métamorphose51.

Quant à l’âne de mon père, montez-le, montez-le, montez-le (ce qui fait trois, n’est-ce pas ?) montez-le donc le moins souvent possible ; c’est une bête concupiscente ; et honni, deux fois honni soit l’homme qui ne l’empêche pas de ruer52.

Le comique vient de la répétition, par quatre fois, de l’injonction « montez-le », ce que ne n’infirme qu’à peine la simple négation de la version originale :

But for my father’s ass – oh mount him – mount him– mount him – (that’s three times, is it not?) – mount him not: – ‘tis a beast concupiscent – and foul befall the man, who does not hinder him from kicking53.

Sterne continue dans la même veine avec la parabole de l’âne porteur, dans son panier, d’un secret qui pourrait bien être de bas étage : il s’agit métaphoriquement d’un argument que soupèse la femme avisée qui veut prendre mari54. Cette précaution est du même acabit que celle dont voudrait s’assurer la veuve Wadman, pragmatique, avant de se décider à épouser Toby55.

Mais cette parenté entre la mule et l’homme, inversement, peut être pire encore :

Mon père avait une petite jument favorite qu’il avait fait monter par un magnifique cheval arabe dans l’intention de s’en réserver le produit. Enthousiaste dans tous ses projets il parlait chaque jour de son cheval futur avec la plus entière assurance, comme s’il l’avait eu déjà grandi, dressé, bridé, sellé, devant sa porte. Par la négligence d’Obadiah, ou par hasard, tant d’espoirs se réduisirent à la fin à une mule et à la plus laide des mules que la terre ait jamais portées.
Ma mère et mon oncle Toby attendirent la mort d’Obadiah et un désastre qui n’aurait pas de fin.
– Fripon, voilà ce que tu as fait ! cria mon père, le doigt pointé vers la mule.
– Ce n’est pas moi, dit Obadiah.
– Comment le savoir ? répliqua mon père56.

À travers le quiproquo et le comique de la double-entente, la morale de l’histoire porte de toutes façons à la méfiance dans les rapports entre l’homme et la bête, trop étroitement liés. Celle-ci ne saurait toujours réaliser les projets que l’on échafaude à son endroit et se montrer digne de confiance.

La monture sur laquelle l’esprit chevauche à bride abattue, peut devenir métaphore de l’imagination : le lecteur – pire, la lectrice – risque de se laisser emporter par cette cavale fouettée par le démon de la  lecture – à moins que le lecteur ne tourne lui-même en bourrique.

Ne laissez pas Satan, ma chère fille, se jucher sur n’importe quel monticule pour bondir tout à coup et chevaucher votre imagination pendant la lecture de ce chapitre. Arrêtez-le si vous pouvez et s’il parvient agilement à sauter en selle, comme une pouliche jamais montée, multipliez les frétillements, les saccades, les sauts, les bonds, les ruades longues ou brèves qu’une courroie ou une croupière se rompant vous finissiez, comme la jument de Tickletoby, par envoyer Son Altesse rouler dans la boue. A quoi bon le tuer ?
– Mais, je vous prie, qui était la jument de Tickletoby57 ?

La réponse à cette question est éludée, ce qui encourage à penser que ce démon de l’imagination soufflerait au lecteur – à la lectrice, plus précisément – des pensées graveleuses, si l’on se fie au sens de Tickletoby, donné comme « argotique », et surtout à l’association possible d’idées suggérée par l’objet du chapitre : « les divers et convenables usages des longs nez58 » dont Sterne affirme, avec une insistance suspecte, qu’il sera tout à fait honnête. « L’auteur sous-entend peut-être plus qu’il n’en dit, pensa mon père59. »

Il est en effet une bête qui galope dans tout le roman, c’est le « hobby-horse » que chevauchent tous les personnages de Tristram Shandy, chacun à sa façon. Une caractéristique de la bourrique est d’être frappée de lubies inattendues, puis de ne plus en démordre, quoi qu’il arrive. Malgré les dénégations de Tristram, qui ne veut pas en faire un âne, il semble que le « hobby-horse » partage avec la mule de nombreuses qualités et défauts.

Je dois au lecteur de bien marquer ici la différence entre l’âne paternel et ce que j’ai appelé ma chimère, afin que leur personnage moral demeure dans ce qui va suivre aussi distinct que possible pour notre imagination.
Ma chimère, en effet, l’on voudra bien s’en souvenir, n’a rien d’une bête vicieuse : pas un trait, pas un poil d’âne n’entre dans sa composition ; c’est, léger et vif, le lutin qui vous emporte hors du présent – c’est la lubie, le papillon, la gravure, l’archet, le siège-à-la-oncle-Toby, c’est le dada quelconque, enfin, sur quoi l’homme saute, s’évade, échappe aux soucis et aux accaparements de l’existence – c’est la plus utile des bêtes créées : je ne vois pas, à parler franc, ce que le monde ferait sans elle60.

Chacun des personnages voit le monde selon sa fantaisie et chevauche sa propre chimère, occupation parfois très futile. À l’occasion, l’allusion grivoise n’est pas loin. 

Le Dr. Kunastrokius, ce grand homme, ne prenait-il pas une joie immense dans ses heures de loisir à peigner la queue des ânes et n’en arrachait-il pas les poils morts avec les dents bien qu’il eût toujours des pinces dans sa poche61 ?

Ce dada est si personnel et si répandu que Sterne en gratifie tous ses personnages – sauf peut-être Mrs Shandy, qui ne brille guère par son imagination. La chimère, animal fabuleux, est ici une monture hybride, fort curieuse et forgée par celui qui la chevauche – raison pour laquelle la traduction française hésite entre « chimère » et « dada ».

À ce compte, monsieur, les plus sages des hommes, sans en omettre Salomon lui-même, n’ont-ils pas eu leurs marottes et leurs chimères […] ? Aussi longtemps qu’un homme chevauche sa chimère paisiblement sur les grandes routes du Roi et ne contraint ni vous ni moi à sauter en croupe, je vous prie, monsieur, qu’avons-nous, vous et moi, à nous en occuper62 ?

Cette douce manie réconforte chacun des difficultés quotidiennes et des déboires constants.

Mon père, vous l’avez remarqué, ne nourrissait pas une grande estime pour la chimère (hobby-horse) de mon oncle Toby ; ce cheval de bataille était à son avis le plus ridicule qu’un gentilhomme eût jamais monté […] la chimère ne pouvait donc boiter ou souffrir quelque autre mésaventure sans chatouiller au plus haut point l’imagination de mon père …63

Mais ce jugement n’a pas de réelle légitimité :

De gustibus non est disputandum ; – traduisez : de la légitimité des califourchons on ne discute pas64.

Sterne file la métaphore : la vie ne serait qu’une course folle de chevaux-dadas : on voit tous les hommes

tous en rang sur leurs chimères, les uns appuyés sur de larges étriers et cheminant avec une modération grave, les autres au contraire ramassés sur leur selle, la tête dans le cou et le fouet entre les dents, foulant et franchissant monts et vaux comme autant de démons chevauchant une hypothèque et comme si quelques-uns d’entre eux avaient bien résolu de se rompre le col65.

Qui voit passer le dada de ces personnages, comprend immédiatement à qui il a affaire. Celui de Toby par exemple :

l’allure et la silhouette de cet animal étaient bien étranges : de la tête à la queue il ressemblait fort peu aux individus de son espèce : était-ce une chimère ou non ? […] mon oncle prouvait tout uniment que sa Chimère en était une en sautant sur son dos et en trottant66.

Si l’on peut malgré tout imaginer assez facilement le dada de Toby – la poliorcétique –, ou celle de Walter – la ratiocination philosophique –, celui de Tristram est plus subtil. Il devient même frénétique et s’emballe en écrivant sa propre histoire.

A quelle allure j’ai galopé, Seigneur ! gambadant, plongeant et culbutant quatre volumes d’une seule traite, sans un regard jeté derrière moi ou même de côté pour voir que qui nous passions ventre à terre. Nous ne passerons sur personne, m’étais-je dit au moment de sauter en selle ; nous tiendrons, certes, un bon galop mais sans bousculer le plus pauvre des ânes sur la route. Et hop là ! nous partîmes donc, grimpant ce sentier-ci, dévalant celui-là, culbutant cette barrière, franchissant cette autre d’un bond comme si le meilleur des jockeys avait été en croupe67.

Son écriture adopte la métaphore du voyage à dos de cheval, de bourrique ou de dada.

Sachez que je conserve une paire de rosses sur lesquelles, tour à tour, (et peu importe à la vue de qui) je m’en vais souvent prendre l’air, quoiqu’il m’arrive, soit dit à ma honte, de prolonger quelquefois un peu trop ces voyages au jugement de l’homme sage. Mais en vérité je ne suis pas sage68.

L’originalité de son propos et de sa manière se fait mieux saisir par une métaphore du même ordre. L’idée lui en vient  lors d’un trajet de Stilton à Stamford, durant lequel le postillon a vigoureusement fouetté ses « bidets », avalant la route en un rien de temps ; tandis que le coche de la poste, tiré de huit lourds chevaux, n’en finit pas d’avancer69. Cette image défend l’originalité nécessaire de l’écrivain, qui prend largement les devants. En tout cas, monture et cavalier déteignent l’un sur l’autre, ce que Sterne présente de manière humoristiquement scientifique :

les parties échauffées du cavalier prenant contact avec le dos de la chimère, après de longues traites et de vigoureuses frictions, il advient que le corps du cavalier se trouve enfin chargé de tout le fluide chimérique qu’il peut contenir. Il suffira donc de décrire clairement la nature de l’un pour donner une idée assez juste du genre et du caractère de l’autre70.

On comprend que l’image de l’ampoule mal placée au postérieur de Toby ait accéléré ses transports. Car il est tenté de délaisser sa chimère familière pour une autre, en s’entichant de la veuve Wadman : « à proprement parler il ne l’abandonna pas, mais fut désarçonné par une assez vicieuse ruade et prit la chose d’autant plus mal71. » Mais Toby, qui est plusieurs fois démonté de son dada ne peut en être radicalement dissocié.

– Je n’avais pas saisi que votre oncle Toby fût en selle72.

Tristram cependant, à qui échappent des interjections cavalières comme « Par le trot de ma haridelle !73 » est un voyageur dans l’âme, et son récit est fréquemment représenté sous la forme du voyage.

Car si l’on en juge par les écritures de tous ceux qui ont écrit et galopé ou galopé et écrit (ce n’est pas tout à fait la même chose), ou encore, pour expédier encore plus d’ouvrage, ont écrit en galopant —tel est mon propre cas — selon l’exemple du grand Addison […], il n’est pas un seul de nous autres galopeurs qui [n’]eût pu, sans inconvénient, parcourir ses terres à l’amble (en admettant qu’il eût des terres) et écrire ce qu’il avait à écrire, les pieds au sec74.

La digression dont Tristram est particulièrement friand est encore évoquée comme un « excursus » au double sens du terme.

Si un historiographe pouvait s’en aller sur son histoire comme un muletier sur sa mule, droit devant lui de Rome à Loretto, sans un seul regard à droite ou à gauche, il pourrait se risquer à vous prédire à une heure près la fin de son voyage : mais la chose est, moralement parlant, impossible. Car pour peu que l’auteur ait d’esprit, il lui faudra cinquante fois dévier de sa route en telle ou telle compagnie et sans qu’il pense s’y soustraire ; des points de vue se présenteront et le solliciteront sans cesse : impossible de ne pas s’arrêter pour les contempler75.

Pire, cette digression dont il ne peut se garder lui apparaît même, idéalement, comme une monture pleine d’allant.

s’il y faut une digression, qu’elle soit fringante et sur un sujet fringant, cheval et cavalier ne pouvant être pris qu’au vol76.

Alors que les aventures de l’hidalgo ou du fils de famille devraient, en principe, conserver une certaine tenue et un port sérieux, l’allure de l’âne, à elle seule, organise la dérision dans les Vie et opinions de Tristram Shandy. De trot, de détours et de gambades, il en est d’abondance, car « Les grands esprits procèdent par sauts77. »

Tristram, en déclarant son amour pour les ânes, assume la modestie de son statut : le récit de sa vie ne sera pas celui d’un héros de romance : le trot de l’âne est trop sautillant, l’allure de la mule ou du grison, trop modeste pour que le personnage qui les monte en soit valorisé : il y entre au contraire l’acceptation de l’humilité et du petit rôle que ce personnage s’apprête à jouer aux yeux du monde. Le prédicateur Yorick fait plus pitié qu’envie avec sa rosse, Tristram bavardant avec un âne à Lyon gagne la sympathie du lecteur, non son admiration. Foin des romans de chevalerie où les fiers destriers garantissent la noblesse des héros qui les montent : les chevaux sont des haridelles, des bêtes cagneuses ou efflanquées. L’âne a un petit côté réjouissant qui le rapproche de l’humanité. Souvent porteur de paniers de nourriture, têtu mais endurant, l’âne illustre à merveille le principe de réalité.

L’âne, ou le dada, dont il est si fréquemment question, devient l’indice des précautions que le lecteur doit prendre avec l’esprit de sérieux. Il devient humoristique, soulignant la prétention des hommes à la respectabilité et à la vanité. L’on peut supposer que Sterne et Cervantès ont choisi, en donnant à leurs « héros », pour compagnons, ces animaux dépréciés voire entachés de ridicule, de les menacer de devenir de ce fait des anti-héros. Les écrivains agissent contre toute attente du roman traditionnel ou du sous-genre, l’âne devenant un instrument d’une ironie littéraire ; car ils contribuent à produire ainsi une sorte de « contresens volontaire78 » dans la production du roman de chevalerie ou de l’autobiographie édifiante. Les longues oreilles restent l’image de l’humilité foncière qui doit être celle de tous, à commencer par le narrateur, qui racontant sa vie et ses opinions, doit bien s’avouer qu’il partage sa condition avec les ânes. De gloire et de majesté, point.

 

L’âne et toutes ses variantes semblent donc un sujet de choix pour Sterne, comme il sert de contrepoint ludique aux aventures de Don Quichotte. Leur présence est pratiquement l’occasion de commentaires et de métaphores en cascade, et Tristram plus que tout autre s’accommode de leur caractère « capricant » et excentrique.

En outre, faire trotter des ânes dans le roman suffit à déplacer le cadre abstrait au concret : le roman « noble » ne se formalise nullement des chevaux qui s’y trouvent ; mais l’âne est trop familier pour ne pas tirer le récit vers un mode plus réaliste, plus prosaïque. Le changement de registre est de type générique. Sancho n’oublie pas de détrousser de son côté la bourrique approvisionnée des malheureux ennemis que son maître défait. Ainsi l’exploit se trouve-t-il singulièrement réduit au seul avantage palpable, dans un déclassement burlesque de la geste donquichottesque. Tristram et ses semblables ne chevauchent pas fièrement à travers leurs domaines : les promenades et les voyages sont cahotants et aléatoires.

Enfin, on ne saurait mieux représenter que par l’âne la bassesse et les instincts primaires qui affectent même les plus prétentieux. L’âne est à lui seul l’indice de la dérision, de l’esprit de fantaisie qui gambille. Sterne n’est pas la dupe de sa propre fantaisie : il la connaît et s’en coiffe, le bonnet de fou porte les mêmes grelots que le licou de la mule. Il interdit de prendre exagérément au sérieux les opinions de Tristram et les folies de Don Quichotte, car il est bien connu que

« Les oreilles de l'âne auront raison dans l'ombre ! 79»

Notes de bas de page numériques

1 Cervantès, L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, I, VII, éd., trad. de César Oudin, revue par Jean Carassou, Folio, t. 1, p. 111 (c’est la traduction à laquelle, sauf mention contraire, nous renverrons) (Garnier, p. 53). « En lo del asno reparó un poco don Quijote, imaginando si se le acordaba si algún caballero andante había traído escudero caballero asnalmente ; pero nunca le vino alguno a la memoria ; mas con todo esto determinó que le llevase, con presupuesto de acomodarle de más honrada caballería en habiendo ocasión para ello, quitándole el caballo al primer descortés caballero que topase. » (Don Quijote de la Mancha, ed. Martín de Riquer, Planeta, 1980, p. 86. Cette édition sera désormais celle du texte original en espagnol).
2 Diderot et d’Alembert, L’Encyclopédie, CD Redon, extrait de l’article « âne ».
3 Drumont, L’Âne, 1882, Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (17.VII.2002), http://www.bmlisieux.com/curiosa/drumon01.htm, cons. 2 déc. 2007.
4 Drumont, L’Âne, 1882, http://www.bmlisieux.com/curiosa/drumon01.htm, cons. 2 déc. 2007.
5 Tristram Shandy, IX, 33, A Norton critical Edition, 1980, ed. Howard Anderson (dorénavant édition de référence pour le texte anglais), p. 457. « – Seigneur ! dit ma mère, qu’est-ce que cette histoire ? –Une histoire à NE PAS dormir debout, dit Yorick. Et la meilleure que j’aie jamais entendue dans son genre. » (Vie et opinions de Tristram Shandy, trad. Charles Mauron, éd. Serge Soupel, GF, 1982, p. 600. C’est l’édition à laquelle, sauf mention contraire, nous renverrons). S. Soupel précise en note que « a cock-and-bull story » peut se traduire par « une histoire à dormir debout », mais que s’y ajoute une connotation grivoise dans l’expression anglaise.
6 Le Sage, Gil Blas de Santillane (1715 pour les premiers livres-1735), Folio, t. 1, p. 35. Notons que Gil Blas a été traduit en anglais par Tobias Smollett en 1748.
7 Tristram Shandy, VII, 21, GF, pp. 455-456. « … mules; who being creatures that take advantage of the world, inasmuch as their parents took it of them – and they not being in a condition to return the obligation downwards (as men and women and beasts are) – […] By virtue of the muleteer’s two last strokes, the mules had gone quietly on, following their own consciences up the hill, till they had conquer’d about half of it; when the elder of them, a shrewd crafty old devil, at the turn of an angle, giving a side glance, and no muleteer behind them – By my fig! said she, swearing, I’ll go no further – And if I do, replied the other – they shall make a drum of my hide.– And so with one consent they stopp’d thus – » (p. 355).
8 Tristram Shandy, VII, 21, GF, p. 456. « The old mule let a f–  » (p. 356).
9 Tristram Shandy, VII, 29, GF, p. 464. « I can hire a couple of mules – or asses, if I like, (for nobody knows me) » (p. 362).
10 Tristram Shandy, VII, 31, GF, p. 468. « such a story affords more pabulum to the brain, than all the Frusts, and Crusts, and Rusts of antiquity, which travellers can cook up for it. » (p. 365).
11 Tristram Shandy, VII, 32, GF, pp. 469-470. « Now, ‘tis an animal (be in a what a hurry I may) I cannot bear to strike– There is a patient endurance of sufferings, wrote so unaffectedly in his looks and carriage, which pleads so mightily for him, that it always disarms me; and to that degree, that I do not like to speak unkindly to him: on the contrary, meet him where I will – whether in town or in country – in cart or under panniers – whether in liberty or bondage –   I have ever something civil to say to him on my part; and as one word begets another (if he has as little to do as I) – I generally fall into conversation with him; and surely never is my imagination so busy as in framing his responses from the etchings of his countenance – and where those carry me not deep enough – in flying from my own heart into his, and seeing what is natural for an ass to think – as well as a man, upon the occasion.  In truth, it is the only creature of all the classes of being below me, with whom I can do this […]. » (pp. 366-367). (Nous soulignons).
12 Tristram Shandy, II, 12, GF, p. 116. « I’ll not hurt thee, […] go, poor Devil, get thee gone, why should I hurt thee?  This world surely is wide enough to hold both thee and me. » (p. 80).
13 Tristram Shandy, VII, 16, GF, p. 447.
14 Tristram Shandy, V, 2, GF, pp. 312-313.
15 Tristram Shandy, II, 8, GF, p. 109.
16 Tristram Shandy, IV, 25, GF, pp. 282-283.
17 Tristram Shandy, II, 9, GF, p. 109. « which might have done honour to a Serjeant in the Horse-Guards. » (p. 75).
18 Tristram Shandy, II, 9, GF, p. 109. « Imagine such a one, […] waddling  thro’ the dirt upon the vertebrae of a little diminutive pony, of a pretty colour; – but of strength, – alack! – scarce able to have made an amble of it, under such a fardel, had the roads been in an ambling condition. – They were not. – Imagine to yourself, Obadiah mounted upon a strong monster of a coach-horse, prick’d into a full gallop, and making all practicable speed the adverse way. » (p. 75).
19 Stevenson, Travels With a Donkey in the Cevennes, http://www.gutenberg.org/etext/535
20 Tristram Shandy, II, 14, p 120. « …horses, which (the Devil take ‘em) both cost and eat a great deal. »(p. 84).
21 Tristram Shandy, V, 2, p. 312. « Then go on foot for your pains, cried my father. » (p. 244).
22 Tristram Shandy, II, 9 et 10, GF, p. 111. « beluted », « transubstantiated », « with all the majesty of mud » (p. 76)
23 Tristram Shandy, II, 17, GF, p. 139. « trod deep into the dirt by the left hind foot of his Rosinante, inhumanly stepping upon thee as you falledst; – buried ten day in the mire » (p. 102).
24 Tristram Shandy, I, 10, p. 42. « generally had one of the best in the whole parish standing in his stable always ready for saddling » (p. 14).
25 Tristram Shandy I, 10, p. 39. « The parson we had to do with, had made himself a country-talk by a breach of all decorum, which he had committed against himself, his station, and his office; – and that was, in never appearing better, or otherwise mounted, than upon a lean, sorry, jack-ass of a horse, value about one pound fifteen shillings; who, to shorten all description of him, was full brother to Rosinante, as far as similitude congenial could make him; for he answered his description to a hair-breadth in every thing » (p. 11).
26 Tristram Shandy, I, 10, p. 41. « At different times he would give fifty humorous and opposite reasons for riding a meek-spirited jade of a broken-winded horse, preferably to one of mettle; – for on such a one he could sit mechanically, and meditate as delightfully de vanitate mundi et fuga saeculi as with the advantage of a death’s head before him […] that brisk trotting and slow argumentation, like wit and judgement, were two incompatible movements. – But that upon his steed, – he could unite and reconcile every thing, – and he could compose his sermon, he could compose his cough, – and, in a case nature gave a call that way, he could likewise compose himself to sleep. » (p. 13).
27 « Il est humble et monté sur un âne, sur un âne, le petit d'une ânesse. » (Zaccharie 9 : 9). Selon la tradition, également, les juges en Israël allaient sur des ânes.
28 Cervantès, L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, I, VII, éd. Folio, t. 1, p. 111. (C’est l’édition à laquelle, sauf mention contraire, nous renverrons.) (Garnier, p. 53) « Iba Sancho Panza sobre su jumento como un patriarcha » (éd. Planeta, p. 86).
29 Cervantès, L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, trad. César Oudin, revue par Jean Carassou, Gallimard, I, 1, éd. Folio, t. 1, p. 67 (Garnier, p. 10). « seco de carnes, enjuto de rostro » (p. 33).
30 Don Quichotte, I, IX, Folio, t. 1, p. 125 (Garnier, p. 66). « la barriga grande, el talle corto y las zancas largas » (p. 102).
31 Don Quichotte, I, 1, trad. Louis Viardot, éd. Maurice  Bardon, éd. Classiques Garnier, p. 13. L’expression est plus ramassée et plus expressive que dans la traduction de C. Oudin et J. Carassou.  « tenía más cuartos que un real » (p. 37).
32 Don Quichotte, I, IX, Folio, t. 1, p. 125 (Garnier, p. 66). « Estaba Rocinante maravillosamente pintado, tan largo y tendido, tan atenuado y flaco, con tanto espinazo, tan hético confirmado, que mostraba bien  al descubierto con cuánta advertencia y propriedad se le había puesto el nombre de Rocinante. » (p. 102)
33 Cervantès, Don Quichotte, II, XIII, Folio, t. 2, p. 109 (Garnier, p. 616). « verdad es que no tengo rocín ; pero tengo un asno que vale dos veces más que el caballo de mi amo. Mala pascua me dé Dios, y sea la primera que viniere, si le trocara por él aunque me diesen cuatro fanegas de cebada encima. A burla tendrá vuesa merced el valor de mi rucio ; que rucio es el color de mi jumento. » (pp. 668-669).
34 Cervantès, Don Quichotte, II, XXXIV, Folio, t. 2, p. 295 (Garnier, p. 791). « volviendo la cabeza don Quijote a los gritos de Sancho, que ya por ellos le había conocido, viole pendiente de la encina y la cabeza abajo, al rucio junto a él, que no le desemparó en su calamidad ; y dice Cide Hamete que pocas veces vio a Sancho panza sin ver al rucio, ni al rucio sin ver a Sancho : tal era la amistad y buena fe que entre los dos se guardaban. » (p. 844.)
35 Don Quichotte, I, VII, Folio, t. 1, p. 110. «  hombre de bien […] pero de muy poca sal en la mollera » (p. 85).
36 Don Quichotte, I, XXX, Folio, t. 1, p. 364 (Garnier, p. 290). Sancho Panza, que doquiera que vía asnos se les iban los ojos y el alma » (p. 334.)
37 Don Quichotte, I, XXX, Folio, t. 1, p. 365 (Garnier, pp. 290-291). « Sancho llegó a su rucio y abrazándole, le dijo : – ¿Cómo has estado bien mio, rucio de mis ojos, compañero mio ? –Y con esto le besaba y acariciaba, como si fuera persona. El asno callaba y se dejaba besar y acariciar de Sancho, sin responderle palabra alguna. » (p. 334.) D’après l’éditeur espagnol Martín de Riquer, cet épisode se trouve intercalé dans la deuxième édition de Juan de la Cuesta.
38 Cervantès, Don Quichotte, II, XII, Folio, t. 2, pp. 102-103 (Garnier, p. 610). « … rucio, cuya amistad dél y de Rocinante fue tan única y tan trabada, que hay fama, por tradición de padres a hijos, que el autor desta verdadera historia hizo particulares capítulos della ; mas que, por guardar la decencia y decoro que a tan heroica historia se debe, no los puso en ella, puesto que algunas veces se descuida deste su prosupuesto, y escribe que así como las dos bestias se juntaban, acudían a rascarse el uno al otro, y que, despuès de cansados y satisfechos cruzaba Rocianante el pescuezo sobre el cuello del rucio – que le sobraba de la otra parte más de media vara –, y mirando los dos atentamente al suelo […] Digo que dicen que dejó el autor escrito que los había comparado en la amistad a la que tuvieron Niso y Euríalo, y Pílades y Orestes ; y si esto es así, se podía echar de ver, para universal admiración, cuán firme debió ser la amistad destos dos pacíficos animales, y para confusión de los hombres, que tan mal saben guardarse amistad los unos a los otros. » (p. 662).
39 Diderot, Jacques le fataliste et son maître, Folio, p. 51. Un chapitre de l’étude du texte par G. Bardet et D. Caron, aux éditions Ellipses, est intitulé « Quelle place les chevaux occupent-ils dans Jacques le fataliste et quel rôle y jouent-ils ? ». Nous remercions Isabelle Polizzi de nous l’avoir signalé.
40 Sterne, Voyage sentimental, GF, p. 97. « Shame on the world ! said I to myself – Did we love each other, as this poor soul but loved his ass – ‘twould be something. – » (A Sentimental Journey, New York, Dover Publications, 2004, pp. 34-35).
41 Toute une ménagerie : la chèvre de Maria (au chapitre IX, 24) ; deux vaches, l’une pénétrant dans les fortifications de l’oncle Toby, au grand dam de celui-ci ; l’autre, celle d’Obadiah, étant résolument stérile – à moins que ce ne soit le taureau de Walter. Un ours blanc donne au père de Tristram l’occasion de tâter des temps et des modes verbaux (V, 43). Un cochon à une oreille (ou à deux) fait les frais de la préface. Le narrateur semble aussi redouter les bêtes sauvages (VI, 1). Tristram évoque aussi l’histoire du cheval rôti (IV,  10, GF, p. 263). On n’aura garde d’oublier la mouche épargnée par Toby.
42 Tristram Shandy, IX, 24, GF, p. 581. « it was from my humblest conviction of what a Beast man is » (p. 445).
43 Tristram Shandy, I, 10, GF, p. 41. « as he never carried one single ounce of flesh upon his own bones, being altogether as spare a figure as his beast, – he would sometimes insist upon it, that the horse was as good as the rider deserved; –that they were, centaur-like, – both of a piece.[…] and that he made choice of the lean one he rode upon, not only to keep himself in countenance, but in spirits.  » (p. 13).
44 Tristram Shandy, II, 12, GF, p. 115. « My uncle Toby was a man patient of injuries; – not from want of courage, […] nor did this arrive from any insensibility or obtuseness oh his intellectual parts; – for he felt this insult of my father’s as feelingly as a man could do; – but he was of a peaceful, placid nature, – no jarring element in it, – all was mix’d up so kindly within him » (p. 80).
45 Cervantès, Don Quichotte, II, LXXIII, Folio, t. 2, p. 590 (Garnier, p. 1069). « la bestia de Don Quijote más flaca hoy que el primer día. » (p. 1128).
46 Cervantès, Don Quichotte, II, LXXIII, Folio, t. 2, p. 590 (Garnier, p. 1069). « Acomodóle también la coroza en la cabeza, que fue la más nueva transformación y adorno con que se vio jamás jumento en el mundo. » (p. 1128).
47 Tristram Shandy, I, 11, GF, p. 45. « you are a great genius; – or ’tis fifty to one, Sir, you are a great dunce and a blockhead » (p. 17). On remarque que c’est la traduction qui renvoie à l’âne, et non le texte original. L’idée en est aussi gardée par Guy Jouvet qui traduit l’expression par un « parfait nicaise et un bourricot achevé » (p. 50).
48 Tristram Shandy, VI, 1, GF, p. 369. « Did you think the world itself, Sir, had contained such a number of Jack Asses? – How they view’d and review’d us as we passed over the rivulet at the bottom of that little valley! – And when we climbed over that hill, and were just getting out of sight – good God! what a braying did they all set up together! – Prithee, shepherd! who keeps all these Jack Asses? *** – Heaven be their comforter – What! are they never curried? – Are they never taken in in the winter? – Bray bray – bray. Bray on, – the world is deeply your debtor; – louder still– that’s nothing; – in good sooth, you are ill-used: – Was I a Jack Asse, I would bray in G-sol-re-ut from morning, even unto night. » (p. 287).
49 Tristram Shandy, VIII, 31, respectivement éd. Norton p. 413, GF p. 528, trad. Jouvet p. 811.
50 Tristram Shandy, VIII, 31, GF, p. 527. « that they were the means he used, to make his ass (meaning his body) leave off kicking. It pleased my father well; it was not only a laconick way of expressing – but of libelling, at the same time, the desires and appetites of the lower part of us; so that for many years of my father’s life, ‘twas his constant mode of expression – he never used the word passions once – but ass always instead of them – So that he might be said truly, to have been upon the bones, or the back of his own ass, or else of some other man’s, during all that time. » (p. 413).
51 Apulée, L’âne d’or, livre III.
52 Tristram Shandy, VIII, 31, GF, p. 528.
53 Tristram Shandy, VIII, 31, Norton, p. 413.
54 Tristram Shandy, IX, 21, GF, p. 574.
55 Une semblable désapprobation frappe la grande tante Dinah, celle par qui le scandale est arrivé dans la famille Shandy : elle « épousa son cocher et en eut un enfant » (I, 21, GF p. 77). Certes ce mariage est « excentrique », il représente une mésalliance, mais il a surtout à voir avec le métier de l’heureux élu, qui s’occupe des montures de la maison et peut se trouver affecté de certaines de leurs caractéristiques. Walter se pense déshonoré par cette alliance, mais accepte pourtant son héritage.
56 Tristram Shandy, V, 3, GF, pp. 315-316. « My father had a favourite little mare, which he had consigned over to a most beautiful Arabian horse, in order to have a pad out of her for his own riding: he was sanguine in all his projects; so talked about his pad every day with as absolute a security, as if it had been reared, broke, – and bridled and saddled at his door ready for mounting. By some neglect or other in Obadiah, it so fell out, that my father’s expectations were answered with nothing better than a mule, and as ugly a beast of the kind as ever was produced. My mother and my uncle Toby expected my father would be the death of Obadiah, – and that there never would be a end of the disaster. – See here! you rascal, cried my father, pointing to the mule, what you have done! – It was not me, said Obadiah. – How do I know that? replied my father. » (pp. 246-247).
57 Tristram Shandy, III, 36, GF, p. 213. « Don’t let Satan, my dear girl, in this chapter, take advantage of any one spot of rising-ground to get astride of your imagination, if you can any ways help it ; or if he is so nimble and slip on, – let me beg of you, like an unback’d filly, to frisk it, to squirt it, to jump it, to rear it, to bound it, – and to kick it, with long kicks and short kicks, till like Tickletoby’s mare, you break a strap or a crupper, and throw his worship into the dirt.. You need not kill him. – And pray who was Tickletoby’s mare? » (p. 164). L’épisode renvoie  à Rabelais,  le Quart-livre, chap. XVIII : « La poultre [jeune jument], toute effrayée, se mist au trot, à petz, à bonds, et au gualot, à ruades, fressurades, doubles pedales et petarrades : tant qu’elle rua bas Tappecoue, quoy qu’il se tint à l’aube du bast de toutes ses forces. » (Librairie générale française, « Le livre de poche classique », p. 269). Mais le pauvre Tappecoue (ou Tappe-queue) a la tête cassée dans l’aventure.
58 Tristram Shandy, III, 36, GF, p. 213. « upon the various uses and seasonable applications of long noses. » (p. 164).
59 Tristram Shandy, III, 37, GF, p. 217. « Mayhaps there is more meant, than is said in it, quoth my father. » (p. 167).
60 Tristram Shandy, VIII, 31, GF, p. 527. « I must here observe to you, the difference betwixt my father’s ass and my Hobby-Horse – in order to keep characters as separate as may be, in our fancies as we go along. For my Hobby-Horse, if you recollect a little, is no way a vicious beast; he has scarce one hear or lineament of the ass about him– ‘Tis the sporting little filly-folly which carries you out for the present hour – a maggot, a butterfly, a picture, a fiddle-stick – an uncle Toby’s siege – or any thing, which a man makes a shift to get a stride on, to canter it away from the cares and solicitudes of life– ‘Tis as useful a beast as is in the whole creation– nor do I really see how the world could do without it » (p. 413).
61 Tristram Shandy, I, 7, GF, p. 35. « Did not Dr Kunastrokius, that great man, at his leisure hours, take the greatest delight imaginable in combing of asses tails, and plucking the dead hairs out with his teeth, though he had tweezers always in his pocket? » (p. 8). « Le Docteur Cunnusbranlius, ce grand homme, ne prenait-il pas, dans ses heures de loisirs, le plus intense des plaisirs qui se puisse imaginer à démêler les toisons ou autres parchemins velus frisant sur les Pays-bas des bougresses, puis à en arracher les poils morts avec les dents, quoiqu’il eût toujours des pinces dans sa poche ? » (trad. G. Jouvet, p. 33).
62 Tristram Shandy, I, 7, GF, p. 35. « Nay, if you com to that, Sir, have not the wisest of men in all ages, not excepting Solomon himself, – have they not their Hobby-Horses […] and so long as a man rides his Hobby-Horse peaceably and quietly along the King’s highway, and neither compels you or me to get up behind him, – pray, Sir, what have either you or I to do with it? » (p. 8)
63 Tristram Shandy, III, 24, GF, p. 200. « My father, as you have observed, had not great esteem for my uncle Toby’s Hobby-Horse, – he thought it the most ridiculous horse that ever a gentleman mounted, […] so that it never could get lame or happen any mischance, but it tickled my father’s imagination beyond measure » (pp. 152-153)
64 Tristram Shandy, I, 8, trad. G. Jouvet, p. 34. « De gustibus non est disputandum ; – that is, there is no disputing against Hobby-Horses » (p. 8).
65 Tristram Shandy, I, 8, p. 36. « … all in a row, mounted upon their several horses; – some with large stirrups, getting on in a more grave and sober pace; – others on the contrary, tuck’d up to their very chins, with whips across their mouths, scouring and scampering it away like so many little party-colour’d devils astride a mortgage, – and as if some of them were resolved to break their necks. » (p. 9)
66 Tristram Shandy, I, 24, GF, p. 86. « Indeed, the gait and figure of him was so strange, and so utterly unlike was he, from his head to his tail, to any of the whole species, that it was now and then made a matter of dispute, – whether he was really a Hobby-Horse or no […] so would my uncle Toby use no other argument to prove his Hobby-Horse was a Hobby-Horse indeed, but by getting upon his back and riding him about » (p. 55).
67 Tristram Shandy, IV, 20, GF, p. 277. « What a rate have I gone on at, curvetting and frisking it away, two up and two down for four volumes together, without looking once behind, or even on one side of me, to see to whom I trod upon! – I’ll tread upon no one, – quoth I to myself when I mounted – I’ll take a good rattling gallop; but I’ll not hurt the poorest jack-ass upon the road – so off I set – up one lane – down another, through this turn-pike – over that, as if the arch-jockey of jockeys had got behind me. » (p. 216).
68 Tristram Shandy, I, 8, GF, p. 36. « Be known to you, that I keep a couple of pads myself, upon which, in their turns, (nor do I care who knows it) I frequently ride out and take the air; – tho’ sometimes, to my shame be it spoken, I take somewhat longer journies than what a wise man would think altogether right. – But the truth is – I am not a wise man. » (pp. 8-9).
69 Tristram Shandy, V, 1, GF, p. 307.
70 Tristram Shandy, I, 24, GF, p. 86. «by the means of the heated parts of the rider, which come immediately into contact with the back of  the Hobby-Horse. – By long journies and much friction, it so happens that the body of the rider is at length fill’d as full of Hobby-Horsical matter as it can hold; – so that if you are able to give but a clear description of the nature of the one, you may form a pretty exact notion of the genius and character of the other. » (p. 55).
71 Tristram Shandy, VI, 34, GF, p. 417. « For in strictness of language, he could not be said to dismount his horse at all – his horse rather flung him – and somewhat viciously, which made my uncle Toby take it ten times more unkindly. » (p. 326).
72 Tristram Shandy, III, 3, GF, p. 155. « – I did not apprehend jour uncle Toby was o’horseback. » (p. 114).
73 Tristram Shandy, III, 34, GF, p. 211. « By the trotting of my lean horse, the thing is incredible! » (p. 162).
74 TS, VII, 4, GF, pp. 434-435. « because, if we may judge from what has been wrote of these things, by all who have wrote and gallop’d – or who have gallop’d and wrote, which is a different way still; or who for more expedition than the rest, have wrote-galloping, which is the way I do at present – from the great Addison [Addison est le prototype du voyageur-écrivain anglais, avec ses Remarks on Several Parts of Italy, 1705] […] – there is not a galloper of us all who might not have gone on ambling quietly in his own ground (in case he had any) and have wrote all he had to write, dry shod, as well as not. » (pp. 337-338) Remarquons l’image du mot composé anglais “to write-gallop”, qui serait comme « écrigaloper ». C’est aussi de cette manière que commence l’Éloge de la folie, qu’Érasme dit avoir médité et composé à cheval, dans un voyage qui le menait d’Italie en Angleterre.
75 Tristram Shandy , I, 14, GF, pp. 54-55. « Could a historiographer drive on his history, as a muleteer drives on his mule, – straight forward; – for instance, from Rome all the way to Loretto, without ever once turning his head aside either to the right or to the left, – he might venture to foretell you to an hour when he could get his journey’s end. – but the thing is, morally speaking, impossible: For, if he is a man of least spirit, he will have fifty deviations from a straight line to make with this or that party as he goes along, which he can no ways avoid. he will have views and prospects to himself perpetually soliciting his eye, which he can no more help standing still to look at… » (p. 26).
76 Tristram Shandy, IX, 12, GF, p. 561. « if it is to be a digression, it must be a good frisky one, and upon a frisky subject too, where neither the horse or his rider are to be caught but by rebound. » (p. 433).
77 Tristram Shandy, III, 9, p. 161. « Great wits jump » (p. 119).
78 Philippe Hamon, L’Ironie littéraire, Hachette, 1996, p. 20.
79 Hugo, « L’âne », 1880.

Bibliographie

* Corpus

APULÉE, Les Métamorphoses ou l’âne d’or, [IIe s.], trad. Olivier Sers, Les Belles lettres, 2007, coll. Classiques en poche

CERVANTES, Don Quijote de la Mancha, ed. Martín de Riquer, Barcelona, Planeta, 1980

Cervantès, L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, trad. César Oudin, revue par Jean Carassou, Paris, Gallimard, 1988, coll. Folio, 2 t.

CERVANTÈS, L’Ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, trad. Louis Viardot, éd. Maurice  Bardon, Paris, éd. Classiques Garnier, 1997

STERNE Laurence, Tristram Shandy [1759-1767] ed. Howard Anderson, New York/London, A Norton critical Edition, 1980

STERNE Laurence, Vie et opinions de Tristram Shandy, Gentilhomme, trad. Charles Mauron, éd. Serge Soupel, Paris, Flammarion, 1982, coll. GF

STERNE Laurence, La Vie et les opinions de Tristram Shandy, Gentilhomme, éd. et trad. Guy Jouvet, Paris, Éd. Tristram, 2004

STERNE Laurence, A Sentimental Journey through France and Italy by Mr Yorick, [1768], New York, Dover Publications, 2004

STERNE Laurence, Voyage sentimental à travers la France et l’Italie, trad. Aurélien Digeon, éd. Serge Soupel, Paris, Flammarion, 1981, coll. GF

Diderot, Jacques le fataliste et son maître [1783],  Paris, Gallimard, 2001, coll. Folio

Drumont Édouard, L’Âne, 1882, Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (17.VII.2002), http://www.bmlisieux.com/curiosa/drumon01.htm

* Études

Hamon Philippe, L’Ironie littéraire. Essai sur les formes de l’écriture oblique, Hachette, 1996, coll. Hachette Supérieur

BARDET Guillaume, CARON Dominique, « Jacques le Fataliste », Denis Diderot, Ellipses, 2006

GANNIER Odile, « Le Voyage selon Sterne et Chateaubriand : le héros et le bouffon (Tristram Shandy, Voyage sentimental, Itinéraire de Paris à Jérusalem) », Loxias 15, 15 décembre 2006, http://revel.unice.fr/loxias/document.html?id=1480

Pour citer cet article

Odile Gannier, « « Voyages avec un âne ou : Comment battre la campagne ? (Laurence Sterne, Tristram Shandy, Cervantes, Don Quichotte) » », paru dans Loxias, Loxias 19, mis en ligne le 27 février 2008, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/index.html?id=2049.

Auteurs

Odile Gannier

CTEL, Université de Nice-Sophia Antipolis. Professeur de littérature comparée, elle travaille sur la littérature de voyage et les rapports entre ethnographie et littérature (outre des articles, La Littérature de voyage, Ellipses, 2001 ; Les derniers Indiens des Caraïbes, Ibis Rouge, 2003 ; avec C. Picquoin : Le Voyage du capitaine Marchand (1791): les Marquises et les Îles de la Révolution, Au Vent des îles, 2003 et Journal de bord d’Etienne Marchand. Le voyage du Solide autour du monde (1790-1792), CTHS, 2005 ; Le Roman maritime, PUPS, 2011).